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King's Eggs et Crossbow, Avril 44
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 10:33    Sujet du message: King's Eggs et Crossbow, Avril 44 Répondre en citant

Toujours par Etienne - en commençant par un petit oubli pour mars.

4 mars
Sur la piste des V
Problème industriel
Reich allemand
– La production des Fi 103 est toujours très faible, malgré l’apport des usines Volkswagen. Le Flakregiment 155 (W), à présent stationné à Zempin, au sud de Peenemünde, n’a reçu pour son entraînement que très peu de bombes volantes, et seulement depuis mi-février ! Aussi Ferdinand Porsche, directeur de VW et mis sur la sellette à ce titre, réclame-t-il de la main d’œuvre au SS Gruppenfürher Pohl, vu la mainmise prise par Himmler et la SS sur la fabrication. Pour une petite filiale, Minette AG, on lui attribuera… des déportés, qui iront travailler dans les mines de Thil-Villerupt, près de Longwy.


1er avril
King’s Eggs
Lesquin (Nord)
– Lorsqu’il ouvre les paupières au petit matin, réveillé par son ordonnance, “Pips” Priller ne peut s’empêcher de grogner. Il est fourbu, comme ses pilotes, mais avec le petit plus indéniable dû à son rang. Tracas administratifs, engueulades de la hiérarchie qui ne comprend comment il n’arrive pas à tenir tête aux milliers d’avions alliés avec un seul Gruppe dispersé sur toute la zone nord de la France, dont la moitié des avions sont en triste état, les pilotes aguerris rares et fatigués, les autres peu efficaces car trop jeunes et inexpérimentés.
Un coup d’œil à la fenêtre lui amène un sourire qui pourrait surprendre l’observateur non averti : il pleut ! A torrents, qui plus est. Une pluie continue, drue, cinglant les vitres. On distingue à peine les bâtiments à deux cents mètres. Cela signifie qu’il n’y aura pas de vols aujourd’hui, un intermède bienvenu dans l’épuisant tourbillon des missions qui se succèdent.
Pas besoin de se presser, l’Oberst en profite pour faire une toilette plus complète qu’à l’accoutumée, prenant le temps de se raser correctement, un luxe ces derniers temps. Puis il descend tranquillement dans la salle à manger du chalet qu’il occupe au 6, rue Sadi Carnot à Lesquin. Ce terme de chalet est plutôt impropre, car il désigne de grandes bâtisses de briques rouges, construites dans les années 20 par Thomson pour le logement de ses ingénieurs. Celui de Priller est le plus petit, mais il est seul à l’occuper, contrairement aux quatre autres, communs aux autres pilotes. Un sixième, plus grand, baptisé “Château Michel”, fait office de PC administratif pour la JG 26 Schlageter.
L’officier déjeune, puis prend sa casquette et un parapluie pour aller à pied au PC. Son cabriolet BMW 327 bordeaux risque bien de rester au garage aujourd’hui, à moins qu’il ne profite du calme pour aller en ville ? Lille dispose de quelques restaurants fort sympathiques qu’il a peu eu l’occasion de visiter ces derniers temps…
Peu de monde au PC : les pilotes qui ne sont pas de garde en profitent pour dormir, ce dont on ne peut les blâmer, les nuits sont trop souvent entrecoupées d’alertes aériennes souvent fausses, mais énervantes pour les organismes usés. Le premier geste de Priller est d’ailleurs de faire téléphoner au terrain (Lille-Vendeville Flugplatz) pour dire aux pilotes d’alerte, sanglés malgré la pluie dans leurs habitacles, de quitter les avions : il n’y aura visiblement pas d’alerte aujourd’hui.
Le second geste est de récupérer un message que lui tend un sous-officier des transmissions. Un large sourire éclaire alors son visage, suivi d’une moue dubitative : se pourrait-il que le commandement lui fasse une blague en ce 1er avril ? Il empoigne un combiné téléphonique et demande à l’opérateur de lui passer le général Galland, inspecteur général de la chasse. Les deux hommes se connaissent bien, Priller ayant longtemps été le subordonné direct de Galland lorsque celui-ci n’était que chef d’escadrille, aussi la discussion est courtoise et amicale. Lorsqu’il raccroche, le visage de l’Oberst est radieux, cette fois. Il repart en sifflotant vers son logement après avoir fait convoquer tous les pilotes au mess de l’aérodrome à onze heures précises.
A l’heure dite, tout le monde est là, plus ou moins souriant. Priller grimpe prestement sur une chaise et fait face à ses hommes. Il les dévisage un instant : en dehors des jeunes recrues fraîchement arrivées, il les connaît tous, les appelant par leur prénom ou surnom. Mines renfrognées, soucieuses, endormies ou, au mieux, indifférentes. La fatigue se lit sur ces visages, et Priller sait que lui-même ne présente guère mieux, même si son sourire est inhabituel.
– Meine Herren, en ce jour pluvieux où vous auriez pu dormir tout votre soûl, je ne vous ai pas fait tirer du lit pour un discours de propagande, une annonce de décoration ou une mauvaise nouvelle, cela aurait pu attendre.
Non. J’ai moi-même cru à un moment à une de ces blagues idiotes comme les Français savent en faire le 1er avril, mais le général Galland m’a confirmé l’authenticité de la nouvelle.

[Clignements d’yeux intéressés dans la salle]
– Dans quelques jours, nous allons recevoir les nouveaux Focke-Wulf Dora !
Priller ne peut poursuivre, tous les pilotes se sont levés et hurlent de joie ! Il calme ses hommes d’un geste large, et poursuit : « Le I/JG 26 sera le second Gruppe de la Luftwaffe à recevoir ces appareils après le III/JG 54 de Weis. Galland m’a indiqué que nous devions profiter du mauvais temps pour aller chercher nos appareils à Marienburg en train, par groupes de dix. J’ai donc dressé une liste de neuf pilotes en plus de moi-même, liste affichée en ce moment au tableau d’opérations. Nous partons cet après-midi à 17 heures. C’est tout. »
Brouhaha des hommes se levant pour découvrir le tableau, cris de joie et mines renfrognées – pour calmer tout le monde, Priller annonce que les suivants partiront dès l’arrivée ici des premiers, l’organisation est en place.


6 avril
Sur la piste des V
Crossbow
France occupée
– Les cibles prioritaires changent d’autant plus facilement qu’au sein de la mission Argos, on est de plus en plus persuadé que les Allemands modifient leur façon de préparer les lancements des “armes de représailles”. C’est pourquoi seuls 40 avions, sur les 350 engagés en mission aujourd’hui par la 12th AF sur la partie nord de la France, vont s’occuper d’une rampe de lancement au nord de la Somme, à Campagne-les-Hesdin.
Le Douglas A-20 Havoc serial 43-9903 du 643rd BS, 409th BG, est touché par la Flak sur l’objectif. Ayant largué son chargement, le 1st Lieutenant Baron S. Walden Jr remet le cap sur sa base et parvient à franchir la côte française. Il doit néanmoins donner l’ordre d’évacuation au-dessus de la mer, son dernier moteur menaçant de casser. Les deux mécaniciens-mitrailleurs seront repêchés dans la soirée, mais les vagues de la Manche se refermeront sur l’infortuné pilote.

King’s Eggs Made in USA
France occupée
– Les trois cent dix autres Marauder et Havoc se chargent d’objectifs divers concernant les transports ferroviaires, principalement dans le nord de la France, à Tourcoing, Aulnoye, Somain, Busigny et Valenciennes, mais aussi à Gassicourt (Mantes la Jolie), Tergnier, Le Mans et Chartres. Cette dernière ville est le théâtre d’un épisode particulièrement malheureux lorsque le Marauder 42-96199 codé KS-S du 557th BS, 387th BG, est touché au moteur droit par un coup direct de la Flak de barrage. Ledit moteur part de son côté finir seul sa vie pour atterrir non loin de la cathédrale ! L’avion, bien maîtrisé par son pilote, le 1st Lieutenant Robert Smith, part en léger piqué. Afin de faciliter l’évacuation, Smith largue ses 900 kg de bombes. Hélas, l’avion étant le leader du groupe de tête, les autres équipages pensent qu’il s’agit du signal de largage et suivent son exemple. Les dégâts sont considérables en ville : le bombardement tue cinquante civils et incendie la bibliothèque.
Par ailleurs, au-dessus d’Amiens, le Havoc A-20J serial 43-9446 du 640th BS, 409th BG, est touché par un coup direct qui tue net le pilote (Captain Leland Norton) et le mécanicien Julian Tate. Les deux autres membres d’équipage parviennent à sauter en parachute, mais ils sont rapidement faits prisonniers.

Long Nez
Lille-Vendeville Flugplatz, 09h15
– Dix avions flambant neuf se posent avec précision sur la piste bétonnée du terrain d’aviation dévolu au JG 26. Ce sont les nouveaux Focke-Wulf 190 D-9, à moteur en ligne Jumo 213A, capables d’atteindre 686 km/h à 6 600 m et rapidement surnommés Langnasen par leurs pilotes, et bientôt Long-Nez ou Long Nose par leurs adversaires. Priller et neuf de ses Experten en descendent, ravis de leur monture, avec laquelle ils espèrent bien reprendre l’avantage sur les chasseurs alliés. Dix autres pilotes partent dans l’après-midi pour Marienburg, cette fois avec leurs anciens avions, afin d’accélérer le processus de remplacement.
L’après-midi même, impatient d’en découdre, Priller part avec trois de ses gars pour évaluer les avions, au détriment de deux Marauder du 323rd BG et de deux Lightning du 367th FG. Les Américains témoins du combat n’identifient cependant pas les avions allemands comme de nouveaux appareils, en notant cependant qu’ils n’ont pas pu les rattraper.

King’s Eggs
Chambly
– La gare SNCF, son dépôt et surtout les ateliers du Moulin Neuf (spécialisés dans la réparation des voies) sont cette nuit la cible de la RAF. Précédés par huit Mosquito pathfinders, ce sont 96 Lancaster et 16 Halifax qui déversent 1 200 tonnes de bombes avec une remarquable précision, bien aidés par une lune à 95 %. Les dégâts sont considérables : les ateliers ne peuvent pas reprendre leur activité avant des mois, la gare elle-même reste hors de service pendant dix jours… Les Anglais déplorent la perte de six appareils, trois de chaque type.


8 avril
Sur la piste des V
Crossbow
Fallersleben
– L’usine Volkswagen est la cible des bombardiers lourds de la 9th AF. Les étages sont soufflés par les bombes, mais le rez-de-chaussée, où se situe la chaîne de montage des Fi 103, supporte le choc et peut continuer la production. Il n’empêche que cette nouvelle attaque conduit à décider de transférer la production vers les Mittelwerke et la bientôt sinistre usine Dora de la SS.

King’s Eggs
Nord
– Les gares de Cambrai, Somain et Valenciennes sont les cibles des appareils de la 2nd TAF, qui relayent leurs collègues américains, dont la fatigue commence à se faire sentir, tant au niveau humain que matériel. La 2nd TAF utilise les mêmes méthodes que les formations de l’USAAF : des Typhoon équipés de roquettes tentent de faire taire les batteries de Flak qui se dévoilent à la vue des bombardiers en altitude, tandis que les squadrons de Mosquito sèment à leur tour la pagaille en attaquant à une vitesse et une altitude différentes.
En altitude, des Spitfire du Wing 126 RCAF sont confrontés à une vingtaine de Focke-Wulf du JG 26. Perdant trois des leurs sans pouvoir abattre un seul assaillant, les Canadiens font un rapport détaillé sur les avions allemands, qui leur ont semblé être d’un nouveau type, au museau plus long. Les services de renseignements de la RAF font aussitôt le rapprochement avec les informations venues des agents infiltrés en Allemagne.
Au sol, le personnel de la SNCF (y compris les sympathisants du NEF, de moins en moins nombreux, il est vrai) commence à montrer son mécontentement et à l’exprimer à la hiérarchie. Les cités de cheminots proches des gares sont quasi désertes, mais même ainsi, les abris peuvent toujours prendre une bombe, et le travail habituel est de plus en plus remplacé pour tout le monde par des opérations de terrassement harassantes. Il faudra plus d’une fois l’intervention des Feldgrau pour remettre les hommes à la tâche.


9 avril
King’s Eggs
Mantes la Jolie
– Cette nuit, l’objectif de 77 Halifax du 4th Bomber Group et 64 Lancaster du 1st Bomber Group est la gare SNCF de la ville séquanaise. Ils sont précédés par 8 Mosquito pathfinders du Squadron 329, qui marquent correctement la cible. Il n’empêche qu’un vent assez fort dévie bon nombre de bombes sur la partie ouest de la ville, qui mérite un peu moins son adjectif après le passage des quadrimoteurs anglais : le vieil hôtel de ville, l’église de Mantes et celle de Gassicourt sont détruites, tout comme 128 habitations. Près de 740 autres sont endommagées et on déplore la mort de 54 civils. Le rapport du Bomber Command (qui n’a perdu que trois appareils) est un satisfecit, mais Marseille va faire suivre à Londres le témoignage du maire de Mantes, récupéré par les réseaux français.
Malgré une couverture nuageuse importante, de l’ordre de 7/10e, la chasse de nuit allemande profite de la pleine lune pour traquer les quadrimoteurs. Au-dessus de Mantes, le Lancaster LQ-B s/n ND617 du Squadron 405 (RCAF) explose soudainement en plein vol. Il est probable qu’il a été touché au niveau de la soute à bombes par le tir d’un chasseur, mais aucune revendication ne suivra de la part des équipages de la Luftwaffe. Il est vrai qu’un Bf 110 de la NJG 3 sera porté disparu cette nuit-là… A-t-il été touché par les débris de l’explosion du bombardier ? C’est très probable, mais aucun témoin n’a pu le confirmer.
Pour le Lancaster GT-M s/n ND449 du Squadron 156, ce n’est qu’après six attaques de chasseurs allemands que le pilote, F/Lt Henry Churchill, DFC & bar (aucun lien de famille avec le Premier ministre) ordonne l’évacuation de l’avion au-dessus de Conches en Ouche, dans l’Eure, au sud-ouest d’Évreux. Blessé, il décède peu après avoir touché le sol. Le navigateur F/O John Foster et le mitrailleur arrière F/O Earle Warren ont été tués, mais les quatre autres membres d’équipage se sont parachutés avec succès et parviennent à s’échapper par la route du sud-ouest. C’était naguère le chemin de l’Espagne, mais ils rejoindront finalement les forces américaines.
Les sept occupants du Halifax B III HD-G s/n LV943 du Squadron 466 (RAAF) vont avoir des fortunes diverses, mais tous sont arrivés vivants au sol après avoir évacué leur quadrimoteur abattu par un chasseur de nuit particulièrement bon tireur au-dessus de Boisset-les-Prévenches, 14 km au sud-est d’Évreux. La règle dans ces conditions est le “chacun pour soi” afin d’échapper à l’ennemi, mais il arrive que des circonstances fortuites amènent les aviateurs à se retrouver. C’est ainsi que le pilote, P/O Edmund Hourigan, et le mécanicien, Sgt Jack Dickens, se retrouvent plusieurs jours plus tard au maquis de Fréteval, dans l’Orne. Le W/O Chris Cullen est immédiatement fait prisonnier et envoyé au Stalag Luft III de Sagan, où il sera rejoint par le F/Sgt Ray Perry, qui, après avoir été caché par le réseau Turma-Vengeance, est victime du traître Jacques Desoubrie et arrêté à Paris. Les W/O Owen-James Doherty et F/Sgt Lawrence Garske sont capturés rapidement et vont ensemble au camp 357. Enfin, le F/Sgt Lawrence Schulz parvient à gagner le Sud-Ouest, où il retrouve les forces alliées.


10 avril
King’s Eggs
France occupée
– Le commandement allié ayant décidé de combiner les forces des différents composants aériens pour rationaliser les opérations, un mélange de formations de la 12th AF et de la 2nd TAF (baptisé AEAF, Allied Expeditionary Air Force) décolle ce jour vers quatre objectifs, tous ferroviaires : Le Mans, Arras, Mantes-Gassicourt et Mohon (Ardennes).
Cette fois, le dépôt et les hangars à locomotives de Gassicourt sont bien touchés, ce qui ne manque pas de provoquer dès le lendemain de nouveaux articles vengeurs dans la presse du NEF. De même, le Petit Ardennais dénonce « les attaques sauvages des terroristes Anglo-Américains » – en ce lundi de Pâques, la basilique de Mézières a été touchée à la fin de l’office ! Mais pour les Alliés, la fin justifie les moyens, car le dépôt de Mohon est détruit.


11 avril
King’s Eggs
France occupée
– Mantes-Gassicourt et Douai pour la 2nd TAF, Béthune, Busigny, Serqueux et Mohon pour les Américains. Bis repetita placet, les Séquanais et les Ardennais continuent de vivre la terreur des bombardements, mais cette fois accentuée par attaques en piqué des monomoteurs, qui accentuent la peur des bombes par le sifflement caractéristique des avions en survitesse qui se rapprochent du sol pour larguer leurs œufs.
La panique commence à s’installer en Ardenne, la plupart des commerçants de Mézières et Mohon ferment leurs boutiques pour partir à la campagne, privant les habitants du ravitaillement habituel.
Deux pertes sont enregistrées chez les Alliés : non loin de Mohon, à Charleville, un Thunderbolt du 36th FG, 303rd FW est abattu par… une bombe lâchée d’un autre avion ! Le P-47 explose, ne laissant aucune chance à son pilote. Au même moment, le raid sur Douai tourne mal pour le Wing Commander canadien Robert T.P. Davidson, DFC, du Squadron 438 RCAF, 143 Wing. Son Typhoon Mk Ib F3-N s/n MM957 est touché par la Flak vers Béthune, et il évacue son avion près de Canlers, au nord-est d’Hesdin. L’officier parvient à rejoindre la Résistance (réseau Fillerin) et y participe jusqu’à l’arrivée des Alliés.


12 avril
King’s Eggs
France occupée
– Mantes-Gassicourt et Mohon pour la troisième fois, mais aussi Rouen-Sotteville, Arras, Busigny, Calais, Serqueux, Solesmes, Thionville et Valenciennes. Tels sont les gares et nœuds ferroviaires visés par les aviateurs alliés.
La petite ville de Solesmes, près de Cambrai, est tranquille. Pas d’industrie dite de guerre, l’employeur principal est une sucrerie. Aussi ne se soucie-t-on guère des alertes aériennes, trop fréquentes ces derniers temps, mais dont les avions ne font que passer, à la grande joie des enfants qui quittent l’école pour rentrer chez eux selon les consignes en vigueur. Hélas, cette fois, les Douglas A-20 Havoc du 409th BG passent à 9h15, mais repassent vers 10h15, trappes de soute ouvertes.
La cible est bien évidemment la gare, mais elle n’est qu’à 500 m du centre-ville, qui reçoit la majorité des bombes, la précision des bombardiers étant de 1 km à 3 500 m d’altitude. Cinquante-huit victimes, 97 immeubles détruits, 128 endommagés, sans que les gens comprennent réellement les causes de cette attaque… Un exemple parmi tant d’autres dans cette guerre totale.
A Mohon et Mézières, c’est à présent la population dans son ensemble qui panique et quitte les villes, en colonnes rappelant l’exode de mai 1940…

Long-Nez
Lille-Vendeville Flugplatz
– Un Mosquito PR du squadron 140 ayant confirmé la présence des nouveaux Focke-Wulf sur le terrain lillois, dix Boeing B-17 du 91st BG escortés par 35 Mustang P-51 du 352nd FG larguent 380 bombes de 50 kg sur l’aérodrome. Contre toute attente, l’attaque n’a pas été détectée, et seule la Flak tente une vaine opposition au bombardement américain. En fait, les Focke-Wulf sont déjà de sortie sur les raids alliés, et fort occupés.
Cependant, fatigué ou blessé, en rentrant de mission, l’un des pilotes ne voit pas un cratère sur la piste et s’y vautre à l’atterrissage. Le pilote et son beau Long-Nez disparaissent dans les flammes, un sinistre nuage noir signalant le drame aux habitants environnants.


13 avril
King’s Eggs
France occupée
– Amiens-Longueau, Béthune, Busigny, Cambrai, Creil, Douai, Tourcoing, Valenciennes et encore Mohon, en quatrième service : on achève bien les chevaux-vapeur et leurs voies ferrées. Mais en élargissant leur zone d’objectifs aux alentours, on augmente les dégâts collatéraux et c’est Charleville qui encaisse quelques coups, les derniers sur la région. Mais toute l’infrastructure ferroviaire est anéantie, il faudra des mois pour rétablir un peu de trafic, sans compter que le tissu routier a lui aussi été sévèrement touché.

Lille-Fives – Un mois après leur désastreux passage sur la gare de Lomme-Délivrance, les Lancaster de la RAF reviennent sur la région lilloise, cette fois pour la gare de Fives, la plus ancienne, autour de laquelle de nombreuses industries se sont amalgamées. Autant de cibles en perspective, mais bien plus de dommages à prévoir dans cette zone densément urbanisée, où de nombreuses cités ouvrières se sont érigées au fur et à mesure de l’arrivée des entreprises.
Néanmoins, Marseille avait donné son accord au bombardement – du bout des lèvres – devant l’impérieuse nécessité de détruire cet important nœud de communications et les ateliers SNCF réquisitionnés y attenant, sous condition que tout serait fait pour éviter la dispersion des bombes, la gare étant enclavée dans la ville [C’est d’ailleurs cette fâcheuse disposition, ne permettant pas un épanouissement de la zone ferroviaire, qui avait amené la création de la gare de Lomme-Délivrance, à l’opposé sur la rose des vents.].
Autant dire que la préparation du raid a été soignée sur tous les plans, y compris sur la sélection des équipages. C’est notamment le fameux Squadron 617 “Dambusters” de Sir Leonard Cheshire qui pratiquera le marquage en compagnie de quatre Mosquito du Squadron 627, le bombardement proprement dit devant être l’œuvre du 5th Bomber Group (Squadrons 9, 50, 61, 97, 463 RAAF et 467 RAAF), pour un total de 85 quadrimoteurs.
Un raid préparatoire a lieu dans l’après-midi, opéré par 24 Mosquito des Squadron 627 et 515 qui larguent 40 bombes sur Lille-Fives et Hellemmes. D’autres sont lancées sur les terrains d’aviation de Ronchin et Vendeville. Le but n’est pas tant d’obtenir un résultat probant que de permettre aux équipages du 627 de reconnaître les lieux pour la mission de la nuit. L’un des appareils du 627 est d’ailleurs piloté par les Sq/L Cheshire et Locke (le Master Bomber pour l’opération à venir), du Squadron 97. Cependant, les 24 Mossie parviennent à couper les voies ferrées en direction de Paris !
21h30 à 22h25 - A la nuit tombée, les quadrimoteurs lourdement chargés décollent de leurs bases anglaises et se regroupent en formations. Temps nuageux, lune descendante mais encore bien pleine à 82 %. Deux avions sont victimes d’ennuis mécaniques et retournent se poser.
23h20 – Premiers arrivés, les Lancaster du 617 illuminent la cible par des fusées éclairantes suspendues à des parachutes avant de descendre à 1 200 pieds pour suivre les Mosquito pathfinders du 627 et marquer avec eux les cibles et les zones à éviter. La visibilité est bonne, avec des bancs de brume ou des nuages bas par endroits.
Si ces conditions sont bonnes pour assurer la précision du bombardement, elles le sont aussi pour la chasse de nuit allemande. Sur son Bf 110 du II/NJG1, le leutnant Friedrich Potthast abat un premier Lancaster (s/n LM520, codé WS-X du Squadron 9) au-dessus de Forest sur Marque et un de ses coéquipiers fait de même avec le VN-L s/n NN694 du Squadron 50. L’avion s’écrase non loin du même village, dans une énorme déflagration dont se souviendront longtemps les habitants.
23h28 – Deux des avions du 617 estiment le vent (force et direction) en observant la fumée des marqueurs, et en réfèrent au Master Bomber, le Sq/L Harry Baker Locke, qui cercle en altitude, afin que celui-ci puisse calculer et donner aux équipages l’axe d’attaque, d’est en ouest, le vent étant du nord (001°) pour 14 nœuds.
23h30 – Début du bombardement par le premier groupe d’attaque à 10 000 pieds. La Flak est à la fois bien présente et efficace, avec un coup direct qui fait exploser en vol le Lancaster WS-D s/n LM528 du Sqn 9. Dans le cockpit du Lanc QR-M Mickey the Moocher, du Sqn 61, le F/Lt Bill North voit le WS-D exploser dans sa descente vers l’objectif. Par une chance incroyable, le QR-M passe au travers des débris sans autre dommage qu’une frousse bleue.
23h43 – Les explosions au sol ayant soufflé les target indicators, Locke suspend l’attaque et ordonne aux bombardiers restants de cercler au large de l’objectif. Moments critiques et effrayants pour les équipages, dans la peur d’une collision, si facile dans les nuages et la nuit, malgré les feux de navigation allumés. Si l’une se produit sans autre dommage que la tourelle supérieure broyée (sans dommage pour le mitrailleur, qui s’est couché en voyant arriver la masse noire de l’autre Lancaster), en revanche, deux autres appareils du Squadron 467 se percutent et explosent, entremêlant leurs débris jusqu’au sol.
La Flak du terrain de Vendeville arrive à toucher le s/n JB708, OF-J du Sqn 97 pendant qu’il cercle. L’avion explose en plein vol, éparpillant ses débris sur la cité proche.
23h54 – Nouvelle illumination de la zone et nouveau marquage de la cible par les avions du 627 et 617.
23h55 – Reprise du bombardement qui dure jusqu’à 00h20, avec une meilleure précision, les marqueurs restant visibles et le vent quasiment nul. La Flak continue d’être précise : quatre autres appareils sont abattus, trois d’entre eux tombant sur des usines aux alentours de la cible. Seul le pilote Smith, Sq/L du Sqn 467, parvient vivant au sol. Dans la confusion énorme qui règne, il parvient à s’échapper.
Deux autres Lancaster des Sqn 50 et 463 sont abattus sur le chemin du retour en Belgique par les Leutnant Potthast et Brewes, ce qui porte à douze le nombre d’avions perdus cette nuit-là, avec 83 aviateurs disparus, de quoi donner des cheveux blancs aux responsables du Bomber Command, qui vont considérer l’opération comme « effroyablement et exceptionnellement mauvaise ».
Pourtant, les résultats sont excellents ! Huit cents bombes (sur 2 300, 417 tonnes) sont tombées sur les voies ferrées, détruisant plus de 500 m des lignes de Paris, Valenciennes et Béthune. Le dépôt de Fives est rasé, et neuf établissements industriels sont durement atteints.
Hélas, face à ce tableau, l’agglomération lilloise est encore une fois sévèrement touchée. Malgré la précision du marquage, de nombreuses bombes sont tombées jusqu’à sept kilomètres de la cible, vers Tourcoing, détruisant de nombreuses habitations et faisant à nouveau des victimes innocentes – 184 morts et une quarantaine de blessés graves. Il est vrai que bon nombre d’habitants avaient refusé de quitter leurs logements après les précédents bombardements, restant ainsi exposés au feu du ciel.
« Les sirènes hurlent à nouveau et me réveillent. Je regarde mon vieux réveil, il est onze heures dix. Mon père tambourine à la porte, disant qu’il faut aller aux abris. Je refuse net. Il insiste, alors je lui explique que, vu la très relative sécurité de la cave du moulin, qui avait bien failli être détruit la dernière fois, je préfère encore mourir dans mon lit ! Il me regarde, hausse les épaules et descend rejoindre ma mère qui attend en bas. L’explication est rapide, et je les entends remonter. Je m’attends à me faire enguirlander par Maman, mais ils retournent se coucher. Au moins, si une bombe touche la maison, il n’y aura pas de pleurs par après… » (Chronique d’une famille Nordinaire).


14 avril
King’s Eggs
France occupée
– Amiens-Longueau, Arras, Béthune, Cambrai, Douai, Creil pour l’AEAF qui s’occupe du nord de Paris. Belfort, Chaumont, Épinal, Mulhouse et Thionville pour la 9th AF qui est mise à participation sur l’est, vu l’allongement des distances. Le mauvais temps régnant sur une partie de l’est fait que bon nombre d’équipages partent sur leurs objectifs secondaires, notamment Orléans-Bricy, où le B-24 Liberator s/n 42-94999 GJ-B du 506th BS, 44th BG, se fait descendre par un Messerschmitt 109. Les deux moteurs gauches en feu, les dix Américains sautent en parachute. Trois d’entre eux parviennent à échapper aux recherches et rejoignent les maquis français, les autres sont faits prisonniers plus ou moins rapidement et envoyés en Allemagne dans les Stalags Luft 3 et 4.
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patzekiller



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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 11:57    Sujet du message: Répondre en citant

vu les critiques sur le texte d'avril (puis mai) selon lesquelles on ne sentaient pas suffisamment les préparatifs d'overlord, ce serait bien de reposter avril en parallèle
cela permettrait de montrer que les choses ont été prévues au départ, mais les journées n'ayant que 24h et la vraie vie à coté ont fait que les textes initiaux n'étaient que la partie d'un tout (et que d'autres auteurs peuvent venir encore enrichir) Wink
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Imberator



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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 12:17    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Bis repetita placet, les Séquanais et les Ardennais continuent de vivre la terreur des bombardements, mais cette fois accentuée par les attaques en piqué des monomoteurs


Citation:
21h30 à 22h25

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 12:25    Sujet du message: Répondre en citant

@ Imberator - Merci pour la correction (les), mais pour le petit bout en gras : oui, mais une fois encore, l'enrichissement disparaît entre le texte en word et le forum et j'oublie parfois de reporter certains gras ou italiques - mais sur le texte qui sera finalement en archives, tout y est.
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Casus Frankie

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JFF



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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 12:57    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Juste une question : pour la journée du 6 avril, le raid de la RAF sur les ateliers ferroviaires de Chambly, il est annoncé 96 Lancaster et 16 Halifax, pour une total de 1200 tonnes de bombes. Cela fait une moyenne de 10,7 tonnes par avion .... c'est peut être un peu beaucoup ? mème pour une cible à courte distance.
Est ce que ce ne serait pas plutot 10 700 lbs par appareil ?
Ce qui fait tout de même une charge respectable de 4857 kg
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Imberator



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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 13:12    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
@ Imberator - Merci pour la correction (les), mais pour le petit bout en gras : oui, mais une fois encore, l'enrichissement disparaît entre le texte en word et le forum et j'oublie parfois de reporter certains gras ou italiques - mais sur le texte qui sera finalement en archives, tout y est.

J'ai bien compris.

Mais à ce stade, nous ne pouvons, nous, savoir si l'erreur n'apparait qu'ici ou si elle se répercute dans la version destinée aux archives. Dans ces conditions il semble judicieux d'indiquer lorsque il y a anomalie, histoire qu'il puisse y avoir vérification et si nécessaire correction de la version finale.


Bref, même en étant conscients de la rigueur du travail effectué ici, mieux vaut pour nous alerter inutilement que de laisser passer y compris des coquilles aussi mineures si on peut les éviter.

Mais bon si cela vous apparait inutile voire pénible, je cesserai volontiers de vous importuner ainsi.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 13:15    Sujet du message: Répondre en citant

Je comprends - je voulais juste expliquer comment ça se passe.
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Etienne



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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 13:38    Sujet du message: Répondre en citant

JFF a écrit:
Bonjour,

Juste une question : pour la journée du 6 avril, le raid de la RAF sur les ateliers ferroviaires de Chambly, il est annoncé 96 Lancaster et 16 Halifax, pour une total de 1200 tonnes de bombes. Cela fait une moyenne de 10,7 tonnes par avion .... c'est peut être un peu beaucoup ? mème pour une cible à courte distance.
Est ce que ce ne serait pas plutot 10 700 lbs par appareil ?
Ce qui fait tout de même une charge respectable de 4857 kg


Ah, j'ai repris les chiffres OTL qui apparaissent sur un site, mais il semble en effet y avoir maldonne entre tonnes et lbs. Ceci dit, la charge d'un Lancaster est donnée jusqu'à 8 tonnes, celle d'un Halifax jusque 6.
On peut changer pour 670 tonnes de bombes.
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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 13:47    Sujet du message: Répondre en citant

Une petite redite :
Citation:
Les Américains témoins du combat n’identifient cependant pas les avions allemands comme de nouveaux appareils, en notant cependant qu’ils n’ont pas pu les rattraper.

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En principe (moi) ...
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Etienne



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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 16:17    Sujet du message: Répondre en citant

"toutefois" sera en effet mieux en seconde place. Wink
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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 19:36    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Hélas, l’avion étant le leader du groupe de tête, les autres équipages pensent qu’il s’agit du signal de largage et suivent son exemple. Les dégâts sont considérables en ville : le bombardement tue cinquante civils et incendie la bibliothèque.
Par ailleurs, au-dessus d’Amiens, le Havoc A-20J serial 43-9446 du 640th BS, 409th BG, est touché par un coup direct qui tue net le pilote (Captain Leland Norton) et le mécanicien Julian Tate. Les deux autres membres d’équipage parviennent à sauter en parachute, mais ils sont rapidement faits prisonniers.


Shit Happens comme on dit ...

Citation:
Si l’une se produit sans autre dommage que la tourelle supérieure broyée (sans dommage pour le mitrailleur, qui s’est couché en voyant arriver la masse noire de l’autre Lancaster)


Une pensée pour le monsieur, qui aura des choses à raconter !

Citation:
par les Leutnant Potthast et Brewes


Quels type de Nachtjager ?
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C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Chabert



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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 19:58    Sujet du message: Répondre en citant

A lille, c'est Bondue. J'en connais une qui peut vous décrire de l'occupation du terrain...

Pour la gare de Valenciennes, une belle photo de B26 dans ces temps là en effet.
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Archibald



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MessagePosté le: Mar Juin 04, 2019 20:07    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
le vieil hôtel de ville, l’église de Mantes et celle de Gassicourt sont détruites, tout comme 128 habitations.


Vandales !!! Vieux Sage

Gassicourt et sa "commune libre" inscrit encore aujourd'hui sur le fronton de l'ancienne mairie.
Et Mantes la Jolie... sans son val-fourré pas encore sorti de terre - essayez de ne pas trop bombarder le coin, sinon la famille de ma bien-aimée n'existera pas, côté maternel du moins.
L'autre moitié, coté paternel, est par contre en sécurité à 10 000 km de là... à La Réunion !!!
Les joies du métissage et des hasards de l'Histoire... quand la main d'oeuvre des DOM-TOM assemblait des Simcas à Poissy et des Renault à Flins, au côté des maghrébins, italiens, espagnols, portugais, antillais, camerounais, etc. L'Afrique du Nord et du centre, les DOM-TOM, le sud de l'Europe, tous mélangés... au Val-Fourré. 30 000 personnes rien que dans le quartier, autant qu'à Mont de Marsan, mon bled Landais.
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« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.

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Etienne



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MessagePosté le: Mer Juin 05, 2019 10:36    Sujet du message: Répondre en citant

Quasiment tous les faits sont OTL, je n'ai que très rarement brodé.

Nachtjager: Me 110 ou Ju 88, je n'ai pas toujours eu la précision.

Lille a 3 terrains en 40-45: Vendeville (Lesquin aujourd'hui pour l'appellation) en principal, avec deux pistes bétonnées construites par les Allemands. Ronchin et Bondues ensuite, en herbe, et pour desserrer.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Juin 05, 2019 10:51    Sujet du message: Répondre en citant

15 avril
Sur la piste des V
Crossbow
Mimoyecques
– Trente-huit quadrimoteurs B-17 du 1st Bomber Wing de la 9th AF viennent bombarder les installations sans rencontrer de réelle opposition. Les Américains volent hors de portée de la Flak et les chasseurs de la JG 26 sont cloués au sol par le mauvais temps qui sévit sur le Nord, seule une petite bande littorale étant épargnée. Les dégâts au sol ne sont guère importants ; en revanche, l’organisation du travail chez Todt pâtit des alertes répétées.


16 avril
King’s Eggs
Boulogne-sur-mer
– La gare de triage du port boulonnais est visée nuitamment par le 1st Bomber Group de la RAF, mais de fortes rafales de vent dévient les bombes des Lancaster et les éparpillent sur les habitations de la ville, provoquant la mort de 128 habitants. En règle générale, les Boulonnais sont habitués aux alertes aériennes depuis le début de la guerre, puisque leurs côtes sont pour ainsi dire quotidiennement survolées. De ce fait, ils n’ont plus le réflexe d’aller aux abris, car ils n’ont jamais imaginé que leur gare à eux pourrait devenir une cible…
Le vent a un autre effet désastreux, puisque deux des Lancaster se percutent – mais ils tombent sur les voies de triage, les bloquant pour quelque temps. En effet, la Luftwaffe a interdit de dégager des avions alliés tombés au sol avant qu’ils ne soient examinés par ses techniciens. Ce résultat imprévu est-il une consolation pour le sacrifice des équipages au sein du Bomber Command ?

Trouville – Deuxième cible de la nuit, le petit port au sud du Havre voit défiler quatre-vingts Halifax du 4th Bomber Group de la RAF précédés de neuf Mosquito pathfinders du Squadron 105 en guise de touristes sur les planches de Trouville-Deauville. Ici aussi, la gare de triage est visée, mais cette fois, elle est bien touchée, le vent étant plus calme dans ce secteur de Normandie.


17 avril
King’s Eggs
France occupée
– Le répit aura été de courte durée pour les Ardennais. L’AEAF envoie ses avions sur les gares de Douai et Mohon en début de soirée et les deux villes encaissent 144 bombes qui rasent une avenue complète et achèvent la destruction des installations et bâtiments du dépôt de Mohon.
A Mézières, douze immeubles sont détruits, ensevelissant une famille de six personnes. L’archevêque de Reims, Monseigneur Marmotin, venait juste de bénir 45 cercueils dans la chapelle ardente de l’hôpital, prononçant à l’occasion un discours repris dans les journaux : « Est-il possible que des êtres raisonnables et qui se disent civilisés détruisent sans distinction et tuent ceux qui servent à la vie, au bonheur des hommes ? Nous protestons contre de tels attentats que la guerre n’autorise pas, que Dieu condamne et que l’humanité réprouve ! »


18 avril
King’s Eggs
France occupée
– Béthune, Douai et Tourcoing, ou du moins leurs installations ferroviaires, sont les objectifs du jour. Bien protégés par une couverture de chasse importante qui a fort à faire avec les Long Nez de Priller, tous les bombardiers peuvent regagner leur base.


19 avril
King’s Eggs
France occupée
– Les jours se suivent et se ressemblent. Cette fois, ce sont les gares de Busigny, Cambrai et Valenciennes qui reçoivent la visite de bombardiers légers de l’AEAF, tandis que leur escorte se frotte à nouveau aux Focke-Wulf 190 D-9. Malgré leur avantage en vitesse sur les Spitfire, les gars de Priller souffrent, surtout face aux Mustang dont les pilotes commencent à s’aguerrir et à tirer parti des caractéristiques de leurs montures. Le piqué en survitesse n’est plus une méthode sûre pour échapper au plomb américain de .50…
………
Dans la nuit, le Bomber Command de la RAF lance en tout cinq attaques.
Amiens-Longueau (Somme) – Les nuages couvrant abondamment la gare et ses alentours, le Master Bomber du 5th Group ordonne vite l’arrêt du bombardement. Seuls 37 Lancaster sur 112 ont largué leurs œufs.
En manœuvrant son Lanc’ s/n ND689 codé KM-O du Sqn 44 pour éviter l’attaque d’un chasseur de nuit, le F/O Barber percute le Lancaster LM535 qui peut néanmoins rentrer à sa base, endommagé superficiellement. Avec un moteur défaillant, Barber tente un atterrissage forcé, mais heurte une rangée de peupliers et finit dans un étang sur la commune de Long. Barber et les F/Sgt Fenwick, Sgt Garnsey, P/O Ingram et W/O2 Scott ne survivent pas au crash, tandis que les P/O Hobbs, Sgt Hall et Wright sont capturés par les Allemands.

Boulogne sur mer (Pas-de-Calais) – Un seul Mosquito doté du système Oboe parvient à marquer la gare de triage, mais cette fois le bombardement réussit. La gare principale est gravement endommagée par les bombes des Halifax du 6th Bomber Group. Les Boulonnais ont vite appris et sont descendus aux abris, mais on déplore tout de même 33 tués civils.

Orléans (Loiret) – Cent dix-huit Lancaster du 1st Group viennent attaquer les installations ferroviaires de la ville, précédés de quatre Mosquito du Squadron 105, avec qui ils ont désormais l’habitude de travailler. Le rapport du Bomber Command mentionne « une attaque remarquablement réussie » malgré la perte d’un appareil, abattu par un chasseur de nuit.
Le Lancaster s/n ME775 codé AS-N du Sqn 166 s’écrase à Arnouville-les Mantes. Le pilote, resté à son poste, et le mitrailleur central (qui a vu son parachute prendre feu à la sortie de l’avion) décèdent, mais les cinq autres membres d’équipage parviennent à évacuer l’avion correctement. Un seul parvient à échapper aux recherches des Allemands.

Tours (Indre) – C’est la gare principale, au centre de la ville, qui est ciblée, celle de Saint-Pierre des Corps ayant déjà reçu sa dose de vitamine T(NT). La préparation du raid est donc particulièrement soignée, à l’exemple de celle de Lille, et reprend les mêmes éléments du 5th Bomber Group combinés aux Mosquito du Sqn 627 et aux Lancaster Dambusters du Sqn 617 de Cheshire, qui s’emploie à fond dans ce rôle de pathfinder, la précision étant de plus en plus réclamée par les Français inquiets de voir détruire leurs villes et tuer leurs concitoyens.
Le raid dure plus longtemps que prévu à cause des préparatifs, notamment pour récolter les données sur le vent et les utiliser pour que le Master Bomber calcule l’axe d’attaque, mais la chasse de nuit allemande n’intervient pas (elle est occupée plus au nord, vers le Mans) et le bombardement est réussi. La gare est sévèrement endommagée et si quelques bombes tombent à l’ouest de la cible, il n’y a que très peu de pertes humaines. Il est vrai que le secteur avait été déserté par ses habitants lors des combats en retraite du Sursaut de 1940, et peu d’habitations ont été remises en état.

Le Mans (Sarthe) – Les autres squadrons du même 5th Group sont allés moins loin, s’arrêtant au Mans pour y déposer leurs bombes sur la gare de triage à l’extérieur de la ville. Les hangars à locomotives sont détruits et un train de munitions qui a le malheur d’être là explose soudainement, soufflant les wagons sur les autres lignes et obstruant les voies. Des débris de ces explosions retombent sur la ville ; ils détruisent une maison dont les occupants sont heureusement sortis prendre le “café” chez des voisins. L’éclairage par fusées parachutées, une différence par rapport aux précédents bombardements, fait croire aux Manceaux que des parachutistes anglais arrivent !
Un Lancaster touché par la Flak entre en collision avec un autre quadrimoteur et tous deux s’écrasent au nord-ouest de l’aérodrome. Non loin de là, un troisième avion (s/n HK547 KO-F du Sqn 115) est abattu par l’Oberleutnant Jakob Schaus du 4/NJG 4. Aucun survivant sur les trois avions.


20 avril
King’s Eggs
France occupée
– Arras, Béthune, Cambrai, Creil et Valenciennes sont les cibles du jour pour l’AEAF, Reims étant réservée aux lourds de la 9th AF. Sans perte recensée, les rapports de vol rendent compte généralement d’un « R.A.S. » qui fait bien peu de cas des victimes au sol. C’est la guerre, mon bon monsieur.


21 avril
Sur la piste des V
Crossbow
Mimoyecques
– Vingt-cinq Forteresses Volantes B-17 de la 9th AF viennent bombarder les travaux sans escorte. Mal leur en prend : Priller a fait desserrer ses avions sur les petits terrains de Marck et de Wissant, et les Focke-Wulf s’en donnent à cœur joie. Pourtant, la robustesse des B-17 et la haute altitude de leur vol permettent à tous les bombardiers de rentrer à leur base, mais treize d’entre eux – plus de la moitié – sont gravement endommagés.

King’s Eggs
Nord
– Cambrai, Douai, Lens, Mohon et Valenciennes sont à l’affiche pour les Marauder, Havoc, Boston, Beaumont et Mitchell de l’AEAF. Les Américains bombardent les Ardennais pour la dernière fois, sans faire de victime civile. Forcément, il n’y a plus personne en ville, ni à Mohon, ni à Mézières ! Les seuls bipèdes présents portent un uniforme vert-de-gris…

Le Mans (Sarthe) – Nouveau bombardement réussi de la gare de triage et de l’usine Gnome-Rhône par les Halifax du 6th Bomber Group. On ne relève que deux blessés dans la population civile, les Manceaux ont su se mettre à l’abri. Les Allemands, eux, ont installé de la DCA sur rails, ce qui leur permet d’abattre deux Halifax. L’un (s/n LK810 codé KW-Y du Sqn 425) s’écrase à l’ouest de la gare ; le mitrailleur arrière parvient à s’en extirper, mais est vite fait prisonnier. L’autre, s/n MZ506 codé QO-X du Sqn 432, part en flammes pour aller s’écraser au bois des Pins, près de Moncé-en-Belin. Aucun survivant.

Orléans (Loiret) – Cent-huit Halifax du 4th Bomber Group parviennent à larguer leurs bombes sur la gare de voyageurs (heureusement déserte à cette heure-là) et les entrepôts de réparation. Un seul bombardier est perdu, touché par la Flak. Trois des membres d’équipage sont fait prisonniers, mais la malchance colle à la peau du navigateur, Sgt Hale, qui sera tué pendant son transfert en train lors d’un raid de la RAF un mois plus tard !


22 avril
King’s Eggs
France occupée
– Chaumont, Épinal et Metz sont les cibles des quadrimoteurs de la 9th AF, tandis que Creil est à nouveau visité par les Marauder en quête d’une occasion intéressante.
Lison, dans le Calvados, est attaqué de nuit par huit Mosquito polonais du Squadron 305 Ziamia, qui pulvérisent le nœud ferroviaire.


23 avril
King’s Eggs
France occupée
– Arras, Béthune et Douai reçoivent à nouveau la visite des bombardiers dits légers de l’AEAF, qui pilonnent méthodiquement sinon précisément les gares du Nord et du Pas-de-Calais. Au sol, malgré les efforts des soldats allemands, il est de plus en plus difficile de trouver des employés de la SNCF pour réparer les dégâts. Leur évaporation semble être devenue épidémique, et les collaborateurs du NEF sont de moins en moins nombreux à essayer de faire respecter un semblant d’ordre.


24 avril
King’s Eggs
France occupée
– Les deux gares de Mulhouse-nord et Mulhouse-Napoléon sont la cible des B-24 du 2nd Bomber Wing de la 9th AF, avec la gare de triage de Thionville et celle de Belfort. Pas de perte recensée mais peu de dégâts utiles.
Celles d’Amiens-Longueau et Blainville (Calvados) voient arriver les “légers” de l’AEAF, qui se montrent un peu plus efficaces, car volant plus bas.


25 avril
King’s Eggs
Lison (Calvados)
– Les huit Mosquito du Sqn 305 Ziamia viennent parachever leur travail sur le nœud ferroviaire, malgré une météo très incertaine et changeante. Ce sera d’ailleurs la seule sortie de l’AEAF pour la journée.


26 avril
King’s Eggs
France occupée
– Tandis que la gare de triage de Strasbourg/Hausburgen reçoit les hommages des B-17 du 40th BW de la 9th AF, les avions de la 2nd TAF s’occupent des installations de Cambrai et Douai et monopolisent l’attention des Focke-Wulf de la JG 26. Le patron de celle-ci, Priller, est à Brême, chez l’avionneur, pour y donner ses impressions, et accessoirement revenir avec un appareil supplémentaire.
Amiens-Longueau est l’objectif des Havoc du 416th Bomber Group de la 12th AF, mais les récentes attaques ont conduit les Allemands à concentrer de nombreuses batteries de Flak dans la cité de Jules Verne. Leurs servants mitraillent la meute et trois A-20 sont abattus. Leurs équipages, à présent constitués de trois membres seulement, parviennent à se parachuter, mais seuls deux aviateurs sur les neuf parviennent à prendre la poudre d’escampette.
A Sartrouville, la Flak obtient le même triple succès sur les B-26 Marauder des 386th et 391st Bomber Groups. Le 1st Lieutenant Robert Kingsley, blessé par un éclat d’obus, reste aux commandes du Marauder s/n 42-96100, codé YA-O et baptisé Swamp Angel, pour permettre l’évacuation de son avion, puis il écrase celui-ci sur la cible. Tous ses équipiers sont vivants à défaut d’être intacts, mais deux seulement parviennent à échapper aux poursuites.

Sur la piste des V
Crossbow
Cherbourg
– Un vol de reconnaissance d’un Spitfire PR du Squadron 16 sur le Cotentin permet la découverte d’un site léger au lieu-dit Belhamelin, parfaitement camouflé, mais signalé par la Résistance. Il faut toute la perspicacité des observateurs pour découvrir l’architecture de ces sites, admirablement intégrés dans le paysage. Dalles et bâtiments sont camouflés par des haies ou dans des vergers, les pistes bétonnées suivant les chemins antérieurs à la construction. L’identification des sites non connus ne sera pas du gâteau !

Priller et son nouveau jouet [Note de CF - Etienne fait ici ce que les auteurs de série télé appellent un cross-over, je crois.]
Brême – Arrivé la veille à bord d’un avion de liaison, l’Oberst Priller passe une bonne partie de la matinée à expliquer les qualités et défauts du nouveau Dora aux ingénieurs de Focke-Wulf, y compris Kurt Tank. Le patron de la Schlageter explique que l’avantage indéniable en vitesse face aux Spitfire est fortement atténué, voire insuffisant, face aux Mustang, dont une nouvelle version ultra-rapide, reconnaissable à sa verrière en goutte d’eau commence à équiper les Américains. La discussion se poursuit sur le plus pur plan technique : on parle moteurs, injections et températures.
A un moment, pris de court, Kurt Tank emmène son visiteur dans un hangar proche, où l’on met la dernière main à un Langnase. Les deux hommes s’approchent de l’appareil, dont le capot est ouvert.
- Herr Oberst, cet avion est un exemplaire de pré-série. Il est équipé d’un Jumo 213 E plus puissant, et prévu pour la haute altitude avec un dispositif de surpuissance efficace. On espère en tirer 720 km/h au minimum. Malheureusement, nous ne recevons ces moteurs qu’au compte-gouttes, et la mise au point de l’injection se révèle longue de ce fait. Voulez-vous l’essayer et nous reporter les valeurs comme vous l’avez fait sur le carnet que vous nous avez apporté ?
- L’essayer ? Pour un seul vol, ou pour plus longtemps ?
- Un seul vol ne nous apportera guère. Usez-en à votre guise.
- Le commandement sera-t-il d’accord ?
- Vous devez repartir avec un nouvel avion, non ? Celui-ci ou un autre, personne ne viendra voir qu’il y a un chiffre de différent sur le bon de livraison, D-9 ou D-12…
- Vu sous cet angle… Ce sera avec plaisir, Herr Tank. Mais n’allez pas dire que je vous ai forcé la main !
- Certainement pas, je noterai au contraire que je vous ai donné un appareil amélioré. Sans préciser.
- Bien. Je vais préparer un vol un peu plus long que la ligne droite menant à mon terrain, afin de pouvoir l’évaluer sans être importuné. Les Anglais pénètrent de plus en plus loin à l’intérieur des terres et sont souvent en maraude le long des côtes, à l’affût de nos liaisons. Hier, ça a bien failli mal finir.
- Faites vos vols comme vous l’entendez, Herr Oberst.


13h58, au nord de Dijon – Sanglé dans son habitacle, masque à oxygène sur le visage, Josep “Pips” Priller fonce à près de 600 km/h à 7 000m dans le ciel bleu de la France, cap à l’ouest. Parti de Bremen, il a d’abord mis cap au sud pour prendre en mains son nouvel avion, puis a viré plein ouest vers la France, qu’il survole à présent. Malgré le froid, il a ôté un de ses gants et prend régulièrement des notes sur son carnet, solidement lié à la planchette qu’il a fixée sur sa jambe droite. Pour autant, il ne relâche pas son attention trop longtemps sur ce qui peut se passer à l’extérieur, en vieil habitué qu’il est de la chasse.
Machinalement, il jette un œil aux alentours. Derrière lui, tout d’abord. Sa tête fait alors une rotation de droite à gauche et de haut en bas. Il pousse bientôt un juron : là, en bas dans ses dix heures, des éclats lumineux trahissent le soleil se reflétant sur de l’aluminium de monomoteurs. Il réfléchit. Les avions sont à mille mètres en dessous, à deux bons kilomètres à en juger par leur taille. Ce doit être des Mustang, peut-être des Français, dans ce secteur en arrière du front Sud. Continuer sa route tranquillement doit être possible, il leur faudra du temps pour grimper, mais il hésite. Un dernier coup d’œil le fait trancher pour la sécurité, pas la sienne mais celle de cet avion encore expérimental. Deux des ennemis, sans aucune peinture sur leur métal, ont entrepris de grimper à sa rencontre. Pas besoin de voir les cocardes, il est facile de deviner à qui il a affaire, sans aucune forme de gêne ni d’appréciation, ce sont bien des Français, audacieux et sans cervelle. Culottés, en plus, ils ne sont que deux à venir…
Ach! Tranquillement, Priller appuie sur les commandes, ajoute un peu de gaz et prend un cap nord, identique à celui de ses poursuivants. Il rentrera un peu plus tôt que prévu à Vendeville, c’est tout. S’ils pensent le rattraper, ils risquent d’en être pour leur frais, avec ce nouveau modèle.
Tiens, ça pourrait même être une idée. Les attirer plus au nord, et prévenir une de ses Staffel, il doit bien y en avoir en vol.
Bon, ils sont mal situés, par contre, plein arrière et en dessous, il doit manœuvrer pour les apercevoir. Donnerwetter, ils semblent plus grands que tout à l’heure, donc se pourrait-il qu’ils se rapprochent ? Ça semble impossible et pourtant…
L’Allemand étouffe un nouveau juron et pousse les gaz. S’ils veulent jouer à ça, ils ne savent pas à qui ils ont affaire, surtout à quel type d’avion ! Ne pas oublier de prendre un peu d’altitude, au cas où… Cinq minutes se passent, en jetant un œil, il constate que les deux Français n’ont pas gagné sur lui. Pas gagné, mais pas perdu non plus, il commence à s’inquiéter, et observe ses manomètres : tout fonctionne parfaitement, donc les autres ont des avions aussi performants que le sien, peut-être un de ces nouveaux Mustang ?
Devant lui au sol, Reims. Il est temps d’appeler à la radio, s’il ne veut pas engager son précieux appareil dans un combat. Non pas que cela le dérange, bien au contraire, mais risquer un expérimental aussi tôt dans son existence, sans en avoir véritablement essayé toutes les facettes ? On pourrait le lui reprocher, et avec raison. Il se résigne donc à appuyer sur le commutateur de la radio, et entreprend de s’expliquer quand des vibrations l’interrompent : le Jumo a le hoquet ! Vérifications rapides, il y a de l’essence, les magnétos donnent à plein, que se passe-t-il ?
Tout en parlant, il réduit les gaz, et emmène son avion en léger piqué. Pas ce qu’il y a de mieux à faire pour échapper aux deux lascars dont il commence à pressentir l’expérience par habitude ou l’inexpérience par inconscience, car ils sont toujours là, collés à ses basques, sans même dévier leur route d’un pouce.
Le moteur semble revivre sans peiner, il remet les gaz, mais les hoquets reviennent, le témoin des injecteurs semble cligner par moments. Pas le choix, il doit revenir au régime qui sonne correctement. C’est rageant ! Kurt Tank lui avait bien dit qu’ils avaient des soucis de fiabilité sur ces systèmes d’injection en surpuissance, il pourra toujours les lui confirmer !
Un coup d’œil sur ses arrières, les deux Français ont gagné du terrain. Pas au point de pouvoir tirer, mais ils se rapprochent, inexorablement. Inutile de continuer à descendre, Priller rétablit. S’il faut engager un tournoyant, autant garder de l’altitude. Pour le moment, il lui faut gagner du temps, afin que ses compères puissent le dégager. Méthodiquement, millimètre par millimètre, il ajuste son moteur, pour gagner un peu de vitesse avant les soubresauts inopportuns du moteur.
Au-dessus de Laon, un appel radio de ses équipiers lui donne un nouveau cap à suivre pour la rencontre. Doucement, il infléchit sa route, un virage trop brusque le mettrait dans le collimateur de ses poursuivants.
Les messages radio sont plus clairs, ils sont proches. Il aperçoit bientôt au loin dans ses trois heures les points noirs qu’il attend, et les observe longuement. Trop longuement, peut-être, car des traçantes le rappellent soudainement à la réalité. Les Français sont eux aussi très proches ! Instinctivement, il bascule son appareil à gauche, n’ayant que le temps de voir les éclairs dans son rétroviseur. Il jure. Les Français sont encore loin mais sa manœuvre va leur permettre de réduire la distance. Autant piquer, en espérant que les autres n’aient pas été aperçus. Un seul avion dans son rétro. Plus de tirs, le Français n’est pas si débutant qu’il le croyait, d’ailleurs il a coupé comme il fallait et arrive dans son trois-quarts arrière, mais où est l’autre ? Redresser, pied à droite pour inverser le virage et amener les Français dans les viseurs de ses équipiers…
Bang ! Bang ! Impacts des balles sur les ailes qui tremblent sous les coups, il voit les rivets qui sautent et les tôles se déformer dangereusement. Repartir dans l’axe, il aperçoit la silhouette de l’avion qui le suit à trois cents mètres. Le type est un fichu tireur, à cette distance, ou alors il a de la veine… Nouveaux coups, dans l’arrière, l’empennage a dû prendre, il n’y a plus de direction, et la profondeur mollit subitement, alors que les traçantes continuent de l’encadrer. Pas le choix : sans gouvernes, il ne reste que les ailerons, pour basculer l’avion sur le dos, larguer la verrière et s’extraire de là. Il a juste le temps de voir passer un avion entièrement métal nu, avec une verrière arrondie et les cocardes Françaises, un des nouveaux Mustang déjà arrivé chez les Français ?… Le temps de tirer sur l’anneau du parachute, les avions sont déjà loin, avec ses équipiers aux trousses, mais déjà distancés. Il grimace. Se faire jouer comme un bleu, sur un avion neuf et considéré comme ultra-rapide, ça n’est pas bon pour lui. D’un autre côté, si la nouveauté tombe en panne, il n’y est pour rien, et peut déjà se consoler d’être vivant… Mais le rapport sera difficile et fastidieux.

Nantes – Dans la nuit, cent Avro Lancaster du 5th Bomber Group viennent attaquer le nœud ferroviaire et les ateliers y attenant. Les cinquante premiers avions larguent leurs bombes avec une telle précision que le Master Bomber donne l’ordre de cesser l’attaque et emmène les autres sur l’objectif secondaire, un site V1 proche de Cherbourg.


27 avril
King’s Eggs
France occupée
– A nouveau Amiens et Sartrouville sur les tablettes de la 12th AF. C’est sur la route d’Amiens que deux B-26 Marauder sont touchés par la Flak. L’un, près d’Abbeville, voit son pilote, 1st Lieutenant Foster, tiré par les soldats allemands alors qu’il descend en parachute. Les mêmes soldats blessent également le bombardier, 2nd Lt Johnson, mais celui-ci est récupéré par la Résistance et peut échapper aux recherches. Le deuxième avion, s/n 42-95943 codé T6-F du 573rd BS, 391st BG, est abattu au nord-ouest d’Arras. L’équipage parvient à évacuer l’avion à 4 000 pieds, mais seuls deux de ses membres pourront échapper à leurs poursuivants.
La Flak de Sartrouville se révèle encore plus efficace aujourd’hui, abattant pas moins de six Marauder, dont les points de chute s’éparpillent dans toute la région parisienne. Si l’un d’eux explose en vol, ne laissant aucune chance à son équipage, les survivants donnent du fil à retordre aux forces allemandes qui les recherchent activement, et ne les retrouvent pas tous…


28 avril
King’s Eggs
Angers
– La douceur angevine est perturbée cette nuit par le vrombissement des 472 Rolls-Royce Merlin des 118 Avro Lancaster du 1st Bomber Group de la RAF, puis par l’éclatement des bombes et les explosions diverses qui parsèment la gare et les installations ferroviaires. Malgré ce qui devient une bonne précision dans le marquage et le suivi du bombardement, des habitations et immeubles civils sont touchés, faisant à nouveau des morts et des blessés.

Lison (Calvados) – Nouvelle visite de six des Polonais du Ziamia, pour en finir une bonne fois pour toute avec le nœud ferroviaire de ce petit coin du Calvados, situé sur la ligne Paris-Caen-Cherbourg et qui dessert également Saint-Lô, au sud. C’est l’enclavement de la gare dans la petite cité qui impose la précision des Mosquito à la place du tapis de bombes habituel.


29 avril
King’s Eggs
France occupée
– Les gares de Reims et Troyes sont les cibles du jour de la 9th AF qui déploie pour la circonstance les B-24 Liberator des 20th et 96th Bomber Wings. Guère de surprises pour les bombardiers américains et leur escorte, qui constatent la diminution du nombre des chasseurs allemands engageant le combat. La qualité du matériel ne suffit pas…


30 avril
Sur la piste des V
Crossbow
Eperlecques, Siracourt
– Les réseaux actifs de la Résistance ayant fait état de mouvements autour du site de Watten, notamment l’arrivée en gares de trains transportant « des fuselages d’avions bâchés » (sic…), la mission Argos a ravivé la flamme du combat, ou plutôt retendu la corde de Crossbow. Certes, le blockhaus d’Eperlecques n’est plus qu’un site de stockage, mais bien sûr, on l’ignore à Londres, et de toute manière, il convient d’éliminer tout ce qui serait susceptible d’être utilisé. Pas de stocks, pas de tir.
On signale également que les travaux se poursuivent vaille que vaille à Siracourt, où on en est arrivé à la phase de coulée des murs définitifs de cinq mètres d’épaisseur, qui vont former le talon de la toiture. Deux raids sont donc mis sur pied ce jour par la 9th AF, qui délègue un total de près de deux cents Forteresses volantes sur les deux sites.
La structure d’Eperlecques n’est guère touchée, tout au plus égratignée ; ce sont les à-côtés qui souffrent, notamment la voie Decauville acheminant le matériel au bunker. Quant à Siracourt, les travaux reprennent dès le départ des bombardiers ; on espère bien avoir terminé la maçonnerie avant le 10 juin. Après, il “suffira” d’excaver.

King’s Eggs
France occupée
– Le Bomber Command met le paquet cette nuit, en lançant trois attaques, sur Trappes (Seine-et-Oise), Tergnier (Aisne) et Saumur (Maine-et-Loire).
Si le bombardement en deux vagues sur la gare de triage de Trappes est un succès, la chasse de nuit allemande profite d’une belle nuit avec une lune à 52 % pour enrichir son palmarès, abattant quatre Lancaster du 1st Bomber Group. La chance est avec le mitrailleur arrière de l’un d’eux, dont le Lancaster s/n ND926 codé GI-D du Sqn 622 explose en plein vol, touché par un Junkers 88. Le F/Lt “Peter” Berry se retrouve en l’air et parvient à déclencher son parachute avant de toucher le sol. Les Allemands ont certainement pensé que tout l’équipage avait péri dans l’explosion, car il parvient facilement à rejoindre le maquis de Fréteval, où comme beaucoup, il attendra de façon active l’arrivée des troupes alliées.
A Tergnier, le Bomber Command signale que les voies de garage et les ateliers ont été « correctement touchés ». Deux Lancaster sont atteints par la Flak, dont l’un poursuit quand même sa mission et largue ses bombes sur la cible avant d’aller s’écraser au sud-ouest de St-Quentin.
Dans le Maine-et-Loire, le nœud ferroviaire de Saumur est complètement détruit, sans aucune perte.
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