| Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant |
| Auteur |
Message |
Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
|
Posté le: Lun Déc 30, 2024 17:35 Sujet du message: |
|
|
Bon, merci d'arrêter les jeux de mots laids… Surtout sur un fil "Chrono FTL".
31 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Chasse au trésor
Vallée du Cervo (au-dessus de San Remo) – Dans l’air plus léger du petit matin, on sentit bien que ce n’était pas le moment d’aller demander au capitaine pourquoi il n’arborait plus sa fichue écharpe. La question en turlupinait plus d’un depuis qu’on avait quitté Vintimille. Les paris allaient bon train, la peine de cœur étant nettement en faveur devant des nécessités de lessive, la chaleur estivale, une perte toute bête de simplicité, un vœu pieux ou même une admonestation hiérarchique (trente contre un aux dernières nouvelles. On se demandait bien pourquoi !) L’officier affichait une tête des mauvais jours. Un mort, trois blessés d’états variables et variés, sans compter quelques estafilades, une foulure (non, pas le lieutenant !), et les Boches disparus. Ça allait faire du bruit ! Aussi chacun faisait-il profil bas.
Laissant Tisane à ses préoccupations, Martinez et le colonel italien (« l’Aristo », mais en privé seulement) avaient commencé une inspection des abords de la ferme. En premier lieu, comprendre ce qui s’était passé. Avec de la lumière, c’était quand même plus facile. Il n’y avait pas d’ouverture de ce côté ? Les zigotos, là, avaient tout simplement déchaussé deux ou trois blocs du mur, de quoi se faufiler dans l’appentis. Ça expliquait les bruits. Curieux, d’ailleurs : le tas de bois abrité là avait précédemment été déplacé, et on avait creusé une fosse à l’endroit ainsi dégagé. Une tombe ? Une tombe ! Drôle d’endroit pour une tombe ! Le trou avait atteint le rocher, on avait visiblement cherché à aller aussi profond que possible. Une pelle et un pic attendaient leurs propriétaires tout près.
Par contre, pour ce qui était de ce que Martinez avait repéré… L’espèce de jardinet attenant à la maison avait bien été récemment retourné. Aucun doute là-dessus. Plants de tomates défraîchis, fenasse en tout genre et même un arbuste étaient rejetés sur les bords. Aucun doute non plus sur ce qui pouvait se trouver dessous. Bien sûr, ce pouvaient être des patates, si les gus n’appréciaient pas de consommer local. Un peu tard pour les tubercules, quand même. Bien sûr, ce pouvait aussi être des collègues de ceux qu’on était en train de répertorier. Ça se pouvait. Ça se pouvait, mais personne, du colonel au dernier muletier, ne l’aurait parié. On en avait trop vu.
L’idée de vérifier ces supputations n’effleura aucun des présents. Maintenant, on avait des “spécialistes” pour ça, vu qu’on avait acquis de l’expérience en la matière. Moins de risque qu’avec un champ de mines, mais quand même pas à la portée de n’importe qui… Des planqués, pour sûr. Mais des planqués à qui on était bien contents de laisser la place, tiens ! Des équipes ad hoc, qui dans ce cas, seraient certainement binationales, pour cause de territoire ami et de cobelligérance. Avec “l’Aristo”, pourquoi pas ? Ça serait de son ressort, non ? L’était bien “observateur”, après tout ? Comme ça…
Plus loin, le cadavre du chien nourrissait ces fichues mouches et commençait à gonfler. Pendant qu’une équipe se chargeait de mettre à l’écart les corps – cinq – que les fuyards avaient laissés derrière eux et qu’on devait redescendre, c’était les ordres, une autre équipe pénétra prudemment dans le bâtiment. Même si on doutait qu’ils aient laissé des cadeaux de départ, on fit comme si. Les conneries, ça suffisait.
Les petits lingots de métal avaient en grande partie dévasté la première pièce, une cuisine, d’après ce qu’on en vit. Déjà qu’en extérieur il est difficile de courir plus vite que le plomb, en intérieur, c’est pire. On pouvait penser que les deux types, là, avaient été fauchés alors qu’ils s’engouffraient dans un corridor desservant la pièce du fond, une sorte de cellier par où leurs comparses s’étaient échappés. Un escalier tenant plus de l’échelle menait à l’étage. Deux chambres et un accès au grenier. Au total, quatre lits, dont un double, un beau désordre – pour faire simple – et encore un macchabée, un frisé. Un officier, salement blessé, et qui s’était fait sauter la cervelle. A moins qu’on ne l’ait aidé. Ça montait le score à huit, dont deux Italiens. Tu parles d’une consolation ! Et pas un prisonnier pour fournir le moindre renseignement !
Dans la cuisine, outre les deux rectifiés, pas grand-chose sinon des armes, dont la MG, une fin de bande encore engagée, et trois caisses. Deux en bois, une grande et une petite, et une métallique, du genre de celles dans lesquelles les artilleurs rangeaient les chargeurs de 20 mm. Grâce à Baraka, on connaissait. Qu’est-ce que ça fichait là ? Comment elles y étaient parvenues n’était pas la question prioritaire. Quand vous trouvez ce genre de trucs clos, immédiatement vous vient à l’esprit la question à mille balles. On ouvre, ou on n’ouvre pas ? Vues comme ça, elles avaient l’air normal, ces caisses. Des tas de gars avaient perdu un bras, une jambe, si pas tripes et boyaux, ou la tête, ou carrément la vie, à cause de trouvailles “normales”. C’est que le coup du clown à ressort, ça ne faisait plus rire. C’est vite fait, de placer une grenade dégoupillée ou une grenouille sauteuse dans une boîte. Tu ouvres, et… boum ! La curiosité (mal employée) est un vilain défaut. Tout de même, d’un autre côté, abandonner ça au Génie… ! Le mois dernier, oui, sans chicaner. Aujourd’hui, ça méritait réflexion. Y’avait comme un truc bizarre dans l’air… Le capitaine étant occupé à palabrer avec le commandant, entre coupures, parasites et caprices du matériel, le lieutenant et le colonel, aussi intrigués que le dernier des secondes classes, conclurent que les machines, là, contenaient peut-être « des indices ». De quoi, on ne savait pas : normal. Finalement non, pas « peut-être » ! « Certainement » ! Il fallait donc procéder à leur inspection au plus vite.
Avec toute la prudence nécessaire, de la ficelle, du bricolage et de la distance, on ouvrit la première. Un truc mastoc – teuton, quoi – poignées comac, renforts partout, et juste une attache métallique, sans cadenas. Certes, un chouïa d’explosif – un tirailleur suggéra « une grenade » – aurait facilité la démarche, mais si la chose contenait ses petites sœurs, ou du Sèvres, peut-être, qui savait ce que ça donnerait ? La cordelette se tendit. Le couvercle résista pour la forme. Un, c’était pas du carton ! Deux, faut comprendre, les charnières avaient vu du pays. Du monde aussi, certainement, mais plus d’huile depuis longtemps. Voilà, c’était ouvert. Pas de précipitation, on savait que les retardateurs, ça existait. Et rien ne disait que sous la première couche de contenu… Autant dire que l’œil qui s’avança, bien qu’inquisiteur, ne manquait pas d’être empreint de prudence, et que les guibolles, en dessous, déjà en mode automatique, n’attendraient pas pour entrer en action.
Verdict : un tube de rechange pour la MG, trois-quatre poignées de balles en vrac, jetées à la va-vite, un PM, deux chargeurs, deux grenades. Du modèle “œuf”. Un chiffon sale, et du vide. Et rien d’autre. On avait l’air malin, tiens ! Ouais, sauf qu’avec la tronche en moins, t’as même plus l’air con !
Tous les regards convergèrent alors vers l’autre énigme, sur la table. La caisse d’obus ? Non, celle en bois. Un des présents eut la présence (!) d’esprit de regarder sous le meuble. Pas de fil suspect. Le capitaine survint sur ces entrefaites, s’enquit de ce qui se passait, annonça que les blessés allaient redescendre en taxi – les macchab’ attendraient le suivant, fallait pas exagérer ! – doubla les recommandations de prudence, et fit comme tout un chacun : attendit. Dehors. Après tout…
Et la seconde caisse céda. Celle-ci ne contenait ni flingue, ni munitions, ni Stielhandgranate, ni bouffe, ni paperasse. Non, elle renfermait des trucs qui brillaient. Oh, elle n’était pas pleine, non. Mais quand même !
« A vue de nez, y’en a pour cher, mon capitaine ! » Martinez, avancé, jaugeait le contenu. « Ça a l’air bon côté mauvaise surprise, mon capitaine. Comme ça, y’a… au moins cinq lingots. Des petits. Ça, c’est un ciboire, regardez [Il brandit la coupe.] et y’en a pt’êt’ un autre, et le reste, c’est de la joncaille. M’étonnerait que ce soit du toc ! Faudra inspecter tout ça comme il faut. On ouvre la dernière ? Un volontaire ? »
– Euh…
– Bon, ben…
– Lieutenant !
– Oh, m’est avis qu’on ne craint plus rien, mon capitaine. Abritez-vous quand même…
Il manipula l’objet. Sans trop le secouer cependant, n’est-ce pas ? L’habitude… « Ça bouge. » Effectivement, on entendait tinter du métal. Sans attendre, le courageusement inconscient (sous) lieutenant renversa le bidule sur le plateau. Cascada alors toute une collection hétéroclite de montres, chevalières, alliances, briquets de prix, bracelets, boucles d’oreille, jaunets, et… dents en or. Accumulation accueillie de diverses façons par ceux qui avaient osé s’approcher. Ceux qui étaient négligemment restés au grand soleil (baraka, oui, mais, hein…) firent chorus.
Dûment refermés sur leurs contenus (moins les armes utilisables), les trois coffres au trésor prirent illico le chemin du camp, dans le même camion que les blessés. On ne pouvait à moins. Blessés, caisses, soigneurs, escorte : plein comme un œuf, le bahut. Martinez resta, chargé de contacter qui de droit pour expliquer l’évolution de la situation. De Fresnay et Della Silva précédaient le GMC dans la jeep. Un retour des autres gangsters n’était pas impossible, leur butin chargé/livré sur un véhicule, c’était plus que tentant !
Au passage, on fit halte auprès du Mouflon. Dûment averti de la présence d’éléments hostiles, son équipage avait passé une fort mauvaise nuit, et un début de journée à l’avenant. Outre qu’ils avaient sauté le souper et le petit-déj’. De quoi vous laisser de mauvais poil, non ? Le récit succinct de la suite ne fut pas pour les rasséréner. Cependant, bonne nouvelle, l’équipe de dépannage était en route. Les véhicules descendant allaient donc la croiser sous peu. De plus, le capitaine Roumilly venait de partir à leur rencontre. Ni tout seul, ni en promenade. Il était même du domaine du possible qu’une Cigale vienne faire un tour dans le secteur.
Ayant ordre de ne pas bouger pour le moment, ceux qui occupaient la ferme prirent leurs aises, Martinez veillant cependant à quelques mesures élémentaires, telles que sentinelles, repos à tour de rôle, soin des bêtes… Il resta quand même un peu de temps libre pour fumer une tige, faire un thé, sortir dés et brèmes, ou fureter de ci de là.
Pour ce qui était de fureter, Santini ne craignait personne. Sans en avoir l’air, il fit le tour des carrées, sans trop d’espoir, bien sûr, mais « au cas où ». Mais voilà, y’avait pas de « cas où ». Le cellier ne recelait même plus une olive, les dépendances, des bricoles, de l’outillage, un vieux bât, rien de terrible, et l’appentis, l’autre caporal, en tête à tête avec son pansement. Pas si mal en point que ça, et plutôt en colère contre cette B… D… de Fatalité, à défaut du reste de l’Univers. L’avait bon dos, la fatalité ! Bonne occasion pour partager un moment à savourer goudron et nicotine, et, éventuellement, satisfaire quelque légitime curiosité.
– Dis-donc, comment qu’il a fait, vot’ Michalon, pour être sergent ?
Bouffée de réflexion avant la réponse : « T’es ben curieux ! Pourquoi tu me demandes ça ? C’est à lui que t’as qu’à d’mander ! »
[Bouffée d’imitation.]
– J’ai essayé, figure-toi ! Tu peux pas m’aider ? T’es caporal, faut qu’on s’serre les coudes !
– Qu’est-ce que j’en sais, moi ? [Chiquenaude pour faire choir la cendre.] Quand ch’uis arrivé du Maquis, l’était déjà là !
Un bruit incongru leur fit dresser l’oreille.
– T’as entendu ?
– Entendu ? Entendu quoi ?
– Joue pas au plus con ! T’as entendu !
– Ben… Des “garri” ?
– Des rats ? Des rats qui jouent du tambour ? Sont bizarres, chez toi, les rats ! T’as vu ça où ? Et c’était pas du tambour ! C’était… Tiens, tu sais à quoi ça me fait penser ?
– ??? [In petto : « Merde ! Avec tout ça, ma clope qui s’est éteinte ! »]
– T’as vu Tarzan, au cinoche du régiment ?
– Lequel ? Çui où il retrouve sa nana ? [Tout en grattant furieusement une allumette.] Quand elle se baigne ?
– Ah ? Y’en a d’autres ?
– Ben dis donc ! [Bouffée extatique.] Tu…
– C’est pas ça ! T’as vu Tarzan, oui ?
– Ben, puisque …
– Tu trouves pas que ça faisait comme le même bruit ? Ecoute voir… Je dirai même que ça v’nait de par là…
– Je croirais bien qu’on a rêvé. Tu crois pas plutôt que c’est un gars, dehors ?
– Ouais. T’as raison. Les bruits, ça va, ça vient. Tant que c’est pas les aut’ qui reviennent… Mais dis donc, regarde… C’est bizarre, tout de même, ce coin…
Il désigna, à deux pas d’eux, les outils appuyés à la cloison de planches, et continua tout en se levant : « T’ sais, on n’a pas réfléchi assez. Tisane et le Rital, ils pensent que le trou, c’était pour planquer les caisses. D’accord. Ça se tient, pas besoin d’avoir des ficelles pour ça. Mais qui dit que les aut’ cons, ils n’avaient pas déjà planqué des trucs, hein ? Avant ? »
– Tu crois ? Mouais… Si tu l’dis… C’est vrai qu’on dirait bien que… Bon, on va chercher le…
– Ttt ! T’affole pas ! Calmos ! Sers-toi de ta caboche ! Si y’a rien, hein, t’imagine, le lieut’ ? Tu l’connais pas aussi bien que moi ! L’est pas dans un bon jour lui non plus ! L’était déjà à cran, rapport à sa nana… On va pas le déranger pour rien ! On est entre nous ! Tu crois qu’on a besoin d’un coup de main ? On verra ça plus tard ! Si tu veux te rendre utile, fais le pet. Le boulot a déjà été fait, ça va pas être duraille de trop. En cinq secs, on s’ra au jus.
– Hé ! Part à deux !
Santini eut un geste d’agacement. La terre ameublie ne lui demanda pas beaucoup d’efforts. La pensée que le trou potentiel risquait d’atteindre la profondeur de son voisin l’effleura au moment de porter le premier coup. Ah ! Tiens donc ! Au deuxième ou troisième, à bonne profondeur, le fer heurtait un obstacle qui n’était ni du métal, ni de la pierre. Et n’avait pas non plus, c’était heureux, la consistance d’un truc mou, du genre paquet de chiffons. Ou pire. L’homme pronostiquait plutôt du bois. L’hypothèse d’une “Schumine” en ces lieux lui sembla des plus idiotes. Aussi, ravi de la tournure que prenaient ses fouilles, le terrassier s’agenouilla et entreprit de dégager sa trouvaille avec plus de soins. Ayant tout d’abord estimé que son compère débloquait quelque peu, le blessé dit “léger” se rapprocha, maintenant que ça devenait intéressant. Jugeant que, ma foi, assurément, on pouvait rester entre soi… il posa un œil sur les travaux, mais garda une oreille sur l’extérieur.
De son côté, le chercheur de trésor avait délaissé son outil pour mettre carrément la main à la pâte. Extirper du sol une autre caisse, cadenassée, d’un format honnête, amena sur ses lèvres un petit sourire de satisfaction, et dans ses yeux, une lueur d’excitation. Sous le regard de plus en plus intéressé de son comparse, qui devait maintenant gamberger à des tas de combinaisons, le cadenas ne résista guère. L’idée que la chose fût piégée ne les effleura pas plus que ça. Ils en salivaient d’avance. Mais le pactole se réduisit à une liasse de documents, qui n’avaient rien de titres ni de Bons du Trésor : un Beretta, un tissu qui se révéla être un drapeau, le tout calant un ridicule coffret, ou plutôt une boîte, doublée de cuir. Quoiqu’assez bien conformée, son apparition fut saluée de diverses mimiques et remarques de déconvenue. Ça ne ressemblait guère ni à un écrin à bijoux, ni même à une ménagère ! Quelque chose brinquebalait bien dedans, mais sûrement pas des lingots ! Ni une grenade. Et comme l’autre l’en pressait, Santini l’ouvrit sans plus attendre, mais sans grand espoir.
– La belle trouvaille ! Un jeu de p’tits ch’vaux pour mômes ! Ouais, y’a pas à dire, t’es un cador !
Santini referma brutalement les deux parties du couvercle sur le gros cabochon de verre qui le narguait au centre d’un entrelacs de cases. Évidemment, après s’être esclaffé, son voisin ne manqua pas l’occasion de l’abreuver de railleries mesquines !
– T’as vraiment du nez, caporal ! Tu vas pouvoir jouer au Père Noël ! Attention de rien dire au lieut’, hein ! Des fois qu’il t’encabane pour recel de matériel ! Vrai, tu mérites une médaille ! Tiens, je suis pas vache, je te laisse ma part !
– Ta gueule ! Va plutôt chercher le sergent !
Sur un dernier ricanement, suivant un commentaire heureusement incompréhensible, Marsan s’en alla en traînant la patte. D’ici que ce con-là aille colporter l’histoire à tout le régiment ! De rage, Santini allait propulser l’objet du délit à l’autre bout de la pile de bûches quand il se ravisa.
Bien plus tard, il se confiera à une connaissance : [/i]« Je me suis dit : Ange, t’es con ! Si tu te démerdes bien, y’a certainement un bon coup à jouer ! Alors, tout l’monde se foutait de moi, hein… Rigolez bien, bande de nazes ! On verra ! Sauf que j’ai dégotté un Ricain, un marin. Rentrait au pays, et cherchait des souvenirs. Mais pas forcément du genre calot, fanion ou flingue, tu vois. Voulait aut’ chose. Un truc comme ça, il en circulait pas des tonnes ! Et comme, question bagages, l’avait pas trop de problèmes… Ça l’encombrait pas, tu vois. D’ailleurs, j’lui ai refilé d’aut’ trucs, en prime. J’étais dans un bon jour. L’a pas dit non. Et puis, l’avait un gosse, aussi, ça y a fait. J’ai pas eu à trop le baratiner. Et le plus beau, c’est que le machin, j’avais pas fait gaffe, l’était pas en rital ni en boche ! L’était en anglishe ! Le bol ! Y m’a bien d’mandé d’où ça venait. Tu parles que je le savais ! Et puis, en fait, y s’en foutait. Moi aussi. On s’est quittés bons amis, je l’ai plus revu. J’en ai tiré trois bonnes bouteilles, et des bricoles intéressantes, dis donc ! Et qui c’est qui a bien rigolé ensuite, hein ? Admirez l’artiste, les mecs, que j’leur ai dit ! C’est pas tout, ça donne soif, ça. Pas toi ? » [/i]
De fait, la nouvelle de cette découverte entraîna l’apparition non pas d’un sergent, mais des trois, accompagnés, cerise sur le gâteau, de Martinez. Ce dernier se fendit de quelques commentaires, qui, sans être désobligeants, n’avaient rien de félicitations chaleureuses. Il procéda alors à un bref examen des documents – en italien pour certains, en allemand pour les autres, alors, rapide l’examen ! – et au dépliage-repliage de l’oriflamme, des fois qu’il aurait dissimulé le trésor de San Lorenzo. La boîte de jeux gisait sous quelques rondins refendus, en attendant une évacuation discrète. Santini était confiant dans ses capacités dans ce domaine, si l’aut’ con la fermait.
A la suite de quoi, sa découverte s’en alla attendre son tour au soleil, deux soldats sondèrent la zone suspecte en pure perte, et le caporal fut fermement prié d’utiliser ses capacités d’observation en allant faire un petit tour dans la direction supposée de la fuite des « autres ». Pas tout seul ! Il retrouvait pour la circonstance “Laurel et Hardy”, ce qui n’était pas pour lui déplaire. Ça le changeait des Marsan, Michalon et autres, qui se gargarisaient de leurs incertains exploits dans la Résistance et n’avaient jamais vu un StuG de près, moins encore un Tigre, sinon en cage.
La courte promenade des trois larrons leur permit de découvrir un troufion en uniforme italien. De prime abord, ils le crurent embusqué, car seule la tache claire de son visage dans l’ombre d’un buisson avait permis de le repérer. Comme ce pouvait être n’importe qui et, au pire, un civil, il fut décidé d’un commun accord d’agir avec mesure. Et sans rameuter les copains. De toute façon, au premier coup de fusil, tout le secteur serait prévenu.
Le gars était donc un militaire, et bien en peine de flinguer qui que ce soit. D’abord, il n’avait aucune arme. Même pas un Opinel. Ensuite, il était froid. Un prudent examen des alentours ne révélant rien de suspect, le sergent s’approcha. C’était un jeune, sans doute une vingtaine d’années, guère plus. Il avait du sang au-dessus de la ceinture, par derrière, mais ce n’était pas ce qui l’avait décédé, même si le trou (une balle, française peut-être) n’avait rien d’une égratignure. Non. On lui avait proprement tranché la gorge.
Martinez se garda de faire battre la campagne plus avant, un par prudence, deux, par économie, trois parce qu’on ne le lui avait pas demandé.
Le diable savait où avait bien pu se rendre le reste de la bande, dont tout laissait à penser qu’elle ne s’encombrait ni de poids morts, ni de témoins. Aussi l’arrivée de la colonne menée par le capitaine Roumilly fut-elle accueillie avec soulagement, tout le monde étant bien content de lui refiler le bébé. Dire que l’officier se montra enchanté de prendre le relais serait faire preuve d’aveuglement : rechercher « par là » des gus qui sont prêts à tout, pas de vulgaires quidams adeptes du cache-cache, ne relèverait pas de la promenade digestive.
Mules en file d’un côté du chemin, hommes de l’autre, les hommes de De Fresnay se mirent donc en route vers la côte, les baraquements, la cantoche, les filles et, hélas ! une vie plus réglementée.
Merci Houps……
Voilà… Bonne fin d'année, bon réveillon, ne faites pas de gros excès et ne prenez pas le volant après un petit excès, on veut vous retrouver en forme le 2 janvier de l'an de grâce (???) 2025.
D'autant plus que le front russe nous attend, et c'est du lourd ! |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13214 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
|
Posté le: Lun Déc 30, 2024 23:09 Sujet du message: |
|
|
Merci à Houps de sa geste héroïque, doublée d'une gouaille splendide.
Comme l'as dit Casus, les premiers jours de juillet 1944 sur le front de l'est tournent entre 12 et 16 pages. Faites fois dix, vous avez la moitié d'un poche. Les faits à narrer sont considérables : on bouge l'intégralité du front de la Baltique au Danube ...
Par contre jespere que notre Redac chef vénéré ne publiera pas un jour par jour. Sinon je demande a etre fusillé mon general (dixit l'enfer de Xique-xique). _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 10782 Localisation: Toulouse (à peu près)
|
Posté le: Mar Déc 31, 2024 08:09 Sujet du message: |
|
|
| Citation: | | Si tu veux te rendre utile, fais le guet (?) |
_________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ... |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
|
Posté le: Mar Déc 31, 2024 09:54 Sujet du message: |
|
|
"fais le pet" (pour "fais le guet") est une façon de parler, certes argotique et peu élégante, mais tout à fait réaliste pour l'époque, et au moins jusqu'aux années 60 je pense (on la trouve par exemple dans San-Antonio). _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
Pendjari

Inscrit le: 06 Juin 2018 Messages: 1303 Localisation: Nantes
|
Posté le: Mar Déc 31, 2024 10:06 Sujet du message: |
|
|
De mémoire on retrouve également cette expression dans "l'argomuche" Parisien d'avant guerre, la seconde hein, voire même bien avant mais je ne retrouve plus les références. _________________ "J'ai glissé Chef !" |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11875
|
Posté le: Mar Déc 31, 2024 13:51 Sujet du message: |
|
|
| demolitiondan a écrit: | | Merci à Houps de sa geste héroïque, doublée d'une gouaille splendide. |
Je plussoie.  _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
John92
Inscrit le: 27 Nov 2021 Messages: 1620 Localisation: Ile de France
|
Posté le: Sam Jan 04, 2025 15:29 Sujet du message: |
|
|
…
17 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Consultation pas vraiment médicale
Menton (Alpes-Maritimes), matin[/b] –
…
Salomon en uniforme
Aux pieds (Au bas ?) des marches, il se palpa le bras. Grimaça. Sortit, et se dirigea ensuite vers le rivage où l’attendaient sa jeep et le soldat Ayouch – qui devait encore faire ses preuves comme chauffeur de maître. Au pied du bastion en cours de réaménagement stationnaient plusieurs camions, d’où des soldats extrayaient des cartons.
…
19 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Ravitaillement
Menton – [i]
…
20 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Début de relation
Menton –
… _________________ Ne pas confondre facilité et simplicité |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
John92
Inscrit le: 27 Nov 2021 Messages: 1620 Localisation: Ile de France
|
Posté le: Sam Jan 04, 2025 16:01 Sujet du message: |
|
|
…
23 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Courrier personnel
Riviera italienne[/b] –
…
24 juillet
25 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Brêles
Plage de Latte (Riviera italienne), fin de journée –
…
Sapé comme pour une revue, le gars, godillots repassés et calot ciré, (l’inversion des adjectifs est voulue pour renforcer l’effet comique ou c’est bien une erreur ?) certainement.
…
26 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Brebis
Riviera italienne[/b] – Les Italiens tenaient Vintimille et donnaient l’impression de ne pas vouloir la lâcher. Ganache en avant et poings sur les hanches, Benito l’avait assuré, tonitrué et asséné à la radio : la ville serait le tombeau des envahisseurs qui osaient (oseraient ??) profaner le sacro-saint sol de la Patrie.
… _________________ Ne pas confondre facilité et simplicité |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
houps

Inscrit le: 01 Mai 2017 Messages: 2162 Localisation: Dans le Sud, peuchère !
|
Posté le: Sam Jan 04, 2025 17:17 Sujet du message: |
|
|
Ben non, "osaient", indicatif : qui constate l'invasion, et non conditionnel, qui en fait une action hypothétique, or la frontière est franchie... _________________ Timeo danaos et dona ferentes.
"Les étudiants entrent à l'université persuadés de tout savoir. Ils en ressortent persuadés de ne rien comprendre. Où est passé le savoir ? A l'université, où on le sèche pour l'entreposer et en prendre soin." |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
John92
Inscrit le: 27 Nov 2021 Messages: 1620 Localisation: Ile de France
|
Posté le: Sam Jan 04, 2025 17:57 Sujet du message: |
|
|
…
28 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Mars à l’avant
Vintimille –
…
Indifférente à ces menus tracas, la brise marine s’était donné (donnée ?) pour tâche de dissiper l’artifice.
…
Cupidon à l’arrière
Menton –
…
29 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Mars à l’avant
Vintimille –
…
30 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Une ferme dans les collines
Vallée du Cervo (au-dessus de San Remo)[/b] –
… _________________ Ne pas confondre facilité et simplicité |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
John92
Inscrit le: 27 Nov 2021 Messages: 1620 Localisation: Ile de France
|
Posté le: Sam Jan 04, 2025 18:38 Sujet du message: |
|
|
…
31 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Chasse au trésor
Vallée du Cervo (au-dessus de San Remo)[/b] –
…
Les véhicules descendant (descendants ??? d’après word) allaient donc la croiser sous peu. De plus, le capitaine Roumilly venait de partir à leur rencontre.
…
– La belle trouvaille ! Un jeu de p’tits ch’vaux pour mômes ! Ouais, y’a pas à dire, t’es un cador !
Santini referma brutalement les deux parties du couvercle sur le gros cabochon de verre qui le narguait au centre d’un entrelacs de cases ( https://www.youtube.com/watch?v=M9H3VWbxVFE).
… _________________ Ne pas confondre facilité et simplicité |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
houps

Inscrit le: 01 Mai 2017 Messages: 2162 Localisation: Dans le Sud, peuchère !
|
Posté le: Sam Jan 04, 2025 19:01 Sujet du message: |
|
|
[quote="John92"]…
28 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Mars à l’avant
Vintimille –
…
Indifférente à ces menus tracas, la brise marine s’était donné (donnée ?) pour tâche de dissiper l’artifice.
…
La brise n'étant pas fille publique, ne s'est donnée à personne, mais elle s'est donné du mal...
Pour l'entrelas de cases et le cabochon...hum... faut voir un autre film d'il y a 30 balais..
Ceci dit, merci pour cette relecture, au moins y'en a qui suivent ! _________________ Timeo danaos et dona ferentes.
"Les étudiants entrent à l'université persuadés de tout savoir. Ils en ressortent persuadés de ne rien comprendre. Où est passé le savoir ? A l'université, où on le sèche pour l'entreposer et en prendre soin." |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
|
Posté le: Sam Jan 04, 2025 19:04 Sujet du message: |
|
|
| houps a écrit: | | Pour l'entrelas de cases et le cabochon...hum... faut voir un autre film d'il y a 30 balais. |
Imagine-toi que la chose m'avait aussi traversé l'esprit……
Ah, véhicules descendant : = en train de descendre. Je remplace par "qui descendaient".
Et : calot et godillots = oui c'est volontaire !!!! _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
Le Chat

Inscrit le: 12 Jan 2020 Messages: 688
|
Posté le: Dim Jan 05, 2025 08:17 Sujet du message: |
|
|
| Casus Frankie a écrit: | | houps a écrit: | | Pour l'entrelas de cases et le cabochon...hum... faut voir un autre film d'il y a 30 balais. |
Imagine-toi que la chose m'avait aussi traversé l'esprit……  |
Je pense qu'on a tous eu la même réminiscence...
https://i.gifer.com/75hM.gif _________________ "Tout fout le camp, je vous dis : la preuve : Shakespeare a réussi à écrire Henri VIII. Stallone, lui, n'est pas allé au delà de Rocky VI". (Le Chat, P. Geluck) |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
|
|
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum
|
|