Fantasque Time Line Index du Forum Fantasque Time Line
1940 - La France continue la guerre
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Italie, Juillet 44
Aller à la page Précédente  1, 2, 3 ... 17, 18, 19, 20  Suivante
 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1944 - Europe du Sud
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Hendryk



Inscrit le: 19 Fév 2012
Messages: 4023
Localisation: Paris

MessagePosté le: Jeu Déc 19, 2024 14:47    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Les hommes du 804. TD Btn sont même entrés en contact avec le chef des Partisans locaux, un certain Giuseppe Botazzi, flanqué du curé du bourg, qui leur assure que si le pont a sauté, Viadana, sur l’autre rive, est pour l’instant libre d’Allemands.

Ces deux-là aiment se prendre le bec, mais ils se rejoignent sur l'essentiel.
_________________
With Iron and Fire disponible en livre!
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Archibald



Inscrit le: 04 Aoû 2007
Messages: 11888

MessagePosté le: Jeu Déc 19, 2024 17:51    Sujet du message: Répondre en citant

Don Camillo FTL. Mort de rire.
_________________
Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments."
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
demolitiondan



Inscrit le: 19 Sep 2016
Messages: 13213
Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Jeu Déc 19, 2024 17:57    Sujet du message: Répondre en citant

La référence aux Rois maudits est précieuse mais Back to the subject
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Jilos



Inscrit le: 29 Déc 2019
Messages: 193
Localisation: Soissons

MessagePosté le: Ven Déc 20, 2024 21:24    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai mis en ligne une carte (1944/Europe/Italie) sur l'Italie juin-août 1944. Bien sûr, pour le moment ça s'arrête au 31 juillet.
Merci de me signaler les corrections à faire.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
houps



Inscrit le: 01 Mai 2017
Messages: 2162
Localisation: Dans le Sud, peuchère !

MessagePosté le: Ven Déc 20, 2024 21:33    Sujet du message: Répondre en citant

Eh bien, dans la légende, j'écrirais volontiers "avances françaises" avec un seul "r".
Very Happy
_________________
Timeo danaos et dona ferentes.
"Les étudiants entrent à l'université persuadés de tout savoir. Ils en ressortent persuadés de ne rien comprendre. Où est passé le savoir ? A l'université, où on le sèche pour l'entreposer et en prendre soin."
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Wings



Inscrit le: 11 Mar 2022
Messages: 1010
Localisation: U.S.A

MessagePosté le: Ven Déc 20, 2024 21:46    Sujet du message: Répondre en citant

Et villes avec deux "L" aussi. Wink
_________________
"It takes the Navy three years to build a ship. It will take three hundred years to build a new tradition. The evacuation will continue." Sir Andrew Cunningham, Mai 1941
"Let me soar! [...] I need no great host, just [Tyene]" - Nymeria Sand, AFFC II
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Bob Zoran



Inscrit le: 19 Nov 2017
Messages: 292

MessagePosté le: Sam Déc 21, 2024 18:19    Sujet du message: Répondre en citant

Jilos a écrit:
J'ai mis en ligne une carte (1944/Europe/Italie) sur l'Italie juin-août 1944. Bien sûr, pour le moment ça s'arrête au 31 juillet.
Merci de me signaler les corrections à faire.


Également on avait fait la remarque dans le forum sur ce sujet mais la carte présente la frontière actuelle entre la France et l'Italie incluant Tende et la Brigue côté France alors que les frontières italiennes côté slovène sont à priori bien celle de la SGM.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 15562
Localisation: Paris

MessagePosté le: Sam Déc 21, 2024 19:58    Sujet du message: Répondre en citant

Grâce à Loïc, voici un ajout précisant ce qu'était le "réduit" de la Valteline.


28 juillet
République Sociale Italienne
Divisé !
Préfecture de Milan, via Monforte
– Mussolini n’a que très peu dormi ces derniers jours. Il attend toujours des nouvelles de Pavolini et du réduit de la Valteline. Comment peut-il prendre une décision si personne ne lui apporte d’éléments concrets ? Est-ce qu’il les a, ces 5 000 Chemises Noires, oui ou non ?
En réalité, le fameux Ridotto Alpino Repubblicano de la Valteline a tout du projet mort-né. Pourtant, le fondateur des Brigades Noires voyait dans cette vallée des Alpes italiennes, située à l’extrémité nord du lac de Côme, l’endroit où le régime pourrait mener un dernier combat digne des Thermopyles, censé inspirer une future révolution fasciste. L’endroit bénéficie en effet de la protection des montagnes qui l’entourent et permettrait d’utiliser les fortifications construites dans la région avant et pendant la Première Guerre. Bien approvisionné en armes et en nourriture, défendu par des troupes d’élite et disposant de centrales hydroélectriques et d’un hôpital, le “Ridotto” pourrait résister longtemps, tout en protégeant le flanc allemand dans le Tyrol du Sud. Néanmoins, ce réduit devrait rester indépendant du Reich.
Toutefois, la direction fasciste dans son ensemble est divisée au sujet de la poursuite de la lutte à cet endroit, beaucoup estimant que la proposition est irréalisable, notamment parce qu’aucun moyen ne permet de se prémunir des bombardements ennemis. Certains modérés voudraient négocier une solution pacifique avec les Partisans ou se résigneraient à aller se faire interner en Suisse. D’autres plaident plutôt pour un repli du gouvernement en Allemagne. Le maréchal Graziani, lui, veut que l’armée reste apolitique ; or, d’après lui, le projet est trop lié au Parti fasciste républicain et aux Brigades Noires.
Quant à Mussolini lui-même, bien qu’il se soit laissé convaincre par les arguments de Pavolini, il n'a jamais sérieusement veillé à la mise en œuvre du projet, tout en affirmant à son fils Vittorio qu’il était déterminé à « en finir » dans la redoute de la Valteline. Mais, devant les divisions au sein de son entourage, il a toujours indiqué que « la retraite dans la Valteline n’est obligatoire pour personne. Chacun décidera à titre personnel. ». Par ailleurs, trois autres régions ont été envisagées pour un “Réduit”. Certains membres du Parti visaient le Val d’Aoste ou Trieste, tandis que d’autres auraient préféré le Tyrol du Sud – mais les Partisans y pullulaient.
Les Allemands, notamment Vietinghoff, n’ont pas été laissés dans l’ignorance, mais ils sont consternés tant par l’idée que par son manque d’organisation. L’ambassadeur Rahn a même estimé que la proximité de la Suisse va encourager les désertions parmi la troupe. Pavolini s’est pourtant obstiné : il a envisagé d’installer une station de radio dans la vallée pour diffuser à l’extérieur les derniers jours de la forteresse et d’imprimer un journal qui serait parachuté sur les villes italiennes. Il a également proposé de faire venir de Ravenne les ossements du poète médiéval Dante, afin que « le plus grand symbole de l’italianité » soit présent lors du dernier combat du fascisme.
En l’absence de ressources suffisantes, notamment parce que la région est faiblement peuplée, seul de minimes travaux préparatoires ont pu être menés, mais sans plan détaillé : installation de barrières à l’entrée de la vallée, construction d’un fossé antichar et de quelques logements, constitution d’un petit stock de vivres et d’armes. Mais la garnison reste très insuffisante : seuls quelques centaines de soldats et de membres des Brigades Noires y sont stationnés, au lieu des cinq mille promis. Les routes menant à la région continuent de subir des attaques régulières des Partisans.
Délaissant ces chimères,………
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Jilos



Inscrit le: 29 Déc 2019
Messages: 193
Localisation: Soissons

MessagePosté le: Sam Déc 21, 2024 21:10    Sujet du message: Répondre en citant

Bob Zoran a écrit:
Jilos a écrit:
J'ai mis en ligne une carte (1944/Europe/Italie) sur l'Italie juin-août 1944. Bien sûr, pour le moment ça s'arrête au 31 juillet.
Merci de me signaler les corrections à faire.


Également on avait fait la remarque dans le forum sur ce sujet mais la carte présente la frontière actuelle entre la France et l'Italie incluant Tende et la Brigue côté France alors que les frontières italiennes côté slovène sont à priori bien celle de la SGM.


Entendu, je vais rectifier ça.
Et les coquilles signalées précédemment.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Anaxagore



Inscrit le: 02 Aoû 2010
Messages: 11875

MessagePosté le: Sam Déc 21, 2024 22:33    Sujet du message: Répondre en citant

Il voulait être César...
... il a juste été Pantalon (vous savez le personnage de la Commedia del Arte... oui, comme dans 'pantalonnade')
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 15562
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Déc 22, 2024 19:59    Sujet du message: Répondre en citant

Houps s'absente pour raison familiales, mais il nous laisse un joli cadeau de Noël : la petite série qui commence aujourd'hui.
Il y aura quelques combats, mais aussi de la carte du Tendre…



17 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Consultation pas vraiment médicale

Menton (Alpes-Maritimes), matin
– Pour ce qui était d’une bonne daube ou d’une savoureuse caponata, ce n’était ni le lieu, ni l’heure, ni même le moment. L’escalier était sombre, raide, pas très propre, pas vraiment malodorant, non, mais il y flottait de vieux relents de chou froid, d’huile rance, de pisse de chat et de plâtre humide. Espérant ne pas s’être trompé, Martinez toqua à l’unique porte du palier. Dans le rectangle de clarté du rez-de-chaussée, un matou efflanqué en profita pour se couler au dehors. L’officier frappa une seconde fois, tendant l’oreille : d’ici que l’appartement fût vide ! Non. On se déplaçait. Et pas d’un pas de ballerine. L’huis s’entrebâilla sur le visage couperosé d’une femme qui avait dû être jeune, autrefois, et qui était pour l’heure à la fois contrariée et inquiète.
– Madame Maria ?
– C’est à quel sujet ?
– Oui, vous avez bien vu : je porte un uniforme, mais n’ayez crainte, çui-là, c’est le bon. On m’a parlé de vous. En bien. Un ami, on va dire. Et ne vous inquiétez pas : je ne réquisitionne rien ! C’est juste qu’il paraît que vous pourriez faire quelque chose pour moi. Pour ma cheville… Vous avez bonne réputation. Et j’ai de quoi vous dédommager…

Il secoua sa musette.
Le regard le balaya de haut en bas.
– Français ?
– Oui. Ça ne se voit pas ?

La porte s’ouvrit plus largement.
– Si vous saviez… Bon… Entrez toujours. Si c’est pour vot’ cheville… Mais je vous promets rien… C’est que, par les temps qui courent, vous savez…
Le tablier bleu gris pivota pour laisser place au dos d’une robe noire défraîchie. Bien que lardé d’aiguilles à têtes de verre, aidées de deux peignes en écaille, un chignon de cheveux poivre et sel tangua dans le mouvement. Le tout s’en alla dans une pièce tout aussi sombre que l’escalier. Il suivit, faisant grincer une latte d’un parquet propre, bien que non ciré depuis des lustres, et traversa un petit vestibule encombré de meubles bon marché et de bibelots divers. Sur une sellette s’étiolait une plante méconnaissable.
La pièce suivante lui parut de prime abord encore plus obscure, si c’était possible. Il manqua s’y cogner dans des statuettes de la Vierge. De justesse. Dire qu’elles encombraient les lieux ne rendrait pas une image acceptable de ce qui s’offrit à ses yeux, une fois qu’il se fut habitué à la pénombre. Il y en avait partout, et de toutes tailles. Des minuscules, certaines à peine grandes comme la main, voire plus petites. Des Vierge de poche, en rang d’oignon sur un buffet bas, entre des répliques de la taille de son bras. D’autres, de hauteurs variées, en farandoles le long du mur. Un groupe conciliabulait au milieu de la pièce. Inspectant les lieux avec soin, il en distingua de pimpantes, tandis que d’autres, en mal de peinture, laissaient apparaître qui du plâtre, qui de la terre, à moins que ce ne fût du bois. Il en vit même une, vierge (!) de fioritures, qui n’avait plus qu’une main. Celles-ci levaient les yeux au ciel, tandis que celles-là ouvraient les bras. Par contre, celles qui sarabandaient là-bas semblaient fort tourmentées. Plus près, dans l’angle, cette assemblée de sosies concourait sans doute pour le prix du plus beau Jésus Cadum.
Il y en avait, fantomatiques, qui phosphoraient laborieusement au petit bonheur, tandis que quelques-unes de leurs consœurs, surchargées de dorures et de poudre de verre, captaient mystérieusement une vague lueur près d’une possible fenêtre. Et pour couronner le tout, une dernière, imposante, occupait majestueusement une niche du mur du fond. Draperies mêlant l’or terni à un azur poussiéreux, teint relevant plus du rose petit cochon – sans égard pour cet animal – que d’une carnation de bon ton, lèvres carmin et léger strabisme essayant de montrer de la compassion, on aurait pu la croire échappée… d’une chapelle, ce qui restait du domaine de possible. A ses pieds, encadrées de deux cierges à la mèche en deuil, des fleurs fanées courbaient la tête dans un récipient. A bien y regarder, on avait consciencieusement enduit les parois de son “écrin” d’un bleu plus soutenu que le fameux bleu Sainte Vierge, avant de les consteller d’étoiles maladroites. En prise à tout cela, le nouvel arrivant ne savait sur quel pied danser. Ce qui n’était pas façon de parler. Un miroir, c’est sept ans de malheur. Et une Vierge ? Même lilliputienne ?
Et dans tout ce fatras, madame Maria – si c’était bien elle – trônait maintenant dans un fauteuil en velours râpé à haut dossier. Comme il n’y avait visiblement pour autre siège qu’une chaise dont la paille arrivait à terme, l’encombrement de l’endroit expliquant sans nul doute cette pénurie, le lieutenant opta pour la position assise après un brin d’hésitation, posa sa musette à terre, déposa sa canne dessus, et s’installa au mieux. Il jeta un œil au plafond. Bizarrement, ce dernier était libre de tout décor. Il s’attendait à y retrouver l’apparence de certaines voûtes d’église ou de chapelle, mais certes pas à une reproduction de la Sixtine romaine. Cette surface nue, détonnant avec ce qui l’environnait, lui fit hausser le sourcil. Point de Bonne Mère en lévitation, d’ange, ni de crocodile empaillé. Même pas de draperie arachnéenne. Juste une bête ampoule, en attente de fonctionnement, au bout de son bête fil. Un crocodile empaillé n’aurait pas été plus surprenant. Même un petit. Ou bien alors un caïman. Crocodile, caïman : l’Africain les lui avait affirmés différents. Ici, peut-être la chose avait-elle son importance. Manquait aussi un chat noir. Quoique, dans tout ce fouillis…
Son hôtesse ne pipant mot, le lieutenant l’imita. Enfin, après un bon moment de recueillement, sans doute, ou de jauge de son visiteur, ou des deux, elle s’enquit de l’objet de sa visite. Non, il n’était pas là pour une verrue, ou un chagrin d’amour : juste une cheville en vrac. Une verrue, passe encore. Mais un chagrin d’amour ? Il préféra ne pas approfondir la question.
– Pas de brûlure ?
– Hmm ? Non…
– Parce que les autres, ils venaient aussi souvent pour des brûlures. Avec les balles… Mais moi, les blessures, j’y peux rien, que je leur dis toujours… Et couper le feu, je sais faire, c’est sûr, mais pas aussi bien que mon pauvre père… Et ça n’a rien à voir. C’est un don, tout ça, vous savez… ça vous tombe dessus… Remarquez, je ne vois plus grand monde. Depuis qu’ils ont fichu dehors la moitié de la ville, j’ai perdu de la pratique. Et encore, s’il n’y avait que la ville…
[Ce disant, elle palpait la cheville dénudée.] Hou, c’est que c’est vieux, ça ! J’ai eu un officier, un Italien, lui, c’était l’épaule…Un pilote. « La Regia », qu’il disait.
Sur ce, on parla quand même dédommagement : comme de juste, quelques denrées bien choisies étaient bien mieux prisées qu’une poignée de biffetons à la valeur aléatoire. C’est qu’on manquait de tout, ici. « Même de poisson frais. Et à deux pas de la mer ! Quelle époque ! Et si vous aviez du pain ? Si vous saviez, pour en avoir, ce que c’est ! »
Ensuite, la tête penchée en avant, la femme se mit à marmonner tout bas en palpant la cheville calée entre ses genoux. Réduit à sa merci, le patient laissait son esprit vagabonder. Adressait-elle une prière à la Vierge ? Prière… Eglise… Encens… Des bâtonnets d’encens ! Voilà ce qui manquait ! Pas un caïman ! Des bâtonnets d’encens ! Ça complèterait le tabl…
Mû par un pressentiment, il tourna la tête : dans l’embrasure de la porte se tenait une drôlesse. L’ombre – ici l’ombre, surtout l’ombre – et une cascade de cheveux en masquaient le visage. Sûrement pas vingt ans. Ou alors depuis peu. Comme ça, à contre-jour… Pas squelettique, non, mais un peu maigrelette à son goût. Faut dire que les rigueurs du moment favorisaient ce genre de silhouette.
– N’ayez pas peur ! C’est ma petite nièce, Renata. Enfin, pas vraiment ma nièce, mais tout comme. En fait, par la force des choses, presque ma fille…
Comme si elle n’attendait que ça, la Renata en question en profita pour s’avancer en silence jusqu’à se placer dans le dos de Martinez. L’extrémité de ses doigts entreprit aussitôt d’escalader l’épaule du lieutenant, avant de se risquer sur la nuque. La rebouteuse s’aperçut de la gêne de l’homme, qui ne savait trop quoi penser de ces familiarités, et tança la gosse.
– Faites pas attention, monsieur l’officier. Elle ne pense pas à mal. Vous faites pas des idées. Voyez, c’est dans sa tête. Il y a quelque chose qui tourne pas rond. Moi, je dis que c’est à cause de la mort de ses parents…
– Ah ! La guerre…
– Pas vraiment. Ç’aurait pas été plus mal, remarquez. Non, il a étranglé sa mère, avant de se pendre. C’était un bon à rien. S’il avait commencé par ça ! Se pendre, je veux dire. Bon à rien, je vous dis ! Qu’est-ce qu’elle était allée faire avec lui, aussi, je vous le demande ! Enfin… Et devant la petite, pour tout arranger ! Moi, je dis que ce genre d’affrosité, ça vous détraquerait à moins… Alors, depuis… Bon, ça me gêne de le dire comme ça, mais, vous voyez, faut comprendre… De toute façon, on vous le dira, et ceux qui vous le diront, ils ne comprennent pas. Les gens n’arrêtent pas de nous embêter. Enfin, pas tous. Certains. Des jaloux. Des aigris. Que voulez-vous, par les temps qui courent, des comme vous, j’en ai vus ! Quelle époque ! Des Italiens, c’est pas ça qui manquait, même avant-guerre, puis des Allemands. Même un Russe, il paraît. Ça empêche pas d’être foutu comme tout le monde. Et des fois, si je peux – parce que je ne peux pas toujours – je rends service. Et j’aurais dû faire quoi ? J’ai le Don, ça peut être un fardeau, croyez-moi, alors, je m’en sers. Pour tout le monde. C’est que les gens d’ici, il n’y en a plus guère. Les ont fichus dehors, tous ! Tenez : çui qu’on appelait
« le bouif », du bout de la rue, juste là, c’est tout juste s’il a pu embarquer son matelas sur son charreton ! Et les autres ! Nous, on a pu rester. A cause de mon don. Alors, vous comprenez, faut bien manger !
Tout en parlant, elle triturait la cheville. « Mais elle, vous voyez, elle ne pense qu’à ça… Vous comprenez, vous ? On n’y peut rien… La pauvrette… Ça l’a prise tout de suite, ou presque. Elle avait quoi ? Douze ans, à l’époque ? Juste à ce moment-là ! Quand je vous dis que c’était un bon à rien ! Alors, elle, ça lui est venu à cause de ça. Y’a pas d’autre explication. C’est dans la tête. Pas ailleurs. N’allez pas croire ce qu’on vous dira ! C’est comme ça ! Pas besoin d’être médecin pour comprendre ! Un et un, ça fait toujours deux. Me demandez pas pourquoi. Mais vous savez comment sont les gens… Allez donc leur expliquer ! J’ai essayé, bien sûr… J’espère que vous êtes un type bien, monsieur l’officier, parce qu’il y en a qui en ont profité. Oh oui ! C’est malheureux de le dire. Et dire que c’était pour la mettre à l’abri que je l’avais prise ! C’est pour ça que les autres nous en veulent. On n’est que de pauvres femmes. Comment on pouvait faire ? Des officiers. Mais pas que… Encore qu’elle a ses têtes… Vous lui plaisez, sinon, elle ne se serait pas montrée… Encore heureux, remarquez, qu’elle soit passée au travers de… Si en plus… Vous comprenez ce que je veux dire ? Oui ?… Renata ! Arrête ! Tu vois bien que je travaille ! Trouve-toi une occupation ! Tu nous déranges ! »
Comme la gosse se reculait, la bonne femme reprit : « Elle n’est pas bête, oh non, n’allez pas croire ! Ni demeurée. On pourrait croire, à première vue. C’est une taiseuse. Ça s’explique. C’est qu’elle sait lire, compter, coudre… Elle n’est pas muette, non plus. Elle parle, mais pas toujours. Quand elle en a envie. Et même le français ! Et alors, elle a des avis sur tout… Des fois, ça lui arrive de chanter. Ça dépend des jours. Je ne comprends pas comment tout ça marche… Moi, ce genre de choses, ça m’échappe. Des fois, je me dis que si un jour tout ça, ça s’arrête, peut-être qu’on pourrait voir un spécialiste. Et puis d’autres fois, je me dis : à quoi bon ? Attention… Voilà ! Faites donc pas votre douillet ! Vous voyez, c’était pas si compliqué. Ça, je sais faire. Mais la caboche… C’est un don. Elle, elle ne l’a pas. Enfin, on sait jamais, ça peut venir. C’est dans la famille… Moi, ça m’a prise sur le tard, presque. Tenez, la chaussette… Mon père, c’était quand il faisait son service. Il disait que ça lui était tombé dessus comme ça, un soir. C’est comme ça. Serrez bien, mais pas trop sur le dessus. Non, pas comme ça. ‘tendez, je vous montre… Mais il va falloir vous tenir un brin tranquille, hein, sinon, ça va revenir… Il faudrait peut-être bien que vous repassiez, d’ailleurs…
– Repasser ?
– Y’a quelqu’un qui y a déjà fait quelque chose, mais ça n’a pas suffi, vous voyez. Déjà, faudra pas trop forcer. Même avec la canne. Et alors, si vous pouvez, revenez me voir dans trois-quatre jours. C’est que c’est pas un bout de bois qu’on fait tenir avec deux clous !
– Et… je mets rien dessus ?
– Vous voulez y mettre quoi ? Du thym, du romarin et du laurier ? C’est pour faire un civet ? Une bande, si vous y tenez. Mais je vous conseillerais plutôt les bains de mer.
– Les bains de mer ?
– Oui, dame. Un bain, vous devez savoir ce que c’est, non ? Et la mer, elle est partout, ici. Pas besoin de vous mouiller jusqu’au cou, si les vagues vous font peur. Juste le pied. Et surtout la cheville. Faites attention aux oursins, quand même. C’est que mes yeux n’ont plus vingt ans depuis longtemps. Au moins une fois par jour, ça lui fera pas de mal. Et l’autre aussi, tant qu’à faire. Comme ça, y’aura pas de jaloux. Si vous pouvez. Je sais ce que c’est, allez ! C’est que j’en ai eu, pour les bains, ils avaient le temps ! Passaient la journée à ça, quasiment. Mais y’en a eu d’autres… Enfin… Moi, ce que je dis, hein… Mais vous devriez aussi, pour l’épaule…
– L’épaule ?
– A voir comme vous vous tenez… Vous voulez que je regarde ?
– J’étais venu…
– Mon pauv’ monsieur, si vous saviez combien sont venus pour un truc et qu’en avaient deux ou trois… Vous craignez mes tarifs ? Le prix est le même. C’est vous qui voyez. Et si vous saviez, dans le tas, combien étaient là pour une cheville ou un genou, qu’ils croyaient, alors que c’étaient les reins, ou l’échine. Allez, faites-voir ça, je vais pas vous manger ! Je suis quand même pas la première femelle à vous toucher, non ? Manquerait plus que ça !… Ha ! Aaah !… Voui… Je comprends… C’est sûr, je vous ai dit : les blessures, moi, je suis pas docteur. Chacun chez soi, les cochons seront bien gardés. Evidemment, pour ça, ce que j’ai dit, c’est pas bon. Les bains. Mouillez que les pieds. Par contre, si vous continuez à vous tenir comme ça, dans deux ans, vous pourrez même plus jouer aux boules. Croyez-moi ! Faut travailler ça ! Je sais ce que c’est : ça gêne, on s’en accommode comme on peut, et puis… c’est trop tard… Faut s’y prendre tout de suite, sinon… Bon, on verra ça quand vous r’viendrez !

Descendant les marches étroites à pas comptés, Martinez réfléchissait. « Revenir dans trois-quatre jours ! Ben tiens ! Savoir si on sera encore là, dans trois-quatre jours ! Tiens donc ! Déjà, la canne ! Et pourquoi pas un fauteuil à roulettes, hein ?… J’ai l’air de quoi, moi, maintenant ? D’un vieux schnock ? Et des bains de mer ! Elle veut pas que je me trimballe une bassine, aussi ? »
………
Salomon en uniforme
Aux pieds des marches, il se palpa le bras. Grimaça. Sortit, et se dirigea ensuite vers le rivage où l’attendaient sa jeep et le soldat Ayouch – qui devait encore faire ses preuves comme chauffeur de maître. Au pied du bastion en cours de réaménagement stationnaient plusieurs camions, d’où des soldats extrayaient des cartons. Quelques caisses et trois planches formaient un banc improvisé où l’on trouvait, d’un côté, des préposés à la distribution et aux écritures, parce que, oui, évidemment, grandeur des civilisations et de leurs bras armés, il fallait des écritures, des noms, des colonnes, des chiffres, tout ça sur de grandes feuilles que la brise malmenait, et de l’autre, une queue qui s’allongeait peu à peu. Des femmes. En grande majorité des femmes. Plutôt âgées dans l’ensemble, en tenue de deuil, un universel noir-gris passe-partout. Détonnaient quelques effets colorés de personnes plus jeunes, quelques-unes accompagnées de gosses. Car il y avait même des gamins, la plupart en fratries. Et des isolés. Des adolescents comme des mômes qui ne devaient pas avoir une dizaine d’années. Des hommes aussi, rares, d’âge mûr et même blet, mais de jeunes, point. Ou point encore.
Et des remous agitaient cet assemblage. D’ailleurs la Prévôté s’en mêlait. Mousqueton en avant, ses représentants tentaient difficilement de ramener le calme. C’est que dans les files d’attente des distributions, un rien mettait le feu aux poudres. Pourquoi ça n’avançait pas ? Et pourquoi celui-ci, ou plutôt celle-ci – car c’était souvent celle-ci, allez savoir pourquoi – avait eu ça, et cette autre, non ? Et pourquoi elle et pas moi ? Surtout « elle et pas moi » ! Les vieilles rancœurs ressurgissaient, sur fond d’envie, de collaboration réelle ou supposée, de contre-feux de passe-droits.
Notre (sous-)lieutenant se serait bien gardé d’intervenir, mais il se trouvait que l’attroupement était quasiment sur son chemin, qu’il devait soit le traverser, soit le contourner, qu’il n’était pas d’humeur à ça, et qu’il ne put s’empêcher de remarquer que la Renata précédemment rencontrée était impliquée dans l’affaire. Voilà.
– Qu’est-ce que c’est encore que ce bordel ?
– Ben, mon ’ieutenant, c’est comme d’habitude : on va pas assez vite, y paraît. Alors, ça s’impatiente, ça roumègue, et hop, ça part. Pourtant, on chôme pas, mais que voulez-vous… On s’rait cinquante, ça s’rait pareil…

Pour marquer la fatalité de la chose, l’homme hochait la tête, désabusé.
– A force, on a l’habitude, mon lieutenant, reprit son voisin, qui gardait un œil sur la scène tout en passant ses colis. C’est pour ça qu’y a l’adju et ses gars. La jeunette, là, d’après ce que j’ai compris, les autres l’accusent d’avoir couché avec la moitié de l’armée de Benito. C’est une chanson qu’on a déjà entendue ! P’têt’ que oui, p’têt’ que non, on n’y était pas, mais c’est que c’est des furies, ces bonnes femmes ! C’est pas la première fois. On a des consignes…
– C’t’une traînée ! Pourquoi que vous la défendez, c’te Marie-couche-toi-là ?
– Laissez-la nous ! On va juste la tondre ! C’est rien, après tout ce qu’elle nous a fait !
– Et que vous a-t-elle donc fait ?
ne put s’empêcher de lancer Martinez, que cette agitation trop bien connue commençait à agacer.
– Pendant que nous on trimait et qu’on craignait pour nos gosses…
– … et pour nos hommes…
– … et pour nos hommes, ça faisait la pute et ça couchait à gauche à droite ! Tout le monde vous le dira : toute la garnison lui est passée dessus !
– Ça, on comprend que vous ne couriez aucun risque de ce côté…

A la repartie, quelques rires fusèrent dans l’attroupement. Les soldats sourirent. La cible du trait en resta médusée et, de rouge, vira au rubicond. Avant qu'elle n’explose, Martinez reprit, sans lui porter attention, mais en captant le regard de l’adjudant qui venait de s’extirper de l’attroupement : « Alors, plutôt que de vous énerver, on va faire ça dans les formes. L’adjudant que voilà va s’installer là-bas, à ma jeep, avec moi, et on va prendre vos dépositions. Que vous allez signer, bien sûr. Dès que vous serez servies, vous venez. On vous attend… » termina-t-il avant que le mandaté ne s’offusque.
Alors qu’il lui faisait un clin d’œil, la tension retomba brusquement. La plus furieuse des commères se retrouva soudain bien isolée, à chercher des soutiens de part et d’autre. Las ! Chacun ou chacune se découvrait tout à trac une urgence, comme reprendre sa place dans la file qui avançait, racler le sol du bout de la semelle, récupérer une marmaille passionnée par deux cabots en reconnaissance d’arrière-trains, ou raffermir sa prise sur son cabas. Oh, il y avait bien encore des grommellements, des apartés sotto-voce et des regards peu amènes, mais la femme, brusquement isolée, fit machine arrière, ravalant son acrimonie avec sa salive, cherchant à se donner une contenance.
– Signer ?
– Mais certainement, chère madame. »
Sous son regard, elle baissa les yeux. « Vous ne croyez quand même pas qu’on va continuer le cirque des lettres anonymes, non ? Vous savez, les lettres anonymes. Comme celles qui ont envoyé les occupants de cet endroit ici, j’en jurerais. Au fait, tiens, vous qui êtes du coin, vous savez peut-être des choses ? »
– Oh, vous savez, je suis pas au courant, moi. On s’occupait pas de ça…
– Bon, bon… En attendant… »
– Il empoigna la Renata par le bras – « Je vais prendre la déposition de la demoiselle. Et la questionner sur vos accusations. Nous confronterons. »
Sur ce, il entraîna la petite vers son véhicule.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 15562
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Déc 23, 2024 19:14    Sujet du message: Répondre en citant

18 juillet
(Si vous ne savourez pas ce qui suit, vous méritez que le Père Noël oublie vos petits souliers)

19 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Ravitaillement
Menton
« Psst ! Lieutenant ! »
– Santini ? Qu’est-ce tu fous ici ?
– Te bile pas ! On est de ravito, Lambert et trois gars et moi. Dis donc, tu sors de chez Trois Doigts, là, non ? Tu t’es fait remonter les bretelles ?
– Nan. Je cueillais des figues !
– Déconne !
– Caporal !
– Oh, ça va, dis ! Fais pas ton galonné ! On est pas en caserne ! J’me rencarde, c’est tout ! Si je peux aider…
– Ça n’empêche pas que tu vas me dire ce que tu fabriques ici !
– Ravito, j’te dis !
– Ici ?
– Ben… Oui. C’est calme pour le moment. Alors le sergent… Mais dis donc, j’y pense : tu tombes à pic ! T’as bien deux minutes ?
– Qu’est-ce que tu fabriques encore ?
– Ecoute, à toi, j’peux bien le dire : on est tombés sur un truc… Quand je t’ai vu… Si on a un lieut’ avec nous, ça sera que du bénef’…
– Pour te couvrir ? Dis donc, tu les vois ceux-là ? J’en ai bavé pour les avoir ! Je veux rien avoir à faire dans tes combines ! Tu cherches, Santini ! Ça suffit, les conneries ! Réfléchis bien : les conneries, c’est comme les impôts, on finit toujours par les payer, et je veux pas être là quand tu passeras à la caisse ! Et en plus, avec ce qui m’arrive… D’ailleurs, tiens, je vais aller trouver le capitaine. Ravito ? Mon œil !
– Déconne pas ! Attends, attends ! Tu t’imagines pas qu’on tire au flanc, quand même ? Et pour… Ecoute, j’te jure qu’on risque rien. C’est pas une connerie ! Qu’est-ce tu vas imaginer ! C’est le soleil qui te chauffe le ciboulot ? Crois-moi, c’est du nanan ! J’te jure que Tisane dira rien s’il l’apprend ! S’il l’apprend, hein… Et même… même que peut-être il sera content, tiens, si ça se trouve, au final. J’peux même t’assurer que c’est pas de la combine ! Craché ! Fais-moi confiance !
– ?
– T’as qu’à venir voir. Juste voir. Rien qu’un œil ! Y’en a pas pour long, c’est vers la gare… Qu’est-ce tu risques ? Tu vas te rendre compte par toi-même. Si t’as des scrupules, ciao, on s’est jamais croisés…
Martinez pinça les lèvres, jeta un œil vers le bâtiment dont il sortait, le reporta sur son interlocuteur.
– Bon. J’ai bien cinq minutes. Mais pas plus ! Mais si jamais…
– Faut qu’on se magne. Arrive, on est là.

(…)
– Pas de lézard, les mecs, le lieut’ vient avec nous…
(…)
– Si tu m’expliquais ?
– Voilà… Bon sang, Ayouch, ralentis ! Tu vas finir par nous tuer !… Voilà. On descendait, tranquilles, tu vois… Surtout que c’est lui qui conduisait… et puis, de là-haut, on repère un camion…
– C’est pas ça qui manque !
– Attends ! J’ai du pif pour ce genre de truc, moi. T’en connais beaucoup des camions de chez nous qui prennent le temps de se planquer discretos ? Et des mecs qui font fissa deux ou trois aller-retour et se trimballent des trucs ? Je te garantis qu’y v’naient pas d’un de nos dépôts… Arrête-toi là, Ayouch. Tu t’amèneras quand on te f’ra signe. Profites-en pour faire le guet, des fois qu’on vienne… T’as une lampe, lieutenant ?
– Une lampe ? A cette heure ?
– J’m’en doutais un peu. J’ai la mienne, mais reste plus qu’à espérer qu’y aura des fenêtres.

(…)
– C’est ça ton truc ?
Martinez désignait un hangar de l’autre côté des voies.
– Nan. C’est çui-là. Tu vois, t’y as pas fait gaffe. On passe par derrière… Mollo, des fois qu’y ait du monde. On sait jamais… Voilà, on doit y être… Tu vois une fenêtre ?
– Là…
– Mouais. Trop haut… Bon… Lambert, t’as trouvé ?
– C’était dans la jeep. Ça devrait faire… déclara le caporal en exhibant un des outils du tout-terrain.
– Impec ! Faites le guet, et laissez faire l’artiste.

Sur ce le caporal inséra le fer d’une pioche entre deux planches et entreprit de faire levier. Le bois céda, avec un bruit épouvantable qui les figea sur place quelques secondes. Rien ne se passant, Santini recommença et eut tôt fait de pratiquer une ouverture que sa petite taille lui permit de franchir aisément. Les autres devraient se baisser.
– Ahmed, tu restes là…
– Et pourquoi moi ?
– Parce que t’es seconde classe, et moi caporal. Surveille nos arrières. Et si Ayouch klaxonne, tu siffles, on aura pas beaucoup de temps pour filer ! Tu viens, lieutenant ?
– Bon sang ! Santini ! On est bon pour le violon !
– Bah, seulement si on s’fait choper ! Et encore… C’est tes galons qui te refroidissent ? J’me rappelle d’un temps pas si vieux… Tiens, mate un peu… J’avais raison. Tu crains rien ! C’est pas de chez nous, ça !

Suppléant un chiche éclairage délivré par des fenêtres engluées de toiles d’araignée séculaires agrémentées de momies d’insectes, le rayon de sa lampe électrique balayait des rangs de caisses soigneusement empilées et des rayonnages se perdant dans l’obscurité. Quelque part, un volatile s’ébroua et s’en fut, le bruit de son envol résonnant dans l’entrepôt.
– C'est la caverne d’Ali Babar ! Tu vois, lieutenant, quand je te disais… chuchota le caporal.
– Ben merde ! Ça me rappelle des trucs… Qu’est-ce qu’on cherche ?
– Chais pas. Ce qu’on trouvera. On verra bien, ça doit pas manquer. Des trucs faciles à porter. On n’a pas de GMC, nous, j’te rappelle. Je cracherais pas sur un sauciflard. Ou du pinard. D’la gnôle. Va savoir… Je dis pas ça pour toi, Chakir, hein, mais… J’pense qu’on peut faire une croix sur les tiges. Et puis moi, le tabac rital, merci…
– On devrait p’têt’ se séparer.
– Mouais. Le premier qui trouve un truc valable appelle les aut’.
– Même si c’est une moto ?
– Une bécane ? Là-dedans ? Tu crois au Père Noël ? Pourquoi pas un Panzer ? Et pis, qu’est-ce qu’on en ferait ? T’as de ces idées !

Chacun des trois hommes s’enfila dans une allée. Manque de temps et d’éclairage firent qu’ils allaient au pas de gymnastique. Le premier, Chakir découvrit des pièces de choix : des grosses boîtes, et, tout près, des bidons. Pas la peine de savoir lire l’italien pour deviner leur contenu : olives dans les unes, huile dans les autres. Et du savon en prime ! Bon, c’était pas non plus des savonnettes marseillaises. C’eut été trop beau. « Bravo Chakir ! » déclara donc Martinez qui, lui, avait déambulé entre des rouleaux de fil barbelé, des montagnes de piquets et des kilomètres de grillage. Et autant d’allées vides.
Sur ce, le caporal se ramena, l’air très content de lui.
– Pas mal, soldat ! Les copains vont apprécier ! Laisse les cailloux, et prends deux boîtes d’olives. Mais j’ai mieux ! Arrivez !
Il les arrêta devant un empilement de sacs et de caisses. Farine, semoule, pois, haricots : bof, tout le monde connaissait. Mais sucre… ça, déjà… Et là, les petits gars : du café ! Et encore mieux, derrière ces fûts métalliques…
/i]– ‘gardez un peu…[/i]
La torche illumina des flacons habillés de paille.
– Ça, les mecs, si c’est pas du pinard, j’suis maréchal ! Du rital ! Et du bon, crois-m’en, lieutenant ! Mon falzar contre ta canne !
– Je garde ma canne, mais y’a pas, aux innocents les mains pleines !
– L’ennui, c’est qu’on pourra jamais tout prendre…
– Hé, ho ! En tant qu’officier, je te dis : pas question ! On n’est pas de cantonnement ! Pas envie qu’on te trouve cuvant à ton poste ! Non mais ! Toute la compagnie bourrée, tu crois qu’en face ils resteront à regarder ?
– Merde, lieutenant…
– Et pas question que t’ailles traficoter avec les mecs du train. On te connaît, caporal ! Par contre… Il me vient comme une idée… Dis donc, le ‘pitaine n’avait pas parlé de citrons, l’aut’ fois ?
– Ouais. Y pensait aux mecs des bateaux. Compte pas en trouver là, c’est pas la saison…
– Non, mais on pourrait remplacer les citrons par… ça, non ?
– Tu déconnes ? Leur filer ça ? Merde ! On se lèverait la peau pour des marins ?
– Dis donc, si on est là, c’est pas grâce à eux, des fois ?
– Mouais… Mais quand même… Pourquoi pas du sucre ?
– …
– Pff … Si c’est pas du gâchis, filer ça à des matafs ! …
– Tu veux laisser ça aux couillons dont tu parlais t’à l’heure ? M’étonnerait, tiens ! J’te connais ! Allez, amène…
– Ben maintenant, tu veux tout prendre ? Ça va être du boulot ! On s’en met quand même une de côté, non ? Rien qu’une ?
– Tout emballer ? Andouille ! T’as pas dit qu’on n’avait pas de GMC ? Une douzaine, on peut. Ou un peu plus. L’important, remarque bien, c’est le geste… Parce qu’ensuite, y sont chatouilleux sur ce point, tu sais : pas assez, tu choques, trop, tu vexes. Faut du doigté ! Et puis, rien que ça, va falloir l’expliquer à Tisane… Bon. Et deux pour nous, d’accord… mais c’est tout. Et t’échange rien de ça dans tes trafics à la noix, je te le redis…
– Expliquer, expliquer… L’est pas con, Tisane, si Trois Doigts n’en sait rien, il ira pas te chercher des poux. Trafics à la noix ! Non mais ! C’qui faut pas entendre ! Trafiquer ! Et pis quoi encore ? Moi, je connais des sergents… Mais dis donc… au fait… comme ça, là, pourquoi t’étais chez Trois Doigts ? T’as pas dit
« Ce qui m’arrive » ? Me dis pas que t’a pris encore du galon… ou que tu t’es fait choper ! C’est ça, non ? Tu t’es fait choper !
– T’es curieux, caporal !
– Allez, on est entre nous ! Fais pas chier ! Déballe ! T’en meurs d’envie !
– Compte là-dessus !
– Allez ! Quoi…
– Une histoire avec la Prévôté et des civils. Le commandant est arrivé quand j’expliquais le truc à Tisane… L’a bien fallu que je m’y remette. Surtout qu’il avait vu passer le rapport de Trochar… Voilà. Ça te suffit ?
– Tu t’es encore chicané avec la Prévôté ?
– Même pas ! Je leur ai donné un coup de main, figure-toi ! C’est tout ! Du coup… on me prête aux cognes ! Aux cognes ! Moi ! D’abord la guibole, maintenant ça ! Merde ! Et tu la fermes là-dessus, Santini ! Voilà ! Mais, dis, c’est pas toi qui voulais qu’on se magne ? Chakir, trouve-nous un sac ou deux. Regarde par-là, je crois en avoir vu. Santini, passe-moi ta lampe…
– Où tu vas ?
– Juste vérifier un truc. Je reviens, as pas peur !

En un tournemain et deux ou trois aller-retours, la collection de fiasques se trouva réduite de façon somme toute négligeable, au grand désespoir de Santini, qui aurait volontiers écorné franchement le tas. Pas pour trafiquer, comme disait le lieutenant. Pour faire des échanges. Déjà qu’on risquait chaque jour de se faire tuer, si en plus, on pouvait plus vivre…
De l’autre côté de la cloison de planches, le soldat Ahmed réceptionnait la moisson. Martinez y adjoignit plusieurs autres sacs de poids et de volumes variés, avant d’aider ses comparses à réapparaître au grand jour. Un coup de sifflet, et on embarqua fissa le fruit de l’expédition dans la jeep amenée tambour battant. Là, chacun s’installa comme il put, fébrile, vu que le trésor tenait de la place, qu’il était fragile, et qu’on craignait toujours le possible retour des “inventeurs” des lieux (on aurait dû négocier) ou l’arrivée inopinée de la Prévôté ou d’un supérieur (là, une explication eût été nécessaire).
………
Deux légers coups frappés à sa porte firent lever les yeux du capitaine, plongé dans sa lecture. « Repos ! pensa-t-il. Tu parles d’un repos ! » Cela dit, quand on savait ce qu’il restait de la compagnie…
– Lieutenant ? Vous êtes encore là ?
– Un contretemps, mon capitaine. Je peux entrer ?
– Oui, bien sûr ! Un contretemps ? Valable, j’espère ! Et, dites donc, vous en faites une tête ! Allons, quoi, il faut vous ressaisir ! Quinze jours, ce n’est rien ! C’est vite passé ! Ce n’est qu’un peu de paperasse ! Rien de bien méchant. Et puis, vous connaissez ces messieurs, non ? Si vous voyiez ce que j’ai ! Et votre cheville ne s’en portera que mieux ! Et ne me demandez pas d’intercéder auprès du commandant ! J’approuve entièrement…
– Euh, ce n’est pas pour ça, mon capitaine… Hem. Excusez-moi… Voilà… C’est un peu… un peu compliqué. Et comme, justement, je ne me suis pas encore rendu auprès de l’adjudant… Alors… Heu… Vous pourriez venir voir, mon capitaine ? Ça serait plus simple. C’est dehors…

C’était à l’extérieur, effectivement. Des sacs de jute, bosselés, frappés de l’aigle romaine. Le sous-lieutenant en ouvrit un. Le capitaine y mit le nez, et se releva en grimaçant. Non sans raison, il soupçonnait quelque coup fourré. Il fallut beaucoup de salive – sinon de diplomatie – au lieutenant pour lui faire entendre que ce n’était pas là une tentative pour acheter son silence et couvrir d’abominables expéditions délictueuses que des brebis galeuses auraient commises à l’encontre de biens nationaux.
– D’accord. Admettons. Et dans ce cas, ça vient d’où ?
– Ben, c’est rital, mon capitaine.
– Je vois bien que ça ne vient pas de Chine ! Dois-je me répéter, lieutenant ?
– Ben, mon capitaine, c’est comme la lettre. On va dire que c’est anonyme. C’est ça, un don anonyme.
– Anonyme ? Vous vous foutez de moi ?

Pour finir, l’officier – dont la fonction commençait à rendre les armes devant un certain pragmatisme – voulut bien admettre qu’il s’agissait d’une « prise de guerre » – ce qui était vrai, mais il avait vu tellement de vérités de tout acabit qu’il ne savait plus que croire. Cela dit, il devait bien admettre que pour remercier la Royale, il était à court de moyens. Ça le titillait, cette histoire. C’est qu’il leur était quand même redevable d’être là ! Et pour ça, les mots, c’est bien joli, mais, honnêtement, c’est un peu court. Ça va bien autour d’une table et une belle nappe blanche où l’on fait des phrases, par exemple, ou avec des couleurs qu’on hisse, de la musique et des soldats au garde-à-vous, mais franchement, dans ce cas précis, ça faisait… petit épicier. Vous savez ? Blouse grise, béret et crayon derrière l’oreille. C’est ce qui lui venait à l’esprit. Bon, disons-le : pingre. Oui, il avait bien pensé à des citrons, puisqu’il paraissait que c’était la production du cru. Il y avait aussi les œillets, à ce qu’il savait. Mais des œillets, quand même… Mais voilà, pour une question de calendrier, fruits et fleurs manquaient à l’appel. Alors, à cheval donné, il devait bien reconnaître que…
– Une prise à l’ennemi ? Ecoutez, lieutenant, certes, ce ne sont pas des moutons, mais figurez-vous que j’ai autre chose à faire en ce moment. Et je vous rappelle que vous devriez être en train de faire profiter Trochar et ses hommes de vos compétences en matière de maintien de l’ordre. Je n’ai rien vu. Je ne vous ai même pas vu, vous. Débrouillez-vous pour que ça, ça parvienne au… Machin, avant qu’il s’en aille. Discrètement. Et joignez-y quand même un petit mot. « Merci pour la bordée du 14… », un truc dans ce goût-là. Et, bon sang, aussi, si vous pouviez arrêter ce genre de conneries ? Ah ! Et pour finir, si pouviez faire en sorte que qui de droit reçoive une lettre “anonyme” ? Histoire de couper court à tout trafic, et qu’on ne découvre pas trop tard le pot-aux-roses, avec tout ce que cela impliquerait !
– Tout à fait, mon capitaine. C’est fou ce qu’on reçoit comme lettres anonymes, à la Prévôté.
– S’il n’y avait que la Prévôté !
– Heu… oui, mon capitaine. Heu… avec le pinard, y’avait ça aussi, mon capitaine… Y’en a qu’un…
– Un salami ? Dites donc, vous savez comment ça s’appelle, ce que vous êtes en train de faire, lieutenant ?
lâcha De Fresnay, un rien exaspéré. Tentative de corruption d’un supérieur !
– Ben, mon capitaine, y paraîtrait qu’il y avait autrefois comme une histoire de part du capitaine… Et puis, c’est un salami, mon capitaine, y’a pas grand-monde qui peut en profiter dans la division, si vous voyez ce que je veux dire…
– Pas le cas des fiasques. Si je vois… si j’apprends, lieutenant, si j’apprends qu’un seul homme de la compagnie, un seul ! Ou un caporal, tiens. Au hasard, oui, si un caporal est surpris en état d’ébriété, vous vous retrouvez seconde classe plus vite que vous avez gagné ces galons ! Encore heureux que ça se soit produit juste maintenant !
– Mon capitaine, je peux vous jurer que toutes les bouteilles capturées à l’ennemi sont là ! J’y ai veillé. Le salami… c’est de la part des hommes, mon capitaine…
– Admettons. Je ne veux plus rien savoir. Plus un mot ! Ni de nouvelle surprise tirée d’un sac ! Ni de sac, par ailleurs ! Disparaissez ! Et les sacs avec vous ! Et… et une dernière chose : pas de Casanova du jus d’ananas, lieutenant ! Compris ?
– Pas de… ? Oh, mon capitaine ! Pas de danger ! C’est pas mon genre, vous le savez ! A vos ordres, mon capitaine…

Regagnant son “bureau” du moment, De Fresnay se surprit à jouer du salami comme d’un bâton (de commandement). Il le soupesa : la pièce était de taille à faire le bonheur d’une petite réunion improvisée à trois. « Part du capitaine » ! C’était nouveau, ça ! Et de quoi donc se composait celle du lieutenant ? Et celle de Santini ? Car il y avait du caporal là-dessous, c’était certain ! Anonyme ! Elle était bien bonne ! Et qui d’autre encore ? Bah. Après tout, moins il en saurait… Les zoziaux n’étaient plus des perdreaux de l’année. Enfin…
Secouant la tête en signe de fatalisme désabusé, il se replongea dans son rapport. C’est qu’on parlait de repartir. Ça sentait le « dernier coup de collier ». Il y avait donc des urgences qui devenaient encore plus urgentes qu’à l’ordinaire. Comme trouver du monde.


20 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Début de relation
Menton
– Le sous-lieutenant Martinez, quoique tout frais à ce poste, découvrit dans la pile de lettres qui arrivaient – à son avis – sans cesse sur son bureau, un pli anonyme. Un de plus. Peut-être qu’installer une boîte « Lettres anonymes uniquement » serait une bonne idée ? Il s’empressa d’en référer illico à qui de droit. Pour la lettre, pas pour la boîte !
A la suite de quoi, faisant preuve d’une célérité de bon aloi, on “libéra” un entrepôt de prime abord insignifiant, qu’on avait ignoré jusque-là, mais il y avait tant à faire ! Enfin, pour une fois qu’on avait eu une information exacte ! Il est vrai que si l’officier n’avait pas insisté pour aller y voir, le hangar aurait pu faire l’objet de nouvelles visites d’indélicats qui avaient déjà sévi, la chose était patente. On se garda de chercher plus en ce sens. Déjà qu’il allait falloir répertorier tout ça ! Martinez n’en tira pas gloire outre mesure. Puisqu’on l’avait puni – c’est comme ça qu’il voyait la chose – en l’obligeant à rester là faire le flic, autant qu’il le fasse correctement, non ?
Ayant résolu cette affaire, assisté à l’embastillement d’un quatuor de troufions trop portés sur les cartes et plus encore sur les explications viriles entre gens du monde – le bastion avait repris du service sans état d’âme, jeté à la corbeille un certain nombre de missives à l’orthographe fleurie mais aux relents nauséabonds, parcouru la route jusqu’à Nice – seul le sens opposé l’intéressait – et consciencieusement pris le temps de baigner ses ripatons dans la Grande Bleue, le dit sous-lieutenant s’en retourna donc voir sa bienfaitrice, comme elle le lui avait conseillé. Hasard d’un emploi du temps malencontreusement chargé ce jour-là – des fois, on se demanderait presque si ce genre de contretemps ne se produisait pas exprès… – ce retour se fit assez tard dans la journée, pour ne pas dire à la nuit. Cette sortie vespérale lui évita de rencontrer les voisins. Connaissant l’affabilité de ces derniers, et leur promptitude à se méprendre, il ne s’en chagrina point. On serait tenté de compatir.
Dans l’escalier, il croisa néanmoins un quidam, un vétéran cacochyme et bancal qui se cramponnait à la rampe. Ouverte, la porte de l’appartement baignait les marches d’une maigre luminosité. Il s’effaça du mieux qu’il put, gêné par son fardeau, essuya ce qui pouvait être un remerciement, échappa à une pluie de postillons, et pénétra chez « Madame Maria ». L’électricité étant loin d’être rétablie, on usait parcimonieusement de bougies, si pas de cierges – autant que les souvenirs de sa Communion servent à quelque chose ! – et d’une lampe à pétrole, celle-ci étant réservée à la cuisine. Sous sa lumière, Martinez déballa son trésor. Non, pas du jus d’ananas en boîte, non ! Enfin, voyons ! Ne nous méprenons point ! Cette façon d’agir n’était pas dans son caractère ! Délaissant donc ces produits d’Outre-Atlantique, le lieutenant avait opté pour trois bons kilos de semoule de maïs – pas une nouveauté pour les habitantes des lieux – un salami (sinon, à quoi servirait d’avoir ces galons ?) – idem – du savon – non, ça ne se mange pas, mais bonne idée ! – trois grosses boîtes de sardines salées – de quoi allumer une lueur dans l’œil de ces dames – et deux paquets de cigarettes – et quand on savait que les sèches tenaient lieu de monnaie…
– Mais c’est bien trop, monsieur l’officier !
– Lieutenant.
– Lieutenant. Rien que la semoule… Les autres étaient bien moins généreux, allez !
– Oui, bon… Alors, pour ma cheville ?
– ‘tendez. Vous avez bien deux minutes ? C’est pas le couvre-feu qui va vous faire peur, m’est avis. Faut fêter ça. Y’en a un qui nous avait refilé de la grappa. Vous connaissez ?
– Moyennement.
– Je m’en vas vous la chercher. Renata, sors-nous trois verres…

Quand la maîtresse de maison reparut, elle trouva son hôte perplexe et un tantinet embarrassé, en train de se dire « Soit son cul est trop p’tit, soit mes genoux sont trop grands. ». Elle ne s’offusqua pas de trouver sa nièce dans cette position. Et figurez-vous que, des deux – non, des trois – c’était lui le plus gêné. C’était bien la première fois qu’une telle attitude le mettait dans l’embarras ! Passe encore dans ces locaux accueillants au guerrier qui fleurissaient dans Nice, où ce genre de pose était de mise, mais on n’était pas à Nice ! Ni lui en goguette ! Et comme se relever en repoussant la gosse n’aurait pas arrangé la chose, il ne trouva rien d’autre à faire que tendre son verre, et consommer. Il avait bu meilleur. Et pire. Ce qui l’amena à constater de visu – non, pas de visu, de contactu plutôt, excusez le latin du lieutenant – que si on ne trouvait pas, ou plus, de citron dans la ville, on pouvait au moins y trouver deux oranges. Chose qui eut lieu à son corps défendant, même si cette défense faiblissait. Faiblesse qui ne s’appliquait pas partout, par ailleurs. Fort heureusement, avec ou sans à propos, la rebouteuse, d’un coup de torchon symbolique, chassa un autre corps, comme qui dirait celui du délit, pour se pencher enfin sur l’articulation.
Finalement, le lieutenant ne regrettait pas que la nappe à carreaux et l’évier aient remplacé les Vierge. Dans cette atmosphère plus familière, il se sentait nettement plus à l’aise. Surtout maintenant. Palpations et pincements de lèvres précédèrent un verdict positif, puis la femme se pencha sur son épaule, la tritura et déclara qu’elle la trouvait en état de fonctionnement. Martinez garda la remarque pour lui : il n’était pas sûr que le major, qui tenait lui aussi à le revoir, appréciât qu’on piétine ainsi ses plates-bandes. On lui réitéra les recommandations au sujet des bains de mer – honnêtement, il devait reconnaître qu’il trouvait un certain intérêt à la chose, bien que celle-ci lui eût paru de prime abord ridicule – et de ne point trop en faire, ce qui, là, était pour le moins risible.
Il ne releva pas, et, grand seigneur, allait abandonner le sac avec ses contenus, pressé de s’en repartir, lorsqu’une déflagration retentit, ébranlant l’immeuble. Et bang ! Deuxième tournée ! Au moins deux, quasi simultanément. Entre ici et la gare, ce coup-ci ! Et bang ! encore une grappe ! Puis… plus rien. A peine le temps d’avoir les tympans façon cloches du village faisant leurs Pâques, et de se dire que ce n’était pas encore pour cette fois. Un peu de plâtras finissait de s’échapper du plafond. La lampe oscillait doucement. Les deux femmes étaient terrorisées. Dame ! Les jours précédents, ça n’avait jamais pété si près ! Et comme ça ! Sans prévenir ! Alors qu’on se prenait à trouver qu’on reprenait une vie normale !… Que faire ? Sortir ? Ou rester ? Où trouver une cave ? Un souterrain ? Un bunker ? Un simple trou ? Ces dames n’en connaissaient point de proche. Et puis, on n’entendait plus rien. Il attendit plusieurs longues minutes en leur compagnie avant que tout le monde accepte ou décide que le bombardement avait cessé aussi brutalement qu’il avait commencé. Ce qui ne signifiait pas, hélas ! qu’il ne recommencerait pas dans l’heure qui venait. C’était la beauté de la chose.
A l’extérieur régnait un certain émoi. Voire un émoi certain. Des civils qu’on essayait de canaliser. Des militaires, motorisés ou non. Un coup de pied dans une fourmilière, à la lumière voilée des phares des véhicules et la clarté déclinante de la lune.
– Ah, mon lieutenant ! Vous tombez bien ! On vous cherchait !
– Eh bien, me v’là ! C’est quoi ?
– Ben, à ma connaissance, on n’a pas entendu d’avion. C’est possible, mais alors, doit voler sacrément haut ! Non, c’est certainement de l’artillerie. Et pas de chez nous, ou alors y’en a qui jouent vraiment aux cons. Bon, de toute façon, on va pas trop dormir, je crois…
– Des abris ?
– Ici ? Y’a bien quelques caves, mais c’est plus des pièces à demi-enterrées que des vraies caves. Du genre tombeau, si vous voyez ce que je veux dire. Y’a des tranchées. Là-bas. Pas de vrais abris… Mais de là à s’entasser comme ça sur la plage ! Va falloir leur expliquer… Le plus solide, ça doit être ça…

Il pointa le bastion du doigt : « C’est vous dire ! Ah oui, les murs sont épais. Les murs. Mais un coup plongeant, et… »
– Mouais…
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
demolitiondan



Inscrit le: 19 Sep 2016
Messages: 13213
Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Lun Déc 23, 2024 21:51    Sujet du message: Répondre en citant

Renata, Renata ... Ca me rappelle quelqu'un. J'aime ce genre d'ambiance.
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 15562
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Déc 24, 2024 12:12    Sujet du message: Répondre en citant

Bon, pour votre petit Noël…
Un brin de délicatesse douce-amère… Puis une bonne part de Michel-Audiardise bien mordante.



23 juillet
La 3e DIM sur le terrain
Courrier personnel
Riviera italienne
– Au sortir d’une réunion riche en informations en tous genres, Serviac retint De Fresnay, arguant qu’il avait des instructions personnelles à lui transmettre. Pas de quoi inquiéter le capitaine, mais pas de quoi le rassurer non plus : le menu de la suite à venir était déjà copieux, que diable le commandant allait-il encore sortir de son képi ?
– Pas d’inquiétude, capitaine, il ne s’agit là que d’un entretien informel. Et strictement personnel. Vous m’excuserez, mais… Bon… (tic) Dites-moi, même si cette question peut vous paraître indiscrète : avez-vous récemment reçu du courrier ?
– Euh… oui, mon commandant. Pas plus tard qu’hier. Apparemment, les services postaux ont du mal à nous courir après…
– Oui, il semblerait. Des nouvelles de chez vous ? Votre père n’est guère prolixe avec ses anciens compagnons. Toujours à vacciner les brebis ? Ou les spahis ? Je ne sais plus…
– Eh bien, mon commandant, il y a effectivement un paquet venant de lui. Je ne l’ai pas encore ouvert. Je vous remercie de cet intérêt…
– Ce n’est rien, ce n’est rien… Bah, je dois dire que de mon côté… (tic) Eh bien, ce sera tout… Capitaine… Ah ! Si, une dernière chose. Excusez ma curiosité, (tic) somme toute légitime, n’est-ce pas ? Avez-vous des nouvelles de ma filleule ?
– Eh bien pour être franc, mon commandant… pas de récentes. Mais je suis moi-même fautif…
– Oui, oui… Il est vrai que nous sommes pris dans un tourbillon… (tic) Fichue époque. Capitaine…
– Mon commandant…

Un peu interloqué, voire vaguement tracassé par cet échange dont la brièveté le disputait à la bizarrerie – Serviac, qui n’aimait pas le mélange des genres, ne s’était jamais tant intéressé à sa famille, ni à ses relations avec Constance – le capitaine se promit d’ouvrir le courrier incriminé au plus tôt. Au plus tôt fut fort tard, vu qu’il fallait préparer la promenade du lendemain. Or donc, assis sur sa couchette dans un logis bien plus confortable que ce qu’il avait connu dans la Drôme, il entreprit de faire sauter la ficelle qui entourait un méchant papier brun surchargé de tampons et qui, à en juger par son état, avait subi les foudres de la censure. Quels secrets pouvait bien contenir un envoi de ce genre ? Enfin…
Trois enveloppes s’échappèrent du paquet. Sur la plus épaisse, il reconnut l’écriture de son géniteur. Au toucher, il y avait plusieurs feuillets. De Fresnay père ne jouant pas à Balzac sans raison, il se douta qu’il devait y être question de sa mère et de sa sœur cadette. Au passage, tiens, riche idée de les avoir “mises à l’abri” en Normandie ! On en reparlera ! Il se retint d’en entamer la lecture sur le champ. Il connaissait suffisamment leur auteur pour savoir que de mauvaises nouvelles n’auraient pas nécessité une telle prose. A savourer plus tard, donc. La seconde enveloppe, bien plus petite, avait beaucoup, beaucoup, voyagé. Voir les timbres argentins le fit sourire. Il n’y avait à l’intérieur qu’une médaille de la Vierge en métal doré, fixée sur un petit carton, et un mot laconique de sœur Amélie de la Visitation, expliquant que ce petit bijou, qu’elle avait fait bénir à Pâques, lui rappellerait qu’elle priait chaque jour pour lui. L’attention de Marie-Marthe – pardon, de sœur Amélie de la Visitation, maintenant – l’émut profondément. « Marite », comme il l’appelait autrefois. Il peinait à l’imaginer dans ses voiles, gardant l’image d’une aînée en tresses et jupe sage… Il tourna et retourna la minuscule médaille avant de la fourrer bien au chaud dans une poche, songeant qu’il devrait d’urgence lui trouver une chaînette ou un quelconque lien.
Restait la dernière enveloppe. Bien que manuscrite, l’adresse ne lui évoquait ni rien, ni personne. Qui pouvait donc bien lui écrire par le canal paternel ? Et pour que cela transitât ainsi, il fallait que ce fût d’importance. Un seul feuillet. Il le sortit, l’ouvrit, et ce fut une douche froide. Pas glacée, remarquez. Froide. Voire presque tiède. C’était une nouvelle, qu’on pouvait encore qualifier de mauvaise, certes, mais du genre de celles auxquelles on s’attend, tout en espérant se tromper.
Au moins, comme ça, les choses étaient claires. La sécheresse du ton employé pouvait choquer, mais contribuait à faire passer la pilule. Il réalisa soudain qu’il venait de rester un certain temps sans bouger ni réfléchir, le regard vague, la missive en main… Qu’éprouvait-il ? Colère ? Non… Frustration ? Pas plus. Non plus que désespoir, désappointement, jalousie… Tiens, oui, jalousie ? Nenni. Déception ? Peut-être. Vide ? Un peu. Soulagement ? Eh bien, oui, en quelque sorte…
Et donc, le commandant était au parfum, hein ? C’était évident. C’était sa filleule, après tout. Bon. Et alors ? Alors ? Alors demain, enfin, tout à l’heure, serait une journée chargée. Il plia soigneusement l’oiseau de mauvais augure, conclut sagement que les écrits paternels attendraient son retour de patrouille – deux jours de plus ou de moins ne modifieraient en rien leur contenu, surtout si c’était pour lui apprendre la même chose – se jeta tout habillé sur le lit de camp, et dormit aussi bien que possible.


24 juillet


25 juillet

La 3e DIM sur le terrain
Brêles
Plage de Latte (Riviera italienne), fin de journée
– Faisant fi du boucan généré par tout ce qui empruntait la route côtière – et Arès savait ce qu’il en était – deux hommes avaient pris place sur un bout de rocher à ras des flots. Le premier, en tricot de corps, pantalon retroussé jusqu’aux genoux, tenait pour le moment une position acrobatique, à savoir allongé sur le dos et les pieds barbotant dans l’eau. Et sa vareuse repliée sous sa tête n’allait pas combattre très longtemps l’inconfort de la posture. Le second, en même tenue, les sourcils froncés sous les rayons du soleil, avait lui aussi plié sa vareuse. Mais il était plus commodément assis en tailleur, son attention accaparée par les formes qui grossissaient peu à peu dans son champ de vision, dédaignant le petit crabe qui fanfaronnait à deux doigts de son mollet.
– Tu sais, sergent, finalement, le truc du lieutenant, c’est bonnard. J’avais les panards en feu, moi. Faut vraiment que je trouve quelque chose. Ces foutus godillots m’esquintent ! Tu devrais essayer.
– Hmmm… Bon, on se donne encore cinq minutes, puis on y va. Des fois que Santini fasse encore une connerie…
– Oh, chef, c’est pas un si mauvais type…
– « Chef » ! Ben dis donc, t’es autant chef que moi, je te dis ! Pourquoi tu…
– Dites donc, vous deux, qu’est-ce que c’est que cette tenue ? Vous vous croyez en vacances ?

L’allongé se redressa et, comme son compère, tourna la tête pour voir qui les importunait de la sorte. Ah ! Les camions ! C’était bien ce qu’il avait entendu. Pas trop tôt ! Quant à celui qui les interpelait ainsi sans ménagement, c’était… mais oui, un sergent, descendu d’un des véhicules. On voyait les galons d’ici, tout aussi pimpants que le reste de l’uniforme. Sapé comme pour une revue, le gars, godillots repassés et calot ciré, certainement. Mais d’où pouvait sortir une gravure de mode de ce genre ? Les mains en porte-voix, l’individu continuait : « Et rhabillez-vous ! Et dépêchez-vous de venir vous présenter ! Je vais vous en coller une, vous allez voir ! Nom ! Matricule ! Unité ! Espèces de planqués ! Qu’est-ce que c’est que cette tenue ! On est en guerre, si vous ne le savez pas ! Et on ne vous a pas appris à saluer ? C’est tout le respect que vous savez montrer à un supérieur ? Vous faites honneur à votre unité, les touristes ! On en reparlera ! »
S’étant soigneusement rechaussé, le premier « touriste » traversa la voie ferrée – pas de risque de voir surgir un pullman avant longtemps – et gravit la pente tout en enfilant nonchalamment son treillis, passant pour cela son arme alternativement d’une main à l’autre. Son compère suivait en faisant de même, après avoir ramassé leurs casques. Il était évident que cette nonchalance ne faisait qu’exacerber l’irritation du nouveau venu. Entre les ridelles des deux camions, quelques-uns des troufions abrutis par le trajet jetaient un œil morne sur la scène. Deux ou trois ricanaient. Pour une fois que ça ne tombait pas sur eux ! Parvenu à trois pas du sergent, Bonestu, qui peinait à se contenir, se mit à farfouiller ostensiblement dans ses poches, tout en grommelant « Bon sang, où c’que je les ai foutus ? »
Quand il estima l’autre à point, il exhiba ses galons : « Bon, pour ce qui est du supérieur, il me semble que le sergent-chef El Mardi et moi avons gagné ces trucs alors que tu devais même pas faire tes classes. Donc, les anciens, c’est nous, tu vois ? M’est avis que vous êtes les renforts qu’on attend, non ? T’as un blaze ? Fais voir… Mi-cha… Michalon ? Mouais… Alors, comme je suis pas sanguin, Michalon, et que t’as l’excuse de la connerie, je dis rien, je relève pas, et même, même, je te donne un premier conseil, gratos : tes jolis galons, là, dès que t’as une minute, tu les découds. Autant te balader avec un cercle rouge sur la poitrine. Remarque, maintenant, c’est toi qui vois, hein… Mais ici, ça manque de gonzesses à impressionner, tu vois. Et le 14 Juillet, ben, c’est passé. Pas de bol ! Par contre, des malintentionnés qu’ont envie de faire des cartons, peut encore y en avoir. Et tiens, allez, je suis bon prince, et c’est vraiment ton jour de chance : la prochaine fois, avant de faire le coq, tu te rencardes. T’as un sacré pot d’être tombé sur nous, et pas sur Martinez ou le capitaine. Et fais pas cette tête, tu finis par te ressembler. Bon, c’est pas tout… Hé, les gars, vous descendez ici, oubliez pas vot’ barda, le taxi repart dans la minute. »
– Ben, sergent, on nous a dit…
– Oubliez ce qu’on vous a dit. Y’a du monde dans la montagne, là-bas. S’ils voient se pointer les bahuts, y vont pas s’empêcher de les saluer. Ça s’appelle la politesse. On s’ra obligés de la leur rendre, ça f’ra des histoires… Alors, toi et ton pote, vous faites demi-tour juste là, et vous, les mecs, en colonne par un, magnez-vous le cul, prenez vos distances, on y va. Faites pas cette tête, c’est pas une marche d’entraînement, vous avez du bol, c’est à côté. Le sergent va faire la voiture-balai. Pas vrai Michalon ? Au fait, t’as un p’tit nom ?
– Heu… Léonard. Michalon Léonard, chef.
– Léonard ? C’est pas vrai ? Léonard ! Dis-donc, sacrée coïncidence ! Si c’est pas de la prémonition, ça ! Impec’ ! Remarque, le seul Léonard que j’aie connu jusqu’à présent, l’était peintre. Un sacré peintre ! L’a dû tout prendre pour lui, à te voir. Bon, c’est pas tout… Léonard, tu veilles à ce que tes gars restent contre le rocher. On pourrait passer par la voie ferrée, mais après le tunnel, c’est un peu le bordel. Les Taureau s’y sont pas risqués. Et puis, nos positions sont pas de ce côté. Le sergent-chef El Mardi et moi, on passe devant. Ah… Au fait, un dernier point, j’y pense, Léonard… et les mules ?
– Les mules ?
– Ben merde ! Vous deviez amener vos mules ! Où qu’elles sont ? Pas dans tes poches, quand même ? Me dis pas que vous êtes partis sans ? Où sont les camions ?
– Amener nos mules ? C’est quoi…
– Oh là là ! Bon, un aut’ conseil, alors – tu vois, je suis vachement sympa, et pourtant, je pourrais avoir des excuses : si le capitaine t’en parle pas, surtout, tu mouftes pas. Pas un mot. Seulement, t’auras intérêt à savoir vite fait où elles sont, les brêles, sinon… Remarque, si elles sont à Menton, ça te fait pas loin… Même à pinces…
– Mais j’en sais rien, moi, où elles sont ces bestioles ! On m’a rien dit…
– Tttt… Décidément… Ecoute, entre sergents, je veux bien croire que c’est toujours le bazar ! Seulement moi, je suis que sergent, pas capitaine, hein… Et pour le capitaine… Tu parles d’une excuse ! Faudra trouver mieux ! D’ici qu’il en parle au commandant… Et que ça vienne à l’oreille du colonel…T’imagines ? Mais je cause, je cause… Tout le monde est bon ? On y va ! Et tâchez de pas faire trop de boucan !
– Heu… sergent… c’est grave, si on fait du bruit ?
– Là où tu vas forcément te retrouver ? Certainement. Alors, tu vois, autant t’entraîner maintenant. Remarque, ça risque de pas durer. Le silence, je veux dire… Ah… J’ai failli oublier : au tournant, baissez la tête, si vous voulez la garder sur les épaules. Y’a des tireurs dans le coin… Mais une fois aux baraques, on risque plus rien.

Tandis que la petite troupe récupérait son matériel, El Mardi s’approcha de Bonestu et lui glissa : « C’est quoi cette histoire de brêles, chef ? »
– Aucune idée, mais il l’a bien cherché, non ? T’as vu sa tête ? Pauv’ andouille ! Tu paries qu’il file à Menton à la première occase ? Rassure-moi : j’étais comme ça, à mon arrivée dans la Drôme ?

… Moue à interpréter.
– Mouais. Certains ne me l’auraient pas envoyé dire…
– Et les tireurs, c’est vrai, chef ? On est loin, quand même !
– On vient de se taper deux jours de patrouille. On peut bien rigoler, non ? Et puis, ça les met au jus, les bleus… Et arrête de me dire chef, t’es autant sergent-chef que moi, Mourad, si pas plus ! Tu m’appellerais Marc à la place, c’est mon deuxième prénom, celui qu’utilise mon père, tu vois, ça me gênerait moins !
– Si tu veux, chef.
– Mourad !
– Bien, chef Marc.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Heorl



Inscrit le: 19 Mar 2023
Messages: 717

MessagePosté le: Mar Déc 24, 2024 13:08    Sujet du message: Répondre en citant

Si je comprends bien, le pauvre Léonard commence déjà à engranger des dettes alors que le 'pitaine vient de perdre son fiançage.
_________________
"Un sub' qui s'ennuie, c'est un sub' qui fait des conneries"
Les douze maximes de l'adjudant-chef

"There's nothing more dangerous than a second lieutnant with a map"
US Army adage
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1944 - Europe du Sud Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Aller à la page Précédente  1, 2, 3 ... 17, 18, 19, 20  Suivante
Page 18 sur 20

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com