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Projets pour la Flotte du Drapeau Rouge
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Juil 15, 2024 08:02    Sujet du message: Projets pour la Flotte du Drapeau Rouge Répondre en citant

Ce qui suit est un travail dû essentiellement à Loïc, mais dûment relu et commenté par Fantasque. A partir des observations qu'il a formulées, nous l'avons quelque peu remanié, de façon à le rendre conforme dans l'esprit aux orientations des décideurs politico-militaires soviétiques fin 1940.

19 octobre 1940
Flotte du Drapeau Rouge
Des lendemains qui chantent… moins fort
Kremlin (Moscou)
– Le Conseil des Commissaires du Peuple tient une importante réunion consacrée à la construction navale et à l’avenir de la flotte de guerre de l’Union Soviétique. La conférence risque d’être tendue, car tous les participants savent que la situation de la construction navale militaire n’est franchement pas brillante. Sont présents notamment Vyacheslav Molotov (commissaire aux Affaires étrangères), Nikolai Kuznetsov (commissaire à la Marine et commandant en chef de la flotte), Boris Vannikov (Armements), Ivan Sergeev (Munitions), Ivan Nosenko (Construction navale), Ivan Tevosyan (Métallurgie ferreuse) et Semyon Timoshenko (Défense). Et bien entendu Staline lui-même, qui n’est en théorie que Secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique – mais cela signifie qu’il est au sommet de la pyramide, bien que ce soit Molotov qui préside le conseil.
Tous ont lu un document préparatoire, rédigé par Molotov et Kuznetsov, chacun pour une partie. Chacun sait que les questions de Staline viseront à préciser des points de détail ou amener l’auteur du texte à s’engager plus loin.
Molotov commence par décrire la situation internationale, qui va certainement influencer les décisions à venir. La victoire spectaculaire de l’Allemagne contre la France a bien entendu rebattu les cartes de façon radicale et l’Union Soviétique a déjà commencé à s’adapter à cette nouvelle donne. Mais les répercussions sur le plan naval doivent être encore précisées.
Kuznetsov souligne que la flotte française est globalement intacte et qu’elle a d’ailleurs réussi un bel exploit en évacuant un cuirassé en achèvement au nez et à la barbe des Allemands, qui espéraient bien s’en emparer. Toutefois, la France n’a pas une infrastructure suffisante dans ses colonies pour soutenir des combats prolongés et va devoir compter sur son allié anglais, dont les ressources sont déjà totalement mobilisées, ou faire appel à l’industrie américaine, qui va elle-même avoir beaucoup à faire avec l’accroissement sa propre flotte (2).
En Méditerranée, les flottes et aviations françaises et anglaises ont sérieusement mis à mal la marine italienne, comme en témoigne la récente attaque de Tarente, dont tous s’accordent à dire qu’il s’agit d’un succès éclatant. La Royal Navy reste très puissante – s’il l’avait fallu, elle aurait pu affronter seule la Kriegsmarine et la Regia Marina. Toutefois, la Grande-Bretagne est sous les bombes et elle doit avant tout défendre son sol et ravitailler sa population.
Molotov indique que les Occidentaux semblent à présent dans de meilleures dispositions vis à vis de Moscou, depuis qu’ils ont perdu la capacité d’intervenir au profit de la Finlande (3). Quant à la crainte d’actions franco-anglaises contre les champs pétrolifères de Bakou (4) ou contre les pétroliers allemands en mer Noire, il semble bien qu’elle soit surtout le fruit de la propagande du Reich.
Les Etats-Unis maintiennent une posture attentiste, mais en aucun cas passive, renforçant leur arsenal et fournissant à peu près tout ce que Londres et Alger (désormais) sont prêts à acheter. D’une certaine façon, ils évitent ainsi de trop s’engager dans l’Atlantique et en profitent pour renforcer leurs positions face au Japon.
Dans ces conditions, on peut estimer que Berlin ne risquera sans doute pas le gros de sa flotte dans une confrontation directe face aux Alliés, mais la concentrera plutôt en Baltique et dans le nord de la Norvège, dans l’hypothèse où l’Allemagne déciderait attaquer l’URSS. A ce propos, il semble que les vols de reconnaissance à haute altitude venus de l’ouest aient tendance à se multiplier ces derniers temps.
Enfin, le Japon continue de développer sa marine de façon déterminée et efficace. Nosenko rappelle à ce sujet que la construction navale du côté de Vladivostok reste très dépendante des fournitures venues notamment de Nikolaev. La flotte du Pacifique ne sera donc pas à même de rivaliser avec la Marine Impériale japonaise avant bien des années. Fort heureusement, Molotov indique que les relations se sont plus ou moins normalisées avec Tokyo, depuis la fin des « incidents de frontière » en Mandchourie. A court terme, la flotte nipponne n’est donc pas menaçante, d’autant plus que le Japon va se tourner vers le sud, comme l’indiquent les tensions croissantes autour de l’Indochine, entre autres indices. C’est d’ailleurs l’intérêt actuel de l’URSS, pour qui la puissance grandissante de l’Allemagne nazie doit rester la préoccupation majeure.
Staline intervient à propos de l’Allemagne en précisant qu’en parallèle à l’effort d’armement, la fourniture de matières premières à ce pays en échange d’équipements avancés doit se poursuivre et même s’intensifier, car il est essentiel de continuer à gagner du temps. Sur ces bases, les efforts doivent aujourd’hui aller d’abord au développement de l’armée de terre et de l’aviation. Même s’il ne faudra pas négliger la construction navale, le plan décennal en cours d’exécution va devoir être profondément modifié.
………
Ivan Nosenko rappelle que ce plan, établi en 1937 (5), prévoyait de construire une “Grande Flotte” comprenant des dizaines de cuirassés et de croiseurs et des centaines d’unités plus petites, sans compter deux porte-avions. Cet accroissement spectaculaire du tonnage devait permettre la création de forces navales capables de s’opposer victorieusement à la flotte de n’importe quelle puissance capitaliste, ou même d’une coalition de ces puissances – et ce, sur pas moins de quatre théâtres d’opérations différents : Arctique, Baltique, mer Noire et Pacifique Nord ! La Flotte du Drapeau Rouge devait pouvoir affronter l’ennemi au large.
Le plan de 1937 était un revirement pratiquement total par rapport à la décennie précédente, où la “Jeune École” avait réussi à imposer ses vues (proches de celles de la Jeune Ecole française du début du siècle). Elle défendait le concept d’une défense navale menée sous la tutelle de l’armée de terre – dont relevait auparavant l’artillerie côtière, tandis que l’aviation navale dépendait des VVS. Les outils de cette défense devaient être de très nombreux sous-marins, vedettes et avions, ainsi qu’un emploi massif des champs de mines.
Avec le plan de 1937, l’École “Classique” reprenait la prééminence, avec sa vision traditionnelle d’une flotte centrée sur les cuirassés entourés de porte-avions et de croiseurs (6). L’opposition à la “Jeune Ecole” était aussi venue de l’industrie de la construction navale – qui craignait de perdre la capacité de concevoir et de construire de grands bâtiments, ainsi que du corps diplomatique – qui souhaitait disposer de navires imposants permettant à l’URSS de pratiquer la politique de la canonnière, particulièrement en Asie. La montée en puissance de la flotte turque, avec l’assistance française et italienne, avait également contribué à ce revirement. Finalement, la montée des tensions, le réarmement généralisé et l’accord naval germano-britannique de 1935 avaient fait craindre à Moscou une possible coalition dirigée contre elle et Staline, bien sûr, avait tranché : l’URSS devait être une puissance militaire incontournable dans le monde entier, sur mer comme sur terre.
Le programme de construction navale de 1937 était divisé en deux plans quinquennaux formellement distincts : 1938-1942 et 1943-1947. Elaboré dans un si grand secret que même les commandants de flotte n’en connaissaient pas les détails, il n’a cessé d’évoluer, au fur et à mesure des mises en chantier chez les autres puissances navales et au gré des évolutions techniques, parfois imposées par Staline lui-même. En effet, depuis sa visite du chantier du Canal de la mer Blanche, le Secrétaire général du Parti se pique d’avoir une véritable expertise en matière navale. Il se mêle donc de tout, notamment en ce qui concerne les navires les plus importants, s’intéressant parfois à des points de détail, non sans pertinence, mais toujours avec ses habituelles capacités de… persuasion.
La mise en œuvre du programme a été fortement perturbée dès l’été 1937, car les purges staliniennes n’ont pas épargné les cadres des bureaux d’étude, des chantiers navals et de la flotte (mais cela, Nosenko ne le dit pas !). Kuznetsov, qui dirigeait alors la flotte du Pacifique, n’a jamais été inquiété personnellement, mais il a dû intervenir pour sauver la mise de nombreux officiers sous ses ordres – intervention qui est loin de s’être produite partout !
Les années 1937 et 1938 ont vu plusieurs révisions du plan, intégrant entre autres les enseignements de la guerre civile espagnole, mais ces révisions n’ont jamais été approuvées officiellement ! Durant ces deux ans, la construction navale soviétique ressemblait à un navire sans capitaine…
Si Nosenko ne souligne pas ce dernier point, il reconnaît que de nombreux problèmes ont handicapé le développement du programme. Ainsi, les chantiers navals de Leningrad n’ont même pas la moitié des ouvriers nécessaires pour faire face à la charge de travail. Celui de Molotovsk, inauguré fin 1939, peine à s’organiser, alors qu’on lui confie d’emblée des unités de taille très importante, dont les pièces doivent venir de Leningrad par le canal de la mer Blanche. D’une façon générale, les architectes navals soviétiques persistent à surestimer les capacités techniques des chantiers navals, alors que ceux-ci manquent d’expérience en matière de construction de grands navires. Mais bien sûr, depuis deux ans, ces difficultés n’avaient pas été portées à la connaissance des plus hauts dirigeants du pays – à moins que (plus probablement) ceux-ci aient décidé de les ignorer.
Succédant à Nosenko, Ivan Tevosyan (qui occupait le poste de commissaire à la construction navale avant la nomination de Nosenko) se résout à confirmer que les usines n’arrivent pas à produire suffisamment d’acier pour la Grande Flotte prévue. De plus, ce dernier est souvent de qualité médiocre, notamment à cause d’une trop faible teneur en manganèse.
Pour faire avancer le programme de 1937, les Soviétiques avaient dû demander l’aide d’autres pays pour obtenir une assistance en matière de construction navale. Avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la marine allemande (au contraire des autres armées de la république de Weimar) n’avait pas souhaité travailler avec son homologue soviétique, sans doute par crainte de la contagion bolchevique, souvenir des mutineries de 1917 et 1918 au sein de la marine impériale. La France – sans surprise – n’avait pas voulu partager les plans de ses navires. L’URSS s’était alors tournée alors vers l’Italie fasciste, et cette collaboration devait se révéler relativement fructueuse.
De la même façon, des négociations avaient été entreprises avec le gouvernement US et avec des industriels américains, en vue de la construction de navires et de l’achat de blindages et de canons lourds. Plusieurs plans de cuirassés et de porte-avions avaient pu être achetés car, dans un premier temps, le président Roosevelt et le Département d’État s’étaient montrés coopératifs, mais en réalité les négociations n’avaient guère avancé (7). Enfin, elles s’étaient interrompues mi-1939, à la suite à la signature du pacte germano-soviétique, et ne risquaient pas de reprendre, après l’annexion de l’est de la Pologne, l’annexion des Pays Baltes et la Guerre d’Hiver.
Mais Hitler est arrivé au pouvoir en 1933 et depuis lors, des accords secrets ont pu être signés par l’URSS avec l’Allemagne, pour acquérir de nombreux types d’équipement (plaques de blindage, canons, torpilles, contrôles de tir, matériel de dragage, périscopes, batteries…), sans compter des plans divers et même des navires complets. Les négociations restent toutefois difficiles : au grand dam des Soviétiques, si le Führer ne s’engage pas personnellement dans les discussions, il suit la situation de près et ne semble pas vouloir trop céder, ce qui pourrait indiquer qu’il estime un affrontement inévitable. Staline, de son côté, n’hésite pas à jouer le rôle du conciliateur, lorsque ses subordonnés sont jugés trop intransigeants par les Allemands. Pour lui, la fin justifie les moyens : tout navire ou équipement acheté à l’Allemagne viendra renforcer la machine de guerre soviétique, au détriment de sa probable future adversaire !
………
Finalement, tous les participants s’accordent aujourd’hui pour dire que la construction navale soviétique et les industries qui l’alimentent en matériaux ne sont tout simplement pas préparées à construire tous les navires et les grands navires prévus par le programme de 1937, alors qu’il faut dans le même temps produire chars, canons et avions et vendre des matières premières à l’Allemagne.
Le plan décennal avait donc été révisé une première fois en août 1939 par Kuznetsov devant ce même Conseil des Commissaires du Peuple. En avril dernier, puis de nouveau en juillet, le plan avait été de nouveau revu à la baisse, notamment pour les grandes unités. Il faut dire que la victoire allemande à l’ouest rendait de plus en plus probable une guerre entre Berlin et Moscou.
Aujourd’hui, il faut se résoudre à aller plus loin, c’est à dire à réduire encore la construction navale et surtout la construction de grands navires. Staline fait mine de rechigner, mais il ne peut refuser l’évidence : la production d’acier doit aller en priorité à l’Armée et non à la Flotte. Bien entendu, aucun des autres participants ne prend le risque de mettre nommément en cause le secrétaire général du Parti, alors qu’il est l’un des responsables de cette situation.
En conclusion, le Conseil des Commissaires du Peuple de l’URSS et la direction du Parti communiste adoptent ce jour un décret ordonnant de concentrer les efforts de construction navale sur la production d’unités légères. Seuls seront achevés les grands navires de combat dont l’avancement est suffisant. Ces décisions doivent permettre d’allouer davantage de ressources – et notamment d’acier ! – à la production d’autres armements.
Cette résolution est finalement un soulagement pour Kuznetsov. Il sait que Staline, dans le fond, n’aime pas les destroyers et leur préfère les grands bâtiments. Ce mépris semble fort injuste aux yeux de l’amiral, car, depuis le Novik des années 1910, les destroyers russes puis soviétiques sont globalement plutôt réussis, combinant notamment les capacités de torpilleurs et de mouilleurs de mines. Cependant, dans le contexte actuel, cette décision apparaît comme un compromis raisonnable entre “Jeune École” et “École Classique”, après plusieurs années d’atermoiements.
………
La conférence aborde ensuite plus en détail les conséquences de sa résolution sur les différents éléments de la Flotte du Drapeau Rouge, leurs rôles respectifs et les navires qui la composent. Les idées de projection de puissance étant pour l’instant laissées de côté, il faut revenir à la mission fondamentale de la flotte, et celle-ci est d’abord de défendre les côtes de la Patrie des Travailleurs. Pour cela, elle est organisée en trois “cercles” ou lignes. Les décisions spécifiques concernant les différentes classes de bâtiments (voir appendice) seront prises en sous-commissions spécialisées.

– Le premier cercle est constitué par les petits sous-marins, les vedettes lance-torpilles, les torpilleurs, les dragueurs de mines et l’artillerie côtière.
Si possible, la construction des unités de cette première ligne sera hâtée (en particulier celle des sous-marins Malyutka série V et des série S). Afin de mieux protéger les bases navales, l’implantation de champs de mines couverts par une artillerie côtière puissante (180 mm) sera poursuivie et accélérée. De même, les efforts de perfectionnement des torpilles et des mines seront accentués (le principal centre de conception et de mise au point de ces engins est Leningrad – Kronstadt).

– Le deuxième cercle est constitué d’unités pouvant opérer entre 100 et 300 km des côtes, soit les destroyers, leaders de flottille et croiseurs, appuyés par l’aviation de la VMF.
Contrairement aux doctrines occidentales, ces bâtiments ne sont pas considérés d’abord comme des unités “de haute mer” ou “d’eau bleue”. En opérations défensives, ils doivent protéger les côtes à distance et, en opérations offensives, couvrir des opérations amphibies menées au profit de l’armée. Il apparaît que l’on pourra finir les unités prévues – et souvent déjà commencées.
Pour l’essentiel, les croiseurs ne posent pas de problème (en dehors du cas particulier du Petropavlovsk).
Cependant, la définition du rôle des destroyers nécessitera des décisions à discuter en sous-commissions. En effet, les chantiers navals russes, puis soviétiques, ont une ancienne et solide tradition en matière de construction de destroyers aptes à remplir la variété de missions habituelles : lutte contre leurs homologues et contre les torpilleurs, lutte contre les sous-marins et mouillage de mines. Mais les conséquences du plan décennal leur ont aussi imposé de pouvoir mener des raids dans les eaux ennemies, protéger les grandes unités en haute mer, affronter des croiseurs légèrement protégés et se défendre efficacement contre l’aviation. Du coup, la taille et le tonnage des bâtiments ont augmenté, leur conception est devenue plus complexe et la mise au point ou l’achat de l’armement polyvalent qui leur est à présent nécessaire se révèlent difficile. Le tout se traduisant évidemment par une augmentation du coût de ces bâtiments ! Parallèlement, l’utilité des “conducteurs de flottille”, censés éclairer l’action des simples destroyers et les protéger des croiseurs ennemis, a été remise en question.
Le retour à une conception plus défensive de l’utilisation des destroyers devrait permettre de mettre un peu d’ordre… et de réduire les coûts.

– Le troisième cercle devait être surtout constitué de grands bâtiments fortement escortés – cuirassés, croiseurs de bataille et porte-avions. En pratique, l’impératif de consacrer les livraisons d’acier à l’armée de terre imposera l’abandon de la plupart de ces unités. Cependant, les quelques grands sous-marins prévus seront préservés.

(Appendice demain)

Notes
2- L’amiral fait référence au Two Ocean Navy Act, qui doit démultiplier les capacités de l’US Navy.
3- Molotov rappelle ici le soutien apporté par Londres et Paris à Helsinki pendant et après la Guerre d’Hiver.
4- Projets supposés ou fantasmés de bombardement des champs pétroliers du Caucase à partir du Proche-Orient.
5- Très certainement à l’initiative de Staline lui-même, fin 1935 ou début 1936, bien qu’il n’en reste aucune trace, car le secrétaire général du PC évitait les ordres écrits. Un décret secret daté du 26 juin 1936 a validé la décision.
6- La doctrine “Classique” n’avait pas pris la pleine mesure de la vulnérabilité des grandes unités aux sous-marins et à l’aviation et négligeait quelque peu le rôle des porte-avions.
7- D’autant plus qu’elles étaient discrètement sabotées par certains officiers supérieurs de l’US Navy occupant des postes-clés.
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loic
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MessagePosté le: Lun Juil 15, 2024 09:37    Sujet du message: Répondre en citant

Une répétition :
Citation:
Finalement, tous les participants s’accordent aujourd’hui pour dire que la construction navale soviétique et les industries qui l’alimentent en matériaux ne sont tout simplement pas préparées à construire tous les navires et les grands navires prévus par le programme de 1937

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demolitiondan



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MessagePosté le: Lun Juil 15, 2024 13:35    Sujet du message: Répondre en citant

Ah le bel ouvrage que voilà. Et heureux de voir passer un peu la plume de Fantasque. Mais on aura quand même mon éléphant (de la mer) blanc après guerre ?
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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loic
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MessagePosté le: Lun Juil 15, 2024 13:59    Sujet du message: Répondre en citant

Il me reste à dérouler le calendrier post - mai 1941.
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Wardog1



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MessagePosté le: Lun Juil 15, 2024 17:23    Sujet du message: Répondre en citant

J'aimerais bien voir dans la FTL la conception d'au moins un porte avion soviétique!
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Larry Foulke
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Archibald



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MessagePosté le: Lun Juil 15, 2024 17:32    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Ah le bel ouvrage que voilà. Et heureux de voir passer un peu la plume de Fantasque. Mais on aura quand même mon éléphant (de la mer) blanc après guerre ?


Je m'en rappelle de celui là ! Un méga-giga-uber-cuirassé, seul de son espèce juste pour la gloire et l'égo de Staline: mais tellement bourré de défauts (acier pourri et autres joyeusetés) qu'il ne sera strictement bon à rien. Voire il finira façon navire Castagnet dans Le petit baigneur.
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Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
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loic
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MessagePosté le: Lun Juil 15, 2024 21:19    Sujet du message: Répondre en citant

Wardog1 a écrit:
J'aimerais bien voir dans la FTL la conception d'au moins un porte avion soviétique!

Malheureusement, ça ne sera pas le cas.
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patzekiller



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MessagePosté le: Mar Juil 16, 2024 06:13    Sujet du message: Répondre en citant

dans la mesure où la mandchourie figure sur mon programme de festivités je suis en train de faire de la biblio pour sakhaline/kourilles

j'aimerais bien, si possible, avoir un orbat naval ftl

je posterai un sujet pour lancer les discussions sur ces sujets prochainement...
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MessagePosté le: Mar Juil 16, 2024 07:06    Sujet du message: Répondre en citant

patzekiller a écrit:
dans la mesure où la mandchourie figure sur mon programme de festivités je suis en train de faire de la biblio pour sakhaline/kourilles

j'aimerais bien, si possible, avoir un orbat naval ftl

je posterai un sujet pour lancer les discussions sur ces sujets prochainement...

Pense à donner une date de départ. OTL, les Américains ont fourni pas mal de navires, notamment de débarquement. Il va falloir décider s'ils font moins, voire pas du tout FTL.
https://en.wikipedia.org/wiki/Project_Hula

C'est une opération assez ambitieuse (180 navires prévus) :
Citation:
During a meeting with United States Ambassador to the Soviet Union Averell Harriman in October 1944, Stalin finally offered to enter the war against Japan, but not until three months after the surrender of Germany, whenever that might be. The Soviet Union had suffered massive military, civilian, and economic losses during the war, so he also made such an entry contingent upon the Allies providing substantial assistance to the Soviet Union in building up its armed forces and military supplies in East Asia and the Pacific in advance of any Soviet operations against Japan. After the Soviet Union provided a list of equipment it required, which the Americans codenamed MILEPOST, the United States began the work of meeting the Soviet requirements outside of and in addition to annual Lend-Lease allotments of aid to the Soviets.[4]

As part of MILEPOST, the Chief of the Soviet Main Naval Staff, Admiral Vladimir Alafuzov, and the deputy commander of the U.S. Military Mission in Moscow, Rear Admiral Clarence E. Olsen, agreed on 20 December 1944 to a list of a dozen types of ships and aircraft the United States would transfer to the Soviets. Among the ships were various types of escort vessels, landing craft, and minesweepers. Olsen also recommended that a "program for training of personnel and for delivery of some of each type of ship should be set up at once" so that Soviet crews could receive instruction from American personnel in the operation of the ships and craft transferred to them.[4]


A trancher notamment : est-ce qu'on maintient la date "+ 3 mois après la défaite de l'Allemagne", qui va tomber dans une période où le temps est encore très défavorable au nord.

Je recopierai ce message dans le nouveau sujet.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 16, 2024 08:21    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice
Notes sur les classes de navires des trois “cercles” de défense navale de l’Union Soviétique
D’après les débats de la réunion du Conseil des Commissaires du Peuple du 19 octobre 1940 et les réflexions des sous-commissions spécialisées.

Premier “cercle”
Les patrouilleurs, bâtiments aux nombreux usages, font partie du “premier cercle”. Après la classe Uragan (Projets 2, 4 et 39), surnommée par les marins « flottille du mauvais temps » (1), il a été décidé de concevoir des navires similaires, mais aux dimensions accrues, pour améliorer la tenue à la mer et renforcer l’armement : ce sera la classe Yastreb (Projet 29).
Une quarantaine de patrouilleurs de cette classe sont prévus. Une dizaine d’unités sont déjà sur cale, la construction d’une vingtaine d’autres sera lancée l’année prochaine et celle d’une dernière dizaine en 1942. Il est à noter que les six navires en construction à Sébastopol sont assemblés à partir de matériaux fournis par un chantier naval de Nikolaev.

Deuxième “cercle”
Les croiseurs
comprennent deux classes… et un cas particulier.
– Classe Kirov (Projet 26) (2)
La construction de ces navires, inspirés des croiseurs de classe Montecuccoli et d’ailleurs conçus avec une assistance italienne (3), n’a pas été sans difficultés. Les deux unités en cours d’achèvement doivent prochainement rejoindre les deux premières déjà en service dans la Flotte de la Baltique. Les deux dernières, destinées à la flotte du Pacifique, sont très attendues pour commencer à rétablir un certain équilibre avec la marine japonaise. Elles seront construites à Vladivostok avec des composants provenant des chantiers de Leningrad et Nikolaev, acheminés par le chemin de fer transsibérien.
– Classe Chapaev (Projet 68)
Ces navires inspirés des Kirov sont sensiblement plus grands, avec une meilleure protection et un armement différent (4x3x152 mm contre 3x3x180 mm) (4). Cinq exemplaires ont déjà été mis sur cale. Sept autres devraient suivre en 1941 et cinq en 1942. Pour le moment, le plan de production est maintenu tel quel.
– Classe Admiral Hipper (Projet 83)
Beaucoup plus délicat est le cas du Lützow, croiseur lourd de classe Admiral Hipper, dont l’achat a été obtenu de haute lutte auprès de Berlin. À vrai dire, le succès n’est que partiel, car Moscou souhaitait également acquérir ses jumeaux les Prinz Eugen et Seydlitz, ce qu’Hitler a catégoriquement refusé. Le navire, arrivé à Leningrad en avril et rebaptisé Petropavlovsk, nécessite encore beaucoup de travail. En effet, seules les deux tourelles avant de l’artillerie principale (2x2x203 mm) sont installées, ainsi que les canons de 37 mm AA. Le reste de l’armement fait défaut et la passerelle est incomplète. L’assistance du Reich reste nécessaire pour l’achever et on espère voir les essais à la mer fin 1941.
L’entraînement de l’équipage du Petropavlovsk se révèle particulièrement problématique, et pas uniquement à cause de la barrière de la langue. Moscou souhaite en effet que la formation ait lieu en Allemagne, à peine un mois avant les essais, tandis que Berlin préfère envoyer des instructeurs en URSS. Il a finalement été convenu que des officiers soviétiques rejoindront des écoles navales allemandes à l’automne 1941 et que cinq d’entre eux seront à bord du Seydlitz lorsque ce dernier entrera en phase d’essais. Réciproquement, des formateurs allemands seront envoyés à Leningrad pour instruire le personnel des salles de machines. Enfin, lors de la mise en service du Petropavlovsk, toute la documentation sera remise à la marine soviétique, mais uniquement en allemand.
Dès le départ, ces difficultés majeures ont rendu Kuznetsov plutôt critique et, selon lui, l’acquisition de ce navire est un gaspillage de ressources. De fait, les ingénieurs soviétiques sont plus intéressés par les équipements du croiseur (notamment les plates-formes stabilisées pour les 105 mm AA et pour les télémètres) que par le navire lui-même. Mais à présent, il n’a plus le choix : le Petropavlovsk doit rejoindre la flotte, coûte que coûte !

Les destroyers (DD) et conducteurs de flottille (DL) ont en commun un problème important, qui explique la logique… chaotique qui a présidé à leur construction : celui de leur artillerie principale.
Le canon de 130 mm B-13, qui est la pièce principale standard de cette catégorie de navires, a connu de sérieux problèmes de mise au point et d’usure prématurée des tubes (5), conduisant à la mise en service de trois variantes avant d’obtenir un résultat satisfaisant. Il en résulte une logistique passablement compliquée avec des munitions, des optiques et des tables de tirs incompatibles ! Une tourelle double (B-2LM) est entrée en production, malheureusement sans capacité anti-aérienne, du fait d’une élévation maximale insuffisante et d’une cadence de tir relativement faible (6). Pour y remédier, une nouvelle tourelle polyvalente (B-2-U “Universal’naya”) est en cours de développement.
La liste ci-dessous est par ordre chronologique des classes.
– DL classe Leningrad (Projet 1 et Projet 38)
Ces conducteurs de flottille inspirés des grands destroyers italiens et des contre-torpilleurs français sont les premiers grands navires de guerre élaborés et construits en URSS depuis 1917 (7). À ce titre, leur conception n’est pas exempte de défauts et leur construction a rencontré de sérieux problèmes : ainsi, la production des turbines des Leningrad ne commença qu’après la mise sur cale du premier navire, et celle des canons ne fut lancée que trois ans plus tard ! La construction de ces DL a donc été d’une longueur invraisemblable.
Par rapport aux trois premières unités (Projet 1), les trois dernières (Projet 38) ont une poupe légèrement allongée et des supports d’arbre d’hélice différents. Le Tbilisi, dernier navire de cette classe, va enfin entrer en service dans le Pacifique Nord d’ici la fin de l’année.
– DD classe Gnevnyi (Projet 7)
Cette classe a été conçue avec l’assistance de l’Italie. Ses dernières unités sont en cours de construction pour la flotte du Pacifique (8). Celles de la mer Noire et de la Baltique sont déjà en service ; cinq navires ont d’ailleurs été transférés à la flotte de l’Arctique.
Dès les premiers essais, plusieurs défauts rédhibitoires sont apparus, notamment un centre de gravité trop haut (9), une faiblesse structurelle, une tenue à la mer limitée, un armement principal sous masque et non en tourelle et des canons anti-aériens mal positionnés. A tel point que l’ensemble du Projet 7 a été reconnu comme un naufrage industriel et que ses concepteurs ont été déclarés ennemis du peuple !
Par ailleurs, l’incident du HMS Hunter, qui avait perdu la totalité de sa propulsion après avoir heurté une mine pendant la guerre civile espagnole, a fortement impressionné Staline. Ce dernier a exigé que les futurs destroyers soient dotés de deux ensembles de propulsion (chaudière et turbine) indépendants, ce qui a compliqué leur construction. De plus, intégrer une chaudière supplémentaire dans la même coque – puisque les “Projet 7” étaient déjà en construction – ne pouvait que diminuer leur habitabilité et la capacité de leurs soutes à mazout, d’où des problèmes de logement de l’équipage et de rayon d’action.
Il a donc été décidé de limiter la production des Gnevnyi à vingt-neuf navires. Dix-huit autres coques déjà sur cale ont été démontées dans l’optique de les rebâtir entièrement, et les six derniers exemplaires ont été annulés. Ce chamboulement a fait perdre environ deux ans au programme de construction des destroyers. De plus, afin d’améliorer leur stabilité, certains de ces navires sont en train d’être équipés de ballasts supplémentaires.
– DD expérimental Opytny (Projet 45)
Conçu sans aide étrangère, ce navire alterne toujours des phases de test et de reconstruction. L’Opytny est doté de chaudières à haute pression dérivées du système allemand Wagner, mais leur mise au point s’avère délicate et la vitesse prévue de 42 nœuds n’a jamais été atteinte. L’armement devait s’inspirer de celui des Fubuki japonais, avec trois tourelles doubles, mais des problèmes de stabilité ont contraint à se contenter de tourelles simples. Finalement, ce navire est peu différent des Gnevnyi et devrait rester un prototype sans suite.
– DL classe Tashkent (Projet 20)
Après les déboires rencontrés avec les Leningrad, l’URSS s’est tournée vers l’Italie pour y faire construire le Tashkent, surnommé la “Beauté Bleue” (10), qui est sur le point de rejoindre la flotte de la mer Noire. Le navire a été livré en 1939, sans armement et maquillé en navire de croisière pour franchir le Bosphore.
Dix autres bâtiments devaient être construits avec assistance italienne, mais l’adaptation du design italien aux méthodes de travail soviétiques s’est révélée trop compliquée. L’abandon définitif du projet a été décidé sans provoquer de remous – la Beauté Bleue restera unique.
– DD classe Storogevoy (Projet 7U – “U” comme Uluchshennyi, amélioré).
Le Projet 7 a fait l’objet de modifications qui, en théorie, devaient pallier les défauts précédemment cités – en théorie. A l’usage, les marins ne seront pas emballés, et le Projet 7U recevra le sobriquet d’Ukhudshennyi (aggravé).
Des machines plus puissantes ont tout de même permis d’obtenir une petite augmentation de vitesse. Toutefois, l’usine de Kharkov n’étant pas capable de produire suffisamment de turbines assez vite, celles de huit navires ont été achetées en Grande-Bretagne. Leur puissance est légèrement inférieure, ce qui diminue la vitesse de pointe d’environ deux nœuds.
Les dix-neuf unités prévues ont toutes été lancées et la première vient d’être livrée, après une mise au point assez fastidieuse. Au vu des insuffisances de la construction navale aux chantiers de Komsomolsk et Vladivostok, la flotte du Pacifique ne recevra pas de destroyers de cette classe.
– DD classe Ognevoy (Projet 30).
Cette nouvelle série de navires a été conçue après la constatation des limites des classes 7 et 7U. Il a donc été décidé de concevoir une coque similaire, mais plus grande et plus robuste. Ces destroyers auront un rayon d’action accru. Toutefois, leur conception est globalement obsolète, notamment la coque rivetée, et l’armement principal n’a toujours pas de capacité anti-aérienne. Par conséquent, les Ognevoy sont censés être des destroyers intermédiaires entre le Projet 7U et le Projet 35.
Sur la trentaine d’unités prévues, une dizaine ont déjà été mises sur cale et les autres doivent suivre d’ici la fin de l’année prochaine. En début d’année, une modification du système propulsif ayant pour but de le rendre plus résistant en cas de dégâts subis par le navire a été approuvée ; elle utilise des composants achetés aux Etats-Unis.
– DL classe Kiev (Projet 48)
Pour tirer profit de l’expérience du Tashkent, les architectes navals ont conçu un navire similaire, quoique d’un gabarit plus petit, et avec un armement très proche. Toutefois, le dernier projet de destroyer (Projet 35), prévu avec une autonomie importante et un armement polyvalent, rend ce nouveau DL moins intéressant. Sur la quinzaine d’exemplaires prévus, seuls les deux premiers, les Kiev et Yerevan, doivent être achevés, pour une mise en service prévue à la fin de 1942. Le troisième navire, le Stalinabad, doit être ferraillé et les suivants sont annulés.
– DD classe Udaloy (Projet 35).
En 1939, une mission d’achat avait été envoyée aux Etats-Unis pour faire construire deux destroyers et acquérir des systèmes de propulsion. Après des négociations difficiles, le projet n’avait pas abouti, officiellement pour cause de surcharge de travail des chantiers navals américains. En réalité, Washington avait mis son véto suite au pacte germano-soviétique.
Néanmoins, cette mission n’avait pas été totalement infructueuse, car certains composants avaient pu être achetés et des connaissances avaient été acquises sur le design des destroyers américains.
Ainsi est né le Projet 35, un grand destroyer avec un armement polyvalent de gros calibre et une autonomie importante, devant rivaliser avec les navires de classe J (Royaume-Uni), Le Hardi (France), Soldati (Italie), Gleaves (USA) et Kagero (Japon).
La conception préliminaire, influencée par celle du DL Tashkent et menée de concert avec celle du DL Projet 47, a prévu la réutilisation de composants des DL de classe Kiev non construits. Deux versions du projet doivent présentées prochainement au département de la construction navale, et une version diesel est également à l’étude. Si tout va bien, les deux premiers exemplaires doivent être mis sur cale en 1941, avant une construction en grande série. Toutefois, l’équipe de conception est déjà engagée sur le développement des patrouilleurs de classe Yastreb – un délai n’est donc pas exclu. Il faut aussi espérer que la production de la nouvelle tourelle polyvalente (B-2-U) ne prenne pas de retard et que les entreprises fournissant chaudières et turbines puissent enfin faire face à la demande, ce qui est loin d’être acquis.
Au total, 24 unités doivent être construites.
– DL classe Khabarovsk (Projet 47)
Le projet d’origine était un conducteur de flottille blindé, dont le concept remonte aux années vingt. L’idée a été relancée au milieu des années trente (Projet 24), puis remise au placard lorsque la construction de cuirassés et de croiseurs lourds a été mise à l’ordre du jour. Elle est récemment réapparue, sous l’influence des échanges avec l’industrie navale italienne.
L’esquisse technique doit être remise prochainement et le projet définitif bouclé d’ici un an. Il exige que ce navire soit doté d’un armement polyvalent important et d’un blindage solide (avec une coque soudée inspirée de celle des chars les plus récents) et qu’il soit en mesure d’atteindre les 45 nœuds. Cette classe est destinée à mener les grands destroyers du Projet 35 en haute mer, mais aussi à effectuer des missions de reconnaissance, de combat et de mouillage de mines dans les mers fermées (Baltique et mer Noire), et à assurer la défense AA et ASM des grandes unités. Mais cette raison d’être est en passe de disparaître avec le changement de stratégie de la Flotte Rouge.
Quoi qu’il en soit, le calibre de l’armement principal n’est toujours pas choisi entre le 130 mm (8 ou 10 canons) habituellement utilisé sur les destroyers et le 152 mm (6 canons) de la classe Chapaev. Par ailleurs, un blindage suffisant pour résister à des obus de calibre moyen augmentera immanquablement la taille et le déplacement du navire, donc réduira sa vitesse. Inutile de dire que les équipes de conception doivent réaliser un miracle… et qu’elles s’apprêtent en réalité à concevoir tout simplement un croiseur léger (11) !

Troisième “cercle”
Les cuirassés de classe Sovetski Soyouz
(Projet 23) ont été conçus en réponse aux Bismarck allemands… dont Moscou cherche d’ailleurs à acquérir les plans.
Pas moins de quinze unités ont été prévues, armées de neuf canons de 406 mm. Pour le moment, quatre cuirassés, censés entrer en service en 1943-1944, ont été mis sur cale. Leur construction engloutit environ un tiers du budget naval annuel du pays, mais elle rencontre une série d’obstacles qui ont mis en péril le plan de production.
L’atelier de Nikolaev, qui doit assembler les tourelles, se révèle trop mal équipé pour fabriquer les supports des canons principaux. Il a aussi fallu se résoudre à commander les arbres d’hélice à des industriels allemands et néerlandais, car les usines soviétiques font déjà face à une avalanche de commandes. Quant à la protection des bâtiments, Ivan Tevosyan ne peut que reconnaître l’incapacité de l’industrie métallurgique à fournir des plaques de blindage suffisamment épaisses pour que ces navires puissent affronter leurs futurs adversaires. Il faudrait sans doute se résoudre à utiliser un blindage mixant de l’acier trempé à de l’acier conventionnel. De plus, la construction d’un des cuirassés a été suspendue quelques mois avant la réunion, après la découverte de dizaines de milliers de rivets défectueux ! Pour couronner le tout, le système de propulsion pose également problème : le jeu de turbines acheté à la société suisse Brown Boveri est bien arrivé, mais l’usine de Kharkov qui est censée le copier n’arrive pas à respecter ses objectifs. Enfin, le prototype de chaudière n’est toujours pas disponible. Non, décidément, l’avenir de ce qui devait être le fleuron de la flotte soviétique ne s’annonce pas brillant…
Il est donc décidé que la construction du Sovetskaya Rossiya, peu avancée, sera interrompue, tandis que le navire aux rivets défectueux sera démantelé. Sur les deux autres déjà sur cale, les efforts seront concentrés sur le navire le plus avancé, le Sovetski Soyouz. Le Sovetskaya Ukraina attendra… Et surtout, aucun nouveau cuirassé ne sera mis sur cale.

Les croiseurs de bataille de classe Kronstadt (Projet 69) doivent rivaliser avec les navires de classe Kongo (Japon), Dunkerque (France) et Scharnhorst (Allemagne).
Le plan de production prévoyait à l’origine seize unités (!!), mais ce nombre avait déjà été réduit à quatre en juillet 1940.
En plus de difficultés similaires à celles rencontrées pour les futurs cuirassés, un problème de taille se pose pour l’armement principal. Il avait initialement été décidé d’équiper les Kronstadt de neuf canons de 305 mm. Ce calibre, le plus gros utilisé jusque-là par la marine russe puis soviétique (notamment sur les cuirassés de classe Gangut) s’est en effet révélé très performant. Malheureusement, la fabrication des tubes et des tourelles a pris un retard important (tout comme celle des canons de 152 et de 100 mm), car la priorité est allée aux 406 mm des Sovetski Soyouz.
Lors de la venue à Moscou en février 1940 de représentants allemands, un accord préliminaire a été trouvé – sans même avoir consulté la Marine ! – pour la fourniture par la société Krupp de six tourelles doubles de 380 mm avec leur conduite de tir (12). Nosenko indique que ses services ont validé les informations techniques – sommaires – fournies par le Reich et validé le remplacement de l’artillerie principale, au prix d’une modification conséquente des plans. Ceux-ci ne sont pas totalement finalisés, mais ils ont été approuvés par l’amiral Kuznetsov début octobre 1940. A ce moment, Molotov espérait conclure très prochainement un accord définitif avec Berlin, la livraison des tourelles et canons allemands devant avoir lieu d’octobre 1941 à mars 1943.
Au vu des difficultés qui s’accumulent (13), Kuznetsov a proposé de ferrailler les deux croiseurs de bataille en chantier (Kronstadt et Sevastopol) : dans le meilleur des cas, ils ne pourraient être achevés avant 1944. Mais Staline a refusé et a ordonné la poursuite de leur construction, dès lors que l’on espère la livraison des canons allemands. Les deux autres navires prévus sont suspendus. Eux devraient être équipés du canon soviétique de 305 mm initialement envisagé.

Les porte-avions envisagés (Projet 71) n’ont guère trouvé de défenseurs.
Malgré l’exemple de l’attaque de Tarente, leur cas est vite réglé : annulation pure et simple des deux navires prévus (pour la Baltique et pour le Pacifique) ! Ces derniers auraient dû être basés sur une coque de croiseur de classe Chapaev, avec un groupe aérien d’une trentaine d’appareils. La mise sur cale était envisagée pour 1942, mais les plans étaient loin d’être finalisés.
En effet, l’Italie, qui a apporté une expertise très appréciable en matière de navires de surface et de sous-marins, n’a pas de compétences suffisantes concernant les porte-avions. Moscou s’est alors tournée vers le Reich, envoyant des ingénieurs visiter le Graf Zeppelin en chantier et étudier les plans du navire. Mais en la matière, l’Allemagne n’a pas un savoir beaucoup plus grand que l’Italie – et il s’agit de connaissances de seconde main venant des Japonais…


Notes
1- En raison des noms de baptême des navires, mais probablement aussi de leur manque de stabilité…
2- Divisée en trois sous-classes se différenciant un peu par la taille, le blindage et l’armement anti-aérien.
3- Les liens avec les Italiens sont anciens (contacts de 1931) et la coopération avec Ansaldo a commencé dès 1932.
4- Les nouvelles tourelles doivent permettre de pointer les trois tubes en élévation indépendamment (contrairement aux tourelles des Kirov). De plus, étant plus larges, leurs servants disposent de plus d’espace et assurent une meilleure cadence de tir.
5- La volonté d’utiliser les mêmes munitions que le canon de 130 mm modèle 1913 a imposé d’accroître la pression à l’intérieur du tube, réduisant sa durée de vie à environ 130 coups sur les premiers exemplaires : même pas la capacité d’une soute à munitions !
6- Les Américains ont obstinément refusé de vendre à l’URSS leur canon polyvalent Mark 12 de 5”/38.
7- Jusque-là, les chantiers soviétiques n’avaient rien sorti de plus grand que les patrouilleurs de classe Uragan, trois fois plus petits que les Leningrad.
8- Les matériaux des navires de la flotte du Pacifique sont rassemblés à Nikolaev, puis les navires sont mis sur cale à Komsomolsk-sur-l’Amour et achevés à Vladivostok. Une unité a été perdue suite à un échouage en novembre 1938.
9- Le manque de stabilité qui en résulte était déjà flagrant sur la classe Folgore, dont les Soviétiques avaient acheté et adapté les plans pour concevoir le Projet 7.
10- Surnom donné au navire car il a conservé la livrée bleu-gris de la marine royale italienne.
11- Assez proche, d’ailleurs, du croiseur léger japonais (expérimental) Yubari.
12- Ces tourelles sont celles prévues pour réarmer les Scharnhorst et Gneisenau avec le même canon que les Bismarck et Tirpitz, en trois tourelles de 2x380 mm à la place des 3x3x280. Ce projet a été annulé après le début de la guerre, mais la fabrication des tourelles et des canons a été poursuivie.
13- Staline a exigé d’utiliser trois lignes d’arbre, ce qui réduit l’efficacité de la propulsion.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Mar Juil 16, 2024 15:54    Sujet du message: Répondre en citant

OUIIIIIIIIIII ! Mes gros machins inutiles et inaptes au combat !
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C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Finen



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MessagePosté le: Mar Juil 16, 2024 16:43    Sujet du message: Répondre en citant

J'aime bien ceux qui détruisent leur canon avant d'avoir vidé la soute!
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Monomaker



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MessagePosté le: Mer Juil 17, 2024 00:26    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Appendice
Notes sur les classes de navires des trois “cercles” de défense navale de l’Union Soviétique
D’après les débats de la réunion du Conseil des Commissaires du Peuple du 19 octobre 1940 et les réflexions des sous-commissions spécialisées.

– DD classe Gnevnyi (Projet 7)
Il a donc été décidé de limiter la production des Gnevnyi à vingt-neuf navires. Dix-huit autres coques déjà sur cale ont été démontées dans l’optique de les rebâtir entièrement,

– DD classe Storogevoy (Projet 7U – “U” comme Uluchshennyi, amélioré).
Les dix-neuf unités prévues ont toutes été lancées et la première vient d’être livrée, après une mise au point assez fastidieuse.


C'est plutôt dix-huit 7U qui reprennent les coques des 18 Gnevnyi.
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loic
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MessagePosté le: Mer Juil 17, 2024 07:18    Sujet du message: Répondre en citant

Monomaker a écrit:
C'est plutôt dix-huit 7U qui reprennent les coques des 18 Gnevnyi.

Je vais vérifier ce point.
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Juil 17, 2024 08:18    Sujet du message: Répondre en citant

Finen a écrit:
J'aime bien ceux qui détruisent leur canon avant d'avoir vidé la soute!


Tu connais cette phrase de Churchill: "Un chameau, c'est un cheval dessiné par un comité."
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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