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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15396 Localisation: Paris
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Posté le: Mer Oct 22, 2025 09:19 Sujet du message: Le Train… par Houps |
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Oui, ce qui suit est un entr'acte signé Houps. Et comme d'habitude, c'est plus vrai que nature !
Le Train
Convoi spécial pour l’Espagne
Avertissement au lecteur !
– Ce texte :
(a) Peut contenir :
- des traces de fruits à coque
- des traces de fruits de mer
- des traces d’arachides
- des traces de gluten
- des microplastiques
- de fortes doses de narrativium
- des contrepets
- des jeux de mots foireux
- des figures de style involontaires
- des néologismes.
(b) Peut engendrer la somnolence ou au contraire une forme d’hyperactivité.
(c) Ne convient pas aux femmes enceintes.
– Lecture interdite aux mineurs non accompagnés d’un adulte responsable.
Des caleçons et des lingots
15 septembre 1941, gare Montparnasse (Paris) – Les passants matinaux qui vaquent dans le quartier, dont des ménagères déjà en quête de la provende quotidienne – la queue est devenue un lieu commun tout autant qu’un lieu de potins, voire de popotins osent certains – les passants, donc, sont interpellés par le spectacle qui s’offre à eux. Car Dieu sait si les spectacles gratuits se font rares : les défilés teutons, c’est toujours pareil, et à la fin, on se lasse. Or, grosse animation ce matin aux abords de la gare. Plusieurs véhicules envahissent les lieux : des camions, des voitures – tiens, « eux », ils ont du carburant ! – et on sent bien qu’il ne s’agit pas d’un arrivage de rutabagas.
De certains des Renault s’extraient des individus attifés du nouvel uniforme de l’une des diverses nouvelles milices du NEF, le Nouvel État Français, toutes avides de mettre les voiles vers un avenir forcément radieux. Ici, ce sont les hommes des Sections Spéciales de Lutte contre les Activités Anti-Nationales, surnommés “Croisés de la Reconstruction” par leur chef, Jacques Doriot (ministre de l’Intérieur et de la Reconstruction Nationale). Une nouveauté déjà resucée, donc, et la plupart des témoins aimeraient bien qu’en fait de nouveautés on leur annonce illico une augmentation de l’allocation hebdomadaire de, disons, pinard, voire, oui, bon, de barbaque. Ou de pain. Ou de cuir. Ou de textile. Les gens sont comme ça : donnez-leur ça, ils vous prendront ça. Mais avec les gus en question, pas question d’aller voir de près si par hasard, en prêtant la main… : ceux-là, dans leur uniforme brun, sont moins amènes que les hirondelles du quartier. Hirondelles dont certaines ont disparu, pour diverses raisons qu’on élucide prudemment, et pas avec n’importe qui, le coude sur zinc (pour ceux qui le peuvent encore), ou le cabas entre les bas (pour celles qui savent les ravauder). « Ach, la Kerre, Kross Malheur ! »
Bon, alors, d’ici, kaissekon voit ? Des caisses, justement, qu’on transbahute des bahuts vers la gare. Peu de caisses, en fait : trois ou quatre. Surtout des ballots. Déjà qu’il en traîne beaucoup dans les parages. Et pas direction l’entrée des voyageurs, hein ! Même pas le passage des marchandises : pas d’enregistrement pour ces marchandises-ci. Sont même pas au bon endroit, d’ailleurs. Faut dire cependant à leur décharge que, que côté locaux, matériel et personnel, c’est un peu le bazar, par les temps qui courent. Et comme de juste, vu qu’on est dans un paysage ad-hoc, dans la file des commères, les langues vont bon train.
Voilà, y’en a au moins une qui a l’explication : ça, ce sont les douze mille calots (ou trente, elle ne sait plus, enfin, beaucoup) – voui, des calots comme ceux des permissionnaires, quand le Marcel il est revenu vers la fin 39 ! Les douze ou trente mille calots et les autant de mille caleçons que Monsieur Laval fait parvenir aux Espingos, là-bas, loin, presque chez les Nègres, z’avez pas lu le journal ? Ah, et aussi des chaussettes. Mais pas de chaussures. Paraît que c’était pourtant ce que le Franco aurait le plus apprécié : des godasses. Sauf que nos nouveaux amis d’Outre-Rhin s’étaient, pour le coup, servis les premiers. Pas de godillots pour le Caudillo, donc. D’où les ballots. Et les caisses. Et la discussion de dériver… C’est le propre de toute discussion, de dériver.
L’hypothèse de la ménagère est fort proche de la vérité : à preuve, la présence de messieurs bien mis descendus d’une voiture civile et qui se gardent de poser la main sur le moindre paquet, pas plus que sur une seule de ces caisses que l’on voit d’ici estampillées comme relevant de l’Armée. Il est vrai que l’Armée n’en a plus trop l’utilité, de ces caleçons ni de ces chaussettes, vu qu’elle n’est plus là, l’Armée. Et que les Bo… (1) les Allemands n’en ont, paraît-il pas voulu. Bon, ces zigues-là sont de l’étage au-dessus, du genre à mettre de l’huile dans les rouages à grands coups de pompes dans le fion, parce qu’encore au-dessus d’eux, y’a ceux qui ne rigolent que lorsqu’arrive la semaine des quat’ jeudis, les ceusses qui vous réservent des drôles de surprises sur un seul haussement de sourcil et qu’ont pris des leçons chez ceux d’en face – pas des cours du soir, mais plutôt des révisions.
– Ah, ben moi, si on m’en propose, des calcifs, ben j’dirais pas non !
– Ben, faudrait encore pouvoir rentrer dedans !
– Quicéquiadiça ?
Laissons ces braves dames savourer les délices des dérives conversationnelles impromptues, et revenons à nos moutons…
Ces beaux messieurs surveillent, houspillent, font les cent pas et la grimace, voire font reculer quelques (trop) curieux. Pour de simples caleçons, chaussettes ou calots ?! (2) Hum… Le fait est que, dans le lot… tenez, cette caisse-ci, par exemple : l’a l’air plus lourde que les balles, la chose. Le textile, ça pèse, d’accord. Mais le pèze pèse, lui aussi. Et le lecteur, capable de voir à travers la paroi de ladite caisse, constatera ainsi qu’en fait d’effets militaires, le caisson en question contient, bien au chaud dans de petits coffrets métalliques, l’équivalent d’une somme assez rondelette, destinée – Chut ! C’est très secret ! – à abonder les fonds d’individus qui sont – ou seront – chargés, non pas d’acquérir de l’huile ou des oranges – l’Espagne en est en rupture – mais de causer moult difficultés à ces c… de soi-disant « Français combattants », épines douloureusement plantées dans les pieds ou le postérieur des partisans de la « Nouvelle France »… Cette Nouvelle France enfin débarrassée des maux qui ont accablée l’ancienne et notamment du parlementarisme, qui fait le lit du communisme et va de pair avec l’athéisme, lequel engendre de pernicieuses pensées propres à détourner la population des voies que le Seigneur et la Nature lui ont réservées.
Or donc, en fait de dessous qu’il faut être sacrément tordu pour trouver affriolants (3), reposent en ces caissettes quelques liasses de beaux dollars américains – pas faciles à trouver… Quelques sachets de livres sterling – ça fit mal au cœur, mais force fut d’admettre que c’était incontournable, et des vraies, qui plus était, on avait du mal à en fabriquer de crédibles, l’artisanat d’art se perdait… Mais surtout du métal jaune ! Hé oui ! Parce que, mon Dieu, parmi les destinataires, il en est qui n’ont plus trop confiance dans le papier – si jamais ils ont manifesté une telle confiance – et des jaunets bien brillants leur conviennent mieux. Et comme on ne mélange pas les torchons avec les serviettes, il a fallu des récipients distincts. Qu’on a complétés avec des babioles à distribuer de ci de là pour faciliter les échanges : flacons de parfums et bouteilles à bulles. Ainsi qu’une poignée d’ouvrages littéraires, fruits d’auteurs que le monde nous enviera après avoir lu ces essais et romans. Surprenant, certes, mais certains ne doutent de rien.
Bien évidemment, qui en douterait, peu de gens sont au courant de la chose. Quant à savoir qui, dans la nébuleuse (4) gouvernementale, en est l’instigateur…
Quant aux chiens de garde en brun, là, ils savent seulement (ou plutôt croient savoir) que dans tout ce déménagement (sans majuscule, surtout sans majuscule !), il y aurait des uniformes d’apparat destinés à l’entourage du Caudillo. Autre expression du bon goût français, sans doute. Cet “il y aurait” se mue rapidement, par la magie propre au téléphone arabe (hem !) en un “il y a”. Bref, c’est ce qui se chuchote entre deux sèches (les “Croisés” n’ont pas de mal à en obtenir, c’est l’un des avantages du poste). Eh bien, pourquoi pas ? De là à dire qu’ils y croient vraiment… Mais s’ils croient bel et bien qu’en fait, lesdites caisses ne convoient que vêtements d’apparat, robes du soir… et quelques bonnes bouteilles (leurs oreilles les ayant renseignés), après tout, pourquoi pas ? Puisque le secret est bien gardé…
Parmi ces chiens de garde, une poignée se voit confier l’insigne honneur d’assurer l’escorte de la cargaison jusqu’à Bordeaux, des fois que des malveillants veuillent barboter les frusques, ou plus probablement la bibine, on ne peut faire confiance à personne ! Jusqu’à Bordeaux, donc, où on ne manquera pas de compléter la cargaison avec d’autres flacons. C’est le moins que l’on puisse faire en cette cité ! Une partie de l’escouade voyagera direct dans le wagon, sur la paille – fraîche, quand même – ça leur rappellera peut-être des choses… L’autre moitié bénéficiera de places – en troisième – dans une des voitures de voyageurs. On permutera régulièrement, bien entendu. Quant à ceux qui restent sur le quai, ou plutôt le ballast, ils se partagent entre ceux qu’un brin de tourisme n’aurait pas fâché, et ceux qui n’ont qu’une envie : retrouver un environnement familier et se garder des courants d’air.
Oui mais… « Secret de trois… », comme on dit, hein ?
Pour l’amour de l’Art
Très tôt le 16 septembre 1941, près de Bordeaux – C’est devant les caves d’un château prestigieux (dont il va falloir réviser l’appellation), qu’a lieu un événement couvert par des représentants de la presse – “Nouvelle”, bien entendu – et, suprême honneur, par une caméra et ses opérateurs. Et des Français, siouplaît, ces derniers ! Devant tout ce beau monde qui bat la semelle – il fait frisquet, mais au moins ça les change des reportages sur les dégâts imputables et en tout cas imputés aux Anglois, ainsi qu’à leurs complices réfugiés, les trouillards, dans nos ex-belles colonies, qu’ils sont en train de piller et de saccager – devant ces journaleux, donc, des œuvres d’Art « récupérées » dans divers lieux de la région, mais aussi d’un peu plus loin, sont emballées avec soin et moult précautions… et pour la plupart, d’ailleurs, dans les protections dont on les a extraites la veille.
Injustement soustraites à leurs écrins originaux, lesdites œuvres vont bientôt réintégrer les musées parisiens d’où les ploutocrates honnis les avaient ôtées, au prétexte de les protéger. Sans doute pour les « déménager », elles aussi ! Et pour aller où ? Chez les Ricains, qui ont autant de goût en matière d’Art qu’un caméléon sous pervitine ? Ou plutôt chez leurs potes les Macaques ?
Grâce à cette intervention énergique du Nouvel État Français, les Parisiens, dont “on” sent bien qu’ils s’emm… un peu, les cinémas n’étant attractifs que parce qu’ils procurent une pénombre propice à des tas de choses (5), Médrano tirant la langue et le zoo de Vincennes commençant à manquer de pensionnaires, les Parisiens, donc, vont pouvoir de nouveau admirer ces chefs-d’œuvre qui ont contribué au rayonnement de la France, exemples d’un Art qui n’était pas encore dévoyé par tous les pédérastes judéo-communistes dont on ne citera plus jamais le nom. Un Art que le monde nous envie, et surtout nos nouveaux amis, dont l’un des plus puissants viendra sous peu, paraît-il, en examiner de très près les exemples.
Ainsi donc, théâtral empaquetage de statues, toiles et autres objets plus ou moins paraphés de noms prestigieux, à fins de chargement sur des wagons. Et qui dit théâtre dit scène – voilà, elle est là – mais dit aussi coulisses. Ne parlons pas des rôles : de Matamore à Monsieur Jourdain, en passant par le sieur Diafoirus, il y a du choix !
Passons justement côté coulisses, où certains personnages se sont activés, loin des folliculaires et des caméras, à trier dans le lot des œuvres diverses pièces : des tableaux de second ordre, mais d’un intérêt certain et d’un format réduit – toutes les toiles n’ont pas la taille du Radeau de la Méduse – plus quelques bronzes de (très) bonne facture. Toutes ces petites choses (petites mais de valeur) ne nécessitent qu’une simple valise, de bonne taille cependant, disons une bonne grosse malle, pour pouvoir y voyager tranquille, douillettement empaquetées de chiffons et de vieux journaux (6). Voilà voilà…
………………………
Pendant ce temps-là, à Paris – Le convoi qui doit s’ébranler en direction du Sud-Ouest est en voie (!) de constitution. C’est pas simple, les voitures manquent, les locos itou, les cheminots ne sont pas tous là, et puis les Allemands sont prioritaires, leurs agents relevant du 36, avenue Kléber (7) fourrent leur nez partout, qu’un wagon de caleçons mette trois jours ou une semaine pour rallier Toulouse, dans un premier temps, ça n’est pas leur problème.
Pour l’heure, deux employés des chemins de fer, leur bonnes bouilles cachées par de larges casquettes, s’affairent à vérifier le bon état de toutes les voitures incriminées, une autre équipe se chargeant de la loco. Ça tapote, ça graissouille, ce sont des pros, on leur fout la paix, sans eux, pas de train ! Et pour l’entretien, car le matériel fatigue, de nombreux arrêts sont prévus en route : Bordeaux, puis Dax et Bayonne, bien sûr, d’autant plus qu’entre ces deux dernières villes, ça devient difficile. La ligne n’est guère prioritaire, le trafic s’y est raréfié, ce convoi-là sera une grande première pour les temps qui courent. Et, pour ce qui est de courir, sous réserve que le courant passe !
………………………
Un peu plus tard, en gare de Bordeaux – Saint-Jean – Si le convoi ferroviaire de caleçons a du mal à s’ébranler à Paris, l’autre train – oui, les organisateurs du transport d’œuvres d’Art ont préféré le rail aux pittoresques mais rurales routes françaises – le train, donc, part tout doucement de Bordeaux pour la capitale. Lui, en revanche, ne se heurte à aucun empêchement. Cela n’étonnera personne.
Ce qui pourrait étonner, cependant, c’est cette fameuse grande valise (ou malle), apparemment oubliée dans un coin de la gare, à côté de sa copie conforme et de deux caisses du modèle utilisé d’habitude pour de bonnes bouteilles, en compagnie de leurs porteurs. En fait – les porteurs le savent, bien sûr – bagages et caisses attendent qu’un certain chargement de caleçons et autres babioles, passant par là à destination d’Irún, en soit augmenté. Deux caisses de production locale et deux grosses valises de plus dans le convoi de Paris pour l’Espagne, qui chercherait la petite bête ? De plus, leurs porteurs ont l’allure et la tenue de ces civils devant lesquels même les militaires tremblent, de ceux qui n’ont pas besoin de paperasses pour obtenir ce qu’ils désirent. Qui irait vérifier de trop près leur légitimité ?
Cependant, les porteurs de valise en question rongent leur frein. Ça les met en rogne, mais pour le principe : le plus simple, comme confier le tout aux services postaux, ce n’est pas leur lot et ils le savent.
Notes
1- Boches, Fridolins, Frisés, Doryphores… Les vocables ne manquent pas, suffit juste d’adapter le discours à l’auditeur.
2- On ne sait jamais : si, par un hasard malencontreux, un paquet tombait d’un camion…
3- Quoique… Tout dépend de qui les porte, en fait. Ah, et aussi du comment. Sans oublier du pour qui.
4- La nébuleuse du Crabe, sans nul doute.
5- A quoi diable pensez-vous ?
6- Des journaux épais de plus de deux pages : autant dire des antiquités ! C’était le bon temps, on pouvait avoir la courante…
7- Siège de la Wehrmachtverkehrsdirektion ou WVD (Direction des Transports de la Wehrmacht). |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 12868 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Oct 22, 2025 12:01 Sujet du message: |
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Ce qui est très raccord avec certaines choses, n'est ce pas Casus , _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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LaMineur
Inscrit le: 12 Oct 2009 Messages: 465
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Posté le: Mer Oct 22, 2025 13:50 Sujet du message: Re: Le Train… par Houps |
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| Casus Frankie a écrit: | | Hirondelles dont certaines ont disparu, pour diverses raisons qu’on élucide prudemment, et pas avec n’importe qui, le coude sur zinc (pour ceux qui le peuvent encore), ou le cabas entre les bas (pour celles qui savent les ravauder). |
Le style du texte étant assez fleuri, je n'ai pas de certitude à 100% ; mais n'éluderait-on pas, plutôt qu'élucider ?
| Casus Frankie a écrit: | | Cette Nouvelle France enfin débarrassée des maux qui ont accablée l’ancienne et notamment du parlementarisme, qui fait le lit du communisme et va de pair avec l’athéisme, lequel engendre de pernicieuses pensées propres à détourner la population des voies que le Seigneur et la Nature lui ont réservées. |
Alors là, pas d'accord ! Bref... accablé, pas accablée.
| Casus Frankie a écrit: | | Grâce à cette intervention énergique du Nouvel État Français, les Parisiens, dont “on” sent bien qu’ils s’emm… un peu, les cinémas n’étant attractifs que parce qu’ils procurent une pénombre propice à des tas de choses (5), Médrano tirant la langue et le zoo de Vincennes commençant à manquer de pensionnaires, les Parisiens, donc, vont pouvoir de nouveau admirer ces chefs-d’œuvre qui ont contribué au rayonnement de la France, exemples d’un Art qui n’était pas encore dévoyé par tous les pédérastes judéo-communistes dont on ne citera plus jamais le nom. |
Malgré sa naissance espagnole, M. Medrano n'a pas d'accent.
| Casus Frankie a écrit: | | Pour l’heure, deux employés des chemins de fer, leur bonnes bouilles cachées par de larges casquettes, s’affairent à vérifier le bon état de toutes les voitures incriminées, une autre équipe se chargeant de la loco. |
Pas plus d'une bouille par personne (eh oui, les restrictions, que voulez-vous...) ; donc : "leur bonne bouille". |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11798
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Posté le: Mer Oct 22, 2025 14:21 Sujet du message: |
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C'est le texte qui a été écrit par un caméléon sous pervitine...  _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15396 Localisation: Paris
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Posté le: Mer Oct 22, 2025 14:42 Sujet du message: |
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Merci pour les trois autres coquilles (Medrano je le croyais bien francisé !), mais non, on élucide bel et bien les raisons de la disparition des hirondelles. _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15396 Localisation: Paris
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Posté le: Jeu Oct 23, 2025 08:39 Sujet du message: |
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Pour l’honneur de la France
Quelque temps plus tôt, chez les Déménagés – Franchissons allègrement la Grande Bleue, pour une villa des environs d’Alger la Blanche. Bien avant les épisodes susmentionnés, la composition exacte du contenu du wagon de caleçons (à l’exception des tailles concernées) s’est trouvée connue des services ad-hoc, quoique secrets. « Il faut faire quelque chose ! » : ces cinq mots résument la déclaration péremptoire d’un grand consommateur de cigarettes anglaises, déclaration que l’Histoire n’a pas retenue. Y aurait-elle gagné quelque chose, d’ailleurs ?
« Il faut faire quelque chose ! » C’est qu’on est pour l’heure un peu chiche en actions d’éclat propres à perturber les factieux métropolitains, mettre du baume au cœur des Français des deux côtés de la Mare (pas vraiment) Nostrum, et flatter divers egos. C’est pourquoi les cinq mots avaient été chaleureusement approuvés autour de la table présidée par un Monsieur en deuil, lequel avait aussitôt chargé l’amateur de nicotine britannique de passer à l’action.
« Il faut faire quelque chose ! » Et en interne, hein ! Pas question de solliciter même un crayon de nos amis d’Outre-Manche. De toute façon, c’est là le cadet de leurs soucis. Encore qu’ils soient fichus de réclamer les sterlings, même fausses, si on arrive à mettre la main dessus.
« Il faut faire quelque chose ! » Diantre, oui, mais quoi ? Tout comme les nombreux cendriers disposés çà et là, les cerveaux fument, les poumons s’encrassent virilement, et tandis que le café – du vrai, du beau, du bon ! L’avantage d’être réfugiés sur le même continent que les caféiers – disparaît par hectolitres entiers, on consulte, on discute, on dispute. Et on se rappelle – ou se fait rappeler – que des tas d’hommes, qui eux, « font quelque chose » pour de bon, en meurent, au soleil ou sous la pluie, à midi comme à minuit, bien qu’ils soient loin de Paris et de ses belles avenues. Alors, on échafaude. Après tout, c’est un défi propre à exciter des neurones qui, sans cela, s’ankyloseraient. Finalement, force est de constater qu’il n’y a pas pléthore d’hypothèses.
Résumons-les d’un mot : « Y’aka ! ».
« Y’aka » bombarder ce fichu train. Option radicale, sans doute de la part d’un nostalgique de Quatorze-Juillet. D’accord : bombardons. Avec quoi ? On a le choix : des bombes ou des décorations. Pour ce qui est des décorations, on pourrait même en créer de spéciales, mais une telle pluie pourrait être mal interprétée, et la beauté de la chose passerait à la trappe. Certes, le ridicule tue, mais dans ce cas-ci, qui serait le mort ? Foin d’ironie et de rigolade, du bel acier fourré de TNT ! Ça, on en a, non ? Moui, sans doute. Mais avant tout, ce qui manque, dans cette histoire de bombardement, ce sont les bombardiers, justement. Pas sûr que l’AdA veuille en trouver pour la petite fête. Ou même qu’elle puisse en trouver. Et d’ailleurs, pour bombarder quoi ? Un train ? Pas une usine : un train ! Et lequel ? C’est que des trains, il en reste quand même un paquet ! Et où ? En rase campagne ? Tenez, je vous prête mon arme et vous flinguez le cafard qui se carapate là-bas, l’échelle doit être bonne. Fastoche, hein ? Ah ? En gare ? Sûr ? Et à quelle distance, hein, rappelez-le moi ? Même si le convoi en question venait à se montrer du côté de Perpignan, vous sortez l’oiseau – non, les oiseaux, au moins un groupe – de votre poche ? Courez voir Mathis, pour lui annoncer la bonne nouvelle ! Et ne me parlez pas du Jules-Verne !
Exit donc la solution « On rase gratos ! » au grand désespoir des partisans de la démesure explosive – pas d’autre mot – et au grand soulagement de ceux qui pensaient déjà aux pertes à prévoir – car restait cette redoutable aviation germanique, comme n’avait pu dire Bossuet, qui n’aurait sans doute pas fait une haie d’honneur à nos braves aviateurs. Sans parler des toujours fâcheux « dégâts collatéraux ».
Alors, « Y’aka » envoyer « une équipe ». Ben tiens, déjà que pour le quotidien, on ferait presque appel aux sous-traitants et aux intérimaires, si pas aux petites annonces… Et puis, on l’acheminerait comment, cette équipe ? Par la Poste ? En taxi ? Un parachutage ? Une dépose en sous-marin ? Sympa de penser à mouiller la Royale ! D’accord… Alors, le temps de la former, l’entraîner, l’équiper, la convoyer… Disons au minimum un mois. Au minimum. Le minimum du minimum, non ? Autant dire qu’il va falloir aller renifler le cul de tous les soldats de Franco, un par un, pour savoir lesquels auront bénéficié des calcifs. Génial ! Et ça, ce n’est que pour ce qui est des « effets militaires » officiels. Je vous rappelle, Messieurs, que c’est le contenu officieux de l’envoi qui nous intéresse ! Et une fois tout ça chez Franco, pour remettre la main dessus, ça sera pas de la tarte !
Oui je sais, « il suffit » d’agir à temps. Alors, imaginons que nous trouvions une poignée de types capables de faire ça, je ne sais pas, moi, dans une pochette surprise, par exemple, et que, par miracle, ils soient sur place dans les temps ! Mais pour faire quoi ? Saboter la loco ? Faire dérailler le convoi, peut-être en transformant un pont en allumettes ? Et alors ? Au lieu d’arriver le, je ne sais pas, on va dire le 17, les colis arriveraient le 24 du mois suivant, au mieux (pour nous) : belle réussite ! Vous savez que la Grèce, ça ne manque pas de charme ?
– Ben, pour ce qui est de l’équipe…
– Oui ?
– Et si on faisait appel aux locaux ?
– Aux locaux ?
– Ben, on a déjà du monde sur place, non ?
– Des amateurs ? Des amateurs (8) !
– Ben, si jamais ça foire…
– Si jamais ça foire… C’est beau l’optimisme !
– … Ça ne serait pas nous les responsables, quoi…
– Ça ne serait pas… Ah… Ha ! Moui… Évidemment, vu sous cet angle…
Pas si loin de Roncevaux…
Peu après les échanges ci-dessus, au Pays Basque français – C’est ainsi qu’un responsable local pensant savourer quelques instants de quiétude en son logis se retrouva à soulever sa casquette pour fourrager dans une calvitie naissante tout en se disant « Ah ben merde alors ! Z’en ont de bonnes ! Et ça urge, en plus ! »
– Josette, j’ai une urgence !
– Où tu vas ?
– Chez Julienne !
– Chez Julienne ? A cette heure ? Fais attention au couvre-feu !
– Mais oui, mais oui…
– Et ne prends pas froid !
– Mmm…
– Et pas plus de trois verres, hein ! Pense à ton cœur !
– Le Docteur parlait de mon foie, je crois…
– C’est pareil !
– …
Julienne, tôt dessalée, n’avait pas viré morue pour autant et tenait avec son mari Lucien un petit estaminet opportunément baptisé « Chez Julienne » et dont la renommée n’effrayait pas les épouses de sa clientèle. Même le curé n’y trouvait point trop à redire : il y avait pire, ou mieux, selon le point de vue. L’endroit n’abritait aucune poiscaille douteuse et ne connaissait que deux discrètes retapeuses qu’on qualifiera avec tact d’expérimentées, qui venaient là pour souffler un peu et non pour harponner un quidam ayant touché sa paie. Les habitués les appelaient par leurs prénoms, pas ceux du trottoir, puis s’asseyaient à une table, leur table, à eux seuls réservée, pour d’interminables parties de cartes, à l’exception de deux originaux adeptes de la pipe, qui s’affrontaient aux échecs en biberonnant des eaux minérales. De mémoire, on n’y avait jamais surpris quiconque rouler dessous les tables, Julienne y veillait.
Toute nouvelle tête voyait – si elle arrivait à percer le brouillard nicotineux qui rampait de chaises en bancs – les parties s’arrêter et les visages la considérer longuement, sans hostilité, certes, mais le quidam se sentait aussitôt comme un explorateur perdu au cœur de l’Amazonie, les fourmis de feu en moins, avantage qu’il ne soupçonnait point.
Une patrouille de feldgraus hasardée dans le coin avait opéré un prudent repli après avoir courageusement constaté que l’étagère des bouteilles, derrière le comptoir, offrait surtout du vide, que la moyenne d’âge des présents était plutôt élevée et que nul permissionnaire ne s’y débauchait.
Cependant, une petite salle, à l’arrière – ce genre d’établissement dispose toujours d’une petite salle à l’arrière, fort commode pour beaucoup – accueillait ce soir-là une réunion impromptue.
Nouvelle séance de cogitation, après celle des environs d’Alger : bien plus de casquettes graisseuses, quoique moins de têtes. Moins de fumée, encore moins de café, voire pas du tout. Plutôt un petit rouge local. Et un petit jambon sec, vous m’en direz des nouvelles, çui-là, les Boches ne l’auront pas, c’est moi qui régale.
Constat : faut faire vite, bien suivre ce foutu convoi n° tant. Ça, c’est la partie facile. Reste la suite : « Empêcher ce convoi d’atteindre la frontière espagnole ». Consigne limpide, mais z’en ont de bonnes, là-bas ! C’est qu’on pratique peu, voire pas du tout, le déraillement ou l’explosif, par chez nous (9) ! L’explosif, on pourrait à la rigueur en trouver. Un pro du cordeau bickford, ou au moins un familier, pourquoi pas, il traîne dans le coin toute une faune qui a franchi les montagnes en catimini et ne demande qu’à montrer son savoir-faire. Un aiguillage, ça serait bien, mais ça fait mal au cœur, car quoi, bousiller l’instrument de travail ! Comme si on n’en avait pas déjà assez, du rail tordu et du ballast en l’air ! Et puis, est-ce que ça suffirait ? Et tout ça pour une voiture de caleçons et de chaussettes ? Ils dérailleraient pas un peu, à Alger, des fois ? Bon, les ordres sont les ordres, et pour une fois qu’on nous demande autre chose que le numéro des unités en poste dans le secteur…
– C’est ce foutu convoi pour Irún ? Depuis le temps qu’on en entend parler !
– Oui, çui-là.
– C’est pas le wagon de queue qui les mettrait en l’air ?
– Y’a des chances. J’en sais pas plus.
– Bon, les problèmes de ballast et les baisses de tension, ça suffira pas, hein ?
– A moins de le foutre dans l’Adour, je vois pas…
– Merde ! On vient juste de remettre la voie en état ! Et j’te dis pas ce qu’il faudra…
– Hé, je crois que j’ai une idée !
– ?
– Voilà…
Un wagon pour l’Espagne ? Quel wagon pour l’Espagne ?
Fin septembre 1941, en gare de Dax, terminus provisoire des trains pour l’Espagne – Les fumées qui s’élevaient dorénavant au-dessus des toits de la ville émanaient plus de la Fontaine chaude de la Nèhe que des cheminées des locos. Et pas seulement à cause de l’électrification des lignes : la ville d’eau pâtissait, ce n’était rien de le dire, des conséquences de la guerre. Les affaires marchaient très doucettement, la clientèle n’avait plus trop le cœur à ça. Elle reviendrait, on l’espérait. En attendant, les thermes vivotaient, les jeunes dames avaient mis des voiles qu’on ne leur voyait guère auparavant et les hôtels étaient en berne : il y passait bien quelques clients, dont certains qui allaient et venaient d’un côté à l’autre de la frontière, on ne savait trop pour quelles obscures raisons – officielles, celles-là, parce que, pour ce qui était de ceux qui passaient par des voies plus discrètes… Toujours est-il que ça ne remplissait ni les terrasses, ni les chambres.
L’arrivée d’un convoi en provenance de Bordeaux – et même de la capitale – ne fit certes pas l’événement, mais ne passa pas inaperçue. Deux voitures de voyageurs, trois de marchandises, la machine ne s’était guère fatiguée, et pourtant, il apparut qu’elle n’irait pas plus loin. Il est vrai que vu l’état de ce qui restait apte à rouler, on avait tout intérêt à bichonner les mécaniques. Les passagers se dispersèrent, la plupart rejoignant familles et connaissances, l’escorte en uniforme brun s’offrit une promenade dans les rues et chercha un rade, sauf deux clampins qui y restèrent, en rade, pour cause qu’ils avaient écopé de la garde du vestiaire à roulettes.
Plombé, bien sûr, le wagon. Plombé à Bordeaux, où avaient débarqué ses occupants, pas fâchés de finir le trajet en voiture, même troisième classe : la paille, ça gratte. Plombé au départ de Bordeaux, pas à celui de Paris, c’était bizarre, mais c’était un peu le foutoir partout, ça s’expliquait. Ça s’expliquait aussi par le fait qu’on avait complété la cargaison. Plombé juste après que de drôles de voyageurs se furent pointés pour adjoindre deux valises à la cargaison, en plus des deux caisses de jaja amoureusement préparées. Curieux, ça, mais – et d’un ils ne venaient pas soustraire des bagages, mais en ajouter, sans doute un oubli – et de deux, ils ne donnaient pas envie de faire autre chose, question curiosité, que mettre son mouchoir par-dessus et le tout au fond de sa poche.
Ensuite, il y avait eu l’épisode du Boche. Lui s’était pointé in extremis. Un officier. De la marine : uniforme, casquette, galons. Avec une toute petite valise, une mallette plutôt. Pour sa fiancée à Bilbao, qu’il avait expliqué, elle l’attendait. La mallette, pas lui, hélas ! Parlait plutôt bien le français. Pas très réglo réglo, ça, mais le chef n’osa pas dire non : un officier allemand, quand même ! Sans doute des pièces de lingerie, c’était connu, ils en raffolaient. Ah oui, ça se donne des grands airs, la Race des Seigneurs, mais par en dessous, tous des cochons ! La mallette fut donc rangée dans le fameux wagon.
Enfin, ce cirque était fini ! C’est ce qu’on avait cru : l’Espagne, c’était à deux pas ! Mais non ! « Changement de motrice. » qu’on avait dit. « On », un type de la gare. Des types, plutôt. Ben, et le wagon ? « Qué vagon ? On change de motrice, c’est tout ! On va pas le manger, vot’vagon ! Pis on va… bon, on va re-com-po-ser le convoi. Comprendido ? Ça vous va ? Y’a pas trente-six vagons qui vont de l’aut’ côté ! C’est pas comme avant ! Pis on attend deux voitures qu’arrivent de Toulouse, z’auraient dû arriver hier, mais y’a des prioritaires, alors, vot’ vagon, là, on va le décrocher, ajouter les deux retardataires, le raccrocher, et pis si la machine veut bien, pt’êt’ que d’main tout ça pourra filer. Nous, hein, on fait c’qu’on peut ! »
Sous le regard désabusé des deux clampins de service, un petit teuf-teuf de service (lui aussi) se mit à tirer-pousser les composantes en question du convoi avec force jets de vapeur, halètements d’asthmatique et grincements d’arthritique – à Dax ! Évidemment, les deux zigs eurent très vite le sentiment d’être de trop, voire vulnérables, la vapeur leur rasait les miches, aussi se hâtèrent-ils de s’écarter. Et tant qu’à s’écarter, autant en griller une. Et même étancher une petite soif, un cheminot fort sympathique leur proposant non pas une petite goutte, mais un petit coup de rouge. De temps à autre, ils perdaient leur gros bébé de vue, au début avec un petit coup au cœur : où qu’il était ? Ah ! Là ! – puis sans plus s’inquiéter.
Rien ne ressemble plus à un wagon de marchandises qu’un autre wagon de marchandises, c’est ce que le commun croit. Or, ce n’est pas le cas. Trouver le bon dans les rares disponibles entre Dax et Bayonne, ça ne s’est pas fait d’un claquement de doigts. Mais le fait était là, et l’oiseau rare itou : un wagon couvert presque identique et qu’on avait même plombé : comme les gabelous étaient proches, il fut aisé de disposer du matériel idoine. Contenait du bois de construction à destination du port de Bordeaux. Qui savait ce qu’en feraient les Espagnols ?
Car l’idée était là : substituer un bête wagon couvert à celui qui grattait l’épiderme sensible de « ceux d’Alger ». C’était gros, mais plus c’est gros, mieux ça marche ! Pas question, bien sûr, de laisser le truc en gare, même sur une voie désaffectée : un convoi en partance pour Matabiau allait l’enlever illico, entre deux wagons-foudres, et une fois là-bas… La Régulation avait déjà perdu des trains, alors, un wagon ! L’idéal était de le faire filer, tiens, jusqu’à Marseille. Ou de le paumer dans une gare de campagne, sur une voie secondaire. D’ici qu’on le retrouve… On allait se faire souffler dans les bronches, c’était sûr, pt’êt’ même mettre à l’amende, mais comme les Boches n’étaient pas dans le coup, ça devrait aller.
Côté Boches, effectivement, ça alla. Enfin, ça parut aller. Aucun Bahnhof ne vint jeter le trouble en ces lieux, pour cette raison tout au moins. Le plus intriguant fut le manège d’autres Teutons, en civil, eux, qui se montrèrent fort curieux de l’embrouille et très désagréablement insistants sur ce qui apparut bien vite comme une bête confusion. Ou ce que l’on essaya de faire passer pour une bête confusion : manque de personnel, mauvaise coordination des équipes… Les responsabilités se diluaient, les Boches lâchèrent finalement le morceau pour rentrer à Toulouse, comme les gens de Paris, qui se pointèrent après eux et qui se montrèrent moins désagréables, ou plutôt pas de la même manière, en criant très fort, en menaçant, mais sans plus de résultat. Faut dire que Bordeaux réclamait son bois, mais c’était une broutille. Ce bois, on savait où il était : à Irún.
Irún, où une petite délégation franco-espagnole avait fait une drôle de tête au moment de l’ouverture des portes : les Espagnols, parce qu’ils ne furent pas loin de croire qu’on se f… d’eux, les Français, en passant de l’ébahissement à la panique. Et la tête, donc, que faisaient les destinataires des valoches ! Et la tronche du marin de Paris en apprenant la chose – il en aurait avalé sa casquette, sa pipe et sa vareuse. Il fonça derechef rendre compte – à qui ?
………
30 septembre 1941, Alger, en haut lieu – Puisqu’on est dans la collection de bouilles, ajoutons celles des membres du petit comité siégeant outre-Méditerranée. Un laconique télégramme « Wagon caleçons dirigé sur Matabiau avant Marseille », parvenu par le circuit habituel, provoqua illico des haussements de sourcils, des remarques incrédules mais aussi des témoignages de satisfaction partielle et, bien sûr, des « Il faut faire quelque chose ! ».
Première décision : diriger la chose, après Matabiau, vers Béziers, pas Marseille.
Seconde urgence : dépêcher sur les lieux non pas une équipe, mais un seul gars, c’était plus facile. Pour le coup, dépose en sous-marin ou en avion, ça dépendrait du plus rapide à mettre en œuvre. Mission : récupérer les caisses de Paris, les mettre en lieu sûr et préparer leur… Déménagement dans les délais les plus brefs.
Notes
8-Des sous-traitants, quoi.
9- Enfin, tout dépend des époques… |
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Archibald

Inscrit le: 04 Aoû 2007 Messages: 11745
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Posté le: Jeu Oct 23, 2025 09:09 Sujet du message: |
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| Citation: | Irún, où une petite délégation franco-espagnole avait fait une drôle de tête au moment de l’ouverture des portes : les Espagnols, parce qu’ils ne furent pas loin de croire qu’on se f… d’eux, les Français, en passant de l’ébahissement à la panique. Et la tête, donc, que faisaient les destinataires des valoches ! Et la tronche du marin de Paris en apprenant la chose – il en aurait avalé sa casquette, sa pipe et sa vareuse. Il fonça derechef rendre compte – à qui ?
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Cette embrouille ! Menée de main de maitre par Houps.
Ces wagons interchangeables qui se ressemblent tous ça me rappelle la valse des valises de De Funès dans Oscar. Et à Irun : la tête du masseur abruti quand il ouvre la valise qui contiens 60 millions... 60 millions en bijoux... ah ben non, c'est les sous-vêtements de la bonne, parti épouser le boutonneux baron de la Butinière. D'ailleurs tiens c'est marrant, on reste dans les sous-vêtements !
"Ouvrez ce wagon et vous verrez que je suis pas aussi fou que j'en ai l'air... allez, CLAC !"
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"HAAAAAAaaaaaAAAAAAAaaaaa ! HAAAAA ! JE SUIS ZINZIN !!!" _________________ Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
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"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments."
Dernière édition par Archibald le Jeu Oct 23, 2025 11:53; édité 2 fois |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11798
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Posté le: Jeu Oct 23, 2025 11:25 Sujet du message: |
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Houps, il faut qu'on parle... tu prends quoi au p'tit dej'... je VEUX la même chose!  _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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houps

Inscrit le: 01 Mai 2017 Messages: 2138 Localisation: Dans le Sud, peuchère !
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Posté le: Jeu Oct 23, 2025 17:49 Sujet du message: |
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| Anaxagore a écrit: | Houps, il faut qu'on parle... tu prends quoi au p'tit dej'... je VEUX la même chose!  |
Au p'tit déj', rien de spécial. Thé noir, tartines pain spécial fruits secs/ raisins secs/ fruits confits avec confitures maison (fraises du jardin, cerises du cerisier d'ici, prunes itou, groseilles de même ou abricots locaux) et une orange.
Jamais fumé ne serait-ce qu'une bouffée de tabac.
Par contre Terry Pratchett, Audiard, San Antonio, et pas mal de SF dans mon jeune temps, ça a pu avoir des incidences...
De même que quelques fouilles archéologiques - quand on démonte des macchab's dans un boyau de 60 de large, grand max, faut se changer les idées.
Ah : et de lonnnngues discussions au temps des coordinations lycéennes qui m'ont -disons - forgé une certaine tournure d'esprit. Je revendique un tract "apprenons à cultiver la pomme de terre par le Dr Parmentier" - d'aucuns trouverons la référence - qui m'a catalogué auprès de certains. Je ne m'en suis pas plus mal porté.
Bon patit déj' !
 _________________ Timeo danaos et dona ferentes.
"Les étudiants entrent à l'université persuadés de tout savoir. Ils en ressortent persuadés de ne rien comprendre. Où est passé le savoir ? A l'université, où on le sèche pour l'entreposer et en prendre soin." |
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John92
Inscrit le: 27 Nov 2021 Messages: 1559 Localisation: Ile de France
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Posté le: Jeu Oct 23, 2025 19:35 Sujet du message: |
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Le Train
Convoi spécial pour l’Espagne
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Des caleçons et des lingots
15 septembre 1941, gare Montparnasse (Paris) –
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Et que les Bo… (1) les Allemands n’en ont, paraît-il , (à ajouter ?) pas voulu.
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Pour l’honneur de la France
Quelque temps plus tôt, chez les Déménagés –
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Mais avant tout, ce qui manque, dans cette histoire de bombardement, ce sont les bombardiers, justement. Pas sûr que l’AdA veuille en trouver pour la petite fête (sauterie ?? – simple suggestion - ).
…
Excellent houps
Félicitations _________________ Ne pas confondre facilité et simplicité |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15396 Localisation: Paris
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Posté le: Ven Oct 24, 2025 09:01 Sujet du message: |
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Un wagon “oublié”
Novembre 1941, Béziers – Alors qu’on n’était, tout compte fait, qu’en milieu d’après-midi, on aurait pu parier pour une heure plus vespérale, si pas nocturne. Pour cause : les facéties du maître de l’Olympe, qui s’offrait à peu de frais un spectacle pyrotechnique de qualité, alternant fulgurances soudaines et obscurité de bon aloi, sur fond de trombes d’eau premier choix. Zeus régalait, certes, mais, incompris comme tous les artistes, il voyait les spectateurs faire défaut. L’humanité locale manquait de goût. Terrée en ses quartiers comme taupe au jardin, elle ne semblait pas apprécier à sa juste valeur la modernité de la représentation, sans doute l’une des dernières de ce calibre pour cette année.
Dans un bâtiment pour l’heure désaffecté, et qui risquait de le rester longtemps, l’éblouissement de l’éclair précéda de très peu le coup de tonnerre. La déflagration fit trembler les fenêtres du local. De surprise, ou de lassitude, l’une des dernières vitres céda. Tiré de sa torpeur sur la poutrelle qu’il festonnait amoureusement depuis un bail, un pigeon s’ébroua. Le verre n’était pas le seul à réagir au bruit.
– Eh bé… Il a pas pété loin, çui-là !
– Té, t’as failli faire dans ton froc !
– Couillon ! Bé, mais c’est vrai que… encore un comme ça, tiens, et tu vas voir que je finis comme le papé ! Tu sais…
– Raconte pas ta vie ! Hé ben, et toi, l’Albert, tu fais quoi ? Tu gobes les mouches ?
– Qué ? Non, du con ! Tu sais pas, toi, qu’il faut ouvrir la bouche quand ça pète comme ça ?
– Té, bé, tu ressembles à un dauphin de fontaine, bédigasse !
– Bédigasse toi-même ! C’est mon oncle qui me l’a expliqué : pour pas que tes oreilles elles exheuplosent, faut ouvrir la bouche quand…
– Ho, les Pieds Nickelés (10) ! On peut se remettre au boulot ?
– Ho, ça va ! Ça va ! T’as vu ce qui dégringole ! Même en août, on n’en a pas eu un pareil !
– Eh bé, c’est un temps à pas mettre un chien dehors, té !
– C’est pour ça qu’on est là ! Alors, dis, Léon, c’est lequel ton wagon ?
– Bé, tu le vois pas, là-bas ?
– Où ? Les wagons, c’est pas ça qui manque !
– Té, c’est la pluie ! Bé, là, regarde bien. Au fond… Derrière…
– Au fond ? (Nouveau flash céleste.) Là-bas ? Çui là ? P…tain… Ça fait loin !
– Et pourquoi que tu crois qu’ils l’ont oublié ?
– T’es sûr de ton coup ?
– Qué, Maurice ! Bé, tu me connais !
– Justement !
– Oh, tu déconnes ! Bé, ça fait des semaines qu’il est remisé, pt’êt même des mois ! J’ai fait attention, personne s’en est approché, juré !
– “J’ai fait attention” ! Pff ! “Des semaines, pt’êt’ même des mois !” Ah oui, t’as fait gaffe ! Si ça tombe, il est là depuis jeudi dernier, ton truc ! Tu nous racontes des salades pour que ma sœur…
– Bé, quoi ta sœur ? Elle est bien là où elle est, ta sœur ! Bé, si je te dis qu’il est là depuis un bon bout de temps, tu peux me croire, merde ! Pour une fois !
– Et qu’est-ce qu’il a d’intéressant, ton wagon, Léon ? Des wagons, c’est vrai que c’est pas ça qui manque, dans le coin ! Tu veux te barrer ?
– Charrie pas ! Bé, ouais, y’en a plein, des wagons. Mais çui-là, mec, l’est plombé !
– Plombé ? Ben c’est pour ça qu’y en a plein, des wagons, couillon ! Z’ont été plombés, ça oui ! Et encore, c’est pas l’pire, y’en a, j’te jure, mon paternel, à l’atelier…
– Mais qu’il est con ! Bé, tu le fais exprès ? Explique-lui, Maurice !
– Plombé, Ducon, ça veut dire qu’il est fermé avec un fil spécial… Ou avec un cade…
– Bé, c’est un cadenas, j’ai vérifié. Ça, ça veut dire qu’il est protégé ! Et s’il est protégé, c’est qu’y a des trucs qui valent des sous dedans !
– Ah bon… D’accord, d’accord. Alors ? On fait quoi ? Oh, merde ! Y commence à nous pleuvoir dessus !
– On fait rien, Ducon !
– On fait rien ? Mais pourquoi qu’on est là, alors ?
– Mais réfléchis, merde ! Tu veux l’ouvrir avec quoi ? Ton opinel ?
– Bé, en plus, c’est pas le bon moment, tu vois. On se f’rait voir.
– On reviendra à la nuit.
– Cette nuit ? Avec le couvre-feu ?
– Le couvre-feu ? Tu disais pas que ton cousin Nénesse, il s’en foutait du couvre-feu ? Qu’il allait tous les soirs jouer aux cartes ?
– Jouer aux cartes, c’est ce qu’il raconte à ma tante. Après…
– Bé, pas cette nuit, té, c’est qu’il nous faut des outils.
– Bien vu, Léon. Au moins un gros tournevis.
– Je peux pt’être essayer de trouver un levier ou un pied-de-biche, mais pas de suite. C’est pas fastoche !
– Bé, pour cette nuit, j’peux pas non plus. Si on disait plutôt la semaine prochaine ?
– Bon, d’accord. Jeudi prochain ici, vers 9-10 heures ? Et toi, Léon, t’amènes quoi ?
– Bé, je peux essayer des pinces, des fois qu’y ait des trucs à couper. Et je vais continuer à surveiller le wagon. Ça serait con qu’on nous le pique !
– D’ici ? Tu vas finir par te faire choper !
– Bé non, du canal. Tu vois, y’a un coin tranquille d’où je peux le voir.
– Au bord du canal ? Dis, c’est pas là-bas que ma frangine va se promener avec ses copines, des fois ?
– Bé, oh l’autre, là ! Té, ses copines… Tu veux dire la Gisèle ?
– …
– Bé, fais pas cette tête ! Elle est bien, la Gisèle…
– Ah ben merde ! Dites, les deux, là, vous arrêtez ?
– Bon, alors on dit donc jeudi, vers vingt et une heures, vingt et une heures trente ?
– Bé, pas ici. Au canal. Parce que par le canal, c’est plus facile.
– Par le canal ?
– Bé, comment j’ai fait pour voir qu’il était plombé ? Que j’ai traversé tout ça, comme ça, les mains dans les poches ?
– C’est vrai qu’en plus, traverser tout ça de nuit…
– Bé, j’y pense, aussi, faudra une lampe.
– Une lampe ? Et puis quoi encore ? Un pétard (11) ?
– Tain… Il a raison, Maurice. Pour faire discret, on fait mieux !
– Bé, c’est pour quand on sera dans le wagon ! Comment qu’on fera pour savoir ce qu’y a dedans ?
– Ah, c’est pas con. C’est pas con. Albert ? Tu t’en charges ?
– Et pourquoi moi ? Déjà qu’il faut que je me coltine le levier !
– Bé, la lampe, moi, je peux. Et pour le levier, passe me voir, j’irai le planquer avant.
………
Quelques jours plus tard, sur les berges du canal, côté voies (quand même) – Après un report pour cause d’intempéries et de levier, et quelques péripéties dans la quasi-obscurité, surtout que les berges du canal, ça représente une certaine longueur, et que l’obscurité (bis), si elle est certes bienvenue en ce qu’elle vous dissimule, multiplie les mètres par deux, voire cinq… vint le grand jour. Ou plutôt la grande nuit, à défaut de grand soir.
En bref, vers les presque vingt-trois heures, et pas un jeudi, Albert, Léon et Maurice finirent tout d’abord par se retrouver, non sans frayeurs réciproques, on passera sur les détails, puis par rejoindre l’endroit où Léon, non content d’y rencontrer Lucette, sœur de qui vous savez – en tout bien tout honneur, parce que dans la journée, les lieux étaient fréquentés (12) – avait habilement dissimulé un fort morceau d’acier, dont on se mit en quête à tâtons. Cachette des plus sûres, mélange de vieux liserons, de ronces jaunies et de fenasse d’orties – autre argument pour se contenter de rencontres amoureuses des plus sages, et pour le délaissement du site.
Suite à quoi il fallut se glisser dans la même jungle par un très étroit passage qui menait aux voies et, de là, sans boussole et à la lueur d’un premier quartier qui jouait à cache-cache avec les nuages, approcher ce foutu wagon. Tâche compliquée par le fait que Léon, seul, et même à la seule obscure clarté qui tombe des étoiles, en était capable sans trop de problème – il avait fait le trajet deux fois, quand même ! – mais là, avec les deux zigotos qui lui mettaient la pression, il se trompa ! Encore un peu on se retrouvait dans l’atelier des locos, où les équipes faisaient les trois-huit. Black-out total, mais, heureusement, les murs laissaient passer des bruits métalliques agrémentés de fort opportunes raies jaunâtres, ça les aida. Il leur fit faire un demi-tour qu’aucun adjudant n’aurait retoqué, le paternel aurait affiché une drôle de tête en le voyant surgir ainsi, alors qu’il le croyait dans les bras de Morphée. Morphée, à ce que Léon en savait, et même en cherchant bien, il ne l’avait jamais rencontrée. Quoiqu’il en fût, il en était certain, elle n’arrivait en aucune façon aux chevilles (13) de Lucette.
Maurice se ficha en l’air une fois de plus, la faute aux traverses qui se mettaient toujours en travers de son chemin. Pour sûr, on avait la lampe, un gros machin assez encombrant, mais même lui était d’avis de ne l’utiliser qu’en toute dernière extrémité, suffisait de profiter la Lune, sauf qu’on était soit dans l’ombre d’un truc sur roues, soit d’un un nuage aventuré dans le coin. Excédé, Léon l’avait laissé passer devant, il n’en pouvait plus de le savoir sur ses talons à le questionner mille fois à voix basse sur la direction à suivre, et si c’était loin. Loin ? On finit par toucher au but avec pour le moins, au doigt mouillé, dix ou quinze minutes de retard.
D’ailleurs, était-ce bien le bon fourgon ?
Un rapide examen confirma que, ouf, on y était, enfin ! Façon de parler, restait la suite. Engoncé dans ses multiples couches de laine – il faisait frisquet – Léon allait s’attaquer au cadenas, quand Maurice, fort de son droit d’aînesse et de son tournevis, un modèle qui ne tenait pas dans une poche, exigea, bien qu’en chuchotant, que ce fût à lui que revînt cet honneur. Là-dessus, pour ne pas être en reste, sans doute, Albert se joignit au conciliabule pour les informer, qu’à son avis, « on » venait, ce qui coupa court aux discours.
« On » venait, effectivement : des oreilles exercées, suralimentées par la crainte d’être surpris, perçurent comme un cliquetis de pierraille heurtant de la ferraille. On pouvait même soupçonner que le « on » en question essayait de ne pas faire trop de bruit, et, ma foi, à cette bévue près, y réussissait. Séléné, jouant les mijaurées, daigna se dévoiler, et nos trois lascars discernèrent plusieurs silhouettes se mouvant sournoisement dans leur direction. Il leur parut alors que les intrus, ayant emprunté une autre voie pour ce faire, tiraient au plus droit et s’en venaient par le côté opposé au leur. Et eux de se coller derechef aux parois du wagon, quitte à s’incruster dans les bogies, avec des sentiments variables – ou plutôt des déclinaisons personnelles de ce qu’il faut bien appeler… la trouille.
Les nouveaux venus n’étaient pas Teutons – que diable ceux-ci seraient-ils venus fiche ici ? – et, du peu qu’ils en avaient brièvement entrevu, pas en uniforme. Détail important : la veste de l’un d’eux paraissait bien trop ample, le militaire préférant le cintré, et ses imitateurs, l’ajusté. Y’a des trucs qu’on note, des fois, comme ça. Ça ne minorait pas la chose pour autant : des Gris, des Bruns ou de vrais malfrats (14) n’allaient certes pas leur sauter dans les bras ! Maurice était tétanisé. Un levraut surpris au gîte par un goupil à l’heure du déjeuner. Du goupil, le déjeuner. De son côté, si Léon avait tenté d’évaluer sur une échelle de 1 à 10 l’affolement de son palpitant, il aurait opté facilement pour un onze, sachant que Lucette bénéficierait d’un honorable huit. Quant à Albert, qui s’essayait vainement à plier son levier entre ses mains, il n’avait comme pensée que la danse que son père lui mettrait après. Après ? Après quoi ? Il n’en était plus à ce genre de cogitation.
Les quatre hommes s’arrêtèrent de l’autre côté des rails. Maurice réussit bravement à se pencher alors, très très lentement, pour jeter un œil au ras de l’acier. Une lanterne sourde illumina un bref instant deux paires de solides godasses de cuir et le bas d’un pantalon de velours côtelé. A l’oreille, les nouveaux venus ouvraient sans difficulté l’autre flanc du fourgon. Une discussion à voix basse s’engagea alors :
– Heureusement que c’est la dernière, moi, je dis.
– Parle moins, et ripe-la moi !
– Tu veux de l’aide ?
– Nan… Mpff… L’est comme l’autre. Rien du tout !
– Encore des boutanches ?
– On dirait, au bruit.
– Pense à bien refermer, Nénesse !
– T’en as de bonnes ! Voilà, si on n’y regarde pas de trop près, ça passe.
– Bof, maintenant…
La fin de l’échange se perdit dans la nuit, tout autant que le cliquetis du ballast tiré de son sommeil. Nos trois apprentis Lupin restèrent encore un bon moment à ne bouger ni pied ni patte avant de se remettre à respirer normalement.
– P…tain ! Faut que j’aille pisser…
– Bé, moi aussi, té…
– Merde ! Nénesse ! Mais c’est mon cousin ! Qu’est-ce qu’y fout là ?
– Et l’autre, c’est le Mario !
– Le Gros Mario? Le déménageur ?
– T’en connais un autre ?
– Bé, et qui c’était, les deux autres ?
– Cours ! Tu les rattrapes et tu leur demandes !
– On s’en fout ! On fait quoi, alors, maintenant ? On se barre ?
– Bé, sans regarder dedans ?
– Maintenant ?
– Bé, z’ont pas pu vider tout le fourgon ! T’as entendu : z’ont pris qu’une caisse !
– Une caisse de bouteilles ! L’en reste peut-être d’autres !
– Sûr que ça doit pas être de l’eau minérale. Allez, on ouvre !
– Bé arrête !
– Quoi, « arrête » ? On avait dit que c’était moi ! J’ai le tournevis !
– Bé, on devrait plutôt aller de l’autre côté, pisqu’on sait que c’est déjà ouvert, moi j’dis ! Non ?
Le fanal heureusement emporté jeta son pinceau sur un impressionnant empilement de ballots, mais ne découvrit aucune autre caisse. Et m… ! On s’était fait avoir ! Après la grosse frayeur de tout à l’heure, une petite caissounette de rien du tout (15), tiens, même un cageot, ça leur aurait fait vachement plaisir. Mais non ! Gelés, ça, ça pouvait passer, mais surtout, dépités, oh oui ! Finalement, Albert, qui s’était dévoué pour vérifier que par hasard, pourquoi pas, il traînerait une bouteille en rupture d’emballage, saisit un ballot, pour dire qu’on n’était pas venus pour rien. Les autres le charrièrent, et pis, c’était un gros truc, du genre qui ne passe pas inaperçu, ce à quoi il rétorqua qu’évidemment, une caisse, ça n’aurait pas posé de problème.
Le trio n’avait pas fait dix mètres – la Lune, bonne fille, complétait la carte du ciel – que Léon pila net : on avait oublié de refermer ! Une porte ouverte, ça se verrait comme nez au milieu de la figure ! Il revint sur ses pas pour réparer l’oubli, et chacun put enfin regagner ses pénates, et sans faire de mauvaise rencontre (16).
Ayant des facilités pour cela, Albert fut chargé de planquer le colis qu’il se trimballait – trimballage auquel chacun participa, ce n’était pas si lourd que ça, mais encombrant – en attendant qu’on puisse en examiner le contenu. Et partager, cela allait de soi. Mais ce qui le préoccupait, l’Albert, c’était moins la nature de leur butin que la découverte que son cousin Justin, dit Nénesse pour de perfides raisons, menait double vie. Et cette découverte le turlupinait. Ça l’empêcha de s’endormir sereinement. Oui, mais… Mais il ne se voyait pas aller lui demander comme ça, l’air de rien, si ses parties de cartes se passaient bien et quels étaient ses partenaires (pour une fois, il faisait preuve d’un peu de jugeote). Quant à l’espionner…
Léon rejoignit son lit par le chemin inverse de celui suivi à l’aller : le toit des cabinets – glissant – la descente d’eau, et la fenêtre. Sous les couches de lainages divers, Michel, son petit frère, n’avait pas changé de position. Il ramassa Martin, qui avait chu les quatre fers en l’air, le replaça soigneusement à la tête du lit, se déshabilla en grelottant et prit la place du traversin sous les draps. Michel grogna quand il le poussa délicatement pour occuper la moitié de pieu qui lui revenait… Il rêva de Lucette, de bouteilles, de caisses, mais arrivé au chapitre “Ombres dans la nuit”, se réveilla brusquement et se mit à la recherche du seau dévolu à certaine opération qualifiée de naturelle.
Maurice, quant à lui, passa par la porte de derrière, referma à clef, se déchaussa, et tomba nez à nez avec sa mère, qui se rongeait les sangs. Heureusement, elle n’attendit pas le retour du paternel, en poste avec celui de Léon, pour exiger des explications. Mais comme elle était surtout anxieuse de ce que son rejeton n’ait pas fait de “bêtise” (17), alors qu’il allait embaucher aux Ateliers dans les jours à venir, elle se contenta de ce qu’il lui débita. Il n’avait pas pris froid, au moins ? Et, promis, elle n’en soufflerait mot au paternel ! Mais la prochaine fois, qu’il l’avertisse ! Elle avait pris dix ans, pour sûr, en le découvrant aux abonnés absents ! Déjà que Lucette lui causait bien du tracas…
Opération Wagon réussie !
Du Languedoc en Algérie – Après quelques sueurs froides, le submersible qui avait naguère déposé un envoyé spécial du gouvernement sur une plage du côté d’Agde repartit avec la moitié des coffrets incriminés. L’autre moitié s’éloigna à tire-d’aile et en plusieurs fois du continent.
Affaire réglée, « Opération Wagon réussie » se congratulèrent les occupants de la discrète maison des environs d’Alger. Ils bénéficièrent même, torses bombés, des félicitations de l’amateur de Player’s en personne.
Le petit personnel resté en Métropole, confronté aux vicissitudes de son quotidien, se demanda un temps encore le bénéfice qu’Alger pouvait bien tirer de l’embarras passager qu’ils avaient ainsi causé à Laval et consorts, puis d’autres préoccupations les accaparèrent.
………
Ailleurs que près du canal du Midi, par un dernier après-midi ensoleillé – Elle : « Arrête, tu me chatouilles ! »
Lui : « … »
– Mais tu fais quoi, là ?
– Bé, j’ai vu une fourmi. Faudrait pas qu’elle te pique !
– Oh, arrête ! Une fourmi ? Si quelqu’un vient… Et t’as les mains froides !
– Bé, alors, je les réchauffe, té…
– Oh, dis donc ! C’est marrant, ça. T’as déjà des cheveux blancs, là, sur le dessus... »
………
Post-scriptum – Les “Gris” de Déat (18) finirent par retrouver la trace du fourgon, puis ce dernier, esseulé sur une voie de garage des Ateliers Fouga. Il n’y manquait qu’un ballot de chaussettes. Et les caisses (19), évidemment. Aucune mention de valises ni de mallette. L’incident ne fit rien pour apaiser les différends entre Laval, Doriot, Déat et tutti quanti.
En 1956, les deux valises refirent surface par le plus grand des hasards : elles étaient rangées bien sagement sur une étagère des objets trouvés, à Matabiau. Et leur contenu artistique était intact.
Mais aucune mallette ne les accompagnait. Les personnes au courant de son existence étaient sans doute encore plus rares que celles qui gravitaient autour des autres bagages. L’officier qui l’avait transportée à Paris ayant péri en mer, le doute persista longtemps chez ses commanditaires sur son honnêteté, car ils apprirent rapidement que le destinataire (qui n’était pas une fiancée de Bilbao) en avait été pour ses frais. L’objet s’était évaporé, objectivement entre Bordeaux et Irún, potentiellement entre Bordeaux et Béziers. On doute qu’une jeune personne sise sur ce trajet ait reçu en cadeau des pièces de lingerie de luxe, ça se serait su.
Notes
10- Qui sont au nombre de ?…
11- Dit “à griffe”, bien sûr. Quoique nostalgique du 14 juillet, Maurice n’envisage rien d’autre.
12- Et les meilleures places déjà prises.
13- Si pas plus haut.
14- Subtil distinguo.
15- Pas forcément pleine, mais pas vide, quand même.
16- Les ronces, ça ne compte pas.
17- Du genre à le conduire non pas au poste, mais pire : à l’autel !
18- Ceux de la Garde Française de Sécurité Économique. Mais pas qu’eux…
19- Y compris celles de Château *** embarquées à Bordeaux !
Fin de l'épisode… Désolé ! |
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John92
Inscrit le: 27 Nov 2021 Messages: 1559 Localisation: Ile de France
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Posté le: Ven Oct 24, 2025 09:44 Sujet du message: |
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...
Manque les notes
…
Un wagon “oublié”
Novembre 1941, Béziers –
…
Il leur fit faire un demi-tour qu’aucun adjudant n’aurait retoqué, le paternel aurait affiché une drôle de tête en le voyant surgir ainsi, alors qu’il le croyait dans les bras de Morphée. Morphée, à ce que Léon en savait, et même en cherchant bien, il ne l’avait jamais rencontrée (Morphée est masculin donc rencontré ). Quoiqu’il en fût, il en était certain, elle (idem ) n’arrivait en aucune façon aux chevilles de Lucette.
Maurice se ficha en l’air une fois de plus, la faute aux traverses qui se mettaient toujours en travers de son chemin. Pour sûr, on avait la lampe, un gros machin assez encombrant, mais même lui était d’avis de ne l’utiliser qu’en toute dernière extrémité, suffisait de profiter de (à ajouter ?) la Lune, sauf qu’on était soit dans l’ombre d’un truc sur roues, soit d’un un nuage aventuré dans le coin.
… _________________ Ne pas confondre facilité et simplicité |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15396 Localisation: Paris
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Posté le: Ven Oct 24, 2025 09:49 Sujet du message: |
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Pour Morphée, moi je sais, et Houps aussi, mais Léon non ! "Bé, y'a un e à la fin donc c'est une fille, pas vrai !" _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 10662 Localisation: Toulouse (à peu près)
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Posté le: Ven Oct 24, 2025 10:33 Sujet du message: |
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| Citation: | | esseulé sur une voie de garage des Ateliers Fouga |
Aujourd'hui gare de triage de Béziers Capiscol _________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ... |
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ChtiJef
Inscrit le: 04 Mai 2014 Messages: 4390 Localisation: Agathé Tyché
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Posté le: Ven Oct 24, 2025 11:39 Sujet du message: |
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Sont pas plutôt de Marseille que de Béziers, les gus ?
Vu l'asssen...
Je roumègue, je roumègue, d'accord, mais bon, boudu con, c'est pour que le récit, y soit encore plus super....  _________________ Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles le sont (F. Nietzsche) |
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