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Une histoire de flics, de spirites et de vélos, par HOUPS
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loic
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MessagePosté le: Ven Mai 03, 2024 10:31    Sujet du message: Répondre en citant

Tout ça me fait penser à du Frédéric Dard, on voit bien qui est San Antonio, mais on se demande si Bérurier va faire une apparition. Cool
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En principe (moi) ...
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houps



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MessagePosté le: Ven Mai 03, 2024 10:44    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
Tout ça me fait penser à du Frédéric Dard, on voit bien qui est San Antonio, mais on se demande si Bérurier va faire une apparition. Cool


Monsieur a des lettres, qui sait ce qui va suivre ?
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Timeo danaos et dona ferentes.
Quand un PDG fait naufrage, on peut crier "La grosse légume s'échoue".
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houps



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Localisation: Dans le Sud, peuchère !

MessagePosté le: Ven Mai 03, 2024 10:45    Sujet du message: Répondre en citant

John92 a écrit:
Pas étonnant que les « ondes » fussent en ces lieux si excellentes et les esprits comme chez eux ! Etonnant que les SS n’aient pas mis au moins l’œil, sinon la main, là-dessus,…


Manque un "aussi" avec le second.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Mai 03, 2024 10:55    Sujet du message: Répondre en citant

1) Répétition d'étonnant : elle est volontaire.
Pas étonnant / Etonnant (par contre).

2) San-Antonio = Tu as oublié Marie-Marie, Loïc ! Elle arrive. (Mais je te rassure, pas de Berthe B en vue.)
Quant à San-A et à Béru… qui est qui…

Par ailleurs, à propos des personnages, qu'il me soit permis de vous faire remarquer quelque chose qui va apparaître de plus en plus : la façon dont l'auteur révèle très progressivement la vraie nature des personnages. D'abord le lecteur se dit "Ben ! On m'aurait menti !" et ensuite, en relisant, "Ah oui, j'aurais dû m'en douter !".
Il y a même un élément sur un personnage qui n'est pas dit, mais qui m'est apparu évident à la fin : "Ah oui, bien sûr, c'est pour ça que…".
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Casus Frankie

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ChtiJef



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MessagePosté le: Ven Mai 03, 2024 11:41    Sujet du message: Répondre en citant

Si l'on est dans San-Antonio, Achille ne doit pas être bien loin...
Je pars Dard-Dard sur ses talons...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Mai 04, 2024 09:09    Sujet du message: Répondre en citant

Seconde partie
La Belle Espagnole

Melun (Seine-et-Marne), juillet 1942.

Des forces spécialisées et très spéciales étant désormais affectées à la lutte contre les profiteurs, au renouveau de l’Economie Nationale et à la chasse aux Juifs apatrides et aux agents de l’étranger – les forces de police, désormais nationalement unies sous la bannière du NEF depuis leur récente réorganisation (loi du 23 avril 1941), qui avait tout désorganisé et amputé leurs effectifs d’éléments dont le départ n’avait pas toujours été pleuré, les forces de police, donc, quoique sollicitées et dévoyées par les précédentes, se consacrèrent en sus des tâches de leur ressort : racolage sur la voie publique, ivresse – si ! C’était possible ! La preuve ! – altercations – sauf avec des membres des forces allemandes, mais quel fou s’y serait risqué ? – et autres petits délits, à la traque des saboteurs rouges et des sangsues juives qui précipitaient la Nation dans l’abîme.
Déjà peu enjouées, les relations avec les divers services « spéciaux », qui se multipliaient comme escargots après la pluie, s’étaient fort assombries, pour ne pas dire tendues, à cause d’une ténébreuse affaire de trafic d’essence, les « économiques » tirant la couverture à eux sous prétexte de « trafic », le commissaire ne lâchait pas l’affaire, un des véhicules ciblés étant sa propre voiture – de fonction – et les « miliciens » – non officiellement désignés tels mais unanimement considérés ainsi – imputant forcément le délit, qualifié de crime, aux « terroristes ». Tout le monde se regardait en chiens de faïence, on attendait l’arbitrage du Préfet, qui en référerait en haut lieu, sachant pertinemment qu’il serait aussitôt contesté. Chaque partie gardait jalousement ses indices, dénonciations et pistes, dans une saine et profitable émulation. Encore heureux que les contrevenants ne s’en fussent pas pris à un des véhicules des pensionnés de Villaroche !
Ce jour-là, possiblement début juillet 42, heureusement déchargé de ce bourbier, l’inspecteur Lemerchu, Félicien, pédalait mécaniquement, en route pour le commissariat. Accompagné de deux agents vélocipédés comme lui, il s’en revenait du contrôle inopiné d’un estaminet dans lequel un anonyme coup de téléphone signalait une rixe entre individus louches. Ils n’y avaient trouvé qu’une bande de jeunes désœuvrés occupés à siroter des boissons dont le taux d’alcool avoisinait le zéro, mais point d’adeptes de la savate et de la torgnole. Tant qu’à faire, on avait contrôlé leurs identités, on s’était enquis des raisons de leur présence, à cet âge, n’auraient-ils pas dû être au lycée, là ? Eh bien, oui, mais leur professeur de philosophie étant absent sans motif depuis ce matin, ils attendaient la reprise des cours ici, au soleil, plutôt que là-bas, dans leur bahut. Félicien avait senti comme de l’hostilité chez deux ou trois d’entre eux, comme si l’absence de leur professeur pouvait lui être imputée. Cet enseignant faisait-il partie de ceux que ses collègues étaient allés cueillir tôt dans la matinée, à leurs domiciles, une opération qui avait suscité des remous dans la – petite – troupe, et pas du tout amélioré les rapports avec celle de Darnan ? Surtout que le coup de filet avait fait chou blanc, les quatre familles intéressées s’étant évanouies dans la nuit ! Il y avait eu des fuites, elles ne pouvaient provenir que de la police, bien sûr gangrenée par les communistes, le commissaire avait piqué un coup de sang et le “chef” des miliciens failli écoper d’un coup qui n’aurait pas été de sang, mais aurait pu en produire. Bref nos trois cyclistes appréciaient à sa juste valeur leur petite sortie, elle leur avait permis de prendre l’air. Maintenant ils étaient sur le chemin du retour, qu’est-ce qu’ils allaient bien trouver ?
La suite montra que tout comme l’on ne cherche pas forcément ce que l’on trouve parfois, l’on trouve souvent ce que l’on ne cherche pas, auquel cas il n’y a pas « trouvaille », mais « découverte ».
La circulation automobile était encore plus clairsemée qu’à l’habitude, aussi entendirent-ils distinctement, venant d’une rue adjacente, plusieurs appels à l’aide. Ils mirent pied à terre dans un bel ensemble, histoire d’en trianguler l’origine – ils étaient trois, rappelons-le – puis se remirent en selle à l’unisson et, l’inspecteur en tête, pour cause de hiérarchie et de pratique plus assidue (du vélo), firent force jarrets vers les lieux. Un petit attroupement sur un trottoir fut vite rejoint, ce n’était pas là l’origine des cris : ces braves gens, sans doute soucieux de ne point perturber une scène de crime, s’étaient rassemblés en face de la vitrine d’une mercerie. Sur le pas de la porte ouverte, une main encore sur la poignée, l’autre quasiment enfoncée dans sa bouche à s’en faire vomir, une dame d’un certain âge contemplait, statufiée, quelque chose à l’intérieur du commerce.
L’inspecteur et un de ses acolytes couchèrent leurs bécanes sur le trottoir, laissant le deuxième pandore recueillir les premiers témoignages, et furent promptement au côté de ce qui semblait être un témoin principal. La brave femme était comme tétanisée, il y avait de quoi : sur le sol, il y avait un homme qui faisait preuve de beaucoup de sang-froid. Très froid. Ou encore tiède, mais en quantité. On ne s’imagine jamais assez les litres de sang que contient un corps, mais ça fait de sacrées taches.
Félicien le tenait, l’homicide qu’il cherchait depuis tant d’années !
Cette pensée ne l’effleura même pas, saluons là son professionnalisme et son sens du devoir. Il connaissait la victime, pas « bien », ne fréquentant par pudeur quasiment jamais ce genre de commerce, mais en bien, ça oui. Firmin Porte. Le « père Porte ». « Père » Porte qui devait avoir une petite dizaine d’années de plus que lui-même. Quoiqu’on vendît de cet ouvrage en cette boutique, le meurtrier, et non point une meurtrière, pour la raison sise ci-après, n’avait pas fait dans la dentelle : plusieurs coups de couteau, dont deux au cou, le pauv’ vieux s’était vidé rapidement. Et en parlant du pauv’ vieux, et la pauv’ vieille, sa femme, la Paula ?
L’inspecteur se redressa. Lucerne (Séraphin), agent, allait lui dire quelque chose quand un cri parvint de l’étage. Modulation et timbre, ce n’était pas la « mère » Porte, mais la fille. Par la clameur attiré, Deuluy (Constant), agent stagiaire, traversa la chaussée, un mouvement de foule se fit, par gestes l’inspecteur intima au pandore de rester hors, que la populace attirée par le sang comme guêpes par poire aoûtée ne vinsse point saloper les lieux. Par d’autres mimiques tout aussi explicites il enrôla le Séraphin à sa suite, en catimini ils gagnèrent l’arrière-boutique, prudents et silencieux à la fois.
Au pied de l’escalier que l’on supposait permettre d’accéder à l’étage d’habitation – à moins que la mercerie ne vendît aussi de ces tapis importés d’Orient qui faisaient pâlir d’envie Blériot et autres Bloch – ils butèrent sur le corps de la pauv’ vieille, bien esquintée, tout aussi rectifiée que feu son mari. Ne se rendant pas compte de l’équivoque possible, Félicien s’empara du sien, de feu, un tromblon réglementaire à faire trembler les murailles de Jéricho. Théoriquement. Sur la pointe des pieds, les deux hommes atteignirent la porte d’entrée, béante, de l’appartement. En retrait, l’agent Lucerne couvrait courageusement son supérieur, chose compliquée par le fait qu’étant deux marches plus bas et de vingt-deux centimètres plus petit que lui, il lui couvrait surtout les talons, mais si tel Achille avait été protégé, l’Iliade en aurait été autre, Nὴ τὸν Δία ! Quasiment en entrant, l’inspecteur Lemerchu se heurta à un énergumène fort agité, armé d’une longue lame du genre couteau de boucher, pas du tout un canif pour demoiselle. Fort heureusement, renonçant à s’en servir, le suspect tenta, d’un énergique et acrobatique coup de pied, de projeter sur le fonctionnaire une chaise de cuisine qui gisait là et, profitant de la confusion du policier qui hésitait à tirer, bondit par la fenêtre ouverte.
Des cris jaillirent de la rue, Félicien se précipita vers l’ouverture et découvrit que le malfrat, plus agile qu’un chat, s’aidant des canalisations qui collectaient les eaux de pluie et celles d’un évier, gagnait les toits sous les imprécations des badauds et les inutiles mais très réglementaires ordres et sommations de l’agent (stagiaire) Deuluy. Des renforts survenaient, mais il fallait agir très vite, trouver un moyen plus sûr d’accéder au faîte de l’immeuble, poursuivre la poursuite, serrer le gonze et laisser la justice suivre son cours, c’était quasi mathématique. Félicien se retourna, lança « Aux combles ! » à son subordonné tout en pointant le plafond de sa dextre opportunément prolongée du Ruby péniblement préservé des exigences teutonnes. L’agent Lucerne (Séraphin), montrant qu’il n’avait pas les deux pieds dans le même godillot, opéra aussitôt une volte-face qui le propulsa dans l’espèce d’échelle desservant le dernier niveau.
Félicien allait suivre, quand il réalisa qu’il n’était pas seul dans la pièce : dans le feu – un de plus – de l’action, ce détail avait failli lui échapper.
Les Porte, père et mère, n’avaient eu qu’une fille, un don du ciel tardif après trois fausses couches, leur plus grand bonheur. Et par là même, leur plus grand malheur, car au nid des canards avait échu un cygne. Le cygne se prénommait Lise, encore un peu, c’était Léda, pour le coup que les géniteurs auraient pu s’inquiéter, mais alors qu’elle atteignait ses seize printemps, elle était plus connue sous le pseudonyme de « l’Espagnole ». Mystère de la Nature, autant Espagnole que Lemerchu était le Grand Moghol, mais au regard de l’Histoire, plus Espagnole qu’Italienne, elle devait cette appellation à une chevelure de jais cascadant jusqu’aux reins, une bouche incarnat et une carnation bien loin de la pâleur des filles du Nord. Le corps était à l’avenant, et c’était bien là le malheur du Père Porte, car tous les renards et renardeaux du coin, voire de plus loin, commençaient à rôder dans les parages.
………
A l’insu de tous, un témoin invisible était aux premières loges. Lorsqu’il opérait aux abords des pensionnats, laïques ou religieux – pour lui, c’était du pareil au même – il usait le plus souvent des modèles 8 ou 12, à peine des aiguilles à chapeau, voire à tricoter. Il consommait du 20 ou du 22 pour le tout-venant, faciles, assez robustes, économiques, qui avaient fait leurs preuves. Le 30, c’était pour des cas plus spéciaux, qui le méritaient. Et ainsi de suite. Avec le 50, par exemple, ça pouvait déboucher parfois sur des opéras ou la disparition de forêts entières accompagnée du sacrifice de troupeaux conséquents. Il disposait même d’un modèle super-spécial, du 80, mais là, il fallait vraiment faire gaffe : délivré au compte-gouttes, c’était un modèle à voir des escadres traverser les flots pour saccager une ville, et puis il devait ensuite en référer à qui de droit, ça faisait de la paperasse, et la paperasse, c’était vraiment pas son truc. Lui, il préférait de loin baguenauder au grand air et agir à l’inspiration.
Justement, il passait dans le coin, ça faisait un petit moment qu’il avait repéré une cible, de celles qu’il hérissait de loin en loin avec ses “numéro 8”. Il s’était donc arrêté. Songeur, il délaissa le 8 pour un 28 – et puis non, carrément du 30 ! L’occasion était inhabituelle et le valait bien ! – et tira deux fois. En prime, avec une version munie d’un retardateur.
Satisfait – comme toujours, la suite lui échapperait, ça ne lui faisait ni chaud ni froid – il alla voir ailleurs, l’épisode l’avait mis en verve. Assez loin de là, mais les distances n’étaient rien pour lui, il repéra un jeune séminariste croisant une cohorte de novices, menées par des cornettes compassées. Deux 8 devaient suffire. Ou trois ? Et pourquoi pas avec du 12, alors ? Il se sentait d’humeur joueuse…

………
Lemerchu remarqua que « l’Espagnole », quoique secouée et recroquevillée dans un coin de la pièce, semblait physiquement indemne. Il pensa brièvement « Pourvu qu’elle n’ait pas l’idée de descendre ! » et disparut à la suite de son second, il y avait urgence.
Dans la rue, les exclamations allaient bon train. Le galetas disposait d’une étroite lucarne, norme du temps et des lieux, hors d’atteinte de l’agent Lucerne, mais l’inspecteur l’ayant rejoint et lui ayant fait la courte échelle, le dit agent se faufila par cette trappe – sa taille menue tant moquée le lui permettait – et examina les lieux. L’assassin venait de passer de ce côté-ci du toit, marchant sur les tuiles tel un funambule. Séraphin – appelons-le familièrement Séraphin, il ne s’en fâchera pas – préféra la reptation, tout en se demandant pourquoi diable il avait osé s’aventurer sur ce terrain et comment fichtre diable (bis) il allait pouvoir s’assurer de l’individu, même si par ses cris l’inspecteur l’encourageait et lui apportait un soutien moral indéniable. Fort heureusement le criminel semblait avoir perdu son arme en cours de route et était aux abois. Moralement vaincu par cette présence personnifiée de la Loi, il jeta un regard en direction du policier, certain que d’autres allaient le rejoindre. La route prise semblait compromise. Il fixa alors son attention sur le toit opposé et sur une sorte de balcon situé juste en-dessous, puis sur la rue qui l’en séparait, pour le moment encore déserte ou traversée de passants qui n’avaient aucune idée du drame qui se jouait sous les cieux. En fait de rue, c’était presque une ruelle. Séraphin le vit qui jaugeait la distance, et ne put retenir un cri de dénégation et de frustration quand l’autre s’élança.
Il est de notoriété publique, et c’est un fait scientifiquement établi, que si vous lâchez d’une certaine hauteur une tartine beurrée (ou confiturée), elle heurtera le sol du côté beurré (ou confituré) plutôt que de l’autre. De même, il est de notoriété publique, et c’est un fait établi scientifiquement, que si vous lâchez un chat d’une certaine hauteur, il retombe toujours sur ses pattes, même du deuxième étage, voire du cinquième, et s’en va comme si de rien n’était. Evidemment, le fait que le matou dispose de sept (ou, mieux, de neuf) vies y est sans doute pour quelque chose, il peut exhiber un joker si sa chute contredit les statistiques. A la connaissance de l’auteur, il n’a jamais été tenté l’expérience qui consisterait à enduire le dos du chat de confiture ou de beurre avant de le lâcher, l’esprit scientifique se perd.
Monté sur le toit tel un Felis catus bipède, Bertrand D., « défavorablement connu des services de police », comme on dit, en redescendit non comme un chat, mais comme une tartine beurrée. Ça fit un drôle de bruit, certainement lorsque le crâne éclata comme un melon bien mûr. Félicien connut un très bref instant d’agacement – entre le crime et sa conclusion fort empreinte de justice, comme le déclara la vox populi, privée d’un beau procès, il ne s’était pas écoulé plus d’une heure, puis ce fut un tourbillon. Le reste de sa journée fut fort occupée, rapport oral, rapport écrit, les baveux, le Préfet – son bureau – et surtout, paperasses, paperasses. On faillit même lui reprocher que le meurtrier ne fût pas juif.
………
Cependant, le poison, pernicieusement, agissait.
………
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John92



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MessagePosté le: Sam Mai 04, 2024 09:40    Sujet du message: Répondre en citant



Songeur, il délaissa le 8 pour un
28 (Ce « calibre » de flèche cupidonienne n’a pas été, précédemment, cité. Serait-ce une erreur de l’auteur ?) – et puis non, carrément du 30 !


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houps



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MessagePosté le: Sam Mai 04, 2024 09:48    Sujet du message: Répondre en citant

John92 a écrit:


Songeur, il délaissa le 8 pour un
28 (Ce « calibre » de flèche cupidonienne n’a pas été, précédemment, cité. Serait-ce une erreur de l’auteur ?) – et puis non, carrément du 30 !



liste non exhaustive, SGDG.
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Hendryk



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MessagePosté le: Sam Mai 04, 2024 10:13    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Accompagné de deux agents vélocipédés comme lui, il s’en revenait du contrôle inopiné d’un estaminet dans lequel un anonyme coup de téléphone signalait une rixe entre individus louches. Ils n’y avaient trouvé qu’une bande de jeunes désœuvrés occupés à siroter des boissons dont le taux d’alcool avoisinait le zéro, mais point d’adeptes de la savate et de la torgnole.

Le contrôle dudit estaminet (colorisé):


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MessagePosté le: Sam Mai 04, 2024 10:16    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
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MessagePosté le: Sam Mai 04, 2024 20:07    Sujet du message: Répondre en citant

. A la connaissance de l’auteur, il n’a jamais été tenté l’expérience qui consisterait à enduire le dos du chat de confiture ou de beurre avant de le lâcher, l’esprit scientifique se perd.

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Mai 05, 2024 08:19    Sujet du message: Répondre en citant

Il revit l’Espagnole pour la première fois au cimetière, il s’était senti obligé d’y être, le commissaire, un brin interloqué, avait toutefois accédé à sa demande. Triste cérémonie ! Devant le caveau gris et la stèle grise, la pauvre gosse faisait pitié à voir, dans sa tenue de deuil trop grande et sa moustiquaire de théâtre. Point de famille. On ne lui connaissait – et elle ne se connaissait – ni oncle, ni tante, ni cousin, a fortiori d’arrière-ban. Félicien savait ce qu’il en était. Des voisins compatissants l’hébergeaient provisoirement, ils avaient aidé à positionner les lourds panneaux sur les vitrines et la porte de la petite mercerie, qu’est-ce qu’elle allait devenir, la pauvre gosse ? Au défilé des condoléances, il n’avait su que lui dire. Et à présent, il ne pensait plus qu’à elle, l’Espagnole était devenue « la Belle Espagnole », ce n’était pas faux, mais ça ne l’aidait pas à mieux dormir, dès qu’il fermait les yeux, il la revoyait, adossée au mur.
Et dire qu’il avait raillé le couple Lucette-Augustin ! « Fontaine… »
Pas de famille, pas d’autre héritier, mais on cherchait. Dans le pays, tout le monde cherchait, si ce n’était pas de quoi manger, c’était des renseignements, souvent les deux allaient de pair. Félicien s’entretint avec le commissaire, c’était la première personne vers qui il pensa se tourner, puis il s’en alla voir certain notaire adepte des tables… tournantes. Une façon d’accélérer les recherches ?
Ne pouvant réunir un conseil de famille, on parlait de mettre « la Belle Espagnole » chez les sœurs. Ces dernières auraient bien dit oui, mais leurs dortoirs et salles de classe débordaient, elles avaient quantité de réfugiés impécunieux sur les bras, évidemment, on pouvait éventuellement rajouter un lit et un banc, mais Dieu ne pouvait plus y pourvoir, il faudrait payer. Avec quoi ? Les Porte étaient censément sinon riches, du moins aisés, raison pour laquelle le fameux D., connu et recherché à Fontainebleau et en Région Parisienne pour des faits de vol avec violence, s’y était intéressé. C’était la première fois – à la connaissance de la Justice – qu’il tuait, ça leur faisait une belle jambe, aux Porte ! Donc, aisés, dira-t-on, mais tout ce qu’on avait trouvé avait à peine suffi à payer les frais des Pompes, une collecte dans la rue avait permis de boucher le trou. L’orpheline allait certainement atterrir dans quelque Institution de province, et les locaux se détériorer rapidement, à moins que les Autorités ne s’en emparent, le cas des immeubles « libérés » par le départ plus ou moins volontaires de leurs occupants juifs donnait une idée de ce que ça pouvait amener.
En décembre, l’exécution d’un groupe de jeunes du cru, accusés de « terrorisme » et de « connivence avec l’ennemi » par des individus d’origine douteuse, fit grand bruit et alimenta les conversations avec des résultats ultérieurs bien divers. La police fut félicitée pour le démantèlement de ce réseau judéo-communiste. Félicien n’avait point participé à la chose, le commissaire l’avait envoyé enquêter sur une sordide histoire de viol d’une vieille femme par des inconnus.
Dans la rue même, cependant, à peine si la nouvelle de ces exécutions en éclipsa une autre, qui porta à beaucoup jaser : la fille Porte serait sous tutelle, d’une personne à la probité irréprochable, la Loi et même la Morale – bien plus chatouilleuse – n’y trouvaient rien à redire, mais déjà certains ricanaient sournoisement – et bêtement : le tuteur désigné par la Justice pouvait être le père de la demoiselle – « justement », ricanaient de plus belle les imbéciles.
Pendant ce temps, indifférents à tous ces jaloux, « la Belle Espagnole » retournait au logis, et Félicien, nommé tuteur, déménageait après son travail ses quatre bricoles, attelé à une autre, de bricole, celle de la charrette qui transportait ses maigres biens : un lit de fer, un peu de vaisselle, une armoire, trois fois rien. D’où une équation mathématique de haut niveau : trois fois rien égalent quatre bricoles. Il se bricola une chambre dans la réserve – à l’étage, ça ne se faisait pas. Alors, il y en eut, des lettres anonymes, des regards inquisiteurs derrière les rideaux – « Il lui a fait la bise ! » « Et alors, tu fais bien la bise à ta grand-mère ! » – des regards envieux et des regards sournois. Et puis tout se tassa, car chacun avait bien d’autres chats à fouetter, les temps étaient très durs, de plus en plus durs, que serait 1943 ?
Félicien et « la Belle Espagnole » s’étaient tous deux et séparément confessés, ils allaient à la messe comme un père et sa fille, les « on » pouvaient difficilement y trouver à redire, à moins d’accuser l’Eglise de favoriser le stupre et la fornication – « La quoi ? » « Rien, mamie, les choses mal séantes. Les choses, quoi ! » « Ah ! Ces choses-là ? » « Voilà ! ». Et justement, si l’on ne remarquait rien – « En public, mais en privé, allez savoir ce qui se passe, là-dedans ! » – c’était louche. Décidément cette guerre chamboulait tout, la météo, qui ne ressemblait plus à celle de « dans le temps », et une palanquée d’habitudes et d’usages qu’on aurait cru immuables, voilà-t-y pas, d’ailleurs, qu’il se disait que les Africains allaient faire voter les Nègres et les femmes ! Les Nègres, passe encore, quoique… mais les femmes !
Au moins la gosse reprenait-elle un peu goût à la vie, à c’t’âge-là, on oublie vite. « Mouais, et lui, regarde-le, il rajeunit ! » « Vieille bête ! »
L’inspecteur avait tenu à ce que sa pupille reprenne ses études au lycée, même après plusieurs mois d’absence. Si on lui avait demandé pourquoi, il aurait répondu ce qu’il avait répondu au commissaire, au juge débordé et au prêtre constipé qui suivaient l’affaire : « Ça l’occupe, et au moins, elle n’est pas à la maison. ». On lui pardonnait ce « à la maison ».
La première fois que son tuteur était venu la chercher à la fin des cours, la bécasse de service avait déclaré : « Tiens, v’là ton père ! » Ses orteils écrasés lui avaient fait comprendre un peu tard qu’elle avait commis une bévue. « La Belle Espagnole » n’avait même pas entendu, les copines, si, et expliquèrent en termes choisis à la bécasse que quand on est une gourde débarquée comme ça de sa cambrousse – Creil – en fin d’année, on ferme son clapet et on respecte les anciennes.
Un autre jour, convoqué dans le saint des saints, Félicien avalisa le redoublement : l’année suivante comporterait des examens, l’élève avait des lacunes dues à son absence et des absences causées sans doute « par les terribles événements que vous connaissez ». A part ça, elle semblait aller bien.
………………………

Vaille que vaille, 42 céda la place à 43. Qu’en dire ? On ne voyait plus guère d’étoiles jaunes. Aux tourmentes qui balayaient le monde répondaient les tourmentes qui secouaient le pays, la main de fer des Allemands devenait d’acier, Déat, Doriot, Laval e altri s’écharpaient par seconds couteaux interposés. Au commissariat les affaires se succédaient, se mêlaient, submergeaient les fonctionnaires encore en place, entre défections, nouveaux recrutements par des factions adverses, maladies, disparitions. Disparitions de deux agents, suite à la volatilisation de plusieurs fusils Gras pourtant mis sous clé, mais le local avait été forcé, un gardien en poste bâillonné, il fut mis à pied, ça lui apprendrait. Déjà mieux que de se retrouver en taule, promu otage ou bon pour le poteau, car les exécutions s’enchaînaient. Il y eut des sabotages à Villaroche, sur dénonciation, on arrêta trois mécanos, remis aux Autorités Allemandes qui les réclamaient, on ne sut ce qu’il en advint. Puis un bruit courut, enfla, fut sur toutes les lèvres : « Ils » revenaient. Mais « Ils » n’étaient pas encore là. Sur une mauvaise carte Michelin dénichée chez un libraire, Félicien et « la Belle Espagnole » suivaient autant qu’ils le pouvaient, au moyen d’informations plus ou moins fantaisistes glanées çà et là, leur toujours trop lente progression.
Les bonnes âmes bien intentionnées, la plume prête, surveillaient la silhouette de la fille de Satan, guettant quelque épaississement attribuable à une autre cause que les topinambours. L’encre sécha sur les “Sergent Major”, les meilleures. Sur les autres itou.
Le notaire, tout en participant toujours à des séances où se manifestaient Napoléon et ses défunts parents, avait procédé à un complet et minutieux état des lieux, dénombrant jusqu’aux petites cuillères du tiroir de la cuisine et aux mouchoirs de Cholet bien pliés dans leur papier de soie, sans oublier un broc en fer blanc et sa louche idem, le tout, immeuble compris, constituant l’héritage de la demoiselle Lise Amélie Roselyne Porte, fille de… Malgré le jargon employé, tuteur et pupille comprirent que « la Belle Espagnole » ne serait pas démunie à sa majorité, qui n’était pas pour tout de suite. En attendant, il y avait des frais à payer. Plutôt que brader la marchandise, le notaire proposait d’hypothéquer les biens. En bon tuteur, Félicien demanda à réfléchir.
En sa présence et celle de « la Belle Espagnole », le notaire et son clerc, assistés d’un aide, avaient soigneusement tout inventorié et tout remis en place. Ça avait pris plusieurs jours. Depuis, quelque chose chiffonnait l’inspecteur, et la profusion de tissus dans ces locaux n’y était pour rien. Il profita d’un jour de congé pour retourner dans la mercerie. A force de recherches, il trouva : certains tiroirs n’avaient pas la bonne taille. Le père Porte était un sacré farceur ! Dans un compartiment secret, que Félicien ouvrit en présence du notaire et de son clerc, on n’est jamais trop prudent, gisaient bien douillettement des titres au porteur, des actions, une liasse de billets pour mille deux cents francs, hélas en partie périmés, et un petit rouleau contenant douze napoléons. Le notaire consigna scrupuleusement le décompte de ce pactole. Si les « emprunts russes » n’avaient plus aucune valeur, ce qui restait, bien employé, mettait les biens à l’abri de toute hypothèque. Cependant le tabellion suggérait que l’on attendît quelque peu avant d’éventer la chose, les malfaisants pullulaient, point n’était besoin d’attirer l’attention, dans quelques mois, peut-être… Il accepta de surseoir au paiement de ses frais, frais d’enregistrement et autres taxes diverses.
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MessagePosté le: Dim Mai 05, 2024 08:59    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Si les « emprunts russes » n’avaient plus aucune valeur,

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John92



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MessagePosté le: Dim Mai 05, 2024 09:03    Sujet du message: Répondre en citant


Dans le pays, tout le monde cherchait, si ce n’était pas de quoi manger, c’était (c’étaient ??-d’après le correcteur automatique de Word- ) des renseignements, souvent les deux allaient de pair. Félicien s’entretint avec le commissaire, c’était (répétition ; à supprimer ?? ) la première personne vers qui il pensa se tourner, …

D’où une équation mathématique de haut niveau : trois fois rien égalent (égale ??-d’après le correcteur Word- ) quatre bricoles . Il se bricola (répétition volontaire ? ) une chambre dans la réserve – à l’étage, ça ne se faisait pas.

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houps



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MessagePosté le: Dim Mai 05, 2024 10:30    Sujet du message: Répondre en citant

"c'étaient", effectivement . 100 lignes !
à supprimer, oui.
bricola : voulu
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