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Une histoire de flics, de spirites et de vélos, par HOUPS
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houps



Inscrit le: 01 Mai 2017
Messages: 1918
Localisation: Dans le Sud, peuchère !

MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 13:42    Sujet du message: Répondre en citant

houps a écrit:
ChtiJef a écrit:
Moi, c'est surtout sur les mains jointives que j'ai tiqué...
Le terme est "technique", disent conjointement le Larousse et le Rey..


distinguo "jointes", généralement de la même personne, avec jonction complète (ex : prière) de "jointives " : qui se touchent, et pas forcément du même individu.

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Timeo danaos et dona ferentes.
Quand un PDG fait naufrage, on peut crier "La grosse légume s'échoue".
Une presbyte a mauvaise vue, pas forcément mauvaise vie.
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demolitiondan



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Messages: 9894
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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 13:42    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
c’était une invitation, non point au 21 rue Delaunoy, dont la réputation était en passe de glisser de sinistre à effroyable


Des concurrents de Bonny ?

Tout ce fatras empoussiéré me rappelle mon métier, tiens. J'aurai des trucs à raconter.


Citation:
mais il s’en fichait comme de l’an 40, et de pas mal d’autres choses.


Un peu tôt ?

Citation:
le suspect tapant quasiment sur le ventre du SS ? Sûr ? Vous n’avez pas consommé autre chose que du café, des fois ?


Il sait que c'est du SS mais connait pas le grade ?

Citation:
pas étonnant, avec la chienlit de juin 40, pas mal de pièces avaient disparu


Sans parler des reventes après ...

Citation:
Félicien n’avait pas envisagé une telle éventualité, qu’on disperse tout le monde aux quatre vents, honnêtement, ça l’aurait embêté, question éthique, va-t-on dire, mais qu’il fasse partie de la dispersion, il trouvait que ça n’eût pas fait très sérieux


Un texte d'Houps sans une référence au Audiard n'est pas un texte d'Houps.

[/quote]« Je suis Penthou, prêtre d’Amon, maître des Sept portes, fils de Moûth, lui-même fils de Semouth, qui reçut l’enseignement secret des Sept Sages. Que veux-tu ? » S’ensuivit un conciliabule à voix basse entre Lucette et Edmund, son voisin, à l’issue duquel Madame reprit la parole : « Eclaire-nous sur ce que sera demain. » Réponse : « Il ne m’est pas permis de vous révéler l’avenir, car vous n’êtes pas initiés aux mystères d’Amon. Cependant, le fils d’Atlantis volera vers le soleil et le fils de Wotan écrasera l’hydre aux mille têtes. »
Citation:


17eme dynastie, à 300 ans près, on avait Aton. Mais bon, on a des lionnes de partout dans la FTL, alors ...

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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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DMZ



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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 13:56    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
@ Loïc = Eh ben non…… Wink
(en fait, Laurence, années 60, serait un meilleur choix)

Laurence ? Son chef, plutôt, non ?
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« Vi offro fame, sete, marce forzate, battaglia e morte. » « Je vous offre la faim, la soif, la marche forcée, la bataille et la mort. » Giuseppe Garibaldi
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loic
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Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 9278
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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 14:02    Sujet du message: Répondre en citant

DMZ a écrit:
Casus Frankie a écrit:
@ Loïc = Eh ben non…… Wink
(en fait, Laurence, années 60, serait un meilleur choix)

Laurence ? Son chef, plutôt, non ?


Laurence : oui pour Félicien (le séducteur), mais pour le rôle du supérieur de Félicien, je verrai plutôt le commissaire principal des années 70 que celui des années 60.
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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houps



Inscrit le: 01 Mai 2017
Messages: 1918
Localisation: Dans le Sud, peuchère !

MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 14:05    Sujet du message: Répondre en citant

Merci, Dan.

la référence à "l'an 40" remonterait quasiment au Moyen Age.
Quant au discours de Lajoie, ce genre d'individu n'en est pas à une approximation près. Là où les sceptiques tiquent, les gogos ... gobent.
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Casus Frankie
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Localisation: Paris

MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 14:31    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Citation:
c’était une invitation, non point au 21 rue Delaunoy, dont la réputation était en passe de glisser de sinistre à effroyable


Des concurrents de Bonny ?

Citation:
le suspect tapant quasiment sur le ventre du SS ? Sûr ? Vous n’avez pas consommé autre chose que du café, des fois ?


Il sait que c'est du SS mais connait pas le grade ?


1) Des concurrents ou, plus probablement, des "correspondants" locaux.

2) Oui, il sait que c'est du SS, mais qu'il connaisse ou non le grade (que Lemerchu est incapable de prononcer), c'est d'abord du SS !

@ Loïc = "Mais attendons la fin…" (La Fontaine)
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Casus Frankie

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ChtiJef



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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 15:41    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Oui, il sait que c'est du SS, mais qu'il connaisse ou non le grade (que Lemerchu est incapable de prononcer), c'est d'abord du SS !
C'est sûr que c'est assez facile à savoir !
1) c'est tout en noir, avec une casquette à tête de mort
2) généralement, c'est écrit dessus.

Pour le grade, Sturmbannführer est quand même élevé pour un gus envoyé dans un bled de province paumée... Barbie, le "boucher de Lyon" était Obersturmbannführer - tout comme Eichmann. Je verrai plutôt Obersturmführer, au mieux Hauptsturmführer...
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houps



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Localisation: Dans le Sud, peuchère !

MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 16:15    Sujet du message: Répondre en citant

Va pour Hauptmachin, il faut un grade suffisamment élevé pour satisfaire l'ego du préfet, susciter l'intérêt du commissaire et foutre la trouille à tout le monde.
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patzekiller



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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 17:03    Sujet du message: Répondre en citant

en tout cas ce SS sent plutôt l'Ahnenerbe.
j'ai bon? Laughing
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 18:24    Sujet du message: Répondre en citant

patzekiller a écrit:
en tout cas ce SS sent plutôt l'Ahnenerbe.
j'ai bon? Laughing


Dès la 3e ligne de l'épisode de demain ! Wink
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demolitiondan



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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 18:47    Sujet du message: Répondre en citant

Escroc va. Un prêtre égyptien se présentant de la 17e dynastie. Et Louis XIV, quand on discute avec lui, il précise de la dynastie Bourbon peut être !
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ChtiJef



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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 20:13    Sujet du message: Répondre en citant

patzekiller a écrit:
en tout cas ce SS sent plutôt l'Ahnenerbe.
j'ai bon? Laughing
Une Ahnenerbe plutôt marginale alors...
Même si cette honorable Whistle Whistle société s'est lancée à la recherche du Vrai Saint Graal Authentique et Véridique, même si elle a pu recruter quelques individus que nous qualifierons par simple politesse de très originaux, elle n'a pas fait tourner les tables pour les besoins de ses recherches....
On est scientifique ou on ne l'est pas ... Rolling Eyes Rolling Eyes Rolling Eyes
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ChtiJef



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MessagePosté le: Jeu Mai 02, 2024 20:21    Sujet du message: Répondre en citant

Pour faciliter la tâche, je suggère de préciser que le Hauptsturmführer Völkher est membre honoris causa de la très sérieuse et très scientifique Whistle Whistle société Ahnenerbe...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Mai 03, 2024 08:48    Sujet du message: Répondre en citant

En punition de ce rapport décousu dont – pour les besoins du récit – nous avons rafistolé les différents morceaux, le commissaire intima à Félicien l’ordre d’en savoir un peu plus sur les accointances du SS – qui ressortait d’un service bien mystérieux, l’Ahnenerbe, le commissaire avait ses sources – avec le peintre-spirite. L’inspecteur se frotta les mains, mentalement s’entend, il avait sorti son petit crayon et notait au vol les desiderata de son chef, ça lui faisait ainsi une bonne excuse pour une prochaine “entrevue” avec Lucette. Malheureusement, pour se couvrir, il lâcha : « Je vais retourner voir sa femme, il doit s’absenter mardi prochain, je vais en profiter… »
– S’absenter ?
– Un voyage à Paris, il y va régulièrement.
– Il va régulièrement à Paris ? Intéressant, ça. Intéressant. Vous allez le suivre, mardi vous serez en congé pour… bon, on trouvera. Suivez-le discrètement, réunions secrètes, foutaises ésotériques, je sens qu’il y a de la Franc-Maçonnerie là-dessous.

Ah ! La Franc-Maçonnerie ! La marotte du commissaire, bien dans l’air du temps ! Félicien fit donc une croix sur un après-midi de félicités, bien obligé, et se résigna à les remplacer par le battage des trottoirs de la capitale, à ses frais, bien sûr, l’idée de demander un petit quelque chose à son chef ne l’avait même pas effleuré.
Ledit mardi, embusqué chez un épicier qui venait d’ouvrir et se lamentait sur l’absence de telle ou telle denrée – « Le chocolat, monsieur l’inspecteur, ah, le chocolat… Et les bananes ! Depuis combien de temps n’avez-vous pas mangé une banane ? Vous vous rappelez, quand la bibliothèque a brûlé, dans la partie qui n’avait pas cramé, on avait retrouvé une banane ? Un vrai miracle ! Vous n’étiez pas encore là ? Ha !… Quand je me rappelle les bananes que je vendais avant-guerre… » – intérieurement, l’honnête commerçant pestait, ce c… d’inspecteur qui se pointait justement ce jour-là ! Quelqu’un aurait-il cafté ? De son côté, Félicien ne l’écoutait pas ; depuis son arrivée, il n’avait pipé mot. Il consulta son oignon-fétiche : ce c… de Lajoie allait rater son train ! Que nenni, Augustin sortait enfin de chez lui. Ouf !
Le filer discrétos jusqu’à la gare, puis à travers les rues de la capitale fut un jeu d’enfant, l’autre ne se méfiait en rien, il prit un de ces vélos-taxis qui fleurissaient désormais, Félicien fit de même, on longeait la Seine, il admirait plutôt le coup de mollet de son conducteur que le paysage, ça lui faisait tout drôle de voir pédaler quelqu’un à sa place. Il avait rapidement montré sa carte. « Police ! Suivez votre collègue ! » – il avait lancé cet ordre avec jubilation, débusquer les profiteurs de Melun ne risquait pas de lui en donner l’occasion, si filature il y avait, c’est lui qui pédalait – le taxi avait râlé in petto, il allait en être pour une course d’une durée indéterminée pour peau de balle, eh bien, non, quand Lajoie débarqua, son client lui dit de continuer jusqu’au pont, là, et le régla sans sourciller ! « Merci mon prince ! »
Appuyé à la rambarde métallique de l’ouvrage, Félicien épiait maintenant les faits et gestes de sa proie. C’était relativement facile, il était encore tôt, il y avait peu de monde, déjà pas mal d’uniformes vert-de-gris, troufions, sous-off’, quelques filles, la journée s’annonçait belle, raisons pour lesquelles il se tenait à bonne distance, suivre un suspect et se retrouver nez-à-nez avec lui, ça la foutait mal. Illuminé, le gus, mais pas bête à ce point. Les bouquinistes entamaient l’ouverture de leurs boîtes et Augustin n’attendait que ça. Il allait d’un des vendeurs à un autre, mais ne les faisait pas tous, puis, brusquement, sans crier gare, piqua droit sur le pont. Félicien traversa au risque d’être renversé par un véhicule qui klaxonna, se planqua derrière un platane. Augustin enfilait la chaussée, Lemerchu attendit puis le suivit, toujours de loin, on arriva devant Notre-Dame, le pisté s’y engouffra, le pisteur resta coi, il entama les cent pas à bonne distance, la cathédrale, ça pouvait être un bon endroit pour un rendez-vous. J’y vais ? J’y vais pas ? Il y alla.
Pas grand’monde – mais là-bas, l’Augustin, indifférent aux premiers touristes en uniforme qui traversaient la nef sans vergogne, au grand dam d’un ecclésiastique et de grenouilles de bénitier sûrement appointées par l’évêché. Il se tenait le nez au sol, s’abandonnant à la contemplation du pavage du chœur. Félicien connaissait, Melun-Paris, à vélo, ça se faisait, il avait visité les lieux en 35 et acheté une photo de la nef, pour sa mère. Tiens, ça faisait trois ans qu’elle était passée, du diable s’il aurait la possibilité de lui rendre visite de sitôt ! Son instinct lui soufflant qu’il faisait fausse route, il repartit voir les bouquinistes de plus près.
Bonne pioche ! L’homme était connu de deux ou trois des figures du coin, un illuminé toujours à la recherche de titres invraisemblables, des ouvrages qui s’étaient bien vendus dans les années 80-90, mettez, voire jusqu’avant la guerre, l’autre, la Grande, mais alors, aujourd’hui… Le gars était un connaisseur, qui savait ce qu’il voulait ! L’un se rappelait lui avoir vendu La Genèse selon le Spiritisme, d’un certain Allan Kardec, en excellent état ! Un autre, une publication de Denis, Le Problème de l’Etre et la Destinée, première édition ! Et si l’inspecteur voulait en savoir plus, un troisième lui proposait de s’intéresser à un certain Flammarion, oui, comme les Editions Flammarion, un frangin, il avait d’ailleurs ici…
Félicien coupa court, son portefeuille n’était pas inépuisable, et il doutait que ce genre de lecture lui fût profitable, du temps perdu, il y avait mieux à faire. Alors, attendre Lajoie ou rentrer à Melun ? Il opta pour le retour, Augustin, le Préfet, Edmund, le spiritisme, il commençait à en avoir sa claque, il n’avait rien avalé depuis son réveil, il lui fallait un peu de repos, y voir clair, cuisiner… cuisiner ce qui lui restait. Il raconterait l’essentiel au commissaire, quitte à broder un peu. Le mari étant supposé prendre le train de fin d’après-midi, il pouvait encore se retourner vers sa femme, il avait bien droit à une compensation, et juste le temps. Elle avait certainement d’autres choses à lui apprendre. Voilà, c’était conforme à sa mission !
Toutefois, pour ne pas la brusquer sans raison, il se garderait bien d’aborder le déroulement de la séance – ou plutôt des séances : la seconde devait avoir lieu la semaine suivante, « les conjonctions étaient bonnes ». Ça lui rappelait le certif’ et les conjonctions de subordination, si ce n’était que son petit doigt lui soufflait que ça n’avait rien à voir. La séance aurait lieu dans l’après-midi, il n’était plus question de frissons vespéraux, même les entités spectrales devaient se plier à la férule du couvre-feu.
Durant les mois qui suivirent, Félicien faisant pour sa part découvrir, ou redécouvrir, « en tête-à-tête » – hum ! – à son hôtesse des choses qu’elle disait ignorer, alla, lui, de véritable découverte en découverte étonnante, Lucette lui apprenant en échange, ravie à plus d’un titre, un tas de choses sur les Atlantes, les pyramides, les ondes magnétiques positives et, par souci d’équilibre cosmique, les négatives, la relation privilégiée d’Augustin avec Penthou, l’influence de certains astres, le rôle particulier de Sirius, origine des ancêtres des Atlantes, grands Initiés qui voyageaient par la pensée et pouvaient se rematérialiser, eux, où ils le désiraient, tout un savoir perdu ! Elle semblait on ne pouvait plus sérieuse et convaincue, admirative des prouesses et capacités, dans ce domaine, de son époux, mais il est notoire que la gent féminine est par nature et complexion retorse et perverse, Félicien le savait.
Leurs rencontres, sans être routinières, étaient régulières et avaient lieu au domicile conjugal des Lajoie, Félicien, célibataire endurci, économisait ainsi les prestations tarifées auxquelles il recourait de temps à autre, ayant refusé que cela pût occasionnellement avoir lieu chez lui, tout le quartier aurait été au courant. Ici, c’était très facile, il passait par derrière, l’honneur de Madame était sauf, le sien itou, on finissait la session d’enseignements réciproques en convenant de la date de la suivante. « Ah, non, pas mardi prochain, mon chou, nous avons une séance à Fontainebleau, et avec le couvre-feu, on ne rentrera que mercredi, le boucher et sa femme sont charmants, ils nous hébergent pour la nuit. » L’information ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd. Une belle Traction était venue cueillir le couple assez tôt, à la nuit tombée, on était en octobre, Félicien, embusqué sous un porche, en nota l’immatriculation, petite déformation professionnelle, puis il contourna le pâté de maisons avant de pénétrer subrepticement dans l’habitation.
Il s’était muni préventivement d’une lampe-torche et d’un outillage particulier qu’il n’était pas censé posséder et dont il n’eut nul besoin. Une fois dans la place, il se mit à l’ouvrage. Il ne cherchait ni bombe ni terroriste, pas même un poste de radio clandestin pour capter Radio-Sirius, et il eut tôt fait de trouver : un astucieux assemblage métallique qui permettait, en actionnant une languette avec le genou, de frapper la face inférieure du plateau au moyen d’une tige métallique nantie d’une bille d’acier et montée sur ressort. Satisfait de cette trouvaille, il s’assit en bout de table, tâtonna un bref instant du genou, et tac ! – l’esprit frappeur vint frapper. C’était si bête et si simple qu’il ne put s’empêcher de recommencer ce cirque trois fois d’affilée, sourire aux lèvres. Le courant d’air froid lui prit un peu plus de temps, là aussi les "confrères" d’Outre-Rhin n’avaient rien vu – à leur décharge, ce n’était pas ce qu’ils cherchaient : là d’où sortait le fil électrique alimentant la loupiote sortait aussi un minuscule tuyau. Après quelques investigations à l’étage, il découvrit dans un placard un ingénieux dispositif, une grosse vessie de caoutchouc abouchée à l’autre extrémité du tube, une ficelle qui s’enroulait sur l’axe d’une horloge reconvertie en retardateur, la ficelle libérait un poids, le poids écrasait la vessie, l’esprit s’en venait aux croyants – ou aux crédules. Pas étonnant que les « ondes » fussent en ces lieux si excellentes et les esprits comme chez eux ! Etonnant que les SS n’aient pas mis au moins l’œil, sinon la main, là-dessus, travail bâclé – mais, au fait, ils n’étaient même pas montés à l’étage. Deux fois bâclé, le travail !
Très content de lui – un autre se serait laissé aller à un entrechat – l’inspecteur ramassa ses cliques et ses claques, s’assura de n’avoir rien dérangé et se retira, sa visite ne lui avait pas pris une heure. Une question restait, cependant : complice de cette escroquerie, jusqu’où Lucette l’était-elle ? Et Augustin ! Car tous deux paraissaient croire plus dur que fer à tout ce galimatias de pyramides et d’ancêtres surgis du Cosmos ! Dingos en plein ?
De l’avis du commissaire, lequel avait pris bonne note de tout cela et félicité une fois de plus son subordonné, il s’agissait d’une escroquerie de vaste ampleur. Le hic était que le couple n’en retirait aucun avantage tangible, pécuniaire ou en nature, bref, il enfumait des imbéciles, même si dans le lot de ces imbéciles, il y avait un Préfet et un Hauptsturmführer dont on ne savait trop s’il était un gogo de plus ou participait de l’arnaque, le délit était bien mince. A intervenir, on risquait le ridicule et un sacré retour de bâton ! Gros, le bâton, et double, le retour ! Il était donc urgent d’attendre et de voir venir.
Les deuxième et troisième séances furent du même tabac, à quelques variantes près. Un « esprit » s’invita, ce n’était autre qu’un grand prêtre de Babylone, qui ne répondit qu’à des questions simples, un coup pour « oui », deux pour « non ». « Penthou » ne s’était pas manifesté. Les lampes rallumées, Augustin expliqua sans rire que c’était une question de préséance, l’Egyptien avait cédé la place à plus ancien que lui, c’était dire combien l’assistance emplissait l’éther de « bonnes vibrations » ! Edmund affichait quelque déconvenue, la discussion avec ce « Tukutli » quelque chose, un nom pas facile à retenir, avait été fastidieuse et Lucette s’était évanouie au moment où ça devenait intéressant. A la dernière séance de l’année, monsieur le Préfet fit défaut, sans explication, une allergie à la Babylonie, peut-être, ou au couvre-feu, on le remplaça au pied levé par un notaire lui aussi familier et du couple et de ses facultés, facultés sur lesquelles Félicien avait de plus en plus de doutes, tout ce beau monde à Charenton n’aurait pas déparé ce prestigieux établissement.
Pour diverses raisons, il n’y eut plus de nouvelle séance jusqu’au printemps 42, mais dans les frimas de l’hiver, Augustin et sa femme s’en allèrent faire tourner les tables et parler les morts chez des notables, pas toujours du coin, mais mieux chauffés que leur logis melunais. Ils se rendirent ainsi une semaine à Orléans, où Augustin sentit « la présence très forte de Jeanne ». Pourquoi là plutôt qu’à Compiègne, mystère.
En décembre, Völkher disparut, rappelé définitivement en Allemagne, il était venu saluer son ami, semant l’émoi et la crainte dans la rue, et avait même gratifié Lucette d’un très remarqué baisemain. Du côté de Pearl Harbor, le « fils d’Atlantis » s’en était allé voler vers le soleil, même Augustin fut estomaqué de la justesse de la/sa prédiction. Il laissa son germanique ami persuadé, lui, d’être le « fils de Wotan », et assuré qu’il avait en fait bel et bien prédit l’attaque japonaise. Après tout, techniquement, c’était lui, le prophète, donc le mieux à même de préciser qui se cachait sous le vocable « fils de… ».
L’officier qui remplaça Völkher à la FeldKommandantur montra très vite qu’il n’était pas porté sur la gaudriole ésotérique, loin de là ! Si "on" pardonnait au grand Himmler ses frasques en ce domaine, le reste des troupes était désormais prié de rentrer dans le rang, et fissa !
………
En 1942, le 17 mai, le « fils de Wotan » s’en prenait à l’hydre aux mille têtes, ou plutôt à de nouvelles têtes, mais de là à les écraser, il y avait un grand pas, il avait déjà du mal à poser sa semelle sur celles apparues en Grèce, autant qu’on pût le savoir.
Les Lajoie, confrontés comme tout un chacun aux rigueurs du temps et ayant perdu leur plus éminent protecteur – le Préfet faisait la sourde oreille à tous leurs appels, Madame la Préfète aurait-elle gagné là quelque partie ? – montrèrent qu’ils avaient plus d’une corde à leur arc. Montrèrent à deux, ou Augustin montra-t-il tout seul ? Ça… Toujours est-il qu’entre deux communications post-mortem, pas très rentables, il se lança dans la « Médecine par l’Esprit », qui se révéla plus juteuse, parce qu’un petit peu c’est toujours beaucoup, rapporté à peau de balle. Comme on manquait de « médicaments chimiques », vite qualifiés d’antinaturels, fruits des recherches pernicieuses et biaisées de l’industrie pharmaceutico-juive – Pharmaceutico-juive, une belle trouvaille de plus, ça ! La nécessité poussait Lajoie à être créatif – il se faisait fort, dans des encarts publicitaires enflant avec le temps, de soigner bobos aussi bien que maladies rétives au savoir de la Faculté – forcément gangrenée, elle aussi – par des remèdes ancestraux « qui avaient fait leurs preuves », élaborés soit par des druides gaulois soit par des lamas tibétains, selon la nature du support qui les accueillait.
Félicien fit une grimace de dégoût après avoir découvert cette réclame dans son quotidien, il ne doutait que trop de la véracité de telles affirmations. Mais ce n’était plus de son ressort. Ces escroqueries de seconde zone restaient à surveiller, mais il y avait bien plus sérieux. Avec le départ de Völkher, la surveillance du charlatan perdait de son charme. Tout comme, avec le temps, sa passade avec Lucette.
Tout changeait. A défaut de Sirius, d’autres étoiles avaient fleuri dans les rues. Jaunes, les unes ne tiraient que trop certains passants de leur anonymat. Blanches ou noires, de moins en moins discrètes, d’autres tentaient d’égayer la grisaille des murs de leur croix double, et il vous venait des images improbables d’une Lorraine mâtinée d’Afrique…

(Fin de la première partie)
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John92



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MessagePosté le: Ven Mai 03, 2024 10:22    Sujet du message: Répondre en citant

Pas étonnant que les « ondes » fussent en ces lieux si excellentes et les esprits comme chez eux ! Etonnant que les SS n’aient pas mis au moins l’œil, sinon la main, là-dessus,…

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