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Italie (et Méditerranée Occidentale), Janvier 1944
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Juin 05, 2021 12:15    Sujet du message: Italie (et Méditerranée Occidentale), Janvier 1944 Répondre en citant

Après Bucephale, Gaston

1er janvier
La campagne d’Italie
Missions Strangle
Front italien
– C’est par un double raid aérien que les Alliés célèbrent la nouvelle année. Tout d’abord, la petite ville de Faenza reçoit la visite du 322e BG, qui prend pour cible la gare. Les Marauder sont précédés et suivis par les Thunderbolt à éclair rouge du 324e FG. Ces derniers vont attaquer en piqué à la bombe de 1 000 livres diverses installations ou ouvrages d’art autour de l’agglomération.
L’opération Strangle continue donc d’émietter le réseau ferroviaire italien, forçant ainsi les Allemands à emprunter la route, alors qu’une partie de leur parc est aussi engagé dans le ravitaillement des villes italiennes.

Opération Walrus
Adriatique
– Une nouvelle mission Walrus menée par les Beaufighter des Sqn 89 et 605 s’en prend au port de Montfalcone. Les vedettes lance-torpilles SI-22 et SI-32 sont coulées en tentant d’échapper aux bombes. Pendant ce temps, les Spitfire IX du Sqn 126 couvrent les Beaufighter. Le capitaine Norris en profite pour devenir un as en abattant un Bf 109 de la JG 27, sa cinquième victoire.

Avanti popolo !
Milan
– Alors que l’hiver a fait se figer la guerre un peu partout en Europe de l’Ouest, un certain nombre de salles de spectacle milanaises – qui affichent complet en ce Premier de l’An – sont envahies par des Partisans qui prennent la parole devant le public pour rendre hommage à leurs morts. Un coup d’éclat similaire se produira pour l’Epiphanie à Venise !
Le message passe : malgré les pertes, la Résistance italienne ne craint pas l’Occupant ni ses complices. Elle est prête à en découdre durant l’année qui commence !


2 janvier
La campagne d’Italie
Front italien
Météo
– Une pluie froide et obstinée ôte apparemment toute envie d’attaquer aux deux camps.

L’Union fait la Force
Tartiglia, PC de la 4e DI (B)
– Les hommes de Bastin tiennent ferme leurs positions depuis la prise de la colline aux Chauves-souris. Les échos de la bataille à l’est sont parvenus au général. Les Britanniques ne sont pas passés – pire, ils n’ont presque pas progressé. En observant les collines au nord il ne peut que penser à cette fichue “Ligne Gothique”. Apparemment, elle sera pénible à franchir, et de l’autre côté, les Boches n’ont pas l’air de vouloir tenter de reprendre le sud de l’Italie. Le front italien est-il voué à devenir une zone de repos ? Pas sûr, quand même.
– Mon général !
– Oui, chef.
– Nous avons reçu un message urgent pour vous !
– Et que dit-il ?
– Euh… Il vous est adressé personnellement.
– Ah, j’arrive aux Transmissions.

Bastin prend connaissance du message en provenance du FBM : « Eh bien, en voilà une nouvelle ! »
– Un autre message, mon général ! Le général Kœltz vous attend au PC du CA à 18h00 avec le CEM.
– Accusez réception, chef. Et que les commandants de brigade me rejoignent séance tenante. Où est le CEM ?
– Avec l’officier du ravitaillement. Ils vérifient que notre artillerie reçoit bien ses munitions.
– Rappelez-le !
– A vos ordres !

………
– Ah, Vandenheede ! Tenez, lisez.
Le CEM parcours le message : « Ça alors, quelle bonne nouvelle ! »
– Et c’est pour la fin du mois !
– Nous allons prévoir les ordres de mouvement vers… Civitavecchia.
– Ensuite, Toulon !
– Et deux semaines d’un repos bien mérité.
– Oui, mais nos Chasseurs à Cheval n’auront qu’une semaine. Ils sont rééquipés avec des M7F.
– Ils vont préférer ! Ça les changera des M3F.
– J’ai convoqué les commandants de brigade. Nous allons les prévenir. Ensuite, à 18h00, nous sommes attendus au Corps d’Armée. Je pense qu’on veut profiter encore un peu de notre présence sur ce front.

………
A 18h00, Bastin et son CEM sont reçus par Kœltz et son EM.
– Général Bastin, c’est à regret que je vais vous laisser partir vers la France… Car vous êtes la division la plus forte à ma disposition. Mais les ordres sont les ordres, et je ne peux qu’obéir, en espérant vous suivre bientôt !
– Je vous comprends, mon général. Mais ici et pour le moment, nous ne savons pas exploiter toutes nos capacités. Sur ce terrain, la ligne défensive allemande est une noix bien dure à croquer.
– En effet. Mais avant que vous nous quittiez, je vais vous demander de participer à une attaque. Ou, plus exactement, de faire diversion en fixant l’ennemi, qui s’attend à quelque chose dans votre secteur, pendant que nous attaquerons sérieusement ailleurs.
– Fort bien. C’est pour quand ?
– Le 4. Votre objectif sera de distraire l’ennemi pendant l’attaque de la 83e DIA du général Mordant. Essayez d’avancer, bien sûr, mais si cela coince, comme c’est probable, fixez l’ennemi en faisant du bruit !
– A vos ordres, mon général.
– Général Bastin, je sais que vous n’allez pas tarder à déménager et nous n’aurons peut-être plus l’occasion de nous entretenir. Depuis que vous êtes sous mon commandement, je n’ai que des éloges à faire sur le comportement de vos hommes au combat, comme avec les prisonniers et les civils. C’est un honneur de vous avoir commandés !
– Merci mon général. Ce fut également un honneur de vous servir.



3 janvier
La campagne d’Italie
Missions Strangle
Front italien
– Les Français de la 3e EC attaquent le trafic ferroviaire dans le secteur de Borgo San Lorenzo, couverts par les Mustang du 57e FG. Les pilotes de l’Armée de l’Air sont tout à leur affaire lorsque surgissent à basse altitude, en supériorité numérique, des Bf 109G de la JG 77 qui se sont infiltrés sous l’écran. Dès les premiers instants, les Français ont deux pilotes au tapis ; ils appellent à l’aide, mais le gros du 57e est mal positionné et va mettre plusieurs minutes à rallier.
Les premiers avions américains à venir à la rescousse sont des Mustang sans identification de queue qui rétablissent l’équilibre et tiennent les Allemands en respect le temps que le reste du 57e FG arrive. Ces appareils sont ceux du 99e FS, les Tuskegee Airmen, le “colored squadron”, surnuméraire au sein du 57e FG : positionnés plus près des Français, ils ont sauvé la situation.
Le rapport élogieux du commandant de la 3e EC va remonter jusqu’à Alger, où l’on se fera un plaisir de décerner au 99e Squadron la Croix de Guerre à titre collectif. Le magazine Stars and Stripes se contentera d’un entrefilet pour le signaler, mais la décoration fera quand même grincer quelques dents à Washington, tandis que d’aucuns souriront, dans l’entourage du Bureau Ovale notamment.

L’Union fait la Force
Tartiglia, PC de la 4e DI (B)
– Toute la journée, les officiers de l’EM peaufinent les plans d’action pour le lendemain.
– Ma foi, comme notre mission est d’apporter de la distraction aux Allemands, autant faire ça bien et sans être discret ! Que l’artillerie ouvre le feu à partir de 05h30. Autant réveiller nos amis en douceur, n’est-ce pas ! Et que notre officier de liaison Air s’arrange pour que la 42e fasse un passage vers 08h00, pour réveiller ceux qui se seraient rendormis !
– Le temps s’annonce clair, donc on aura un appui.
– Bien, mettons tout cela en musique, hisoire de laisser un bon souvenir aux Boches de ce secteur,
conclut Bastin en souriant.
………
PC du I/2Gr – Le 1er Bataillon doit avancer de Gualdo vers le nord-ouest.
– Les Allemands auront droit à un matraquage d’artillerie et d’aviation avant que nous fassions mouvement. Notre but est de faire diversion.
– Donc,
commente Balleger, si cela résiste de trop, on s’arrête et on fixe.
– C’est bien cela,
confirme Naessens. Je veux amener en France un maximum d’hommes, donc limitons les pertes. Alors, Bernard, pas de risques inutiles !

A la riscossa !
QG interallié en Italie (Rome)
– Le général Clark proclame très officiellement à la radio qu’il invite les combattants des mouvements de Résistance à arrêter leurs actions armées contre l’ennemi et à rester sur la défensive en attendant la reprise printanière des opérations alliées. La proclamation, motivée par le désir de ne pas gaspiller les forces de la Résistance en les faisant agir trop tôt, a des effets déprimants et démoralisants sur les Partisans et déclenche une vive polémique. Les dirigeants communistes et les “giellistes” (du mouvement Giustizia e Libertà) rejettent cette position attentiste. Au contraire, les groupes rattachés à ces deux mouvements décident d’accroître les actions offensives des Partisans afin d’éviter un délitement général de leurs troupes.
De son côté, le CLNAI se contente d’un vague : « Italiens ! Contre l’attentisme, mobilisons la volonté consciente du peuple ! » mais le général Cadorna, chef des CVL, se fend d’un message vibrant au général Clark : « Pour le Peuple italien et pour chaque combattant, la lutte des Partisans, n’a pas été un caprice ou un luxe auquel on puisse renoncer quand on veut. Elle a été une nécessité ! »
Il semblerait que les Partisans d’Italie du Nord et les Alliés aient encore bien de choses à se dire pour harmoniser tout à fait leurs actions…

Sur mer… et dans la presse
Toulon
– Ce lundi, parution du premier numéro – fort mince – de l’hebdomadaire Cols Bleus, créé par le lieutenant de vaisseau Jean Raynaud, du Service Cinématographique des Armées, avec l’appui de l’amiral Ollive. Ce journal répond à une double intention : fournir aux marins une lecture spécialement choisie pour eux et tenir le public au courant de la vie de notre Marine Nationale.
En première page, une photo qui deviendra célèbre : une vue aérienne prise à la verticale du porte-avions Jean-Bart par un TBM Avenger – pardon, par un TBM Vengeur. On y voit l’équipage parfaitement aligné sur le pont d’envol qui forme le message de vœux : “Bonne année 1944”. Puis, sur cinq colonnes à la une, un premier reportage, effectué quelques semaines auparavant par un correspondant de guerre embarqué sur un croiseur léger au large des côtes italiennes.

Un reportage en Méditerranée
Un jour comme les autres sur mer

Comme partout sur nos côtes, la guerre a marqué ce petit port de la Riviera de son empreinte tragique. Les barques de pêche, les élégantes embarcations coulées par l’explosion des quais gisent fraternellement, la quille en l’air, parmi tant d’autres débris, ou bien montrent leurs flancs qui pourrissent près des éboulis.
Peu de mal en somme, puisque sur l’un des côtés du bassin hâtivement réparé, les silhouettes fines de petits bâtiments de guerre émergent de la mer aujourd’hui couleur d’argent. Bien accostés sur des alignements impeccables, ils attendent au mouillage, mais toujours prêts à appareiller, le retour de leurs frères, en tous points semblables à eux, qui sont à la mer.
Il y a là, ainsi que dans d’autres ports de la côte, des « P.C. », petits patrouilleurs d’escorte de moins de quatre cents tonnes, des « S.C. », chasseurs de sous-marins, des « Y.M.S. », dragueurs de mines.
Ailleurs encore, des torpilleurs français, anglais et américains et aussi de magnifiques croiseurs, comme le Colbert, la Gloire et Le Fantasque, pour ne citer que des bâtiments dont les communiqués officiels ont fait mention.
Nuit et jour, des bâtiments sont à la mer. Nuit et jour, ils remplissent des missions indispensables à notre sécurité, non seulement de surveillance, mais aussi de combats presque journaliers dans des eaux qu’il faut purger de tous leurs dangers sournois. Car l’ennemi continue de répandre mines et engins que l’imagination du mal multiplie, comme les vedettes rapides, les « explosive boats » qu’un homme pilote contre nos bateaux, les hommes-torpilles dont le capot de flexiglass est presque invisible, les « sous-marins de poche » si difficiles à déceler…
Toute cette « vermine », comme disent les marins, infestait le nord de la Méditerranée il y a peu de semaines encore. De quarante à cinquante mines étaient journellement détruites par les torpilleurs, les chasseurs, les escorteurs ou les dragueurs. Aujourd’hui, une dizaine « seulement » augmente chaque jour le tableau de cette chasse périlleuse.
A présent, des vedettes ennemies qui menaçaient nos bâtiments ou déposaient des agents secrets sur nos côtes ne peuvent à peu près plus prendre la mer sans être coulées. Des sous-marins sont grenadés dès qu’ils s’éloignent de leurs bases italiennes.
C’est que chacun des plus petits bateaux dont je conterai prochainement l’action possède un armement et des appareils détecteurs extrêmement modernes.
Mais l’escadre ne borne pas son action à cette chasse quotidienne. Ses torpilleurs et ses croiseurs qui « briquent » tout le plan d’eau qui va de la frontière espagnole à Gênes en passant par le nord de la Corse, prêts à détruire tout bâtiment qui voudrait intercepter nos convois, harcèlent l’ennemi sans arrêt, bombardant ses batteries côtières, détruisant ses ponts, ses voies ferrées, toujours en œuvre pour se porter en force de support lors des opérations de nos armées sur le front terrestre. C’est en revenant d’un raid de nuit que notre magnifique Le Fantasque a reçu la mission d’aller bombarder des ouvrages ennemis de grande importance stratégique.
………
A neuf heures ce matin, les klaxons retentissent, appelant chacun à son poste de combat, car chacun à la mer tient un poste de combat, du commandant au cuisinier.
La côte apparaît nette par le temps clair avec ses rochers, ses collines et, à l’arrière-plan, ses montagnes éblouissantes. Au creux des golfes ou étalées sur les petits caps, ce sont les villes aux noms bien connus qui chantent à nos mémoires les souvenirs de repos ensoleillé : Villefranche, Beaulieu, Monaco, Menton… et tant d’autres.
Lentement, Le Fantasque suit le littoral et s’en approche insensiblement. Le voici à portée de canon.
Le télémètre indique 12.000 mètres, 11.000, 10.000…
En arrière de nous, deux torpilleurs anglais et américain nous suivent, prêts à intervenir. Les ceintures de sauvetage sont placidement revêtues par tous, les casques coiffent maintenant uniformément toutes les têtes, et sur la passerelle, les oreilles se bouchent de coton.
L’officier canonnier se penche sur les cartes, mesure les distances, remonte à son poste dans la tourelle du télémètre.
Le bateau continue sa marche. Sur la plage avant, les canons pivotent lentement à la vitesse du navire, braquant leur regard fixe sur leur objectif. Eux seuls peut-être le voient, puisque, pour nous, ce matin, il est caché derrière une faible colline… Nous nous approchons toujours de la côte… 9.000, 8.500 mètres.
De chaque monticule, les observateurs ennemis là-bas doivent épier notre marche, mesurer les distances, transmettre leurs indications. La terre est devenue aussi sournoise que la mer.
Le silence de l’attente se fait autour de nous, silence d’où vient seule la voix de l’officier canonnier dont les ordres, sur la plate-forme des canons, se répètent en écho.
Puis c’est l’ordre autoritaire du commandant :
– Tirez une salve sitôt paré !
On entend, résonnant contre les tôles, une voix mystérieuse qui annonce :
– Paré !
Puis, immédiatement, l’injonction :
– Feu !
Alors, c’est le tonnerre des pièces qui pénètre en vous jusqu’aux moelles.
La gueule du canon est à hauteur du visage, à quelques coudées. Son souffle chaud vous gifle d’une bouffée brûlante. Sa flamme vous éblouit un instant.
Les jumelles tentent de voir. Les observateurs de terre, loin, en France, eux, transmettent leurs messages.
Les rectifications sont immédiatement fixées.
– Plus près… 200… à droite… 100…
– Tirez deux salves sitôt paré.
– Paré !
– Feu !
Puis le tir augmente sa cadence.
– Comme ça, trois salves, cadence quinze secondes.
– Paré !
– Feu !
Le bateau tremble à chaque bordée. Près des canons, les hommes reliés au téléphone par de longs fils opèrent comme à la manœuvre. Mais de terre, les batteries ennemies se décident. L’oreille ne les a pas encore entendues, mais l’œil a déjà perçu leur tir.
– Coups partis !
Le sifflement classique des obus qui plongent. Une salve soulève de l’eau deux gerbes, peupliers blanchâtres, soudain surgis à peu de distance devant l’étrave.
Le commandant ordonne aussitôt la manœuvre :
– A gauche 25, les deux machines avant 150 tours… 180 tours.
– Coups partis !
Une autre salve tombe juste derrière nous, frappe le sillage. Quelques mots du commandant, la rapidité d’exécution de l’ordre ont sauvé le bâtiment et ses centaines d’hommes.
Le torpilleur voisin envoie son rideau de fumée que le vent essaime un instant entre la côte et nous et qui nous masque un moment.
– Faites un Boutakoff !
C’est une manœuvre qui consiste à replacer le bateau à son point initial.
De nouveau, le tir est réglé.
– Tirez une salve sitôt paré !
– Paré.
– Feu !
– Bien !
Le bateau varie sa marche, vire et change sa vitesse, puis revient. Les salves ennemies l’encadrent. Tout à l’heure, nous en examinerons les marques sur la coque éraflée.
Chacun est un peu grisé par la poudre, l’ébranlement du tonnerre que crachent les gueules ardentes des canons.
– Paré.
– Feu !
– 100 à gauche.
– Paré.
– Feu !
Et jusqu’à l’heure du déjeuner, le croiseur léger pilonne son objectif. Les batteries nous encadrent toujours. Bientôt, un incident au poste de réception de terre nous prive de renseignements. C’est notre ami le torpilleur américain qui nous les communique par message lumineux : “Shot effective: four direct hits on bridge, direct hits on railroad and houses, all salvoes in target area.”
– Rompre du poste de combat. L’équipage au poste de manœuvre !
Les hommes sont radieux. L’officier canonnier a le sourire. Il y aura à boire au carré.
Le croiseur léger, après une nuit mouvementée, vient une fois de plus d’aider nos troupes qui se battent sur le front, un jour « où il ne se passe rien sur mer ».
(signé) Paul-Jean Lucas, correspondant de guerre naval.



4 janvier
La campagne d’Italie
Opération Gaston
Front italien
– Après l’échec anglais du mois précédent, c’est au tour du IVe CA français (ou plutôt franco-belge) d’attaquer. Le nom choisi pour l’opération par le général Kœltz rappelle le vainqueur de la bataille de Ravenne, en 1512, Gaston de Foix [Certains affirment que le dessinateur André Franquin, à l’époque jeune soldat dans la 4e DI, s’est souvenu de cette opération en baptisant l’un de ses plus célèbres personnages de bande dessinée.].
Au centre, les Belges de la 4e DI attaquent. Tout d’abord, après une préparation d’artillerie à laquelle participent des éléments de la 13e BACA suivie d’un passage des Mitchell de la 42e EB, la 2e Brigade part à l’assaut des collines entourant le moulin di Bucchio, en direction de Papiano et de Castel Castagnaio. Si le moulin et la crête 970-est sont occupés en fin de journée, l’assaut doit s’arrêter à mi-hauteur sur l’autre versant, la crête 970-ouest.
La 1ère Brigade, elle, attaque vers le nord-ouest à partir de Gualdo, mais sans arriver à bousculer les défenses allemandes.

L’Union fait la Force
Bien avant l’aube, sur la base de la 42e EB (B)
– Les hommes se rendent vers leurs appareils. Dans la jeep conduite par Ernould, tout l’équipage du Waarom Niet ? est entassé. Plusieurs hommes baillent…
– C’est pas permis de réveiller les honnêtes gens si tôt, gémit Groote Luc.
– Que veux-tu… On fait si bien notre boulot qu’ils ne savent plus se passer de nous en Italie.
– Ouais… Mais quand même j’aurais bien aimé dormir un peu plus.
– Alleï manneke, répond Ernould. Pense aux Lignards et aux Grenadiers qui dorment dans un trou et qui subissent les tirs de l’artillerie !
– Et puis tu pourras piquer un somme durant notre transit, rigole le navigateur. Au fait, si les pilotes pouvaient éviter les joyeusetés à basse altitude comme vous avez fait en Ardèche, ça me permettra de garder mon déjeuner [Rappelons qu’en français de Belgique, le déjeuner est le petit-déjeuner des Français.], cette fois !
Toute la jeep part d’un grand rire en arrivant au Waarom Niet ?
………
Sur le front – A 05h29, dans le bureau de tir du 20e d’Artillerie : « Bien, il est l’heure de sonner le réveil pour nos voisins de l’est. Ici Jaune 1, à toutes les batteries… à mon commandement… Feu ! »
Les tireurs de chaque pièce étaient prêts et c’est un déluge de feu qui s’abat sur les positions allemandes. Durant plus de deux heures, le 20A matraque les positions ennemies. À 08h00, le tir cesse pour 15 minutes.
A la radio, du I/2 Gr : « Fumigènes rouges maintenant ! »
Dans les airs, un bourdonnement se fait entendre. Un grenadier ricane : « J’ai l’impression que les Boches vont être bien assaisonnés ! »
Dans le Waarom Niet ? : « Fumigène rouge à 1 heure ! » signale le co-pilote.
– Vu, répond le bombardier. Légère correction à gauche… Comme ça ! Attention ! Bombes larguées !
Au sol, les hommes du I/2Gr sortent de leurs trous et commencent à avancer vers le nord-ouest. Mais les défenses sont solides et ils n’arrivent guère à progresser…
Ceux du 12 Li s’avancent vers les collines du moulin di Bucchio. Mais si le I/12 Li réussit à atteindre le moulin et la crête 970/Est, le III/12 Li est bloqué devant la 970/Ouest.
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Hendryk



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MessagePosté le: Sam Juin 05, 2021 14:57    Sujet du message: Re: Italie (et Méditerranée Occidentale), Janvier 1944 Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Ces appareils sont ceux du 99e FS, les Tuskegee Airmen, le “colored squadron”, surnuméraire au sein du 57e FG : positionnés plus près des Français, ils ont sauvé la situation.
Le rapport élogieux du commandant de la 3e EC va remonter jusqu’à Alger, où l’on se fera un plaisir de décerner au 99e Squadron la Croix de Guerre à titre collectif. Le magazine Stars and Stripes se contentera d’un entrefilet pour le signaler, mais la décoration fera quand même grincer quelques dents à Washington, tandis que d’aucuns souriront, dans l’entourage du Bureau Ovale notamment.

On pourrait penser que cette mentalité appartient au passé, mais un incident récent montre qu'elle a malheureusement la vie dure. Lundi dernier, c'était le Memorial Day aux Etats-Unis, et à cette occasion, un ancien combattant qui faisait un discours lors d'une cérémonie de commémoration dans l'Ohio a eu son micro coupé, juste au moment où il abordait le rôle des Noirs dans l'origine de cette journée. (En l'occurrence, l'inhumation de soldats unionistes par des esclaves libérés à la fin de la Guerre de sécession). Vérification faite, il a été délibérément censuré par les organisateurs.
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Imberator



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MessagePosté le: Sam Juin 05, 2021 15:19    Sujet du message: Re: Italie (et Méditerranée Occidentale), Janvier 1944 Répondre en citant

Citation:
Rappelons qu’en français de Belgique, le déjeuner est le petit-déjeuner des Français.

Ben du côté de chez moi aussi on déjeune le matin, puis on dine à midi pour finir par souper le soir. Ceux qui parlent de petit-déjeuner sont ceux qui se prennent pour des parisiens.
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Hendryk



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MessagePosté le: Sam Juin 05, 2021 15:24    Sujet du message: Re: Italie (et Méditerranée Occidentale), Janvier 1944 Répondre en citant

Imberator a écrit:
Ceux qui parlent de petit-déjeuner sont ceux qui se prennent pour des parisiens.

C'est effectivement une invention des gens de la haute.

Citation:
Le décalage constaté en France date de l'invention aristocratique et bourgeoise au xixe siècle du petit-déjeuner gastronomique dit « au saut du lit », repoussant le déjeuner à midi, le dîner au soir et le souper, sorte de petit repas festif, pendant la nuit.

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Wil the Coyote



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MessagePosté le: Sam Juin 05, 2021 18:13    Sujet du message: Répondre en citant

Petite remarque que je n avais pas relever a l l'epoque...André Franquin est né en 1924. Je ne suis pas certains qu il était dans un CRAB à la mobilisation.....

Qu en pense mes compatriotes ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 11:06    Sujet du message: Répondre en citant

5 janvier
La campagne d’Italie
Opération Gaston
Front italien
– A l’aile gauche du IVe CA, la 83e DIA entre aujourd’hui en jeu, avec une attaque en pince dans la vallée en direction de Rufina. Les Brigades Brosset et Richard sont ralenties par des champs de mines très denses et par de nombreux petits bunkers en bois. Bien camouflés dans les collines, ceux-ci se dévoilent au dernier moment et il faut les réduire un à un. De plus, une partie des effectifs de la Brigade Richard sont englués dans des combats de rue à Molino del Piano.
Pendant ce temps, la 2e Brigade de la 4e DI prend la cote 970-ouest, ouvrant ainsi la route passant au moulin di Bucchio. La 1ère Brigade, en revanche, ne progresse toujours pas… mais c’est d’abord parce qu’elle ne pousse pas ses efforts. En effet, dans cette opération, la division belge s’est vu confier une action de fixation et de diversion, on ne lui a pas demandé de percer. Il ne s’agit pas de mépris, au contraire : ayant appris que les Allemands (non sans préjugés racistes contre les Algériens) considèrent la division belge comme la meilleure unité du corps français, le général Kœltz en a déduit que, pour eux, le Schwerpunkt du IVe CA serait forcément dans le secteur belge. De plus, la 4e DI sera prochainement envoyée en Provence : il a été jugé préférable de l’économiser afin qu’elle y arrive en bon état.

L’Union fait la Force
Secteur belge du front
– Le I/2Gr continue le harcèlement des lignes ennemies sans trop chercher à percer : fixer les Boches suffit amplement. Mais le III/12Li, avec un solide appui d’artillerie, réussi à prendre la cote 970/ouest : la route SP 556 est maintenant ouverte jusqu’au moulin !
………
PC de la 4e DI« La 83e DIA a du mal à progresser, les Boches ont construit partout des bunkers qui se dévoilent au dernier moment et ils ont installé plein de champs de mines. »
– Pour le moment, répond Bastin, notre mission est simplement de fixer l’ennemi pour l’empêcher d’envoyer des renforts. Que l’artillerie tire sur toutes les positions qui se dévoilent : au moins les Boches penseront que nous attaquons en force et cela soulagera les hommes de Mordant !


6 janvier
La campagne d’Italie
Opération Gaston
Front italien
– Dans la plaine, les Français de la 83e DIA sont toujours bloqués par une 263. ID accrocheuse. Cette dernière a fait monter en ligne ses réserves, y compris celles du secteur belge, pour boucher les trous en formation et se rétablir sur la ligne de crête suivante. La 4e DI ne poussant pas son attaque, le front ne bouge pas.
Il bouge d’autant moins que l’appui aérien allié est plus réduit que d’habitude. En effet, la JG 77 est sortie en force pour couvrir les troupes au sol. Le major Armin Kohler obtient ainsi sa 50e victoire (il recevra les feuilles de chêne pour cette action), et le Lt Joachim Pichler remporte sa 64e victoire.

L’Union fait la Force
Secteur belge du front
– Pour les grenadiers, c’est le jeu du chat et de la souris. Les hommes d’Herbiet essayent de faire se découvrir les positions ennemies pour que les 155 et les 105 puissent les traiter, mais sans chercher à avancer.
– Nos hommes s’en tirent bien, nous avons très peu de pertes.
– Oui et heureusement, nous ne devons que faire diversion !
– Jorg, vu notre futur déménagement, nous allons devoir faire le compte rendu de nos stocks !
– Aïe… Je m’y attendais à celle-là… Je vais faire vérifier une fois tout ça.
– Et ma foi, si nous avons du surplus en armement, personne ne t’en tiendra rigueur !
– Compris mon colonel,
répond Felies avec un large sourire.
………
Le chef Wathelet se trouve sur son M16, à observer le ciel aux jumelles. Aujourd’hui, il semblerait que les Boches soient présents dans le ciel. En 1940, il regardait aussi en l’air mais il ne savait pas faire grand-chose contre ces maudits Stuka – maintenant c’est autre chose, un affût quadruple de .50, cela fait réfléchir.
– Vous voyez quelque chose ? demande un pourvoyeur.
– Hum… Il y a des combats là-haut… c’est indécis…
Soudain, il aperçoit deux avions qui plongent dans sa direction.
– Attention… Cibles en vue ! Prépare toi, à 2 heures, en rapprochement…
L’affût bouge : « Vu ! Je les ai ! »
– Attends… On ne se découvre pas tout de suite…

Les avions se rapprochent…
– Feu !
Les mitrailleuses de .50 crachent, les pourvoyeurs sont prêts à recharger. Aucun avion n’est touché, mais les pilotes, surpris, préfèrent dégager.
– Au moins ils n’ont pas embêté les copains, conclut Wathelet.


7 janvier
La campagne d’Italie
Opération Gaston
Front italien
– Les Algériens sont toujours bloqués, en dépit de l’engagement de la Brigade Magnan au centre. En effet, comme l’état-major divisionnaire s’en est aperçu, les défenseurs ont reçu du renfort : les fantassins de la 263. ID, toujours bien retranchés, sont à présent soutenues par des éléments de la 29. Panzergrenadier. Ce sont eux qui sont responsables de l’échec d’une nouvelle attaque demandée aux Belges – peut-être aurait-il fallu insister deux jours plus tôt. La progression alliée est donc nulle et ce, en dépit de l’appui énergique assuré par les Percheron de la 3e EC, les Sanglier des 53e EACCS et les Razorback du 324e FG.

L’Union fait la Force
PC de la 4e DI
– Suite aux demandes reçues du Corps, les hommes du 12e de Ligne ont lancé une nouvelle attaque. Mais ils ont été repoussés, les Allemands ayant réussi à reconstituer une ligne de défense cohérente.
– Je persiste à dire que pour prendre cette foutue Ligne Gothique, il faudra un débarquement sur leurs arrières, peste Bastin.
– Ou une opération aéroportée, mais nous n’avons, ni l’un ni l’autre.
– Enfin, que nos hommes maintiennent la pression par des activités de patrouilles offensives. Empêchons les Boches de dormir !



8 janvier
La campagne d’Italie
Opération Gaston
Front italien
– Malgré ses réticences, le général Mordant, patron de la 83e DIA, accepte la manœuvre de débordement proposée par le jeune général Carlo Fassi, de la 4e DI Alpine italienne Cuneense, et par le général Emilio Battisti, commandant du Corps de Montagne italien [Le général Battisti a prouvé sa fidélité au gouvernement royal en Grèce, en ramenant dans les lignes alliées la plus grande partie de la division Cuneense, qu’il commandait alors.]. Les Français vont ainsi combattre aux côtés d’Alpini, alors qu’ils luttent dans les Alpes contre d’autres Alpini…
Le 2e Rgt d’Alpini déborde par les collines enneigées en direction de Santa Brigida. Dans le même temps, la brigade Richard réoriente son effort plein nord vers la cote 430, fortifiée par les Allemands et qui empêche toute progression. Cependant, le reste de la 83e DIA est toujours bloqué par cette cette Ligne Gothique tant vantée par la propagande ennemie, et ce, en dépit d’un raid des 23e EB et 322e BG. Pire, certains projectiles américains tombent court, touchant des fantassins de la Brigade Magnan (épisode bien trop fréquent, que l’on n’appelle pas encore un friendly fire). A l’aile droite, les Belges se contentent encore d’actions de fixation, car les ordres sont toujours d’économiser la division tout en faisant régner l’incertitude sur l’axe principal de l’attaque.


9 janvier
La campagne d’Italie
Opération Gaston
Front italien
– A force d’obstination, le trou est fait : la brigade Richard s’empare de la cote 430 et progresse vers le nord tandis que les Alpini de la Cuneense, bien que fixés à Santa Brigida, envoient des éléments vers le sud pour tendre la main aux Français.
Les plans alliés se trouvent ainsi changés. Du coup, la 6e BMLE, qui devait intervenir au centre, en exploitation, après l’attaque initiale, est introduite à l’aile, puisque la porte vient de s’ouvrir là. Les Français ont tiré des leçons de l’échec des Anglais le mois précédent, ils ont préféré garder leurs blindés pour l’exploitation, laissant à l’infanterie et au génie le soin de pénétrer la ceinture défensive adverse. Les cavaliers-légionnaires exploitent donc vers l’est à partir de Molino del Piano, sous la couverture des 3e EC et 53e EACCS. L’avance n’est cependant que de trois kilomètres, à cause des défenses et de l’artillerie ennemie.
Dans les airs, le lieutenant Charles Goffin, de la force aéronautique belge, fête ce soir sa huitième victoire, obtenue contre un Ju 88 de la LG 1.


10 janvier
La campagne d’Italie
Opération Gaston
Front italien
– Tandis qu’Alpini et tirailleurs de la Brigade Richard se rejoignent, la 6e BMLE arrive en vue de Rufina, débloquant ainsi la situation pour les Brigades Magnan et Brosset. Cette dernière est enfin arrivée à percer grâce à l’appui massif de la 13e BACA, qui s’est entièrement consacrée à l’appuyer. Elle prend à revers le village de Borselli, vidé de ses habitants et fortifié.
Côté allemand, devant la situation qui se dégrade, la 29. Panzergrenadier envoie de nouveaux renforts vers Rufina. Ces derniers sont cependant retardés par l’action des P-47 du 324e FG, qui ont reçu l’ordre de traquer les mouvements sur les arrières du front, et par deux embuscades de la Résistance italienne. Les Panzergrenadiers perdront encore du temps à exercer une répression féroce : il y aura quarante fusillés à Razzuolo, dont des femmes et des vieillards.

L’Union fait la Force
PC de la 4e DI
– Bastin et Vandenheede observent la carte des opérations. Depuis quelques jours, hormis du harcèlement et des activités de patrouilles, le secteur est plus calme.
– Il faudrait mettre sous pression la route de Valdena et tenter de prendre la cote 1020…
– Oui,
répond Bastin. Je pense savoir comment faire. Appelez-moi l’officier de liaison de l’aéronautique.
………
– Ah, commandant ! Demain, nous allons relancer un assaut sur les positions allemandes et j’aurai besoin de l’aide de nos 42e et 53e Escadres.
– Avec plaisir, mon général. Dites-moi ce que vous désirez !
– A 08h00, un groupe de bombardiers larguera ici. A 08h30 un autre groupe ici et à 09h00 un autre là. Je veux que les Boches n’aient pas le temps de reprendre leur souffle !
– Vu, mon général.
– Ensuite, à partir de 09h15, je veux en permanence des… comment avez-vous baptisé vos gros engins américains…
– Les P-47 ? Nous avons préféré Sanglier à Thunderbolt, mon général.
– Oui, eh bien je veux une meute de sangliers au-dessus de nos positions, prêts à traiter toutes les cibles qui se présenteront.
– Je fais la demande, mon général !

Le commandant parti, Bastin s’esclaffe : « Des sangliers volants, cette guerre est vraiment pleine de surprises ! J’imagine la tête d’Arthur Lambert si on lui dit qu’il est appuyé par des sangliers. »
– J’ai une idée pour perturber les Allemands,
reprend Vandenheede. Comme nous concentrons l’appui aérien au-dessus de la 1ère Brigade, ils vont supposer que nous attaquons dans ce secteur…
– En effet, continuez !
– Eh bien, je propose que toute notre artillerie, sauf celle de la 1ère Brigade, tire devant les positions de la 2e. Ainsi, ils ne sauront pas où nous attaquerons !
– Excellente idée, faites passer les ordres.


Sur mer
… et dans la presse
Toulon
– Parution du second numéro de l’hebdomadaire Cols Bleus. Au sommaire, un nouveau reportage de notre envoyé spécial en Méditerranée, embarqué cette fois à bord d’un patrouilleur.

En « briquant » la Méditerranée
Avec la nuit, ses traîtrises…
Mais on veille à bord du petit bateau

Deux détonations sèches, brutales, déchirent un instant le silence de ce beau soir et font trembler les parois de la petite passerelle.
Deux autres leur succèdent, aussi soudaines, puis cinq, puis deux. La voix d’un des tireurs s’écrie joyeusement : « Touchée ! »
Nous regardons avec lui et nous voyons la mine qui s’avançait vers nous, lentement, avec des balancements de méduse, incliner un peu plus sa carapace luisante. La mitrailleuse de 20 millimètres tire encore deux balles dont les points lumineux ricochent sur l’eau avec une apparente lenteur et se perdent vers l’horizon. La calotte ronde de la mine disparaît peu à peu : quelques bulles d’air s’en échappent. Le terrible engin coule, désormais inoffensif.
C’est la dernière mine que notre petit bateau, un escorteur de 330 tonnes, neutralisera aujourd’hui, car le jour baisse rapidement. Bientôt nos veilleurs ne pourront plus déceler les calottes noirâtres à la surface de la mer, si calme ce soir.
Elles nous frôleront avec tous les dangers sournois de la nuit. Tant mieux si la vague de l’étrave les éloigne un moment de notre route quand nous nous approchons sans les voir.
Pas de lune. Bon temps pour patrouiller. A bâbord, loin vers l’horizon, les lumières de la Riviera sont allumées, en traînées très floues. Voici Cannes, Nice, Monaco… Puis la côte ne se devine pas plus avant. En Italie le black-out est complet…
Notre Cimeterre, un “PC” de 173 pieds de long, va continuer placidement sa patrouille pendant vingt-quatre heures.
Là-bas, derrière ces lumières qui maintenant disparaissent, la vie continue, presque normale. Le rideau silencieux des petits patrouilleurs la protège.
Celui avec lequel nous sommes ce soir en liaison croise à quelques milles de là.
A intervalles réguliers, nous communiquons avec lui. La voix un peu nasillarde du haut-parleur nous fait connaître sa position et les moindres incidents de route :
– Ici Pertuisane, commandant L… Ici Pertuisane, commandant L… Vous m’entendez ? Répondez…
Car les mines dérivantes que les petits bâtiments font couler ou éclater chaque jour ne sont pas les seuls périls de la navigation. La mer est infestée des embûches que l’ennemi multiplie contre nos bateaux. Il faut un écumage régulier, une surveillance constante pour les neutraliser et permettre à nos navires de commerce et à nos gros bâtiments de circuler avec une relative sécurité.
Les patrouilleurs avec leurs soixante hommes d’équipage sont armés pour la défensive et pour l’attaque. L’an dernier encore, ils étaient dans leurs berceaux natals, sur quelque lac lointain des Etats-Unis où leurs commandants, de jeunes lieutenants de vaisseau pleins de « cran », sont allés les chercher et les ont amenés de ce côté de l’Atlantique, à travers les tempêtes.
Munis des appareils détecteurs les plus récents, des dispositifs d’écoute sous-marine les plus précis, de radios modernes, ils sont équipés et armés pour la chasse des petits bâtiments et des sous-marins.
Le radar accomplit sans cesse son mystérieux travail et « voit » comme un œil étrange les obstacles, jusqu’à des kilomètres de distance. Le radar fait apparaître soudain le bateau ami ou ennemi qui se déplace sous son regard.
Sur le Cimeterre, chacun est à son poste de veille. Dans le silence, seulement coupé par les Indications de surveillance qui viennent de l’intérieur.
– Contact au radar dans le gisement 240…
– Prenez la distance.

C’est peut-être une vedette rapide ennemie, un P.T. boat en mer pour quelque mauvais coup. Le point se déplace sur le cadran. Chacun est à l’écoute.
Sur la passerelle découverte et sans cesse éventée, les jumelles de nuit se braquent sans parvenir à percer l’obscurité épaisse. En liaison avec le second de patrouille, la manœuvre est aussitôt commencée.
La vitesse augmente, il s’agit de rattraper ou de couper la route à l’embarcation ennemie. Poursuite affolante dans la nuit noire. Les appels de radios se multiplient. Par un mouvement tournant indiqué sur les appareils de bord, on suit la route de la vedette qui après s’être enfoncée vers le large suit maintenant la côte. L’un des patrouilleurs se lance derrière elle, mais c’est un autre qui l’atteindra par le travers.
L’obus éclairant qui tombe lentement, retenu par son parachute, fera apparaître bientôt sa silhouette encore lointaine. Et, à bonne portée, avec une rapidité de décision dont dépend le succès, le tir précis des pièces l’enverra par le fond.
Montée par un nombre impressionnant de passagers, dix-sept, la vedette n’accomplira pas sa mission. Les prisonniers donneront des renseignements utiles.
La mer recèle bien d’autres dangers encore, tels que les vedettes explosives, dont le pilote se jette à l’eau au dernier moment, après avoir dirigé son engin vers le but. Comme chance de salut, il n’a que son radeau minuscule, sa combinaison pneumatique avec, aux pieds, des semelles de caoutchouc, sortes de nageoires qui le font ressembler à un pingouin. Mais le salut est rare. Témoin celui que nous avons repêché il y a peu de jours.
L’aube est venue, une aube toute rose à travers le ciel nuageux. Le Cimeterre enfonce régulièrement son étrave dans l’eau couleur d’argent. Et le jour arrive enfin.
La vie de ce petit bateau est passionnante. Ici l’équipage, les officiers, le commandant vivent comme une grande famille laborieuse, très près les uns des autres, en confiance absolue. Ils se connaissent et s’apprécient. Ils s’aiment. Ils forment un ensemble homogène où aucune fêlure ne peut se produire dans la promiscuité cordiale de la vie quotidienne au danger.
Et pendant que le bateau file dans le silence et que la houle légère glisse en bruit soyeux le long de la petite coque, le ronronnement des diesels accompagne de son activité tranquille le travail régulier, modeste, de l’équipage plein de mordant et d’esprit de sacrifice. Dans le carré, le café du petit déjeuner répand son odeur intime mêlée à celle du tabac blond.
Le commandant, le visage reposé comme s’il s’était couché, se dévêt de sa « peau de mouton ». Il est souriant et grave comme à l’habitude. Mais la petite porte s’ouvre : écho à l’écoute sous-marine.
En quelques secondes il a traversé la chambre de navigation et son oreille déjà est à l’écouteur près de la timonerie.
Il gravit ensuite la raide échelle qui le conduit sur la passerelle, auprès de l’officier en second. L’écoute révèle le bruit distinct d’un moteur sous-marin. Les visages se tendent. Le bruit en craquements réguliers se distingue parfaitement de celui de notre propre hélice.
Je questionnerai plus tard. Pour le moment j’essaie seulement de comprendre. Minutes anxieuses, mais non, inquiètes. S’il s’agit d’un sous-marin « de poche » monté par un ou deux hommes, il doit être assez près.
La voix calme commande :
– A gauche 20… Gouvernez au 320…
La voix du pilote répond :
– La barre 20 à gauche.
– Gouvernez au 310… Au 300…

L’écho mystérieux s’éloigne, se rapproche, s’éloigne de nouveau, se rapproche encore. Le Cimeterre a dessiné sur l’eau un quadrilatère qui encadre l’écho.
Près de moi les ordres se précisent.
– Parez à grenader. Machine en avant toute !… A droite toute !
– Feu !

Et les mortiers lancent dans l’air les grenades cylindriques qui tourbillonnent dans leur lente trajectoire et tombent lourdement à l’eau.
Peu de secondes… une détonation assourdie… un remous et une faible gerbe en surface. Le veilleur à l’écoute tend davantage l’oreille. Peu de temps après, il annonce :
– Perdu contact.
Qu’est devenu l’obstacle ? A-t-il coulé ? A-t-il stoppé son moteur ? S’est-il enfoncé dangereusement sans espoir de remonter ?
La chasse aux mines recommence, comme hier, comme elle recommencera demain. Les sphères de mort coulent ou elles explosent,
Et ainsi les petits bateaux dont la vie est si prenante, le Cimeterre, la Pertuisane, la Pique, le Trident, le Coutelas et tant d’autres avec leurs petits « carrés », leur petit poste d’équipage, leur petite installation, gardent nos routes et nos côtes avec les dragueurs, les chasseurs et les vedettes lance-torpilles.
Quand la mer est dure, le spectacle est terrifiant. Ils roulent d’un bord à l’autre et la navigation se fait de l’intérieur. Mais ils tiennent bon et sont bien « manœuvrants ».
Cette besogne de nos marins, pleine d’esprit de sacrifice et d’héroïsme journalier, reste obscure et discrète. Elle méritait d’être montrée dans sa simplicité.
(signé) Paul-Jean Lucas, correspondant de guerre naval.
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Wardog1



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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 13:46    Sujet du message: Répondre en citant

Le chef Wathelet se trouve sur son M16

Je savais que les belges avaient du bon matériel mai j'ignorais qu'il venait du futur!
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"You and I are opposite sides of the same coin. When we face each other, we can finally see our true selves. There may be a resemblance, but we never face the same direction."

Larry Foulke
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Wil the Coyote



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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 14:09    Sujet du message: Répondre en citant

Le M16 est la désignation de l Half Track équipé d un affût quadruple de .50
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FREGATON



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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 14:17    Sujet du message: Répondre en citant

Juste un détail de cohérence d'ensemble de la présentation: le premier article de Cols Bleus est (justement) "en bleu", pas le deuxième…??
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 15:20    Sujet du message: Répondre en citant

Mea culpa, Fregaton… Je suis paresseux et je ne reproduit pas tous les enrichissements de Word dans ces textes. Mais sur l'original, les articles de Cols Bleus sont bien en bleu clair.
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Casus Frankie

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Finen



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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 16:28    Sujet du message: Répondre en citant

Wil the Coyote a écrit:
Le M16 est la désignation de l Half Track équipé d un affût quadruple de .50


M16 MGMC pour les anglophones qui deviendra HT M16 en France par la suite. Je ne sait pas quelle désignation à été adopté en Belgique.

Ce qui est sur est qu'à l'époque où il était en service un M16 sans plus de précision désignait le half-track sauf, peut-être, pour les américains à partir des années 60.
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Alias



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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 19:09    Sujet du message: Répondre en citant

Wil the Coyote a écrit:
Petite remarque que je n avais pas relever a l l'epoque...André Franquin est né en 1924. Je ne suis pas certains qu il était dans un CRAB à la mobilisation.....

Qu en pense mes compatriotes ?


En effet, ça colle assez peu avec l'historique du personnage. Il entre en école d'art en 1942; il n'y reste que peu, mais ça semble avoir eu un impact formateur sur lui et ça lui a aussi permis de rencontrer des gens qui l'ont plus tard accompagné dans sa démarche de dessinateur.

S'il s'engage, il lui faut d'abord rallier la zone alliée, et ensuite, sans parler des aléas de la guerre, ça va occuper toute sa période de formation artistique.

Par contre, ça pourrait expliquer son antimilitarisme forcené. Smile

Peut-être quelqu’un de sa famille? Wikipédia ne mentionne pas s'il a eu des frères.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 19:15    Sujet du message: Répondre en citant

Il ne va pas s'engager… Mais il va peut-être être inclus dans un CRAB, qu'il le veuille ou non !
D'ailleurs, ça lui est peut-être arrivé (et ça ne lui a pas plu !).
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Casus Frankie

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MessagePosté le: Dim Juin 06, 2021 19:17    Sujet du message: Répondre en citant

Je me permets de poser un doigt ici, mais sans trop forcer :

10 janvier
La campagne d’Italie
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Front italien – Tandis qu’Alpini et tirailleurs de la Brigade Richard se rejoignent, la 6e BMLE arrive en vue de Rufina, débloquant ainsi la situation pour les Brigades Magnan et Brosset. Cette dernière est enfin arrivée à percer grâce à l’appui massif de la 13e BACA, qui s’est entièrement consacrée à l’appuyer.
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MessagePosté le: Lun Juin 07, 2021 00:19    Sujet du message: Répondre en citant

houps a écrit:
Je me permets de poser un doigt ici, mais sans trop forcer :

10 janvier
La campagne d’Italie
Opération Gaston

Front italien – Tandis qu’Alpini et tirailleurs de la Brigade Richard se rejoignent, la 6e BMLE arrive en vue de Rufina, débloquant ainsi la situation pour les Brigades Magnan et Brosset. Cette dernière est enfin arrivée à percer grâce à l’appui massif de la 13e BACA, qui s’est entièrement consacrée à l’appuyer.


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