Fantasque Time Line Index du Forum Fantasque Time Line
1940 - La France continue la guerre
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

1943 - La Relève politique
Aller à la page Précédente  1, 2, 3, 4  Suivante
 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1943 - Politique intérieure de la France Combattante
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Didi



Inscrit le: 07 Déc 2006
Messages: 34

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 13:12    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai déjà dit depuis longtemps que j'étais assez peu convaincu par la montée en puissance de De Gaulle, par contre, je connais bien que c'est bien écrit et bien monté ! Smile

Par contre, niveau "note de conception", qu'est ce qui vous a amené à faire se produire l'attentat contre Reynaud ?
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Capitaine caverne



Inscrit le: 11 Avr 2009
Messages: 3832
Localisation: Tours

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 16:27    Sujet du message: Répondre en citant

C'est un beau texte, on en pleurerait presque pour Reynaud et Lebrun! Quand au futur foutoir autour de l'action de Paul Faure et de ses partisans, cela promet du sport!
_________________
"Au jeu des trônes, il n'y a que des vainqueurs et des morts, il n'y a pas de demi-terme". La Reine Cersei.
"Les gens se disent en genéral affamé de vérité, mais ils la trouvent rarement à leur goût lorsqu'on la leur sert". Tyrion Lannister.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 11227
Localisation: Paris

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 16:35    Sujet du message: Répondre en citant

Didi a écrit:
Par contre, niveau "note de conception", qu'est ce qui vous a amené à faire se produire l'attentat contre Reynaud ?

La notion que, le gouvernement de collaboration étant plus violent qu'OTL, il allait forcément un jour ou l'autre se laisser aller à ce genre de facéties...

Alors, l'attenat pouvait complètemetn rater, ou réussir - nous avons choisi une voie médiane.
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
patrikev



Inscrit le: 28 Mai 2010
Messages: 1775

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 20:40    Sujet du message: Répondre en citant

Ca se corse... J'aurais attendu un peu plus de candidats, mais je comprends très bien que la droite de l'assemblée préfère se rallier à de Gaulle plutôt qu'à un homme politique plus marqué à gauche (et vice versa).

Juste une question (ce détail a dû m'échapper): quelle est la date prévue pour les élections dans l'Empire? Et quels territoires (Algérie, colonies, protectorats, voire mandats...) seront appelés à y participer?

Casus Frankie a écrit:
Deuxième épisode : un débat démocratique !

Samedi 13 février
Hôtel des Cèdres, Chréa (à une cinquantaine de kilomètres d’Alger, sur les hauteurs), 16h00

Mandel : « Nous ne prétendons évidemment pas remettre en cause le jeu démocratique ! Les élections qui vont avoir lieu sous peu dans les territoires de l’Empire, qui ont trop longtemps souffert d’un manque de reconnaissance démocratique, sont là pour le prouver.
[i](à suivre)

_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
folc



Inscrit le: 26 Oct 2006
Messages: 912
Localisation: Rodez

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 20:57    Sujet du message: Répondre en citant

Toujours aussi "réaliste" Exclamation

Ponson du Terrail est le père de quelques-unes des plus belles perles du roman(-feuilleton) français Smile
_________________
Folc

"Si l'ost savait ce que fait l'ost, l'ost déferait l'ost"
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 11227
Localisation: Paris

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 22:27    Sujet du message: Répondre en citant

Réédition spécialement pour Patrikev !


28 mars
Démocratie planétaire
Empire français
– Dimanche d’élection dans les différents territoires sous le contrôle de la République française ! Du Congo (français) à la Côte (française) des Somalis, de Saint Pierre et Miquelon à Madagascar, de Guyane en Nouvelle-Calédonie et de Bastia à Tamanrasset, les mairies ont installé des bureaux de vote avec des isoloirs parfois bricolés avec les moyens du bord.
Dans les colonies – pardon, en France d’Outre-Mer – le collège électoral est constitué des colons (le mot n’est pas encore péjoratif) et, grande nouveauté, des proches des soldats indigènes engagés volontaires. Autre grande nouveauté, les femmes participent au vote ! Dans certaines colonies, on a bien envisagé de restreindre le vote indigène aux hommes, mais Paul Reynaud, de sa retraite, a jeté dans la balance tout le poids de son autorité morale pour que « la moitié de l’Humanité ne soit plus mise au ban de la Démocratie ».
Pour ces territoires, une petite vingtaine de sièges sont à pourvoir pour atteindre le nombre maximum d’Elus de la République fixé par la loi : 600.
Certaines des régions de “France Combattante” – la Corse, l’Algérie – avaient déjà des députés (en Algérie, on a en hâte redécoupé les circonscriptions pour faire de la place à deux nouveaux élus symboliques). Mais tous les députés concernés ont demandé comme un honneur de remettre leur siège en jeu – ils seront réélus d’autant plus triomphalement qu’aucun candidat ne s’est présenté contre eux.
Citons, parmi les autres élus, Ferhat Abbas en Algérie (ce conseiller municipal de Sétif est rédacteur en chef de L’entente Franco-Musulmane), Modibo Keita au Mali, Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire et Philibert Tsiranana à Madagascar. Cette élection sera pour ces Indigènes un premier grand pas dans une longue carrière politique.
Malgré le faible nombre de sièges en jeu, ces élections auront un retentissement médiatique énorme – y compris en Métropole occupée, où les autorités de Collaboration se feront un plaisir de montrer Noirs et Arabes faisant la queue devant les isoloirs, avec des commentaires fielleux. Aux Etats-Unis, on préférera montrer la ferveur qui saisit la Corse récemment libérée, où le taux de participation aurait (selon les chroniques locales, peut-être teintées d’exagération méditerranéenne) « dépassé 100 % ».
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
gaullien



Inscrit le: 13 Avr 2010
Messages: 793
Localisation: l'Arbresle

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 22:27    Sujet du message: Démocratie planétaire... et mise à jour Répondre en citant

patrikev a écrit:
Ca se corse... J'aurais attendu un peu plus de candidats, mais je comprends très bien que la droite de l'assemblée préfère se rallier à de Gaulle plutôt qu'à un homme politique plus marqué à gauche (et vice versa).

Juste une question (ce détail a dû m'échapper): quelle est la date prévue pour les élections dans l'Empire? Et quels territoires (Algérie, colonies, protectorats, voire mandats...) seront appelés à y participer?

Casus Frankie a écrit:
Deuxième épisode : un débat démocratique !

Samedi 13 février
Hôtel des Cèdres, Chréa (à une cinquantaine de kilomètres d’Alger, sur les hauteurs), 16h00

Mandel : « Nous ne prétendons évidemment pas remettre en cause le jeu démocratique ! Les élections qui vont avoir lieu sous peu dans les territoires de l’Empire, qui ont trop longtemps souffert d’un manque de reconnaissance démocratique, sont là pour le prouver.
[i](à suivre)



pour les éléctions

Casus Frankie a écrit:
Deux notes Chrono dues à TYLER.
Oui, je sais, 1943 commence à ressembler à un puzzle en début de reconstitution, avec des pièces qui apapraissent de ci de là...


28 mars
Empire français
– Dimanche d’élection dans les différents territoires sous le contrôle de la République française ! Du Congo (français) à la Côte (française) des Somalis, de Saint Pierre et Miquelon à Madagascar, de Guyane en Nouvelle-Calédonie et de Bastia à Tamanrasset, les mairies ont installé des bureaux de vote avec des isoloirs bricolés avec les moyens du bord.
Dans les colonies – pardon, en France d’Outre-Mer – le collège électoral est constitué des colons (le mot n’est pas encore péjoratif) et, grande nouveauté, des proches des soldats indigènes engagés volontaires. Autre grande nouveauté, les femmes participent au vote ! Dans certaines colonies, on a bien envisagé de restreindre le vote indigène aux hommes, mais Paul Reynaud, a jeté dans la balance tout le poids de son autorité morale pour que « la moitié de l’Humanité ne soit plus mise au ban de la Démocratie ».
Pour ces territoires, une petite vingtaine de sièges sont à pourvoir pour atteindre le nombre maximum d’Elus de la République fixé par la loi : 600.
Certaines des régions concernées – la Corse, l’Algérie – avaient déjà des députés (en Algérie, on a en hâte redécoupé les circonscriptions pour faire de la place à deux nouveaux élus symboliques). Mais tous les députés concernés ont demandé comme un honneur de remettre leur siège en jeu – ils seront réélus d’autant plus triomphalement qu’aucun candidat ne s’est présenté contre eux.
Citons, parmi les autres élus, Ferhat Abbas en Algérie (ce conseiller municipal de Sétif est rédacteur en chef de L’entente Franco-Musulmane), Modibo Keita au Mali, Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire et Philibert Tsiranana à Madagascar. Cette élection sera pour ces Indigènes un premier grand pas dans une longue carrière politique.
Malgré le faible nombre de sièges en jeu, ces élections auront un retentissement médiatique énorme – y compris en Métropole occupée, où les autorités de Collaboration se feront un plaisir de montrer Noirs et Arabes faisant la queue devant les isoloirs, avec des commentaires fielleux. Aux Etats-Unis, on préférera montrer la ferveur qui saisit la Corse récemment libérée, où le taux de participation aurait (selon les chroniques locales, peut-être teintées d’exagération méditerranéenne) « dépassé 100 % ».
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
patrikev



Inscrit le: 28 Mai 2010
Messages: 1775

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 22:36    Sujet du message: Répondre en citant

Merci. Ça commence à être compliqué d'assembler tous les bouts, mais on y arrive..

Pas d'élections municipales? C'est vrai qu'elles auraient été compliquées à organiser, beaucoup de candidats potentiels étant sous l'uniforme.
_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Anaxagore



Inscrit le: 02 Aoû 2010
Messages: 7659

MessagePosté le: Ven Oct 26, 2012 23:03    Sujet du message: Répondre en citant

C'est normal que le taux ait dépassé 100 %... certains hommes politiques peu scrupuleux ayant fait voté ... les morts Confused
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 11227
Localisation: Paris

MessagePosté le: Sam Oct 27, 2012 00:14    Sujet du message: Répondre en citant

patrikev a écrit:
Merci. Ça commence à être compliqué d'assembler tous les bouts, mais on y arrive...


C'est pour ça que je me décarcasse à tout reposter dans l'ordre et en version intégrale ! Cool
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 11227
Localisation: Paris

MessagePosté le: Sam Oct 27, 2012 10:38    Sujet du message: Répondre en citant

La suite... Qui n'a pas été facile à rédiger. Tyler et moi avons fait tourner les tables pour demander à "Qui vous savez" ce qu'il aurait dit si...



vendredi
26 février
Assemblée des Elus de la République, Alger
– La démission de Paul Reynaud a été rendue publique une semaine plus tôt. Le jour même, le Président Lebrun a commencé à consulter. En quelques jours, il a notamment rencontré les cinq personnalités qui ont fait plus ou moins publiquement acte de candidature.
Il faut noter que ceux qui ont fait le plus de bruit devant les journalistes n’ont pas les faveurs du pronostic. On a vu ainsi Fernand Roucayrol (député SFIO paulfauriste de l’Hérault) se déchaîner contre ce qu’il appelle l’alliance du sabre et du goupillon (il est ironique de penser que « le goupillon » désigne Léon Blum). Marcel Capron (député PCF de la Seine) a fait entendre la voix de son parti, qui célébrait ainsi son vrai retour au sein de la République française – Capron ayant démissionné du Parti lors de la signature du Pacte germano-soviétique, sa désignation comme porte-drapeau est considérée comme une preuve de la bonne volonté communiste et un signe de son désir de participer au prochain gouvernement. Enfin, Henri Becquart a tonné contre ceux qui risquaient, en libérant la France, de la livrer à « d’autres appétits » (entendre ceux des Bolcheviques). Mais aucun de ces trois candidats ne saurait rassembler plus de vingt à trente voix. Reste les deux généraux : Mordacq et De Gaulle, qui n'ont ni l'un ni l'autre donné de conférence de presse.
Jeudi soir, tout Alger a appris que le Président Lebrun avait chargé le général Charles de Gaulle de former le nouveau gouvernement – à condition bien sûr de recevoir l’investiture de l’Assemblée.
Et aujourd’hui, dans une salle où ne manque ni un député ni un sénateur, tandis que les espaces destinés au public et la presse sont archi-combles, celui que la presse, justement, appelle le plus souvent « le Général » se présente devant les Elus de la République. Sa haute stature offre un contraste frappant avec la frêle silhouette de Paul Reynaud. D’emblée, une vague d’étonnement (et de satisfaction) parcourt la salle : le Général est en civil, une façon de caresser les Elus dans le sens du poil.
Le voici au micro, qu’il aborde en vieux routier.
« Mesdames et Messieurs les Elus de la République [en soi, ce vocatif est une innovation : c’est la première fois qu’un discours d’investiture s’adresse à une assemblée comprenant des femmes – enfin, deux femmes]
« Je suis profondément sensible à l’honneur que vient de me faire Monsieur le Président de la République en m’appelant à former un nouveau gouvernement.
« Peut-être le soldat que je suis éprouverait-il quelque embarras à élever la voix en ces lieux s’il ne savait que sa bouche parle au nom d’un pays bâillonné – la France.
« Car c’est au nom de la France, au nom de notre patrie, que je vous parle aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, Françaises et Français !
« Nous le ressentons tous profondément : il y a un pacte plusieurs fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde. Si, pour un homme, dit-on « le plus grand bien de ce monde est l’amour de son état » [1], pour un peuple, la sûre étoile dans la tempête, c’est la fidélité à sa vocation. Et la vocation de notre vieux peuple est d’être le champion dont la liberté ne saurait se passer.
« Mais le peuple français sait bien qu’aujourd’hui, sa propre liberté demande l’aide et l’appui de tous ceux qui, dans le monde, s’opposent à la tyrannie.
« Un homme a compris tout cela, un homme vers qui se tournent aujourd’hui nos pensées, un homme, malheureusement absent en ce jour, dont les épreuves subies dans l’accomplissement de sa tâche ne font que souligner les immenses services qu’il a rendus à la France et à la République…

[De Gaulle doit s’interrompre en raison des cris – Reynaud, Reynaud ! – qui partent de tous les bancs ; l’assemblée se met alors à applaudir longuement.]
« … Je veux bien entendu parler du Président Paul Reynaud, qui m’a fait l’honneur, il y a près de trois ans, de me confier, auprès de lui, la charge de la défense du pays. Paul Reynaud qui, lors des heures tragiques de la nuit du 12 au 13 juin 1940, sut nous guider vers la seule et unique voie acceptable pour l’honneur de la France : la poursuite de la lutte. Paul Reynaud, qui osa affronter ceux qui, au sein même de l’Etat, avaient pris pour emblème un vieillard épuisé pour nous jeter dans les ornières de la honte. Paul Reynaud, qui nous a poussés à puiser au fond de nous-mêmes l’énergie de nous dresser contre la barbarie. Paul Reynaud, qui inscrivit ainsi son nom parmi ceux des Français les plus glorieux, de Jeanne d’Arc à Clemenceau !
« Pourtant, ils furent nombreux ceux qui, dans le monde, en Europe, et même parmi nos concitoyens désespérés, se dirent alors que nous avions tort, que nous étions fous et que la sagesse eût été d’accepter la défaite et de courber le dos.
« Eh bien ! Nous avions raison. Nous avions raison d’espérer. Nous avions raison de combattre. Chaque jour passé depuis trois ans en a fourni la preuve. Chaque jour qui passera complétera la démonstration.
« Nous avions raison ! Ah ! S’il est vrai que la Patrie se trouve encore soumise à l’ennemi et à ses collaborateurs en un martyre toujours plus dur ; s’il est vrai que le camp de la liberté a naguère essuyé maints revers sur les champs de bataille du monde ; s’il est vrai qu’il reste à nos adversaires des forces puissantes ; n’est-il pas aujourd’hui bien clair que les démocraties ont acquis en fait de moyens, de valeur guerrière et de résolution une supériorité qui ne cessera plus de grandir ; que le succès a changé de camp à l’Occident comme à l’Orient ; et qu’enfin l’Allemagne, le Japon et les nations qui ont cru opportun de les suivre n’échapperont pas au funeste destin qui frappe aujourd’hui l’Italie, écartelée et ensanglantée pour avoir cru aux folles prétentions d’un despote de pacotille.
« Nous avions raison d’espérer ! Un jour, un jour désormais proche, la France libérée punira les artisans de sa servitude et saura rebâtir sur les ruines d’hier l’édifice d’une République et d’une Démocratie rénovées.
« Et nous avions raison de combattre ! Pour l’instant, il s’agit de vaincre l’ennemi sur notre sol, avant d’aller l’écraser sur le sien propre. Il le sera et nous renaîtrons !
« Nous renaîtrons grâce à l’effort et au sacrifice des centaines de milliers de soldats, de marins, d’aviateurs, mais aussi d’ingénieurs et d’ouvriers qui ont préféré l’exil à la honte. Nous renaîtrons grâce à l’effort et au sacrifice des millions de citoyens de l’Empire, fraternellement unis sous le drapeau tricolore pour libérer cette Patrie qu’ils n’ont souvent jamais vue mais dont ils sont aujourd’hui des citoyens à part entière. Nous renaîtrons grâce à l’effort et au sacrifice de ceux qui sont restés là-bas, sous la botte nazie, et qui jouent quotidiennement leur vie pour saper la puissance de l’ennemi au cœur même de ses forteresses.
« Sur cette rive de la Méditerranée, où nous sommes venus remplir, avec la force et par la Liberté, la mission éternelle de la France, nous renouvelons, par dessus la mer, à la Patrie écrasée, notre serment de la servir, de la sauver, de la venger. Et c’est dans ce but, ce but sacré, ce but suprême, que je me présente aujourd’hui devant vous.

[Applaudissements prolongés, qui cette fois s’adressent à De Gaulle lui-même. Après la guerre, certains prétendront avoir cru, en l’écoutant, que le Général affirmait ainsi qu’il s’effacerait après la Victoire – assertion qui provoquera ce commentaire narquois de Paul Reynaud : « J’ignorais qu’il y avait des enfants au berceau parmi les Elus de la République… »]
« Dans les graves circonstances présentes, combien il est réconfortant de vous voir aujourd’hui assemblés, calmes et sûrs de vous, suivant votre ancienne tradition. C’est pourquoi je suis résolu, si vous m’accordez votre soutien, à travailler de la manière la plus étroite, et je n’ai pas besoin d’ajouter la plus confiante, avec une Assemblée qui apporte au gouvernement, dans sa grande et lourde tâche, le concours d’une opinion qualifiée, autant que les circonstances le permettent, pour exprimer ce que ressentent et désirent les Français.
« En effet, s’il est vrai que des élections générales constituent la seule voie par où devra un jour s’exprimer la souveraineté du peuple, le pays, même écrasé et bâillonné, manifeste déjà par mille signes évidents ses sentiments profonds envers votre Assemblée. Cette Assemblée Nationale des Elus de la République qui a porté pendant trois ans, porte aujourd’hui et continuera de porter jusqu’au jour de la Libération la voix de tout le peuple français.
« Mais tout ce que nous ferons ensemble et tout ce que nous préparerons pour l’avenir n’aurait aucune valeur ni aucune signification, si nous ne nous inspirions directement de l’ardent mouvement de renouveau qui anime en secret la nation française.
« Les hommes qui, au dedans comme au dehors de chez nous, imagineraient que la France, une fois libérée, retrouvera la même figure politique, sociale, morale, qu’ils lui ont naguère connue, commettraient une complète erreur. La France aura subi trop d’épreuves et elle aura trop appris sur son propre compte et sur le compte des autres pour ne pas être résolue à de profondes transformations.

[Le passage qui suit a été biffé par le Général sur l’avant-dernière version de son discours (qui n’en compte pas moins de sept). Ce n’était que reculer pour mieux sauter, il figurera dans le premier discours prononcé par De Gaulle sur le sol de la Métropole libérée : « La France veut faire en sorte que demain la souveraineté nationale puisse s’exercer entièrement, sans les déformations de l’intrigue et sans les pressions corruptrices d’aucune coalition d’intérêts particuliers. Elle veut que les hommes qu’elle chargera de la gouverner aient les moyens de le faire avec assez de force et de continuité pour imposer à tous au dedans la puissance suprême de l’Etat et poursuivre au dehors des desseins dignes d’elle. »]
« La France veut que cesse un régime économique où les grandes sources de la richesse nationale échappaient à la Nation, où les activités principales de la production et de la répartition se dérobaient à son contrôle, où la conduite des entreprises excluait la participation des organisations de travailleurs et de techniciens dont, cependant, elle dépendait. Elle veut que les biens de la France profitent à tous les Français, que sur ses terres, pourvues de tout ce qu’il faut pour procurer à chacun de ses fils un niveau de vie digne et sûr, complétées par un Outre-Mer fraternel [2] et doté de vastes ressources, il ne puisse plus se trouver un homme ni une femme de bonne volonté qui ne soient assurés de vivre et de travailler dans des conditions honorables de salaire, d’alimentation, d’habitation, de loisirs, d’hygiène ; de pouvoir multiplier, faire instruire et voir rire joyeusement leurs enfants.
« La France veut, en un mot, que soient honorées et favorisées les valeurs qui ont fait son rayonnement.
« Sans nul doute la nation elle-même décidera de ces grandes réformes. Mais l’étude des projets et des modalités, l’orientation des esprits et des âmes vers leur réalisation, voilà, Mesdames et Messieurs, ce que d’ores et déjà le pays attend de vous. Il sait que vous vous assemblez tout imprégnés de ses ardeurs et de ses rêves et que vous aurez à cœur d’être les premiers à montrer jusqu’à quelle profondeur se sont renouvelés les Français.
« Mesdames et Messieurs les Elus de la République ! La France toute entière, une et unanime, nous regarde ce jour. La France, couverte de sang, d’outrages, de larmes, Notre Dame la France voit se dessiner à l’horizon la lumière de la délivrance. Et tout le peuple français sait aujourd’hui que se dresse autour de l’ennemi un cercle de fer et de feu qui, une fois de plus et définitivement, l’écrasera.
« Le devoir, c’est la guerre. L’avenir, c’est la victoire.
« Vive la République, vive la France ! »

………
Ce discours est très applaudi. Dans les travées de presse, les anciens apprécient la performance du Général, qu’on disait incapable de se soumettre comme n’importe qui aux suffrages de l’Assemblée. Et le vote qui suit est sans appel : Charles de Gaulle rassemble 319 voix sur son nom, contre 120 opposants. Il faut ajouter 80 abstentions – dont la totalité du PCF – et quelques votes nuls ou blancs. Gaston Monnerville a voté De Gaulle – pour la première et, nul ne s’en doute encore, pour la dernière fois.
Le général de Gaulle devient le 110e Président du Conseil des ministres français.

.........

(à suivre)

(1) Il s’agit d’une citation de D’Aguesseau.
(2) La mention « Outre-Mer fraternel » a remplacé dès la deuxième version du discours les mots « Empire fidèle ». De Gaulle ne nourrissait pas d’illusions excessives.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
ladc51



Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 1261
Localisation: Paris

MessagePosté le: Sam Oct 27, 2012 11:44    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Bravo, c'est excellent ! J'ai cru entendre le discours de DG, avec son phrasé si particulier... on s'y croirait !

J'apprécie à la fois le style et le scénario permettant d'expliquer l'arrivée du grand Charles à la présidence du Conseil. C'est vraiment très intéressant et agréable, j'attends avec impatience la suite.

Juste pour équilibrer mon discours dithyrambique je voudrais partager un détail qui m'a gêné : la présence et le rôle de Paul Faure. Je ne me souvenais pas que nous ayons statué sur son sort et je l'imaginais resté en métropole, soit de son plain gré, soit parce que c'était l'opportunité pour Blum de s'en débarasser... En recherchant sur le forum, je note que le post consacré à son sort ne contient pas de conclusion. Bien sur, si on suppose que Faure est présent en AFN à la fin de l'été 40, la suite me semble logique... Sans prétendre changer quoi que ce soit dans votre récit, serait-il possible (sur le post consacré à Paul Faure plutôt qu'ici) de savoir pourquoi nous avons décidé in fine de lui faire traverser la Méditerranée et d'en savoir plus sur son rôle entre 40 et 43 à Alger ?

Amitiés,
_________________
Laurent
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
patrikev



Inscrit le: 28 Mai 2010
Messages: 1775

MessagePosté le: Sam Oct 27, 2012 12:57    Sujet du message: Répondre en citant

Magnifique discours, tout à fait dans le style.

Je n'ai pas tout à fait compris pourquoi les communistes s'étaient abstenus. Est-ce un arrangement pour ne pas donner de prise à la propagande de l'Axe? Il faudra que j'examine de plus près les circonstances du retour des communistes et de leurs rapports avec les ex-communistes (dont Sulpice Dewez).

Paul Faure, je suppose qu'on lui a un peu forcé la main en 1940 pour ne pas laisser un potentiel chef de parti aux mains des Allemands. Il avait une audience importante, notamment dans le syndicat des instituteurs.

L'autre groupe à examiner de près, ce sera celui des élus d'Algérie. J'avais déjà un début de travail là-dessus. Si on a besoin d'un élu juriste et contrariant pour soulever des difficultés, le sénateur André Mallarmé est tout indiqué.
http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=4931
_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
patzekiller



Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 3638
Localisation: I'am back

MessagePosté le: Sam Oct 27, 2012 13:16    Sujet du message: Répondre en citant

le mot loisirs n'est il pas un peu en avance sur son temps pour figurer à ce niveau d'importance dans un discours de ce type?
_________________
www.strategikon.info
www.frogofwar.org
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
gaullien



Inscrit le: 13 Avr 2010
Messages: 793
Localisation: l'Arbresle

MessagePosté le: Sam Oct 27, 2012 13:51    Sujet du message: Répondre en citant

non le terme est déja entré dans les moeurs ; citation de Guillaume Apollinaire (1880-1918) :
"Ah ! Dieu que la guerre est jolie - Avec ses chants ses longs loisirs."
Monnerville et De Gaulle sont condannés a s'opposer même FTL?
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1943 - Politique intérieure de la France Combattante Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Aller à la page Précédente  1, 2, 3, 4  Suivante
Page 2 sur 4

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com