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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15566 Localisation: Paris
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 10:51 Sujet du message: |
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Double répétition, bien sûr. Et double répétition voulue.
Finir par "Oui, la ville puait et suait la peur" le mettrait peut-être en évidence. _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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patzekiller

Inscrit le: 17 Oct 2006 Messages: 4148 Localisation: I'am back
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 11:58 Sujet du message: |
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est ce qu'on irait jusqu'à dire qu'il s'agit de la version espagnole des fabrices ? _________________ www.strategikon.info
www.frogofwar.org |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15566 Localisation: Paris
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 12:20 Sujet du message: |
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En effet, c'est quelque chose comme ça.
Mais c'est un peu "en marge", de même que l'Espagne est un peu "en marge" du conflit.
Tiens, ça me donne une idée…  _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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Dronne
Inscrit le: 30 Jan 2014 Messages: 620 Localisation: France
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 12:27 Sujet du message: |
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| a écrit: | | des voitures roulant à toute vitesse, les flanCs ornés | Au cerises, ce sont mes préférés.
| a écrit: | | leurs copies espagnoles |
Juste pour la petite histoire, en ce qui concerne les armes à feu (*)les dépôts de brevets ne s'appliquaient en Espagne que si ces armes étaient fabriquées en Espagne. Donc l'industrie arumière espagnole fabriquait de grandes quantités de copies d'armes dont la qualité variait du "Saturday night suicide" à l'excellent.
La description de l'Espagne est déprimante! On dirait l'Angleterre des années 1870!
(*) J'ignore si ça s'appliquait à d'autres domaines _________________ Cinq fruits et légumes par jour, ils me font marrer! Moi, à la troisième pastèque, je cale.. |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11875
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 12:34 Sujet du message: |
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Je note " Ne pas se servir d'une arme espagnole pour me tirer dans la tête , sauf si je trouve que j'ai trop de doigts de pied". _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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Dronne
Inscrit le: 30 Jan 2014 Messages: 620 Localisation: France
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 12:38 Sujet du message: |
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J'ai oublié de préciser, que les grandes marques nord américaines et européennes n'avaient pas d'usines en Espagne ceci expliquant cela. _________________ Cinq fruits et légumes par jour, ils me font marrer! Moi, à la troisième pastèque, je cale.. |
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requesens
Inscrit le: 11 Sep 2018 Messages: 1640
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 13:02 Sujet du message: |
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@Dronne: l'industrie d'armement était trés developpée au Pays Basque et dans les Asturies . Elle fabriqua des armes d'excellente qualité en particulier pour l'armée française durant la 1º guerre ( Ruby 7.65 et copies du Browning 7.65 en particulier )
Quant au flan/flanc, je reconnais que la gourmandise est l'un de mes trés nombreux défauts.
@DMZ : la rèpètition était voulue mais maladroite..mea culpa !.
@Anaxagore : et encore vous n'avez pas vu la bagarre finale….l'hiver approche là aussi  _________________ "- Tous les allemands ne sont pas nazis, monsieur !
- Oui, je connais cette théorie, oui." |
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Dronne
Inscrit le: 30 Jan 2014 Messages: 620 Localisation: France
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 17:13 Sujet du message: |
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Les pistolets de type "ruby", les "92 Espagnols" étaient d'une qualité très inégale, comme dit plus haut, du très mauvais au très bon. Les principaux fabricants espagnols ne pouvant fournir les quantités spécifiées dans leurs contrats, ils se sont tournés vers des sous traitants. Les commissions d'achat françaises aussi.
Au sein d'un même lot, nonobstant la qualité des aciers et des traitements thermiques, les chargeurs et les pièces ne sont pas interchangeables sans ajustage. _________________ Cinq fruits et légumes par jour, ils me font marrer! Moi, à la troisième pastèque, je cale.. |
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requesens
Inscrit le: 11 Sep 2018 Messages: 1640
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 18:17 Sujet du message: |
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| Dronne a écrit: | Les pistolets de type "ruby", les "92 Espagnols" étaient d'une qualité très inégale, comme dit plus haut, du très mauvais au très bon. Les principaux fabricants espagnols ne pouvant fournir les quantités spécifiées dans leurs contrats, ils se sont tournés vers des sous traitants. Les commissions d'achat françaises aussi.
Au sein d'un même lot, nonobstant la qualité des aciers et des traitements thermiques, les chargeurs et les pièces ne sont pas interchangeables sans ajustage. |
Mes connaissances en armes de poing espagnoles des années 30 étant assez limitées, j'ai utilisé ce site :
http://www.sbhac.net/Republica/Fuerzas/Armas/Infanteria/Infanteria.htm#Pistolas
Il est assez complet et je l'ai trouvé plutôt bien fait. _________________ "- Tous les allemands ne sont pas nazis, monsieur !
- Oui, je connais cette théorie, oui." |
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Yak_Forger
Inscrit le: 29 Mar 2019 Messages: 9
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 18:39 Sujet du message: |
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Oui, de ce que j'ai entendu de mes connaissances qui font du tir, la qualité des armes espagnoles va de "tout à fait acceptable, même plutôt bonne" à "grenade mal déguisée en pistolet" c'est un peu comme les armes "Khyber Pass" au Pakistan, où chaque petit atelier fait des répliques d'armes au hasard en utilisant des lettres latines, cyrilliques et autres au hasard en frappant les marquages![/url] |
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Clappique
Inscrit le: 05 Mar 2017 Messages: 212 Localisation: Sud de la Durance
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 18:57 Sujet du message: |
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Bon récit - que je préfère d'ailleurs à "Une imposture" de Juan de Prada. Même thème mais scénario un peu trop acrobatique _________________ Si on ne croit à rien, surtout si on ne croit à rien, on est obligé de croire aux qualités du coeur quand on les rencontre, ça va de soi. |
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requesens
Inscrit le: 11 Sep 2018 Messages: 1640
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Posté le: Dim Mar 31, 2019 20:10 Sujet du message: |
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| Clappique a écrit: | | Bon récit - que je préfère d'ailleurs à "Une imposture" de Juan de Prada. Même thème mais scénario un peu trop acrobatique |
Merci pour le compliment ! Comme dirait Lucchini "c'est énorme"
je ne connaissais pas ce livre mais attendez-vous à des surprises à la fin des aventures de Luis/Ramon. _________________ "- Tous les allemands ne sont pas nazis, monsieur !
- Oui, je connais cette théorie, oui." |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15566 Localisation: Paris
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 10:01 Sujet du message: |
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La suite……
1er décembre 1942
Ostfront
Dépôt de la 250. ID (División Azul), Hrebinka (Ukraine) – « Je me suis réveillé tremblant de froid – je ne me souviens plus où je suis, mais je sais simplement que j’ai froid. Recroquevillé sur moi-même, les deux mains entre les genoux, les pieds gelés en dépit des bottes et des chaussettes de laine, les extrémités des doigts inertes et les articulations ankylosées, j’écoute la nuit.
Il y a quelque chose de plus que l’obscurité et le froid… une odeur de terre retournée, écrasée par le passage de milliers de camions, liquéfiée en un océan de boue par les pieds des hommes et les sabots des chevaux. Un océan dans lequel s’enlisent les bottes des soldats et les roues des engins mécaniques.
Mais ce qui m’a réveillé, ce n’est pas cela : c’est le danger. Non pas la peur mais le danger. Machinalement, ma main droite cherche le Lüger sous la capote qui me sert d’oreiller.
Maintenant je reconnais le bruit que j’ai entendu, le bruit métallique d’une attache, comme celle de la bretelle d’un fusil. Je lève la tête et… de nouveau le bruit, bref, grinçant. Une lumière se dessine sous la porte de la grange dans laquelle je dors.
Il ne reste des animaux qui ont vécu ici que l’odeur du fumier. J’aurais pu suivre le conseil du soldat allemand qui m’avait conduit là et expulser la fermière russe et son fils de leur chambre – j’aurais été au chaud près du poêle. La veille au soir, lors de mon arrivée, la maison était vide. Seul un grand lit métallique incongru dans cette cabane occupait la chambre. Les deux occupants habituels, le fils collé à sa mère, s’étaient recroquevillés dans un coin de la grange. A la lumière d’une misérable lampe qui laissait voir leurs yeux apeurés, j’avais alors tenté de leur faire comprendre que j’allais dormir ici et qu’ils devaient retourner à l’intérieur. Mais rien à faire – la mère secouait obstinément la tête. J’eus beau sortir un bout de pain et du lard de mon paquetage et les lui tendre, elle restait cachée parmi les meules de foin, tout en murmurant à voix basse des choses incompréhensible à l’oreille de son garçon, qui semblait avoir les pieds plantés dans le sol de terreur. De guerre lasse, je m’étais finalement improvisé un lit près du brasero avant de m’écrouler sur quelques mauvaises planches. Au matin, la grange était vide et la nourriture avait disparu.
La lumière vacillait toujours devant la porte – ce n’était ni une lampe électrique, ni une lampe torche mais bien une bougie. Or les civils russes n’ont plus guère de bougies. Une voix de femme murmura « Da, da Spanier » – elle avait parlé tout à la fois en russe et en allemand. De nouveau le bruit de la bretelle de l’arme qui grince. Je me redresse lentement, sans bruit, mon pistolet à la main. Une forme obscure pénètre lentement dans la pièce – je n’en discerne guère plus que le canon du fusil à la bretelle et la bosse du casque accroché à la ceinture.
Bon ! Au moins ce n’est pas un Russe qui vient m’égorger durant mon sommeil ! Je ne mourrai pas comme l’un des animaux de cette grange, ou comme l’un de ces soldats que l’on retrouve pendu ou la gorge ouverte au petit matin. C’est ainsi sur l’Ostfront : les guérilleros opèrent la nuit, sabotent les installations, exécutent des collaborateurs ou s’en prennent à des isolés. Puis les Allemands fusillent en représailles les voisins les plus proches, brûlent et rasent leurs maisons avant de planter un panneau indiquant qu’il s’agit là du châtiment pour ceux qui aident les partisans.
Au bruit du chien que je viens d’armer, la forme se fige : « Tranquille, je suis Garcia, sergent Demetrio Lopez Garcia, 2º compagnie, 1º bataillon du 269º. Je rejoins mon unité, on m’a dit que je pouvais dormir ici, qu’il y avait d’autres Espagnols. » Cet imbécile aurait pû s’annoncer ! Excuses, présentation
– Désolé, Sergent… Caporal Luis Reyes.
Salut militaire, suivi d’une rapide poignée de main. Sourire pincé, cigarette.
– Nous serons ensemble, bienvenue.
Mon nouveau compagnon jette un regard surpris autour de lui :
– Tu es seul ?
– Oui, mais nous devions être quatre.
La main en conque autour de sa cigarette comme pour en préserver la chaleur, Garcia semblait attendre la suite de l’histoire comme s’il fallait lui faire un dessin.
– Hier matin, un paco [franc-tireur] a tué un camarade puis, dans l’après-midi, un obus de mortier a eu les deux autres. Le premier est mort. Le second est à l’hôpital avec des éclats dans le bide – s’il a de la chance, il s’en sortira. Et de la chance, il en a déjà eu ! Tu vois, le matin le sol est gelé : les obus rebondissent et explosent en l’air et là tu prends tout dans le haut du corps et dans la tête. Mais parfois, l’après-midi, ça dégèle un peu. Du coup, l’obus pénètre et cette fois, c’est seulement pour les jambes. Et pour les infirmiers, c’est plus simple. Mais n’aie pas trop d’espoir : là, c’est fini. Avec le froid de cette nuit, demain, ça sera uniquement pour le buffet.
Il me regardait à travers la fumée de cigarette avec un air étonné.
– Comment s`appelaient-ils ?
– Les morts ? Diego et Bernardo. Le blessé Alejandro.
Garcia resta un moment silencieux.
– C’est comment ici ?
Avant de répondre, je soufflai la fumée par le nez avec une discrète exaspération. Comment lui raconter ce qu’était la guerre ici ?
– Je préfère que tu voies par toi-même – tu te feras ta propre opinion. Mais sache-le : ici, ce n’est pas une guerre fraîche et joyeuse. On se tue dans le froid et la boue. Et quand un Russe tombe, ce n’est qu’après avoir combattu avec courage, ou même avec férocité.
– Pourtant, d’après les journaux et la radio, les Rouges courent et se rendent en masse. Les Allemands disent même que ce ne sont pas des hommes ! Bon, en Espagne, j’ai fait la guerre contre les Rouges et ils se battaient bien… Mais c’était des Rouges espagnols. Alors, ici ?
Le sergent avait parlé d’une voix ferme où transparaissait la foi, sur un ton vibrant qui ne laissait aucune place aux doutes et aux hésitations. Un discours presque naïf, fait d’autant de loyauté que d’espérance.
– C’est au moins aussi difficile et sanglant qu’en Espagne, je crois. La semaine dernière, on a fini au corps à corps – beaucoup disaient que c’était pire que lors de la bataille de l’Ebre.
Un long silence incommode s’installa entre nous – c’est Garcia qui choisit de le rompre.
– Tu es là depuis longtemps ?
– Depuis le début.
– Moi, je viens d’arriver, avec les derniers renforts. Nous avons traversé l’Europe en train. Tu es d’où ?
– Barcelone.
– Moi de…
– Ecoute, je suis fatigué, j’ai besoin de me reposer, nous aurons tout le temps de parler demain – si on ne meurt pas tout de suite évidemment. Tu devrais dormir toi aussi. Mais avant, que dirais-tu d’ajouter un peu de bois dans le feu ?
Boudeur, Garcia prit quelques branches du tas qui gisait dans un coin de la grange et les jeta dans ce qui n’était, au fond, qu’un fût découpé dont les bords saillants avaient été aplatis. Puis, il s’enroula dans ses couvertures en me tournant le dos. Je l’entendis alors prier.
………
Le jour s’était levé. Comme de coutume, j’avais à peine fermé l’œil – s’il y avait quelque chose de pire que le froid et la faim, c’était bien le manque de sommeil. La fermière, avec son fils toujours accroché à sa jupe, réchauffait mon petit déjeuner : pain allemand, saucisse allemande, café allemand… Le petit me dévisageait d’un regard fixe et effrayé – du moins tant que je ne le regardais pas. Ses yeux s’attardaient souvent sur l’étrange écusson qui ornait ma manche… Sa tête paraissait énorme en comparaison de sa poitrine creuse, de ses bras et de ses jambes fragiles. Il me faisait pitié.
La porte s’ouvrit pour laisser entrer mon nouveau compagnon. La mère et le fils considérèrent un instant le nouveau venu sans trop savoir quoi faire. Ils ressemblaient à deux chiens battus qui hésitaient sur la conduite à tenir : quémander une caresse ou s’éloigner.
A la lumière du jour, je pus enfin détailler Garcia : 25 ans ou un peu plus, la mâchoire carrée, la moustache fine et bien taillée, le cheveu noir peigné en arrière, le regard à la fois lointain et énergique. Un air de John Gilbert qui devait vraisemblablement plaire aux femmes. Il portait un paquet entouré de papier brun sous le bras. Un bref salut dans ma direction, et il s’approcha du foyer – ce qui fit fuir immédiatement les deux Russes.
– En prévision de mon arrivée au front, j’ai rapporté d’Espagne quelques provisions offertes par ma famille et une bouteille de cognac, me lança-t-il avec un large sourire.
Sur ce, il vida la poêle, avant de défaire la corde et le papier qui entouraient des charcuteries. Il paraissait invraisemblable qu’elles aient pu traverser l’Europe et la moitié de la Russie pour être là devant moi, intactes, dans une ferme près de Kiev.
Garcia commença à frire des chorizos. Le grésillement de la graisse et l’odeur de la viande chaude firent réapparaître la mère et l’enfant. Ils étaient maintenant devant la porte, leurs yeux fixés sur la poêle et sur le paquet ouvert. Ils avaient l’air d’être totalement affamés.
Garcia aussi les avait vus – tout en me jetant un regard, il découpa sur un plat improvisé deux tranches de pain puis déposa sur chacune d’entre elle une demi-saucisse, presque négligemment, avant de pousser le tout vers l’extrémité de la table. Cette fois-ci, l’enfant bougea le premier. Il saisit à pleines mains sa pitance brûlante pour la manger sans lever la tête, presque sans respirer. La mère, de son côté, restait en retrait sans savoir que faire. Finalement, elle s’empara également du pain rouge de graisse avant de battre de nouveau en retraite.
Le caporal ouvrit la bouteille de cognac, se versa la moitié de mon café et compléta le restant avec l’alcool. Pendant ce temps, la femme était revenue – elle frappa doucement sur le montant de la porte, avant se lancer dans un rapide discours en russe, tout en faisant de grands gestes qui ressemblaient vaguement à une bénédiction. Sa bouche était rouge de chorizo. Et finalement, avant que nous n’ayons pu dire quelque chose, elle s’était agenouillée devant nous pour nous baiser les mains, laissant sur notre peau un mélange de larmes, de salive et de graisse. « Spanier, kameraden » disait-elle.
Après son départ, et après avoir également englouti le repas, j’expliquai à Garcia que le fermier avait été fusillé – la mère était seule avec l’enfant.
– Un guérillero ?
Je secouai la tête.
– Une nuit, un officier allemand et son ordonnance ont été abattus. En représailles, les Allemands ont fusillé vingt Russes pris au hasard. Ils ont laissé les cadavres geler sur place.
– C’est triste, mais tout ça… C’est la faute des communistes. Ce sont les responsables des malheurs de ce pays. Une fois vainqueurs ici, ils ont empoisonné toute l’Europe – un venin mortel qui a failli réussir en Espagne. Ce sont eux les vrais coupables.
– Cette nuit tu allais me dire que tu étais originaire de… ?
– De Navarre, un village à cinquante kilomètres de Pampelune, près de Batzan.
Nous avons parlé encore un moment de l’Espagne, de la famille et des femmes avant qu’une Kübelwagen avec quatre passagers à bord s’arrête devant l’isba. Un officier en descendit en premier : « Je suis le lieutenant Escriva. Je cherche un volontaire pour faire des photos. » D’un mouvement du menton, il indiqua avec une sorte de mépris le soldat qui se débattait derrière lui avec son matériel photographique. « Et comme je ne veux pas d’un autre de ces bureaucrates de l’état-major divisionnaire, l’un d’entre vous va donc avoir la chance d’illustrer les affiches appelant à la mobilisation contre le communisme. Appelez les autres. »
Nous nous sommes regardés avec gêne, et Garcia – privilège du grade – a répondu : « Nous sommes seuls, mon lieutenant, les autres ne pourront pas venir. » L’officier nous considéra puis ferma les yeux un instant : « Je comprends, personne ne m’a informé. »
Le photographe regroupa la “famille” de paysans devant l’entrée de la cabane - il était arrivé accompagné par deux enfants : un garçon et une fille, plus propres, bien mieux habillés et bien mieux nourris que le fils de la fermière. Celui-ci fut rapidement écarté du groupe et sa mère se retrouva donc tout à coup avec une nouvelle et provisoire progéniture. Quand le technicien eut enfin fini ses réglages, il accrocha au rebord du toit un panneau aux couleurs de la Division Azul, qui appelait les Espagnols au combat contre le bolchevisme – les photos de Franco et d’Hitler ornaient les coins supérieurs. Nouveau réglage, nouvelle patience. Puis Escriva me lança : « A vous, caporal. »
Comment faire ? Surtout ne pas apparaître en photo et encore moins sur les murs de Barcelone !
– Mon lieutenant, avec tout le respect que je vous dois, pourquoi ne prenez-vous pas le sergent ? Il arrive directement d’Espagne et a bien meilleur aspect que moi. Je suis sûr que cela ferait une excellente photo.
Un rapide coup d’œil confirma mes propos et le héros changea de visage. Le photographe se mit à donner ses directives : « S’il vous plaît sergent, rapprochez-vous et passez un bras autour des épaules des enfants. »
Les poses se succédaient alors qu’il faisait –10º, mais l’opérateur n’était décidément pas satisfait. Il voulait des sourires alors que les lèvres étaient gelées et que derrière lui s’élevaient les fumées des derniers bombardements – dans le lointain, l’artillerie allemande répondait à son homologue soviétique sans se soucier de la propagande. J’imaginais les conditions qu’on aurait dû décrire aux recrues pour leur dire la vérité : « La nuit, la température est polaire, jusqu’à –20° ! Le combustible gèle dans les réservoirs et les équipages de char maintiennent un feu de brindilles sous leur blindé au risque de le faire sauter ! Engagez-vous, qu’est-ce qu’on s’amuse sur le front russe ! » Non, je ne voyais pas ce qui aurait pu améliorer notre humeur. »
………………………
– Notre Généralissime a bonne mine, et le Führer aussi – on dirait qu’ils rentrent tous les deux de vacances, murmura Luis cyniquement, mais pas assez bas pour que l’officier ne puisse l’entendre. Ce dernier lui coula un regard en biais et eut un léger sourire, il connaissait ce caporal – un bon soldat, récemment promu, consciencieux et discret, il se rappelait l’avoir vu au tout début lors de l’entrainement en Pologne.
Le photographe les ramena à la pénible réalité : « Pouvez-vous prendre une attitude plus enthousiaste ? » Les Russes, qui ne comprenaient pas ce que l’on attendait d’eux, commençaient à s’agiter, la frayeur se dessinait petit à petit sur leurs visages.
– Finissons-en avec cette comédie – vous quatre, souriez comme si vous alliez dîner au chaud ! Et vous, le photographe, prenez vos clichés ou bien je vous plante là avec votre matériel !
Quelques instants plus tard, l’opérateur décrétait qu’il avait ce qu’il voulait. Pendant qu’il rassemblait ses plaques dans des housses de tissu, le lieutenant s’approcha du caporal : « Nous nous connaissons, non ? » demanda-t-il en offrant une cigarette.
– Oui mon lieutenant, nous nous sommes croisés plusieurs fois depuis que nous sommes ici.
Reyes connaissait l’histoire de cet officier, sobre, taiseux, qui aurait pu évoquer les batailles auxquelles il avait participé durant les trois ans de guerre civile, mais qui préférait garder le silence, en simple soldat ayant gravi les échelons un par un. Il alluma les cigarettes. Escriva le remercia d’un sourire, il parut soudain plus jeune – en réalité il faisait simplement à nouveau son âge. Son rictus était triste et fatigué, comme s’il avait vu beaucoup trop de choses en beaucoup trop peu de temps. La mélancolie avait tracé son chemin sur son visage et s’inscrivait à présent dans ses yeux.
– Comment ça se présente, mon lieutenant ?
– Pour autant que je le sache, on se bagarre sur tout le front.
Garcia s’était approché et salua militairement l’officier qui lui offrit également une cigarette. Il était perplexe, ce qu’il entendait ne correspondait vraiment pas à ce que l’on lui avait raconté en Espagne.
– Mais mon lieutenant pourquoi se battent-ils pour un régime coupable de tant de crimes, qui n’a apporté que la mort, la faim et la misère ? En Espagne, on nous a raconté que…
– Vous verrez, sergent, que la vérité est très différente de tout ce qu’on a pu vous dire. Les gars d’en face ne se battent pas parce qu’ils sont communistes. Certains le sont – mais pas tous. Par contre, tous se battent parce qu’ils sont Russes et que la Russie est leur terre. Staline a rouvert les églises et le clergé bénit de nouveau la Sainte Russie.
– Il y a des prêtres et des églises ici ?
Les yeux de Garcia exprimaient son incrédulité.
– Aujourd’hui, sergent, les soldats rouges prient pour la Mère Russie, c’est leur patrie. Et depuis les Mongols, les Russes ont toujours fini par expulser leurs envahisseurs : les Suédois, les Français, les Turcs.
Luis se rappela ce poème que récitait Christian, son locataire allemand : « Tôt ou tard la mort arrive à tout homme sur la terre, et comment mourir mieux qu’en affrontant un danger terrible pour les cendres de ses pères et l’autel de ses dieux ? »
– Alors nous serons les premiers à les vaincre depuis… les Mongols !
– Mais oui sergent, nous allons tout faire pour que ce soit le cas.
Après un nouveau sourire et un bref salut, Escriva se dirigea vers son véhicule. Luis le regarda partir. Avec son air mélancolique, il ressemblait à un héros marchant vers le sacrifice. Reyes et Garcia restèrent un instant silencieux.
– Quel drôle de gars ! souffla Garcia en retournant vers l’isba.
– Rentrons avant de geler. Si tu m’offres un autre cognac, je te raconte son histoire.
………
Devant le poêle, les deux hommes se réchauffaient. Leurs membres retrouvaient peu à peu leurs sensibilités. Les Russes, de leur côté, avaient encore disparu. Ils étaient probablement en train de fouiller les poubelles des cuisines à la recherche de nourriture.
Après avoir bu une première gorgée de cognac, Luis commença à parler : « Escriva voulait devenir prêtre, il a toujours eu la vocation. C’est le genre de gars qui, à 10 ans, souhaite devenir missionnaire et rêve secrètement de mourir en martyr bouffé par des sauvages cannibales et païens. »
Garcia rit en imaginant le lieutenant Escriva, ses bottes, ses gants et tout son brêlage en train de cuire dans une énorme marmite sous le regard affamé de Papous armés de lances.
– Oui je vois, j’étais un peu comme ça enfant. Mais c’était avant de vouloir devenir pilote puis conducteur de voiture de course.
– En juillet 36, il était étudiant séminariste à Barbastre, en Aragon. A la fin du mois de juillet, un groupe de miliciens anarchistes entrèrent dans le bâtiment et regroupèrent tous les religieux, de l’évêque au plus jeune clerc. A ce moment-là, Escriva était seul aux archives. Ne sachant que faire, il se cacha et attendit.
De là où il était, il entendait tout : les cris des prêtres, les aboiements des gars de la CNT qui exigeaient que leurs prisonniers renient leur foi, et le bruit des meubles que l’on brisait. Au bout de 24 heures sans avoir bu ni mangé, Escriva comprit qu’il n’avait que deux options : se rendre ou fuir. La nuit suivante, il réussit à faire le mur puis, en marchant vers l’ouest à travers champs, il rejoignit la zone nationale vers Huesca.
Quelques jours plus tard, alors qu’il était à Saragosse, il apprit que les soixante religieux avaient été fusillés. Apparemment, durant toute cette période, les miliciens avaient séparé leurs prisonniers et continué à les harceler. Ils les surveillaient pour les empêcher de prier, ils amenaient des prostituées pour essayer de les tenter… Et comme ce fut un échec total, ils employèrent finalement la manière forte. En l’espèce, ils torturèrent l’évêque et finirent par le castrer, avant de tous les coller contre un mur.
Le visage de Garcia se renfrogna.
– Quelle horreur, soixante prêtres, des hommes de Dieu, innocents et sans défense. Pourquoi faire cela ?
– Parce qu’ils étaient Rouges et faisaient leur travail de Rouges – c’est dans l’ordre des choses. Sans doute plus que de voir les troupes maures partir au combat avec le Sacré-Cœur épinglé sur leur uniforme.
– Que veux-tu dire, tu ne crois pas en Dieu ?
– Ce n’est pas ça, je dis simplement qu’il était naturel que, comme l’église soutenait les nationalistes, les Rouges s’en soient pris aux religieux. Ils les considéraient comme des ennemis mortels. Rappelle-toi l’évêque de Pampelune, ton évêque donc, qui promettait cent jours d’indulgence à celui qui tuerait un marxiste. Tu connais cette vieille plaisanterie : en Espagne il y a un religieux pour 500 personnes, 250 le suivent avec un cierge et 250 avec un couteau. Que veux-tu, depuis des siècles, chaque fois que le peuple s’est révolté, il s’est retrouvé face à l’Eglise. Une seule exception : la guerre d’indépendance contre les Français.
Garcia sursauta comme s’il avait été insulté, mais Reyes ne lui laissa pas le temps de répliquer.
– D’ailleurs, cela nous ramène à Escriva. Après la nouvelle de la mort de ses condisciples, il s’effondra et passa plusieurs jours à se demander pourquoi lui était là, alors que tous les autres avaient été exécutés. Pourquoi la main de Dieu l’avait-elle épargné ? Eux étaient morts mais lui vivait encore. Il devait y avoir une raison, la Providence avait probablement un dessein pour lui. A ce moment-là, tout le monde pensait qu’il allait reprendre ses études et se consacrer à la prêtrise. Mais il décida de s’engager comme simple soldat.
Il se fit rapidement connaitre : volontaire pour toutes les missions, d’une bravoure quasi suicidaire… mais sans aucun goût pour la vengeance. Pour lui, la guerre n’était pas une croisade, mais bien une sorte de rédemption. Il se battait pour sa foi, mais désirait également comprendre les raisons qui poussaient ses adversaires à lutter. Il prit donc part à toutes les batailles du début de la guerre : Madrid, Brunete, le nord. Il aurait dû être promu assez vite, mais il se passa quelque chose.
Garcia manifestait son intérêt en s’agitant sur son siège.
– Lors de l’offensive sur Bilbao, son capitaine, un phalangiste convaincu, voulait fusiller sans attendre un groupe de prisonniers basques. Certains étaient croyants et souhaitaient se confesser afin de recevoir le pardon avant leur mort. Mais cet officier ne voulait pas en entendre parler et avait déjà rassemblé le peloton d’exécution.
Escriva s’est alors approché des prisonniers et a mis un genou à terre afin de les entendre en confession ! Le capitaine, interloqué, lui demanda ce qu’il faisait. Il lui répondit que jusqu’à récemment encore il était séminariste. Qu’il voulait devenir prêtre car il était porté par son amour des autres. Et qu’il ne pensait pas pouvoir admettre que des hommes, fussent-ils ses ennemis, puissent mourir sans le secours de la religion. Le peloton regardait, incrédule. Le capitaine persifla alors qu’il n’était pas prêtre et que sa généreuse tentative ne servait à rien – ce à quoi Escriva répondit tranquillement que jusqu’au Moyen-âge, n’importe quel chrétien pouvait écouter en confession son prochain puis lui donner l’absolution. Comme tu peux l’imaginer, cela mit en fureur l’officier qui l’insulta en le traitant de mou, de misérable, de canaille… avant de finalement le menacer de son arme. Pendant ce temps, Escriva continuait, imperturbable, et l’on entendait a intervalles réguliers des “Ego te absolvo”. De son côté, le peloton commençait à montrer des signes de nervosité ! Et quand il vit que l’un des derniers prisonniers pleurait de terreur, Escriva s’approcha de lui et lui dit d’une voix calme : « Tu as de la chance, mon frère, car tu sais quand tu vas mourir. Et connaître l’heure de sa mort est une grande chance. Tu sais que tu ne rejoindras pas le créateur en état de péché. Tous ces hommes ici (il montrait d’un geste de la main le peloton d’exécution) peuvent mourir aujourd´hui ou demain dans un fossé sans l’assistance d’un camarade ou d’un prêtre. Toi qui meurs pour tes idées, prie, car je vais t’absoudre. » Tout le monde – condamnés comme bourreaux – regardait cet homme qui paraissait traverser cette tourmente sans noircir son âme.
Evidemment, le capitaine chercha à le faire passer en conseil de guerre, mais cela lui fut refusé, Escriva fut simplement muté. Par une étrange ironie du destin, tu sais comment s’appelait ce capitaine ? C'était Monasterio. Oui, notre commandant Monasterio ! Le hasard – ou appelle ça comme tu veux – les a réunis de nouveau.
Garcia garda le silence un long moment. Il alluma une cigarette et, après quelques bouffées, demanda finalement : « Et ici, comment se comporte Escriva ? »
– Une partie de ses hommes l’adore et une autre verrait sa mort d’un bon œil. Il continue à refuser que l’on maltraite les prisonniers – tu verras rapidement que les bottes de feutre des Russes sont très recherchées, et il accepte les missions les plus périlleuses. Mais d’un autre côté, il ne demande rien à ses hommes qu’il ne soit capable de faire et il essaye de veiller sur eux.
Luis termina son quart, alluma la première cigarette de la journée et se leva.
– La zone est calme, nous avons encore toute la journée à passer ici. Je pensais aller à l`hôpital de campagne, pourquoi ne viens-tu pas ?
– Voir… Alejandro ? C’est ça ?
Luis confirma d’un mouvement de tête.
– C’est quel genre de type ?
– Je te raconterai en chemin, pour le moment voyons si quelqu’un peut nous déposer.
(A suivre…)
Dernière édition par Casus Frankie le Lun Avr 01, 2019 14:55; édité 1 fois |
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Pendjari

Inscrit le: 06 Juin 2018 Messages: 1303 Localisation: Nantes
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 14:36 Sujet du message: |
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Superbe !
Le Commandant Monasterio est-il un proche parent du même, ennemi juré de Zorro alias Don Diego Delavega ?  _________________ "J'ai glissé Chef !" |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11875
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 14:41 Sujet du message: |
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Je n'avais pas fait le rapprochement... bon sang après avoir échoué à conservé la Californie, la famille a recherché sa revanche sur le front russe. Comment on dit en espagnol : " Cherchez-vous un vrai job ! Je ne sais pas mannequin de crash-est, vous avez les compétences pour " ? _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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