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Août-septembre 43, les Belges
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 17:23    Sujet du message: Août-septembre 43, les Belges Répondre en citant

L'épisode d'aujourd'hui de Dragon était court.
Pour compenser, un petit supplément de Belges, par Wil Coyote & Benoit XVII. Il y a évidemment un lien très net avec Dragon.



10 août 1943
Claridge’s Hotel, Londres
– C’est dans ce palace londonien, rénové en 1929 par le pionnier de l’Art Déco Oscar Milne, que le prince Charles de Belgique a élu domicile pour son exil londonien. Contrairement à son rival, le Carlton, le Claridge a été miraculeusement épargné par le Blitz, et le comte de Flandre y côtoie donc le roi Haakon de Norvège, ou Pierre de Yougoslavie, qui y descend lorsque les impératifs diplomatiques le conduisent en Grande-Bretagne.
Etant donné l’impossibilité de réunir les Chambres en Congrès à Londres avec un quorum suffisant pour lui conférer la régence, le Gouvernement belge lui a octroyé le titre de « Lieutenant-Général du Royaume ». Malgré sa sonorité ronflante, cet honneur n’a aucune portée constitutionnelle. Cependant, le Gouvernement a mis en pratique envers le Prince certains protocoles qui peuvent donner à ceux qui ne sont pas versés dans les arcanes de la Constitution de 1830 l’impression que la monarchie a repris son rôle dans le fonctionnement des institutions belges en exil, rétablissant ainsi l’unité du pouvoir exécutif. Le microcosme politique belge de Londres entretient délibérément cette confusion, qui renforce sa légitimité à l’égard des Alliés, tout en prévenant les initiatives intempestives que pourraient entreprendre certains esprits impétueux au nom d’autres membres de la famille royale…
C’est ainsi que le Premier ministre Hubert Pierlot se présente aux appartements du Prince pour leur entretien hebdomadaire, réminiscence du « colloque singulier » qui l’amenait chaque vendredi au Palais Royal avant l’invasion. Il n’aurait jamais cru que ces audiences, par la force des baïonnettes allemandes, auraient dû déménager de la Place des Palais, à Bruxelles, vers cet établissement dont, en sobre Ardennais, il réprouve le style clinquant. Certes, il y eut un précédent entre 1914 et 1918, mais le déplacement avait été moins long, puisque Charles de Broqueville avait siégé à Sainte-Adresse. Enfin, les finances tiennent bon, l’Armée se bat et la Belgique réussit à se faire entendre (un peu) lors des conférences interalliées… Les choses auraient pu être pires ! Et même si le Roi est prisonnier, déporté on ne sait où en Allemagne, les Enfants royaux assurent à Londres la pérennité de la dynastie. On a même réussi à récupérer de façon assez rocambolesque leur grand-mère, la reine Elisabeth, et à faire évader le prince Charles.
André de Staercke, un jeune et brillant fonctionnaire que Pierlot a détaché de son cabinet pour assurer le secrétariat du Prince, vient le tirer de ses pensées.
– Bonjour Monsieur le Premier ministre, Son Altesse Royale va vous recevoir. Si vous voulez bien me suivre…
De Staercke introduit alors Pierlot dans une pièce dépouillée principalement meublée d’un grand bureau, derrière lequel se tient le Prince Charles.
– Monsieur le Premier ministre, prenez place, je vous prie, marmonne le Prince, une cigarette aux lèvres, en désignant de la main deux fauteuils recouverts d’un tissu écossais vert et jaune passablement élimé.
Alors qu’Hubert Pierlot s’exécute, le Prince écrase sa cigarette dans un cendrier débordant et vient le rejoindre. De Staercke, lui, prend place à quelque distance sur une chaise, muni d’un crayon et d’un bloc-notes.
– Alors, quelles sont les nouvelles du front d’Italie ?
– Le front est calme depuis quelque temps, Monseigneur. La prise de Sienne reste le plus beau fait d’armes de notre 4e Division d’Infanterie – pour l’instant !
répond Pierlot.
– Une division belge combattant la Wehrmacht pour libérer la Toscane ! Décidément, cette guerre nous aura conduit aux configurations les plus improbables… Depuis mon arrivée à Londres, j’ai pu mesurer les efforts remarquables que, sous votre conduite, le Gouvernement a menés pour reconstituer notre force armée. Permettez-moi de vous en féliciter.
– Je n’ai fait que mon devoir, Monseigneur,
répond Pierlot en rosissant de plaisir. Il ne peut s’empêcher de penser à quel point la chaleur un peu gauche du Prince tranche avec le style impérieux et cassant de son frère.
– Et la Belgique vous en sera toujours reconnaissante, ainsi qu’aux autres membres de votre équipe, d’ailleurs. De quels sujets venez-vous donc m’entretenir aujourd’hui ?
– Monseigneur, une nouvelle opération, d’envergure… inédite, se prépare en Méditerranée pour les prochaines semaines. Je puis aujourd’hui partager plus de détails avec Votre Altesse, mais sachez que les plans prévoient la participation d’un important contingent de troupes belges.
– Je crois que je devine ce dont il peut s’agir,
répond le Prince attentif, mais je ne vous poserai pas de question. Enfin si, une… Dites-moi, Monsieur le Premier ministre, ne serait-il pas plus sage d’économiser nos forces en vue de la libération du territoire national ? Nous ne pouvons guère remplacer nos pertes dans les circonstances présentes. Les Américains sont sûrement en mesure de fournir des troupes en grand nombre. Notre contribution à la campagne d’Italie donne déjà tous les gages de notre loyauté et de notre esprit de sacrifice envers nos Alliés.
– Vous venez d’exprimer, Monseigneur, ce qui était la position initiale du Gouvernement lorsque nous est parvenue cette demande d’engagement de nos troupes de la part des Alliés. Cependant, il semblerait qu’avec les nombreux fronts à couvrir, nos Alliés tombent quelque peu à court. Les Américains manquent encore de troupes expérimentées, surtout dans certaines… spécialités. Sans notre concours, il aurait donc fallu se résigner, soit à restreindre l’ampleur de l’opération en question, soit à la reporter au printemps 1944. L’une comme l’autre de ces éventualités auraient été regrettables, tant du point de vue de la Belgique que de celui des Alliés. C’est pour cela que nous avons consenti à cet effort. Nous voyons dans cet engagement l’opportunité d’engranger un certain nombre de dividendes diplomatiques vis-à-vis de nos Alliés. Mais cela implique de donner à notre contribution un maximum de visibilité. Je suis certain que le Gouvernement a pris la bonne décision. Je ne doutais pas que vous partageriez notre avis, Monseigneur, je vous en remercie.
– Assurément, cela me semble avisé.
– Et c’est là que Votre Altesse pourrait nous venir en aide.
– Vraiment ?
– Au nom du Gouvernement, je voudrais demander à Votre Altesse de rendre visite à nos troupes stationnées dans la région. Non seulement votre présence sur place aura un impact positif sur le moral de nos soldats, mais le prestige lié à votre rang attirera les regards de la presse internationale, lui rappelant opportunément les contributions majeures de nos forces armées à la cause commune.
– Monsieur le Premier ministre, vous voyez comment joindre l’utile à l’agréable. Je mets mon humble personne à l’entière disposition du Gouvernement, et je serais ravi de passer la fin de l’été dans la douceur du climat méditerranéen.
– Merci, Monseigneur. Il conviendrait de planifier votre départ vers Alger pour début septembre. Cependant, afin d’éviter de donner des indices malencontreux à l’ennemi, nous devrions cadrer cette visite dans le cadre d’une tournée générale des troupes belges. Quoi de plus naturel comme initiative de la part du Lieutenant-Général du Royaume, n’est-ce pas ?
– Absolument, vous avez entièrement raison ! Vous pensez vraiment à tout.
– Nous pourrions commencer par nos camps d’entraînement en Irlande du Nord, dès la semaine prochaine par exemple ?
– La perspective d’affronter le climat irlandais m’enchante moins, mais je suis prêt à tous les sacrifices pour le bien supérieur de la Nation.
– Le Gouvernement tout entier admire à quel point Votre Altesse prend son rôle à cœur. Monsieur le ministre Delfosse vous accompagnera dans vos déplacements, et vous retrouverez Monsieur Spaak à Alger, où il vous aura précédé. L’unité parfaite entre la Dynastie et le Gouvernement sera ainsi démontrée avec éclat.
– Vous m’impressionnez, tout est réglé comme du papier à musique. Et puisque vous parlez de la Dynastie, une dernière chose, Monsieur le Premier ministre. En passant en Italie, pourrai-je rendre visite à ma sœur, la princesse Marie-José, et à ma dernière nièce, à titre privé s’entend ?
– Je ne pense pas que le Gouvernement y verra d’objection, Monseigneur. Du moment, bien sûr, que vous ne rencontrez pas votre beau-frère !
– Soyez tranquille, à ce que j’en comprends, ma sœur tient désormais son époux à bonne distance !

………
C’est donc un Pierlot tout rasséréné qui rejoint Eton Square après son audience princière. Tout est tellement simple avec Charles, qui a parfaitement compris la place d’un souverain constitutionnel au XXe siècle : écouter ce que lui disent ses Ministres, les encourager et se conformer à leurs conseils avisés. Ah, si seulement l’ordre des naissances avait été inversé avec son frère, quels embarras aurait-on pu éviter !
L’après-midi, le Gouvernement confirme son accord pour une tournée d’inspection du prince Charles aux troupes belges en Grande-Bretagne et en Méditerranée. Il autorise également une visite privée du Prince à sa sœur.


16 août 1943
Camp d’entraînement des forces belges, quelque part en Irlande du Nord
– Le prince Charles, en tenue de campagne de lieutenant-général, et le ministre Delfosse débarquent d’un avion de liaison sous les yeux affolés de deux majors chargés d’accueillir « les autorités » dont on leur avait signalé l’arrivée, sans autre précision. Et bien sûr, pas de radio dans les jeeps pour prévenir les Divisions !
A propos de jeeps, ce ne sont pas vraiment des véhicules dignes d’un prince et d’un ministre ! Les deux majors s’excusent en bafouillant, mais Charles sourit : « On m’en a dit le plus grand bien de ces véhicules ! Certes, cela ne vaut pas une Minerva question confort, mais on fera avec, n’est-ce pas Monsieur le ministre ? »
Les deux majors parviennent malgré tout à trouver le moyen de sauver les meubles. L’un d’eux fonce avec sa jeep pendant que l’autre, qui accompagne les visiteurs, ordonne à son chauffeur de rouler assez lentement « pour éviter les cahots ». Le premier arrive au bâtiment qui abrite les états-majors des deux divisions, saute du véhicule, hurle à la garde de présenter les armes et court à toutes jambes alerter ses supérieurs.
Les généraux Piron (1ère DB) et Jans (3e DI) sont en conférence avec leurs états-majors. Après quelques instants de confusion, ils doivent reconnaître que le major n’a pas forcé sur le whisky quand celui-ci, voyant arriver le Prince, claque des talons et s’écrie « Messieurs, son Altesse Royale le Prince Charles ! »
Garde-à-vous incrédule des officiers…
– Repos messieurs ! déclare le Prince. Général Piron, Général Jans…
– A vos ordres, Monseigneur…
– A vos ordres…
– Je suis venu avec Monsieur le ministre prodiguer quelques encouragements à vos hommes.
– C’est un honneur, Monseigneur.
– Dites-moi, général Piron, vous êtes maintenant un habitué des visites royales, je crois ?
– En effet Monseigneur, Sa Majesté la reine Elisabeth nous a rendu une visite pour le moins inattendue en Italie au Nouvel An.

Pendant que le Prince discute avec les généraux, le colonel van Malcotte de Kessel, CEM de la 1ère DI, fait discrètement (et rapidement !) mettre en place un détachement d’honneur dans la cour, puis revient et fait un signe à Jans. Celui-ci s’adresse au Prince : « Monseigneur nous fera-t-il l’honneur de passer les troupes en revue ? »
– Mais très certainement général. De quel Régiment s’agit-il ?

Malcotte de Kessel vient opportunément au secours de son chef : « Un détachement du 1er Guides et un du 18e de Ligne, Voter Altesse ! »
– Ah, le 1er Guides ? Quelle bonne idée ! Allons-y.

Piron prend par la manche le CEM de la 1ère DI : « Bon boulot ! Le Prince a l’air ravi de voir les Guides ! »
– C’est qu’il a servi au 1er Guides, mon général ! Je m’en suis souvenu juste à temps !

Le Prince est ravi, en effet, mais pas plus que les hommes lorsqu’ils se voient passés en revue par le frère de leur commandant en chef prisonnier. Les récits les plus invraisemblables circulent sur les circonstances de son évasion, et d’aucuns voient en lui une réincarnation du Till l’Espiègle, le héros national qui joua bien des tours jadis à l’occupant espagnol.


4 septembre
Aéroport d’Alger Maison-Blanche, 10h00
– Le Short Stirling sommairement aménagé en transport de personnalités et mis à la disposition du gouvernement belge par la RAF se pose sans incident. A son bord, le prince Charles et le ministre Delfosse. Au bas de la passerelle, l’ambassadeur Richard et le lieutenant-général Keyaerts les accueillent, ainsi que le ministre Spaak, qui les a précédés de quelques jours. De nombreux journalistes de la presse internationale, alliée et neutre, sont également présents et un détachement du GC I/41 rend les honneurs.
– Monsieur l’ambassadeur Richard, Général Keyaerts, bonjour !
– Bonjour Monseigneur, le voyage s’est-il bien passé ?
– Très bien.
– Voulez-vous passez les troupes en revue ?
– Mais certainement général, c’est même devenu une de mes activités favorites ces dernières semaines. De quelle unité s’agit-il, cette fois-ci ?
– Du Groupe de Chasse I/41.
– Groupe de chasse ? Ah oui, ici vous suivez l’organisation française.
– C’est cela, Monseigneur. En Angleterre, ils suivent celle de la RAF.
– Allons, ne faisons pas attendre nos hommes, la chaleur est déjà pesante.

En début d’après-midi à l’ambassade, en présence du Prince et des ministres, les généraux Keyaerts et Collinet présentent le déploiement des troupes belges en Méditerranée. Pour terminer, en fin de journée, le Prince est reçu par le Président Reynaud, protocole oblige. Au grand soulagement des diplomates des deux pays, la rencontre ne sort pas de l’échange de quelques banales courtoisies, ce qui vaudra au Prince quelques bonnes notes supplémentaires de la part du monde politique pour son comportement strictement constitutionnel.
Il est prévu que, le lendemain, le prince Charles commence par inspecter la Tancrémont et les Chasseurs Ardennais, à Sfax, en compagnie du général Keyaerts et du ministre Delfosse, puis qu’il se rende à Pescara pour rencontrer les hommes du Groupement Charlier, qui s’entraînent pour une mission spéciale sur laquelle le secret est encore maintenu.


5 Septembre
Visite princière
Entre Alger et Bizerte, 06h00
– Dans le DC-3 aux couleurs belges, un aide de camp se penche vers le général Keyaerts. Celui-ci hoche la tête et se rend près du siège du prince Charles : « Monseigneur, je dois vous avertir que nous n’allons plus à Sfax. Nous volons vers Bizerte, où la brigade a été envoyée. »
– Drôle de changement de programme ! Cela n’a pas grande importance, mais vous auriez pu m’informer hier !
– Hier, Monseigneur, ce n’était pas possible. Je n’avais moi-même pas de certitude et il m’était de toute façon interdit de vous en parler, même à vous, Monseigneur.
– Comment cela, même à moi ! Je suis Lieutenant-Général du Royaume et… Oh. Je comprends. Alors, c’est pour bientôt ?
– Pour demain, Monseigneur. Les hommes doivent s’en douter, mais ils ne seront effectivement informés qu’en mer.
– Merci, Général. J’espère d’autant plus pouvoir leur apporter quelques encouragements.

………
Aérodrome de Bizerte, 07h00 – Le DC-3 se pose et se range près des autres avions de transport. Une grosse berline américaine portant trois étoiles, accompagnée de deux autres voitures, vient chercher les passagers au pied de l’appareil. Prince, ministre et FBM montent dans la Buick et le convoi file vers la zone d’attente de la Tancrémont, à la sortie du port.
………
Port de Bizerte, 07h30 – Appuyé sur le char de tête d’une colonne, le lieutenant-colonel Dumont règle avec le capitaine Jockin le débarquement de son escadron : « Jockin, vous débarquez en tête de la brigade avec les chars des Lanciers, votre objectif est d’appuyer les fantassins. »
– Bien reçu, mon colonel.

A côté d’eux, le chef du char est en train de régler ses radios quand il voit arriver de loin les trois voitures noires. Par curiosité, il prend ses jumelles et, quelques instants plus tard, se penche vers ses supérieurs : « Mon colonel ! »
– Oui, Logis ?
répondit Dumont.
– Heu, y’a trois voitures qui arrivent par ici et celle du milieu a trois étoiles sur la calandre…
– Hé bien, c’est un général français qui vient rendre visite à ses hommes.
– Un général français ne se déplacerait pas dans une voiture avec un fanion belge, mon colonel !
– Quoi ! Jockin, courez chercher le colonel De Troyer. Logis, vous voyez qui c’est ?
– Non mon colonel, désolé !

Les voitures s’arrêtent à quelque distance ; Keyaerts descend en premier.
– Bon, commente Dumont, c’est le FBM. Mais qui est à côté de lui, en tenue de campagne ?
– Je crois… C’est le prince Charles, mon colonel !

Quelques mois plus tôt, après son “évasion”, le portrait du Prince a été affiché dans tous les cantonnements belges.
– Nom de… Logis, descendez de là, remontez la colonne et dites aux équipages de s’aligner le long des chars ! Et celui qui ne vous croit pas prendra quatre jours !
Les visiteurs arrivent à la hauteur de Dumont.
– Lientenant-colonel Dumont, 2e Carabiniers-Cyclistes, à vos ordres, Monseigneur.
– Repos colonel… Dites-moi, tout ce remue-ménage derrière vous, ce n’est quand même pas à cause de moi ?
– C’est que… Votre visite nous surprend, Votre Altesse.
– Je tenais, avec le Ministre, à rendre visite à nos troupes avant leur départ.
– Où se trouve le colonel De Troyer ?
demande le FBM.
– Je l’ai fait quérir, mon Général.
– Fort bien,
commente le Prince, en attendant, présentez moi vos hommes et votre matériel. Si vous n’avez rien de plus urgent à faire, bien sûr ! En… En ces circonstances, ce serait compréhensible !
– Non Votre Altesse, vous arrivez bien, en fait, nous sommes en attente.

Durant deux heures, le prince discute avec les hommes de la Tancrémont et leur souhaite bonne chance pour les opérations qui s’annoncent.
Dans la voiture qui les ramène à l’aérodrome, le prince Charles médite : « Une jeunesse sacrifiée ! Le plus jeune avec qui j’ai discuté n’avait même pas 19 ans et certains, qui avaient à peine 23 ans, étaient déjà vétérans de trois campagnes ! »
– Et combien parmi eux ne verront pas la Libération,
ajoute sombrement Delfosse.
………
Entre Bizerte et Pescara, 11h00« Général, parlez-moi donc du Groupement Charlier. »
– Disons que nous avons appris de nos ennemis, Monseigneur. Nous allons tenter de leur refaire le coup d’Eben-Emael et du pont de Vroenhoven. Il s’agit d’un assaut par parachutage et par planeur.
– Je vois, l’idée est de surprendre les Allemands comme ils nous ont surpris à l’époque… Parlez-moi un peu de Charlier, Danloy et Blondeel.
– Le lieutenant-colonel Charlier commandait le 2e Bataillon du 11e Chasseurs à Pied lors de la retraite vers la France. Après avoir été évacué sur l’Afrique, il a pris le commandement du III/3 Ch. Il a fait la campagne de Sicile, où il a été assez sérieusement blessé. Une fois remis, il s’est porté volontaire pour cette nouvelle mission
[pieux mensonge du général Keyaerts…]. Le major Danloy, à la tête de ses commandos, a participé à l’opération Routier sur Dieppe. Quant au major Blondeel, il a réussi à récupérer, avec l’aide de… de la Résistance (Keyaerts omet de parler de certaine complicité au Palais), nos étendards qui avaient été cachés à l’abbaye de Saint-André-lez-Brugge.
– Eh bien, ce sont de solides officiers.
– La guerre forge les caractères, Monseigneur.



Pescara, en début d’après-midi – Un DC-3 aux couleurs belges atterrit. Blondeel, qui discutait avec son adjoint, Freddy Limbosch, se raidit en voyant qui descend de l’avion : « Crévindjeû ! Le général Keyaerts ! Va chercher le colonel Charlier et le major Danloy, vite ! Je vais accueillir nos visiteurs. »
– Major,
remarque Limbosch, regardez plutôt celui qui suit le général !
– Le prince Charles ! Alors celle-là, elle est forte ! Fais aligner les hommes et envoie quelqu’un chercher le colonel !

Blondeel court vers le DC-3 et se met au garde à vous : « Major Blondeel, à vos ordres, Votre Altesse. »
– Repos, major. Alors, c’est vous qui avez récupéré les drapeaux de nos régiments ? C’est un fait d’armes qui restera dans l’histoire de l’Armée belge… mais moins profondément, je pense, que ce que vous et vos hommes allez faire dans quelques heures.
– Merci, Votre Altesse. J’ai fait quérir le colonel Charlier.
– Vous avez bien fait. Mais, vu que je vous ai sous la main, venez me présenter vos hommes. Je tiens à les rencontrer avant votre départ. Et de grâce, faites rompre les rangs, ce n’est pas une parade.

Une partie de l’après-midi, le Prince, le ministre et le FBM font le tour du Groupement Charlier, discutant avec les hommes, officiers, sous-officiers et hommes de troupe sans distinction.
Pour conclure, le Prince s’adresse à Charlier devant ses hommes : « Colonel, même si, depuis le 28 mai 40, nous avons prouvé aux Allemands que l’Armée belge et toute la Belgique continuaient le combat, ce soir, en utilisant contre eux une de leurs tactiques, vous laverez l’affront d’Eben-Emael et de Vroenhoven. Le Roi et la Belgique ne vous oublieront pas. Tous mes vœux de succès. »
– Merci Monseigneur,
répond Charlier, ému.
Vers 17h00, sous les hourras des paras et commandos, le DC-3 redécolle vers Alger. Dans l’avion, le général s’essuie le front : « Des braves, nous avons là des braves à n’en pas douter, Monseigneur ! »
– Des braves et mieux encore, murmure le Prince, pensif, en regardant par le hublot. Puisse Dieu avoir pitié…
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 17:38    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Au 16 août :

Citation:
Malcotte de Kessel vient opportunément au secours de son chef : « Un détachement du 1er Guides et un du 18e de Ligne, Votre Altesse ! »


@+
Alain
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Colonel Gaunt



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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 17:45    Sujet du message: Répondre en citant

Euh Petite question, ou parle-t-on de l'évasion du Prince Charles de la Belgique ainsi que de l'emprisonnement du Roi ?
La dernière fois que j'ai lu un texte sur la famille royale en Belgique sous domination allemande, il s'agissait de la période de noël 42, du texte transmis du gouvernement au Roi (ainsi que la lettre de son fils) et le questionnement du Roi, s'il fallait qu'il partage les souffrances de son peuple ou s'évader comme l'encourageait son frère.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 17:45    Sujet du message: Répondre en citant

Oups, désolé !
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Imberator



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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 17:49    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Appuyé sur le char de tête d’une colonne, le lieutenant-colonel Dumont règle avec le capitaine Jockin le débarquement de son escadron...

J'ai un doute : débarquement ou embarquement ?
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Point ne feras de machine à l'esprit de l'homme semblable !
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 17:50    Sujet du message: Répondre en citant

Colonel Gaunt a écrit:
Euh Petite question, ou parle-t-on de l'évasion du Prince Charles de la Belgique ainsi que de l'emprisonnement du Roi ?
La dernière fois que j'ai lu un texte sur la famille royale en Belgique sous domination allemande, il s'agissait de la période de noël 42, du texte transmis du gouvernement au Roi (ainsi que la lettre de son fils) et le questionnement du Roi, s'il fallait qu'il partage les souffrances de son peuple ou s'évader comme l'encourageait son frère.


Hé bien… La préparation de l'opération d'exfiltration du Prince a été décrite… Mais Sa Sainteté a été trop prise pour nous décrire l'affaire elle-même… (et ses conséquences, dont l'emprisonnement du Roi).
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 17:56    Sujet du message: Répondre en citant

Imberator a écrit:
Citation:
Appuyé sur le char de tête d’une colonne, le lieutenant-colonel Dumont règle avec le capitaine Jockin le débarquement de son escadron...

J'ai un doute : débarquement ou embarquement ?


C'est bien débarquement, à l'arrivée sur les plages !
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 18:11    Sujet du message: Répondre en citant

Quel méconnaissance du climat irlandais, il pousse des palmiers sur la côte (effet du Gulf Stram !) en été ( quand il fait beau !) le climat est très agréable ! Et puis le pays est magnifique.
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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patzekiller



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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 19:13    Sujet du message: Répondre en citant

il faudrait peut etre décaler d'un jour en avant les visites à alger et à la tancremont (cad 3 et 4 sept)...
il me semble me souvenir qu'elle embarque le 4. de plus la faire embarquer le 5 signifie qu'elle va aller quasiment directement et à pleine vitesse vers les zones de débarquement... ne pas oublier qu'il va y avoir la feinte avec cap NE dans un premier temps, globalement en direction de l'adriatique, pour tous les ports d'algérie-tunisie participants à l'opération
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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 19:26    Sujet du message: Répondre en citant

Oui… Dans ce cas, il faut décaler l'ensemble des opérations de la Tancrémont en septembre. Bon, c'est faisable.
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patzekiller



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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 19:48    Sujet du message: Répondre en citant

euh, je suis pas sur de suivre ton propos...
tu veux dire décaler la visite d'un jour, pas les activités de la tancremont :elle débarque le 6 de bonne heure, elle ne peut pas embarquer le 5, sauf si son convoi fonce direct plein nord...
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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 19:53    Sujet du message: Répondre en citant

Je me disais bien que l'opération patron alliait déboucher...
Et au final cela semble plus crédible que cela soit Charles qui ait réussi
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 20:37    Sujet du message: Répondre en citant

patzekiller a écrit:
euh, je suis pas sur de suivre ton propos...
tu veux dire décaler la visite d'un jour, pas les activités de la tancremont :elle débarque le 6 de bonne heure, elle ne peut pas embarquer le 5, sauf si son convoi fonce direct plein nord...


Je m'explique : je décale les activités de la Tancrémont en Tunisie. Ce qui la fait embarquer le 4 au lieu du 5.
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Casus Frankie

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patzekiller



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MessagePosté le: Mer Déc 28, 2016 22:30    Sujet du message: Répondre en citant

ok, c'est le "en tunisie" qui me manquait dans ta première phrase Wink
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Wil the Coyote



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MessagePosté le: Jeu Déc 29, 2016 00:40    Sujet du message: Répondre en citant

Les généraux Piron (1ère DB) et Jans (3e DI) sont en conférence avec leurs états-majors.

Petite coquille, Jans commande la 1e DI

Dans les textes précédents, nous avions envoyer les 2 Divisions en exercice en Écosses (voir Chrono Juillet et Aout) il me semble
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