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ChtiJef
Inscrit le: 04 Mai 2014 Messages: 4523 Localisation: Agathé Tyché
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Posté le: Mer Sep 16, 2026 19:23 Sujet du message: |
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Ci-dessous, un article de Le Grand Continent (revue dont je ne sais pas trop quoi penser, mais semble être sérieuse), longue (voire très longue) analyse globale et détaillée arme par arme, des raisons de l'échec US face à l'Iran, conséquence d'un déclin déjà ancien, bien avant Trump & Co, mais qui, grâce à Trump & Co, n'apparaît pas en voie de résorption, loin de là...
La quatrième partie interroge l'attitude européenne à adopter face à cette situation.
Bonne lecture.
| Citation: | L’armée américaine ne sait plus faire la guerre
Tout a commencé avec la stratégie du « shock and awe », choc et effroi, qui a accompagné presque toutes les guerres majeures menées par les États-Unis au cours du dernier demi-siècle, et qui a récemment été illustrée par le conflit contre l’Iran.
La démonstration écrasante de force lors de l’attaque initiale menée conjointement par les États-Unis et Israël contre des cibles iraniennes, marquée par les images familières de frappes de précision, de forces ennemies paralysées et de civils sous le choc, a été amplifiée par l’élimination d’une grande partie de l’élite dirigeante, dont le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Même si cette attaque a été menée par l’armée de l’air israélienne, l’assaut implacable des forces américaines contre des cibles militaires et des positions de la Garde révolutionnaire a semblé confirmer la position hégémonique incontestée des États-Unis sur le plan militaire.
Six mois plus tard, la situation est bien différente. La guerre que le président Donald Trump espérait voir durer quelques jours, quelques semaines seulement est toujours en cours, sans qu’une issue politique claire se profile. L’Iran a démontré sa capacité à perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et à menacer les bases américaines et leurs alliés dans la région. Les stocks de défense aérienne et antimissile sont sous pression et les navires et avions sont mobilisés depuis bien plus longtemps que prévu. Des dizaines de milliers de soldats américains restent déployés et les missions sont prolongées jusqu’en 2027, malgré les avertissements des hauts gradés concernant les conséquences sur les autres théâtres d’opérations. L’escale de l’USS Abraham Lincoln à Pattaya, en Thaïlande, après 286 jours de présence en mer, avec un équipage épuisé et une coque rouillée, offre une métaphore inconfortable pour un establishment militaire qui reste immensément puissant, mais à qui l’on demande d’en faire plus que ne le permettent ses fondements institutionnels.
Il est tentant d’attribuer les causes de cette crise aux décisions erratiques de la deuxième administration Trump et aux perturbations infligées au corps des officiers par le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth. Pourtant, l’état de plus en plus précaire de l’armée américaine ne saurait se réduire aux événements des deux dernières années. Ses origines remontent au « dividende de la paix » du début des années 1990, en passant par les dysfonctionnements causés par la guerre contre le terrorisme après 2001, jusqu’à la réticence, durant les années 2010, à remettre en question les hypothèses fondamentales concernant les acquisitions, la logistique, la doctrine, le rôle des alliés et la nature même de la puissance militaire.
Trump et Hegseth sont donc autant des symptômes que des causes d’une crise qui s’est accumulée au fil des trente dernières années. L’érosion institutionnelle des forces armées les a rendues de plus en plus vulnérables à la subversion politique exercée par une présidence réactionnaire et imprévisible, qui a, au fond, accentué des faiblesses déjà profondément enracinées.
Ces insuffisances se manifestent différemment dans chacune des branches de l’armée. Au sein de la marine, les dysfonctionnements organisationnels ont sapé les fondements matériels de la puissance maritime. Dans l’armée de l’air, la sophistication technologique coexiste avec une rigidité doctrinale quant aux capacités réelles de la puissance aérienne. Enfin, dans l’armée de terre et le Corps des Marines, la mise en avant d’une certaine conception du combattant – renforcée par le prestige acquis par les forces spéciales au cours de vingt années de lutte contre le terrorisme – a favorisé des formes de « prétorianisme » de plus en plus difficiles à concilier avec le professionnalisme militaire démocratique et les exigences pratiques d’une victoire décisive.
Prises ensemble, ces trois crises posent une question qui a de profondes implications pour les alliés de Washington. Alors que les débats sur la fiabilité des États-Unis en tant que partenaire s’intensifient face au leadership erratique de Trump et à son obsession d’imposer des droits de douane, la question centrale concernant la position des États-Unis en tant que puissance mondiale ne se limite plus uniquement à la volonté de Washington d’exercer un leadership mondial. Il s’agit désormais de savoir si, après des décennies d’érosion institutionnelle, le pays continuera à disposer de la capacité militaire nécessaire pour le faire.
L’échec organisationnel : le déclin matériel de la marine américaine
Vu de l’extérieur, la marine américaine reste redoutable. Ses onze porte-avions, sa flotte de sous-marins nucléaires, ses forces opérationnelles interarmées avec le Corps des Marines ainsi que son réseau de bases lui confèrent une présence mondiale sans égale, lui permettant de relier l’océan Atlantique, l’océan Pacifique, la mer Méditerranée, l’océan Indien et le golfe Persique. La marine chinoise, qui connaît actuellement une expansion accélérée, ne dispose pas encore d’une infrastructure mondiale similaire.
Ces capacités impressionnantes masquent toutefois l’état de plus en plus précaire de l’infrastructure maritime américaine. Pour un pays continental dont les intérêts économiques et stratégiques s’étendent à travers le monde, la puissance maritime est la condition préalable à presque toutes les autres capacités. Les avions, l’infanterie, les missiles et les forces d’opérations spéciales ne peuvent mener à bien des opérations militaires qu’avec des navires, des réseaux logistiques et des stocks prépositionnés.
Cette réalité a souvent été occultée par l’admiration portée aux forces d’opérations spéciales et à leurs capacités d’attaque de pointe, la destruction spectaculaire d’une cible étant considérée comme l’essence même de la puissance militaire.
Mais un avion F-35 ou un membre des forces spéciales dépendent en réalité d’un dispositif logistique colossal. Sans une infrastructure d’approvisionnement et de maintenance capable d’assurer le contrôle des voies maritimes mondiales et de garantir la capacité opérationnelle des navires de guerre, une grande partie de ce qui confère aux États-Unis leur supériorité militaire devient rapidement inutilisable.
La crise structurelle qui menace ce système trouve son origine au début des années 1990 après l’effondrement de l’Union soviétique, lorsque la recherche du « dividende de la paix » a conduit à des coupes budgétaires qui ont réduit la flotte de la marine américaine de moitié en vingt ans. Parallèlement, après les attentats terroristes perpétrés par Al-Qaïda en septembre 2001, les principales ressources et l’attention politique ont été orientées vers les guerres terrestres et la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient. En raison de ces pressions financières supplémentaires, les fonctions de maintenance et d’approvisionnement, qui relevaient auparavant de la supervision gouvernementale, ont été externalisées, les capacités de construction navale ont été réduites et la flotte restante a dû maintenir une présence mondiale avec moins de navires et des équipages diminués. Confrontés à cette contradiction, les responsables de la marine ont cherché des solutions technologiques pour pallier les problèmes organisationnels. Le résultat le plus connu a été le programme Littoral Combat Ship, qui, au lieu de fournir des navires modulaires et peu coûteux nécessitant de petits équipages, a cumulé défaillances techniques et dérives de coûts.
Les problèmes liés à la modernisation de la flotte, notamment dans le cadre des programmes de porte-avions de classe Ford et de sous-marins de classe Columbia, ont été moins spectaculaires, mais révèlent des difficultés similaires et malgré des augmentations plus récentes des budgets consacrés à la construction navale, la marine n’est toujours pas parvenue à stabiliser la taille de sa flotte.
Cela s’explique notamment par une pénurie de main-d’œuvre qualifiée et par des processus d’acquisition qui prennent régulièrement des risques technologiques avant que les conceptions ne soient au point, ce qui a entraîné des retards dans de nombreux programmes. La crise croissante de la maintenance, qui suscitait déjà des inquiétudes parmi les hauts responsables au début des années 2010, est encore plus préoccupante pour les responsables de la planification navale américaine. En août 2026, le Government Accountability Office a indiqué que les sous-marins nucléaires d’attaque avaient perdu plus de 15 000 jours opérationnels en raison de retards de maintenance et de temps d’immobilisation au cours de la décennie précédente.
Dès lors, il y a un écart croissant entre la puissance théorique et la puissance effective en mer. Un navire immobilisé des mois en attente d’entretien reste inscrit au registre sans être déployable, et les crédits votés ne reconstituent pas au même rythme un vivier de soudeurs et d’ingénieurs ni un parc de cales sèches que des décennies de sous-investissement ont laissé se réduire. Ces dysfonctionnements organisationnels sont tels que la marine américaine peine à pallier les pénuries de pièces de rechange et de personnel de maintenance qualifié, même lorsque le Congrès alloue les fonds nécessaires.
Depuis janvier 2025, la deuxième administration Trump a soumis ce système à des tensions supplémentaires. Le limogeage d’officiers expérimentés, comme l’ancienne cheffe des opérations navales, l’amiral Lisa Franchetti, et l’ancien chef du Commandement Sud, l’amiral Alvin Holsey, a été suivi d’une vague de départs plus large. De plus, des luttes de factions et l’incertitude politique ont entraîné une nouvelle perte de personnel au sein des institutions navales, et la guerre contre l’Iran a davantage exacerbé ces difficultés.
Au cours des années 2010, la pression exercée sur les équipages en sous-effectif pour respecter de longs calendriers de déploiement contribuait déjà à l’épuisement du personnel et à une série d’accidents. Les déploiements de porte-avions, qui durent désormais la majeure partie de l’année, témoignent de la façon dont des engagements politiques dépassant la capacité organisationnelle à les honorer peuvent briser n’importe quelle institution d’État.
L’échec doctrinal : la stagnation intellectuelle de l’armée de l’air américaine
L’armée de l’air est confrontée à un problème plus difficile à cerner. Les États-Unis disposent toujours, et de loin, de la flotte la plus sophistiquée au monde en matière d’avions de combat, de capteurs, d’avions ravitailleurs, de bombardiers et de systèmes de soutien. Sa maîtrise de la frappe de cibles situées à des milliers de kilomètres avec des armes de précision reste unique. Cependant, au cœur de la crise que traverse l’armée de l’air se trouve une tendance persistante à confondre capacité de destruction et capacité à obtenir des victoires stratégiques durables.
Depuis l’émergence de la théorie du bombardement stratégique, la force aérienne américaine s’est systématiquement appuyée sur l’idée que la supériorité technologique permettrait de contourner la réalité complexe et coûteuse de la guerre. Différentes générations ont formulé cette hypothèse de diverses manières, allant du bombardement stratégique et du blocus aérien aux frappes de précision, en passant par les opérations basées sur les effets et la stratégie de « shock and awe ». La priorité institutionnelle est toujours restée centrée sur les éléments vitaux dont dépend l’adversaire, dans le but de les détruire rapidement tout en limitant le recours à des opérations terrestres à grande échelle.
L’expérience en Irak, en Afghanistan et, aujourd’hui, en Iran, illustre les limites d’une conception doctrinale qui avait déjà fait l’objet de critiques virulentes de la part de chercheurs tels que Robert Pape dans les années 1990. Certes, la puissance aérienne peut détruire les centres de commandement et le matériel, mais elle ne permet pas de déterminer de manière fiable comment le régime politique de l’ennemi réagira après la disparition de ces cibles. En effet, un adversaire peut se fragmenter plutôt que de se rendre, ou simplement subir des niveaux de destruction que les planificateurs américains jugent stratégiquement insensés.
Il en résulte un écart flagrant entre l’excellence tactique et la déception stratégique qui caractérise la stratégie américaine. Comme les avions américains démontrent sans cesse leur capacité à dominer des adversaires conventionnels, l’échec peut toujours être imputé aux dirigeants politiques ou à une utilisation insuffisante de la force, et non aux principes fondamentaux de la doctrine elle-même. La supériorité technologique a également contribué à mettre l’accent sur des systèmes sophistiqués, dont le coût et la complexité rendent difficile leur déploiement rapide ou en quantité suffisante. Nous constatons déjà comment la prolifération des drones et des systèmes de missiles bon marché remet en cause un modèle dans lequel la maîtrise de l’espace aérien repose principalement sur un nombre restreint de plates-formes aux performances exceptionnelles, dont l’acquisition et la maintenance peuvent coûter des centaines de millions de dollars.
Il faut également noter que certaines composantes de l’armée de l’air américaine reconnaissent désormais à quel point leur modèle risque de devenir obsolète. Le programme Doctrine 2035 identifie explicitement la nécessité d’éviter une « stagnation doctrinale », alors que l’intelligence artificielle, la miniaturisation et les difficultés logistiques transforment l’espace de combat. Les simulations de guerre pour 2026 ont précisément mis l’accent sur les vulnérabilités liées à la logistique et aux communications, que les anciennes conceptions de la suprématie technologique avaient tendance à reléguer au second plan.
Le problème tient donc au fait que l’adaptation institutionnelle doit surmonter des décennies d’investissements, de structures de carrière et d’identités organisationnelles construites autour d’une conception bien établie de la suprématie aérienne. Malgré les efforts considérables de ses réformateurs, le chaos organisationnel et le limogeage arbitraire de dirigeants clefs sous l’administration Trump ont accru le risque que les nouvelles technologies soient intégrées à l’ancien cadre conceptuel plutôt que de forcer son évolution.
L’échec stratégique en Iran est donc le symptôme de ce manque d’adaptation intellectuelle. Si la puissance aérienne américaine a détruit de nombreuses cibles, elle n’a pas réussi à obtenir rapidement des résultats décisifs face à des adversaires capables d’infliger des pertes aux réseaux logistiques et d’épuiser les stocks de missiles américains. Une doctrine militaire centrée sur la capacité de frapper n’importe où perd considérablement de son efficacité lorsque le problème est de pouvoir poursuivre la campagne alors que la millième frappe n’a toujours pas mis fin à la guerre.
L’échec moral : la « prétorianisation » culturelle de l’armée de terre et du Corps des Marines des États-Unis
La crise à laquelle sont confrontées les forces terrestres américaines est différente. L’armée de terre et le Corps des Marines conservent des capacités de combat redoutables et ont jusqu’à présent échappé à certaines des pressions matérielles auxquelles la marine est confrontée. Pourtant, derrière les questions d’approvisionnement et de préparation opérationnelle se cache une transformation potentiellement plus corrosive, qui a permis un glissement de l’idéal culturel à travers lequel certaines branches de l’armée américaine conçoivent la raison d’être d’un soldat.
Ces changements fondamentaux dans la culture institutionnelle découlent de la manière dont vingt ans de « guerre contre le terrorisme » ont considérablement rehaussé le statut social des forces d’opérations spéciales. Les unités chargées de missions extrêmement spécialisées sont devenues un élément central de la force militaire. Plus important encore, dans la culture populaire et dans certaines franges de l’armée elle-même, elles sont considérées comme l’expression la plus pure de l’armée. Depuis 2001, le combattant d’élite a remplacé le « soldat-citoyen » comme idéal de l’identité militaire américaine.
Il en résulte ce que l’on pourrait appeler un « culte des forces spéciales », sous la forme d’un récit semi-mythologique mettant en scène de petits groupes d’hommes dotés d’une puissance destructrice hors du commun, dont l’agressivité et les compétences leur permettent de surmonter les lourdes contraintes des institutions conventionnelles. Ces dynamiques ont été encore renforcées par les médias et les réseaux sociaux, qui présentent ces opérations spéciales de manière spectaculaire. Alors qu’un raid mené par une unité des SEAL offre des images impressionnantes à la télévision, le système d’approvisionnement qui garantit qu’un hélicoptère essentiel à l’accomplissement des missions recevra les pièces nécessaires à son fonctionnement n’a pas le même impact.
Pourtant, l’efficacité militaire a toujours dépendu de ce système, bien plus que ne veulent l’admettre nos sociétés, fascinées par les images de soldats d’élite. L’effondrement de la stratégie militaire américaine en Afghanistan en 2021 a mis en évidence de manière flagrante des leçons stratégiques de longue date. Aucune quantité d’équipements sophistiqués ni aucune unité de commandos bien entraînée n’aurait pu protéger un pays dont les forces armées dépendaient de systèmes logistiques et de maintenance qu’elles ne pouvaient pas assurer elles-mêmes.
La logique morale qui peut accompagner le culte du combattant est encore plus dangereuse. Si la létalité exceptionnelle devient la qualité militaire suprême, alors la retenue juridique, le contrôle civil et le respect des civils non combattants risquent d’être progressivement perçus comme des obstacles bureaucratiques imposés par des personnes qui ne comprennent rien à la guerre. Les militaires peuvent commencer alors à se percevoir comme des professionnels dotés de compétences uniques, appartenant à une caste morale supérieure, dont l’expérience de la violence leur confère une autorité décisive que les civils ne peuvent détenir.
La polémique autour d’Eddie Gallagher, membre des Navy SEAL, au milieu des années 2010, illustre bien l’évolution de ces tendances culturelles. L’intervention publique de Hegseth en sa faveur, alors qu’il était encore commentateur chez Fox News en 2019, reflétait une dynamique politique plus large : les accusations de comportement inapproprié sur le champ de bataille pouvaient être perçues comme une preuve de l’authenticité du combattant, tandis que les juristes militaires et les commandants qui tentaient de faire respecter les normes professionnelles étaient présentés comme les ennemis de la létalité. Une fois ce raisonnement établi, la distinction entre une action militaire ciblée et une violence sauvage et aveugle a tendance à s’estomper.
Hegseth a été profondément influencé par cette culture. L’accent qu’il met sur la restauration de l’« éthique guerrière » (warrior ethos), ses attaques contre les initiatives en faveur de la diversité et sa définition de la réforme militaire à travers un langage agressif et masculiniste axé sur la létalité confèrent une légitimité politique à des courants qui se sont développés depuis des décennies au sein des sous-cultures militaires américaines.
Les implications dépassent le cadre des relations entre civils et militaires. Une armée qui glorifie les combattants risque en effet de mépriser les personnes sur lesquelles repose de plus en plus la guerre moderne : ingénieurs, logisticiens, analystes du renseignement, experts en drones, techniciens de maintenance, spécialistes en logiciels et officiers capables de tirer des enseignements des armées étrangères. L’anti-intellectualisme, souvent associé à une culture de combat axée sur la performance, a donc un impact sur le plan opérationnel, notamment parce qu’il encourage la croyance selon laquelle l’agressivité, la détermination et la volonté peuvent se substituer aux compétences institutionnelles.
Pourtant, la guerre entre l’Ukraine et la Russie depuis 2022 enseigne la leçon inverse. La résilience ukrainienne repose en effet sur une capacité d’improvisation exceptionnelle pour mettre en place des réseaux d’approvisionnement, adapter les technologies de drones et intégrer des innovations sur le champ de bataille. Soixante ans plus tôt, les forces vietnamiennes avaient démontré de la même manière qu’aucun acte d’héroïsme sur le champ de bataille, aussi grand soit-il, ne pouvait résister à la puissance américaine sans le soutien de systèmes logistiques sophistiqués.
Ce « prétorianisme » menace donc la puissance militaire américaine sur deux plans simultanément : sur le plan constitutionnel, il encourage les officiers et les soldats à se considérer comme les gardiens d’une certaine conception de la nation plutôt que comme les serviteurs des autorités civiles légitimement élues dans le cadre de l’ordre constitutionnel ; sur le plan opérationnel, il privilégie une conception de la virilité militaire de plus en plus dépassée, précisément à une époque où la guerre exige davantage de sophistication institutionnelle et de curiosité intellectuelle.
Les dilemmes de l’Europe face au déclin des États-Unis
Les États-Unis ne cesseront pas d’être une grande puissance du jour au lendemain. Le pays dispose de ressources économiques considérables, d’une infrastructure militaire sans égale, de réserves exceptionnelles d’expertise technologique, et aucun des processus décrits n’est irréversible.
Les leçons à en tirer pour les Européens et les autres alliés se situent ailleurs : pour inverser cette tendance et éviter le dysfonctionnement stratégique des États-Unis, il faut reconnaître la nature systémique du déclin militaire américain. Les ressources financières ne suffiront pas à elles seules à redonner vie à des chantiers navals dont la main-d’œuvre qualifiée a disparu. De même, des avions plus performants ne peuvent pas pallier une doctrine qui confond destruction et succès stratégique. De plus, la réflexion de Pete Hegseth sur l’« éthique guerrière » ne peut compenser l’érosion des normes professionnelles, des compétences logistiques et de l’ouverture d’esprit.
L’Europe est désormais confrontée à trois dilemmes qui se recoupent. À court terme, elle doit combler le fossé entre la crédibilité américaine et le temps nécessaire à son réarmement, et ce, non seulement face à la Russie, mais aussi dans la région atlantique et en Méditerranée. À moyen terme, les Européens doivent déterminer quels éléments du système de défense américain sont réellement essentiels, lesquels imposeraient une charge financière intenable, et dans quels domaines des partenariats avec le Canada, le Japon et d’autres grandes puissances démocratiques pourraient garantir la résilience mondiale. À plus long terme, ils pourraient être contraints de renégocier les bases d’une relation transatlantique dans une dynamique complètement différente, avec des capacités militaires accrues d’un côté, et des États-Unis affaiblis, mais toujours puissants de l’autre.
Depuis 1945, les Européens ont relevé d’importants défis en matière de sécurité, avec le soutien militaire des États-Unis. La confiance dans cette relation, profondément ancrée, apparaît désormais comme dangereuse et complaisante. La question stratégique à laquelle l’Union européenne et le Royaume-Uni sont confrontés est donc l’inverse de la boutade d’Henry Kissinger qui disait que Washington ne savait pas qui appeler lorsqu’il voulait joindre l’Europe.
Des décennies plus tard, les Européens sont désormais confrontés à la possibilité que, lorsqu’ils feront appel aux États-Unis, il n’y ait peut-être plus d’Amérique capable de répondre à leur appel. |
_________________ Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles le sont (F. Nietzsche) |
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Archibald

Inscrit le: 04 Aoû 2007 Messages: 12250
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Posté le: Mer Sep 16, 2026 19:31 Sujet du message: |
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La stratégie long-terme d'Al-Qaida, énnoncée dans les années 90, semble fonctionner - hélas.
https://en.wikipedia.org/wiki/Al-Qaeda#Strategy
Dans le fond leur objectif, c'était que suite à une provocation genre Pearl Harbor (2400 morts, même ordre de grandeur que le 9-11) les Américains réagissent avec une violence inouie - ce qui entrainerait trois développements sur le long terme:
1-une guerre sans fin d'un coût interminable ( = la "guerre à la terreur" 2002 - 2022 : 8 000 milliards de dollars) et aussi usure sur le plan militaire, voir le message juste au dessus.
2-Guerre qui finirait par fâcher les Américains avec leurs alliés historiques (ça commence dès 2003... et atteint son apogée avec Trump II ces jours ci.)
3-Puis les fâcher contre eux mêmes: entre eux. Objectif atteint pile 15 ans après le 11 septembre, quand Trump a été élu en Novembre 2016.
Ben Laden est mort en 2011 et le Mollah Omar en 2013 mais ces deux cons là sont en train d'atteindre leur but... _________________ Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments." |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14107 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Sep 16, 2026 20:02 Sujet du message: |
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Excellent papier, qui illustre une fois de plus l'axiome " la foi n'est pas une stratégie, c'est de la pensée magique enrobée dans de la certitude." Les USA se sont persuadés de plein de choses. Ils ne sont jamais demande si ces choses étaient pertinentes. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 11092 Localisation: Toulouse (à peu près)
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Posté le: Mer Sep 16, 2026 20:49 Sujet du message: |
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On peut ajouter un article sur le blog de T. Cooper, avec un commandement supérieur US (politique et militaire) qui ressemble à un poulet sans tête. _________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ... |
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mikey1983
Inscrit le: 17 Fév 2010 Messages: 676 Localisation: Helsinki, Finland
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Posté le: Mer Sep 16, 2026 23:09 Sujet du message: |
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| Archibald a écrit: | La stratégie long-terme d'Al-Qaida, énnoncée dans les années 90, semble fonctionner - hélas.
https://en.wikipedia.org/wiki/Al-Qaeda#Strategy
Dans le fond leur objectif, c'était que suite à une provocation genre Pearl Harbor (2400 morts, même ordre de grandeur que le 9-11) les Américains réagissent avec une violence inouie - ce qui entrainerait trois développements sur le long terme:
1-une guerre sans fin d'un coût interminable ( = la "guerre à la terreur" 2002 - 2022 : 8 000 milliards de dollars) et aussi usure sur le plan militaire, voir le message juste au dessus.
2-Guerre qui finirait par fâcher les Américains avec leurs alliés historiques (ça commence dès 2003... et atteint son apogée avec Trump II ces jours ci.)
3-Puis les fâcher contre eux mêmes: entre eux. Objectif atteint pile 15 ans après le 11 septembre, quand Trump a été élu en Novembre 2016.
Ben Laden est mort en 2011 et le Mollah Omar en 2013 mais ces deux cons là sont en train d'atteindre leur but... |
... soon?
https://www.youtube.com/watch?v=aDyQxtg0V2w
- What kind of American are you?
(Just ignore California and Texas working together, that's silly, as Graham Chapman's Colonel would say) |
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JPBWEB

Inscrit le: 26 Mar 2010 Messages: 5685 Localisation: Thailande
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Posté le: Jeu Sep 17, 2026 12:58 Sujet du message: |
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| demolitiondan a écrit: | | Excellent papier, qui illustre une fois de plus l'axiome " la foi n'est pas une stratégie, c'est de la pensée magique enrobée dans de la certitude." Les USA se sont persuadés de plein de choses. Ils ne sont jamais demande si ces choses étaient pertinentes. |
Je crois que c'était Richard Nixon qui avait écrit dans un de ses volumes de mémoires que ce n'était pas forcément une bonne chose que la responsabilité impériale ait traversé l'Atlantique après 1945.
Jadis, pendant des siècles, les décisions qu'il qualifiait d'impériales, c'est-à-dire qui dépassaient le cadre européen, avaient été prises à Londres ou à Paris, éventuellement à Madrid ou à Lisbonne, dans un contexte d'expertise et de longues habitudes, de patience et de vision à long terme.
Par contre, après la Seconde Guerre mondiale, cette responsabilité planétaire, jadis partagée essentiellement entre Paris et Londres, s'est déplacée à Washington, avec un contrepoint partiel à Moscou. Ceux qui ont hérité de la lourde responsabilité n'étaient pas particulièrement équipés pour le faire, ce qui a conduit à pas mal de faux pas. Et le plus navrant est que, de toute évidence, depuis 1945, ils ne semblent pas avoir beaucoup appris. Même, il semblerait que quelques leçons tirées de leurs expériences malheureuses passées n'aient pas été bien intégrées. _________________ "L'histoire est le total des choses qui auraient pu être évitées"
Konrad Adenauer |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 12094
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Posté le: Jeu Sep 17, 2026 13:18 Sujet du message: |
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Il y a 8 siècles de cela, Gengis Khan a dit: "On peut conquérir un empire à cheval, mais on ne peut le diriger à cheval."
La plupart des Empires bâtis en une génération n'ont duré que peu de temps, parfois pour disparaître dès l'époque des conquêtes terminées comme l'Empire d'Alexandre le Grand.
Pourquoi?
Parce qu'il est difficile de passer de la mentalité de peuple dominant son petit pays dans son coin à celle d'un maître d'un immense empire. La réussite de l'empire mongol tient à trois décisions de gengis Khan: construire une capitale sédentaire où s'installerait une administration centrale... du jamais vu chez les Mongols. Créer un réseau de courrier à pied et à cheval qui préfigure le Pony Express de l'ouest américain, permettant au Grand Khan de connaître rapidement tout ce qui se passait dans tout son empire et surtout.. le Yasaq un système de loi simple, presque intuitif, que tout le monde pouvait comprendre.
La grande différence entre l'empire mongole et l'empire américain c'est que dans l'empire mongole (en dépit de la violence, de la cruauté des Mongols, ainsi que de leur sentiment de supériorité sur les peuples conquis) la même loi était appliqué à tous (Mongols et peuples conquis).
L'Empire américain applique deux systèmes de valeur, l'un c'est l'Amérique -> reste du monde; l'autre c'est le reste du monde -> l'Amérique.
Et plus le temps passe, moins les deux plateaux de la balance sont équilibrés.
On le voit bien dans la relation USA <-> reste de l'Otan.
Dès le départ, les 'alliés' de l'Otan ont été assimilés à des vassaux ; le commandement était pratiquement aux mains des Américains (un seul SACEUR, Montgomery, était anglais ; tous les autres étaient américains) ; les 'Alliés' devaient accepter la présence de troupes américaines, acheter du matériel américain, etc. En échange, ils recevaient la protection des USA.
Maintenant, sous l'ère Trump, voilà la relation attendue par Washington: L'Otan c'est de la merde... on s'en fout..; débrouillez-vous... on retire nos garnisons, on ne vous aide plus à vous défendre... mais achetez américains et obeissez aux ordres que l'on vous donne et surtout fermez-là et donnez-nous le Groënland, le Canada, l'Islande, la Bretagne, la Norvège et Petaoucnock en échange de rien... car vous avez de la chance de vivre dans un monde dirigé par par AAAAAAAMERCIKKKA GREAT AGAAAAAAIN?!!!! _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14107 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Jeu Sep 17, 2026 16:51 Sujet du message: |
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Les mongols restaient une domination lointaine, et pas plus clientélisme que la féodalité classique. En plus, ils savaient faire preuve d'une belle tolérance religieuse, et d'un sens du commerce pouvant plaire.
En résumé, la différence entre des vassaux heureux et des esclaves. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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JPBWEB

Inscrit le: 26 Mar 2010 Messages: 5685 Localisation: Thailande
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Posté le: Jeu Sep 17, 2026 17:17 Sujet du message: |
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On peut dire la même chose à propos de la Chine impériale, jusqu'à ce qu'elle se replie sur elle-même, et, dans une certaine mesure, de l'Empire britannique également. Celui-ci balançait investissement et mise en valeur à son profit de territoires sous administration directe, et satellisation plus ou moins légère de territoire laissée sous une formule de protectorat, comme les états princiers en Inde, dont certains étaient de taille très importante et fortement peuplés. Même système en Malaisie.
Et dans un registre différent, le modèle de gouvernance indirecte instauré pour les dominions (Canada, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande), et, de manière moins bien appréciée par les intéressés, la Home Rule en Irlande. Egalement une version 2.0, appelée dévolution, reste appliquée à l'Irlande du Nord après l'indépendance de la République d'Irlande, au pays de Galles et à l'Écosse.
En fait, la souveraineté pleine et entière est un luxe auquel n'ont accès que très peu de nations. La plupart des autres sont dans des états au moins de codépendance, ce qui ne signifie pas qu'elles soient des paillassons taillables et corvéables à merci. C'est un peu le principe du système médiéval les rapports entre suzerain et vassal, qui sont en fait des rapports d'équilibre de force et d'obligations mutuelles. C'est le principe du win-win.
Un commentateur a fait remarquer que la conception trumpienne des rapports internationaux repose sur le postulat que les États-Unis sont tellement puissants qu'ils peuvent, en fait, imposer n'importe quoi à n'importe qui, et que s'ils ne l'ont pas fait jusque-là, c'était par naïveté ou excès de fair-play de la part des vieilles élites. L'expérience de l'administration Trump, version 1.0 et encore plus version 2.0, c'est, en fait, les limites de la puissance américaine. D'autant plus que l'Amérique d'aujourd'hui est significativement moins puissante en termes absolus et en termes relatifs qu'elle ne l'était par le passé. _________________ "L'histoire est le total des choses qui auraient pu être évitées"
Konrad Adenauer |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14107 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Jeu Sep 17, 2026 17:41 Sujet du message: |
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Ils ont une vision dévoyé des sophistes - sic ! - en persistant a penser que le droit du plus fort est un droit. Par suite, il convient de s'y plier _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 12094
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Posté le: Jeu Sep 17, 2026 17:48 Sujet du message: |
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Ne pas confondre corrélation et causalité.
"Le droit du plus fort est toujours le meilleur" est une causalité il s'agit de deux variables qui évoluent simultanément. Ici, personne ne conteste les droits du vainqueur... parce qu'il a vaincu (les contradicteurs sont morts, en fuite ou louent leur vainqueur pour ne pas appartenir à l'une des catégories pré-citées)
Dire "La force est un droit" revient à considérer qu'il y a corrélation entre le droit et la force. En d'autres termes, les violeurs, les voleurs, les assassins sont dans leur droit… Ils sont plus forts que leurs victimes. Aucune société (à part peut-être la plus barbare) ne peut exister là où la force est un droit. _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14107 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Jeu Sep 17, 2026 17:52 Sujet du message: |
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Les sophistes prétendaient qu'il est dans l'intérêt des faibles de plier aux forts, parce qu'ils sont forts. Et que le jugement moral ne tient pas car ce n'est pas la faute des forts s'ils sont forts, tandis que les faibles feraient la même chose a leur place.
Il est fascinant de voir Vance s'y référer explicitement.
Comme quoi il ne suffit pas de lire de la philosophie pour la comprendre. Ou encore, pour citer un Jedi dans les marais :
Ce nest pas parce que tu parle que tu es intelligent. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 12094
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Posté le: Jeu Sep 17, 2026 18:03 Sujet du message: |
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C'est plutôt un syllogisme qu'un sophisme.
Deux exemples de syllogismes:
"La neige est blanche, le sable, ce n'est pas de la neige, donc le sable ne peut pas être blanc." Aïe… Copacabana n'existe pas, on m'a menti à l'insu de mon plein gré.
"Un âne bon marché est rare. Ce qui est rare est cher. Donc un âne bon marché est cher."
Ce n'est pas la première fois que l'on associe les syllogismes et la politique américaine. Vous vous souvenez peut-être de ce sketch des Guignols de l'info dans un ascenseur où Monsieur Sylvestre parle à son voisin ?
Sylvestre: "Vous êtes pour la guerre en Irak?"
Voisin: "Non."
Sylvestre: "Donc vous n'êtes pas américain."
Voisin: "Si"
Sylvestre: "Donc vous êtes pour la guerre en Irak."
C'est la parfaite application d'un syllogisme. C'était à l'époque de George Walker Bush, Texas Ranger Planétaire... mais Trump manie le syllogisme sans connaître ce mot. _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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Capitaine caverne

Inscrit le: 11 Avr 2009 Messages: 4580 Localisation: Tours
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Posté le: Ven Sep 18, 2026 10:36 Sujet du message: |
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| JPBWEB a écrit: |
Un commentateur a fait remarquer que la conception trumpienne des rapports internationaux repose sur le postulat que les États-Unis sont tellement puissants qu'ils peuvent, en fait, imposer n'importe quoi à n'importe qui, et que s'ils ne l'ont pas fait jusque-là, c'était par naïveté ou excès de fair-play de la part des vieilles élites. L'expérience de l'administration Trump, version 1.0 et encore plus version 2.0, c'est, en fait, les limites de la puissance américaine. D'autant plus que l'Amérique d'aujourd'hui est significativement moins puissante en termes absolus et en termes relatifs qu'elle ne l'était par le passé. |
C'est pourquoi je n'aimerais pas être à la place du 48èmé président des Etats-Unis lorsqu'il (ou elle) entrera en fonction en Janvier 2029. Après quatre ans de maltraitance caractérisé des alliés des USA et de bides géopolitiques à répétition avec les rivaux/ennemis, le merdier a nettoyer sera monumental! _________________ "La véritable obscénité ne réside pas dans les mots crus et la pornographie, mais dans la façon dont la société, les institutions, la bonne moralité masquent leur violence coercitive sous des dehors de fausse vertu" .Lenny Bruce. |
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ChtiJef
Inscrit le: 04 Mai 2014 Messages: 4523 Localisation: Agathé Tyché
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Posté le: Ven Sep 18, 2026 11:28 Sujet du message: |
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Si l'on reprend les définitions et l'étymologie (merci le "Rey") :
- le syllogisme est une forme de raisonnement aristotélicien composé de trois propositions dont la dernière (la conclusion) est la conséquence logique des 2 premières (les prémisses A et B ) par l'intermédiaire d'un point commun qui fait que A + B = X
- le sophisme est un "raisonnement habile, astucieux" mais désormais, a le sens de "trompeur", puisque dès l'époque de Platon, le sophiste est un rhéteur qui égare son auditoire en (ab)usant des sophismes.
Les deux sont donc plus ou moins synonymes, puisque faisant appel au raisonnement, capillotracté ou non. (plus il est capillotracté, plus il est sophistiqué...)
Toutefois, tous deux ne sont pas obligatoirement faux :
Si je dis "Tout ce qui est rare est cher. Or, tout est cher. Donc, tout est rare", c'est évidemment faux (quoique par les temps qui courent... Bon, c'est juste un tout petit peu exagéré...)
Si je remarque "Une rivière se jette dans le fleuve. Un fleuve se jette dans la mer. Donc toute rivière finit dans la mer", on ne peut pas vraiment me donner tort... _________________ Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles le sont (F. Nietzsche) |
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