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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14026 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mar Sep 08, 2026 21:31 Sujet du message: |
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Si je vous parle des batailles de Kars, du lac de Van et de la république avortée du Pont, vous voyez de quoi je parle ? Bon - et le génocide arménien, Enver Pacha, et la république géorgienne de 1918 à 1921 ? Un peu plus.
Ce livre se présente en une succession de textes, écrits par des auteurs divers - mais tous spécialistes (on trouve plusieurs arméniens) a pour but de tracer à grands coups de brosse l'histoire du Caucase de 1914 à 1922 . Soit du déclenchement de la première guerre mondiale jusqu'à la fixation des frontières pour 79 ans.
Deux adversaires : les ottomans et les russes. Les premiers ont perdu la guerre de 1878 et 3 provinces avec. Ils veulent logiquement les reprendre - mais avec des moyens très limités, car leurs armées sont plutôt en Mésopotamie ou en Egypte, sur des terrains utiles. Les russes, eux, partent en position de force -mais pas écrasante toutefois, la faute à des terrains absolument infects, sans routes ni voies ferrées ou presque. Aussi, après une première offensive turque, menée en dépit de toute planification un peu tels les français de 14 en Alsace, les armées impériales font venir des renforts, balayent les pointes ottomanes et s'emparent finalement d'Erzurum en 1916. Ils n'iront pas plus loin - le Tsar et La Stavka ont d'autres soucis à cette date. Quant aux turcs, ils blâmeront les arméniens avec les conséquences que l'on sait, avant de faire venir des renforts qui iront jusqu'à Bakou en 1918.
Le reste est confusion : déclaration d'indépendance, force britannique montée de Perse, ambitions hégémoniques françaises avortées et mandat refusé par les américains. Les turcs sont pris face aux grecs sur l'Egée (et aussi face à la mer noire, où des patriarches un peu illuminés s'imaginent créer une république hellène ...) . Des ambitions locales émergent : arméniens, tchétchènes, Tatars, Azerbaidjanais, Géorgiens. Pas tous sympathiques, pas tous même sérieux (les géorgiens notamment, sont décrits globalement comme des escrocs occupés à s'enrichir). Du coup, ces gens-là se tapent dessus, mettant de côté un projet de fédération caucasienne sous le regard attendri de Moscou, laquelle consolide son pouvoir et gagne peu à peu la guerre civile.
En 1921, c'est les premières ingérences, politiques, ethniques - suivi assez rapidement d'interventions militaires conduisant à l'annexion, pardon l'intégration à la future URSS selon des modalités bien connues. A se taper dessus, les locaux ont oublié de prévoir l'avenir. Et s'ils pensaient jouer les turcs contre les russes c'est raté - ceux-ci se contentent gentiment de regarder, pour ensuite saisir les districts qui leur importe, à peu près et comme par hasard ceux annexés en 1918. Comme quoi ...
Au final, cette région reste et restera un enjeu d'empires, lesquels se disputent des Nations. Ca n'a pas changé aujourd'hui.
Une belle introduction sur un sujet parfaitement oublié, mais pourtant terrible d'actualité (Oui FUSHA). Un peu court, surtout sur la fin - les événements après 1918 sont expédiés à mon sens. Par contre, le livre fourmille par contre de documents d'époque, rapports, câbles et télégrammes plus ou moins hallucinés (ces officiers français qui écrivent sans trembler à Paris, en 1919, qu'il faut que la France établisse une république arménienne de Bakou jusqu'à Alexandrette sous la protection de nos armes, pour la civilisation), ainsi que d'extraits d'un rarissime journal d'un cosaque déployé sur le front. On n'y apprends In Fine que peu de faits, mais il donne clairement une idée de l'ambiance tout à la fois misérable, champêtre et curieusement cosmopolite. Et du mépris anti-arménien congénital des russes, doublée d'une belle mysogynie. Ce qui ressort comme un impression en refermant ce livre, c'est tout de même un certain gâchis - voilà des gens qui coexistaient, ont subi la guerre, ont suivi des ambitions, se sont entretués avec leurs voisins ... et au final, on changé de maitre. Ou pas.
Note : 7.5/10 mais c'est que j'aurai aimé plus. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 12078
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Posté le: Mar Sep 08, 2026 21:51 Sujet du message: |
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Ce genre d'endroit et de conflits...
Il y a toujours un côté gâchis, un côté seconde zone (pas vraiment intéressant, avec un front ailleurs qui retient les journalistes et qui fait que le conflit est rapidement oublié).
J'ai exactement la même impression dans les Balkans... un foutu merdier... excusez-moi l'expression. Je suis naturellement plutôt poli, mais il n'y a aucune langue, aucune expression polie qui puisse retranscrire ce que je ressens.
Vous savez, il y a trois endroits où je n'irais jamais: les Balkans, le Caucase et le Moyen-Orient… et pour la même raison, ce sont des pays de fous.
Et vous savez... ils ont un point commun... La Turquie fait partie des trois! _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14026 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mar Sep 08, 2026 22:04 Sujet du message: |
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Tu as tort, la Croatie c'est très très joli. Et l'Egypte aussi. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14026 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mar Sep 08, 2026 22:28 Sujet du message: |
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Bon, extraction/traduction du livre sur Trieste achevé ... On peut reprendre la production. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 12078
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 08:03 Sujet du message: |
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| demolitiondan a écrit: | | Tu as tort, la Croatie c'est très très joli. Et l'Egypte aussi. |
Je me méfie des habitants. _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14026 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 08:16 Sujet du message: |
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Oh si tu n'es pas dans une vendetta ...  _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 12078
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 08:58 Sujet du message: |
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Ils n'ont rien contre le fait d'enlever un innocent touriste pour attirer l'attention des médias. _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14026 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 09:56 Sujet du message: |
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Pourquoi bon Dieu. Ils sont dans l'Europe. Les serbes, par contre, vivent encore dans une dimension parallèle. En témoignent certaines récentes obsequieuses obscènes obscures obsèques absconces. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 12078
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 10:54 Sujet du message: |
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Tu peux aussi te faire enlever par des cinglés fou-furieux… sur le territoire français. Tu n'as pas vu cette vidéo diffusée au début de l'été par le FLNC canal hystérique, qui avertissait que les touristes français n'étaient pas en sécurité en Corse?
Sûr, c'est très intelligent de faire fuir les touristes lorsque l'on habite sur une île dont le principal revenu est… le tourisme. Mais c'est pas comme si je m'attendais à une réponse intelligente de ce genre de cinglé... _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 14026 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 10:56 Sujet du message: |
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S'il te plait Anaxagore. Ce sont des corses.
[Si tu me paie un verre, je raconte de belles histoires. Mais les concernant, ma philosophie est claire : vous voulez pas que je vienne ? Ben suffit de le dire. Y a plein de beaux endroits sur terre. Et des endroits sans ...] _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Capitaine caverne

Inscrit le: 11 Avr 2009 Messages: 4576 Localisation: Tours
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 17:32 Sujet du message: |
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| Anaxagore a écrit: | Tu peux aussi te faire enlever par des cinglés fou-furieux… sur le territoire français. Tu n'as pas vu cette vidéo diffusée au début de l'été par le FLNC canal hystérique, qui avertissait que les touristes français n'étaient pas en sécurité en Corse?
Sûr, c'est très intelligent de faire fuir les touristes lorsque l'on habite sur une île dont le principal revenu est… le tourisme. Mais c'est pas comme si je m'attendais à une réponse intelligente de ce genre de cinglé... |
Il ne faut pas prendre ce genre d'évènement trop au sérieux. Les flics et les gendarmes de l'ile appellent cela une "soirée carnaval", qui ne menace pas vraiment les touristes ou la population générale. Les cagoulés savent très bien que si les touristes se débinent, ils deviendront assez vite un pays du tièrs monde. C'est tellement pas dangereux que tous les principaux médias étaient présents (télé, presse écrite, radio,....) ave la semi bénédiction de la préfecture et de la collectivité de corse. Ces clowneries, c'est surtout un outil de communication vis à vis des autorités étatiques, à qui on rappelle que l'on existe et qu'il faut être gentil avec nous. _________________ "La véritable obscénité ne réside pas dans les mots crus et la pornographie, mais dans la façon dont la société, les institutions, la bonne moralité masquent leur violence coercitive sous des dehors de fausse vertu" .Lenny Bruce. |
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Archibald

Inscrit le: 04 Aoû 2007 Messages: 12214
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 18:43 Sujet du message: |
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"Un Vichy bien frais !
"J'en ai pas. Je vous met une Orezza, avec des glaçons ?
"Je ne sais pas ce que c'est...?
"Des glaçons. Des petit cubes d'eau gelée. _________________ Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments." |
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Heorl
Inscrit le: 19 Mar 2023 Messages: 802
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Posté le: Mer Sep 09, 2026 19:00 Sujet du message: |
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| demolitiondan a écrit: | | Tu as tort, la Croatie c'est très très joli. Et l'Egypte aussi. |
J'abonde dans ce sens : l'Istrie, la côte dalmate, les lacs de Plivitce, le pays est de toute beauté ! _________________ "Un sub' qui s'ennuie, c'est un sub' qui fait des conneries"
Les douze maximes de l'adjudant-chef
"There's nothing more dangerous than a second lieutnant with a map"
US Army adage |
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Le Chat

Inscrit le: 12 Jan 2020 Messages: 883 Localisation: La Tour du Pin
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Posté le: Dim Sep 13, 2026 19:52 Sujet du message: |
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Je le place ici, mais à l'occasion d'une petite ballade dans le vieux Lyon aujourd'hui, j'ai eu une réminiscence de la Geste Carthagesque des Joyeux...
 _________________ "Tout fout le camp, je vous dis : la preuve : Shakespeare a réussi à écrire Henri VIII. Stallone, lui, n'est pas allé au delà de Rocky VI". (Le Chat, P. Geluck) |
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ChtiJef
Inscrit le: 04 Mai 2014 Messages: 4505 Localisation: Agathé Tyché
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Posté le: Sam Sep 19, 2026 18:20 Sujet du message: |
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Cinquième et dernier du grand “roman documentaire” M d’Antonio Scurati, cinquième et dernier acte de la tragi-comédie-bouffonnerie mussolinienne....
Commençons par des informations probablement familières au seul lecteur italien : Sophia Loren était la belle-soeur de Romano Mussolini, 3ème fils du Duce et le corps d’icelui, un an après sa mort, a été volé par des membres du “parti démocratique fasciste” (un nom pareil, ça ne s’invente pas...) et caché pendant 10 ans dans un couvent avant que d’être remis à la veuve sur intervention du président du Conseil, un natif de Predappio... On apprend aussi, au détour d’une page, que des bustes de Mussolini, dans les moments de liesse de juillet 43, trouvèrent une nouvelle utilité dans les pissotières publiques jusqu’où ils furent traînés.
Pour le récit lui-même – suivi de nombreuses notices biographiques retraçant le destin de bien des personnages évoqués tout au long des 5 tomes et d’une chronologie – il couvre la période allant de l’été 1943, après la chute de Mussolini, au printemps 1945 et la Libération de l’Italie de l’occupation nazie-fasciste*, la fuite et la fin sanglante des hiérarques et bouchers de la RSI et raconte la guerre civile d’entre ces dates.
Nous trouverons donc :
— un Mussolini, prisonnier doré de Hitler, apparemment étranger aux événements et impuissant à peser sur eux (Je ne vaux même pas un clou. Je ne dirige même pas l’Italie. Je sers de ”paravent”), mais qui sait trouver les mots qui versent de l’huile sur le feu (“Puisque certains lions végétariens – l’expression marquera les esprits – continuent d’évoquer une indulgence excessive de la République [...] envoyer données [...] des exécutions de civils et militaires.” “Le plus grand carnage de tous les temps porte un nom : démocratie ; sous ce mot se dissimule la voracité du capitalisme judaïque, qui entend réaliser, à travers le massacre des hommes et la catastrophe de la civilisation chrétienne, l’exploitation scientifique du monde.”) et qui appuie la radicalisation des lois raciales de 1938. Et aussi un Mussolini qui s’oppose à son “ami” Adolf** en rejetant l’adjectif “fasciste” – ce sera “sociale”, il doit bien avoir une raison à ce choix... – que celui-ci veut imposer à la république nouvellement créée et appelle dans son gouvernement Nicola Bombacci***.
— une république de façade dépourvue d’armée (les Allemands veillent jalousement sur ces 600 000 soldats qu’ils ont interné sur leur sol, où d’ailleurs sont obligatoirement formés les quelques conscrits qu’on arrive à attraper, et qu’on n’est pas vraiment pressé d’envoyer au front, tandis que Valerio Borghese s’est placé, avec sa Xa MAS, sous leur seul commandement, ignorant superbement le maréchal Graziani, ministre de la Défense), dont le gouvernement siège loin de la capitale et qui ne contrôle – conjointement avec la Wehrmacht et la SS, par la terreur pure et simple – que la plaine du Pô et les centres urbains, tout le reste du territoire (amputé de 9 provinces annexées de fait par le Reich) étant sous contrôle ou menace des Partisans contre lesquels on (les Allemands, les fascistes, ou les deux en coordination) lance des raids d’extermination : hommes, femmes, enfants, bétail, animaux domestiques. Mention spéciale pour les enfants de moins de 10 ans lancés en l’air et tirés au vol...
— des fascistes, souvent chemises noires de la première heure, plutôt des parias et asociaux qui sortent de l’ombre dans laquelle le fascisme arrivé au pouvoir les avaient renvoyé, comme Aldo Resaga, nouveau patron du Faisceau milanais, Vincenzo Costa qui lui succède à sa mort sous les balles antifascistes, ou Franco Colombo, chef de la Légion Ettore Mutti laquelle se distingue par sa barbarie horrifiant jusqu’à des chefs fascistes. Mais aussi quelques fanatiques : Alessandro Pavolini, un protégé de Ciano (comte de Cortellazzo et de Buccari) qu’il s’acharne à faire fusiller jusqu’à dissimuler son recours en grâce à Mussolini qui avait pardonné à son gendre, l’intransigeant Farinacci qui voulait placer les soldats italiens sous commandement allemand, etc. Ne manque que Rantanplan en chemise noire, Achille Staracce, qui court après son maître qui n’en veut plus : S’il se présente, jetez-le en bas de l’escalier. Les autres, tels Leandro Arpinati, se sont détournés (Trop tard, Benito, bien trop tard. Il est assassiné par des “antifascistes” le 22 avril 1945, avec un militant socialiste, 20 ans de persécutions fascistes au compteur, qu’Arpinati protégeait et qui a tenté de parlementer) et se tiennent à l’écart quand ils ne rejoignent pas l’autre camp, comme Guiseppe Bottai, emprisonné par le gouvernement Badoglio après avoir pourtant voté la motion Grandi, il échappe de justesse aux Allemands et s’engage dans la Légion étrangère.
— des juifs. Il arrive parfois qu’ils échappent par miracle**** au sort qui leur est promis, déportation ou massacre en qualité d’otages, comme aux Fosses Ardéatines.
— une guerre civile. Déclenchée dès l’occupation de l’Italie par l’armée allemande, sans coup férir, le gouvernement fuyant Rome à l’annonce de la capitulation ayant laissé l’armée sans instruction autres que vagues. Le peuple, coupable d’avoir le 25 juillet 1943 abandonné le fascisme, doit subir, outre les bombardements et les privations, le déchaînement de violence vengeresse des chemises noires : Légion Mutti, Légion Noire, Garde Nationale et autres milices qui pullulent et infestent le moindre commissariat de police, ainsi que celle des Allemands pas en reste d’horreurs, et doivent regarder le spectacle, quand il n’y sont pas traînés comme les enfants des écoles, des corps atrocement torturés, fusillés ou pendus aux crocs de boucher, abandonnés jusqu’à pourriture dans les rues. Et les différentes formations de la Résisntance n’entendant pas se laisser faire, les attentats contre les Allemands et les fascistes se multiplient, ce qui entraîne d’autres carnages en réplique. C’est à cause de ces horreurs que la foule milanaise s’est vengée sur le cadavre de Mussolini***** jeté sur la place, ce n’est pas un hasard, où les “Mutti” – les autres fascistes s’étaient opposé sans succès à la tuerie – ont fusillé 15 otages antifascistes en représailles d’un attentat ayant blessé (en cas de mort, le “tarif” est de 100) un soldat allemand.
* On trouve aussi écrit nazifasciste. Terme spécifiquement italien qui me semble témoigner de l’impact, dans la mémoire collective, et de la perception – particulièrement à gauche – des événements de cette période
** Lors de leurs retrouvailles, il balaie d’un “Quatsch !” [Traduction très libre : “conneries !”] les velléités (peut-être sincères, qui sait ?) de retraite du Duce, qui lui répond “Faites de moi ce que voulez”
*** Vieil ami du Benito d’avant 1914, le “Christ des ouvriers”, ancien “compagnon” et “ami” de Lénine, fondateur et premier Secrétaire Général du Parti Communiste Italien jusqu’à son éviction en 1927 après avoir plaidé pour la “convergence du fascisme et du bolchevisme”. Il finit pendu par les pieds, à un cadavre de Mussolini. A son cou, un panneau sur lequel on lit supertradittore, “super traître”. Si le PCI n’a rien oublié, les passants, eux, demandent “C’est qui, le type à la barbe ?”
**** 2 exemples : 1) Renzo Ravenna, podestat (maire) de Ferrare démis en 1938 “pour raisons de santé”, qui le 20 octobre1943 accepte de croire l’inconnu venu lui délivrer l’injonction de fuir lancée par sa soeur depuis le wagon du train qui l’emporte vers les camps ; il arrivera en Suisse avec femme et enfants le 19 novembre. 2) Liliane Segre, jetée à 13 ans à Auschwitz, y survit ainsi qu’à son évacuation. Nommée sénateur à vie en 2018, présidente de la commission extraordinaire de lutte contre l’intolérance, l’antisémitisme, le racisme et l’instigation à la haine et la violence, elle doit être placée dès l’année suivante sous protection policière.
***** Il existe des films de ces scènes, et elles ne sont pas belles à voir. C’est pour mettre fin à ce lynchage post mortem qu’il fut décidé, après nettoyage des corps au jet par les pompiers, de les exposer pendus par les pieds. La scène de l’arrestation du Duce offre, elle, un contraste saisissant. Le “soldat allemand (à la capote bien trop grande...) cuvant son vin”, resté sourd à l’appel de son nom, se réveille soudain et se laisse désarmer quand il est solennellement flatté : “Cavaliere Benito Mussolini...“ [il est Chevalier de l’Annonciade, un ordre prestigieux datant du XVè siècle dont les statuts transforment un pauvre instituteur fils d’un forgeron en Cousin du Roi]. Puis alors que le prisonnier s’avance dans la rue, des quolibets cèdent la place au murmure incrédule mais presque respectueux “Il Duce... Il Duce... Il Duce...” tandis que des écolières l’applaudissent comme par un vieux réflexe conditionné. En attendant d’être fixé sur son sort, il passe la soirée à discuter avec ses gardiens, puis est autorisé à passer la (sa dernière) nuit avec Clara Petacci. Chose étonnante, alors que leur relation dure depuis 10 ans, c’est la première et seule fois qu’ils dormiront ensemble. Ah, le respect des convenances et des apparences !
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Le titre choisi La fin et le commencement surprend. “La fin”, on comprend. Mais “le commencement” ? De quel commencement parle-t-on ? Ce n’est pas l’ultime discours de Mussolini clôturant le récit, adressée au-delà de la foule qui défile devant la pitoyable carcasse du “boeuf national” au peuple italien et au-delà, qui aide : résonnant comme un écho de celui qui inaugure la série et bouclant la boucle tout comme le premier accord de l’Or du Rhin clôt le Crépuscule des dieux du Ring de Richard Wagner, il apparaît plutôt comme un avertissement : “quoique vous fassiez à l’avenir, je serai toujours présent, je vous accompagne à jamais”. Recommencement plus que commencement. Les biographies des fascistes morts dans leur lit après la guerre semblent le confirmer : amnisties, honneurs parfois solennels à leurs obsèques ou même de leur vivant alors qu’ils n’ont rien renié voire revendiqué le passé, le fascisme est toujours là. Donc, quel commencement ?
L’auteur s’en est récemment expliqué dans le Monde : “J’ai joué sur [une] ambiguïté. Il peut être lu à un premier niveau comme la fin du fascisme et le commencement de la démocratie, en référence aux événements racontés. Mais il peut aussi être lu, en référence au présent, comme la fin de la démocratie et le commencement de quelque chose d’autre. La démocratie est une expérience récente dans l’histoire de l’humanité. Elle est partielle, au sens où elle ne concerne qu’une petite partie de l’humanité. Elle peut naître et mourir.”
Reste l’énigme que l’auteur n’a pas, tout au long de “M”, tenté de résoudre, laissant cette charge au lecteur, une fois qu’il a assimilé plus de 20 années de faits méticuleusement rapportés, énigme déjà posée par Hitler à Mussolini lors de leurs retrouvailles à Rastenburg : “Mais qu’est-ce donc que ce fascisme qui fond comme neige au soleil ?” La réponse du Duce (le 16 décembre 1944 à Milan devant un parterre de chemise noires) n’est d’aucune aide : “En nous qualifiant encore et toujours de fascistes et en nous consacrant à la cause du fascisme ainsi que nous l’avons toujours fait depuis 1919 et que nous continuerons à le faire demain, nous avons, après les événements, imprimé une nouvelle orientation à l’action, dans le domaine politique comme dans le domaine social. En vérité, plutôt qu’une nouvelle orientation, il faudrait dire par souci d’exactitude : retour aux positions d’origine.” Lumineux !
De son côté, Giorgio Almirante, président du MSI, (“Mouvement Social Italien”, parti fasciste non fasciste jamais aussi proche du fascisme que quand il en est loin) déclare si “personne ne pourra qualifier de fasciste un homme né dans l’après-guerre”, “nous sommes ce que nous avons été et serons demain ce que nous sommes”. Ce qui a le mérite de la clarté...
Les politiques appellent “fascisme” ce qu’ils considèrent utile de désigner ainsi. Les historiens sont incapables de s’accorder sur une définition. Pour Scurati, ce qui caractérise Mussolini et donc, définit le fascisme, c’est "la « suprématie tactique du vide ». Sa capacité à s’imposer de manière brutale et à séduire les masses dépendait précisément du vide dont il était issu : du fait de ne pas avoir de principes, d’idées, de stratégies. Cela lui permettait de sentir l’air du temps, de flairer le mécontentement, de guider les masses en les suivant, en restant un pas derrière elles, de se remplir de leurs humeurs.”
Le premier fascisme, celui de 1919, façonné par des hommes qui ont perdu sur l’Isonzo leurs camarades et leurs illusions, est antimonarchique, anticapitaliste, antibourgeois, antimoderniste, antidémocratique, antipacisfiste, antibolchevique, aux forts relents anarchistes (de quoi plaire à Arpinati qui vient de cette mouvance) et même nihilistes : révolutionnaire et antirévolutionnaire. Une forme de vide.
Après son abandon (ça vous remplit pas la tirelire un programme pareil) ne resteront que les squadristes et leurs matraques. Avec pour programme un ordre du jour, comme au temps de l’Isonzo. Credere. Obediere. Combattere. "Croire, obéir, combattre. Le retour du vide.
Je pense que Scurati a raison. Et donc, pour terminer, son exergue de ce 5ème tome :
A tous ceux qui croient encore à la Démocratie.
Qu’ils se préparent à se battre. _________________ Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles le sont (F. Nietzsche) |
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