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FREGATON

Inscrit le: 06 Avr 2007 Messages: 5202 Localisation: La Baule
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Posté le: Mer Mai 13, 2026 20:12 Sujet du message: |
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Pas inintéressant, sur le dernier dessin on peut déduire qu'il pourrait représenter un Krupp Protze Kfz.70 transformé en lance-roquettes?
Un sujet de choix pour un maquettiste cherchant un sujet original voir unique.
Je dis ça, je dis rien...
 _________________ La guerre virtuelle est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux civils. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13312 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Mai 13, 2026 20:19 Sujet du message: |
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Sur la base d'un dessin d'un garcon de 14 ans ? Je ne suis pas créateur de l'armure d'un chevalier du Zodiaque moi Blague à part, c'est bien vu en effet; _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15624 Localisation: Paris
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Posté le: Jeu Mai 14, 2026 09:08 Sujet du message: |
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25 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Visite à ma famille
« Il a fait très chaud cette nuit. Je demande à Bajzáth de me laisser passer voir ma famille dans Óbuda. Notre camion se rend à la boulangerie de la rue Timár, je n’ai qu’à profiter du voyage. Une fois là-bas, je réquisitionne deux miches de pain frais et marche vers le lotissement Városi Házak. A l’angle de la route de Vienne, un canon antiaérien de 88 mm a pris position, son canon pointé horizontalement selon le mode antichar. Les artilleurs me disent que l’ennemi n’est qu’à un ou deux kilomètres de nous. Il aurait infiltré ses éclaireurs jusqu’à la place Flórián, voire le manoir Kiscell au pied de la colline Máthyás.
Je cherche ma famille en bas, dans un abri. Il y a une foule étrange ici. Au printemps dernier, les bâtiments ont été endommagés par des frappes anglo-américaines et une grosse équipe de maçons a été dépêchée ici pour réparer. La plupart de ces travailleurs sont des tziganes, avec leur allure de salopard à grande gueule. Ils n’acceptent aucune discipline. Alors même qu’il y a des enfants malades dans l’abri, ces tziganes fument la pipe et leurs femmes se querellent. Ils utilisent les seaux d’aisance, mais refusent de les laver ou même d’aller chercher de l’eau.
Le gardien d’abri m’informe que, pour des raisons d’incompatibilité sociale, mes parents remontent en haut sitôt que l’artillerie soviétique se tait. Ils ne rejoignent les hommes des cavernes que lorsque les bombardements commencent.
Ma famille est en effet en haut. Je regarde par la fenêtre de la coursive. Elle est intacte, et sécurisée par du ruban adhésif mis en place diagonalement depuis le cadre. J’aperçois ma grand-tante de 70 ans, Sarah, avec mon petit frère sur ses genoux. Mère est devant le fourneau.
J’entre, Mère se retourne, incrédule. Mon petit frère me saute au cou. Je tends les miches de pain à ma grand-tante. Père apparait. Il faisait la queue pour récupérer de l’eau au point le plus bas du bloc et revient avec deux seaux pleins. Mère fait bouillir des nouilles et prépare le plat préféré de Papa : des Mákos-Nudit avec des graines de pavots et du miel. Il leur reste des réserves de haricots, de lentilles, de nouilles et de lard. Mais plus de lait, de viande ou de café. Je leur donne les nouvelles : Guyszi blessé, Eugene à Pest, peut-être à deux kilomètres d’ici… Mais Rommel arrive !
A mon grand désarroi, Papa écoute encore la BBC sur sa radio à piles. Les Britanniques relaient les informations des Soviétiques, dont la plupart sont manifestement incorrectes. Le nombre de défenseurs de Budapest est prétendument de 150 000, alors que nous sommes moitié moins. Les Soviets ont des revendications de prisonniers hongrois vraiment abyssales. Les Allemands sont blâmés pour avoir soi-disant tué des envoyés venus offrir « des termes magnanimes » à nous autres défenseurs si nous déposions les armes.
Papa serait-il devenu défaitiste ? Il ne croit visiblement plus en nos possibilités de victoire. Si Rommel arrive, il pense qu’il sera peut-être possible de fuir Budapest pour aller se réfugier en Allemagne… Mais combien de temps et dans quel but ? Il veut que moi et mon frère rentrions ici pour survivre à la future occupation rouge.
Mère est plus têtue : nous ne pouvons pas laisser ces Russes et ces Roumains marcher dans les rues de notre capitale. Le Parlement tout entier a engagé la Nation dans la guerre. Même le Parti socialiste l’a votée. Maintenant, l’heure est venue pour tous les hommes dignes de ce nom de sortir défendre leurs femmes et leurs enfants. Nous devons lutter jusqu’à la fin, c’est une question d’Honneur.
Je retrouve mon livre favori d’Hérodote et je lis à Tiborka comment, il y a bien longtemps, 300 Spartiates ont défendu les Thermopyles contre une immense armée perse, et assuré une Gloire éternelle à leur Nation. Nous, défenseurs de Budapest, devons soutenir la marée d’un demi-million de Russes et de Roumains. Leur supériorité est de sept pour un, mais nous vaincrons !
Père essaie d’ergoter en me parlant logistique, puissance industrielle et supériorité navale, ou encore en me racontant comment l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie ont perdu la Première guerre. Cette fois-ci, les Italiens et les Roumains, qui étaient avec nous au début, nous ont lâchés. Je rétorque que c’est un bon débarras ! Les Britanniques combattent déjà les communistes en Yougoslavie et se retrouvent maintenant face à eux juste sous le perron de notre villa du lac Balaton. Si nos alliés japonais tiennent encore les Américains occupés un moment, les Anglais accepteront forcément un compromis, lequel nous permettra de ramener les hordes bolcheviques jusqu’à l’Oural. Quant aux Français, ce sont des amis et ils n’ont rien contre nous ! De toute manière, les Anglais n’accepteront jamais un satellite communiste en Hongrie, c’est évident, trop de leurs intérêts sont en jeu.
Je retourne à l’école Toldy pour apprendre que l’enseigne Nándoki a été touché. Blessure à la tête, il ne devrait pas passer la nuit. »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)
26 août
Collabos en exil
Aux armes Collabos !
Sigmaringen (Allemagne) – On a dit que Jacques Doriot était un dirigeant autoritaire et intrusif, d’aucuns ont même qualifié le “Grand Jacques” de « stalinien »… Pas sûr que le leader du Comité National Révolutionnaire ait apprécié la comparaison – il savait sans doute que c’était Staline lui-même qui avait mis son veto à sa nomination comme Secrétaire général du PCF, alors qu’il était le patron des Jeunesses Communistes ! Il n’allait tout de même pas devenir le sous-fifre de Maurice Thorez…
Mais aujourd’hui, Doriot laisse avec majesté à Fernand de Brinon, dont c’est l’anniversaire (il a 59 ans) l’honneur de faire à la radio une annonce « capitale », fruit de négociations qui duraient depuis huit jours. C’est donc l’inamovible ministre de la Justice du NEF qui proclame avec emphase « la mobilisation générale des ressortissants français présents sur le sol sacré d’Allemagne et des territoires encore libres d’Europe pour rejoindre la lutte pour une Nouvelle Europe en paix ».
Cette annonce surréaliste correspond à l’enrôlement forcé dans la SS (au sein de la Charlemagne) de tous les Français de sexe masculin pouvant porter les armes et qui ont fui la Libération dans une sorte d’exode. Des personnages comme Jean Degans, Henry Coston ou Louis Darquier de Pellepoix, plus contraints que volontaires, vont donc se retrouver sous l’uniforme allemand et envoyés sur le Front de l’Est… Ceux qui sont trop vieux ou trop jeunes sont affectés à la Garde d’Honneur Révolutionnaire commandée par le fils Bridoux, sorte d’ersatz de police-gendarmerie issu de la Légion Tricolore.
Hongrie soumise
Enfants soldats – Mission d’Agitprop
« Au matin, je dois porter une dépêche au ministère de la Défense. La dévastation autour du château fend le cœur. Les trois rues parallèles menant de la porte de Vienne jusqu’au square de la Trinité sont en ruines. Je ne croise aucun piéton.
La grande citerne à côté de la cathédrale est vide. Plus d’eau.
Sur la place Disz, derrière la statue, se trouvent plusieurs corps attendant d’être enterrés. Des armoires et des boîtes en carton sont utilisées comme cercueils pour les adultes comme pour les enfants. Devant le ministère se trouvent un char Turán ainsi que plusieurs voitures d’état-major. La sentinelle prend mon pli pour le chef d’état-major du 8e Corps d’Armée. Le colonel, très occupé, ne me fait pas attendre : voilà une grosse enveloppe à remettre au capitaine Bajzáth.
Retour à l’école. Ilona me dit de me coucher tôt, car je risque d’être envoyé en mission cette nuit. Pendant l’après-midi, je rédige ce journal. Je l’ai négligé une semaine. Mais tant de choses se sont passées, et les événements sont confus dans mon esprit.
Au lit à 21h00. Insomnie. J’écoute les filles qui vont et viennent vers les toilettes dans le couloir. Je me suis assoupi quand un homme de la garde de nuit vient me réveiller.
Trois spécialistes du renseignement arrivent de la rue Donáti avec un ordre signé de la main de Vannay. Je suis supposé les guider dans le Városmajor vers nos postes de combat les plus avancés, vers la rotonde ferroviaire.
L’un d’entre eux est un technicien radio. Il doit déterminer la position de haut-parleurs qui tentent de miner le moral de nos troupes avec de la propagande. Les deux autres sont des vannistes d’origine slave, les caporaux Volosach et Makarenko. Leur tâche est d’utiliser des cornes de brume et de harceler les Russes en leur hurlant des mots dans leur langue. Nous devons partir à 23h00.
Il fait très noir mais je parviens sans trop de peine à retrouver mon chemin vers la rotonde ferroviaire – en fait, j’y arriverais sans doute les yeux bandés. Calme plat. Dans la rue Csalogány, nous faisons la rencontre d’une étrange colonne de chariots à bras venant du marché au foin. Ils sont tirés par des MUSZ et sont chargés de corps. Des soldats, des femmes, des enfants… Toute la journée, ces corps sont ramassés partout et déposés à l’hôpital Saint-Jean ou au tribunal militaire. La nuit tombée, ils sont emportés place Batthyány pour être jetés dans le Danube.
Makarenko explique qu’un autre point de collecte est installé dans la zone ferroviaire sud, où se trouvent des abattoirs. Il est désormais servi par des prisonniers de guerre soviétiques. Les corps sont sortis de nuit par des tunnels vers le Pont-aux-chaînes pour y être déchargés. Personne n’a le temps de creuser des tombes, surtout sous les bombardements. Le Danube se chargera des corps, peut-être bien jusqu’à Belgrade, tiens !
A la barricade de la rue Fény, il y a deux cadavres pendus aux lampadaires. Leurs bottes ont disparu. L’un a un uniforme allemand, l’autre un uniforme hongrois. Ils ont un panneau accroché au cou expliquant leur crime. Je gratte une allumette et nous lisons ces messages. L’Allemand était un déserteur – le panneau dit “Fahnenflucht”. Le Hongrois a été attrapé en train de piller – “Dorbézoltam míg mások harcoltak”. Un gendarme apparait, ennuyé que nous fassions de la lumière. C’est un Hongrois surnommé Pike, que j’ai déjà rencontré. Il nous accompagne jusqu’à l’abri de la rotonde.
Dans l’abri, nous sommes accueillis par le sergent Kováts. Il est très énervé parce que les Soviets de l’Agitprop ont appris son nom et prétendent avoir pris sa fiancée. Il conduit notre équipe de propagande au puits avancé n° 3, me laissant avec le caporal Mérai et deux jeunes vannistes pour visser des détonateurs de grenades offensives ou charger des balles dans des bandes de MG-42. »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007) |
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John92
Inscrit le: 27 Nov 2021 Messages: 1644 Localisation: Ile de France
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Posté le: Jeu Mai 14, 2026 09:34 Sujet du message: |
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25 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Visite à ma famille
«
…
A l’angle de la route de Vienne, un canon antiaérien de 88 mm a pris position, son canon pointé horizontalement selon le mode antichar.
…»
… _________________ Ne pas confondre facilité et simplicité |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13312 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Jeu Mai 14, 2026 10:03 Sujet du message: |
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Répétition du texte original. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15624 Localisation: Paris
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Posté le: Jeu Mai 14, 2026 10:14 Sujet du message: |
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Oui, Erwin n'était pas un grand styliste - de temps en temps, on peut juste mettre certaines maladresses sur le compte de la traduction. _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13312 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Jeu Mai 14, 2026 13:09 Sujet du message: |
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N'oublions pas que le gamin de 13 ans écrit a la veilleuse, le soir après une journée souvent agitée. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15624 Localisation: Paris
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Posté le: Ven Mai 15, 2026 08:29 Sujet du message: |
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27 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Raid sur l’hôpital Saint-Jean
« Kováts revient peu avant minuit tandis que les haut-parleurs de l’Agitprop russe entament leur programme de divertissement : de la musique de danse sur un disque rayé. Nous ouvrons la porte pour mieux entendre. Puis, une voix nasillarde parlant hongrois.
– Bonsoir chers vannistes ! Nous vous connaissons tous… Csontos, Gurán, Mérai… Et vous aussi, sergent Kováts. Tu veux peut-être dire bonjour à ta femme ? Elle est là, avec nous.
Une voix féminine : « Sanyi chéri, tu m’entends ? Les Russes m’ont, et ils ont ta mère et ton père. Que va-t-il nous arriver ? Arrête cette folie, sauve nos vies, sauve-toi, rends-toi ! »
Pleurs, un long cri outragé. Un rire gras puis l’insupportable silence.
La voix masculine reprend à peine quand soudain, elle est noyée dans la marche “Festung Europa” d’un autre haut-parleur, suivie par des invectives en russe accompagnées du son d’une corne de brume. Notre équipe de contre-propagande se paie la tête du gars de l’Agitprop.
La voix nasillarde crie par-dessus le son de la corne de brume : « Stupides animaux fascistes ! Rendez-vous aujourd’hui ! C’est votre dernière chance… Demain il sera trop tard ! NITCHEVO ! HAHAHAHAHA ! »
Kováts attrape un fusil lance-grenade et tire une fusée blanche en direction de l’hôpital Saint-Jean. On aperçoit le haut-parleur, monté juste à côté du cadran de la petite tour d’horloge. Kováts recharge puis tire une grenade à fragmentation. Touché ! La voix nasillarde s’éteint.
Une minute plus tard, des obus de mortier s’abattent sur notre position. Nous refermons en vitesse la porte métallique de l’abri. Nos hommes de la contre-propagande reviennent, sans aucune blessure. Le sergent ordonne au soldat Kiss de les ramener à l’avenue Olasz, et plus précisément à l’école de filles, où ils répéteront leur manœuvre. Kováts me tend ensuite une dague marquée du sceau SS [Une [i]Nahkampftmesser – 215 grammes, 17 centimètres de long.][/i] ainsi qu’un pistolet Walther.
– Tu viens avec nous, Süni, OK ? Il faut quatre hommes pour une escouade !
Nous progressons jusqu’aux barbelés. Mérai est l’homme de tête. Nous atteignons le nid de mitrailleuses n° 2. A travers la meurtrière de leur abri, deux servants nous regardent – le troisième est debout, avec des jumelles, à surveiller l’hôpital.
Le sergent prend la tête. Il connait la position d’un étroit corridor au milieu des barbelés où il est possible de passer sans déclencher de mines sauteuses. Une fois au mur, Kováts tire une corde d’avalanche avec des marques fluorescentes. Nous montons jusqu’à un trou dans la maçonnerie, rampant à une allure d’escargot. Devant nous, un petit point rouge bouge dans le noir. Une sentinelle, qui fume une cigarette.
Kováts et Miki la suivent à la trace. Quand la sentinelle se retourne, elle paraît trébucher et tomber sur sa propre arme ! Kováts lui donne alors un grand coup de dague dans la nuque. Il essaie ensuite d’extraire son arme, mais celle-ci reste coincée entre deux vertèbres. Je lui prête donc mon couteau de combat.
La sentinelle se dirigeait vers une porte grande ouverte, donnant sur un couloir du sous-sol resté éclairé. Nous entendons des voix derrière une autre porte. Kováts tourne doucement la poignée puis donne un grand coup de pied dans la porte, ma dague dans une main, son pistolet dans l’autre.
Il saute à la gorge du premier homme qui passe, pointant la dague droit sur sa glotte, tout en braquant le canon de son arme sur la bouche du second. J’entends nettement des dents grincer.
Miki met un troisième adversaire en joue avec son PPSh. Je tiens la porte. Mérai sécurise le couloir.
Dans la lumière bleue de la lampe, nous réalisons que nos deux captifs portent des uniformes de la Honvèd avec des brassards rouges. Ils jouaient aux cartes. Le troisième type est l’orateur de l’Agitprop. Son gramophone et sa pile de disques sont sur la table. Il porte son doigt à ses lèvres.
– Chhht, il y a des Russes à l’étage au-dessus !
– Ou est Mari ? C’est ma femme !
– Partie. Ramenée à son logement par les Soviets. Épargnez-moi, je ne l’ai pas touchée. Je fais juste des émissions !
L’orateur est poussé vers la porte par le sergent, Kiss et Mérai s’occupant des deux autres. En arrière-garde, je récupère le PPSh de l’Ivan mort. Mérai balance une grenade à l’étage du dessus. Détonation ! Cris !
Nous remontons calmement et passons au travers du trou dans le mur. Kováts donne au type de l’Agitprop une corde et lui dit de montrer le chemin menant à la ligne de chemin de fer.
EXPLOSION ! Le type a marché sur un fil, déclenchant une mine sauteuse qui semble l’avoir coupé en deux. Cela déclenche une série d’explosions secondaires sur les autres dispositifs aux alentours. Nous courons pour revenir vers le nid de mitrailleuses n° 2.
Juste à temps : les mortiers soviétiques ouvrent le feu, matraquant nos positions. Nous réussissons à rallier l’abri de la rotonde ferroviaire. Kováts dit à Kiss d’escorter les faux-frères hongrois jusqu’au tribunal militaire et de les remettre au premier gendarme venu contre un reçu.
Le sergent sanglote. Mérai essaie de le consoler.
– On va monter un raid en profondeur pour libérer ta Mari. On essaiera d’utiliser l’entrée par les égouts demain, tiens. Je connais toutes les entrées et les sorties.
Kiss et moi filons avec les prisonniers. On nous a interdit de leur parler. L’un est blessé, son oreille gauche a été arrachée et grossièrement recousue. Le second tente de parlementer.
Ce sont des soldats des transmissions de la 8e DI qui ont été capturés à Pest. Les Russes les ont forcés à accompagner leur responsable de l’Agitprop. Hé bien, ils raconteront leur histoire à un juge militaire.
Nous les remettons à un gendarme contre un reçu faisant état de leur transfert. Je tente d’argumenter un peu pour eux en disant qu’ils pourraient sûrement combattre de notre côté à nouveau. Le policier se contente de secouer la tête.
Le type à l’oreille arrachée se comporte comme un veau qui sent le sang tandis qu’on le pousse dans l’abattoir. Il laisse échapper un long hurlement douloureux. Son camarade est plus digne : il me donne quelques boîtes de boulettes de viande et d’Ersatz de fromage, en m’expliquant qu’il n’en aura plus besoin…
De retour au QG, je me dois de rédiger un rapport détaillé au capitaine sur l’action d’aujourd’hui. Au déjeuner, je ne parviens pas à manger le ragoût de cheval qu’on me sert. Les filles sont curieuses que je leur raconte mes dernières expériences. Désolé, Mesdames, pas maintenant !
J’emprunte un verre de brandy à un camarade puis je disparais sous ma couverture de cheval. C’est bon pour aujourd’hui ! »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)
Shoah – Amateurs attachés à finir le travail
Buda – La ligne de front est de plus en plus près du ghetto, mais cela ne refroidit pas toutes les ardeurs. Du fait de plusieurs groupes d’imbéciles, c’est plus encore le cas sur la rive droite du grand fleuve, réputée plus calme. Parmi ces imbéciles, on retrouve la bande du Père Kun, qui rôde dans le quartier de Városmajor depuis le QG Croix-Fléchées de la rue Némétvőlgyi, pillant tout ce qui se présente, violant tout ce qui passe (y compris des nonnes), massacrant au fil de ses maraudes – 90 personnes dans la rue Alma, 149 autres dans un hôpital…
Le mode opératoire est toujours le même : perquisition, rassemblement, sortie dans la rue – officiellement pour envoi vers le ghetto – puis mitraillage. Les circonstances sont le plus souvent atroces : ainsi, les patients de l’hôpital incapables de marcher sont tués sur leurs brancards, malgré les infirmières qui tentent de les couvrir de leurs corps et ne peuvent que périr avec eux. « Les cris de terreur se répétaient, allant et venant durant des heures. » Seule une infirmière échappera au massacre, cachée sous un amas de cadavres.
28 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Hôpital MABI
« Je reçois un porte-documents plein de cartes à remettre au capitaine Sándor Hanák, de la brigade des canons d’assaut. Je suis supposé le chercher aux alentours de la gare de l’Est dans Pest ; leur atelier de réparation serait vers la place Tisza.
Pest est sous un feu intermittent d’artillerie. On me dit d’éviter les grandes avenues. Les points de passage ou les ponts de bateaux sont également visés, et souvent mitraillés par des avions d’attaque.
Je passe les ruines du Pont-aux-chaînes et je suis la petite rue Király, le long du Ghetto. Toutes les rues adjacentes sont bloquées par de hautes palissades de bois. Je peux seulement apercevoir les plus hauts niveaux de notre immeuble sur la rue Akácfa. Je m’arrête un bref moment à l’Académie de Musique. Incroyable, il y a encore des étudiants qui y travaillent. Dans les couloirs, c’est une cacophonie familière de pianos, cordes et flûtes. Au contraire, l’auditorium est plein d’hommes et de femmes armés. Un groupe de combat des Croix-Fléchées, en uniforme noir et brassard, a installé sa tanière ici.
L’ennemi est à seulement deux ou trois kilomètres de nous, le front aurait déjà atteint le boulevard circulaire. Un officier en chemise verte explique qu’il doit défendre l’Académie de musique et préférerait encore la faire sauter plutôt que la rendre aux Soviets.
Je suis horrifié, ce bâtiment est l’un des plus beaux monuments Art Déco de Budapest. Ne pourrait-il pas trouver quelque chose d’autre à détruire ?
– Et quoi alors ? Le Ghetto ?
Je fais remarquer calmement qu’il y a dans le Ghetto de nombreux bâtiments qui sont des propriétés aryennes, par exemple le 62 rue Akácfa, qui appartient à ma famille. L’officier est encore plus agacé : « Nous sommes aux prises dans une lutte pour la survie de la civilisation chrétienne et tout ce qui t’intéresse, c’est l’immobilier. D’ailleurs, qu’est ce qui t’amène ici ? Fais voir tes papiers ! »
Il prend connaissance de mon pass et s’étonne que je ne sois pas sur le chemin le plus court vers la place Tisza. Je lui explique alors que je m’attache à éviter la grande et exposée avenue Rákóczi. Je remonterai vers la place Tisza quand j’aurai atteint la rue Hársfa. Il est toujours aussi suspicieux.
– Baisse ton froc, qu’on voie ton pioupiou !
Je suis humilié en public, mais il est calmé. Mon prépuce est irréprochable. Maintenant, c’est à mon tour de me plaindre : je lui ai présenté un laisser-passer avec le timbre Croix-Fléchées ! Pourquoi m’a-t-il embêté ?
Il dit qu’il est désolé, qu’il faut être vigilant… C’est si facile d’avoir des faux documents. Je ne me donne pas la peine de lui expliquer que nos timbres vannistes, fabriqués par l’oncle Róth, sont d’une légalité douteuse. Je me contente de lever le bras et mon tourmenteur me laisse partir.
Tandis que j’approche de la gare de l’Est, j’entends des tirs toujours plus intenses d’armes automatiques. En traversant l’avenue Rákoczi, j’essuie des tirs de sniper, mais je parviens tout de même place Tisza.
Un char Turán trône sous un portique. Sa tourelle est en réparation. Je m’enquiers du capitaine Hanák et l’on me dit que l’unité de maintenance de la brigade d’artillerie d’assaut a été déplacée dans le palais Vigadó, près du Pont-aux-chaînes.
Le Turán appartient à la 1er Panzer Division hongroise. On m’a dit qu’il y a deux jours, le lieutenant Kulifay a été brûlé vif dans l’un de ces trucs… C’est qu’un Turán ne fait pas le poids face aux chars soviets. L’obusier autopropulsé Zrínyi est bien plus utile comme chasseur de chars. Il y en aurait une trentaine dans Budapest. Mais le mécanicien me dit qu’il n’en reste plus que douze en état de marche.
Je retraverse l’avenue pour me rendre à l’hôpital MABI, un grand bâtiment moderne. Mon grand-père en est le directeur médical et s’est arrangé pour que Grand-mère occupe un lit dans l’abri anti-bombes. A la différence de l’hôpital MAV, l’intérieur n’est pas trop enfiévré, presque serein. Je trouve Grand-père, qui me donne de rapides nouvelles de la famille. Il est très occupé, mais me descend tout de même à l’abri, pour que j’y voie Grand-mère bien installée dans un lit en fer impeccable, occupée à boire son thé. L’hôpital a ses propres générateurs, même les couloirs sont éclairés par des ampoules d’une clarté aveuglante.
Il n’y a que six lits dans la chambre bien chauffée de Grand-mère. Les autres occupantes sont toutes des vieilles dames aux cheveux blancs, probablement des femmes de directeurs de banques ou de généraux.
Grand-mère parait complétement étrangère à tout ce qui se passe en ville. Elle ne lit pas les journaux, il n’y a pas de radio. Elle me reprend sur la saleté de mon uniforme. Sonne une cloche, exige qu’on m’amène à manger depuis la cuisine. Les autres dames me bombardent de questions. Elles n’ont pas l’air de me croire quand je leur explique que le secteur du château est en grande partie détruit, que les ponts sont dans les eaux du Danube… Mon déjeuner arrive : des Weinerschnitzel, des nouilles à la crème, du thé. Comme dessert : des prunes noyées dans du sirop. Je demande, et j’obtiens, une seconde portion de veau. Je la roule doucement dans une serviette que je glisse dans ma chemise. Grand-mère me demande : « C’est pour ton chien-chien ? ». En fait, je veux m’en servir comme appât, afin de charmer Katilla.
Grand-mère m’offre une boîte de chocolats. Sur le chemin de retour, j’évite l’Académie de Musique et j’atteins sans incident la place Vigadó. L’équipe de réparation de la 10e Brigade de canons d’assaut est dans la cour ornementée du Palais d’été. Le capitaine Hanák est parti à la chasse aux tanks. Je laisse le pli au chef mécanicien, qui me signe un reçu.
Le mécanicien me dit qu’ils se préparent à déménager vers Buda, le capitaine Dénes Csáthy recherche déjà un garage adapté. Il y a des rumeurs comme quoi Pest serait bientôt évacuée.
De retour au QG, Bajzáth m’interroge. Il pense que cela n’a aucun sens de s’accrocher à Pest et de devoir à nourrir les cent mille bouches du ghetto, nous n’avons qu’à laisser ce souci aux Rouges ! Si tous les défenseurs se regroupent dans Buda, nous pourrons tenir jusqu’à ce que le maréchal Rommel arrive.
Ilona est à une réunion rue Donáti. Je saisis l’occasion pour visiter ses filles dans le sous-sol. Elles ouvrent leur porte, je leur sors mon Wienerschnitzel. J’en place de petits morceaux sur leurs langues, tel le prêtre durant la communion. Nous nous amusons beaucoup : les filles ont découvert les dessins coquins que je fais dans mon journal et me proposent de servir de modèles. Elles ont un vieux gramophone à manivelle, qui passe de la musique de danse langoureuse. Katilla annonce les règles :
– Tu dois rester à trois pieds de moi. Je vais garder mes pieds sur tes genoux pendant que tu dessines, pour maintenir la distance. Tu as le droit de me chauffer les pieds pendant que tu dessines.
C’est un bon marché. Je m’assois sur la chaise et les filles sur leur lit. Katilla enlève ses chaussettes et pose ses pieds sur mes genoux afin de maintenir une distance de chasteté convenable. Rires : les filles enlèvent leurs hauts pour exhiber fièrement leurs petits seins coniques.
Tout ceci ne favorise pas mes talents artistiques. En plus, les filles font sans cesse des grimaces ou me tirent la langue dans des poses improbables. Je prends donc mon temps pour leur demander de changer de place ou de posture. Ensuite, retrait tactique dans ma tanière, avant de me faire intercepter par Ilona. »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007) |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15624 Localisation: Paris
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Posté le: Ven Mai 15, 2026 23:13 Sujet du message: |
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Un complément au 26 août.
Hongrie soumise
Sauver les meubles
Village de Velem – Avec tout ce qui se passe ces derniers temps, tout le monde a un peu oublié les Regalia de Hongrie. Tout le monde sauf les plus directement concernés : les Croix-Fléchées et certains Allemands amateurs d’art et adeptes de la rapine… ainsi, bien sûr, que les barons gardiens de la Szent Korona, Albert Radvánszky et Zsigmond Perényi. Ces derniers s’interrogent anxieusement sur l’avenir de leurs reliques, et même de leur pays.
Depuis un mois, les panzers circulent dans le secteur tandis que le front se rapproche – un obus mal placé, un malentendu et c’est la destruction de mille ans d’histoire ! Alors oui, c’est sûr, il faudrait déplacer les reliques. Rapidement, et sans en parler aux si sympathiques Allemands. Oui, mais quand et surtout où ?
Note de CF – Je sais, je sais, ça fait de plus en plus Sceptre d'Ottokar… (Mais non, Demo Dan, c'est pas une critique !) |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15624 Localisation: Paris
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Posté le: Sam Mai 16, 2026 08:05 Sujet du message: |
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29 août
Pays-Bas toujours occupés
Shoah – Jusqu’à la dernière minute
Camp de concentration de Westerbok (Pays-Bas) – Cent mille Juifs environ, dont une famille arrêtée le 4 août dans une cache aménagée dans les combles d’un immeuble, attendent avec angoisse dans ce camp installé 120 km au nord d’Amsterdam. Les Allemands vont-ils être assez fous pour continuer à les expédier en Allemagne par convois entiers, alors qu’ils manquent de trains et de charbon pour déplacer leurs troupes ? Assez fous, assez méchants… et assez stupides, alors que les troupes alliées ont passé la frontière du Reich, à l’est comme à l’ouest ?
Hongrie soumise
Enfants soldats – Premières blessures
« A 8h00, Bajzáth me fait appeler. Il a perdu le contact avec l’escouade du sergent Fodor dans les baraquements Radetzky. Un wagon de munitions aurait explosé sur les berges du Danube, coupant les communications. Je dois rejoindre les baraquements Radetzky et en ramener Fodor afin que celui-ci reçoive de nouveaux ordres.
Sur mon chemin vers la sortie, je croise le petit Bandi qui porte deux seaux de navets vers l’étable. Cela me fait penser à l’attelage affamé qui est garé dans la rue près du château d’eau. Un camion plein de navets a été gerbé dans la cour par l’une de nos équipes de récupération. J’en récupère un petit sac afin de nourrir ces pauvres chevaux sur mon trajet.
Les chevaux appartiennent au train de la division de Kavallerie SS Maria-Theresa. Ils sont là à dormir debout, harnachés à leur carriole, sous la garde d’une vieille sentinelle. Il me dit de faire attention à ma main sinon je risque de me faire mordre, et en effet les chevaux deviennent fous quand je leur tends les premiers navets.
Soudain, sans un avertissement, les obus de mortier se mettent à pleuvoir sur la rue. Explosions ! Les chevaux se cabrent, hennissent, s’échappent de leurs postes, manquant de m’écraser dans la ruade. Certains saignent.
D’autres obus arrivent. Explosions… Ma jambe ! Mon ventre ! ILS M’ONT EU !
Je hurle. Le vieil Allemand me traine sous une arche pour examiner mes blessures. Un petit éclat m’a touché au tibia gauche et j’ai une coupure à l’abdomen. Pour celle-ci, l’éclat est resté coincé dans ma ceinture en cuir. La chance !
Je demande à la sentinelle de m’aider à rentrer à l’école Toldy, à quelques blocs à peine. De plus en plus d’hommes arrivent pour aider à maitriser les chevaux rendus fous, il ne semble plus tomber d’obus.
Nous commençons à remonter la rue Franklin et rencontrons une patrouille vanniste. Ils me portent jusqu’à Ilona dans la salle de garde. Ses filles courent chercher la valise de premiers soins et me tiennent la main.
Ilona désinfecte soigneusement la blessure de mon ventre et commence à faire quelques points. Je gémis. On me met un morceau de bois dans la bouche afin d’avoir quelque chose à mordre. Avec une pince, Ilona extrait ensuite le petit bout de métal logé dans mon tibia. Puis, avec une longue aiguille, elle injecte quelque chose directement dans mon abdomen. Ça fait terriblement mal. On m’offre alors du rhum et du thé. Les filles m’aident à descendre dans mon antre, à me déshabiller et m’apportent un pot. »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)
30 août
France à peine libérée
La culture est l’héritage de la noblesse du monde
Reims – La poignée d’historiens de l’art et de conservateurs dépêchés en hâte fin septembre 1943 à la suite de Dragon a fait de nombreux petits ! Le Programme des Monuments, Œuvres Culturelles et Archives (pour les Français (12), qui l’ont surnommé “Pémoca”) est désormais une organisation de plusieurs centaines d’hommes et de femmes rassemblés dans un seul but : réparer le pillage de l’Europe par les nazis.
Aujourd’hui, sous les yeux ébahis du colonel Druène, chef du Département français du programme (13), la toute nouvelle capitaine Rose Valland dévoile l’intégralité de ses archives, patiemment constituées au fur et à mesure que l’Ennemi faisait transiter une partie du fruit de son pillage du pays par le musée du Jeu de Paume, à Paris. Objets, dates, numéros de convois, destinations, tout y est ! Pour plus de 20 000 œuvres, soit au moins un tiers des pillages allemands en France, l’historienne a pu assurer un suivi et colliger des renseignements inestimables. Les Allemands ignoraient qu’elle était diplômée de l’École du Louvre, pensant de façon fort machiste qu’elle n’était qu’une secrétaire ignorante ; de plus, elle leur avait caché sa parfaite maîtrise de la langue de Goethe… et de Goebbels. Le risque qu’elle courait était énorme si ses employeurs avaient découvert qu’elle les avait ainsi abusés !
Deux jours plus tard, Rose Valland recevra la Légion d’Honneur des mains du nouveau ministre de la Culture en personne (lequel n’est encore à cette date que Sous-Secrétaire d’État, mais chut…). En 1957, lors de la création de l’Ordre des Arts et des Lettres, elle fera partie des premiers décorés.
Hongrie soumise
Enfants soldats – Premières blessures
« A 8h00, j’ai de la fièvre, mais le pire c’est que le remède de cheval antitétanique qu’on m’a injecté me couvre de boutons. Je me gratte partout comme un dément. Les filles s’occupent de moi, m’apportent à manger, sortent le pot. J’ai une lampe torche et des bougies, mais je ne peux pas lire, mes yeux sont voilés. Je dors beaucoup.
Dans la soirée, le capitaine Bajzáth vient me rendre visite et m’apporte des journaux : Pesti Napló et Függetlenség. Il me lit un article louant le rôle de Vannay dans la bataille d’Alsónémedi. Celui-ci a été officiellement promu major, confirmant ainsi sa fonction de commandant d’un bataillon autonome.
Ce soir, les hommes préparent un grand raid depuis le Városmajor afin de fêter la promotion du chef. Des plans et des coupes des égouts de la “Crique du Diable” sont affichés dans la bibliothèque. Les égouts suivent le tracé des berges originelles du Danube, serpentant sous le parc. De nombreuses chutes verticales peuvent servir d’accès (elles sont normalement utilisées l’hiver, pour se débarrasser de la neige pelletée dans les rues). L’égout est assez grand pour que des hommes puissent y marcher debout. Nos équipes de reconnaissance vont y descendre pour émerger loin derrière les lignes soviétiques. »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)
Amateurs (pas éclairés du tout) de plus en plus nuisibles
Buda – Cette fois-ci, la bande du Père Kun va trop loin ! Elle s’en prend aujourd’hui à plusieurs agents de police responsables de la sécurité du commissaire Gyula Sédey. Soupçonnés d’être philosémites et de « se cacher tandis que d’autres souffrent pour la Victoire », ceux-ci sont désarmés, alignés contre un mur, menacés d’exécution puis finalement ramenés au QG de la rue Némétvőlgyi pour y être bastonnés.
Mais l’inspecteur principal Lászlő Beliczky, caché dans les toilettes, leur a échappé… Et il court informer ses supérieurs.
31 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Cicatrisation
« Je me sens mieux. Les filles me rendent visite, mais jamais seules. Elles s’assoient sur mon lit à la lumière des chandelles. Je caresse les fesses de Katilla, qui affecte de ne pas réagir mais seulement tant que Lilla ne s’aperçoit pas de cette action clandestine.
Dans la soirée, Ilona nous rejoint, accompagnée du capitaine Tornyosi, du Bataillon de la Garde. Ce sont nos nouveaux voisins, logés dans une villa de la porte de Vienne. Sa compagnie est tombée à 89 hommes. Il est venu demander à Vannay quelques hommes pour l’aider à fortifier ses positions. Vannay va lui prêter une douzaine de nos apprentis. Le Bataillon de la Garde est commandé par l’incendiaire Lt-colonel Veresváry et son adjoint est le tout aussi féroce Németh Béla. Ilona me dit d’éviter le contact avec ces gars-là.
Surprise : Vannay en personne vient me rendre visite. “Laci Bácsi” a une belle étoile de major à son col. Il est de bonne humeur, le raid de la nuit dernière a été un grand succès. Le sergent Kukucska, le caporal Váli et six autres hommes sont descendus dans les égouts de la Crique du Diable, sous le parc du Városmajor. Avançant dans un étroit conduit, ils ont réussi à atteindre l’Académie militaire Bolyia pour en neutraliser les sentinelles. Ensuite, le groupe mené par Váli est entré dans les villas alentour pour faire des prisonniers tandis que le groupe de Kukucska localisait le dépôt de munitions des Katiouchas pour le faire sauter. Váli est ensuite revenu dans nos lignes avec deux officiers prisonniers et deux jeunes Hongroises libérées de leurs violeurs. Ilona prévoit de les enrôler comme infirmières de ligne.
Encore plus de bonnes nouvelles : le maréchal Rommel est en train de briser l’anneau autour de Budapest. Il commande la fameuse 1ère Panzer-Division ainsi que le III. Corps Panzer. Il y a encore peu, ces unités étaient en Yougoslavie ou en Slovaquie. Comment les Allemands font-ils pour déplacer aussi rapidement et efficacement des centaines de blindés ? En face, l’ennemi se regroupe : leurs chars se sont retirés de la vallée de l’Aranyhegyi pour renforcer leur défense contre la menace des Panzers.
La porte s’ouvre : Katilla et Lilla apportent des flûtes, des conserves de foie d’oie, des biscuits et une bouteille de champagne Törley. Leur mère nous rejoint. Vannay porte un toast à ma santé ! C’est la fête. Tornyosi rend hommage à notre beau bataillon. Vannay dit qu’il se débrouillera bien pour que j’ai une ou deux décorations. »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)
Amateurs (pas éclairés du tout) enfin punis
QG Croix-Fléchées de la rue Némétvőlgyi (Buda) – Bagarre générale dans le QG des nazis hongrois ! Un détachement de policiers envoyé délivrer ses collègues affronte la milice du Parti. Celle-ci l’emporte finalement – mais à la force de ses fusils seulement – puis emprisonne les policiers, avant de les bastonner. On le sait, les Croix-Fléchées recrutent hélas largement dans les prisons et une de ces recrues reconnait à ce moment un des prisonniers : « Frères ! C’est le docteur Marosvölgyi, du centre de détention ! ». On ouvre la porte de la cellule et le trop fameux “Père Kun” est le premier à se jeter sur le malheureux : « Il lui mit son poing dans la figure, puis, pour faire bonne mesure, y ajouta une gifle de l’autre main. “Salopard, on te tient enfin !” hurlait-t-il en tâchant de trainer le malheureux hors de sa cellule pour lui infliger davantage de coups. »
Mais la vengeance marche dans les deux sens. Avant midi, pas moins de 250 policiers renforcés de gendarmes armés se présentent rue Némétvőlgyi. On s’excuse platement, on libère… Kun et sa bande sont enfin arrêtés et mis à leur tour sous les verrous. Mais pas dans une des geôles du Parti (14) !
Notes
12- Monuments, Fine Arts and Archives Program pour les Alliés anglophones.
13- Qui relève à la fois de la Culture et de l’Education Nationale, ce qui ne simplifie pas la vie du colonel…
14- Kun et ses hommes seront condamnés à mort et exécutés après la guerre, sur la base notamment du journal de Péter Szabő, l’un des chefs du gang. |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15624 Localisation: Paris
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Posté le: Sam Mai 16, 2026 08:12 Sujet du message: |
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Notes complémentaires
- Ci-dessus, nous avons encore un mélange de Demo Dan (Hongrie) et de Heorl (autres, notamment au sujet de Rose Valland).
- A propos des malheurs d'Erwin : on lui a injecté du sérum antitétanique (anticorps) de cheval et il a fait une réaction allergique, sensibilisé sans doute par des contacts précédents avec des chevaux, nombreux à l'époque même dans les grandes villes. Ce n'est qu'à partir des années 1970 que les anticorps humains (en fait, artificiels) ont été généralisés peu à peu. Ce n'est pas mineur : Erwin a eu une éruption désagréable, mais on pouvait mourir d'une telle réaction. Par ailleurs, la généralisation de la vaccination antitétanique a rendu l'utilisation des anticorps le plus souvent superflue. _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13312 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Sam Mai 16, 2026 10:00 Sujet du message: |
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Ah ben ca, sa première blessure n'est pas chiquee. Elle est relativement légère, mais pas benine pour autant. Sa ceinture lui a sans doute sauvé la vie - une perforation aux intestins, là-bas et a l'époque, c'est probablement fatal. Et appréciez aussi la délicatesse de cette grande panthere d'Ilona "posez le là, je sors ma plus grosse ampoule, ca lui apprendra" tel John Travolta quand il doit réveiller Uma Thurman. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Archibald

Inscrit le: 04 Aoû 2007 Messages: 11919
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Posté le: Sam Mai 16, 2026 10:28 Sujet du message: |
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| Citation: | | Cent mille Juifs environ, dont une famille arrêtée le 4 août dans une cache aménagée dans les combles d’un immeuble, attendent avec angoisse dans ce camp installé 120 km au nord d’Amsterdam. Les Allemands vont-ils être assez fous pour continuer à les expédier en Allemagne par convois entiers, alors qu’ils manquent de trains et de charbon pour déplacer leurs troupes ? Assez fous, assez méchants… et assez stupides, alors que les troupes alliées ont passé la frontière du Reich, à l’est comme à l’ouest ? |
 _________________ Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments." |
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houps

Inscrit le: 01 Mai 2017 Messages: 2165 Localisation: Dans le Sud, peuchère !
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Posté le: Sam Mai 16, 2026 10:30 Sujet du message: |
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| Casus Frankie a écrit: | Notes complémentaires
- Ci-dessus, nous avons encore un mélange de Demo Dan (Hongrie) et de Heorl (autres, notamment au sujet de Rose Valland).
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Un duo d'enfer ! _________________ Timeo danaos et dona ferentes.
"Les étudiants entrent à l'université persuadés de tout savoir. Ils en ressortent persuadés de ne rien comprendre. Où est passé le savoir ? A l'université, où on le sèche pour l'entreposer et en prendre soin." |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11901
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Posté le: Sam Mai 16, 2026 15:11 Sujet du message: |
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J'adore les petits détails d'"Enfants Soldats"... la grand-mère qui morigène Erwin pour son uniforme sale, lui qui s'intéresse plutôt à faire des dessins coquins... J'ai l'impression de les avoir déjà rencontrés... ou leurs portraits crachés. _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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