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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 12837 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Sam Jan 10, 2026 22:43 Sujet du message: |
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Le dragon dans la culture asiatique. Plein de pièces venues de Tapei, j'ai pensé a toi. Plus des vidéos du dragon a Paris XIII je t'ai cherché dans le public. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11789
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Posté le: Dim Jan 11, 2026 09:40 Sujet du message: |
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Excellent. _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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Hendryk

Inscrit le: 19 Fév 2012 Messages: 3965 Localisation: Paris
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Posté le: Dim Jan 11, 2026 09:57 Sujet du message: |
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| demolitiondan a écrit: | | Plus des vidéos du dragon a Paris XIII je t'ai cherché dans le public. |
Une année je me suis un peu marré avec le dragon.
 _________________ With Iron and Fire disponible en livre! |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15394 Localisation: Paris
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Posté le: Dim Jan 11, 2026 10:36 Sujet du message: |
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2 – Historique des opérations de sauvegarde et de transfert conduites entre le 14 juillet 1940 et le 6 septembre 1943
(a) Échanges avec l’Occupant et comportement de celui-ci
L’arrivée des forces belligérantes adverses s’est hélas faite naturellement au fil des combats, ou le plus souvent des ouvertures de ville. Dans ces premières pénibles journées, la principale préoccupation de l’armée allemande semble avoir été de pavoiser le maximum de palais ou de monuments, pour des raisons de propagande.
Puis, sitôt l’administration militaire mise en place, chaque dépôt s’est retrouvé sous l’autorité de la Kommandantur locale, l’autorité de fait établie par les traîtres de l’équipe Laval ne se payant que de mots (20). En ce domaine, nos services ont eu très vite à échanger avec une organisation militaire allemande ad-hoc, visiblement mise en place afin de gérer les aspects patrimoniaux des pays supposément conquis : la Kuntschutz (“Protection de l’Art” (21) ). Cette Kuntschutz semble avoir été chargée des questions relevant du patrimoine artistique auprès du Haut-Commandement allemand et des administrations militaires d’Occupation.
Quatre officiers de cette Kuntschutz sont cités ci-après, avec leurs périodes d’activité :
- capitaine-comte Franz Wolff Metternich (22) (1940-1942),
- capitaine Bernhard von Tieschowitz (1940-1943),
- capitaine Felix Kuetgens (1940-1943),
- sous-lieutenant (23) Wend von Kalnein (1940-1943).
La Kuntschutz disposait d’un quartier général sis à Paris, 43 Avenue Kléber, dépêchant un “chargé pour la protection artistique” dans chacune des six régions militaires définies par l’Occupant. Ceux-ci servaient ensuite de relais entre nos services et les Feldkommandaturs – dans notre cas, à Paris, il s’agissait en particulier du sieur Hans Hörmann.
Nous ne pouvons nier que cette organisation a eu des effets régulièrement positifs sur la conservation des collections évacuées, par exemple par le biais d’instructions de « mise hors de périmètre » des dépôts données à des troupes promptes à la réquisition d’immeubles, ou par la fourniture ponctuelle d’éléments de garnison à des fins de sécurité. En ce domaine, le comte Franz Wolff Metternich, désigné “Chargé de la Protection du Patrimoine” et disposant de ce fait de relais jusqu’aux plus hautes instances occupantes, s’est révélé globalement compréhensif et de bonne écoute (24).
Dès la prise de contrôle du territoire national, ses envoyés ont procédé à des inspections des châteaux afin d’en faire l’évaluation architecturale, souvent en présence d’un de nos fonctionnaires de la Direction des Beaux-Arts. Ces premières visites semblent n’avoir eu pour but que de documenter l’état des monuments avant arrivée des troupes d’occupation (25). Elles se sont avérées particulièrement pénibles à Orléans et Blois (26) – villes durement marquées par les combats, ce que les Allemands ne manquèrent pas de relever (27) – mais plus productives à Chambord et Cheverny, où des mesures de protection avaient été mises en œuvre à l’initiative des responsables locaux concernés. Ces éléments firent l’objet d’un rapport de préconisation dont nous n’avons ni copie, ni trace, mais qui n’a pas été suivi d’effet (28).
Le 16 septembre 1940, l’équipe du comte Metternich convoqua l’ensemble des conservateurs présents dans la capitale au restaurant Maxim’s pour un déjeuner de travail auquel il fut choisi de se rendre, dans l’intérêt des biens à sauvegarder. Cette ébauche de tractations, aussi pénible qu’elle fut, permit d’obtenir plusieurs laisser-passer et autres autorisations indispensables à la poursuite des travaux (29). Il est de mon devoir de signaler ici qu’aucune instruction contraire n’a été donnée par les services repliés.
Le 17 septembre, le comte Metternich demande à visiter Fontainebleau, déjà transformé en QG de l’Armée de Terre (30), pour une tournée en présence de l’architecte Albert Bray, laquelle fut l’occasion d’évoquer les grandes difficultés rencontrées avec le personnel militaire sur place. D’autres tournées eurent lieu les jours suivants, avec une volonté visible de se rendre compte des contraintes issues de la présence des troupes allemandes sur place : Versailles (au domaine déjà vandalisé par les soldats), Sceaux (31)…
Le 3 octobre 1940, le comte Metternich émit des « directives pour la réalisation du Kuntschutz dans les territoires occupés », document dont nous avons eu copie. Ces directives avaient pour but d’inciter les forces d’Occupation à « faire exécuter dans les meilleurs délais les travaux de protection les plus urgents », et cela « sans donner de leçons aux autorités locales au sujet des méthodes de travail, à moins que des travaux erronés soient envisagés, qui seraient susceptibles d’importuner l’administration militaire ». Au vu des forts risques de dégradation, le département des Beaux-Arts se remit donc au travail afin de donner suite (32). Nécessité faisant loi, nos fonctionnaires n’ont d’ailleurs pas hésité à s’appuyer ponctuellement sur la Kuntschutz et sa puissance contre les menées de l’autorité de fait mise en place, qui prétendait nous faire obéir.
Malheureusement, il fut tout autant nécessaire de solliciter très rapidement la Kuntschutz afin de protéger les biens meubles et immeubles des déprédations des troupes de garnison. Dès octobre 1940, Monsieur Louis Ferdinand Germain (33) prit l’initiative de faire appel direct au comte Metternich, afin de sauver le Château de Chantilly et son Musée Condé, où une unité d’artillerie avait stationné son dépôt. M. Germain n’eut malheureusement pas gain de cause immédiatement – mais sa demande s’est avérée être le point de départ d’une suite ininterrompue de suppliques destinées à enrayer différents dégâts, suppliques venues de nos services comme de nombreux propriétaires de châteaux privés soumis au pillage, à la dégradation voire, parfois, à l’incendie (34). L’objectif de ces démarches était clair : non point la Collaboration, mais bien l’exemption de réquisition, ou tout au moins la sauvegarde des domaines comme du mobilier. Confrontée à ces multiples requêtes, la Kuntschutz réagit de manière parfaitement discrétionnaire, selon sa propre estimation de la valeur patrimoniale (35), mais aussi, indubitablement, selon ses rapports de force avec son commandement, lequel nous indiqua régulièrement souhaiter loger ses officiers « convenablement, avec tout le confort moderne ». En l’espèce, la majorité de ces démarches n’aboutirent qu’à des affiches d’interdiction d’accès signée par la Kommandantur, voire à de simples avertissements (36).
Les dépôts présentés plus haut n’eurent heureusement pas à faire l’objet d’un tel marchandage. Qu’il s’agisse de biens réquisitionnés, de châteaux-musées appartenant à l’État ou de palais nationaux de haute valeur artistique, l’équipe du comte Metternich obtint l’exemption de cantonnement. Ainsi donc, à force de déplorables tractations, neuf dépôts obtinrent cette dispense salutaire :
- Brissac,
- Chambord,
- Chantilly,
- Fontainebleau,
- Serrant,
- Sourches,
- abbaye des Vaux-de-Cernay,
- Voré,
- Trévarez.
A ceux-ci, il convient d’ajouter la Malmaison à compter de mai 1942.
Ce classement n’était toutefois qu’un maigre répit pour nos inquiétudes, car il s’agissait d’un sursis pouvant être levé à tout moment, parfois provisoirement pour le passage de grands dignitaires, ou qui pouvait être prononcé « sous réserve », comme à Fontainebleau (37). Au surplus, ce classement n’offrait hélas qu’une sécurité fort théorique, issue de l’apposition sur les portes de panneaux d’information en allemand, faciles à ignorer par la soldatesque ou par des armes estimant ne pas relever des autorités d’Occupation, telles que la Waffen-SS (38). Tout ceci aurait hélas des conséquences terribles durant les années 1943-1944.
Et en attendant, comme aucun déplacement ne pouvait être effectué durant la période d’Occupation sans la validation des autorités allemandes, nous étions de fait astreints à la garde d’un trésor sans possibilité de le défendre ! Néanmoins, à cette date, la première et unique préoccupation de nos responsables fut de centraliser et regrouper les biens dont ils avaient la garde dans ces théoriques ilots de sécurité – ce qui fut fait tant bien que mal.
Notes
20- Selon le concept de l'Aufsichverwaltung, l’administration « de surveillance » – les militaires se contentant en théorie de surveiller les civils collaborateurs. Évidemment, faute d’autorité légale véritable, les résultats ont été nettement moins bons qu’escomptés.
21- Traduction très approximative de ce mot imprononçable et souvent mal orthographié. Le terme le plus précis serait “Commission pour la Protection de l’Art” voire “Commission pour la Protection du Patrimoine artistique”.
22- Sans lien avec le célèbre comte Metternich, du congrès de Vienne. Jaujard le savait-il ?…
23- Certains de ces grades sont faux, mais c’est sans importance pour le rapport Jaujard.
24- Note manuscrite du cabinet du ministre : « Cependant, si l’action de la Kuntschutz a souvent été utile à la conservation de nos biens, nous ne saurions y voir que l’effet d’une stratégie politique délibérée, et en aucun cas une volonté altruiste de sauvegarde. En l’espèce, nous ne pouvons que supputer le souhait d’éviter une nouvelle campagne d’indignation, telle celle qui fit suite aux destructions de 1914, voire une nouvelle exposition internationale, analogue à la présentation “les œuvres d’Art mutilées” s’étant tenue au Petit Palais entre 1916 et 1917. Au surplus, s’il est possible de convenir que la collaboration avec la Kuntschutz s’est avérée globalement “correcte”, nous ne pouvons que constater son absence totale d’opposition aux spoliations décrétées par ses autorités de tutelle contre nos compatriotes, souvent d’origine juive. »
25- Afin d’imputer autant que possible tout dégât à l’Armée française en retraite, voire à « la négligence de l’administration française ». Il est d’ailleurs significatif que les termes « abandon » ou « manque d’entretien » reviennent régulièrement dans ces rapports.
26- Rappelons que le château de Blois dut payer un lourd tribut lors des batailles d’arrêt sur la Loire (incendie du Nouveau Logis, bombardement du Logis des Comtes, plusieurs effondrements des murs d’enceinte), tandis que le centre historique fut carrément ravagé par les flammes.
27- Le rapport précisera même que « l’armée française, par sa résistance obstinée, a donné la première impulsion à la dévastation et probablement causé les dégâts les plus importants ». Visiblement, le chargé de rapport n’avait pas le recul nécessaire pour éclaircir ce qui pouvait être la cause première de cette résistance…
28- Il serait retrouvé dans les archives du MFA – avec une ligne barrée au crayon : « Ces mesures peuvent être généralisées sitôt notre administration opérationnelle », suivi d’une mention rageuse, de la main du Militärverwaltungschef Werner Best : « Alors c’est à nous de faire le travail des Français ? ».
29- Au vu des difficultés rencontrées en pareil cas même par les affidés du NEF, on mesure le privilège accordé !
30- Le siège du Generalquartiermeister en réalité – mais Jaujard et ses fonctionnaires ne sont pas familiers de l’organisation militaire allemande.
31- Ces tournées furent aussi l’occasion pour les Allemands d’un méticuleux travail d’inventaire photographique, mené parfois en présence de hauts dignitaires du régime lors de véritables visites guidées.
32- Cette reprise du travail parut donner satisfaction car, à compter du 8 octobre, les critiques sur le supposé manque d’entretien français disparaissent totalement des rapports.
33- Président de la commission administrative centrale de l’Institut de France.
34- Propriétaires pour la plupart regroupés dans l’association “La Demeure Historique”, laquelle se trouvait avoir de nombreux adhérents dans le nord de la France, donc face aux Îles Britanniques – ce qui impliquait des milliers de soldats à loger.
35- Avec une préférence visible pour les cathédrales et les palais royaux – mais avec un dédain notable pour tout ce qui datait d’après 1789, étiqueté “vandalisme révolutionnaire” et “décadence impériale”.
36- Afin de démythifier la supposée francophilie de la Kuntschutz, nous ne résistons pas à la production d’un extrait de sa communication : « Soldats allemands ! Vous trouvez en France, dans toutes les provinces, de nombreux châteaux qui ont déjà servi de quartiers à beaucoup d’entre vous et qui continueront à le faire dans l’avenir. Ces bâtiments constituent pour la plupart d’excellents monuments historiques et artistiques. Ils sont les témoins d’une culture ancienne de haut niveau. En les habitant, vous avez le devoir d’en prendre particulièrement soin. Cela correspond à l’attitude éprouvée du soldat allemand et à son respect pour les hautes valeurs de la culture. Attention au chauffage ! Les châteaux incendiés constituent une accusation permanente à l’encontre du soldat allemand ! ».
37- Ce qui revenait à dire que dans les faits, cette fameuse protection ne valait rien…
38- Ainsi, le château de Sceaux serait occupé pendant toute l’année 1941 par la division SS Polizei, sans que les autorités françaises ou allemandes puissent rien y faire, hormis visiter « rapidement » la bâtisse pour s’assurer de son état comme de celui de ses collections. En général, la SS affectera de toujours mépriser la Kuntschutz, pas assez brutale et donc suspecte de francophilie. |
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loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 10648 Localisation: Toulouse (à peu près)
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Posté le: Dim Jan 11, 2026 22:29 Sujet du message: |
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| Citation: | | 38- Ainsi, le château de Sceaux serait occupé pendant toute l’année 1941 par la division SS Polizei, sans que les autorités françaises ou allemandes puissent rien y faire, hormis visiter « rapidement » la bâtisse pour s’assurer de son état comme de celui de ses collections. En général, la SS affectera de toujours mépriser la Kuntschutz, pas assez brutale et donc suspecte de francophilie. |
OTL, la division SS Polizei rejoint la Prusse Orientale à la mi juin 1941 et franchit la frontière lituanienne le 30 juin (source).
FTL, la mobilisation pour Barbarossa aura lieu idem, modulo les renforts supplémentaires déroutés vers les Balkans.
Sauf si on parle du dépôt de la division resté en France ? _________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ... |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 12837 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Dim Jan 11, 2026 22:35 Sujet du message: |
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La polizei ne part pas dans les Balkans. Et elle ne va certainement pas passer un an en Prusse. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 10648 Localisation: Toulouse (à peu près)
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Posté le: Dim Jan 11, 2026 22:54 Sujet du message: |
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Alors ça, c'est une vraie question en effet : le report de Barbarossa est définitivement acté au 19 août (rubrique Avenir). Mais que faire des troupes allemandes après ? Rien ne garantit que l'URSS ne va pas tenter quelque chose d'ici le printemps 1942.
En soi, il n'y a pas de garantie que la Polizei revienne au même endroit. Surtout que, ayant définitivement acquis le statut de division SS en avril 1941. Himmler préférera peut-être la faire "bosser" en Pologne ? _________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ... |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 12837 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Dim Jan 11, 2026 23:23 Sujet du message: |
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Peu probable. Le gouvernement général ne relève pas de la SS. Il est plus certain qu'une division de flics finisse au service du MBF - sinon en concurrence - lors des nombreuses tentatives réussies de contournement de la Heer en France. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15394 Localisation: Paris
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Posté le: Lun Jan 12, 2026 10:01 Sujet du message: |
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(b) État des châteaux-musées
Même si chaque ouvrage est aussi unique que précieux, nous vous prions, Monsieur le Ministre, de bien vouloir trouver ci-après une synthèse des activités de protection des plus importants monuments de la région parisienne, lieux de Mémoire de la Nation Française. Ces activités se sont déroulées, vous l’aurez compris, dans les conditions les plus périlleuses, entre pénurie de moyens comme de personnels (du fait notamment des lois scélérates mises en place par les autorités de fait), dégradations liées au temps comme au passage de troupes, et incurie complète de l’administration que l’Occupant prétendait nous imposer pour exécuter ses ordres.
Les responsables de ces ouvrages sont également présentés, ainsi que leurs éventuels successeurs. Le devenir de ces mêmes ouvrages après le 6 septembre 1943 est évoqué au titre 3 du présent rapport.
Château de Sceaux (département de la Seine)
Conservateur en chef : Jean Robiquet. Architecte en chef : Léon Azéma
Jeune entité muséale (39) accueillant les dépôts du musée Carnavalet, le musée de l’Île de France a mis en œuvre dès l’été 1939 son plan d’évacuation établi en 1933, avec une louable mutualisation des moyens entre le département des Beaux-Arts de la Ville de Paris (dont relève l’établissement) et la Direction nationale des Musées des Beaux-Arts – les dépôts de Chambord, Fougères sur Brièvre, Cheverny et Valençay seraient ainsi mobilisés (40).
M. Robiquet a assuré personnellement le convoiement des 106 caisses jusqu’à Fougères sur Brièvre – destination finale de l’ensemble des collections, hormis quelques bustes ou tableaux transférés respectivement au service d’architecture de la Ville de Paris et à l’hôtel de Lauzun. Après son évacuation, selon M. Robiquet, le château demeurait « quasi vide ». Il se souvient y avoir laissé tout au plus « quelques objets trop lourds ou trop fragiles » tels des lustres ou des glaces, des « bibelots » et autres mobiliers muséographiques entreposés au pavillon de l’Aurore.
Le château fut immédiatement occupé par les Allemands à leur arrivée sur les lieux le 17 juin 1940, pour installation d’un dépôt de ravitaillement de l’aviation, suivi d’un état-major de la même arme. Ces Occupants n’en prirent pas grand soin, et n’y exécutèrent aucun entretien.
Le domaine, quant à lui – à peine inauguré par le président Albert Lebrun – ne connut ni combats ni dégradations manifeste – ce qui est heureux au vu des faibles moyens mis en œuvre (sacs de sable sur les sculptures des guérites et à l’entrée d’honneur (41) ). L’inventaire de la Kuntschutz exécuté à la fin 1941 en témoigne. Tout au plus peut-on regretter la disparition non élucidée d’un banc et d’une statue, peut-être victimes d’un obus. Les éventuelles réquisitions envisagées en 1939 – hôpital militaire, Préfecture de Police et tribunaux déportés de Paris – n’ont pas été suivies d’effet. Quant au passage de la 54e Division (42), il n’a pas laissé de traces. L’armée allemande fit sienne le petit château (transformé en casernement, quoique vide d’équipements sanitaires) et l’orangerie (une écurie, puis un service cartographique). Le parc lui-même est resté le plus souvent ouvert au public, avec maintien en place des gardiens : c’était un lieu de détente pour les Français comme pour les soldats allemands (43).
Les autorités de fait ont eu des projets pour Sceaux. Souhaitant achever la campagne de restauration engagée par M. Azéma, elles ont mobilisé un jury afin de déterminer les groupes sculptés et la statuaire à renouveler. Si certaines réflexions issues de cette démarche peuvent garder pertinence, rien n’a été entrepris, à deux exceptions : l’acquisition des statues La Terre et L’Eau (44) pour reconstitution du décor du Domaine historique et le rachat des plafonds de Nicolas Delobel appartenant autrefois aux cabinets latéraux du pavillon de l’Aurore (45). Ces achats menés sous le régime de préemption, bien que peut-être justifiés, devront faire l’objet d’un contrôle de légalité par nos services afin de nous prémunir de tous recours.
Château de Vincennes (département de la Seine)
Conervateur en chef : André Hurtret. Architecte en chef : Jean Trouvelot
Vincennes, lieu de prestige, lieu de pouvoir et, comme vous le savez déjà, Monsieur le Ministre, lieu de grand malheur. La place de Vincennes a toujours accompagné le cœur de nos armées – il était donc logique qu’elle suive leur pénible sort.
Depuis longtemps caserne militaire, quoiqu’en voie de diversification d’usage depuis les années 1920 (46), la place de Vincennes offrait avant le conflit une belle double vocation, en maintenant sa garnison au milieu d’un flot de 35 000 visiteurs annuels au minimum. Malheureusement, la guerre ne pouvait que mettre à bas cette belle organisation. Le 24 août, Vincennes ferma ses portes et redevint pure forteresse, ainsi que le GQG du général Gamelin – lequel se positionna dans la casemate T dans la cour Royale (47).
A ce moment, les collections furent très partiellement évacuées – quelques livres de la bibliothèque de la Grande Guerre, à peine. Le reste demeura sur place, dans des caisses voire dans leurs vitrines pour ce qui concerne les armes. A cette date, on n’imaginait sûrement pas Vincennes tomber… Nous passerons évidemment sur les terribles événements du mois de mai (48) pour avancer au 13 juin, date de l’évacuation du château. Les troupes allemandes survinrent le lendemain.
Dans un premier temps, Vincennes fut essentiellement un lieu de passage et de stockage, pour des unités de ravitaillement voire des formations sanitaires. A la fin de l’été 1940, elle devint toutefois assez vite un lieu de repos pour des unités de combat. Une partie du commandement militaire s’installa dans la place, ainsi que les bureaux du Ministère des Transports du Reich. Entrepôts, ateliers de réparation, boulangerie… Jugeant les locaux trop spartiates, la majorité des officiers préférèrent cependant prendre leurs quartiers dans les immeubles voisins.
Face à cette demeure étrange et éclectique, dont certains ouvrages datent déjà de 800 ans (49), l’ennemi parait déconcerté. Des éléments disparates, parfois fixes, mais aussi de temps à autres des groupes de passage violents et dangereux, campent sur ses 6 hectares, pendant que M. Hurtret tente de négocier avec l’officier responsable le respect de l’intégrité patrimoniale du site. La cour royale est néanmoins dégagée pour devenir un vaste garage à ciel ouvert.
Dès l’hiver 1940, on constate des vols d’objets dans le Donjon, notamment des armes réquisitionnées. Des objets de culte sont détruits et plusieurs pièces historiques également – certaines caisses les contenant servent de cibles d’entrainement lors d’exercices de tir ! Le patrimoine est méprisé, les œuvres dilapidées : ainsi les vitraux du XVIe siècle de la Chapelle, soigneusement déposés par nos services, se voient stockés à côté de munitions.
En ce qui concerne les collections, celles-ci eurent à souffrir une véritable épuration, à claire vocation de réécriture mémorielle, sous la commission de l’amiral Lorey (50), chargé du « retour en terre allemande des prises de guerre et de la saisie des objets pouvant porter atteinte à la dignité du peuple allemand ». A pied d’œuvre sur le site dès le mois de septembre 1940, elle fera disparaitre – et sans doute détruire – des centaines de dessins, gravures satiriques et objets ayant trait à la victoire alliée de 1918. La bibliothèque de la Grande Guerre, peuplée d’objets à forte valeur symbolique (tel le fanion de la voiture qui emmena le Kaiser Wilhelm II en exil vers la Hollande) ne pouvait malheureusement qu’être une cible de choix pour le Reich – la présence physique quasi permanente sur le site du directeur, Félix Debyser, n’y fit absolument rien. M. Hurtret parvint juste à obtenir le respect de l’intégrité du château en lui-même, considéré comme un simple “souvenir artistique”, et en faisant appel au sens de l’honneur du général Stülpnagel.
Avec la dégradation de leur situation militaire, l’humeur des Occupants se dégrada aussi, hélas. Vincennes allait connaitre dans les ultimes mois de l’Occupation une dévastation placée sous le signe de la Vengeance.
Musée du Louvre (département de la Seine)
Directeur du musée du Louvre : Jacques Jaujard. Architecte en chef : Albert Ferran
Le Louvre est la pièce maîtresse de notre patrimoine. Il était donc logique qu’il bénéficiât de toutes nos attentions. Son évacuation en septembre 1939 en présence de la Presse démontra, s’il en était besoin, le savoir-faire de nos équipes. Retenons ici simplement une date : le 28 août 1939, date de la dépose de la Joconde. Le reste est fruit d’une méticuleuse préparation qu’il serait vain de résumer ici (51).
Retenons cependant l’immense succès du plan et l’installation de plusieurs abris de défense passive en divers endroits du palais (crypte Saint-Louis, construction neuve sous le Jardin de l’Infante (52) ), ainsi que la mise en œuvre de protections type sacs de sable sur les parties vulnérables ou les décors sculptés, tels les reliefs de Jean Goujon. Les œuvres intransportables (le mastaba d’Askhethétep, les lions de Khorsabad) reçurent des protections équivalentes. L’Armée prévit même des ballons aériens afin d’encombrer le ciel au-dessus des toits ! A l’hiver 39-40, le Louvre était vide. « Les tableaux, les sculptures et les objets d’art ont quitté la capitale, le Louvre devient un musée du vide. Les cadres béants, les socles solitaires restent les seuls vestiges de ce qui fut le plus grand musée du monde. »
Et pourtant, cela n’empêcha pas les autorités d’Occupation d’en demander la réouverture dès le mois d’août 1940, d’abord pour les hauts dignitaires, puis pour le public, selon des horaires particulièrement réduits (53), après enlèvement des protections passives et selon des circuits assez lâches cantonnés au RdC, faute d’œuvres comme de personnels. Les sculptures encore en place étaient alors pratiquement toutes des moulages, seules les pièces indéplaçables restaient présentes. En ce si pénible contexte, nous nous sommes personnellement assurés qu’il serait impossible de rapatrier la moindre œuvre du plus petit dépôt. La Kuntschutz rédigea de son côté un petit guide de quelques pages, sous la direction du capitaine Bunjes. Qu’il nous soit permis d’écrire ici fort orgueilleusement que, même vide et abandonné, le Louvre faisait encore son effet. M. Herbet (54) notait « des guides à l’accent guttural trainaient des cohortes respectueuses de soldats ahuris et d’infirmières revêches devant le mastaba d’Akhoutotep (sic !) ou les frises de Babylone ».
L’unique but de notre action durant cette période fut la conservation de ce qui restait et, dans la mesure du possible, les travaux scientifiques, couplés à d’éventuels projets de réfection et à d’incessantes visites dans les réserves du sous-sol, véritable retraite de notre personnel. Nous devons admettre ici que nos relations suivies avec le comte Metternich ont été du plus grand secours, afin de faire face aux autorités militaires comme à l’autorité de fait (55).
A ce sujet, nous avons malheureusement été contraints de vive force de prêter plusieurs œuvres, dans le cadre d’échanges avec des musées allemands ou espagnols – échanges dont les contreparties se font encore attendre à ce jour. Si, concernant les établissements allemands, il n’est sans doute pas grand-chose à faire, une intervention du Ministère des Affaires Étrangères auprès de nos sympathiques confrères espagnols serait vivement appréciée (56). En sus, il nous a fallu céder le RdC de l’aile Lemercier (57) à des instituts non précisés, comme un véritable séquestre auquel nous n’avons eu aucun accès. Il s’agissait visiblement d’un lieu de transfert d’œuvres inconnues, sans aucun doute confisquées (57). A ce propos, il convient d’ores et déjà de signifier dans ce rapport que le Louvre nie absolument la moindre Collaboration quant à ces menées.
Avec le renversement du cours des armes, l’année 1943 vit quelques incidents : une douille d’obus tombée d’un avion traversa la verrière de la cour du Sphinx le 16 juin. Le 23 du même mois, un appareil canadien en perdition s’écrasa sur les Grands Magasins, arrosant de débris le Jardin des Colonnades. Tous ces événements pour le moins inquiétants me conduisirent à ordonner la remise en protection passive du Louvre dès l’été 1943. Le bombardement du 5 juillet ne fit que renforcer le caractère pour le moins urgent de cette démarche… Hélas, les solutions mises en œuvre pour ce qu’il restait encore sur place furent au mieux artisanales (59). Tout ce qui pouvait encore être déposé fut envoyé dans les réserves. Le reste fut encoffré, le plus souvent avec du bois et des sacs de terre, quand nous pûmes en obtenir.
Musée Nissim de Camondo (département de la Seine)
Conservateur en Chef : Louis Metman puis Jacques Guérin (à compter de 1943). Architecte en chef : sans objet, bâtiment non classé (60).
Le plan de mobilisation de cet établissement (61) prévoyait une évacuation partielle des collections vers un lieu à déterminer, le reste devant être stocké dans une assez petite cave. Notons que ce point assez discutable a fait l’objet de vifs échanges entre Messieurs Huisman et Guérin – le second soutenant que l’absence de possibilité de stockage sur site ainsi que le caractère « de première qualité » des objets présentés justifiaient une évacuation totale, sans préjuger de la dépose des tapisseries, sculptures et boiseries.
La riche collection d’art décoratif du XVIIIe siècle fut en conséquence pour sa plus grande partie évacuée entre le 29 août et le 3 octobre 1939, partant dans 311 caisses réparties en 11 convois, en direction de Chambord (6 caisses), Cheverny (70 caisses), Valençay (48 caisses) et Brissac (187 caisses). L’état de ces évacuations ne figure pas sur les listes de colisages des Musées des Beaux-Arts. Par suite, nous restons encore à cette heure astreints à l’ouverture des colis et à l’étude des bordereaux des archives survivantes de l’UCAD afin d’établir un état précis de ces évacuations (62). Les autres pièces ont été descendues à la cave comme précisé plus haut, soit qu’elles aient été jugées moins précieuses, soit que leur état rendît un déplacement techniquement difficile. Les œuvres intransportables (vases de marbre du jardin, vases de granit de la cour d’honneur, Fontaines de marbres de la galerie du RDC bas et de la salle à manger) ont été emballées sur place. Les boiseries et cheminées n’ont fait l’objet d’aucune protection, mais la direction obtint la garantie d’un approvisionnement continu en mazout afin d’assurer un chauffage minimum. Enfin, les 500 livres et revues de la bibliothèque auraient été placés dans des coffres. Le site, sans protection particulière, resta habité : par le conservateur adjoint Jacques Guérin, le gardien chef Joseph Richter, le jardinier Ernest Delaroche ainsi que leurs familles.
Eu égard au contexte très particulier et passablement tragique de la vie de cette institution, il me parait nécessaire, Monsieur le Ministre, de poser quelques termes légaux. Le musée des Arts Décoratifs et l’hôtel l’abritant, situé 63 rue de Monceau, apparurent dans le patrimoine de l’État Français à compter de 1924, quand l’industriel Moïse de Camondo les céda contre la promesse que l’ensemble devienne un musée portant le nom de son fils, Nissim (63). Ce legs étant devenu réalité au décès de M. de Camondo, survenu en 1935, musée et hôtel sont depuis protégés par la convention signée en 1920 entre l’UCAD et l’État, laquelle leur donne un statut national imprescriptible et inaliénable. De même, l’hôtel de Monceau appartient de plein droit à l’État. Ce rappel n’était toutefois d’aucun recours face à la soldatesque.
Dès le 17 septembre 1940, c’est-à-dire le lendemain de notre déjeuner de travail avec le comte Metternich, M. Metman écrivit personnellement à ce dernier afin de solliciter l’exemption d’Occupation, que nous obtînmes fort péniblement dans la confusion liée à l’arrivée récente de l’Occupant. Le 13 novembre 1942, il fallut renouveler cette instruction pourtant sans ambiguïté, face aux menaces d’un service commercial relevant de l’armée de l’Air allemande (64) – pour ce faire, nous dûmes personnellement aller quémander grâce auprès du général Schaumburg.
Dans l’intervalle, M. Louis Metman décéda malheureusement (de mort naturelle) le 13 avril 1943. M. Jacques Guérin prit alors le relais, avec l’appui de M. Michel Faré.
Le 6 juillet 1943, un envoyé de l’un des prétendus ministères de l’Intérieur de l’autorité de fait força l’entrée, porteur d’un papier sans valeur signé de la main du traître Doriot. Nous dûmes laisser ses hommes de main pénétrer sur le site, le temps qu’ils constatent l’inaptitude totale des locaux à l’usage qu’ils souhaitaient en faire (pas de conduits d’eau, chauffage au mazout). Les miliciens fracassèrent plusieurs portes, à la recherche de quelques rapines. La cave fut vidée de tout ce qui était transportable, c’est-à-dire peu de choses mais malheureusement déjà trop. Plusieurs bustes ont été fracassés (dont celui d’une femme noire par Pierre-Philippe Thomire), des porcelaines de Chine brisées et des colonnes renversées. La plupart des dessus de marbre des meubles ont disparu. Puis l’invasion barbare quitta les lieux, nous laissant tous bien marris que des Français se comportent ainsi.
Notes
39- Acquis en 1923 par le département de la Seine, le château a été ouvert en 1934 et le musée en 1937 seulement.
40- Le château n’est pas inscrit aux Monuments Historiques.
41- Ce que Jaujard regrette visiblement, et à raison : l’orangerie avait déjà perdu trois travées en 1870 !
42- Du 25 septembre au 22 décembre 1939.
43- Soumis au même règlement que les promeneurs !
44- Emportées par la princesse de Cystria lors de la vente du Domaine.
45- Prélevés en 1875 par le marquis de Trévise pour son hôtel particulier.
46- Avant la Première Guerre, Vincennes – alors place militaire – abritait un empilement d’unités et de services particulièrement disparate, pour un effectif variant de 3 à 7 000 hommes. A compter de 1920, le ministère de l’Instruction Publique et le sous-secrétariat d’État aux Beaux-Arts y font leur entrée, par la Sainte-Chapelle et le Pavillon de la Reine (qui deviendra la bibliothèque du musée de la Guerre). Les parties médiévales et classiques sont classées monuments historiques depuis 1913.
47- L’ensemble fit très mauvaise impression au (alors) colonel de Gaulle, venu recevoir le commandement de sa Division Cuirassée. Il me décrira comme « un couvent, une thébaïde mal éclairée, le chef d’état-major travaillant et méditant sans se mêler surtout au service courant ».
48- Dont la conférence du 22 mai en présence de Weygand, Reynaud et Churchill.
49- Ils ne plaisent pas tous. Un rapport allemand parle de « locaux infects et indignes d’une armée victorieuse » !
50- Directeur du Zeughaus de Berlin.
51- Conçu en 1938 (premières listes rédigées en 1932 sous l’impulsion d’Henri Verne, directeur des Musées des Beaux-Arts). Entre la commande des milliers de contenants, l’étude des moyens de transport (le fluvial fut sérieusement envisagé) et la conciliation entre les départements (prêchant tous, et de bonne foi, une approche différente), il y eut du travail et pas qu’un peu ! Puis ce fut le conditionnement des tableaux dans la salle des Caryatides, les sculptures allant quant à elles vers la Galerie Daru ou les anciennes écuries de la Cour Visconti – le personnel de la Samaritaine et des Magasins du Louvre dut être appelé en renfort face à la masse d’œuvres à emballer. Quelques chiffres : 37 convois de 5 à 8 camions et 3 691 peintures (dont des tentures démarouflées).
52- Cet abri s’y trouve toujours aujourd’hui !
53- Entrée gratuite pour les Allemands… Avec panneaux dans la langue de Goethe remerciant par avance de bien vouloir ne toucher à rien et ne pas fumer.
54- Directeur de la Galerie de France.
55- Le quotidien du Musée est très bien connu, notamment par le biais du “petit carnet noir”, en réalité le journal de bord, de Pierre Devambez, conservateur des collections de bronzes, terres cuites et vases. L’homme a noté au jour le jour la vie du Louvre du 3 septembre 1939 au 2 septembre 1944. Document professionnel servant avant tout de pense-bête et de compte-rendu d’actions, il ouvre néanmoins une perspective unique sur l’institution à cette période.
56- Étonnamment, le régime franquiste donna suite avant la fin de l’année.
57- Aile Ouest de la cour carrée.
58- Ces locaux avaient été affectés à l’Einsatzsab Reichleiter Rosenberg, qui centralisait ici les biens confisqués avant leur départ vers le Reich (annexe : musée du Jeu de Paume).
59- Ainsi, dans le journal de M. Devambez : « Entrevue avec l’architecte du Palais, M. Ferran, qui conseille, chaque fois qu’il est possible, de descendre les statues de leurs socles et de les abriter derrière les trumeaux entre les fenêtres, de façon à éviter le souffle. ».
60- Il ne le sera qu’en 1977.
61- Établi en 1936 sur instruction directe de M. Huisman.
62- Jaujard est en train d’écrire qu’il n’est pas capable de dire ce qui a été évacué.
63- Officier aviateur, tué durant le Premier Conflit mondial.
64- Il s’agit sans doute d’un établissement de “marché gris”, supposé contrôler le marché noir au bénéfice du maréchal Göring. |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11789
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Posté le: Lun Jan 12, 2026 10:49 Sujet du message: |
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Ah, les lions de khorsabad, je les ai vu enfants et il m'en est resté une fascination pour l'époque suméro-assyro-babylonienne qui ne s'est jamais démentie depuis. _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 12837 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Lun Jan 12, 2026 11:20 Sujet du message: |
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Tout à l'heure des illustrations, pour ceux que ca intéresse. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Wings

Inscrit le: 11 Mar 2022 Messages: 977 Localisation: U.S.A
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Posté le: Lun Jan 12, 2026 17:51 Sujet du message: |
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Aucune oeuvre n'a pu etre évacuée en AFN? _________________ "It takes the Navy three years to build a ship. It will take three hundred years to build a new tradition. The evacuation will continue." Sir Andrew Cunningham, Mai 1941
"Let me soar! [...] I need no great host, just [Tyene]" - Nymeria Sand, AFFC II |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 12837 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Lun Jan 12, 2026 18:11 Sujet du message: |
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Attends ! Nom d'un chien.
Et pour répondre au fond de ta question, la volumétrie, la priorité militaire et l'impératif de conservation ne permettront que peu de choses. C'est triste, mais c'est mieux à Chambord, même gardé par des Feldgrau, qu'en train de cramer sur un bateau. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15394 Localisation: Paris
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Posté le: Mar Jan 13, 2026 13:18 Sujet du message: |
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Château de Rambouillet (département de la Seine-et-Oise)
Conservateur en chef : Gérald Rémy. Architecte en chef : André Japy, puis Ernest Poncet.
Domaine de chasse et résidence présidentielle d’été bien connue mais non classée aux Monuments Historiques (65), le domaine était en pleins travaux au déclenchement de la guerre (reconstruction de l’aile (66) ) et se préparait pour le séjour du Président Lebrun, prévu pour le 1er septembre 1939. Évidemment, il n’en fut rien et le château vit l’intégralité de ses biens mobiliers évacués (meubles fonctionnels, mais aussi tapisseries et tapis anciens) dès le 30 août 1939, vers le château de Cangé, dans la Loire.
Du 12 au 14 juin 1940, le domaine fut atteint par plusieurs tirs d’artillerie visant les forces du général Chauvineau, touchant le parc et le bassin du Rondeau sans dégâts majeurs – ce qui aurait pu être autrement plus dramatique en l’absence de la moindre mesure de défense passive. L’infanterie allemande s’en empara ensuite le 16 juin 1940 au repli de nos troupes. L’occupant ferma le domaine au public et s’y installa immédiatement pour des exercices de tirs et des casernements : d’abord le général Walter Heitz, puis le général Moritz von Faber du Faur, enfin des éléments de la Luftwaffe à compter du 8 mars 1941. Il s’agissait alors de loger des troupes du génie construisant des terrains d’aviation dans la région parisienne. Ce changement d’usage avait été consenti avec la promesse de garder le château vide – promesse non tenue, entre généraux et journalistes ou dignitaires de passage.
Circonstance aggravante : le château n’étant pas classé, le haut-commandement allemand n’avait même pas besoin de faire mine de considérer nos observations. Le rapport établi par la Kuntschutz en septembre 1941 (sous-lieutenant Wend Von Kalnein) et attestant du caractère patrimonial de l’ensemble, dont le « magnifique parc », n’y a rien fait. Il a fallu se contenter de la vague promesse que seuls des officiers supérieurs y seraient logés. Et comme on pouvait s’y attendre, le classement total du domaine, ordonné en urgence par les autorités de fait le 25 décembre 1942, n’eut pas le moindre effet (67).
L’aile Ouest (près de la tour François 1er), l’appartement d’assemblée, les appartements des ministres et bien sûr l’appartement du président de la République : tous les logements de prestige ont ainsi été réquisitionnés. L’accès à l’ensemble du château est resté interdit à nos agents. Du fait de son absence de classement, aucune évacuation du Domaine n’a été exécutée (68), et les œuvres hors mobiliers étaient restées en place.
Pareille configuration aurait pu s’avérer dramatique. Et pourtant, étonnamment – miraculeusement – il nous faut convenir que tous ces visiteurs importuns n’ont infligé que des dommages légers. Le rapport de M. Poncet en date du 31 décembre 1941 (mené depuis les couloirs exclusivement) évoque « un état irréprochable (69) ». Il semble bien que la Kuntschutz ait obtenu du commandement allemand la désignation d’un référent – le capitaine von Kutschenbach – en charge de cet aspect particulier de la gestion du domaine. A l’occasion, il nous a même fallu tempérer certaines initiatives un peu trop ambitieuses, telle la restauration des deux lieux de culte du château, ou encore l’offre de reprise par des officiers peintres du dimanche des frises de l’ermitage (époque Napoléon 1er) ! Dans ce dernier cas, M. Poncet s’est attaché à trouver très vite un restaurateur compétent, afin d’éviter de se retrouver, selon ses termes, « un jour prochain, devant un fait accompli très regrettable ». D’autres projets de restauration ont également été envisagés par le Mobilier National – il n’a pas été possible d’y donner suite, faute d’accès et de moyens. Ce même service a toutefois réussi à obtenir en mars 1943 l’évacuation d’une partie notable des pièces du mobilier encore présentes (tapisseries et tapis, meubles de l’appartement d’assemblée (70), tapisseries de Jean-Baptiste Oudry) à des fins de restaurations qu’il reste désormais à mener (71).
Malheureusement, l’Occupant maintint sur le domaine une activité militaire intense. Certes, l’accès aux visiteurs fut rétabli au 15 mars 1941, mais à des conditions fort particulières – circulation à droite obligatoire (présence de camions), fermeture des parterres (réservés aux officiers, les jardiniers étant directement payés par la Kommandantur). Le parc devint ainsi une espèce de lieu de villégiature pour les dimanches ensoleillés, hélas sous la Croix gammée.
Château de Saint-Germain-en-Laye (département de la Seine-et-Oise)
Conservateur en chef : Raymond Lantier. Architecte en chef : Jean Baptiste Hourlier
Le château de Saint-Germain-en-Laye n’était malheureusement pas en bon état avant même le début des hostilités. L’édifice était – il est toujours - vétuste, humide, sans chauffage ni électricité.
Les collections du Musée des Antiquités Nationales commencèrent à être évacuées le 25 août 1939 – opération menée avec rapidité et efficience, tant du fait de l’expérience acquise lors de la crise des Sudètes de 1938 que de par les contrats signés au préalable avec des entreprises de déménagement (72), ce qui permit de garantir l’exception de réquisition de leurs véhicules. Cent cinquante caisses (73) furent transportées vers Chambord du 30 août au 21 septembre 1939, ainsi que 5 caisses du musée municipal, avant ventilation partielle à Cheverny et Valençay. Les œuvres intransportables furent mises en stock dans la salle du bûcher.
Bien exposé sur un promontoire, le château de Saint-Germain-en-Laye constituait malheureusement une cible potentielle forte pour l’aviation ou l’artillerie, ce qui n’empêcha pas d’y installer un poste de défense passive et un poste de secours, à la demande de la municipalité. Les protections se multiplièrent : sacs de sable, stocks en sous-sol, coffrages sur bas-reliefs… Le 11 juin, la ville était proche des combats et le personnel renvoyé chez lui, à l’exception du conservateur, M. Lantier, d’un brigadier de gendarmerie et d’un gardien. Ceux-ci ne demeureront sur place qu’une nuit avant de devoir à leur tour évacuer vers Paris.
La ville de Saint-Germain en Laye a été le lieu de la signature de la paix entre les Alliés et l’Autriche. A ce titre, elle ne pouvait qu’avoir une valeur symbolique forte pour l’Allemand. En sus, son emplacement idéal non loin de la Manche en firent un lieu de choix pour le commandement adverse, lequel préféra toutefois loger dans les demeures et hôtels particuliers attenants, pour les raisons de vétusté évoquées plus haut (74). Ainsi, lorsque notre personnel revint sur le site le 24 septembre, il constata que l’ouvrage était occupé par un quartier général, donc interdit d’accès. Il fallut que nous négociions personnellement au nom de la Direction des Musées des Beaux-Arts la restitution de l’édifice, avec la Kuntschutz.
Le 2 novembre, le château fut libéré. Mais les visites intempestives se poursuivirent, toujours par des officiers méprisant visiblement les arrêtés de leur propre commandement. En sus, la municipalité elle-même multiplia les demandes face aux destructions subies, depuis le stockage de vivres jusqu’au déplacement de la cantine, en passant par l’ouverture d’un lycée provisoire. En deux circonstances, nous dûmes céder : le 5 janvier 1941, pour la conférence franco-allemande tenue avec les préfets dans la fameuse Salle I (75), et surtout dans la nuit du 3 mars 1942, lorsque des appareils de bombardements alliés frappèrent la ville, déclenchant un réflexe de défense de la part des factionnaires allemands – lesquels entreprirent d’installer des projecteurs sur les toits de l’édifice. Celui-ci avait pourtant déjà assez souffert : destruction du parterre, soufflage des vitraux, endommagement de l’ensemble des menuiseries des façades Nord et Est, soufflage de quelques portes sous les détonations. Le château se retrouva alors pour ainsi dire cerné de blockhaus, tandis que le sous-sol se vit transformé de force en poste sanitaire, avec agrandissement d’une porte d’accès depuis les douves – le tout avec la bénédiction de M. Hörmann, de la Kuntschutz (76).
L’ensemble de ces aménagements transforma pour ainsi dire le château en zone militaire, où nos gardiens finirent par être pratiquement interdits de circuler, notamment de nuit.
Château de Versailles (département de la Seine-et-Oise)
Conservateur en chef : Pierre Ladoué (jusqu’en 1941), puis Charles Maricheau-Beaupré. Architecte en chef : Patrice Bonnet (jusqu’en 1941), puis André Japy.
Versailles, par sa taille et sa richesse monumentale, fut peut-être le plus grand défi pour nos services, ne serait-ce qu’au vu de l’intégration d’une bonne part des œuvres dans le cœur même du bâti, entre boiseries, plafonds peints, glaces et tapisseries. Nous y parvînmes néanmoins, après quelques difficiles mises au point (77).
Rappelons qu’à cette heure, Versailles est toujours l’un des monuments les plus visités de France, avec plus d’un million de visiteurs en 1937. C’est littéralement le domaine le plus scruté de France et on doit de ce fait, outre la démarche scientifique et historique, intégrer dans l’ensemble de sa réflexion un volet politique. Partisan farouche de l’évacuation, et pour une fois d’accord avec M. Ladoué – qui prit en charge ses collections vers Chambord, Brissac et Sourches (78) – M. Patrice Bonnet se lança dans une opération absolument inédite, quoique validée par l’ensemble de ses autorités de tutelle : la dépose de l’ensemble des décors, statuaires et boiseries intérieures du château jugées remarquables et ne servant pas de simple accompagnement aux peintures (79). Le volume considérable fit que les dépôts furent choisis en conséquence : Voré (Normandie), Serrant (Val de Loire), abbaye des Vaux de Cernay (département de la Seine-et-Oise). L’opération s’échelonna jusqu’en mai 1940, pour diverses considérations (80).
On peut s’étonner de cette stratégie unique. Nous opposerons en premier lieu l’argument historique de cohérence (81), suivi d’un argument politique. En effet, ce monument avait et a toujours pour lui, outre une symbolique évidente, un fort lien avec l’Histoire allemande, notamment du fait du traité signé en 1919 (82). En conséquence, la crainte était grande d’un nouvel incendie des Tuileries, ou même de simples combats dans ce qui restait encore avant la guerre la première ville de garnison de France (83). Vincennes, donc, mais sans les fortifications.
Au vu de la fragilité du site, les protections de défense passive se concentrèrent sur l’essentiel, à savoir la lutte contre l’incendie : mise en place de cloisons coupe-feu dans la galerie des glaces, compartimentage des charpentes, flocage au plâtre des combles de la galerie des glaces, transformation du bassin de Neptune en réserve anti-incendie (les autres bassins étant vidés)… Les éléments décoratifs et baies reçurent des occultations en bois (84). Les bronzes non évacués, tel le Char d’Apollon, furent protégés par des caisses en bois (85). Le Grand Canal lui-même, dont on craignait qu’il serve de repère pour l’aviation, fut vidé et transformé en rivière par des travaux de terrassement. Des abris pour le personnel furent édifiés, ainsi qu’un poste de commandement (aux Bains d’Apollon), et des postes d’observation dans les toitures (86).
Mais tout cela ne servit fort heureusement à rien car Versailles tomba sans combat.
Sitôt le palais entre leurs mains, l’Occupant et l’autorité de fait qui le secondait ont fait de sa réouverture une priorité, dans des circonstances et avec des préoccupations n’ayant à voir avec l’édification du public – mais plutôt avec l’intérêt des Allemands. Ainsi, Versailles ne fut ni protégé ni réquisitionné, mais rouvert immédiatement et d’autorité aux visites de l’ensemble de l’armée allemande, dans des conditions imposées et déplorables, l’Occupant ayant en plus le front de nous reprocher l’état « pitoyable » d’un monument que des hordes de fantassins piétinaient en rangs et en bottes (87), dans une ambiance d’immense chantier (88). Étrange obsession, de vouloir visiter à tout prix un monument où il n’y avait plus rien.
Pour l’Allemand, Versailles semble visiblement avoir été un double lieu de mémoire – ce qui est pleinement logique, au regard de son Histoire. A ce titre, la Kuntschutz, en la personne de M. Hermann Bunjes, n’a eu de cesse de suggérer, voire d’impulser, toute une série de mesures à vocation au moins autant récréatives que scientifiques : remise en état des Jardins, des Bassins, des Jets d’Eau, de la Galerie des Glaces – cette dernière étant réservée aux Allemands. Faute de retours enthousiastes de leur part, les services concernés firent ensuite face à une injonction du chef de l’administration du Grand Paris, le général SS (90) Harald Turner, dont l’argumentaire ordonnait une reprise immédiate des travaux de réparation et de rénovation (90). Il fallut donc complaire a minima, tout en informant l’Occupant des raisons de ce qu’il constatait (91).
Les travaux se poursuivirent avec une sage lenteur jusqu’à ce que, finalement, les autorités de fait fassent congédier pour raisons politiques MM. Bonnet et Ladoué en janvier 1941 (92), avant de les remplacer par MM. Maricheau-Beaupré et Japy, lesquels semblent avoir été davantage attirés par la perspective de mettre en application leurs projets pour Versailles que par une réelle volonté de servir. Évidemment, ils en furent pour leurs frais, opérant sans moyens dans un château vidé, dépouillé même, sous le contrôle étroit de M. Bunjes puis de M. Hörmann – le comte Metternich servant d’autorité de tutelle pour les échanges avec les gradés les plus importants (93). Les autorités du soi-disant NEF ne purent jamais fournir en quantité suffisante le ciment promis, réquisitionné pour la construction d’ouvrages de défense, au grand désespoir d’ailleurs des concernés (94).
La principale réalisation de ces années fut ainsi la reprise de la galerie de peinture de l’aile Nord (seulement, faute de pièces), selon une nouvelle muséographie de M. Maricheau-Beaupré validée par M. Hörmann (95). L’exposition se limitait aux stocks “en transit”, n’ayant pas pu être évacués avant l’été 1940. Néanmoins, le 18 mai 1941 (96), le château rouvrait finalement au public, après presque deux années de fermeture. Plusieurs fois, le traître Laval prétendit s’installer ici – ou éventuellement à l’hôtel Hartog, sis Boulevard de la Reine. Mais il n’en fut jamais rien.
En ce qui concerne le domaine, l’enjeu le plus important de ces années fut de limiter l’impact du déploiement imposé de plusieurs batteries de Flak dans le parc comme dans ses dépendances. La Kuntschutz semble n’avoir été, ni informée, ni capable d’y faire obstacle. D’âpres négociations empêchèrent cependant le positionnement de pièces au plus près du palais, mais les officiers de la Luftwaffe restèrent globalement sourds aux arguments qu’on leur opposait, allant jusqu’à proposer une évacuation totale – refusée par la Kuntschutz en raison de ses effets potentiels sur l’opinion. Une fois encore, notre pauvre patrimoine se trouvait l’otage de considérations le dépassant largement.
Notes
65- Achetée par l’État français sous… Louis XVI, en 1783, c’est une résidence présidentielle depuis Félix Faure, en 1896. En 1939, seules certaines sections étaient protégées patrimonialement.
66- Ce qui déclencha un conflit très violent et très… décalé avec le Mobilier national, lequel se plaignait que ces travaux soient menés sans protection du mobilier.
67- Extrait d’un rapport répondant au NEF, établi avec la Kuntschutz : « Le château possède certes un certain nombre de pièces d’une valeur exceptionnelle, mais au moins autant de pièces bien aménagées sans valeur artistique particulière. Si, en temps de paix, il a été jugé compatible avec l’intérêt de la protection des œuvres d’art de faire du château la résidence d’été du président français, le gouvernement français doit se faire à l’idée d’y loger occasionnellement des chefs de troupes supérieurs triés sur le volet, avec leur état-major restreint. ».
68- Pas tout à fait… Le troupeau de moutons Mérinos logé à la bergerie depuis la Révolution a été transféré. Sage précaution, car tous les oiseaux du parc finiront dans les gamelles allemandes.
69- Méticuleux, les Allemands iront jusqu’à demander le remplacement de la toile de protection de l’escalier d’honneur, endommagée par les passages incessants. Un officier renverra même par la Poste un livre emprunté dans la bibliothèque présidentielle !
70- Jugés de faible valeur et laissés en place en 1939.
71- Les tapisseries ne seront d’ailleurs jamais réinstallées, en dépit des protestations régulières des architectes ABF du domaine. Et l’on comprend la tournure de phrase de Jaujard.
72- Société Mignard.
73- Avec de nombreux documents administratifs en sus des pièces.
74- Saint-Germain-en-Laye devait cependant être la ville avec le plus grand nombre d’Occupants en garnison, exception faite de Toulon.
75- Où fut signée la paix avec l’Autriche – le choix est d’évidence délibéré.
76- « Il n’y a pas d’objection de principe du point de vue de la protection du patrimoine. »
77- Jaujard passe charitablement sous silence les relations exécrables entre architectes et conservateurs en ce qui concerne le « Monstre versaillais ». M. Huisman en personne s’en inquiétait. En 1938, il écrivait à M. Bonnet : « Je vous ai demandé de vous mettre d’accord avec M. Brière [prédécesseur de M. Ladoué], pour organiser chaque semaine au Palais de Versailles une réunion des conservateurs des musées et de l’architecte en chef, conservateur du Domaine, pour examiner en commun les questions intéressant les deux services. (…) J’attache la plus grande importance à cette mesure, et j’ai l’honneur de vous prier de me faire connaitre si ces réunions ont lieu régulièrement et de m’adresser chaque semaine, de concert avec le conservateur du musée, le compte-rendu de la séance en double exemplaire, l’un destiné au bureau des musées, l’autre à celui des bâtiments civils. ». De fait, entre le jeune Bonnet, brillant élève de Pierre Esquié et doté des moyens immenses offerts par la Fondation Rockefeller, et le vieil érudit autoritaire Ladoué, il y eut quelques étincelles dans les années 30 !
78- Cet aspect est expédié un peu vite dans le rapport… Tout de même, au-delà des meubles chargés d’Histoire (la table de la signature de la paix), citons le cas du serre-bijoux de Marie-Antoinette, dont le démontage nécessita deux semaines de travail, onze caisses et le recours à un restaurateur anglais spécialisé dépêché par avion !
79- Cabinets de la Pendule, du Conseil, de la Cassette, de la Garde-robe de Marie-Antoinette, chambre de la Reine, cabinets de la Méridienne de Marie-Antoinette, de la Reine, des Poètes, de la Dauphine, bibliothèque et chambre du Dauphin…
80- Considérations techniques… mais aussi politiques. La dépose des statuaires monumentales des jardins, effectuée pour ainsi dire au dernier moment, fut très débattue.
81- Conçu comme un tout, le décor de Versailles ne peut survivre à la moindre destruction, laquelle constituerait une perte irréparable. M. Bonnet : « Il faut donc se résoudre à déposer et à enlever, pour le sauver, tout ce que les mains de notre époque, si habiles fussent-elles, seraient incapables de refaire. ».
82- Charitable, Jaujard oublie ici délibérément la proclamation de l’Empire allemand dans la Galerie des Glaces en 1871, ainsi que (plus anecdotique) le congrès fondateur du NEF, tenu le 16 août 1940. Cet aspect “sensible” du château reste prégnant. En 1994 encore, la délégation hongroise refusait de se rendre au Grand Trianon pour une bien innocente rencontre des ministres de la Culture, déclenchant un assez grave incident diplomatique.
83- Depuis Louis-Philippe.
84- Mais curieusement pas les bustes de la cour de Marbre, jugés « trop restaurés ».
85- Ici, il s’agissait moins de protéger d’une bombe que d’amortir une éventuelle explosion au camp de Satory. Même emballage pour les marbres laissés en place.
86- Celui installé dans la chapelle royale existe toujours. Il n’a sans doute jamais servi, le gardien en ayant la charge étant un mutilé de Quatorze, bien incapable de monter sur ce perchoir ! Rappelons que le personnel jeune et en bonne santé avait été mobilisé.
87- Ce qui n’empêchait pas les Allemands de critiquer largement les mesures de protections mises en œuvre, Hermann Bunjes allant jusqu’à accuser l’Architecte en chef Patrice Bonnet de « négligences délibérées, afin d’imputer les dégradations à l’armée allemande » !
88- Les déposes firent paradoxalement beaucoup pour notre connaissance historique du château, en offrant des perspectives inédites sur des sections constructives jamais examinées auparavant. On fut surpris, par exemple, par la qualité très médiocre de certains matériaux cachés derrière les boiseries.
89- Sic !
90- L’argumentaire en question reprenait d’ailleurs mot pour mot celui de Bunjes, toujours soucieux de ne pas imputer l’état de dégradation constaté par les visiteurs ou la presse étrangère à l’armée allemande.
91- Une affichette en langue allemande fut apposée, expliquant aux visiteurs l’état actuel du château et leur demandant protection et compréhension, tout en promettant de rétablir « dès que possible » le statu quo ante bellum. Ce fut vécu comme une provocation par Bunjes, déjà frustré que l’on ne donne pas suite à ses propositions, et qui classa immédiatement l’équipe de Versailles comme « ausgesprochen deutschfeindlich » – « extrêmement hostile à l’Allemagne ».
92- Bien que conservateur (de métier !), Ladoué était une personnalité plutôt de gauche. Quant à Bonnet, il était sans doute trop énergique et on lui reprochait d’avoir « mutilé en vain » le palais avec ses déposes extensives. La presse collaborationniste le surnommait « Monsieur Louis XIV ». En sus, mais Jaujard le tait charitablement, il avait quitté Versailles le 13 juin 1940 pour se replier dans son château dans le Sud-Ouest. Sur ordre, certes ! Mais il n’en reviendrait pas avant la mi-septembre. Or, il ne faut jamais abandonner le terrain…
93- Par exemple, pour la mise à disposition de la Chapelle Royale à la Noël 1941, pour une messe en présence de certains généraux allemands.
94- Un article d’un journaliste allemand déçu fut même titré « Versailles nous laisse indifférents ».
95- Lequel s’étonna toutefois vivement qu’on prétendît faire payer les Allemands à l’entrée !
96- Soit deux mois après la chute de la Corse lors de l’opération Merkur – c’était évidemment prémédité. |
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Archibald

Inscrit le: 04 Aoû 2007 Messages: 11717
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Posté le: Mar Jan 13, 2026 15:22 Sujet du message: |
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Casus: le (89) a sauté. "Sic !" mais on ne sait pas quoi. C'est approprié ! (sic)
Petit truc idiot mais utile pour voir les notes qui sautent dans le résult final
CTRL+F (fonction recherche) ne mettre que (8 par exemple : ça permet de rechercher de 80 à 89 et de voir si il y a des manquants. Surtout avec la fonction brillance - on voit de suite tout les (6 par exemple.
C'est normal que (90) soit présent deux fois ? _________________ Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
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"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - vous imaginez un peu la taille des bâtiments." |
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