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1940 - La France continue la guerre
 
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Europe occupée - Avril 1944
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Juil 29, 2022 08:47    Sujet du message: Répondre en citant

Le Racoon part en congés amplement mérités - mais avant, il n'oublie pas de conclure le 18. J'en suis au 24 - un peu d'avance donc, pour le feuilleton qui reprendra assez vite et dans deux semaines au plus tard. Dans l'attente, d'autres auteurs ont peut être des choses sous le coude !

18 avril 1944
La lutte finale
Croatie –
Le 10e corps ‘de Zagreb’ (commandant Vladimir Matetić, commissaire Ivan Šibl) poursuit ses opérations dans le centre du NDH, pour menacer désormais ouvertement la ville-carrefour de Glina. On rapporte aussi la présence de plusieurs attaques de convoi dans le secteur de Novi Grad – soit 40 kilomètres plus loin, sur la route de Prijedor et Banja Luka. C’est donc toute la route directe reliant Zagreb à Sarajevo qui connait actuellement une féroce activité partisane, ceci alors même que la situation dans la vallée de la Save reste ce qu’elle est ! La chute entière de toute cette région parait n’être qu’une question de temps … à moins bien sûr que la garde nationale croate, qui chemine par monts et vallées avec une désespérante lenteur (c’est que les oustachis ne sont pas motorisés !) n’arrivent très vite pour rétablir l’ordre violent du NDH.

Région de Požega, nord de la Croatie –
C’est ce que tente d’ailleurs justement de faire, au même moment, le Ve corps de Vjekoslav Servatzy. Avec chaque jour un peu plus de masse et de violence – sinon d’énergie ou de munitions – le 6e corps slavon de Petar Drapšin. Lequel doit bien commencer à céder un peu de terrain pour ne pas risquer l’enveloppement et/ou l’anéantissement en plaine.
Hélas, au moment où le NDH se voyait enfin commencer à triompher, le 5e corps bosniaque de Slavko Rodić et Velimir Stojnic sors littéralement du bois pour assaillir plusieurs villages autour de Slavonski Brod, dont par exemple Novo Selo, Donja Močila voire même Rušćica sur la rive Nord de la Save. Déséquilibrée dans son effort destiné à reprendre avant tout Požega, l’armée croate doit ordonner à la Légion noire (Rafael Boban) de sursoie à son attaque vers Pieternica, faisant gagner aux camarades de la 12e division slavonne un temps précieux. Au soir, tout est donc à refaire pour les oustachis : garnison, organisation et concentration, avant l’assaut et avec toujours moins de munitions ! En dépit des risques d’attaque aérienne, on demande aux monitors disponibles de venir …

Entre Gospić et Knin – Le 11e corps croate (Pavle Jaksic) a fini de sécuriser le secteur montagneux de Plitvice, avec ses bois, lacs et cascades. Cette tâche effectué, la 35e division croate (commandant Stanko Perhavec, commissaire Šime Balen) envisage à présent d’envoyer plusieurs détachements de Bihać vers Cazin puis Novi Grad, afin d’aider le 10e corps ‘de Zagreb’ dans la future lutte qu’il aura à mener. Sans toutefois désorganiser son dispositif (il est vrai, très étiré, mais c’est que le territoire libéré est vaste !) et en tachant aussi d’aider la 13e Division “de Primorje-Gorski Kotar” face aux slovènes dans les secteurs de la descente de Senj et de Jezerane. Une gageure, vu la faiblesse des moyens disponibles.
Et pendant ce temps, le 4e corps croate continue d’assumer des tâches de garnison : sa 8e division ‘Kordun’ (commandant Vlado Cetkovic, commissaire Arthur Turkulin) faisant toujours face au 28. Waffen-Gebirgsjäger Rgt der SS de la Handschar (SS-Sturmbannführer Hans Hanke) dans la vallée de la Zrmanja. Andrija Hebrang envoie néanmoins le plus gros de la 7e Division Banija (commandant Vojislav Djokic, commissaire Kluro Kladarin) vers Bihać, afin d’aider la 35e … il était temps !

Et pendant ce temps-là, sur les ondes
Balkans –
Voilà déjà plusieurs jours que les stations pirates “A duna hullám” et “Az Igazi Magyar” spécifiquement destinées aux hongrois se demandent un peu comment s’adapter à la nouvelle donne politique de Budapest … Il est vrai que ce n’est pas comme si leurs émissions avaient la moindre chance de pousser au retournement ! Après quelque réflexions, les comités de rédacteurs ont finalement trouvé la solution : naturellement, c’est celle de l’outrance, de la vérité et du récit glorieux de ce que subit désormais la Hongrie pour le bénéfice du Reich. Ce soir, sur les ondes, on parlera donc beaucoup de pillage économique et des traitres morts le 13 avril – quitte à avoir un discours un peu évident, c’est vrai. Mais parfois, il n’est hélas pas besoin de forcer le trait pour décrire une réalité effroyable …

Proximité non désirée
Kolašin (Monténégro) –
L’arrivée dans le secteur de la 373e DI Tigar divizija de Nikolaus Boicetta ne fait décidément pas que des heureux … De fait, par-delà les tunisiens, la population (évidemment !) et l’armée nationale monténégrine qui ne campe pas si loin, il est aussi un groupe que tout le monde a oublié : les verts de Krsto Popović, retournés suite à leur victoire face au du SS Polizei-Selbstschutz Rgt Sandjak et qui sont désormais de facto une force armée opposée à l’Axe et … cobelligérante des alliées. Enfin, pour peu bien sûr que ceux-ci le souhaitent et soient au courant. Du haut de leurs montagnes, les rudes partisans monténégrins, pas si nombreux et armés que cela mais néanmoins toujours susceptibles de nuire, observent les légionnaires oustachis prendre racine dans leur terre en ravageant la campagne. Ils attendent évidemment leur heure.

Impérieuse nécessité (Bis)
Wewelsburg –
La demande de renfort adressée par Friedrich-Wilhelm Krüger a bien atteint le bureau de son maitre. Et elle pose, à vrai dire, quelques soucis. En réalité, on pourrait même affirmer que la Schutzstaffel du SS-ReichFührer Heinrich Himmler n’est pas loin de faire ici face à un problème d’orgueil !
Celle-ci s’est engagée en Yougoslavie pour suppléer à une double défaillance naturelle et inadmissible de la Heer puis de la NDH. Soit – par contre, la nouvelle de l’offensive alliée bouleverse le rapport de forces passées, autrefois favorable et en consolidation mais qui semble désormais devenir mauvais. Il n’est pas question de perdre pour rien 3 divisions d’élite en Bosnie. Et pas davantage de se dédire face au Reich en jetant le gant : ca serait ridicule, et d’ailleurs, tout le HG E ne va pas reculer non plus à cause de l’ordre noir (l’inverse, par contre, étant assurément acceptable).
Le cabinet militaire d’Himmler, animé par ces considérations byzantines, a donc bien été contraint de chercher des renforts. Et il en a trouvé plusieurs, d’horizons très divers :

- La SS-Freiwilligen Panzergrenadier-Brigade Nederland – 6 000 hommes environ, sous le commandement du SS-Brigadeführer Jürgen Wagner. Des vétérans du front de l’Est et des combats de la Baltique, actuellement au repos dans la région de Rostock. Bien formés et équipés, ils seront assurément un renfort de poids … quand ils arriveront, c’est-à-dire dans une quinzaine de jours,
- La SS-Kosaken-Freiwilligen Kavalerie-Brigade : 15 000 cavaliers russes, sous le commandement du bon allemand Helmuth von Pannwitz – ils viendront des Carpates avec leurs familles. Il est vrai qu’à présent que le front s’est déplacé d’Ukraine, leur expertise anti-terroriste est moins utile à l’Ostheer… Arrivée prévue sous dix jours,

Evidemment, c’est tout à la fois beaucoup et peu. Mais c’est aussi un début, à présent que la mise au pas de la Hongrie permet enfin de grande chose – notamment par la formation d’au moins deux futures divisions ! Et ceci sans préjuger de l’activation prochaine et imminente de la SS-Freiwilligen Gebirgs-Brigade Kama (SS-Standartenführer Helmuth Raithel) au 25 avril. Au final, le tableau est donc très satisfaisant – du moins du point de vue du maitre de l’ordre noir, qui peut estimer avoir régler ici le problème. Oui, la SS peut assurément voir loin – mais en attendant, n’en déplaise au Reichführer, la guerre continue.

Boucherie
Territoire du NDH –
Le régime oustachi continue de se radicaliser, entre tueries de masses, purges et autres exactions barbares à faire frémir même les Schutzstaffel les plus endurcis. Dernière innovation en date, de la part des maisons de la terreur de Vjekoslav Luburić : un genre particulièrement sordide de piniata, où l’on suspend le prisonnier par les mains coincées entre les genoux depuis le dos, pour le frapper à grand coup de tout ce qui se passe sous la main. Le tout bien sûr, avant exécution. A Jasenovac évidement, où le bourreau Miroslav Filipović aurait semble-t-il introduit le fameux ‘jeu de la baïonnette’ inventé à Varsovie par la Dirlewanger – en y ajoutant toutefois le sadisme de parier devant les mères des enfants sacrifiés …
Evidemment, c’est contre-productif. Mais les alliés se rapprochent, et il faut s’assurer de la sécurité en créant de la place pour plus tard … L’inévitable colonie de peuplement croate commence dès à présent, nourrie de férocité, de haine et d’une forme particulièrement féroce de cruauté mystique. Sans que pour l’heure, l’avancée des troupes alliées ne troublent plus que cela les assassins.

L’affaire Hebrang
Gospić –
Depuis son bout de terre croate libérée entre Bosnie et Adriatique, la stratégie d’Andrija Hebrang, membre du comité central du PC de Croatie et camarade de toujours du maréchal, continue d’interroger. Au point de relancer les rumeurs sur son éventuel retournement, à l’époque de sa détention chez les oustachis – des ‘médisances’ selon Edvard Kardelj, colportées notamment par Josip Kopinič – ou sur ses propres ambitions. De fait, s’il est aujourd’hui d’une rigueur particulièrement stricte envers les défecteurs et les prisonniers retournés, ‘Fatty’ n’a rien perdu de son aura stalinien, ni de cette tendance à se considérer comme l’égal de Tito en ce que certains considère comme un ‘dangereux état d’esprit’.
C’est donc avec un étonnement certain qu’une discrète rumeur parcourt aujourd’hui les locaux de l’AVNOJ en Dalmatie : Fatty aurait rencontré des envoyés royaux. Des membres des corps-francs, des américains, voire peut-être cet ancien assassin de la main noire Puniša Račić. Bruit de couloir, bavardage, colportage – tout ceci n’ira pas loin, le NKOJ y veillera. Et d’ailleurs, il n’est à ce jour aucune preuve de négociation entre tous ces personnages …

Etat-croupion
Sans espoir ( ?)
Slovaquie « insurgée » –
Cela fait à peine 48 heures que l’armée allemande est engagée en Slovaquie et déjà les déconvenues s’accumulent face à ce pourtant si méprisable adversaire. Dans les gorges de Strečnianska, un assemblage bâtard franco-slovaque bloque toujours avec efficacité la progression des KG Ohlen et Junck, lesquels n’avancent qu’avec difficulté en dépit de l’appui d’avions, de blindés et de mortiers ! Au milieu de ce magnifique paysage de bois et montagnes, où la Váh serpente un peu comme l’Ardèche à Vallon-Pont-d’Arc, l’armée allemande ne progresse décidément pas. Fichus Français, qui viennent apporter leur expérience aux novices slovaques ! Et puis, il se trouve aussi – de temps à autre, mais c’est toujours trop ! – l’un ou l’autre biplan frappé de croix sur tricolore pour passer en pétaradant au-dessus des lignes, lançant à la volée des grappes de bombes de petit calibre (1) ou arrosant de ses quelques mitrailleuses les fantassins aventurés ! Que c’est médiocre et agaçant !
Par ailleurs, afin d’aider les défenseurs des gorges de Strečnianska, les partisans du lieutenant Piotr Alexeyevich Veličko ont finalement réussi à faire sauter cette nuit les tunnels de Strečno, Kraľovian et Štubnian – un fait d’armes d’ailleurs non validé au préalable par l’état-major slovaque et qui risque fort de compliquer bientôt ses liaisons avec plusieurs poches subsistants plus au nord… Mais ces considérations ne sont pas le problème du Rouge – après avoir pillé l’usine de Turany et démontré une fois de plus à tous son impulsivité face aux Fascistes, Veličko se mure dans la défensive, visiblement très pris par des considérations plus privées et politiques que militaires… Il est pourtant supposé tenir la rive droite de la Váh, pour appuyer les Franco-Slovaques !
Pendant ce temps, à Poprad, le régiment envoyé par le HG A (KG Schmidt) a enfin réussi à s’emparer de l’aérodrome local – mais il est incapable d’aller chercher les fuyards dans leurs montagnes. Et l’assaut a tout de même coûté au Reich 12 hommes, plusieurs camions, 4 mortiers et deux canons anti-aériens !
Quant à Banská Bystrica, elle tient toujours, quand bien même la ligne de front se trouve dorénavant à Badín, soit à 8 kilomètres à peine du QG slovaque. Un QG où se trouve d’ailleurs toujours Ján Golian lui-même, toujours occupé à diriger de son mieux la résistance. Et la radio Slobodný slovenský vysielač, installée au 21, rue Horná à Banská Bystrica, continue d’émettre ! Elle donne à chaque heure des informations plus ou moins exactes sur la situation du front, aide chacun à communiquer sur son sort ou celui de ses proches, tente de galvaniser le moral de tous … et démontre surtout à chacun que la résistance slovaque existe et se bat !

Château de Wewelsburg – Pendant ce temps, Heinrich Himmler s’active. Le Reichsführer-SS aime les théâtres secondaires : ils se prêtent bien aux intrigues, pour mener un jeu bien moins dangereux – et pour lequel il est bien plus doué ! – que la grande bataille sur les théâtres principaux. Un jeu dont il espère également qu’il permettra peu à peu à ‘sa’ Waffen-SS de prendre un ascendant définitif sur la Heer.
Agissant ainsi avec toute la célérité, l’efficacité et l’agressivité nécessaire (il n’est plus à une menace près, et l’heure n’est pas aux longues enquêtes face à ceux qu’on pourrait désigner comme traîtres), le maitre de l’Ordre noir a donc sorti ses griffes et obtenu en une journée au moins deux avantages décisifs :
– le passage du secteur Ouest (slovaque) sous le joug du SS-Obergruppenführer Gottlob Berger, grand recruteur et criminel de guerre bien connu, ami de toutes les racailles (dont Oskar Dirlewanger). On peut donc s’attendre à voir bientôt fleurir à Brastislava les potences comme les affiches de recrutement pour la SS.
– l’engagement face à l’insurrection d’un Kampfgruppe Schill (2). Celui-ci partira de Bratislava en direction de Nitra, afin de prendre part héroïquement à la bataille. Le KG Schill est très loin des unités improvisées de l’armée régulière : formé de trois bataillons complets (3 000 hommes) bien équipés en canons automoteurs et en semi-chenillés, il est de surcroit animé par la crème des instructeurs de la Schutzstaffel – dont de nombreux anciens de la 1. SS-Panzer Leibstandarte Adolf-Hitler. Il ne saurait donc être que victorieux. Pour ce faire, il est d’ailleurs également dirigé par le principal organisateur des valeureuses divisions baltes, le SS-Gruppenführer Karl Friedrich von Pückler-Burghaus - lequel se trouve aussi être l’ancien adjoint du brillant Erich von dem Bach-Zelewski, dont chacun sait qu’il a laissé à Varsovie une ineffable impression. On peut donc être tranquille sur le résultat…
Cela est peut-être beaucoup. Mais pour Himmler, la SS doit surenchérir au plus vite sur ce genre de petits dossiers (Slovaquie, Bosnie, Slovénie…) afin de démontrer de son efficacité comme sa valeur. Quitte pour cela à faire un peu de casse – mais soyons francs, personne à Berlin ne se soucie vraiment du sang des Slovaques !

Etat fantôme
Intérêts mutuels
Commissariat aux Affaires extérieures (Moscou) –
Jan Masaryk, représentant du gouvernement tchécoslovaque en exil, accompagné de l’ambassadeur de Tchécoslovaquie en Union soviétique, Zdeněk Fierlinger, est reçu personnellement par le ministre Viatcheslav Molotov – signe transparent de l’importance qu’à Moscou, on accorde à la démarche. C’est que les relations soviéto-tchécoslovaques, contre toute attente, sont loin d’être mauvaises ! Edvard Beneš, toujours sous le coup de la trahison de Munich et ayant depuis longtemps perdu toute confiance envers les Alliés occidentaux, a bien compris avec qui il doit désormais négocier pour le bien de son pays – en témoigne l’accord de coopération signé en 1943. Et de fait, les Tchécoslovaques ont désormais à l’encontre de l’URSS une politique, disons, réaliste ou d’accommodement, destinée à apaiser l’ours soviétique en lui offrant des gages maîtrisés avant qu’il ne prenne lui-même ce qu’il estime lui revenir de droit (3)… Au passage, cela leur permettra assurément de négocier aussi quelques futurs avantages en termes de tracé des frontières et de « déplacement » des Sudètes après le conflit.
Jan Masaryk est justement un ancien de Munich, qui représentait l’ancienne Nation auprès de Chamberlain durant les plus mauvais jours de mars 1938. En conséquence, c’est une personnalité tout à la fois très avertie contre les Occidentaux et convaincue de l’absolue nécessité de l’expulsion des germanophones de son pays. Molotov et lui sont donc entre gens de bonne compagnie – nul ne saurait douter qu’ils ne puissent parvenir rapidement à un accord.
Et pendant ce temps, sur les arrières du 2e Front Ukrainien, les représentants de l’insurrection slovaque - dont la présence est d’évidence devenu superflue - se préparent à reprendre l’avion pour retourner dans leur pays. Ce qui est évidemment tout à leur honneur.

(1) Dix bombes de 50 kg pour un Letov 328.
(2) Ainsi nommé en l’honneur d’un officier prussien des guerres napoléoniennes, Ferdinand von Schill.
(3) Cette politique – ironiquement pas si éloignée du funeste appeasement britannique d’avant-guerre – devait rencontrer le destin que l’on sait. Daniel Růžička la résumera ainsi : « L’intention de Beneš était d’empêcher l'URSS de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Tchécoslovaquie d’après-guerre, en cadrant les choses dès le départ. Dans l’esprit de Staline, ce cadrage n’était jamais que la légalisation de ces futures ingérences. » On notera d’ailleurs que les Britanniques eux-mêmes, pensant mettre à profit l’égo considérable de Beneš, l’avaient carrément missionné auprès du gouvernement polonais en exil, afin de l’encourager à discuter avec Moscou ! Et dans un câble du 4 janvier 1944, Churchill d’écrire à Roosevelt : « Beneš peut être très utile pour essayer de faire entendre raison aux Polonais et les faire se réconcilier avec les Russes, dont il a depuis longtemps la confiance. »
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Archibald



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MessagePosté le: Ven Juil 29, 2022 09:51    Sujet du message: Répondre en citant

Bonne vacances le Racoon ! Et on oublie les affreux zozos de tout poil, polonais, nazis, slovaques, croates, staliniens etc. pendant quelques jours. ça ne peut pas faire faire de mal de se blanchir le cerveau de cette triste humanité.
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« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.

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MessagePosté le: Ven Juil 29, 2022 10:41    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
C’est ce que tente d’ailleurs justement de faire, au même moment, le Ve corps de Vjekoslav Servatzy. Avec chaque jour un peu plus de masse et de violence – sinon d’énergie ou de munitions – face au (?) 6e corps slavon de Petar Drapšin.

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MessagePosté le: Ven Juil 29, 2022 10:56    Sujet du message: Répondre en citant

Bonnes vacances !
Je me permets de mettre le bec ici et là, quand même...
demolitiondan a écrit:
Le Racoon part en congés amplement mérités - mais avant, il n'oublie pas de conclure le 18. J'en suis au 24 - un peu d'avance donc, pour le feuilleton qui reprendra assez vite et dans deux semaines au plus tard. Dans l'attente, d'autres auteurs ont peut être des choses sous le coude !

18 avril 1944
La lutte finale
Croatie –
Le 10e corps ‘de Zagreb’ (commandant Vladimir Matetić, commissaire Ivan Šibl) poursuit ses opérations dans le centre du NDH, pour menacer désormais ouvertement la ville-carrefour de Glina. On rapporte aussi la présence de plusieurs attaques de convoi dans le secteur de Novi Grad – soit 40 kilomètres plus loin, sur la route de Prijedor et Banja Luka. C’est donc toute la route directe reliant Zagreb à Sarajevo qui connaît actuellement une féroce activité partisane, ceci alors même que la situation dans la vallée de la Save reste ce qu’elle est ! La chute entière de toute cette région parait n’être qu’une question de temps … à moins bien sûr que la Garde Nationale Croate, qui chemine par monts et vallées avec une désespérante lenteur (c’est que les Oustachis ne sont pas motorisés !) n’arrive très vite pour rétablir l’ordre du NDH.

Région de Požega, nord de la Croatie –
C’est ce que tente d’ailleurs justement de faire, au même moment, le Ve corps de Vjekoslav Servatzy. Avec chaque jour un peu plus de masse et de violence – sinon d’énergie ou de munitions – le 6e corps slavon de Petar Drapšin doit bien céder un peu de terrain pour ne pas risquer l’enveloppement et/ou l’anéantissement en plaine. (***)
Hélas, au moment où le NDH se voyait enfin commencer à triompher, le 5e corps bosniaque de Slavko Rodić et Velimir Stojnic sort littéralement du bois pour assaillir plusieurs villages autour de Slavonski Brod, dont par exemple Novo Selo, Donja Močila voire même Rušćica sur la rive Nord de la Save. Déséquilibrée dans son effort destiné à reprendre avant tout Požega, l’armée croate doit ordonner à la Légion noire (Rafael Boban) de sursoir à son attaque vers Pieternica, faisant gagner aux camarades de la 12e division slavonne un temps précieux. Au soir, tout est donc à refaire pour les Oustachis : garnison, organisation et concentration, avant l’assaut et avec toujours moins de munitions ! En dépit des risques d’attaque aérienne, on demande aux monitors disponibles de venir …

Entre Gospić et Knin – Le 11e corps croate (Pavle Jaksic) a fini de sécuriser le secteur montagneux de Plitvice, avec ses bois, lacs et cascades. Cette tâche effectuée, la 35e division croate (commandant Stanko Perhavec, commissaire Šime Balen) envisage à présent d’envoyer plusieurs détachements de Bihać vers Cazin puis Novi Grad, afin d’aider le 10e corps ‘de Zagreb’ dans la future lutte qu’il aura à mener. Sans toutefois désorganiser son dispositif (il est vrai, très étiré, mais c’est que le territoire libéré est vaste !) et en devant aussi aider la 13e Division “de Primorje-Gorski Kotar” face aux Slovènes dans les secteurs de la descente de Senj et de Jezerane. Une gageure, vu la faiblesse des moyens disponibles.
Et pendant ce temps, le 4e corps croate continue d’assumer des tâches de garnison : sa 8e division ‘Kordun’ (commandant Vlado Cetkovic, commissaire Arthur Turkulin) faisant toujours face au 28. Waffen-Gebirgsjäger Rgt der SS de la Handschar (SS-Sturmbannführer Hans Hanke) dans la vallée de la Zrmanja. Andrija Hebrang envoie néanmoins le plus gros de la 7e Division Banija (commandant Vojislav Djokic, commissaire Kluro Kladarin) vers Bihać, afin d’aider la 35e … il était temps !

Et pendant ce temps-là, sur les ondes
Balkans –
Voilà déjà plusieurs jours que les stations pirates “A duna hullám” et “Az Igazi Magyar” spécifiquement destinées aux Hongrois se demandent un peu comment s’adapter à la nouvelle donne politique de Budapest … Il est vrai que ce n’est pas comme si leurs émissions avaient la moindre chance de pousser au retournement ! Après quelque réflexion, les comités de rédacteurs ont finalement trouvé la solution : naturellement, c’est celle de l’outrance, de la vérité et du récit glorieux de ce que subit désormais la Hongrie pour le bénéfice du Reich. Ce soir, sur les ondes, on parlera donc beaucoup de pillage économique et des traîtres morts le 13 avril – quitte à avoir un discours un peu évident, c’est vrai. Mais parfois, il n’est hélas pas besoin de forcer le trait pour décrire une réalité effroyable …

Proximité non désirée
Kolašin (Monténégro) –
L’arrivée dans le secteur de la 373e DI Tigar divizija de Nikolaus Boicetta ne fait décidément pas que des heureux … De fait, par-delà les Tunisiens, la population (évidemment !) et l’armée nationale monténégrine qui ne campe pas si loin, il est aussi un groupe que tout le monde a oublié : les verts de Krsto Popović, retournés suite à leur victoire face au du SS Polizei-Selbstschutz Rgt Sandjak et qui sont désormais de facto une force armée opposée à l’Axe et … cobelligérante des Alliés. Enfin, pour peu bien sûr que ceux-ci le souhaitent et soient au courant. Du haut de leurs montagnes, les rudes partisans monténégrins, pas si nombreux et armés que cela mais néanmoins toujours susceptibles de nuire, observent les légionnaires oustachis prendre racine dans leur terre en ravageant la campagne. Ils attendent évidemment leur heure.

Impérieuse nécessité (Bis)
Wewelsburg –
La demande de renfort adressée par Friedrich-Wilhelm Krüger a bien atteint le bureau de son maitre. Et elle pose, à vrai dire, quelques soucis. En réalité, on pourrait même affirmer que la Schutzstaffel du SS-ReichFührer Heinrich Himmler n’est pas loin de faire ici face à un problème d’orgueil !
Celle-ci s’est engagée en Yougoslavie pour suppléer à une double défaillance naturelle et inadmissible de la Heer puis de la NDH. Soit. Par contre, la nouvelle de l’offensive alliée bouleverse le rapport de forces passées, autrefois favorable et en consolidation mais qui semble désormais devenir mauvais. Il n’est pas question de perdre pour rien trois divisions d’élite en Bosnie. Et pas davantage de se dédire face au Reich en jetant le gant : ça serait ridicule, et d’ailleurs, tout le HG E ne va pas reculer non plus à cause de l’Ordre Noir (l’inverse, par contre, étant assurément acceptable).
Le cabinet militaire d’Himmler, animé par ces considérations byzantines, a donc bien été contraint de chercher des renforts. Et il en a trouvé plusieurs, d’horizons très divers :

- La SS-Freiwilligen Panzergrenadier-Brigade Nederland – 6 000 hommes environ, sous le commandement du SS-Brigadeführer Jürgen Wagner. Des vétérans du front de l’Est et des combats de la Baltique, actuellement au repos dans la région de Rostock. Bien formés et équipés, ils seront assurément un renfort de poids … quand ils arriveront, c’est-à-dire dans une quinzaine de jours,
- La SS-Kosaken-Freiwilligen Kavalerie-Brigade : 15 000 cavaliers russes, sous le commandement du bon Allemand Helmuth von Pannwitz – ils viendront des Carpates avec leurs familles. Il est vrai qu’à présent que le front s’est déplacé d’Ukraine, leur expertise anti-terroriste est moins utile à l’Ostheer… Arrivée prévue sous dix jours.

Evidemment, c’est tout à la fois beaucoup et peu. Mais c’est aussi un début, à présent que la mise au pas de la Hongrie permet enfin de grandes choses – notamment par la formation d’au moins deux futures divisions ! Et ceci sans préjuger de l’activation prochaine et imminente de la SS-Freiwilligen Gebirgs-Brigade Kama (SS-Standartenführer Helmuth Raithel) au 25 avril. Au final, le tableau est donc très satisfaisant – du moins du point de vue du maître de l’Ordre Noir, qui peut estimer avoir régler ici le problème. Oui, la SS peut assurément voir loin – mais en attendant, n’en déplaise au Reichführer, la guerre continue.

Boucherie
Territoire du NDH –
Le régime oustachi continue de se radicaliser, entre tueries de masses, purges et autres exactions barbares à faire frémir même les Schutzstaffel les plus endurcis. Dernière innovation en date, de la part des maisons de la terreur de Vjekoslav Luburić : un genre particulièrement sordide de piniata, où l’on suspend le prisonnier par les mains coincées entre les genoux depuis le dos, pour le frapper à grands coups de tout ce qui se passe sous la main. Le tout bien sûr, avant exécution. A Jasenovac évidement, où le bourreau Miroslav Filipović aurait semble-t-il introduit le fameux ‘jeu de la baïonnette’ inventé à Varsovie par la Dirlewanger – en y ajoutant toutefois le sadisme de parier devant les mères des enfants sacrifiés …
Evidemment, c’est contre-productif. Mais les Alliés se rapprochent, et il faut s’assurer de la sécurité en créant de la place pour plus tard … L’inévitable colonisation de peuplement croate commence dès à présent, nourrie d'atrocités, de haine et d’une forme particulièrement féroce de cruauté mystique. Sans que pour l’heure, l’avancée des troupes alliées ne troublent plus que cela les assassins.

L’affaire Hebrang
Gospić –
Depuis son bout de terre croate libérée entre Bosnie et Adriatique, la stratégie d’Andrija Hebrang, membre du comité central du PC de Croatie et camarade de toujours du maréchal, continue d’interroger. Au point de relancer les rumeurs sur son éventuel retournement, à l’époque de sa détention chez les Oustachis – des ‘médisances’ selon Edvard Kardelj, colportées notamment par Josip Kopinič – ou sur ses propres ambitions. De fait, s’il est aujourd’hui d’une rigueur particulièrement stricte envers les défecteurs et les prisonniers retournés, ‘Fatty’ n’a rien perdu de son aura stalinienne, ni de cette tendance à se considérer comme l’égal de Tito en ce que certains voient comme un ‘dangereux état d’esprit’.
C’est donc avec un étonnement certain qu’une discrète rumeur parcourt aujourd’hui les locaux de l’AVNOJ en Dalmatie : Fatty aurait rencontré des envoyés royaux. Des membres des corps-francs, des Américains, voire peut-être cet ancien assassin de la main noire Puniša Račić. Bruit de couloir, bavardage, colportage – tout ceci n’ira pas loin, le NKOJ y veillera. Et d’ailleurs, il n’est à ce jour aucune preuve de négociation entre tous ces personnages …

Etat-croupion
Sans espoir ( ?)
Slovaquie « insurgée » –
Cela fait à peine 48 heures que l’armée allemande est engagée en Slovaquie et déjà les déconvenues s’accumulent face à ce pourtant si méprisable adversaire. Dans les gorges de Strečnianska, un assemblage bâtard franco-slovaque bloque toujours avec efficacité la progression des KG Ohlen et Junck, lesquels n’avancent qu’avec difficulté en dépit de l’appui d’avions, de blindés et de mortiers ! Au milieu de ce magnifique paysage de bois et montagnes, où la Váh serpente un peu comme l’Ardèche à Vallon-Pont-d’Arc, l’armée allemande ne progresse décidément pas. Fichus Français, qui viennent apporter leur expérience aux novices Slovaques ! Et puis, il se trouve aussi – de temps à autre, mais c’est toujours trop ! – l’un ou l’autre biplan frappé de croix sur tricolore pour passer en pétaradant au-dessus des lignes, lançant à la volée des grappes de bombes de petit calibre (1) ou arrosant de ses quelques mitrailleuses les fantassins aventurés ! Que c’est médiocre et agaçant !
Par ailleurs, afin d’aider les défenseurs des gorges de Strečnianska, les partisans du lieutenant Piotr Alexeyevich Veličko ont finalement réussi à faire sauter cette nuit les tunnels de Strečno, Kraľovian et Štubnian – un fait d’armes d’ailleurs non validé au préalable par l’état-major slovaque et qui risque fort de compliquer bientôt ses liaisons avec plusieurs poches subsistants plus au nord… Mais ces considérations ne sont pas le problème du Rouge – après avoir pillé l’usine de Turany et démontré une fois de plus à tous son impulsivité face aux Fascistes, Veličko se mure dans la défensive, visiblement très pris par des considérations plus privées et politiques que militaires… Il est pourtant supposé tenir la rive droite de la Váh, pour appuyer les Franco-Slovaques !
Pendant ce temps, à Poprad, le régiment envoyé par le HG A (KG Schmidt) a enfin réussi à s’emparer de l’aérodrome local – mais il est incapable d’aller chercher les fuyards dans leurs montagnes. Et l’assaut a tout de même coûté au Reich 12 hommes, plusieurs camions, 4 mortiers et deux canons anti-aériens !
Quant à Banská Bystrica, elle tient toujours, quand bien même la ligne de front se trouve dorénavant à Badín, soit à 8 kilomètres à peine du QG slovaque. Un QG où se trouve d’ailleurs toujours Ján Golian lui-même, toujours occupé à diriger de son mieux la résistance. Et la radio Slobodný slovenský vysielač, installée au 21, rue Horná à Banská Bystrica, continue d’émettre ! Elle donne à chaque heure des informations plus ou moins exactes sur la situation du front, aide chacun à communiquer sur son sort ou celui de ses proches, tente de galvaniser le moral de tous … et démontre surtout à chacun que la résistance slovaque existe et se bat !

Château de Wewelsburg – Pendant ce temps, Heinrich Himmler s’active. Le Reichsführer-SS aime les théâtres secondaires : ils se prêtent bien aux intrigues, pour mener un jeu bien moins dangereux – et pour lequel il est bien plus doué ! – que la grande bataille sur les théâtres principaux. Un jeu dont il espère également qu’il permettra peu à peu à ‘sa’ Waffen-SS de prendre un ascendant définitif sur la Heer.
Agissant ainsi avec toute la célérité, l’efficacité et l’agressivité nécessaire (il n’est plus à une menace près, et l’heure n’est pas aux longues enquêtes face à ceux qu’on pourrait désigner comme traîtres), le maitre de l’Ordre noir a donc sorti ses griffes et obtenu en une journée au moins deux avantages décisifs :
– le passage du secteur ouest (slovaque) sous le joug du SS-Obergruppenführer Gottlob Berger, grand recruteur et criminel de guerre bien connu, ami de toutes les racailles (dont Oskar Dirlewanger). On peut donc s’attendre à voir bientôt fleurir à Brastislava les potences comme les affiches de recrutement pour la SS.
– l’engagement face à l’insurrection d’un Kampfgruppe Schill (2). Celui-ci partira de Bratislava en direction de Nitra, afin de prendre part héroïquement à la bataille. Le KG Schill est très loin des unités improvisées de l’armée régulière : formé de trois bataillons complets (3 000 hommes) bien équipés en canons automoteurs et en semi-chenillés, il est de surcroît animé par la crème des instructeurs de la Schutzstaffel – dont de nombreux anciens de la 1. SS-Panzer Leibstandarte Adolf-Hitler. Il ne saurait donc être que victorieux. Pour ce faire, il est d’ailleurs également dirigé par le principal organisateur des valeureuses divisions baltes, le SS-Gruppenführer Karl Friedrich von Pückler-Burghaus - lequel se trouve aussi être l’ancien adjoint du brillant Erich von dem Bach-Zelewski, dont chacun sait qu’il a laissé à Varsovie une ineffable impression. On peut donc être tranquille sur le résultat…
Cela est peut-être beaucoup. Mais pour Himmler, la SS doit surenchérir au plus vite sur ce genre de petits dossiers (Slovaquie, Bosnie, Slovénie…) afin de démontrer de son efficacité comme sa valeur. Quitte pour cela à faire un peu de casse – mais soyons francs, personne à Berlin ne se soucie vraiment du sang des Slovaques !

Etat fantôme
Intérêts mutuels
Commissariat aux Affaires extérieures (Moscou) –
Jan Masaryk, représentant du gouvernement tchécoslovaque en exil, accompagné de l’ambassadeur de Tchécoslovaquie en Union soviétique, Zdeněk Fierlinger, est reçu personnellement par le ministre Viatcheslav Molotov – signe transparent de l’importance qu’à Moscou, on accorde à la démarche. C’est que les relations soviéto-tchécoslovaques, contre toute attente, sont loin d’être mauvaises ! Edvard Beneš, toujours sous le coup de la trahison de Munich et ayant depuis longtemps perdu toute confiance envers les Alliés occidentaux, a bien compris avec qui il doit désormais négocier pour le bien de son pays – en témoigne l’accord de coopération signé en 1943. Et de fait, les Tchécoslovaques ont désormais à l’encontre de l’URSS une politique, disons, réaliste ou d’accommodement, destinée à apaiser l’ours soviétique en lui offrant des gages maîtrisés avant qu’il ne prenne lui-même ce qu’il estime lui revenir de droit (3)… Au passage, cela leur permettra assurément de négocier aussi quelques futurs avantages en termes de tracé des frontières et de « déplacement » des Sudètes après le conflit.
Jan Masaryk est justement un ancien de Munich, qui représentait l’ancienne Nation auprès de Chamberlain durant les plus mauvais jours de mars 1938. En conséquence, c’est une personnalité tout à la fois très avertie contre les Occidentaux et convaincue de l’absolue nécessité de l’expulsion des germanophones de son pays. Molotov et lui sont donc entre gens de bonne compagnie – nul ne saurait douter qu’ils ne puissent parvenir rapidement à un accord.
Et pendant ce temps, sur les arrières du 2e Front Ukrainien, les représentants de l’insurrection slovaque - dont la présence est d’évidence devenue superflue - se préparent à reprendre l’avion pour retourner dans leur pays. Ce qui est évidemment tout à leur honneur.

(1) Dix bombes de 50 kg pour un Letov 328.
(2) Ainsi nommé en l’honneur d’un officier prussien des guerres napoléoniennes, Ferdinand von Schill.
(3) Cette politique – ironiquement pas si éloignée du funeste appeasement britannique d’avant-guerre – devait rencontrer le destin que l’on sait. Daniel Růžička la résumera ainsi : « L’intention de Beneš était d’empêcher l'URSS de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Tchécoslovaquie d’après-guerre, en cadrant les choses dès le départ. Dans l’esprit de Staline, ce cadrage n’était jamais que la légalisation de ces futures ingérences. » On notera d’ailleurs que les Britanniques eux-mêmes, pensant mettre à profit l’égo considérable de Beneš, l’avaient carrément missionné auprès du gouvernement polonais en exil, afin de l’encourager à discuter avec Moscou ! Et dans un câble du 4 janvier 1944, Churchill d’écrire à Roosevelt : « Beneš peut être très utile pour essayer de faire entendre raison aux Polonais et les faire se réconcilier avec les Russes, dont il a depuis longtemps la confiance. »


*** j'avoue ne pas bien comprendre ce paragraphe
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Juil 29, 2022 11:03    Sujet du message: Répondre en citant

Simple : les partisans sont en terrain ouvert. Même l'adversaire est médiocre, faut bien reculer à un moment ...
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C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Hendryk



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MessagePosté le: Ven Juil 29, 2022 11:24    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Le Racoon part en congés amplement mérités -

Mérités en effet, quel boulot abattu en quelques mois! Chapeau Cool
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Juil 29, 2022 14:14    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Hendryk. Et attend le 7 mai ... Laughing Cool Cool Cool Cool Cool
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Anaxagore



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MessagePosté le: Dim Juil 31, 2022 10:01    Sujet du message: Répondre en citant

Bonne vacance demolitiondan. Very Happy
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Aoû 16, 2022 17:35    Sujet du message: Répondre en citant

Ici, dès que possible, une version (légèrement) corrigée et remaniée et un peu enrichie (à la fin notamment) du 13 avril 1944 en pays occupés/contrôlés.

Dernière édition par Casus Frankie le Sam Aoû 20, 2022 16:40; édité 1 fois
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Aoû 18, 2022 00:35    Sujet du message: Répondre en citant

13 avril
L’orgueil d’un amiral
Décapitation
Szeged (Voïvodine), 00h30
– Confortablement calé dans sa berline de fonction en attente au niveau d’un pont quelconque, mais indifférent à la beauté de la nuit froide comme la brume sur la Tisza, le général Guztáv Jány continue de remâcher de sombres inquiétudes. L’homme est très bien placé pour savoir quoi penser des Allemands : rien de bon, surtout depuis l’absence totale de coordination qu’il a subie naguère lors de la préparation de Zitadelle, en passant par le désastre de Bar (et encore, si c’était le seul !) ou encore par son arrivée en urgence en Voïvodine à la tête d’une nouvelle 2e Armée même pas vraiment formée, mais qu’il lui a bien fallu mettre en ligne pour défendre la frontière sud du pays… avant que, tout compte fait, la Wehrmacht décide qu’elle n’avait ici besoin que d’un appui et non pas de remplaçants.
Comme son supérieur (et cadet !) Ferenc Szombathelyi, Jány était dès le départ opposé à la guerre contre l’URSS. La Hongrie n’avait rien à y gagner, sinon des coups. Et – le général hongrois en est désormais persuadé – la Honvèd a perdu son honneur dans les plaines d’Ukraine. Pas en combattant les Bolcheviques, c’est vrai – plutôt en s’humiliant à un vil poste d’auxiliaire colonial, sans cesse rabrouée et placée dans des situations impossibles.
Le passé reste le passé… Dieu merci, aujourd’hui, le général est aujourd’hui à la tête d’une formation certes perfectible mais néanmoins plutôt solide, et de surcroît bien placée face à un adversaire honorable, si demain le Régent décidait enfin de sortir de la guerre. Quoique demain, ça serait un peu tôt… enfin, tant que ce n’est pas cette nuit ! Oui, il faut du temps à Guztáv Jány – pas beaucoup, mais un peu quand même. Après tout, sa 2e Armée est sans doute à l’heure présente la seule formation de toute la Honvèd à pouvoir faire quelque chose pour le Régent face au Reich. Les heures sont critiques, les heures sont courtes.
Et, à propos d’heures, sa voiture, arrêtée à l’un des nombreux barrages routiers, ne bouge toujours pas ! C’est intolérable ! Avec un agacement digne de son rang et dû à la tension accumulée, Jány baisse avec rage la vitre de sa voiture, afin de houspiller les plantons qui lui font obstacle. Toutefois, à sa grande surprise, ce n’est pas un territorial terrorisé qui lui répond, mais le canon d’un MP-40. « Nicht bewegen… Ach ! Neen mozdoulje Herr Ungarn General… » A l’évidence, pour le général Jány (voir appendice 2), le chemin vers Budapest risque d’être un peu plus long que prévu.

Irrévocable
Centre-ville de Budapest, 01h00
– La nuit est froide mais belle en ce début de printemps et Miklós Horthy, seul fils du régent Horthy encore vivant, est de sortie. S’agit-il, comme il aime tant le faire, d’aller s’encanailler dans les bars et autres “maisons de fêtes” de luxe que fréquente la haute bourgeoisie hongroise ? L’air du temps ne s’y prête pourtant guère (17)… Marchant sur le trottoir dans un large manteau qui cache son élégant costume avec, quelques pas derrière lui, ses deux gardes du corps qui le pistent autant qu’ils le protègent, Miklós Horthy laisse échapper un soupir. Il n’est pas dupe : le palais tient à sa sécurité, mais aussi à savoir où il traîne ! Quand tout cela finira-t-il ?
La guerre – nul ne le sait au juste. Mais pour lui, la fin est peut-être bien plus proche qu’il ne l’imagine.
Au coin de la rue, l’attendent cinq hommes aussi mal déguisés en civils qu’ils sont bien armés – tous sont membres du 502. SS-Jäger-Bataillon. Guidé par les observations avisées du StandartenFührer Edmund Veesenmayer, Berlin a décidé de frapper le point faible du Régent : sa famille, et en particulier son dernier sang. Il ne s’agit pas de le tuer, bien sûr, mais de l’enlever afin de ramener l’amiral Horthy à la raison. Cinq hommes, c’est un tout petit Kommando, c’est vrai, mais Otto Skorzeny n’allait pas en engager plus dans cette médiocre affaire. Pour l’opération Margareth, il dispose de 50 Jägers dans la capitale, pas un de plus. Or le plus gros de sa troupe est déjà requis ailleurs, par exemple dans la garde de planques dont Miklós Horthy connaitra sans doute bientôt la cave ! De toute façon, les SS ne sont pas inquiets : qui peut arrêter l’élite du Reich ? La police hongroise ?
Toutefois, les SS ont peut-être un peu présumé de leur supériorité : si l’intervention commence bien (Miklós est neutralisé sans autre violence qu’un coup de matraque sur le chef), l’intervention rapide de ses gardes du corps, qui ont des instructions claires en cas d’agression, déclenche incontinent un vif échange de coups de feu, qu’une supériorité numérique plus nette n’aurait peut-être pas permis. Un SS roule sur trottoir, touché à l’aine. Le Hauptsturmführer Hoyer – le chef du groupe, un Hollandais – ordonne à deux de ses hommes d’évacuer le captif, pendant que son dernier acolyte sort de son manteau une mitraillette MP-40 avec laquelle il balaye la rue, faisant taire ses adversaires, certes, mais déclenchant surtout un raffut de tous les diables !
La police militaire hongroise (sans parler de la civile…) n’est pas longue à rappliquer, pour comprendre rapidement ce qui se passe, de la bouche d’un Hongrois resté blessé sur le carreau. Or, si le Reich possède, hélas, bien des zélateurs dans le royaume magyar, pas un seul vrai Hongrois ne s’abaisserait à se faire le complice de l’enlèvement du fils du Régent ! Sauf peut-être certains Croix-Fléchées… mais entre incompétence opérationnelle crasse et souci de prudence politique, ils ne s’y risqueront pas. Les rues de Budapest deviennent donc vite le théâtre d’une véritable chasse à l’homme, avec sifflets, sirènes et coups de feu. L’agitation devient fiévreuse, le chaos s’installe – il est possible que, dans la confusion de ces heures tragiques, plusieurs passants bravant le couvre-feu (voire d’authentiques policiers en civil !) aient été victimes d’une mauvaise rencontre… Mais comment faire mieux ? Les communications militaires sont coupées, les civiles sont erratiques. Dans le centre de Pest, tout le monde n’en recherche pas moins les ravisseurs, qui ont peu de chances de s’échapper, d’autant que le palais est très vite averti (18).

Grottes du mont Gellért (citadelle de Buda), 01h00 – Au même moment, une quinzaine d’hommes vêtus d’uniformes hongrois et guidés par un officier assurément magyar se présentent à l’entrée de ce qui est (tout de même !) le centre principal de communications de la Honvèd. Ils sont peu suspects, mais leurs papiers ne sont pas en règle – les sentinelles les font donc patienter – sans précautions excessives : qu’y a-t-il à craindre ici ? Des parachutistes ?
Pendant un moment, on échange des propos cordiaux et on s’offre des cigarettes sous le troisième quartier de la lune noire. Mais au bout de quatre ou cinq minutes à poireauter ainsi, l’Obersturmführer Walter Girg décide qu’il n’est plus temps de finasser – le reste du groupe attend et après Landfried, il n’est pas question de risquer un nouvel échec ! Le SS donne donc à sa troupe l’ordre de forcer le passage. Pistolets et poignards sortent des poches, plusieurs mitraillettes surgissent des manteaux et le petit groupe réussit à entrer pour disparaitre sans trop de difficultés dans un dédale de sous-sols bétonnés dont il a eu largement le temps d’étudier les plans. A 01h25, les communications entre la centrale militaire de Budapest et le reste du monde sont coupées.

Aux abords du palais Budavár (Budapest), 01h30 – Otto Skorzeny a attendu son heure. Il est temps pour lui de se saisir de la part du lion. A présent que – présume-t-il – Miklós Horthy est entre ses griffes et que les communications de la citadelle de Buda sont neutralisées, il va mener en personne vingt hommes à l’assaut du palais du Régent ! L’objectif est simple : s’emparer de ce dernier et le forcer à signer un acte autorisant la Heer à occuper le pays, puis un autre congédiant le gouvernement Kállay pour appeler Ferenc Szálasi et ses Croix-Fléchées aux affaires. Si nécessaire, ce sera le couteau sous la gorge – Skorzeny ne craint certes pas que sa cible se suicide, mais afin de contrer toute bravade ou… difficulté technique, il ne manquera pas de jouer au plus vite la carte Miklós Horthy. Une vie contre deux signatures – marché honnête ? Avant, bien sûr, de mettre le Régent dans un train pour l’Allemagne. A l’arrivée, il ne faudra pas qu’il oublie de serrer la main d’Hitler devant les caméras et, tant qu’à faire, avec le sourire, s’il vous plaît !
Cependant, Herr Skorzeny a la mauvaise surprise de trouver, au lieu de l’habituelle poignée de factionnaires endormis, un palais parfaitement réveillé, dont la garde est visiblement en état de siège. Des projecteurs balaient le ciel et la terre, des silhouettes armées courent dans les couloirs – bref c’est l’alerte ! Dans ces conditions, l’affaire paraît beaucoup plus complexe que prévu – il ne faudra sans doute pas compter sur les officiers locaux complices des Croix-Fléchées pour passer. Avec la sagesse de l’expérience, le SS décide donc de surseoir à son infiltration, le temps de trouver (peut-être…) le chemin d’un assaut.
………
Palais Budavár, 01h30 – Au même moment, le régent Horthy revêt en hâte son uniforme, avec la dignité agacée de son âge. Il a devant lui le lieutenant-général Szilárd Bakay, commandant du district militaire de Budapest, venu en personne lui apporter sa protection alors que, semble-t-il, la citadelle de Buda est assaillie par un groupe de saboteurs ! Ceux-ci seront assurément très vite débusqués et emprisonnés comme des rats : dans ces caves, ils n’ont nulle part où fuir !
Mais ce n’est pas ce qui tracasse le plus l’amiral : « Mon fils, Miklós… A-t-on des nouvelles ? Comment ont-ils osé s’en prendre aux miens ! »
En liaison difficile mais constante avec ses forces sur le terrain – dont il aimerait bien être aussi certain de leur fidélité que de la sienne… – Bakay ne peut que jurer que tout est fait pour retrouver au plus vite Miklós Horthy, mais la nuit est noire et Budapest est vaste… Par contre, l’origine du coup ne fait aucun doute. Sur le sol, traînent des preuves évidentes : les douilles d’un MP-40, que l’amiral a jeté avec rage quand on les lui a présentées.
– Je comprends tout ! La manœuvre ennemie est transparente. Mon serment envers la Hongrie est sans ambiguïté : je la servirai jusqu’au bout. Le Premier ministre Miklós Kállay arrivera-t-il bientôt ?
– Aussi vite que possible au vu des circonstances, Kormányzója. Et il vous faudra enregistrer votre proclamation avant sa diffusion à la radio.
– Fort bien. Mais il me faut Miklós. Sans lui… que Dieu me donne la force…
Autour du Régent, personne ne dit mot – il est des épreuves dures à surmonter, et l’amiral a 76 ans.
………
02h00 – Une voiture gouvernementale escortée venant du palais Sándor – lequel n’est qu’à 300 mètres, mais par les temps qui courent, on n’est jamais trop prudent – se présente à l’entrée du palais Budavár. A bord de la Wanderer (une voiture allemande, c’est pénible, mais c’est ainsi), Miklós Kállay vient s’assurer en personne que le régent Horthy va bien enregistrer la proclamation attendue, sans faillir ni surseoir, comme certains craignent qu’il ne le fasse au dernier instant.
Le convoi, éclairé par toutes les lumières du palais, doit quand même attendre un moment que la porte vers la cour intérieure s’ouvre…
………
02h10 – Au même moment, Skorzeny – qui a bien compris que tout ne se passait pas comme prévu, mais ignore par contre ce qu’il a en face de lui – décide d’en finir. Ces Hongrois ne sauraient résister à l’élite nazie ! Profitant de l’ouverture de la porte du palais, son Kommando jaillit des parcs donnant sur le Danube pour forcer le passage. L’attaque est d’une brutalité extrême et tout se joue en moins de cinq minutes ! Les Schutzstaffel franchissent en courant les 50 mètres les séparant de l’angle du bâtiment sous le couvert d’un groupe resté en arrière, prennent d’assaut la place devant le palais, abattant une quinzaine de gardes et perdant eux-mêmes quatre hommes… avant de devoir refluer sous les tirs d’un escadron arrivé en renfort, mené par une automitrailleuse 39M Csaba, que leurs grenades secouent sans la détruire. Enragé, l’Obersturmbannführer SS tente alors une seconde action improvisée en passant par les jardins à la française, au nord de l’ouvrage. Au pire, on défoncera une baie vitrée ! Mais nous sommes en avril et les quelques haies dégarnies des lieux n’offrent qu’un médiocre couvert. Après trois morts de plus, le commando doit se replier, vaincu mais nullement neutralisé.
………
02h20 – C’est un premier ministre Kállay très agité et très choqué qui déboule en trombe dans les appartements du Régent, le manteau roussi par les explosions, entouré d’hommes en armes et alors même que dehors, résonnent toujours coups de feu isolés et rafales ! Un instant, l’amiral Horthy se demande si on ne vient pas le déposer… Mais son visiteur le rassure très vite.
– Kormányzója, il n’est plus temps. L’Allemagne nous attaque, elle nous a déjà déclaré la guerre. La seule chance désormais pour la Hongrie, c’est de trouver de nouveaux amis. Il nous faut l’aide des Nations-Unies.
– Mais les communistes ? Et l’avenir de nos terres recouvrées ?
Il eût sans doute fallu se poser la question plus tôt… Mais la réponse est implacable.
– Kormányzója, je vous en supplie. Faites le Kiugrás. Sitôt votre ordre donné, j’ordonnerai à notre ambassadeur à Istanbul de signer un armistice avec les puissances alliées. Les Anglais ne sont pas loin, ils viendront j’en suis sûr.
– Et mon fils, que va-t-il devenir… Mais je ne manquerai pas à mon devoir !
L’air grave de ceux qui savent qu’ils font l’Histoire (ou le croient), l’amiral-régent prend place à son bureau sur lequel on a disposé – miracle du Seigneur, assurément – un phonographe qui fonctionne. Il se pince le nez, grimace douloureusement un court instant et sort enfin de son tiroir une feuille de papier sur laquelle il a rédigé la veille au soir le brouillon d’un discours.
« Soldats !
Je n'attends plus une tournure décisive et favorable pour la Hongrie dans la lutte dévastatrice qui se joue aux portes de notre pays bien-aimé, même en comptant sur nos forces combattantes. C'est pourquoi j'ai décidé de demander une trêve.
En tant que commandant en chef des forces armées, je vous exhorte à exécuter mes ordres tels qu’ils seront émis par vos commandants supérieurs, dans la fidélité et l’obéissance inconditionnelle à l'armée. Notre survie dépend du fait que tous les membres de l'armée se comportent consciencieusement et jusqu'au bout de manière disciplinée dans cette situation grave. »

………
02h25 – En sortant des appartements du Régent, où règne une atmosphère d’apocalypse, Kállay remet personnellement le phonogramme au lieutenant-général Szilárd Bakay « Voilà, c’est fait. Emmenez-ceci sur votre vie à l’antenne de la Magyar Rádió. Je m’occupe du reste. »
Bakay claque des talons et confie immédiatement l’objet à László Garai, chef du bureau des impôts et beau-frère du capitaine à la retraite Vilmos Tartsay – lequel est à la fois un fidèle du régent et un habitué du palais. Ce dernier lui ouvrira la voie, avec leur escorte.
Hélas, la plus puissante installation de diffusion radio, l’émetteur Lakihegy (19) est désormais inaccessible, car sous le feu des Allemands : le 502. SS-Jäger a placé tout autour quatre snipers qui tirent sur tous ceux qui s’approchent ! Heureusement, il reste une solution à laquelle les SS : n’ont pas pensé : le site de Székesfehérvár-Sóstó. Mais hélas, il se trouve à 55 kilomètres de Budapest, et une mauvaise rencontre n’est pas exclue… Le groupe part néanmoins dans la nuit, fonçant à tombeau ouvert derrière une automitrailleuse. Du coup, la place forte de Budapest se retrouve sans commandant en ces heures critiques.
………
04h00 – Réunion de crise du gouvernement hongrois, convoqué en catastrophe par un Régent toujours très inquiet du sort de son sang, dans une ville en état de siège mâtiné de chaos et dans un palais devant lequel fument encore des traces de grenades ainsi qu’au moins un véhicule. Avec l’énergie qui peut aussi le caractériser à présent que les dés sont jetés et bien jetés, Miklós Horthy père se montre très ferme. Surtout que son armée vient de lui annoncer une très bonne nouvelle : on a retrouvé son fils dans une cour du 6e arrondissement, près des ruines de la gare centrale, assommé, choqué, mais vivant ! Ses ravisseurs ont été pris alors qu’ils tentaient de l’extraire du centre-ville, enroulé dans un tapis persan. Deux d’entre eux ont été faits prisonniers.
Horthy aussi a des annonces à faire ! D’abord, il a demandé « une trêve » à l’ennemi d’hier – en fait, c’est une capitulation. Des ordres ont déjà été envoyés aux plénipotentiaires dépêchés auprès des Occidentaux… comme des Soviétiques (le ministre des Affaires étrangères Jenő Ghyczy de Ghicz confirme de la tête, quand bien même ses services sont encore en train de réfléchir sur les modalités de la chose – un assaut sur l’émetteur Lakihegy serait en cours). Ensuite, l’Armée fera son devoir, comme son serment l’exige – ça, c’est pour le général Nagy de Nagybaczon, lequel n’arrive déjà pas à joindre la 2e Armée, la plus proche de la capitale. Quant à la 1ère Armée, dans les Carpates, il faudrait un miracle… Enfin, la société hongroise suivra, comme l’honneur, la morale et la décence de deux millénaires de civilisation l’exigent. « Ceux qui ne soutiennent pas cette décision sont libres de partir dans l’instant ! » Personne ne bouge autour de la table. On pense aujourd’hui que même s’il s’était trouvé à cette heure et en ces lieux quelqu’un de favorable au Reich, il aurait choisi de se taire.
« Parfait. Alors qu’on convoque l’ambassadeur du Reich, ce parvenu de Dietrich von Jagow. Je vais lui expliquer personnellement ma façon de penser quant aux méthodes de son gouvernement. » A ce moment, l’aide de camp du régent prend sur lui de toquer à la porte, d’entrer et d’allumer la radio. Une voix grésillante mais bien connue envahit la pièce – celle du Régent. Il est 4h30 du matin – la Hongrie a basculé. Du moins, elle essaie…

Confusion
2e Armée hongroise (Voïvodine), 04h30
– Au cœur de la nuit et alors que leur commandant en chef semble parti pour longtemps, les deux généraux de corps d’armée de la 2e Armée reçoivent en pleine figure la proclamation du régent Horthy. Contrairement à leurs homologues de la 1ère Armée, leurs réactions sont diverses, voire carrément opposées.
Le premier, József Heszlényi, commande le 4e CA qui, à Jaša Tomić, tient le flanc gauche du dispositif germano-hongrois, avec le XXII. Gebirgs-Armee-Korps de Gustav Fehn. C’est un ancien de toutes les armées hongroises depuis 1911, férocement anticommuniste, peut-être un peu amer d’avoir été très brièvement (en 1943) le chef d’une 3e Armée hongroise morte avant d’avoir vu le jour – mais aussi et surtout, c’est un légaliste. Si d’aventure les Croix-Fléchées étaient parvenus au pouvoir légalement (ou avec les apparences de la légalité), peut-être Heszlényi aurait-il choisi de fermer les yeux au nom de la lutte anti-bolchevique… Mais ce n’est pas le cas et, heureusement pour la Hongrie, il a des instructions (peut-être pas très claires, mais c’est déjà ça !) et il se trouve face à un adversaire honorable, le 18e GA allié – lequel n’a pas de la réputation de l’Armée Rouge en matière de traitement des prisonniers et d’atrocités contre les populations civiles (20).
La position d’Heszlényi est donc sans équivoque : il obéira au Régent, même si cela l’oblige à se défendre contre les forces armées du Reich. Pour cela, le 4e CA possède quelques atouts : il dispose à proximité d’une réserve d’armée appréciable (la 2e Division Blindée du colonel Ferenc Osztovics est à Sutjeska, c’est-à-dire tout près de son QG) et il se trouve face au plus faible – au moins fort, plutôt – des ArmeeKorps d’Alexander Löhr, le XXII. AK de GustavFehn. Hélas, il doit compter, de ce fait, avec la présence de la 19. Panzergrenadier Brandenburg au nord de Jarkovac – une unité dotée de nombreux blindés et dont la compétence n’est plus à prouver, même si ses pertes ont quelque peu altéré sa qualité ; il faudra s’en garder comme de la peste. De plus, le 4e CA est aussi le plus éloigné des lignes alliées, donc le moins à même d’être rapidement secouru par l’ennemi d’hier, si cela s’avérait nécessaire. Malgré tout, Heszlényi fait mettre ses forces en alerte – en espérant que tout le monde voudra et pourra bien jouer le jeu. De plus, en l’absence de Guztáv Jány, il décide de contacter directement la 2e DB – quelque chose lui souffle qu’il risque d’avoir bientôt besoin d’un soutien.
L’autre commandant de corps d’armée hongrois est le major-général István Kiss, au 7e CA, à Titel. Pour lui, les choses sont claires : la défense de la Hongrie est une priorité, toutes les autres considérations sont secondaires. La défense contre les Occidentaux et les Rouges, bien sûr – Kiss, en dehors de sa carrière militaire, est avant tout le descendant d’une famille noble catholique de la région de Nemesvidi, entre la Croatie et le lac Balaton. C’est donc culturellement un Labanc, proche de l’Allemagne et partisan comme autrefois d’un arrangement avec elle… Pas au point de trahir véritablement son pays, c’est vrai, mais plutôt de considérer que les Allemands ne sauraient raisonnablement faire partie de ces envahisseurs contre lesquels il lui faut défendre le sol magyar. En conséquence, et comme d’autres dans la Honvèd, István Kiss ordonne à ses troupes d’être prêtes à toute éventualité et… d’attendre, sans plus.
Ainsi, au cœur de la nuit, les armées hongroise et allemande vont engager un curieux ballet fait d’improvisations, d’incompréhension (tout le monde n’est même pas encore informé de la décision du Régent !), d’hypocrisie et de frappes dans le dos. L’ambiguïté durera presque une heure. Mais ce qui suivra ne surprendra que les distraits, les imbéciles et bien sûr ceux qui n’ont pas eu la chance de regagner leur camp à temps…

Panzerfaust, démarrage
Frontière entre le Reich et de la Hongrie, 05h30
– L’ensemble des forces de la Wehrmacht ou rattachées au régime nazi reçoivent un ordre simple : « Exécutez Panzerfaust ». Immédiatement, plusieurs unités déployées à proximité ou sur le territoire hongrois s’activent pour occuper des sites stratégiques désignés de longue date.
Au même moment, les Allemands se trouvant sur tous les sites industriels hongrois vitaux pour le Reich, les raffineries notamment, se barricadent. Ainsi, sur le champ pétrolier de Budafapuszta, les soldats allemands et les ingénieurs de garde sortent des armes des placards, ferment les portes de leurs installations et arrêtent la quasi-totalité du personnel hongrois sur place, militaire ou non – dans les deux cas, il n’a pas été prévenu. Les responsables ne sont pas particulièrement inquiets : on leur a déjà précisé à la radio que les renforts arriveraient sous peu. Et de fait, la SS-Freiwilligen Gebirgs-Brigade Kama a quitté son centre d’entrainement de Nagykanizsa – elle n’est qu’à 25 kilomètres environ de ce point stratégique. Elle devrait donc être là dans moins de trois heures. Sur l’île Csepel, le Flak Regiment récemment dépêché par Berlin boucle tous les ponts encore debout la reliant aux deux rives – les 88 mm et les Vierling de 20 mm sont mis en batterie, menaçant de leurs obus par-dessus le Danube le premier imbécile qui osera s’approcher.
Plus au nord, la 1. Panzer de Walter Krüger sort aussi du trajet qui aurait dû la ramener vers les Carpates pour aller se saisir des centres stratégiques de Székesfehérvár et Dunaföldvár – leurs nœuds ferroviaires et leurs passages sur le Danube, sans oublier les mines de bauxite de la région de Gánt. Ensuite, on verra pour ce qui est des usines de la Magyar Alumíniumipari Tröszt à Ajka – à seulement 70 kilomètres d’ici comme de la frontière allemande. Un enjeu majeur, il est vrai, mais les Hongrois ne sont pas assez stupides pour saboter l’un de leurs principaux outils industriels, n’est-ce pas ? La Panzerdivision est parée et prête au combat, même si elle ne devrait rencontrer que les troupes des districts militaires et le 2e CA (général János Vörös), lequel ne comprend que la 2e DI, en reformation et sans chef désigné…
Plus à l’est, dans la grande plaine, le IV. SS-PanzerKorps de Felix Steiner se scinde en deux : la Wiking et la Totenkopf, renforcées chacune de quelques engins du 102. sPA, iront respectivement occuper les carrefours de Miskolc et Nyíregyháza, avant de descendre, si tout se passe bien, vers Debrecen et Nagyvárad – pas plus loin : le reste relève du HG E. Face à lui, il n’a que le 9e CA du major-général Lajos Veress – absent pour l’heure et dont les deux divisions (2e Division de remplacement et 25e DI) n’ont qu’un unique commandant, le major-général Béla Z. Zsombolyay.
Enfin, sur les arrières du HG B, la 17. Armee de Karl-Adolf Hollidt dépêche la 14. Panzergrenadier (Erich Schneider) et la 17. Panzer (Karl-Friedrich von der Meden) pour désarmer le 3e CA du lieutenant-général Béla Aggteleky (6e, 7e et 9e Divisions légères), en reconstitution en Transylvanie. Et aussi pour se saisir des mines de bauxite de Dicsőszentmárton, évidemment…
Les leçons des retournements italien et roumain ont été tirées : le Reich frappe vite et fort. Très fort même.
………
Au sud de Budapest, 05h30 – De son côté, le SS-Hauptsturmführer Toni Ameiser, “en transit” à Budaörs avec son SS-Kampfgruppe Ameiser, n’a pas attendu l’ordre de Berlin pour se mettre en alerte. Très bien informé de ce qui se passe dans la capitale grâce à plusieurs sympathisants bien placés, il met à exécution un plan arrêté de longue date. Son KG sort donc de ses quartiers pour entreprendre d’encercler la ville, afin de s’assurer qu’aucun renfort ne puisse parvenir au Régent – et surtout pour que ce dernier ne puisse pas fuir ou prétendre diriger ses forces armées.
Toutefois, une formation du Kampfgruppe fonce directement vers le centre-ville : le 52. SS-Kavallerie Rgt Maria-Theresa, dont le chef, le SS- Obersturmbannführer August Zehnder, a hâte de jouer le rôle très particulier qu’on attend de lui. Une bagatelle, après ses exploits sur le Front de l’Est (21). Surtout que son régiment de cavalerie ne part pas complètement seul…
………
Bečej, 05h30 – « Exécutez Panzerfaust ! » Dans son QG sécurisé sur le Danube, Alexander Löhr reçoit l’ordre qu’il redoutait autant qu’il le prévoyait. Ainsi donc, il va falloir se battre avec les Hongrois… avant, sans doute, de devoir prendre en charge les quelques responsabilités qu’ils assumaient sur le front. Enfin ! Grâce à l’immense sagesse du Führer, la 12. Armee a eu largement le temps de se préparer à cette nouvelle trahison – elle est donc prête. Bien plus que la Honvèd. Alors… Exécutez Panzerfaust ! Avant que les Anglais ne finissent par réagir…

Chaos
Lignes de la 2e Armée hongroise (Voïvodine), 05h30
– En l’absence de toute communication avec Budapest et alors que son commandant en chef est toujours introuvable, un chaos complet s’installe dans les lignes de la Honvèd.
Au 4e CA, József Heszlényi enchaîne les désillusions. De ses trois divisions – les 10e, 12e et 16e DI – seule la 12e (Béla Németh) a correctement accusé réception de ses instructions, mais elle est à Vlajkovac… c’est-à-dire à l’exact opposé du dispositif germano-hongrois ! Les deux autres – la 10e de Kornél Oszlányi et la 16e de Béla Ebesfalvi Lengyal – répondent à côté, quand elles répondent !
Bon… Pour ce qui est d’Oszlányi, c’était prévisible. Réputé pour ses actes de bravoure mais aussi pour sa brutalité envers ses hommes (22), c'est un pro-Allemand bien connu. Sa défaillance au centre des lignes, dans le secteur de Lokve – où il cohabite avec la 104. Jäger de von Ludwiger – posera évidemment un problème. Mais il n’est pas à portée de nuire tout de suite, c’est déjà ça. Par contre, Béla Ebesfalvi Lengyal, c’est une autre histoire ! Sa formation est à Jarkovac, au voisinage immédiat du QG de Heszlényi – intriquée, c’est vrai, avec la puissante 19. PanzerGrenadier, ce qui peut aussi expliquer une certaine réserve dans l’accusé de réception… Il faudra faire avec – en espérant que ses hommes seront assez patriotes pour refuser de tirer sur leurs camarades. Cependant, il y a aussi une bien meilleure nouvelle : Ferenc Osztovics a réussi à activer la plus grande partie de sa 2e Division Blindée. Cette dernière fait désormais mouvement de Sutjeska vers lui, à Jaša Tomić, afin de garantir sa sécurité. Avant, peut-être, de devoir descendre vers le sud pour rencontrer Fehn et la Brandenburg…
Du côté du 7e CA, les choses ne sont encore moins claires. István Kiss a certes adopté une position bien plus modérée qu’Heszlényi. Pourtant, c’est déjà beaucoup trop au goût de certains de ses subordonnés ! Ainsi, à Orlovat, le trop fameux colonel Ferenc Szász, de la 19e DI, annonce carrément son refus de « la capitulation », son ralliement au Reich et son intention de remonter vers le nord renverser « les généraux traîtres » ! Evidemment, son colocataire Josef Kübler, de la 118. Jäger, est ravi… Kiss un peu moins, surtout qu’il aimerait beaucoup qu’on définisse ce dont il s’agit au juste quand on parle de trahison. A l’opposé géographique comme politique, Pál Magyar, à Farkaždin, semble quant à lui estimer que les instructions de Budapest sont claires et prépare sa 23e DI à un probable affrontement avec les Allemands – or, sa position est stratégique, au centre du dispositif du XXI. GAK, sur la route de Novi Sad et de Nagybecskerek (23) ! C’est d’ailleurs pourquoi la réserve principale de la 12. Armee se trouve immédiatement sur ses arrières, à Ečka : la 2. GebirgsJäger d’August Kraukrau et le 93. schwere Panzerjäger Abteilung du Hauptmann Schwarz – unité dont les Nashorn risquent d’avoir l’effet du proverbial marteau sur la mouche hongroise. Enfin, du côté de la 20e DI de Frigyes Vasváry, on ne fait rien et on se retranche dans la passivité, en attendant « des ordres officiels », c’est à dire des ordres de Guztáv Jány.
C’est à ce moment que les troupes allemandes sortent de leurs casernements pour marcher sur les Hongrois en pleine confusion.

Panzerfaust, action !
Szigetszentmiklós, 06h15
– Agissant à la vitesse de l’éclair, le Kampfgruppe Ameiser s’empare de la tour d’émission de Lakihegy, désormais définitivement aux mains des Allemands. Avant de poursuivre sa route, Toni Ameiser n’oublie pas d’y laisser une forte garnison. La liaison de Budapest avec le reste du monde par ce moyen est à nouveau coupée –comme les forces allemandes se trouvent aussi entre la capitale et Székesfehérvár-Sóstó et que la centrale de Budapest reste contestée, il sera impossible à l’amiral Horthy de communiquer à nouveau à longue distance avec qui que ce soit par radio.
………
Szatmárnémeti, 06h15 – Les garnisons locales de la région sont défaites par une action rapide du Groupe d’Armées A, emmené par la SS-Kosaken-Freiwilligen Kavallerie-Brigade d’Helmuth von Pannwitz qui, après avoir montré son… savoir-faire contre les Partisans d’Ukraine, charge et sabre en pleine nuit les quelques réservistes qui tentaient maladroitement de lui opposer une résistance. Après une heure d’une action d’un autre temps, les cavaliers défont leurs adversaires et s’emparent d’un seul coup de trois batteries d’artillerie (obsolètes, mais quand même…) en faisant 450 prisonniers. Cet exploit sera le seul du genre : la région a déjà été abandonnée par la Hongrie à son nouvel ennemi.

Convenances
Palais Budavár, 07h00
– Herr Dietrich von Jagow, ambassadeur du Reich, est introduit dans le bureau du régent Horthy – lequel le reçoit seul, de très mauvaise humeur et sans que son gouvernement ait vraiment approuvé cette démarche peut-être un peu vaine. De fait, les ministres hongrois tâchent plutôt, qui de défendre la capitale, qui de tenter désespérément de contacter les Nations-Unies. L’amiral, toujours engoncé dans la noble toge d’une époque hélas révolue, exige « des explications » sur « l’attitude désormais ouvertement hostile des forces allemandes à l’égard de la Hongrie » et (surtout…) sur « l’agression inadmissible subie par [son] fils cette nuit ».
Face à cette candeur, l’Allemand, avec la morgue qui caractérise ceux qui savent qu’ils sont les plus forts, joue calmement la montre… Assurément, le Reich ne fait rien d’autre que prendre ici des mesures défensives, afin de sauvegarder ses intérêts devant l’évolution politique du Royaume – laquelle démontre que Berlin fait bien de prendre des précautions. Quant au supposé enlèvement du fils du Régent, ainsi que cette ridicule histoire de saboteurs infiltrés dans la citadelle de Pest, von Jagow n’est au courant de rien, c’est le Régent qui les lui révèle ! La réponse de routine d’un diplomate en somme – celle qui ne se soucie même pas d’être crédible, mais juste de respecter les convenances. Lesquelles sont brutalement mises à mal quand l’amiral sort de sa poche les fameuses douilles de pistolet-mitrailleur pour les jeter au visage de von Jagow, qu’il manque d’assez peu.
Oui, il n’est plus temps de se soucier des convenances : les communications du mont Gellért sont à peine rétablies que le canon tonne au loin… et, très vite, de plus en plus près.

Panzerfaust, suite
Abords du palais Budavár, 07h30
– Le 52. SS-Kavallerie Rgt Maria-Theresa arrive dans le quartier du palais royal, sans même s’être donné la peine de réduire tous les nids de résistance qui se trouvaient sur son chemin. C’est que la troupe d’August Zehnder dispose de plusieurs arguments pour décourager toute opposition en se frayant un passage. D’une part, son effectif est constitué en majorité de Volksdeutsche hongrois, qui réussissent assez souvent à décourager les hommes de la Honvèd qui leur font face en leur représentant la futilité de toute résistance : ainsi, plusieurs barricades censées gêner la progression de la Maria-Theresa l’ont spontanément laissé passer sous les saluts cordiaux de leurs défenseurs théoriques. Mais surtout, à l’appui des discours des Volksdeutsche, le régiment Maria-Theresa n’hésite pas à faire montre de sa nette supériorité en nombre et en armement, symbolisée notamment par la présence de quatre Panzer VIII Löwe, prêtés par le 102. SS-schw. Pz Abt d’Anton Laackmann.
Assurément, la malheureuse garnison de Budapest, esseulée, sans soutien, sans artillerie ni aviation (les terrains de Veszprém viennent de tomber aux mains d’un détachement de la 1. Panzer sans véritable résistance !), ne peut rien face à ces monstres qui arrachent les pavés en avançant, écrasant sous leurs tonnes d’acier les barricades muettes et pulvérisant au 88 mm celles qui osent faire feu. Une heure et demie à peine après s’être mis en marche, le Maria-Theresa est aux portes du gouvernement hongrois ! Un siège commence – il risque de ne pas être long…

Trop tard
Grottes du mont Gellért (citadelle de Buda), 07h50
– Alors que les SS parviennent devant des portes que certains pensent déjà leur ouvrir, le haut commandement de la Honvèd émet en clair et sur ondes courtes une nouvelle proclamation lue par Sándor Tavaszy – ancien vice-évêque de Cluj-Napoca, orateur reconnu et rédacteur en chef de nombreuses revues, alerté en urgence par des proches du Palais. Pendant ce temps, Endre Hlatky, Ferenc Zimmer et János Frigyesy – parmi d’autres responsables de l’antenne – font les annonces et tentent de garantir la programmation.
Tavaszy doit lire le texte du Régent, à l’intention de tous ceux qui n’ont pas encore pu (ou voulu) en prendre connaissance. Tant que la Magyar Rádió émet encore et faute de pouvoir transmettre des instructions chiffrées à autrui…
D’une voix de stentor, Tavaszy attaque – s’il a bien voulu lire le texte d’Horthy, il ne manque pas, toutefois, d’y ajouter quelques mots de son cru : « Aujourd'hui, il ne fait aucun doute pour une personne sobres que les Allemands ont perdu cette guerre ! Conscient de ma responsabilité historique, je dois tout mettre en œuvre pour éviter des effusions de sang inutiles. (…) J'appelle tous les Hongrois honnêtes à suivre la voie sacrificielle pour sauver la Hongrie. » Diffusé en clair sur toutes les ondes possibles, le message sera entendu par nombre de soldats et diplomates magyars en Europe. Mais il est un peu tard.

Panzerfaust, encore
Miskolc, 08h00
– La ville est enlevée par la 5. SS-Panzer Wiking d’Herbert-Otto Gille. Cette formation a certes été durement saignée par les combats de Friedericus II, mais elle reste largement suffisante pour balayer son adversaire, la 2e Division de remplacement qui, non commandée, n’offre pour ainsi dire pas la moindre opposition ! Les SS ne perdent pas de temps – laissant sur place une faible garnison tout juste suffisante à désarmer les Hongrois, ils remontent dans leurs semi-chenillés et filent vers le sud, direction Debrecen.

Popularité trop tardive
Budapest, 08h00
– La proclamation du Régent – que certains avaient certes entendue dès cette nuit mais qui vient d’être répétée trois fois d’affilée, en précisant à chaque fois au préalable qu’il s’agissait là d’une annonce « de la plus grande importance » – déclenche l’incrédulité dans la capitale. Puis l’enthousiasme. Sans doute, on entend le canon tonner du côté de la forteresse. Mais le centre-ville reste relativement à l’écart de la bataille : c’est donc que la Honvèd tient bon !
Une foule compacte et bigarrée envahit les rues. Des intellectuels, des jeunes réchappés du service militaire – des Juifs aussi, dont certains sont bien identifiables même si la Hongrie ne leur a jamais imposé le port de l’étoile jaune (voir appendice 1). La police est peu présente (ce qui ne va d’ailleurs pas sans une certaine insécurité), l’armée hongroise est absente, l’allemande a disparu. Quant aux Croix-Fléchées, ils sont terrés dans leurs redoutes : peu informés par leurs alliés allemands, certains désespèrent, craignant un scénario à la roumaine.
En résumé, à cette heure, dans la capitale hongroise, l’espoir domine. Beaucoup louent le courage et la sagesse du Régent, ignorant que s’ils sont pour l’heure épargnés par les Allemands, c’est parce qu’ils ne sont pas… prioritaires. Comme l’écrira plus tard Emil Kolozsvári Grandpierre (24) : « Tout au long de sa longue vie, Horthy ne fut jamais aussi populaire qu’entre sa proclamation et l’annonce du gouvernement des Croix-Fléchées. Le Régent était bien un militaire ? Alors, pourquoi ne s’était-il pas assuré que son pays n’allait pas servir de foyer pour Allemands ? Mais qui pouvait à cette heure prétendre avoir le sens politique, n’est-ce pas ? »

Désintégration
2e Armée hongroise, 08h00
– Le renouvellement de la proclamation du Régent à la Magyar Rádió – en clair sur les fréquences militaires, – touche tout le monde ou presque, mais ne règle en rien les soucis de la 2e Armée. Le 4e CA a carrément volé en éclats ! Quant au 7e CA, il lutte pour ne pas s’écroule sous le poids des séditions, désertions, affrontements fratricides et combats entre Hongrois et Allemands.
Le 4e CA de József Heszlényi s’est brisé en trois. Au nord, le QG, que vient de rallier une 2e Division Blindée bien peu encline à prendre des initiatives. Dommage – quand elle est partie, le QG de Fehn n’était qu’à une douzaine de kilomètres, et une action déterminée aurait peut-être pu mettre le XXII. GAK en grande difficulté… Maintenant, c’est trop tard. József Heszlényi, qui sait que ses blindés (25) sont bien légers face aux panzers, doit maintenant choisir entre trois possibilités. Foncer, étendards au vent, vers Budapest (et donc la 1. Panzer). Tenter de voler au secours de la 12e DI de Béla Németh, aux prises avec la 1. Gebirgs d’Hubert Lanz, un adversaire certes valeureux mais esseulé et décimé (mais il faudra sans doute affronter la 10e DI félonne et la 104. Jäger). Ou bien descendre vers le sud pour percer vers le Danube… et les Anglais. Mais entre la 2e DB et les Anglais, il y a la 19. PanzerGrenadier Brandenburg ! Elle est pour l’heure assez occupée, c’est vrai, à traiter la 16e DI de Béla Ebesfalvi Lengyal, mais celle-ci risque de ne pas tenir encore longtemps.
Que des mauvaises solutions… Finalement, après de longues minutes d’hésitations, et se doutant probablement déjà à quel point tout va mal à Budapest, Heszlényi choisit la voie du sud, vers le Danube et donc… non les Anglais, mais les Yougoslaves – pour peu, bien sûr qu’il arrive à passer le barrage de la 19. PzGr. Les hommes de Ferenc Osztovics se motivent comme ils peuvent : on va au secours de la 16e DI ! Même si chacun sait bien, en son for intérieur, qu’il ne s’agit que d’un prétexte. En vérité, on fuit, voilà tout ! Le moral s’en ressentira, évidemment.
Pour ce qui est du 7e CA, la tournure des événements se fait (hélas…) de plus en plus claire. Après une courte période d’incertitude, la 19e DI de Ferenc Szász a réussi à rassurer ses homologues teutons. Il est vrai que son chef a beaucoup fait pour cela ! Laissant donc à la 118. Jäger le soin de tenir seule Orlovat – avec le soutien, si nécessaire de la 2. GebirgsJäger et du 93. schw Panzerjäger Abt – la division magyare ainsi remise dans l’Axe marche en direction du sud-ouest, vers Farkaždin en suivant la Timiș, pour aller aider la 297. ID, aux prises avec la 23e DI de Pál Magyar. Celle-ci mène face aux Landsers d’Otto Gullmann un véritable combat perdant-perdant, sans aucun plan ni stratégie, d’un côté comme de l’autre. De fait, Gullmann est policier bien davantage que soldat… et il ne s’attendait pas à rencontrer de véritable résistance. Autant dire que sa division est bien en peine de vaincre seule ! Enfin, au bout du confluent entre la Timiș, le Danube et divers canaux, à Čenta, la 20e DI de Frigyes Vasváry se fait désarmer par la 42. Jäger de Josef Brauner von Haydringen sans trop d’incidents, au moins pour le moment – bien que les désertions paraissent nombreuses ! Pas autant que les Allemands auraient pu le craindre, toutefois – les soldats hongrois doivent passer le Danube pour aller se rendre aux Néo-Zélandais de Freyberg. Car plus au sud, sur la route directe vers Borčan, c’est la 2e DI yougoslave de Mihailovitch… Et dans son QG de Titel, le général István Kiss peut se dire que, tout compte fait, il a eu raison d’être prudent – en attendant bien sûr de voir ce que diront ses futurs visiteurs. Le 7e CA est donc perdu pour la Honvèd, la cause hongroise… et les Alliés.
Et s’il n’y avait que cela… dans les instants qui suivent, le canon se met à tonner sur le Danube. Le calvaire de la 2e Armée hongroise n’en finit pas.

Panzerfaust, redditions
Palais Budavár, 08h15
–Après une grosse demi-heure de mitraillages et de quelques tirs d’artillerie faisant trembler les façades (même si les Allemands utilisent surtout des Panzerschrecks – ils tiennent à conserver leurs cibles vivantes !), le régent Horthy donne l’ordre à la garnison du palais de déposer les armes. Il est évident que s’acharner ainsi n’apportera rien, sinon des morts, de la destruction et (de son point de vue) la fin complète du royaume de Hongrie (26).
Les portes du palais s’ouvrent et les SS déferlent dans la cour, grimpent les escaliers, parcourent les étages. Guidés par les Jägers-Kommandos – qui connaissent bien les lieux – ils libèrent vite un Dietrich von Jagow ricanant. En tête, P38 au poing, Otto Skorzeny mène ses troupes à l’assaut et réussit à se saisir d’un officier qu’il force à le conduire vers la salle des communications pour donner un ordre de reddition. Puis c’est la course au Régent… mais l’officier SS arrive trop tard. Il a été devancé par le StandartenFührer Edmund Veesenmayer, qui voit ici le couronnement de son minutieux travail de préparation. Quant à von Jagow, devenu inutile, il a déjà été évacué. Les Hongrois sont rassemblés dans la cour, où l’on empile des armes en tas et où flotte une inexplicable odeur de cendres.
Quelques minutes plus tard, la citadelle de Buda puis tous les bâtiments gouvernementaux hisseront le drapeau blanc.
………
Nyíregyháza, 09h30 – Après Miskolc, c’est au tour de la plus grande ville du nord de la Hongrie et de la grande plaine de tomber sous la Croix gammée, grâce à l’action de la 3. SS-Panzer Totenkopf d’Hermann Priess. La 25e DI de Béla Z. Zsombolyay ne faisait pas le poids face à l’acier des panzers – elle capitule après une très brève résistance, guère aidée par le fait que son chef, le major-général Lajos Veress est… parti pour l’URSS, signer l’acte de capitulation de la Hongrie selon un plan visiblement obsolète ! Le 9e CA hongrois n’existe plus – et, dans tout le nord du pays, l’autorité magyare a disparu avec lui.
………
Székesfehérvár et Dunaföldvár, 09h30 – A peu près au même moment, Walter Krüger – décidément abonné aux écrasements d’insurrection ! – occupe les deux centres séparant Budapest de la 2e Armée hongroise. Celle-ci est désormais coupée de sa capitale – mais ce n’est pas comme si elle pouvait prétendre remonter vers le nord, vu son sort actuel. N’ayant pas rencontré la moindre résistance du 2e CA de János Vörös, dont l’existence pour le moins théorique explique sa dispersion avant tout combat, la 1. Panzer peut donc envoyer sans crainte ni délai un détachement vers les mines de Gánt et des renforts vers Veszprém (déjà tombée), avec Ajka en ligne de mire.

Sortie par la petite porte…
Palais Budavár (Budapest), 10h00
– Les SS sont déjà occupés à piller l’ancienne résidence des rois de Hongrie quand le régent Horthy est extrait de ses appartements. Autorisé à emporter quelques effets personnels, il est conduit par l’Obersturmbannführer Otto Skorzeny en personne vers la gare la plus proche, d’où un train le conduira vers le château d’Hirschberg, en Bavière. On lui a assuré que sa famille l’y rejoindrait – sa femme Magda et son fils Miklós. Avant de partir, Skorzeny n’a pas oublié de lui faire signer une lettre d’abdication « de son plein gré » autorisant le chef des Croix-Fléchées, Ferenc Szálasi, à diriger le pays. Puis le régent déchu part pour l’exil – mais sort-il de l’Histoire pour autant (voir appendice 3) ?

Collision fatale
Jarkovac, 10h30
– Sous un ciel d’orage, la 2e Division blindée du colonel Ferenc Osztovics se heurte à la 19. PanzerGrenadier Brandenburg – laquelle a depuis longtemps réglé le compte de la 16e DI, et se tient donc parfaitement prête à recevoir l’allié d’hier, l’ennemi d’aujourd’hui ! Les Brandebourgeois combattent dos au canal Tisza-Danube, c’est vrai… Mais ils ne craignent pour l’heure nulle prise à revers – les autres formations hongroises sont ralliées ou en déroute, les Yougoslaves encore à des dizaines de kilomètres.
Ce n’est toutefois pas une raison pour traîner. Face à des Hongrois qui foncent sans plan ni reconnaissances, la 19. PzGr laisse calmement le gros de la force ennemie s’enfoncer en son centre avant de rabattre brutalement ses flancs. Deux assauts menés, d’un côté par le 201. StG Abt, de l’autre par le 242. StG Abt disloquent littéralement la formation adverse. La plaine de Voïvodine se zèbre d’éclairs et d’engins en flammes, dont la plupart portent la croix blanche sur fond noir. La 2e DB – ou ce qui en reste – commence vite à reculer vers le nord et Boka, autrefois lieu de résidence de Gustav Fehn, qui a depuis longtemps bougé… A l’évidence, la Honvèd ne fait pas le poids.

Panzerfaust, redditions
Budapest, 11h15
– Après la chute de la forteresse et du complexe gouvernemental, le 1er CA, qui défendait la capitale magyare en complément du district militaire, capitule, victime de multiples trahisons et défaillances. Son chef, le major-général Szilárd Bakay (voir appendice 4), sera arrêté et déporté à Mauthausen avec bien d’autres responsables, payant sans l’ombre d’un doute sa politique active mais pour le moins tardive de résistance à l’envahisseur allemand. De fait, sa pauvre et unique 7e DI – qui ne valait pourtant guère plus qu’une mauvaise brigade ! – avait résisté pendant quatre heures aux SS sur les points stratégiques de la banlieue nord de Budapest, dans des conditions d’infériorité morale, matérielle et stratégique manifestes.
Ainsi, en moins d’une demi-journée de combat, le Reich a enlevé la capitale hongroise, et à vil prix : 319 morts et blessés contre environ 800 morts hongrois, et près de 10 000 prisonniers. Szilárd Bakay a quelque raison d’être amer : dès janvier, il avait établi un plan de défense de Budapest, précisément dans « l’éventualité » d’un Kiugrás. Ce plan mettait à profit une bonne part des unités de la Honvèd dispersées dans le pays – mais il ne fut jamais préparé, moins encore exécuté…
………
Transylvanie, 11h15 – Fonçant de tous leurs galets sur des routes défoncées mais sûres et où nul avion ne vient les importuner, les engins de la 14. Panzergrenadier et de la 17. Panzer s’emparent de Kolozsvár et Marosvásárhely, dispersant aux quatre vents les unités même pas reconcentrées du 3e CA du lieutenant-général Béla Aggteleky. Celui-ci n’a été aidé, ni par sa position géographique impossible (coincé entre deux groupes d’armées adverses), ni par ses propres hommes – et notamment pas par son adjoint, le major-général Iván Hindy, venu la nuit précédente l’engager à rejoindre les Croix-Fléchées ! Bien sûr, Aggteleky l’avait fait mettre aux arrêts – mais cette détention n’aura pas été longue…
De toute façon, les trois malheureuses divisions légères du 3e CA, d’abord désireuses de défendre la Hongrie éternelle face aux Roumains et aux Rouges, n’avaient vraiment ni les moyens ni la volonté de combattre les Allemands. Elles ne leur ont donc opposé, pour ainsi dire, aucune résistance (27).
Quant aux villes et points stratégiques les plus proches des lignes allemandes, ils ont été saisis dès cette nuit et sans (trop de) violence par les mêmes unités de garnison qui collaboraient encore la veille avec les Hongrois. Ainsi donc, le cœur de la Transylvanie – ou tout au moins ses nœuds de communications et ses éléments “utiles” sont déjà sous le contrôle du Reich ou en passe de l’être ; les panzers n’ont plus qu’à avancer vers les villes secondaires : Nagyszeben, Aranyosgyéres et Dicsőszentmárton par exemple. Le tout sans rien craindre pour la suite.
Cela permet d’ailleurs à Karl von der Meden (17. Panzer), aujourd’hui accompagné des caméras de la propagande, de se livrer tout sourire devant les objectifs à un petit exercice d’autosatisfaction pas forcément spontané, mais qui doit démontrer la « pourriture » du régime hongrois déjà vaincu. « Nos prévisions les plus optimistes sont dépassées. Des régiments viennent spontanément à nous ou se rendent sans combattre. » Comme tous ses camarades de la Panzerwaffe, Karl-Friedrich von der Meden a un peu perdu l’habitude de parader – alors, même si l’adversaire n’alignait que des territoriaux ou des conscrits terrorisés, il ne va pas bouder son plaisir…

Nettoyage
District gouvernemental de Buda, 11h55
– Après le régent, c’est au tour des principaux responsables gouvernementaux hongrois d’être transférés : Miklós Kállay bien sûr, les généraux Nagy de Nagybaczon et Ferenc Szombathelyi, mais aussi Jenő Ghyczy de Ghicz et bien d’autres encore… Tous sont expédiés vers les terres du Reich et un lieu de détention aussi inconnu qu’inquiétant. Tout ou presque tout ce que le royaume magyar comptait d’hommes d’état quitte ainsi le pays – la plupart n’y reviendront que bien plus tard, quand tout sera joué, sinon jamais. La voie est libre pour les futurs occupant des palais gouvernementaux… et pour ceux qui leur succèderont !

Triomphe
Palais Budavár (Budapest), 12h00
– A présent qu’il est certain que tout danger est bel et écarté, Ferenc Szálasi, chef d’un Nyilaskeresztes Párt – Hungarista Mozgalom lit triomphant grâce à des armes étrangères, entre en vainqueur dans sa future demeure, où il envisage de s’installer, à présent qu’il a enfin quitté le domicile familial (28).
Il y est accueilli par quelques Allemands tout souriants du 502. Jägers ainsi que par plusieurs officiers hongrois porteurs du bandeau du mouvement. Pas forcément opportunistes (après tout, ce sont peut-être d’authentiques sympathisants de la première heure !), ils le gratifient eux aussi du salut nazi, comme il convient dès à présent. Szálasi ne prévoit pour l’heure de ne faire qu’un bref tour au palais : il a beaucoup trop de détails à régler, de personnes à rencontrer (des Hongrois comme des Allemands !) et de choses à dire au pays.
Il file donc vers la station de Magyar Rádió en laissant à d’autres le soin de gérer les affaires courantes. Et de fait, ses valeureuses Croix-Fléchées, leurs doutes légitimes à présent dissipées, sont déjà en train de sortir en ville, afin d’y rétablir l’ordre. Plus loin, sur la place, on rassemble déjà les troupes fidèles au nouveau régime, pour une parade germano-hongroise, avec les Panzer VIII en tête de colonne. Oui… à n’en point douter, les choses vont changer en Hongrie.

Marche funèbre
Budapest, 14h00
– Voilà déjà plusieurs heures que la Magyar Rádió n’émet plus rien sinon la Marche funèbre de Chopin, des marches militaires (hongroises ou allemandes !) ou encore quelques chansons plus ou moins humoristiques (Ne higyj magyar a németnek – Ne croyez pas que le Hongrois est Allemand, datant de 1706 !). C’est à peine elle diffuse les divers bulletins d’informations étrangers.
Cette programmation éclectique, fruit peut-être de la résistance passive de certains techniciens, s’achève cependant à 14 heures, quand le cor de l’ouverture de l’opéra Hunyadi László (Ferenc Erkel) retentit sur les ondes. Au micro, Ferenc Szálasi évidemment. Lequel annonce d’un seul trait, en moins de deux minutes : la découverte d’un « complot étranger dans les sphères gouvernementales » (Miklós Kállay n’est pas nommément visé, mais chacun aura compris…), l’intervention « amicale » des troupes allemandes sur la demande expresse de certaines autorités magyares (lesquelles ?), la « mise à l’abri du régent Horthy » et surtout l’occupation jusqu’à nouvel ordre de la Hongrie par les troupes allemandes, « d’un commun accord » (mais avec qui ?). Quant à Szálasi lui-même, dans ces circonstances évidemment tragiques, il fait don de sa personne au pays en se proclamant Nemzetvezető (chef de la Nation), à la tête d’un nouveau gouvernement national en cours de constitution.
Tout cela est très nébuleux – et pourtant c’est en même temps très clair. Les rues de la capitale se vident aussi vite qu’elles se sont remplies, sous l’effet de la peur, de la pluie et des coups de matraques de zélés miliciens.

Panzerfaust : redditions
Nord du lac Balaton, 12h30
– La 1. Panzer s’empare des mines de Gánt et de la région d’Ajka, laquelle n’est pour ainsi dire plus défendue, les unités territoriales et la police du secteur n’ayant pas opposé plus de résistance que la Magyar Királyi Honvéd Légierő à Veszprém. Tout le secteur “utile” de la Hongrie – utile pour l’économie allemande ! – est désormais sécurisé ou en passe de l’être. En fait, ce qui ralentit Walter Krüger, ce n’est pas l’adversaire : c’est le manque de carburant et d’effectifs !
………
Debrecen, 13h00 – La pointe de la 5. SS-Panzer Wiking d’Herbert-Otto Gille – moins d’un régiment ! – enlève la “Rome Calviniste” dans une atmosphère de reddition généralisée, les autorités locales ayant jugé préférable de ne pas risquer de représailles et de destructions pour une cause si visiblement perdue. De fait, la cité du XIVe siècle possède quelques beaux éléments architecturaux, témoins de son riche passé commerçant comme de son rôle politique (29) – reste à savoir si le conflit continuera d’être clément avec elle.

Panzerfaust, fin
Ruthénie, 14h00
– Le major-général Lajos Veress est intercepté dans le secteur de Szarvasháza par l’arrière-garde de la 11. Panzer, à la poursuite des éléments loyaux de la 1ère Armée hongroise sur le Col de Verecke. Tentant assez maladroitement de justifier sa présence alors qu’il se dirigeait visiblement vers les lignes soviétiques, il est immédiatement arrêté et ramené à Budapest.
Veress a contre lui d’être l’Homo regius, c’est-à-dire le régent suppléant en lieu et place du vice-régent (les affaires hongroises sont complexes !) si d’aventure il arrivait quelque chose à Horthy et à son remplaçant désigné. De fait, il est bien arrivé quelque chose à l’amiral – et, malheureusement pour lui, le pauvre major-général risque d’avoir à s’expliquer avec des Croix-Fléchées particulièrement brutales envers les symboles de l’ancien régime.
Ainsi périt la seule véritable tentative de capitulation hongroise envers l’URSS : bien trop peu, bien trop tard. On sait ce qu’il adviendra du reste.
………
Nagyvárad, 15h00 – C’est au tour de cette ville de Transylvanie de tomber aux mains de la Totenkopf : plus rien n’arrête l’armée allemande ! En moins de dix heures de cavalcade et de (très peu de) combats, tous les objectifs de Panzerfaust ont été atteints. Fier de son succès, le IV. SS-PanzerKorps de Felix Steiner fait désormais la pause, regroupant ses forces et faisant le plein de ses réservoirs en attendant de voir si on aura besoin de lui ailleurs. Peut-être en Voïvodine ?

Désintégration
2e Armée hongroise, 14h00
– La proclamation de Ferenc Szálasi, largement diffusée par les forces allemandes et « loyalistes » (car loyales aux Croix-Fléchées, qui font désormais la loi à Budapest), achève de disloquer le reste des unités favorables au régent, lesquelles savent désormais que tout espoir est perdu. Les attentistes se rallient, les hésitants capitulent, les compromis fuient.
Du côté du 4e CA, la 12e DI de Béla Németh tente de s’échapper vers Fejértelep, en profitant de ce que les Allemands sont encore dans ce secteur en nette infériorité numérique. Elle peut encore y parvenir, faute de renforts ennemis : en l’absence d’adversaires immédiats déclarés, Hartwig von Ludwiger a choisi de ne pas faire confiance à Kornél Oszlányi et à sa 10e DI – lequel est assuré de sa sécurité tant qu’il se tient tranquille… Mais le manque de motivation, le désastre moral que représente la chute de la Régence et (surtout) la présence en face des Serbes du général Brasic – en lieu et place des Britanniques tant espérés ! – représenteront dans les jours à venir un frein puissant aux tentatives hongroises de ralliement. De fait, l’armée yougoslave a avec la Honvèd de très nombreux os à ronger. Tout un squelette, en réalité, qui ne demande qu’à sortir du placard… Et ses hommes ne sont pas vraiment les mieux disposés envers leurs voisins magyars.
Au 7e CA, la 23e DI de Pál Magyar – aux prises avec deux adversaires, dont le plus féroce est la 19e DI hongroise… – se débande et fuit vers les marais au sud, en tentant de profiter de ce que les Allemands paraissent très occupés par l’amorce d’un vaste effort allié. Pál Magyar n’a pas la chance de s’échapper ainsi – capturé par les hommes de la 297. ID, il évite cependant ainsi l’exécution sommaire que souhaitait semble-t-il le colonel Ferenc Szász (30) !
Finalement, un peu moins de 3 000 hommes parviendront à rejoindre les lignes des forces des Nations-Unies et leurs camps de prisonniers. Ce sera très insuffisant pour constituer même l’embryon d’une armée hongroise cobelligérante que personne, de toute façon, ne souhaitera jamais. Parmi eux, personne de la 2e DB et du QG du 4e CA – irrémédiablement coupés de toute porte de sortie, menacés sur leurs arrières par les forces de Walter Krüger pouvant descendre du nord et avec déjà plus de la moitié de leurs blindés hors service, les tankistes hongrois capitulent en fin d’après-midi. Comme le dira Ferenc Osztovics en remettant son arme, « C’est le Destin. » Un peu plus loin, son supérieur, le général József Heszlényi, n’ira pas le contredire : il s’est tiré une balle dans la tête.

Triomphe (bis)
Budapest, 16h00
– Nouvelle allocution de la Magyar Rádió, qui annonce officiellement (mais pas par la bouche du tout neuf Nemzetvezető !) la composition de son nouveau gouvernement destiné à sauver la Nation. Elle est sans surprise – et la photo qui entrera dans l’Histoire ne fait rien pour dissiper l’impression qu’inspirent ses membres :
• Nemzetvezető et premier ministre : Ferenc Szálasi (chef des Croix-Fléchées)
• Ministre sans portefeuille auprès du Nemzetvezető : Árpád Henney (lieutenant-colonel d’artillerie à la retraite, conseiller militaire aux Croix-Fléchées)
• Vice Premier ministre : Szöllősi Jenő (chef du groupe parlementaire des Croix-Fléchées)
• Ministre de l’Intérieur : Gábor Vajna (député Croix-Fléchées, chassé de ses fonctions industrielles en 1924)
• Ministre des Affaires étrangères : Gábor Kemény (Croix-Fléchées)
• Ministre des Finances : Lajos Reményi-Schneller (ministre de l’Economie sous Pál Teleki, et si germanophile qu’il est un correspondant des Renseignements allemands)
• Ministre de la Justice : László Budinszky (Croix-Fléchées)
• Ministre de la Défense : Károly Beregfy (ancien général de l’Armée rouge hongroise de Bela Kun, en charge de la répression des minorités ; chassé de l’armée en 1942 pour inaptitude après des engagements désastreux face aux Soviétiques)
• Ministre de la Religion et de l’Education : Ferenc Rajniss (ancien du Szeged fasciste et antisémite, membre propagandiste de divers mini-partis nazis et député du Parti du Renouveau National, inclus dans la Nemzeti Szövetség favorable à l’alliance avec le Reich),
• Ministre de l’Agriculture : Fidél Pálffy (fondateur du Parti nazi hongrois, membre des Croix-Fléchées… et agent du RSHA)
• Ministre du Commerce et des Transports : Lajos Szász (sans étiquette, ministre sans portefeuille sous Kállay, lequel ne réussit jamais à s’en débarrasser …)
• Ministre de l’Industrie : Emil Szakváry (fonctionnaire de ce ministère)
• Ministre du Budget : Béla Jurcsek (ancien secrétaire d’Etat au Budget, l’un des responsables de la seconde loi antijuive)
• Ministre sans portefeuille « responsable de la mobilisation totale et du combat de la nation » : Emil Kovarcz (député Croix-Fléchées, condamné dans le cadre de l’attentat sur la synagogue de la rue Dohány et revenu de son exil en Allemagne)
• Ministre sans portefeuille responsable de la Propagande : Ferenc Kassai-Schalmayer (chef de l’Office de propagande des Croix-Fléchées, ancien du PC hongrois)
• Ministre sans portefeuille responsable de l’Industrie d’armement : major-général Vilmos Hellebronth (colonel à l’état-major des forces aériennes hongroises, vétéran du front russe).

………
Ce sera tout, pour l’heure – l’homme de la rue hongrois est déjà bien assez informé comme cela. Et d’ailleurs, un décret signé par Döme Sztójay interdira bientôt l’écoute des radios étrangères, ainsi que la possession de radios par les Juifs et « sympathisants ». Dehors, sous la pluie qui a cessé, quelques soldats hongrois déjà libérés ou jamais arrêtés sympathisent avec les Panzermänner, vont admirer l’acier d’un Löwe de passage… Ils ne sont certes pas aussi nombreux que ce que le Reich espérait – mais c’est toujours bien assez pour voir venir.
C’en est fait : prisonnière de ses souvenirs de grandeur et du piège de ses alliances passées, la Hongrie suivra l’Allemagne dans la tombe.

Etat-croupion
Dernier sursis
Slovaquie, dans la soirée
– La nouvelle du retournement hongrois puis – un peu plus tard – de son pathétique effondrement (sauf peut-être en Voïvodine…) arrive par bribes aux oreilles des Partisans et militaires “quasi-défecteurs” de l’armée slovaque. Lesquels, soyons francs, sont un peu amusés par la situation. Car, parmi les très nombreux voisins haineux des Balkans, Slovaques et Hongrois ont eux aussi un os à se disputer : la Ruthénie subcarpathique justement, ainsi que divers territoires périphériques qu’ils se sont tout de même disputé encore récemment, en 1939, et alors qu’ils étaient pourtant supposés être déjà tous deux dans le même camp (31) ! Ainsi donc, les Hongrois sont châtiés par la main qui les a nourris… Décidément, le spectacle de la déconfiture d’un ennemi est toujours agréable – et de bon augure pour l’avenir, quand il faudra rediscuter des frontières avec Budapest.
Néanmoins, la débandade hongroise ne rassure pas vraiment tous les locaux – la violence et la rapidité de la réaction allemande cont
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loic
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MessagePosté le: Jeu Aoû 18, 2022 08:01    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Ici, dès que possible, une version (légèrement) corrigée et remaniée et un peu enrichie (à la fin notamment) du 13 novembre 1944 en pays occupés/contrôlés.

13 novembre 1944 déjà ?
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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MessagePosté le: Sam Aoû 20, 2022 16:41    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
13 novembre 1944 déjà ?

Lapsus freudien, hâte d'y être.
Bon, on repart.
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MessagePosté le: Sam Aoû 20, 2022 16:46    Sujet du message: Répondre en citant

14 avril
Etat-croupion
Mauvais sort
Dubova (Slovaquie)
– Alors que, du côté de Banská Bystrica, l’insurrection slovaque se fait petite (malgré son accès de Schadenfreude contre les Hongrois…), les puissances alliées viennent se rappeler à son bon souvenir. En l’espèce, un raid de B-17 de la 15th Air Force frappe la raffinerie et les dépôts pétroliers locaux, réduisant ainsi à néant les stocks que le lieutenant-colonel Ján Golian désespérait de transférer discrètement – au moins en partie – vers un territoire ami (celui-ci restant à préciser). Son soulèvement manquait déjà de beaucoup de choses. Désormais, il manquera aussi de carburant. Mais bon, ce n’est pas comme si ses deux divisions étaient très motorisées, ni comme si elles pouvaient vraiment espérer conserver longtemps ces réserves…

Hongrie écrasée
Réserves
Budapest
– Les Croix-Fléchées désormais aux affaires mettent décidément beaucoup d’ardeur à la tâche. Après avoir pourtant juré sur la Sainte-Couronne (1) de défendre son pays, avec la bénédiction d’un prétendu nouvel Országtanács (2) incluant moins d’un cinquième du corps législatif, Ferenc Szálasi organise la mise de la Hongrie en coupe réglée au bénéfice de l’Allemagne. La société hongroise ne doit plus fonctionner que dans un seul but : la guerre totale contre l’URSS.
Le tout sous les auspices du tout nouvel ambassadeur du Reich, le Standartenführer Edmund Veesenmayer – lequel remplace un Dietrich von Jagow devenu parfaitement inutile (voir appendice 6). Le SS est déjà en pourparlers avec le major-général Vilmos Hellebronth (ministre sans portefeuille responsable de l’industrie d’armement) pour déplacer en territoire allemand les usines hongroises – avec leurs ouvriers, évidemment, afin de mieux les protéger contre les bombardements (3).
Cependant, sans aller jusqu’à jeter la pierre à leurs grands amis, les nazis ne sont pas complètement rassurés par l’activité quelque peu brouillonne du gouvernement Szálasi. Celui-ci est d’évidence motivé, mais pas forcément très efficace : ses membres manquent souvent d’expérience et beaucoup semblent prisonniers de considérations mystiques fumeuses. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la population hongroise ne lui obéit visiblement que contrainte et forcée – avec résignation, mais sans enthousiasme. Le souvenir du Régent paraît encore tenace…
C’est évidemment une contrariété, mais elle n’inquiète pas vraiment les Allemands. La preuve : le II. SS-PanzerKorps et le gros des divisions blindées déployées en Transylvanie sont déjà en cours de redéploiement. Seule la 1. Panzer de Walter Krüger semble pour l’heure vouée à rester en territoire hongrois – dans le secteur de Kaposvár, au sud du lac Balaton. A présent que Budapest est enfin mise au pas et que le Reich a mis la main sur des ressources vitales pour la poursuite de sa guerre, c’est à elle de tenir à distance Anglais, Yougoslaves et autres ennemis venant du Danube.

Continuité aérienne
Budapest
– S’il est une arme qui n’a pas véritablement souffert du Kiugrás manqué de la veille, c’est bien la Magyar Királyi Honvéd Légierő. A Berlin et dans la Luftwaffe, on observe avec satisfaction que l’aviation hongroise s’est abstenue de toute manœuvre hostile à l’encontre des Allemands, et qu’elle n’a pas non plus déserté par la voie des airs comme certains l’avaient craint un temps. La fameuse loyauté conditionnelle hongroise ! A une aventure perdue d’avance vers le sud, les aviateurs locaux auront préféré rester pour défendre leurs foyers contre les raids terroristes et la horde bolchevique…
Les dividendes de cette approche réaliste ne se font pas attendre : la totalité des cadres restent en place. Jusqu’au commandant de la Magyar Királyi Honvéd Légierő, István Bánfalvy, pourtant pas forcément le soutien le plus enthousiaste du nouveau régime. Et les avions promis seront bel et bien livrés ! Les 102e et 103e Escadres de Défense nationale (sur Bf 109-G6 et 110-F6) seront bien des réalités. Même si, dans l’esprit des Allemands, il ne s’agit pas de respecter un contrat, mais bien d’accorder une faveur.
Du coup, les escadrilles hongroises ne manqueront pas de suivre les ordres allemands à la lettre. Perdant toute indépendance, la MKHL va devenir une sorte de Geschwader supplémentaire… c’est que la Luftwaffe commence aussi à manquer de pilotes expérimentés !

Shoah
Martyre
Frontière sud de la Hongrie
– Parachutée dans le nord de la Yougoslavie, la jeune Chana Senesh, jeune femme d’origine juive et hongroise, est arrêtée par les SS de la Kama avec deux autres agents du SOE sur la route des camps de concentration, vers lesquels ils se dirigeaient pour une bien inutile mission de renseignement. Après trois mois de viols, tortures et interrogatoires où elle ne lâchera rien, elle sera fusillée par les Allemands. Victime des errements de la politique alliée en Europe centrale, ses restes ont depuis été rapatriés en Israël.


15 avril
Allemagne nazie
Pas de futur pour la Panzerwaffe
Berlin
– L’OKH ordonne la formation de huit brigades blindées (Panzer-Brigaden), numérotées 101 à 108, à partir des écoles de la Panzerwaffe. C’est la volonté du Führer qui est ainsi relayée, malgré l’opposition du nouveau commandant en chef des Armées et toujours inspecteur des Forces blindées, le Generaloberst Guderian, qui aurait préféré que les divisions existantes soient reconstituées et renforcées. Mais la situation sur le front ne permet guère, sans prendre un risque inconsidéré, de renvoyer à l’arrière les seules unités encore capables de s’opposer aux ennemis du Reich ; par ailleurs, le temps manque pour créer ex nihilo de nouvelles divisions. Ces brigades doivent être opérationnelles sous un à deux mois.
Après la récente formation de la division Panzer Lehr, les écoles (Panzertruppenschulen) se retrouvent vidées de leur substance, compromettant l’avenir de l’arme blindée du Reich.
Il était également prévu que trois brigades blindées (111 à 113) soient constituées pour l’Armée de Réserve. Elles devaient s’inscrire dans le plan Walkyrie, prévu pour protéger l’État contre les soulèvements intérieurs ou les tentatives ennemies. Mais la conjuration du mois dernier, malgré son échec, va mettre cette décision entre parenthèses pour le moment.

Etat-croupion
Thanatos
Slovaquie
– Situation dangereusement calme dans l’état sujet du Reich. Des forces allemandes, certes moins nombreuses que celles mises en œuvre ces derniers jours contre la Hongrie, mais néanmoins puissantes, approchent de la petite armée slovaque. Ján Golian avait prédit que les Allemands attaqueraient le 16, n’est-ce-pas ? Or, le 16, c’est demain…

Hongrie écrasée
Occupation tranquille
Budapest
– Après le Kiugrás raté du 13 avril, le royaume de Hongrie se nazifie à grande vitesse : les industries se reconvertissent de plus en plus vite pour le seul bénéfice du Reich, le gouvernement décrète à tour de bras de nouvelles règles sous la dictée de Berlin, tandis que la Honvèd subit une purge dont les conséquences peinent encore à être même seulement évaluées.
Symbole éloquent de cette nouvelle politique, le major-général Lajos Veress – Homo Regius et chef d’un 9e CA désormais mort et enterré – est jugé aujourd’hui par une cour martiale improvisée, qui le condamne à 15 ans de prison pour « haute trahison ». Après cette tragique bouffonnerie, l’officier est envoyé dans l’heure à Sopronkőhida : la succursale locale de Mauthausen, où l’on emprisonne, torture et tue, le plus souvent des opposants – par exemple, l’homme politique et écrivain Endre Kálmán Bajcsy-Zsilinszky (4), ou encore le général Lajos Veress (5).
Au même moment, dans la propriété de Stéphanie de Belgique (qui, repliée dans ses appartements, ne peut rien y faire), les SS s’installent, pillent la cave, chantent et dansent en se goinfrant de Puzta confisquée. Que le temps des amants désespérés de Mayerling semble loin (6) !
En dehors de ces bandits de grand chemin, l’armée allemande n’a pas vraiment besoin de maintenir une véritable force d’Occupation – les panzers partis, les Croix-Fléchées de Szálasi suffisent d’évidence à tenir le pays. La population, elle, se mure dans une indifférence étudiée : combattre les Rouges oui, aider les Allemands non. Un compromis typiquement hongrois, qui ne fait hélas pas les affaires de tous.

Le prix à payer
Györ
– Hasard ou conséquence ? Au moment précis où la Hongrie s’enterre avec le Reich, la 12th Air Force exécute sur les usines aéronautiques du groupe MWG (Magyar Waggon és Gépgyár Rt), lesquels produisent sous licence des Bf 109 et des Me 210 Ca, un raid dévastateur qui ravage les ateliers et détruit une bonne part de l’outil de production. Un outil qui avait d’autant plus de valeur que son personnel était compétent, assez bien nourri et volontaire – des qualités rares dans les territoires dominés par l’Axe, surtout comparativement à un Reich recourant de plus en plus à une main d’œuvre servile. D’ailleurs, la qualité de leur travail le démontrait : Fritz Wendel, pilote d’essai en titre des usines Messerschmitt, louait régulièrement les appareils hongrois, qui lui apparaissaient comme plus soignés que leurs jumeaux allemands. A présent, qualité ou non, la quantité va s’en ressentir…


Notes
1- La couronne de Saint-Etienne, qui aurait été envoyée en l’an Mil par le pape Saint-Sylvestre à l’archevêque Astrik pour couronner István I.
2- Conseil des Pays – l’équivalent institutionnalisé d’un conseil de régence.
3- Les Allemands ont l’habitude de piller la Hongrie – en février 1934 déjà, ils signaient avec Budapest un accord commercial particulièrement vicieux prévoyant le paiement en monnaie hongroise (pengös) et par des Hongrois des denrées agricoles achetées par l’Allemagne. Le crédit ainsi créé devait permettre l’achat de biens industriels allemands. Cette gymnastique avait déclenché une augmentation vertigineuse des importations : celles-ci avaient doublé en un an, passant de 43,7 à 88,9 millions de pengös ! L’équilibre commercial apparemment préservé camouflait la réalité : une effroyable fuite monétaire et surtout l’établissement d’une véritable dépendance des industries hongroises, devenues de fait des sous-traitants captifs pour l’Allemagne.
4- Membre du Parti national radical (Nemzeti Radikális Párt), rédacteur en chef du quotidien antinazi Liberté (Szabadság). Il sera exécuté par pendaison le 23 mai, notamment pour avoir résisté avec violence à son arrestation !
5- Veress échappera dans l’immédiat à un sort funeste, en s’évadant quelques semaines avant la fin des hostilités. Mais par la suite, il sera à nouveau condamné à mort par les autorités pro-communistes ! Cette condamnation sera généreusement commuée en emprisonnement à perpétuité. Libéré lors de la tentative de révolte hongroise contre l’empire soviétique, il finira sa vie en exil.
6- Stéphanie est la veuve du prince héritier d’Autriche-Hongrie, mort à Mayerling avec sa maîtresse…
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MessagePosté le: Sam Aoû 20, 2022 16:49    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 6
Un pur nazi


« Dietrich von Jagow, 1892-1944. Officier de marine allemand et homme politique nazi. Issu de la noble famille des Altmark von Jagow, il entre à l’école navale de Mürwik en 1912 et navigue sur le paquebot SMS Hansa. Servant sur plusieurs U-boots pendant le Premier Conflit mondial, il passe après l’armistice sur un modeste dragueur de mines, mais quitte la marine en 1920 après son refus de prêter serment à la constitution de la république de Weimar.
Devenu ouvrier forestier et agricole, Jagow est de tous les combats nationalistes : putsch de Kapp, participation à l’organisation terroriste Consul, lutte contre le troisième soulèvement polonais (sous Manfred von Killinger). Membre du NSDAP dès l’automne 1920, puis très vite responsable de la SA, l’homme est un pur nazi, un dur, un convaincu. Hitler l’envoie en janvier 1922 à Tübingen comme instructeur et inspecteur de la SA. Travaillant sous couverture en tant qu’étudiant puis représentant commercial, il tisse ainsi son réseau auprès de tous les groupes locaux et participe vraisemblablement à l’assassinat de Walter Rathenau.
Après l’échec du putsch de 1923, Dietrich von Jagow démissionne du NSDAP. En réalité, il poursuit en sous-main son travail d’organisation au bénéfice du Parti, auquel il adhère d’ailleurs à nouveau en janvier 1929. Il devient chef de groupe local à Eßlingen am Neckar puis directeur de district du NSDAP à Wurtemberg, avant de prendre la tête de la SA “Sud-Ouest” en 1931. Son zèle antisémite et propagandiste est remarqué, de même que son adhésion totale au Führerprinzip. Il est donc élu membre du Reichstag en mai 1932 – il le restera jusqu’à sa mort.
Nommé commissaire du Reich pour la police du Wurtemberg, en fidèle national-socialiste, il fait construire un camp de concentration sur le Heuberg et organise le boycott des commerces juifs à partir du 1er avril 1933. Du fait de multiples différends avec plusieurs rivaux locaux, dont le Gauleiter Wilhelm Murr, il est muté à Francfort-sur-le-Main comme chef de l’Obergruppe V de la SA. Il passe alors, si l’on peut dire, au travers de la Nuit des Longs Couteaux – peut-être grâce aux appuis de sa famille. Après cet événement, il est transféré au groupe SA Berlin-Brandebourg, tout en restant conseiller provincial prussien pour la province de Hesse-Nassau. Il cumule ensuite les fonctions : conseiller à Berlin, membre du conseil d’administration des associations nobles allemandes puis, à partir d’avril 1936, juge honoraire à la Cour suprême d'honneur et de discipline.
En 1937, se souvenant tout de même qu’il est marin, Jagow embarque sur le Graf Spee, pour y suivre de loin la guerre civile espagnole. En 1939, au début du conflit, il commande de petites unités, tel le dragueur de mines Tannenberg. Il sert ensuite en Baltique, puis, en 1941, finit par diriger la 18e Flottille auxiliaire, dans la Manche.
En mars 1942, sur recommandation de la Marine (où l’on souhaitait peut-être l’éloigner), il est nommé ambassadeur du Reich en Hongrie. Son affectation durera deux longues années, durant lesquelles il n’aura de cesse d’encourager avec maladresse le gouvernement du royaume à s’aligner sur le Reich. Mais Bárdossy avait été remplacé par Kallay, bien moins favorable à l’Allemagne, et les tentatives de Jagow, entre caresses et menaces, ne donnèrent jamais grand-chose.
Suite au Kiugrás du 13 avril 1944, qu’il n’avait pu prévoir, il est rappelé à Berlin pour un poste mineur au ministère des Affaires étrangères – organisme dont le volume d’activité fondait à vue d’œil. Dès août 1944, il est versé dans la Volksturm comme chef de bataillon. Blessé au combat dans les opérations de Silésie, il perd un œil.
Dietrich von Jagow se suicidera sur son lit d’hôpital avant d’être capturé. »
(Robert Stan Pratsky, op. cit.)
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MessagePosté le: Sam Aoû 20, 2022 16:55    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
En mars 1942, sur recommandation de la Marine (où l’on souhaitait peut-être l’éloigner), il est nommé ambassadeur du Reich en Hongrie.

C'est amusant ce qu'il peut y avoir de marins dans un pays qui n'a même pas de littoral.
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