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Le Front Russe, Février 1944
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houps



Inscrit le: 01 Mai 2017
Messages: 1200
Localisation: Dans le Sud, peuchère !

MessagePosté le: Lun Oct 11, 2021 20:22    Sujet du message: Répondre en citant

Et quand il communique avec ses subordonnés ou Berlin, c'est le Saxe au phone ?
_________________
Timeo danaos et dona ferentes
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demolitiondan



Inscrit le: 19 Sep 2016
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Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Lun Oct 11, 2021 20:26    Sujet du message: Répondre en citant

Laughing bien joué.
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Volkmar



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Messages: 146

MessagePosté le: Lun Oct 11, 2021 23:51    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:

Opération Lvov-Kovel
La lance de Wotan
Région de Loutsk et Kovel (nord de l’Ukraine) – Pour Harpe et De Angelis, le retour des VVS est une mauvaise nouvelle de plus. Manque de chance, il ne pleut que juste au sud de leur position !


Heeeeu...
Harpe, il est pas en Biélorussie ?
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JPBWEB



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Messages: 2861
Localisation: Thailande

MessagePosté le: Mar Oct 12, 2021 05:28    Sujet du message: Répondre en citant

Colonel Gaunt a écrit:
le poireau a écrit:
Juste pour préciser : Model n'est pas prussien mais saxon. Il n'appartient pas à l’aristocratie militaire prussienne traditionnelle, l'une des raisons pour lesquelles le Führer l'apprécie... et ses pairs beaucoup moins !
!

Ce n'est pas pour lancer un débat, mais de la Saxe Prussienne et non pas du royaume de Saxe. Donc on peut dire qu'il a été élevé selon les idéaux prussiens de l'époque.


Model était certes originaire de Saxe Prussienne, c'est a dire des territoires arraches au royaume de Saxe en 1815, plutôt que de la vieille Prusse historique, mais ce qui plaisait surtout a Hitler et déplaisait a ses pairs, c'est son engagement inconditionnel dans le national-socialisme et sa fidélité inconditionnelle au Führer. De plus, Model était un personnage particulièrement déplaisant, imbu de lui-même et toujours prompt a médire sur le compte de ses rivaux.

Son suicide en 1945 est dans la droite ligne du personnage, de même que la précaution qu’il prit de détruire ses papiers personnels, mais on ne peut lui contester une exceptionnelle maitrise opérationnelle sinon stratégique.
_________________
"L'histoire est le total des choses qui auraient pu être évitées"
Konrad Adenauer
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demolitiondan



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Messages: 5231
Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Mar Oct 12, 2021 08:15    Sujet du message: Répondre en citant

Just Vokmar c est Kemft.
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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le poireau



Inscrit le: 15 Déc 2015
Messages: 1049
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Oct 12, 2021 15:29    Sujet du message: Répondre en citant

JPBWEB a écrit:
Colonel Gaunt a écrit:
le poireau a écrit:
Juste pour préciser : Model n'est pas prussien mais saxon. Il n'appartient pas à l’aristocratie militaire prussienne traditionnelle, l'une des raisons pour lesquelles le Führer l'apprécie... et ses pairs beaucoup moins !
!

Ce n'est pas pour lancer un débat, mais de la Saxe Prussienne et non pas du royaume de Saxe. Donc on peut dire qu'il a été élevé selon les idéaux prussiens de l'époque.


Model était certes originaire de Saxe Prussienne, c'est a dire des territoires arraches au royaume de Saxe en 1815, plutôt que de la vieille Prusse historique, mais ce qui plaisait surtout a Hitler et déplaisait a ses pairs, c'est son engagement inconditionnel dans le national-socialisme et sa fidélité inconditionnelle au Führer. De plus, Model était un personnage particulièrement déplaisant, imbu de lui-même et toujours prompt a médire sur le compte de ses rivaux.

Son suicide en 1945 est dans la droite ligne du personnage, de même que la précaution qu’il prit de détruire ses papiers personnels, mais on ne peut lui contester une exceptionnelle maitrise opérationnelle sinon stratégique.


Pour en terminer avec ce sujet : au vu de l'étendue de la Prusse après 1871, techniquement les rhénans aussi sont des prussiens ! Difficile pourtant de les assimiler aux junkers !

Ce qu'il faut surtout considérer c'est que Model n'appartenait pas à cette aristocratie militaire prussienne qui trustait encore une bonne partie des postes de commandement dans la Wehrmacht ; et dont des gens comme Runsdtedt ou Manstein sont de parfaits représentants.

Ces origines plus "populaires" plaisaient au Fuhrer. Mais bien évidemment chez Model il faut y ajouter sa détermination, son habilité, sa dureté, son national-socialisme affiché (qu'il fusse de conviction ou opportuniste) et son absence totale de scrupules !

L'homme est sans l'ombre d'un doute un militaire remarquable (Jean Lopez le tient pour le meilleur général allemand de la seconde moitié de la guerre), mais c'est aussi un beau FDP !
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“Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit : à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit” (Napoléon)
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Volkmar



Inscrit le: 12 Oct 2017
Messages: 146

MessagePosté le: Mar Oct 12, 2021 17:57    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Just Volkmar c est Kemft.


Gnagnagna il manque un L.

Sinon, du coup, c'est tout le paragraphe lié à Loutsk-Kovel où Harpe a remplacé Kempf
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demolitiondan



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Messages: 5231
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MessagePosté le: Mar Oct 12, 2021 19:51    Sujet du message: Répondre en citant

Noté - ben oui Poireau, toute argutie géographique mise à part, c'est aussi ainsi que je le représente non ?
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 11860
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MessagePosté le: Mar Oct 12, 2021 20:53    Sujet du message: Répondre en citant

20 février
Opération Neptun
Le Hollandais volant
Région de Lida et Navahroudak
– La contre-offensive Neptun de la Wehrmacht tente de prendre de la vitesse. C’est logique : vus de Rastenburg, les récents et toujours plus graves déboires du HG NordUkraine ne font que rendre plus urgente son indispensable réussite.
Problème pour les Allemands : il fait vraiment très beau aujourd’hui en Biélorussie. Et la 2e Armée Aérienne du général Naumenko jette tout son poids dans la balance, vigoureusement relancée par un Joukov encore perplexe quant aux motivations allemandes, mais redoutant les moyens dont la Heer pourrait disposer. Le Soviétique a raison de s’inquiéter : les XL. PanzerKorps (Eberhard Rodt) et XLVI. PanzerKorps (Franz Westhoven) ont passé Skidal, à l’est d’Hordna. Roulant le plus vite possible sur des routes défoncées, trois divisions blindées et deux d’infanterie arriveront demain matin à Bielica et dans la région de Lida. Certes, ces troupes seront éprouvées par le long chemin parcouru – mais elles représentent un apport non négligeable pour la 4. PanzerArmee, qui lui permettra peut-être de faire pencher la balance. Circonstance aggravante : elles ne sont pas repérées par les VVS, dont les reconnaissances recherchent logiquement les réserves blindées ennemies bien plus près du front.
Mais pour l’heure, l’infanterie du LXIII. ArmeeKorps d’Ernst Dehner n’est appuyée que par la 10. Panzergrenadier (August Schmidt) et le 501. schw. Pz Abt (Major Erich Löwe), qui ont passé le Niémen dans la nuit. Depuis Naharodavičy, la 304. ID (Ernst Sieler) achève de percer des lignes soviétiques toujours trop étirées pour s’engager enfin dans la plaine de Dziatlava. Plusieurs villages tombent autour de cette ville-carrefour : Pahiry, Žukovŝina, Norcevičy… Pendant que l’infanterie va au charbon pour s’en emparer, Schmidt et Löwe entreprennent de contourner par le nord l’inévitable bouchon pour obliquer vers Novajaĺnia.
Les panzers se heurtent alors à une violente contre-attaque des régiments blindés de Kuzma Galitsky, dont la 2e Armée de Choc a entrepris de pivoter vers sa droite afin de recevoir l’ennemi et assister la 3e Garde de Zakharkine. La présence de troupes fraîches bolcheviques si près du Niémen est une énième désagréable surprise pour von der Chevallerie, qui n’a pour l’heure rien à jeter dans la bataille afin de surenchérir ! Pour ne pas risquer d’être coupés de leurs bases, les panzers doivent faire demi-tour… Et au soir, on se bat toujours autour de Dziatlava, sur un front fluctuant selon les heures, les bois et les reliefs, mais suivant en gros une ligne Razvaža-Dziatlava-Viedravičy.
A la fin de ce deuxième jour, Neptun prend donc déjà du retard ! Surtout que, faute de soutien, la 290. ID (Gerhard Henke) avance toujours prudemment. Elle s’empare de Vsieliub, ayant progressé de 18 kilomètres en deux jours face à un adversaire pourtant inférieur en nombre, quoiqu’en train de se renforcer…
………
QG du 1er Front Biélorusse (Vilnius) – Dans leurs nouveaux locaux, proches du front lituaniens mais éloignés du lieu des affrontements – à 125 kilomètres de là, en Biélorussie – Gueorgui Joukov et Vassili Sokolovski ont toujours du mal à comprendre où les Fascistes veulent en venir, au juste… L’aile gauche du HG Mitte attaque en terrain difficile, avec des moyens d’évidence limités, dans une zone sans valeur stratégique, et alors que son aile droite subit les assauts du 2e Front Biélorusse de Konstantin Rokossovki ! Le Reich a-t-il une si piètre opinion de ses adversaires qu’il s’imagine ainsi pouvoir les envelopper ? Ou cette action n’est-elle qu’une pathétique tentative non planifiée d’alléger la pression sur des positions proches de l’effondrement ?
Joukov sait parfaitement que les forces de son Front sont épuisées par la succession quasi-ininterrompue d’offensives ordonnées depuis le 17 janvier dernier. Et il sait aussi qu’il n’a plus le droit à l’erreur, étant désormais plus que jamais surveillé par Moscou après son dernier accès d’agacement devant Kaunas. Ce rude cavalier n’est pas particulièrement joueur – pourtant, il pressent qu’il y a quelque chose à tirer de cette histoire, ne serait-ce que pour reprendre l’initiative. Les Fascistes n’ont plus autant de panzers qu’avant – et si ceux qui arrivent en Biélorussie venaient de Lituanie ? Il demande donc, en toute confidentialité, à Sokolovski d’étudier un projet d’offensive brusquée de la rive est du Niémen vers Marijampolė, destinée à se greffer à Vistule-Varsovie tout en couvrant son flanc droit. Une espèce de Šiauliai bis, qui achèverait de provoquer l’effondrement du Groupe d’Armées Centre fasciste et viserait à terme Königsberg. Evidemment, pour ce faire, il faudra que les Fronts de la Baltique collaborent – une gageure, vu les récents événements ! Dans ce but, le maréchal se prépare à plaider personnellement sa cause auprès de Moscou– donc de Staline évidemment.

Opération Vistule-Varsovie
La Walkyrie
Région de Baranavitchy
– Sur les rives de la Shara, le carnage continue. La 1. PanzerArmee de Josef Harpe, même renforcée de l’Armee Abteilung Neptun, a du mal, à affronter la pleine colère du 2e Front Biélorusse comme des VVS.
La 3e Armée de Choc a définitivement percé la Katastrophenlinie. Le Korps Abteilung F de Friedrich Hochbaum est rejeté vers l’ouest dans les bois de Maĺkovičy, tandis que la 387. ID de Werner von Eichstätt se retrouve coincée en plaine, vers Lanсavіčy et Mіliavіčy, s’accrochant encore à quelques couverts. Devant la faiblesse de l’opposition, Maksim Purkayev donne très civilement à son camarade Alexei Panfilov le signal du départ… Et le 7e Corps Blindé s’élance plein sud en direction de Zelva, dans l’espoir de couper l’une des trois routes reliant la 1. PzA au Gouvernement général. Or, Zelva n’est pas un simple carrefour : c’est aussi le lieu du QG du XXXIX. PanzerKorps (Otto Schünemann) – lequel tient tout le centre du dispositif allemand. Et pour la défendre, il n’y a rien hormis quelques éléments de la 221. SicherungDivision et les Hetzer du 236. StuG Abt (Major Rolf Brede), tenus là en réserve… Au soir, les T-34 ont déjà passé le croisement de Dziarečyn et foncent vers leur objectif, tandis que la Heer tente d’improviser une défense dans les bois de Dolgopolichi en attendant le retour de la 20. Panzer, qui doit frapper l’ennemi depuis l’arrière.
Fort heureusement pour Schünemann, au centre, la 15e Armée ne progresse toujours pas vraiment. Grigori Koulik fait montre comme de coutume d’une incompétence brouillonne à peu près totale. Certes, il avance – en face, l’adversaire se redéploie… Mais loin de profiter de l’occasion, le maréchal soviétique ne fait avancer ses troupes qu’après une minutieuse et inutile préparation d’artillerie. Bref, il perd du temps. Staraya Golynka et la route Masty-Slonim sont prises – il a donc fallu trois jours pour faire 13 kilomètres.
Du côté de Slonim, faute d’effectifs, et afin d’éviter un encerclement fatal dans les ruines de la ville, Eberhard Kinzel commence à extraire des gravats sa 337. ID pour la repositionner en arrière de la localité, selon un arc de cercle Vorob’i–Tushevichi. Evidemment, c’est reculer pour mieux sauter. Mais Kinzel espère que la 4e Armée de la Garde mettra du temps à traverser les décombres… et il prie pour que, d’ici là, ses voisins aient repoussé l’ennemi. Pour Ivan Muzychenko, malgré les ruines, les tireurs embusqués et les mines, la rive de la Shara est donc désormais réputée dégagée sur 12 kilomètres de long et 3 de large.
A sa gauche, dans la région de Čemiely, la 29e Armée arrive enfin au cœur de la bataille. Sous un orage de Sturmovik, elle repousse brutalement la 227. ID (Friedrich von Scotti) de Kozina jusqu’à Kozel. Trois kilomètres à peine… mais c’est assez pour couper la route de Slonim, contraignant Martin Unrein à déployer là sa 18. Panzer et le 905. StuG Abt (Major Jobst Veit Braun). La 3. SS-Panzer Totenkopf (Hermann Priess) assistée du 203. StuG Abt (Hauptmann Gerhard Behnke) font toujours face à la 54e Armée, tandis que la 23. Panzer (Nikolaus von Vormann), chaque jour plus émoussée, couvre le flanc… C’est l’appel d’air que Rokossovski et Serguei Roginski attendaient – après deux jours d’assaut aussi sanglants qu’infructueux, leurs troupes réussissent enfin à dégager une tête de pont vers Mahilicy et à s’y cramponner pour la nuit.
………
Région de Volodymyr-Volynsky – Froid, sec et vivifiant. Un beau temps digne de l’hiver russe illumine les plaines d’Ukraine, faisant scintiller au soleil la neige et le gel collé aux chenilles des T-34 du 3e Front Biélorusse. Et pour Rodion Malinovski, ce sont les victoires qui étincellent et s’enchaînent…
Jaillissant d’Oustylouh et repoussant des groupes improvisés tantôt courageux, tantôt tremblants de terreur, le 5e Corps Blindé (Semyon Krivoshein) s’empare de Teratyn et poursuit vers Chelm avec la 4e Armée de Choc (Ivan Maslennikov) dans son sillage. Quant à la 4e Armée de Chars de Dimitri Lelioushenko, elle a fini de passer le Niémen et taille désormais tout droit vers Zamość, suivie de la 5e Armée (Mikhaïl Potapov).
Sur le flanc droit, la 37e Armée de Vasily Chuikov vient d’être rattachée au 3e Front Biélorusse. Elle passe la Kuriya à Touriïsk pour progresser vers Liouboml – donc vers Chelm – couvrant ainsi Krivoshein dans sa course folle vers l’ouest. Profitant encore une fois des temps de transfert pour interroger les hommes dans les rangs, Vassily Grossman se rapproche de cette fameuse 393e Division de Fusiliers, dont on a beaucoup parlé à Loutsk.
« La 393e Division est commandée par le colonel Zinoviev. Ce Héros de l’Union soviétique est né en 1905 dans une famille de paysans : « Je suis un moujik » dit-il lui-même. En 1927, il rejoignit l’Armée Rouge et servit d’abord en Asie Centrale, dans les gardes-frontière. Pendant la campagne finnoise, il commandait une compagnie. Cinquante-sept jours durant, il resta encerclé. C’est là qu’il fut nommé Héros de l’Union Soviétique.
« Le plus terrible, avec les Finlandais, c’est quand ils rampent. Tu leur tires dessus à la mitrailleuse, tu leur tires dessus au mortier, tu leur tires dessus avec l’artillerie, et eux, ils rampent, ils rampent, ils rampent ! Moi, désormais, je demande la même chose à mes soldats : rampez ! »
Il sort de l’Académie [Frunze], mais il a du mal à s’exprimer. Il hésite, il se trouble et ressent sa simplicité comme une gêne. Mais il n’hésite plus quand il parle de ses hommes.
« Le personnage clé à la guerre, c’est le soldat de l’Armée Rouge, dit Zinoviev, car lui, il met sa vie en jeu, lui, il dort dans la neige par un froid de moins 35°. Or donner sa vie n’est pas si facile, tout le monde a envie de vivre, et les héros aussi ont envie de vivre. L’autorité, il faut la gagner par un échange de tous les jours avec les soldats, par une discussion de tous les jours. Avec les soldats, il faut discuter, chanter, danser. Mais l’autorité que détient celui qui commande ne doit pas être quelconque, elle doit être de qualité. Ça, c’est le service sur la frontière qui me l’a appris. Celui qui combat doit non seulement connaître le but fixé, il doit aussi le comprendre. Lorsque le soldat y croit, il fera tout ce qu’il y a à faire et mettra sa vie en jeu. Le village doit être occupé, la route doit être coupée. Je le sais : ils l’occuperont, ils la couperont. »
La 393e, c’est une division de mineurs. Rien que des mineurs du Donbass, tous volontaires. Les Allemands l’appellent la “Division noire”. Ces mineurs-soldats ne voulaient pas reculer. « Nous ne laisserons pas un seul Fasciste aller au-delà du Dniepr ! » Ils appellent leur commandant de division « Notre Tchapaev (33) ».
Durant les premiers combats de l’invasion, cent blindés allemands attaquèrent la division et les mineurs repoussèrent l’attaque. Lorsque l’adversaire ouvrit une brèche dans le flanc de la division, Zinoviev se précipita à cheval devant la première ligne en criant « Mineurs en avant ! » Et les soldats de l’Armée Rouge répondirent : « Les mineurs ne reculent pas ! » Ces combattants n’ont pas peur des blindés : « Au fond de la mine, c’est bien plus effrayant ! » disent-ils. »

Sans aucun doute. Toutefois – et ces braves mineurs soviétiques l’ignorent tout autant que leurs adversaires – mais devant eux, le I. SS-PanzerKorps de Sepp Dietrich a fini de débarquer de ses trains et progresse désormais de Lublin vers Krasnystaw (donc dans le secteur entre Chelm et Zamość) avec une prudence issue des multiples informations contradictoires qu’il reçoit…
Quant à l’aile gauche soviétique, elle continue de bousculer les défenses allemandes au nord-est de Sokal et poursuit vers les Basses-Carpathes, avec Rzeszów en ligne de mire. Le 11e Corps Mécanisé (Viktor Obukhov) est à Telatyn, la 50e Armée (Konstantin Golubev) un peu derrière à Poturzyn. Et les autres formations du secteur passent à Lytovezh et Kryłów, pour déferler elles aussi. Ce faisant, elles se dirigent aussi vers une localité dont, pour l’heure, le monde entier ignore l’existence : Bełżec.

Opération Lvov-Kovel
La lance de Wotan
Région de Loutsk et Kovel (nord de l’Ukraine)
– La 6. Armee, dont le dispositif sur le Styr a été renversé la veille par la percée du 7e Corps Mécanisé, tente désormais de défendre la Stokhid – soit la gauche de la 3. PanzerArmee – en mettant à profit le terrain pour un énième combat retardateur.
La 389. ID (Walter Hahm) court dans la forêt jusqu’à Prylisne (traversant ainsi la route Lioubechiv-Loutsk, principale voie de remontée vers le nord), poursuivie par la 61e Armée. Quant à la 218. ID (Viktor Lang), elle glisse de Lisove jusqu’à Manevychi, ayant renoncé à défendre les bois face aux multiples infiltrations d’Ivan Tutarinov, dont les méthodes cosaques trouvent ici une nouvelle mise en application. Dans ce chaos, le XVII. ArmeeKorps accueille un nouveau commandant : le Generalleutnant Dr. Franz Beyer, un marin (34) (!) passé dans la police militaire puis dans l’infanterie. Colonel doué ayant suivi récemment les cours de commandement de la Heer – on a grand besoin d’une nouvelle génération de généraux ! – Beyer constate, sitôt arrivé, que son dispositif ne tient pas : la 389. ID est dangereusement isolée au nord, tandis qu’au sud, la 218. ID ne saurait tout défendre face à une force blindée supérieure. Et surtout, entre les deux, il y a un vide de 10 kilomètres ! Pourtant, ses troupes vont devoir rester sur place et subir, ne serait-ce que pour aider leurs camarades…
En effet, les défenseurs de la ligne Huta-Lisivs’ka–Kam’yanukha – la 78. Sturm-Division (Hans Traut), la 4. Luftwaffen-Feld-Division (Hans Sauerbrey) et la 377. ID (Arnold Szelinski) – ne représentent plus au total qu’une grosse division à peine. Or, ils font désormais face à un nouvel assaut brutal de la 65e Armée. Ivan Boldine a la place de manœuvrer et il est vexé de ses revers des deux jours derniers. Il commence donc par matraquer sévèrement avec l’aviation et l’artillerie des troupes auxquelles Rastenburg a interdit de reculer ! Evidemment, les pertes sont sensibles… Cependant, sur la droite, les 368. ID et 331. ID se mettent en place. Ce fait, ainsi qu’un recul plus général de Roznychi vers Rudka, libère la 79. ID (Richard von Schwerin), qui peut enfin aller soutenir ces obstinés défenseurs. L’attaque soviétique est globalement infructueuse ; l’Armée Rouge ne progressera pas plus aujourd’hui qu’hier sur la route ravagée de Kovel.
Par contre, cette même route est peut-être déjà menacée par le sud. A Borshchivka et Novyi Mosyr, le 20e Corps Blindé a finalement réussi à déborder la 9. ID (Siegmund von Schleinitz) et le 210. StuG Abt (Major Herbert Sichelschmidt). Ceux-ci auront tout de même tenu presque trois jours face à un adversaire très supérieur en nombre… Ils ne peuvent plus que se replier vers les bois aux environs de Kryvlyn pour improviser une nouvelle ligne de défense. En priant pour que les engins de Pavel Poluboiarov n’exploitent pas immédiatement vers eux !
De fait, ce n’est pas le but du Soviétique : il file bien plus volontiers vers Volya-Lyubytivs’ka, menaçant de la sorte toute l’aile gauche de la 3. PanzerArmee, soit la 81. ID (Erich Schopper) et la 246. ID (Wilhelm Falley). Celles-ci luttent toujours contre la 1ère Armée de Choc (Andrei Vlassov) et le 19e Corps Blindé (Ivan Vasilev) à Honchyi Brid, mais doivent donc se retirer soudainement vers le nord, Lyubytiv et Vorona, pour ne pas se retrouver encerclés puis broyés. Elles y arriveront… mais pas sans pertes.
Les 81. et 246. ID rejoignent ainsi le XLVII. PanzerKorps (Erhard Raus), qui fait toujours face avec difficulté à la 2e Armée de Chars de Sergei Bogdanov. Celle-ci continue bien sûr de pousser… mais commence à montrer quelques signes de faiblesses. S’engageant dans les bois de Zelena pour menacer directement Kovel par le sud, elle ne s’empare aujourd’hui que de Vorona – la dispersion, la fatigue et l’usure commencent décidément à peser.
Mais de toute façon, l’essentiel n’est plus là : dans une Kovel en ruines et soumise au feu du ciel, la 3. PanzerArmee se bat désormais ouvertement pour sa survie. Le 11e Corps Blindé est entré dans la ville, où il attend la 5e Armée de Choc d’Ivan Chernyakovsky, qui n’est plus qu’à 12 kilomètres. Vol’ka est tombé, et Vassily Alexeiev remonte la Kuriya sans finesse – quoiqu’en évitant le centre-ville – pour couper les Fascistes des ponts et de la route de Liouboml, en dépit des antichars embusqués dans les maisons comme des Stuka du III/SG.77 et du IV/SG.2 qui essaient de le ralentir. Face aux premiers, Alexeiev n’hésite pas – il fait démolir les façades du front de berge à grands coups de canon ! Quant aux seconds – les VVS s’en chargent.
A midi, la 38. ID d’Eberhardt) et la 39. ID de Löweneck (toutes deux du LII. AK de Hans-Karl von Scheele) atteignent Kovel. Elles sont suivies, vers 15h00, par les trois divisions d’infanterie du XXIV. PanzerKorps de Martin Wandel, qui semblent poursuivies par une nuée de Sturmovik, à peine gênés de temps à autre par un vol de Bf 109 prédateurs, piquant parfois parmi les avions d’assaut en s’efforçant d’éviter les patrouilles de MiG et de Yak…
L’arrivée de ces Landsers à bout de souffle sauve pour aujourd’hui la situation : saoulés de tirs de Pak 40 et d’antichars portables, assaillis par de téméraires porteurs de mines magnétiques, les T-34 du 11e CB s’arrêtent à moins de 2 kilomètres de Stantsiya Verbka, l’ultime pont tenu par les Fascistes. Et dans la soirée, quand la 5e Armée de Choc entre effectivement en ville, elle se heurte immédiatement aux divisions du XXIV. PanzerKorps. A défaut de compter le moindre blindé, les 167., 267. et 208. ID sont bien regroupées – et si elles ne sont ni fraiches ni retranchées, elles sont au moins encore à peu près intactes…
Kovel ne tombera pas – enfin, pas tout de suite. Il est d’autant plus urgent de prendre une décision concernant ce nouveau saillant totalement inutile. Et face à un Josef Harpe à bout de nerfs – peu aidé par un Maximilian De Angelis que le cours des événements a rendu complétement atone – Ferdinand Schörner, le national-socialiste, le soldat fanatique, l’authentique Allemand vanté par Hitler, ne peut guère que se retourner vers Rastenburg et son Guide. Pour l’instant, le GA Nord-Ukraine doit attendre les ordres !

Prolétaires aviateurs de tous les pays, unissez-vous !
« Le terrain principal ne sert plus que de base de repos. Le matin, on est dirigé vers un autre terrain, rudimentaire, situé à seulement cinq kilomètres du front, d’où s’envolent les patrouilles d’alerte. C’est de cette plateforme avancée qu’Albert, Lefèvre et Largeau partiront pour de nouveaux exploits. C’est d’elle aussi que Léon s’envolera pour sauver la vie de Foucaud, dont l’avion venait d’être touché très gravement : tout le pare-brise supérieur avait été arraché par une rafale de DCA. C’est également là que se produisit un événement qui devait nous endeuiller profondément.
Un matin, le commandant Albert était entré dans une zemlianka : « Astier et Rey, avait-il commandé, vous allez tous les deux partir pour l’ancien terrain de Babyn. Vous en rapporterez un pli urgent. Prenez le U2 [un biplan de liaison passe-partout, tenant à la fois du Caudron Luciole et du Potez 25]. Astier pilotera. Rey sera le navigateur. Faites attention aux lignes. Vous pourriez bien vous faire tirer. »
Vingt minutes après cette recommandation, Astier et Rey commettaient l’erreur fatale. Volant en rase-mottes, à 120 kilomètres à l’heure, le U2 passait au-dessus des positions ennemies et il était reçu par la Flak, qui s’en donnait à cœur-joie. Canons, mitrailleuses, fusils, tout y allait. En deux minutes, le pauvre U2 était transformé en passoire. Comment Astier arriva-t-il à faire demi-tour et, sous la grêle d’acier et de plomb, rallier en zigzaguant les lignes russes ? Personne, même pas lui, ne pourra jamais l’expliquer. Mais le fait est là. Plus les Fritz s’acharnaient sur lui et plus l’U2 mettait un point d’honneur à tenir toujours en l’air. Mais dans le poste, derrière Astier, il n’y avait plus qu’un cadavre déchiqueté, celui de Rey, criblé de balles. Un éclat lui avait fait sauter la boîte crânienne. Et Astier, après avoir atterri à Lutsk et s’être fait panser, revint au groupe sans avoir voulu se séparer de son camarade affreusement mutilé, dans un poste tapissé de sang, de chair et de cervelle.
Atroce vision. Astier était muet. On tenta, dans un geste de galanterie un peu puéril, d’éloigner le sergent Komarov – sans succès évidemment. Les dernières missions rentrées, six pilotes portèrent un cercueil de bois blanc hâtivement assemblé dans une fosse que les soldats russes venaient à peine de creuser. Lorsque le soleil disparut, plus pourpre que les incendies, un salve d’honneur claqua dans l’étrange silence qui règne dans la plaine à l’approche de la nuit. Dernier hommage. Ultime adieu. Ce 20 février 1944, voici qu’encore un des nôtres dormait de son dernier sommeil en cette terre si meurtrie d’Ukraine.
Il fut bien vengé le lendemain. »

(Cap. F. de Geoffre, Escadre Franche-Comté/Vistule, Charles Corlet éd. 1952, rééd. 1996)

Craquements
Région de Lvov (sud de l’Ukraine)
– Le 3e Front Ukrainien se rabat toujours davantage vers Lvov, profitant de la fragmentation extrême du HG SudUkraine – qui ne peut plus guère envoyer de renforts vers le nord.
Sur l’aile droite, la 26e Armée continue de passer le Boug et contourne Tchervonohrad – où le 8e Corps Mécanisé traverse – pour atteindre le carrefour de Belz, bien plus retardée par la logistique que par les quelques réactions de la 8. Panzer. Celle-ci a décroché d’Ostriv au matin ; elle est maintenant matraquée par les tubes de Vladimir Baskakov, les bombes des VVS… et les ordres d’Hermann Balck, ulcéré par la pusillanimité de Werner Friebe. Ce dernier ne semble décidément pas parvenir à s’adapter au rythme des opérations. A sa décharge, prendre le commandement d’une unité isolée, en infériorité numérique et au beau milieu d’une offensive ennemie n’est peut-être pas la plus tendre des écoles. Ceci étant, Friebe a bel et bien réussi à se replier dans les bois de Kulychkiv, en attendant les renforts venus du sud. C’est déjà ça…
Ces renforts ne sont plus très loin… Venant de Dobrotvir, la 6. Panzer (Rudolf von Waldenfels) et le 311. StuG Abt (Hauptmann Karl-Ludwig von Schönau) sont déjà à Hirnyk, après avoir passé la petite Rata à Velyki Mosty, espérant ainsi fermer la route Tchervonohrad-Lvov et stabiliser l’aile gauche de la 8. Armee. Mais pour que cela fonctionne, encore faut-il que le centre tienne ! Dobrotvir est déjà tombée aux mains de la 5e Armée de la Garde… Vyacheslav Tsvetaev, qui tient à démontrer au NKVD à quel point ils ont eu tort de l’accuser d’espionnage au profit des Allemands en 1939, relance sans attendre face à la 7. Panzer de Gottfried Frölich, aux restes de 223. ID (Friedrich Fangohr) ainsi qu’à quelques engins du 232. StuG Abt (Hauptmann Paul Franke). Mais les frontovikis commencent eux aussi à fatiguer un peu… et les Allemands bénéficient d’un terrain favorable, les bois formant cuvette autour de leur point de passage. On se bat donc toute la journée partout autour de Dobrotvir, dans des villages insignifiants – Stryhanka, Koshakivs’ki, Perekalky… Derrière, le 3e Corps Blindé de Vasily Badanov se rallie pour passer.
Sur la droite de la 8. Armee, la GrossDeutschland, toujours esseulée, doit finalement céder 5 kilomètres face à la 9e Armée de la Garde. Elle se replie sur un nouvel axe, Staryi Mylyatyn-Kutkir (bordant la voie ferrée menant à Lvov). Malgré leur fanatisme et la Deutschqualität de leurs Panther, Walter Hörnlein et ses hommes commencent vraiment à être quelque peu débordés sous le tonnerre des tubes rouges… Et derrière l’infanterie, le 1er Corps Blindé de Porfiry Chanchibadze se prépare déjà à repartir !


Notes
33- Vasili Ivanovitch Tchapaev (1887-1919), héros de l’Armée Rouge célèbre pour avoir défendu la ligne du fleuve Oural durant la guerre civile avant de se noyer en tentant de traverser les eaux à la nage, une balle dans l’épaule. Son nom a été donné à un croiseur lourd moderne, le premier de sa classe.
34- Il a notamment servi en tant qu’officier dans la Hochseeflotte, sur les Westfalen et Ostfriesland.
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loic
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MessagePosté le: Mar Oct 12, 2021 21:24    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Malgré leur fanatisme et la Deutschqualität de leurs Panther

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Etienne



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MessagePosté le: Mer Oct 13, 2021 07:02    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Lorsque le soleil disparut, plus pourpre que les incendies, un salve d’honneur claqua dans l’étrange silence qui règne dans la plaine à l’approche de la nuit. Dernier hommage. Ultime adieu

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Finen



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MessagePosté le: Mer Oct 13, 2021 12:41    Sujet du message: Répondre en citant

un slave d’honneur?

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Oct 14, 2021 00:29    Sujet du message: Répondre en citant

21 février
Opération Neptun
Le Hollandais volant
Région de Lida et Navahroudak (secteur du 1er Front Biélorusse)
– Le XL. PanzerKorps (Eberhard Rodt) et le XXII. PanzerKorps (Franz Westhoven) arrivent enfin dans la zone de Neptun Nord. Ces deux corps représentent tout de même trois PanzerDivisions, un StuG Abteilung et deux divisions d’infanterie – lesquelles-ci ont toutefois été réduites à moins de 50 % de leurs effectifs par les combats récents près de Vilnius puis de Kaunas. Quant aux unités blindées, elles paraissent impressionnantes, mais elles sont aussi bien fatiguées… On le serait à moins : après une première série d’affrontements, elles viennent quand même de faire 275 kilomètres de transfert par des routes froides et hostiles !
Model le sait bien – toutefois, il n’a pas le choix et ordonne sans attendre à Kurt von der Chevallerie de lancer toutes ses troupes sur les arrières de la 304. ID, qui paraît proche de percer. La 290. ID est beaucoup plus loin… elle devra donc se débrouiller seule, en espérant qu’elle puisse faire jonction avec Neptun Sud ! Eberhard Rodt obtient toutefois de son chef un délai de grâce de 24 heures pour son infanterie – faute de moyens motorisés (ils se font de plus en plus rares dans la Heer !) et du fait des pertes subies, la 123. ID (Louis Tronnier) et la 253. ID (Hans Junck) ne sont absolument pas en état de reprendre immédiatement l’offensive. En vérité, elles sont à peine aptes à défendre les rives du Niémen ! C’est toujours ça… Néanmoins, Leopard, Panzer IV, StuG et Jadgpanzer IV commencent à traverser le fleuve sans attendre, à hauteur de Bielica.
Devant, la situation devient confuse. Malgré le manque d’aviation dans l’après-midi – qui gêne aussi la Luftwaffe – la 2e Armée de Choc continue d’attaquer à l’est de Dziatlava. Kuzma Galitsky tente visiblement de couper en deux l’assaut fasciste en séparant la 10. PzGr (August Schmidt) et le 501. schw. Pz Abt (Major Erich Löwe), d’une part, de la 304. ID (Ernst Sieler), d’autre part. Pendant ce temps, la 3e Garde d’Ivan Zakharkine se charge de contrer les pointes les plus avancées depuis le nord-est, en venant de Navahroudak.
C’est dire si les tribulations de la 290. ID (Gerhard Henke), qui approche de Navahroudak par Bol’shie Karnyshi, n’inspirent pas grande inquiétude ! Les forces de couverture laissées en arrière par Zakharkine sont tout à fait aptes à gagner du temps face à cette formation esseulée. De même, la 371. ID (Hermann Niehoff) peut s’agiter tant qu’elle veut à Bucily – et même attaquer Goluby si ça lui chante – Galitsky n’a aucune crainte pour cette zone sans importance située en terrain difficile et sur les arrières d’une 3e Armée de Choc qui a déjà percé !
En résumé, les Soviétiques ont parfaitement compris où était le Schwerpunkt des Fascistes. Ils entreprennent donc à la fois de le pincer et de le bloquer. Pour l’instant, les panzergrenadiers contraints à la défensive tiennent bon – ils ne cèdent que quelques kilomètres jusqu’à Golovy et Narbutovichi tout en contestant vigoureusement le carrefour de Dziatlava, dont la 304. ID s’empare au bout de la nuit. Dans quel but, au juste ?
………
Rives du Niémen – Le nouveau LXI. AK de Ferdinand Neuling monte en ligne auprès de la 2. Armee. Sa 361. ID (Alfred Philippi) et sa 364. ID (Hermann Hähnle) vont se positionner dans la région d’Alytus, afin de renforcer une aile droite pour l’heure dangereusement exposée et, de surcroît, défendue exclusivement par les deux ErsatzDivisionen du LIII. ArmeeKorps de Friedrich Gollwitzer.
Cependant, si le LXI. AK a été littéralement ressuscité après Bagration, le général Hening von Tresckow – toujours seul à la tête de la 2. Armee à Kalvarija – se doute bien que ses deux divisions, composées de novices à peine entraînés, auront du mal à résister à une éventuelle offensive bolchevique déterminée dans ce secteur. Et pourtant, on vient de lui demander d’allonger ses lignes jusqu’à Varėna, afin d’aider la 4. PanzerArmee – soit 50 kilomètres de front en plus ! Décidément, dans le Reich de Mille Ans, on n’a rien sans rien…
………
Vilnius (QG du 1er Front Biélorusse) – Du côté de Gueorgui Joukov, les choses avancent. Son projet d’offensive engagerait deux armées (les 20e et 63e), deux formations mécanisées (le 10e CB et le Groupement Oslikovski), et (éventuellement) la 3e Armée de Chars pour exploiter – même après les pertes subies, elle vaut bien encore un gros corps mécanisé.
Le maréchal se propose donc de lancer sur l’ennemi une sorte de gros coup de sonde, pouvant peut-être se transformer en bien davantage et qui toucherait dans un premier temps les lignes de la 2. Armee à Prienai et Alystus. Seulement, cette fois-ci, foin de remontée vers Kaunas… les objectifs sont Marijampolė et Suwałki ! Sur la carte, les avantages de cette action sont triples : menacer d’enveloppement l’offensive fasciste du côté de Lida pour la contraindre au ralentissement voire à l’arrêt (1), couvrir le 2e Front Biélorusse de Rokossovski contre toute tentative de prise de flanc, enfin menacer la Prusse orientale, voire Königsberg.
Le dernier point est sans doute le plus spéculatif – il y a 235 kilomètres du Niémen jusqu’à la ville-forteresse ! Cependant, c’est celui que Joukov, qui connaît bien son Staline, envisage de mettre en avant. Le maréchal sait, par ses contacts à la Stavka, que le Vojd relance déjà tous les projets concernant la Prusse Orientale. Et chacun se doute, à Moscou, que Staline aimerait beaucoup s’emparer de ce territoire allemand avant l’inévitable conférence de paix avec les capitalistes.
Cependant, quels que soient les plans de chacun – qui peuvent, après tout, correspondre – il faut avant tout y mettre les moyens. Et pour cela, il est clair qu’on ne pourra rien faire sans le 2e Front de la Baltique de Meretskov. Aussi, plutôt que perdre son temps à discuter avec ce pénible personnage, Joukov prendra l’avion dès demain pour Moscou.

Opération Vistule-Varsovie
La Walkyrie
Région de Baranavitchy (secteur du 1er Front Biélorusse)
– Le temps bien moins favorable qu’hier (neige et -10°) ralentit évidemment l’offensive de Konstantin Rokossovski – mais pas autant que les Allemands l’espéraient.
Sur la droite, le 7e Corps Blindé atteint les bois de Dolgopolichi, et affronte brutalement –avant même le lever du soleil ! – le bouchon formé autour des Hetzer du 236. StuG Abt (major Rolf Brede), lequel tente de fermer la route de Zelva le temps que la 20. Panzer arrive. Les petits chasseurs de chars à toit plat, faciles à camoufler et équipés d’un excellent Pak 39 de 75/L48, sont une mauvaise surprise pour les T-34 d’Alexei Panfilov. Toutefois, ils sont peu nombreux et les Russes n’hésitent pas, tantôt à aller au contact pour les déborder et les débusquer en profitant de leur absence de tourelle, tantôt à écraser leurs positions sous les obus de l’artillerie mobile. Brede gagne cependant assez de temps pour permettre à Mortimer von Kessel d’arriver sur le flanc gauche du soviétique depuis la route de Staraya Golynka. Sa division n’a plus qu’une poignée d’engins, mais ce sont des Panzer IV, des Leopard et des JadgPanzer IV. Ils ne suffiront pas pour détruire tout un corps blindé, mais ils le forcent à stopper pour la nuit, en n’ayant gagné que 3 kilomètres.
L’intervention de la 20. Panzer n’a cependant rien réglé : Zelva est toujours menacée d’enveloppement par le nord, tandis qu’aucun renfort n’est en vue : l’infanterie (387. ID et KorpsAbteilung F) est à chaque heure davantage repoussée vers Pieski ou Samujlavičy Doĺnyja, pourchassée par la 3e Armée de Choc. La 387. ID en perd son chef, Werner von Eichstätt, tué par un obus.
Au centre, loin de profiter de l’occasion, la 15e Armée continue de s’enferrer. Au lieu de tailler droit vers Zelva et d’assister Panfilov comme la doctrine l’y obligerait, Grigori Koulik entreprend d’envoyer l’équivalent d’un corps d’infanterie sur sa gauche, afin d’aider la 4e Armée de la Garde autour Slonim. Sauf que personne ne lui a rien demandé et qu’il disperse ainsi ses forces, en perdant un temps précieux : au soir, on n’est qu’à Sniežnaja, en n’ayant progressé que de 5 kilomètres à peine sur les talons de von Kessel. Et on se perd dans la plaine en direction de la route Slonim-Zelva à Revtovichi, voire à Chadzievičy, sans être à aucun endroit assez fort pour peser. A son QG, Rokossovski, agacé, maugrée en songeant qu’il aurait dû protester contre l’affectation de Koulik à son Front… et se rappelle les propos que le défunt Vatoutine lui avait un jour tenus à propos de ce maréchal : « Chaque fois que je pense à Koulik, j’ai un sentiment d’amertume. Au début de la guerre, il a rempli sans aucun succès des tâches d’état-major, puis a commandé tout aussi mal chacune des formations qui lui ont été confiées. En raison de ses défauts, il ne jouissait pas du respect de ses troupes et ne savait pas comment organiser leurs actions. » Mais il est un peu tard pour s’en rendre compte !
Autour de Slonim, Ivan Muzychenko, lui, s’est au contraire regroupé pour percer au plus vite. Selon lui, il n’est qu’un seul axe qui vaille : la route directe vers Ružany. Face à lui, la pauvre 337. ID d’Eberhard Kinzel a évidemment anticipé – notamment en confiant tout son flanc droit jusqu’à Žyrovičy à la 336. ID (Walther Lucht). Mais le coup n’en reste pas moins rude ! Et si Muzychenko ne perce certes pas encore, il gagne 3 kilomètres et demi, s’empare de Derevyanchitsy et menace Sokolovo. La rupture paraît imminente…
Enfin, au bout de l’aile gauche de Rokossovski, l’Armee-Abteilung Neptun continue de ferrailler avec succès face à la 29e Armée et à la 54e Armée – qui ne progressent pas beaucoup aujourd’hui, hormis vers le nord, en direction de Slonim et de Mironim. Toutefois, ce succès défensif est peu satisfaisant pour Josef Harpe. Comprenant le danger qu’il court ainsi à laisser sa gauche s’effondrer sans réagir, il demande à Model l’autorisation de redéployer l’Armee-Abt Neptun sur une ligne Karalin-Ivatsevitchy, afin de permettre au XXXIX. PanzerKorps (Otto Schünemann) de glisser vers le nord pour défendre la région de Vawkavysk en lieu et place du XII. ArmeeKorps (Edgar Röhricht), visiblement en voie de destruction. Refusé pour l’heure ! Neptun Sud est déjà sur la défensive alors qu’il est censé attaquer – Rastenburg n’acceptera jamais cette manœuvre. Enfin, pas tout de suite.
………
Région de Volodymyr-Volynskyï (secteur du 3e Front Biélorusse) – Partant de Touriïsk, malgré un froid sibérien, la 37e Armée de Vasily Chuikov s’empare presque sans coup férir de Loukiv (que les Polonais s’obstinent à appeler Matsiev). Elle poursuit immédiatement vers Liouboml, qui devrait être atteinte demain, car il n’y a personne en face – du moins, c’est ce que pense le Soviétique.
Pourtant, il y a du monde dans la plaine polonaise ! La preuve : en fin d’après-midi, au milieu de nulle part, dans la région de Skierbieszów, le I. SS-PanzerKorps de Sepp Dietrich entre en collision un peu par hasard avec l’aile droite de la 4e Armée de Chars, formée par le 22e Corps Blindé (Fedor Volkov). Celui-ci se voit brutalement corrigé par la 2. Panzer-SS Das Reich, renforcée des Tiger du 101. SS schw Pz Abt qui, en terrain découvert, font un véritable carnage de T-34. Et encore : sans les VVS, le bilan aurait pu être encore pire ! Prévenues tardivement de l’arrivée des Fascistes, celles-ci ont néanmoins pu lancer des vagues d’Il-2 à l’assaut des panzers et des semi-chenillés, pour un résultat appréciable sinon décisif. N’empêche ! Dimitri Lelioushenko, qui se voyait déjà entrer dans Zamość avant la nuit (il aurait donc progressé de 40 kilomètres en une journée !) est obligé de faire pivoter sa pointe – le 5e Corps Blindé de la Garde Jitomir (Vladimir Zhdanov) pour aller assister Volkov. Il laisse au seul 5e Corps Mécanisé (Ivan Sukhov), sur sa gauche, le soin de poursuivre.
Pas de chance pour Zhdanov : à la tombée de la nuit, il se heurte près de Dębowiec à la 1. Panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, accompagnée du 101. SS schw. Pz Abt. Croix noires et étoiles rouges sur des engins blancs sales dansant sous les premiers flocons d’une chute de neige… Le spectacle serait presque poétique ! Sur le terrain, la concentration initiale des Schutzstaffel, la supériorité des optiques germaniques et la qualité du nouveau matériel allemand – notamment des Panther, qui font désormais jeu égal avec les T-34/85 – font que l’affrontement tourne d’emblée à l’avantage des SS. La nuit évite un nouveau désastre.
Lelioushenko est ainsi obligé de retirer ses deux corps blindés sur une ligne Szopinek – Żuków, face au nord, alors qu’il était sur le point d’atteindre son premier objectif ! Frustration, inquiétude… Pourtant, le Soviétique est loin d’être seul ! Derrière lui, à Werbkowice, la 5e Armée de Mikhaïl Potapov arrive, le couvrant déjà contre tout risque d’enveloppement. Et sur la gauche de Dietrich, le 5e Corps Blindé (Semyon Krivoshein), désormais parfaitement informé de la situation, oblique de Białopole vers Sielec, passant donc au sud de Chelm pour mieux surprendre l’ennemi. Au reste, Krivosheim est lui-même couvert par la 4e Armée de Choc (Ivan Maslennikov), qui progresse sur sa gauche vers l’ouest, entre Wólka Leszczańska et Feliksów.
Côté allemand, la journée laisse une impression… mitigée. Bien sûr, on est content d’avoir si rudement remis à leur place ces sous-hommes… mais il n’a échappé à personne que ceux-ci étaient bien plus avancés et bien plus nombreux que prévu. Aussi, à son grand regret, le SS-OberstGruppenführer Sepp Dietrich se voit contraint d’envoyer à ses chefs un rapport “mi-figue, mi-raison” indiquant que les Slaves sont certes contenus, mais aussi qu’ils sont déjà là, et en force. Son SS-PanzerKorps ne suffira « peut-être pas » à les arrêter tout à fait…
De fait, Dietrich l’ignore mais, sur l’aide gauche de Malinovksi (donc devant lui et sur sa droite), le 11e Corps Mécanisé (Viktor Obukhov) continue de tailler droit jusqu’à Rachanie, couvert par la 50e Armée (Konstantin Golubev) à Łaszczów. Tomaszów-Lubelski tombera sans doute bientôt, et les communications entre Lublin et Lvov seront coupées. Et s’il n’y avait que ce corps et cette armée ! Derrière, la 8e Armée de la Garde (S.G. Trofimenko), la 60e Armée (I.G. Kreyzer) et le 2e Corps de Cavalerie (A.G. Selivanov) se déploient dans les régions de Przewale et d’Ulhówek, autant pour combler les vides que pour saturer les éventuelles défenses de l’Ostheer.
Le message de Dietrich est cependant accueilli avec scepticisme à Rastenburg. Les Rouges ne peuvent pas avoir encore autant de troupes à insérer dans la brèche ! Pas avec l’intensité des opérations en cours en Ukraine et Biélorussie, non ! Dietrich a sans aucun doute simplement frappé la pointe d’une force soviétique trop avancée, claquant ainsi au nez des Soviets la porte du Gouvernement général. Précisément ce qu’on lui a demandé – la SS, toujours aussi fiable ! Toutefois, quelques officiers d’état-major notent tout de même qu’il faudra dès demain matin envoyer autant d’avions de reconnaissance que possible entre Lublin et Lvov…
Et pendant ce temps, quelque part sur la route de Liouboml, Vassily Grossman prend encore le temps de dresser quelques-uns de ces portraits dont il a le secret…
« Le commandant de régiment Savinov, un superbe visage russe. Des yeux bleus, un hâle tirant sur le rouge. Sur son casque, un impact de balle. Savinov : « Sous le choc de la balle, je suis devenu comme ivre. Je suis resté étendu, inconscient, pendant un quart d’heure. Les Allemands m’avaient fait boire jusqu’à l’ivresse ! »
Quelques civils, aussi, rencontrés dans l’un ou l’autre village traversé. « Les espions. Un garçon de douze ans, qui avait identifié les états-majors [allemands] d’après les fils téléphoniques, les coiffeurs, les cuisiniers, les messagers. Une femme à laquelle les Allemands avaient dit « Si tu n’y va pas [espionner les mouvements locaux] et si tu ne reviens pas, nous fusillerons tes deux filles. » Tant d’autres… »


Tankiste (Evgueni Bessonov)
Jeux interdits

« “Ou est Andrei ? Vous avez vu Andrei ?” Cette question, je la pose depuis une heure à presque tout le camp, en évitant toutefois évidemment les informateurs et autres membres de l’Osoby Otdel (2) qui pourraient vouloir mettre leur casquette dans mes affaires. On ne l’a pas vu de la journée, et pourtant on a besoin de lui pour nettoyer le canon. Il n’a pas pu déserter – non ! Ce n’est pas dans sa nature, et puis je crois assez en notre amitié pour escompter qu’il n’ait pas un seul instant envisagé de me mettre dans de pareils ennuis.
La solution, je la trouverai grâce à mon intuition, dans le parc à camions. Dans un engin en panne qui traînait au fond de la forêt boueuse, visiblement abandonné et pourtant assez chargé… “Allez, descend de là, Andrei !” La porte côté passager s’ouvre lentement, tandis qu’une silhouette descend en trombe côté conducteur, pour s’éloigner chaussures à la main. “Tu aurais pu lui dire de remettre ses bottes, c’est pas moi qui allait la dénoncer, ta Polina !” La cigarette au bec, les cheveux en bataille, notre pointeur a l’air fier de lui, peut-être même amoureux, allez savoir ! “C’est la timidité, camarade capitaine. Et puis, dans la soirée, leur sergente les fait surveiller.” Pas mon problème, au boulot ! »

(Tankiste ! – Jusqu’au cœur du Reich avec l’Armée Rouge, Evgueni Bessonov, Skyhorse 2017)

Opération Lvov-Kovel
La lance de Wotan
Région de Loutsk et Kovel (Nord de l’Ukraine)
– Le drame se poursuit pour l’aile gauche du HG Nord-Ukraine, désormais complétement isolée du reste de son groupe d’armées, poussée de côté par une percée qui la dépasse déjà de 100 kilomètres au moins et de surcroît en butte à un Front soviétique certes fatigué, mais encore largement en position de force. Il faudra plus que l’arrivée imminente de la 277. ID (Eugen Wößner) – qui, d’ailleurs, ne débarque pas au plus près de la 6. Armee, à Kovel, mais seulement à Chelm, du fait de la situation ! – pour redresser la barre…
Pour le XVII. ArmeeKorps, la galère continue. Aux commandes, le nouveau Generalleutnant Dr Franz Beyer a bien du mal à faire tenir son dispositif d’aplomb. Sur la gauche, la 389. ID (Walter Hahm) affronte à Prylisne la 61e Armée de Pavel Belov dans un combat d’évidence perdant, où seul le terrain est son allié – faute de tout le reste, en vérité. Sans trop le dire, Hahm doit donc céder 8 kilomètres sur la route de Hradys’k, dans un joli paysage de bois et d’étangs. Et sur la droite, la 218. ID de Viktor Lang s’accroche désespérément au carrefour de Manevychi, pour ne pas céder Okons’k, c’est-à-dire les arrières des défenseurs de la ligne Huta-Lisivs’ka–Kam’yanukha. Ici aussi, rien à faire ! Sans perdre son temps à affronter l’infanterie fasciste, le 7e Corps Mécanisé d’Ivan Tutarinov, tourne, virevolte, s’infiltre entre les défenses comme l’eau entre les rochers… et atteint finalement la route Sarny-Kovel à hauteur de Troyanivka, soit 12 kilomètres en arrière des positions de Hahm. La situation était déjà critique, elle devient intenable.
De sa propre initiative, De Angelis estime que c’est bel et bien le cœur de sa 6. Armee – tout à la fois en substance et en géographie – qui est désormais menacé par cette infiltration. Il ordre donc à l’ensemble de forces défendant la rive sud – 78. SD, 4. LFD, 377. ID et (c’est nouveau) 79. ID – de faire un nouveau bond en arrière sur la route de Velyka Yablun’ka à Kopyllya avant de risquer la fragmentation, l’encerclement puis la destruction. 15 kilomètres tout de même… Dommage, cette zone résistait si bien ! Et la 65e Armée, toujours aussi pataude, de se contenter de suivre.
Autre avantage pour De Angelis : ce « redéploiement » va lui permettre de dégager le plus gros des 168. ID (Werner Schmidt-Hammer) et 331. ID (Karl-Ludwig Rhein) pour défendre les secteurs d’Hulivka et Pidrizhzhya – et ainsi de prévenir toute prise d’assaut (ou destruction) inopinée des points de passage sur la Stokhid. Lesquels risquent fort de s’avérer bientôt utiles…
De fait, sur l’aile droite de la 6. Armee (qui est aussi l’aile gauche de la 3. PanzerArmee), les choses continuent également de se dégrader. La 9. ID (Siegmund von Schleinitz) et le 210. StuG Abt (Major Herbert Sichelschmidt) sont à présent en plaine, ou presque – les bois autour de Kryvlyn sont très peu denses. De son côté, le 20e Corps Blindé de Pavel Poluboiarov… les ignore superbement pour filer vers Kovel et aller affronter à Budyshche, Lyubytiv ou Voloshky, au côté de la 1ère Armée de Choc et du 19e CB, ce qui reste du centre de la 3. PanzerArmee. L’Armée Rouge va ainsi forcer la porte est de Kovel, puisque (semble-t-il) l’ouest résiste !
Certes, le flot rouge est à présent un peu dispersé et fatigué, mais en face, la 81. ID et la 246. ID ne peuvent guère que gagner du temps… Juste assez, cependant, pour permettre au XLVII. PanzerKorps (Erhard Raus) de rallier face à la 2e Armée de chars, qui engage à la queue-leu-leu (faute de place !) les engins du 3e Corps Mécanisé d’Ivan Dubovoy et du 4e Corps Blindé de la Garde Malin d’A. Kukushine – qui ont déjà subi de lourdes pertes. Finalement, la Heer peut donc se retirer sous les bombes des hordes aériennes rouges. Parmi celles-ci, les pilotes de la Luftwaffe signaleront des avions très agressifs dotés d’un nez et d’un gouvernail bleu-blanc-rouge – mais à l’arrière, les services chargés de l’écoute de la propagande alliée sont déjà au courant…
Les défenseurs se replient ainsi dans les faubourgs de la future Festung Kovel, là ou marais, avenues, bâtiments et voies ferrées font que les Soviets se gênent. Festung Kovel ? Peut-être ! Sans doute, pour l’heure, le XXIV. PanzerKorps (Martin Wandel) et les 38. ID et 39. ID tiennent-ils toujours en respect le 11e Corps Blindé de Vassily Alexeiev et la 5e Armée de Choc d’Ivan Chernyakovsky, à grand renfort de Panzerfaust et de rafales de MG-42. Mais, sous les coups de massue d’Ivan Koniev, la ville semble peu à peu comme aplatie sous les roquettes et les bombes, jusqu’à prendre l’aspect d’une sorte d’énorme hachoir…
Plus grave encore – en reculant, le XLVII. PanzerKorps a, de fait, perdu le contact avec la 6. Armee à Kryvlyn. Celle-ci n’est plus reliée à la 3. PzA que par la route de Sarny, et encore, en faisant un crochet vers le nord à Bilyn. Un lien des plus ténus, et pratiquement pas défendu… Cela n’échappe évidemment pas à Ferdinand Schörner – mais à Rastenburg, ses multiples rapports angoissés passent sous la pile de mauvaises nouvelles, sur laquelle trônent les nouvelles de l’affrontement des SS entre Zamość et Chelm. Une fois, encore le discipliné Schörner doit se préparer à prendre ses responsabilités selon son seul jugement, qui définira la date, l’heure… et le contenu de ses ordres à De Angelis.

Prolétaires aviateurs de tous les pays, unissez-vous !
« Le lendemain de la mort d’Astier, au cours d’une seule mission dans la matinée, le groupe abattait trois Stuka au sud de Kovel, plus trois autres endommagés.
Au mess, à midi, Albert affirmait que quelque chose de nouveau se tramait du côté allemand : « La prise de Kovel est proche. Il faut finir l’offensive en beauté. Mais les Boches vont engager tout ce qu’ils ont. Je suis certain d’avoir repéré des Heinkel 111. Vous allez voir qu’on va s’en farcir quelques-uns. Mais méfiance ! Ces salopards doivent être bien protégés ! »
L’après-midi de ce 21 février fut rude, en effet. Le groupe trouva bien en l’air les fameux Heinkel 111 annoncés par Albert, le prophète, dûment escortés par des Fw 190.
En guise d’apéritif, Lefèvre, Albert bien entendu, Risso dit “Cadolive” et la Poype dit “Le Vicomte” ont déjà envoyé au Walhalla du Führer un Junker 88 isolé [sans doute de reconnaissance], ce qui portait à 32 l’actif du Besançon. Dix MiG volent à présent pour une mission de couverture sur la route de Kovel. La ville brûle. Un lourd matelas de brouillard et de cendres la recouvre. A trois mille cinq cents mètres, c’est un véritable fourmillement d’avions.
– Allo, allo, Heinkel 111 protégés à 9 heures et à 3 heures par Fw 190, hurlent les radios.
Les dix MiG sont tombés sur plus de 50 He 111 qu’accompagnent des nuées de Fw 190. Pris à la gorge par l’assaut terrestre, les Allemands ont décidé de transformer la partie est de Kovel en terrain labouré. Toute la Luftwaffe du secteur semble en l’air. Hardi les gars ! On fonce. Le match mortel commence. Le Besançon attaque le premier. Après un large virage montant où les moteurs donnent tout ce qu’ils ont dans le ventre, ils s’abattent sur un peloton d’une quinzaine de bombardiers. Les Focke-Wulf les attendent. Ça se rentre dedans en un corps à corps indescriptible. Les ailes, les fuselages, les hélices donnent l’impression de s’emmêler. C’est un grouillement de métal et de toile dans un orage de feu et de fer. Chacun des deux adversaires veut être le premier à crever l’autre. La mêlée atteint son point culminant. Le visage des pilotes est déformé alternativement par les forces centrifuge et centripète. Le sang, plaqué contre la paroi du cerveau, forme un voile noir devant la rétine. Les yeux, cependant, demeurent rivés au collimateur, les doigts crispés sur les commandes de tir. Au maximum de leur vitesse, dans un tourbillon fantastique qui n’est pas sans rappeler celui des motos du cercle de la mort des fêtes foraines, chacun attend la défaillance de l’autre. Elle arrive tôt ou tard et elle ne pardonne pas.
Durand, le Marseillais, se paye son premier Heinkel. Léon, Risso et Mathis font mouche et mettent en flamme trois Fw, un chacun. Mais les Allemands rendent coup pour coup. Les MiG du capitaine De Forges et des aspirants Laurent, Fauroux et De Sibour sont abattus. Laurent et Fauroux arriveront à sauter et seront récupérés sains et saufs, mais pour De Forges et De Sibour, ce matin du 21 février aura été le dernier. Ce n’était pourtant pas des guerriers fanatiques, des baroudeurs risque-tout comme on prétend que l’affectation sur le front russe en avaient attirés beaucoup. Fins et racés, un peu rêveurs, un peu poètes, l’avion les avait séduits, comme il avait séduit un Saint-Exupéry. Ils avaient vu en lui une machine à grandir l’homme. Mais ce qui devait rendre la vie plus belle n’avait, au bout du compte, servi qu’à la leur rendre plus brève. Et au soir, la nouvelle de la première victoire du sergent “pilote-interprète” Komarov (un Heinkel 111 poursuivi jusqu’à ras du sol) ne remonta pas beaucoup le moral.
Encore une nuit lourde au camp, où la bonne humeur semble un peu forcée et où la vodka de rigueur après les victoires a un drôle de goût. Dans les sacs de couchage, avant de sombrer dans le sommeil, chacun, après avoir évoqué les chers et lointains visages de ceux qui attendent ou de ceux qui ne sont plus, ne peut s’empêcher de songer « Et demain ? A qui le tour ? A moi peut-être. »… »

(Capitaine François de Geoffre, Escadre Franche-Comté/Vistule, Charles Corlet éd. 1952, rééd. 1996)

Inexorable
Région de Lvov (sud de l’Ukraine)
– Ici aussi, le couperet glacé du 3e Front Ukrainien achève de se rabattre sur Lvov et la 8. Armee.
Tout au nord, la 26e Armée de Lev Skvirsky n’a plus d’opposants, hormis quelques AlarmBataillonen et autres malheureuses milices jetées en travers de son chemin – pas toujours délibérément d’ailleurs. Elle approche désormais de Rawa Ruska – un carrefour stratégique de la région – couverte sur sa gauche par le 8e Corps Mécanisé, qui court la plaine aux environs de Volytsya. Face à ce déferlement, les pathétiques tentatives de la 8. Panzer – visiblement dépassée et en pleine déconfiture – ne peuvent rien. Werner Friebe se retire donc de Kulychkiv pour défendre Bobroidy et l’approche nord de Lvov. Sur sa droite, la 6. Panzer et le 311.StuG ont renoncé – faute de moyens – à un projet de prise de flanc destiné à l’assister pour se retirer plutôt pas à pas jusqu’à Velyki Mosty, soit à hauteur de Dobrotvir, où les combats se poursuivent. Maudits Rouges qui n’attaquent pas là où on les attend !
Autour de Dobrotvir, justement, la 5e Armée de la Garde de Vyacheslav Tsvetaev poursuit son matraquage et sa combustion régulière des défenseurs lui faisant face – lesquels ne pourront, à terme, que céder sous la pression. Au soir, au prix d’efforts significatifs, les frontovikis sont près de percer en direction de Reklynets et d’atteindre la route de Jovkva, ce qui leur permettra de se répandre dans la plaine de Rovne tout en prenant de flanc les engins de la 6. Panzer (von Waldenfels). Et dans la nuit, le 3e Corps Blindé lance ses engins.
Enfin, toujours seule face à la 9e Armée de la Garde et à la pointe du 1er Corps Blindé – mais désormais dans une large steppe où son adversaire est libre de manœuvrer – l’orgueilleuse GrossDeutschland est contrainte de reculer telle un boxeur dans les cordes en direction de la route de Velykosilky à Zadvir’ya, située maintenant à 8 kilomètres de sa position. Pour l’instant, les Rouges ne l’ont toujours pas atteinte – mais ils s’en rapprochent, surtout au nord, vers Velykosilky.

Front de l’Est
Chasse aux sorcières
Berlin
– Le général Johannes Friessner continue d’attendre, avec de moins en moins d’insouciance, les résultats de la commission d’enquête relative à Bagration – lesquels tardent à venir. C’est que la situation politique concernant l’Ostheer a bougé : si, hier encore, tout le monde semblait avoir oublié son nom, ce matin, Hitler en personne se serait emporté sur le fait que, si Neptun ne donne pas les résultats qu’on en attend, c’est aussi parce qu’il a fallu envoyer des panzers jusqu’à Kaunas juste un peu plus tôt.
Sur le fond, c’est sans doute vrai. C’est même indiscutable. Mais sur la forme, la 2. Armee et son chef n’ont sans doute pas grand-chose à voir avec ce pénible état de fait dû avant tout au terrible manque de réserves dont le Reich souffre sur tous les fronts. Néanmoins, faute de pouvoir argumenter, Friessner ne peut plus qu’attendre…


Notes
1- Ainsi, très ironiquement, Joukov raisonne précisément de la même manière que ses adversaires quand ils ont décidé de déclencher Neptun.
2- Aussi, 3e Département – service de surveillance politique et disciplinaire contrôlé par le NKVD.


Dernière édition par Casus Frankie le Jeu Oct 14, 2021 12:00; édité 1 fois
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Etienne



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MessagePosté le: Jeu Oct 14, 2021 07:16    Sujet du message: Répondre en citant

Euh, c'est Rey qui est mort la veille, pas Astier. (dans Franche-Comté)

Citation:
Opération Lvov-Kovel
La lance de Wotan
Région de Loutsk et Kovel (Nord de l’Ukraine) –
...
De sa propre initiative, De Angelis estime que c’est bel et bien le cœur de sa 6. Armee – tout à la fois en substance et en géographie – qui est désormais menacé par cette infiltration. Il ordre donc à l’ensemble de forces défendant la rive sud – 78. SD, 4. LFD, 377. ID et (c’est nouveau) 79. ID –


ordonne? donne l'ordre?
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Joukov6



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MessagePosté le: Jeu Oct 14, 2021 09:57    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai l'impression que la note (2) n'a pas de référence dans le texte.
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