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1940 - La France continue la guerre
 
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Décembre 1943 à l'Est
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Casus Frankie
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Inscrit le: 17 Oct 2006
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MessagePosté le: Ven Avr 16, 2021 10:40    Sujet du message: Décembre 1943 à l'Est Répondre en citant

1er décembre
Front russe
Exigences
Kremlin (Moscou)
– Il neige sur la capitale soviétique : l’hiver est bien là, imposant comme de coutume une pause bienvenue aux opérations. Toutefois, cet arrêt momentané des combats n’est pas du goût de tout le monde… Et notamment pas du maréchal Joseph Staline, qui a une nouvelle fois appelé auprès de lui son bras armé : la Stavka, principalement représentée par le général Antonov – mais aussi, pour le ménager quelque peu, le maréchal Joukov. Aleksandr Vassilievski, quant à lui, est resté en Ukraine, pour… prendre la température du Front dont il doit assurer l’intérim.
Le Vojd a déjà oublié son triomphe à la tribune, sur cette même place Rouge il y a moins d’un mois. Alors que les Alliés sont aux portes de la Serbie et se préparent visiblement à avancer en Italie comme en France – sans parler de cette fameuse « opération décisive » dont les capitalistes lui rebattent les oreilles à longueur de conférence – il est inadmissible que l’Armée Rouge reste inactive jusqu’au printemps prochain ! D’ailleurs, cela n’a jamais été prévu – Bagration est supposée démarrer à la mi-janvier, suivi de l’offensive Vistule-Varsovie, qui chassera enfin définitivement le Fasciste d’Ukraine.
– La Biélorussie, l’Ukraine… tout cela est bien beau, Camarades ! Et si les Fascistes font venir des renforts du sud ? Et s’ils écrasent nos pointes blindées en remontant depuis les Carpates ?
Ces propos mélangent subtilement craintes fantasmatiques et réalités – il revient à Joukov de contre-argumenter : « Cela parait difficile, Camarade-Maréchal. Les forces fascistes d’Ukraine comme de Roumanie ont subi des pertes colossales lors de nos dernières offensives. Elles peuvent à peine réagir à nos propres actions et ne sont absolument pas en état de prendre l’initiative. Tout au plus les Allemands enverront-ils quelques divisions blindées aux points les plus critiques, comme jadis à Bar ou à Olvesk. Ce qui nous a d’ailleurs bien servis… »
– Oui, cela nous a servis ! Mais il est tout de même infiniment regrettable que les blindés d’Hitler puissent ainsi venir en permanence nous contrer sans craindre de tomber en panne sèche ou de laisser un trou sur leur front. Vous parlez d’initiative, Georgui Konstantinovich, je vous réponds qu’à nos initiatives, ils peuvent réagir avec leurs réserves ! Et pourquoi ? Parce ce que nous leur en laissons la possibilité. Et pour ce qui relève des pertes, je vous renvoie au général Antonov, ici présent, qui saura vous rappeler celles que nous avons subies en octobre dernier ! »

Joukov se tait et patiente. C’est à Antonov de reprendre : « Ces pertes sont déjà en voie de résorption. Le 4e Front Ukrainien devrait pouvoir sans problème tenir, dès le début de janvier, le rôle que l’on attend de lui. Comme tous les autres, en vérité. Et en frappant le Groupe d’Armée Centre comme prévu, nous attirerons toutes les réserves ennemies dans un terrain défavorable, très éloigné des Carpates. »
– Sans doute, mais moi, je maintiens que chaque jour qui passe est un jour qui renforce Antonescu. Et qui consolide la position des réactionnaires
[On remarquera que Staline ne précise pas de quels « réactionnaires » il est question…] en Europe Centrale ! Non, nous ne pouvons pas nous offrir le luxe d’attendre.
Un tiroir claque, alors que le Vojd cherche à nouveau du tabac dans les profondeurs de son bureau.
– Nous avons été trop gentil avec ce… Conducator ! En le ménageant, nous rendons service aux Allemands. Alors…
Le tabac se tasse au fond du fourneau de la pipe, sous la pression d’un doigt énergique. Il ne saurait résister davantage que les deux généraux…
– Alors, arrêtons de finasser avec la Roumanie. C’est le point faible du dispositif ennemi ! La porte d’entrée des Balkans ! Et son pétrole est vital pour les Allemands. Enfin, le régime est prêt à tomber, ce qui peut inspirer d’autres pays à la révolte. Si les Roumains nous rejoignent, tant mieux, sinon nous les écraserons, voilà tout. Et cela doit être fait préalablement à Bagration.
– A vos ordres, Camarade Maréchal,
articule Joukov. Mais la planification n’est pas achevée et les Fascistes sont aux aguets. L’effort sera… important.
Le briquet cliquète, indifférent aux propos de Joukov.
– Je ne m’attends pas à ce que ce soit facile. Je m’attends à ce que ce soit fait. L’enjeu est trop important. Est-ce clair ?
Parfaitement clair : Ploesti-Bucarest devra démarrer le 15 décembre 1943, un mois précisément avant Bagration.


2 décembre
Front du Danube
Agitation
Front d’Odessa et 4e Front d’Ukraine
– Il pleut fort sur le Beau Fleuve Bleu, mais cela n’empêche pas l’Armée Rouge de préparer fiévreusement sa prochaine offensive, qui aura lieu bien plus tôt qu’initialement prévu.
Fondamentalement, cela ne dérange pas vraiment Ivan Petrov : son Front d’Odessa a eu trois mois pour se refaire après Molot, tandis que son ravitaillement s’annonce aisé, de par l’absence totale de toute autre opération majeure sur le front. De surcroît, même s’il ne dispose certes pas des effectifs… pléthoriques de ses collègues, ses trois armées et son corps blindé (le glorieux 6e Corps Blindé de la Garde d’Alexander Shamshin) conserve tout de même une supériorité numérique et matérielle appréciable sur la 3e Armée roumaine.
Toutefois, ce n’est nullement le cas du 4e Front Ukrainien du camarade Fiodor Tolboukhine. Très imparfaitement remis de la saignée de Vatra Dornei-Gheorgheni, ce Front n’en devra pas moins convaincre la Wehrmacht de ne pas venir trop vite à la rescousse de Bucarest. Délicat – mais il faudra faire avec…
Finalement, Ploesti-Bucarest tiendra à la rapidité d’exécution. Alors, certes, les Roumains ont pour eux deux atouts majeurs : le terrain et l’acier allemand – le Danube et les panzers. Mais le premier se franchit, les seconds se détruisent. Et une fois ces obstacles éliminés avec énergie, la capitale roumaine et les champs pétrolifères ne pourront que devenir rouges !

Mer Noire
Fauconnerie (bis)
Kremlin (Moscou)
– A la Stavka, on est également conscient de ces contraintes – et plus encore de la nécessité absolue de maintenir l’ennemi dans l’incertitude quant au prochain axe d’attaque, afin de le contraindre à disperser ses réserves, puis à ne pas les engager trop vite là où elles risqueraient d’être décisives.
Dans cette optique, le maréchal Joukov sollicite donc personnellement le général Novikov (des VVS) afin d’avancer – lui aussi – la seconde campagne de bombardement initialement prévue début janvier pour semer la terreur sur les côtes de la mer Noire. Bien qu’évidemment contrarié par cet imprévu qui perturbe ses plans, Novikov a donné suite (avait-il vraiment le choix ?). Dès que possible, la Flotte du Drapeau Rouge et la 5e Armée Aérienne (S.K. Goriunov) lanceront des attaques massives sur Constantza et la côte roumaine jusqu’à Mangalia, afin de faire croire à un futur débarquement tout en essayant de détruire ce qu’il reste de forces navales et aériennes hostiles dans le secteur. Contrairement à ce qu’on avait espéré à Moscou, cependant, cela ne commencera pas dès ce soir – il pleut, et même les aviateurs ont besoin d’un peu de temps pour se préparer.
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Imberator



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MessagePosté le: Ven Avr 16, 2021 12:29    Sujet du message: Répondre en citant

À trop tirer sur la corde à droite et à gauche Staline risque d'émousser sérieusement l'Armée Rouge au point que Bagration pourrait finir par manquer de punch et donc ne pas devenir un succès aussi spectaculaire qu'OTL.
_________________
Point ne feras de machine à l'esprit de l'homme semblable !
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Finen



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MessagePosté le: Ven Avr 16, 2021 13:25    Sujet du message: Répondre en citant

A ce stade, l'armée rouge n'est pas aussi affuté qu'OTL mais elle continu d'apprendre.
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Hardric62



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MessagePosté le: Ven Avr 16, 2021 14:48    Sujet du message: Répondre en citant

Imberator a écrit:
À trop tirer sur la corde à droite et à gauche Staline risque d'émousser sérieusement l'Armée Rouge au point que Bagration pourrait finir par manquer de punch et donc ne pas devenir un succès aussi spectaculaire qu'OTL.


En même temps, la capitulation roumaine est déjà actée pour le 13 décembre, avec changement de camp immédiat des troupes. J'ai dans l'idée que tous cela va coûter très cher au Allemands.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Avr 16, 2021 15:09    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, Hardric62 garde les bonnes choses en mémoire ! Wink Wink Wink Wink Wink Wink
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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patzekiller



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MessagePosté le: Ven Avr 16, 2021 15:38    Sujet du message: Répondre en citant

...et cette offensive au sud divertira des renforts qui fera que le Bagration ftl sera aussi réussi qu'otl? Question
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www.strategikon.info
www.frogofwar.org
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Avr 16, 2021 16:00    Sujet du message: Répondre en citant

Ca et Roumiantsev ... et Koutousov ?
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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le poireau



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MessagePosté le: Ven Avr 16, 2021 17:39    Sujet du message: Répondre en citant

Nous aurons l'occasion d'expliquer le concept des offensives soviétiques "à tiroirs" du premier semestre 44 FTL... mais un peu de patience, nous n'en sommes pas encore là !
_________________
“Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit : à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit” (Napoléon)
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Avr 17, 2021 10:47    Sujet du message: Répondre en citant

3 décembre
Mer Noire
Fauconnerie (bis)
Port militaire de Constantza
– Plus tard, et avec un (gros) brin d’exagération, les historiens soviétiques parleront d’un Tarente communiste. A 8h00, au lever du soleil, une trentaine de MiG-5 hérissés de roquettes (8 x 132 mm), de canons et de mitrailleuses (2 x 23 mm et 4 x 12,7 mm) surgissent du large au ras des flots pour courir sus à ce qui reste des flottes de l’Axe en mer Noire.
Détectés un peu tard par les deux radars allemands Tiberius et Brutus (respectivement installés à Târgovişte et Buzău – soit à plus de 150 kilomètres de là !), les aviateurs soviétiques entreprennent de faire taire rapidement toute source d’opposition – en l’espèce une batterie de 20 mm et une autre de 75/46, toute deux issues de matériels de prise italien. Il y a bien aussi une barge de flak Siebel fournie par le Reich, porteuse d’un 88 mm et de quatre pièces de 20 mm, mais cet ensemble est bien incapable, à lui seul, d’arrêter les véloces bimoteurs, qui volent très vite et très bas et vont directement s’en prendre à la barge. Une salve de roquettes transforme vite celle-ci en épave incandescente, qui coule en eaux peu profondes.
Plus tard, alors que les assaillants commencent à se retirer, les Forţele Aeriene Regale ale României apparaissent sur le champ de bataille : il s’agit de la 2e Flottille de Chasse, qui envoie dans la bataille ses IAR-81. Immédiatement contrés par les MiG-3U et les Yak-9D/T de la Flotte du Drapeau rouge, les Roumains perdent 6 des leurs, contre 12 assaillants – mais surtout, ils ne peuvent empêcher la seconde vague de déferler.
En effet, à 8h45, ce sont 50 MiG-5, renforcés d’une vingtaine de Petlyakov Pe-2 prêtés par le général Goriunov, qui assaillent le port. Cette masse ravage, sans opposition ou presque, les installations navales – incendiant les hangars, bombardant les zones d’approvisionnement, renversant à coup de roquettes les grues portuaires. Et les forces navales germano-roumaines ont elles aussi droit à leur part d’explosifs…
Dans un premier temps, les quatre dernières vedettes roumaines, camouflées avec soin, peuvent se croire à l’abri. Toutefois, la NMS Vulcanul est proche d’un dépôt qui prend feu et son commandant se trouve obligé de courir le risque de la déplacer au milieu du champ de bataille. Pas de chance, elle est repérée et reçoit une série de rafales de 23 mm qui l’expédient par le fond. Du côté des sous-marins, le malheureux NMS Marsuinul, qui n’a guère bougé de son quai depuis des semaines, encaisse deux bombes de 250 kg – il est bon pour la ferraille. Un peu plus loin, le NMS Rechinul a plus de chance : soulevé par plusieurs projectiles qui tombent à tribord, il est projeté contre le quai flottant tout proche, à bâbord. Désormais incliné sur le côté, il paraît fatalement touché – ce qui le sauve sans doute d’un sort encore plus fâcheux : en réalité, il n’est que légèrement endommagé.
En ce qui concerne la Kriegsmarine, la 8. Schnellboots-Flottille du KKpt Felix Zymalkowski s’en sort bien : les quatre S-boots étaient camouflées à l’écart de leurs consœurs roumaines, bien plus au sud dans la rade. Cependant, l’U-23 du Kptlt. Rolf-Birger Wahlen, revenu de sa patrouille infructueuse jusqu’au Bosphore puis à la poursuite de Petite Terre, est coulé par un impact direct. Son voisin l’U-24 (Kptlt. Klaus Petersen), lui, est arrosé d’éclats mais n’est en réalité que faiblement endommagé. Quant à l’U-20 du Kptlt. Clemens Schöler, il est vraiment malheureux… Le pauvre rentrait au port juste au moment de l’attaque soviétique ! Tentant de filer sans se faire voir, il est aperçu par des hydravions Beriev en maraude puis exécuté par une salve de charges de profondeur.
Vers 9h35, les assaillants se retirent enfin en laissant derrière eux fumées, chaos et désolation. C’est alors seulement qu’intervient le 9e Groupe renforcé de la 3e Flottille de chasse. Profitant d’un excès de confiance des Russes, les experts roumains abattent 19 appareils (dont un pour Teodor Greceanu, un pour Ion Milu et deux pour Constantin Cantacuzino) pour seulement 5 pertes. Faible consolation. La Luftwaffe arrive après la bataille, n’ayant daigné engager que tardivement le III/JG.4 – en fait, on craignait aussi un raid sur les raffineries…
………
Passé cet épisode, l’Axe ne dispose plus que de trois vedettes lance-torpilles roumaines : les NMS Vârtejul, Viforul II et Vedenia, et de quatre Schnellboots : les S-42, S-46, S-47 et S-49. Les Roumains n’ont plus qu’un seul sous-marin utilisable (après quelques réparations), le Rechinul. Et la 30. Unterseeboots-Flottille (Kptlt Rosenbaum) tombe à trois U-boots Type-II : les U-18, U-19 et U-24.

Stratégie allemande
Deux (gros) lièvres à la fois
Rastenburg
– L’OKH ordonne un nouveau départ vers la France, en prévision de l’opération Nordwind : la 3. Panzergrenadier-Division (Fritz-Hubert Gräser) quitte donc la 16. Armee et le GA Nord. Inquiète de devoir gérer une guerre sur deux fronts (mais qui l’a déclenchée ?) et alors que ses réserves diminuent, l’armée allemande semble avoir fait le choix de concentrer pour cet hiver le plus gros de ses troupes blindées face aux forces franco-américaines, en espérant régler la situation à l’ouest avant le retour des beaux jours. Cela se comprend, bien sûr – même si cela conduit aussi à prendre quelques risques liés à l’absence de réserve sur le Front de l’Est durant les quelques mois à venir. Alors certes, la neige et le gel devraient empêcher les combats… mais les Allemands eux-mêmes ne disent-il pas de façon imagée, quand il fait très froid : « Il fait un temps de Russes » ?

Stratégie SS
Sérénité sanglante
Château de Wevelsburg
– Malgré les déboires qui vont s’accumulant pour le Reich, les hiérarques nazis ne continuent pas moins d’envisager la guerre avec sérénité : on estime désormais les Bolcheviques irrémédiablement saignés après l’immense mêlée de cet été. L’Italie ? La France ? Bah ! La situation est bloquée, pire encore qu’en Grèce. Les Alliés occidentaux sont sans aucun doute extrêmement butés, mais tout autant maladroits à l’offensive. A ce rythme, il leur faudra deux ou trois ans pour atteindre Paris ou, au pire, pour frôler du bout des doigts les frontières de l’Heimat – d’ici là, la situation en Russie aura enfin été réglée.
Et puisqu’on parle de régler des problèmes… Les difficultés sécuritaires sur les arrières de l’Ostfront paraissent aussi avoir été traitées. Peut-être parce qu’à force de reculer, la Heer quitte petit à petit les territoires les plus hostiles. Peut-être aussi parce que ses revers la rendent toujours plus violente… A titre d’exemple, en Biélorussie, la récente opération Regenschauer – qui a succédé à Frühlingsfest – a été un brillant succès. On a tué 25 000 terroristes de tout poil ! Il faut dire que, pour être plus efficace, on s’est passé des Français de la LVF… mais sûrement pas, paradoxe apparent, des Russes de la SS-Sturmbrigade Kaminski. Comme quoi… D’autres opérations de ce genre sont déjà en préparation, bien sûr : Pfingstauflug, Windwirbel, Pfingsrose, Kormoran… En attendant, le Slave a compris la leçon et se tient tranquille.
Mais il y a mieux. Dans les cercles les plus fermés du Reich, la Schutzstaffel est très heureuse d’annoncer que le nettoyage des ghettos qui restaient en Biélorussie et en Ukraine est désormais achevé. Ainsi, à Minsk, pas moins de 22 000 personnes ont été transféré à Maly Trostinets puis… expédiées vers le Destin (1). Au total, si l’on additionne ces récents succès avec ceux obtenus par les Einsatzgruppen (dont le groupe du trop fameux Eduard Strauch), on estime que presque 1 200 000 « indésirables » ont été éliminés sur le territoire de l’URSS en seulement un an. Et ce, sans même compter les tziganes et autres déviants ! Une bien belle performance.
Mais tout succès a son revers – et les défaites de la Heer sur le front, qui ne sauraient bien sûr faire douter le ReichsFührer-SS de la victoire finale, le contraignent toutefois à préserver l’avenir en effaçant le passé. C’est ainsi qu’Himmler a créé le mois dernier (et en tout discrétion) une force très spéciale : le Sonderkommando 1005. Dirigé par le SS-Standartenführer Paul Blobel (un ancien chef du Einsatzgruppe C ayant sévi en Ukraine (2) ). Cette unité a pour tâche de retourner sur les lieux des crimes, afin de déterrer les masses de corps enfouis pour les incinérer. Un processus industriel, plus propre, comme ce qui se fait en Pologne…
Toutefois, malgré toute sa bonne volonté, ce cher Blobel prend déjà du retard. Pas grave : de l’avis de tous, en cette fin d’année 1943, le plus rude est passé !

Diplomatie SS
Inquiétudes helvétiques
Prinz-Albrecht Straße (Berlin)
– Panique au SD-Ausland ! En effet, alors que le projet d’une “Forteresse Europe” destinée à bloquer l’invasion alliée surgit de temps à autre tel un serpent de mer, le colonel Roger Masson, des SR suisses, contacte directement et personnellement le général SS Schellenberg, pour s’alarmer des projets que semble nourrir le Reich envers son pays.
Apparemment, selon les informations en possession de Masson, un certain “Plan Tannenbaum” serait récemment ressorti des cartons, afin d’intégrer les Alpes suisses dans la Forteresse Europe. Ne ferait-on pas confiance, à Berlin, à la proverbiale neutralité helvétique ? Et le colonel Masson souhaite évidemment démêler le vrai du faux pour pouvoir éviter de son mieux ce « risque d’attaque imminente » qu’il semble redouter par-dessus tout.
Prenant note intérieurement qu’il existe à l’évidence à l’OKH un certain nombre de failles à corriger, Walter Schellenberg passera un certain temps à convaincre son collègue que Berlin n’a rien contre Berne, et qu’il a même « personnellement convaincu le haut commandement de l’inutilité de ce vieux projet d’attaque-surprise ». On s’étonnera de cette patience, de la part d’un général SS… mais à l’évidence, lui et Masson ont quelques os à ronger ensemble (3). Et au passage, le Suisse lui a bien fait comprendre que l’armée confédérale restait sur ses gardes, quelle que soit l’évolution du conflit.

Notes
1- On ne comptera que 13 survivants, qui se cacheront jusqu’à la libération de la ville dans le sous-sol d’une maison donnant sur le cimetière.
2- Après la guerre, le Brigadeführer Max Thomas racontera comment, alors qu’il rentrait avec Blobel, de nuit et en voiture, d’une soirée fort agréable pour regagner leurs datchas de villégiature, il fut intrigué par d’étranges ondulations de terrain au fond d’un ravin qu’ils longeaient. Blobel le renseigna très simplement : désignant de la main tout le relief, il répondit : « Ce sont mes 30 000 Juifs. »
3- Le chef de l’OSS en Suisse, Allen Dulles, sera encore plus explicite. Il mettra expressément en garde ses supérieurs contre un risque de collusion entre les deux services, en exprimant ses « plus vives inquiétudes » sur le sujet… qu’il connaissait d’autant mieux qu’il était en contact direct avec les deux personnages !
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ciders



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MessagePosté le: Sam Avr 17, 2021 11:01    Sujet du message: Répondre en citant

Il faudra trouver une autre désignation pour cette opération en Biélorussie. J'avais employé le nom Regenschauer pour une contre-offensive autour d'Orsha menée à partir du 28 janvier 1943.
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Hendryk



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MessagePosté le: Sam Avr 17, 2021 11:06    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Malgré les déboires qui vont s’accumulant pour le Reich, les hiérarques nazis ne continuent pas moins d’envisager la guerre avec sérénité :

On les comprend. Certes l'Armée rouge est aux portes du Reich, mais le vrai danger, n'est-ce pas, c'était tous ces civils juifs et tziganes.
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Imberator



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MessagePosté le: Sam Avr 17, 2021 11:33    Sujet du message: Répondre en citant

Hendryk a écrit:
Casus Frankie a écrit:
Malgré les déboires qui vont s’accumulant pour le Reich, les hiérarques nazis ne continuent pas moins d’envisager la guerre avec sérénité :

On les comprend. Certes l'Armée rouge est aux portes du Reich, mais le vrai danger, n'est-ce pas, c'était tous ces civils juifs et tziganes.

Vous imaginez ? Si la Pologne avait disposé dans les rangs de son armée d'un seul cirque de tziganes-juifs, communistes, francs-maçons et homosexuels, Berlin serait tombée en octobre 1939 !
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loic
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MessagePosté le: Sam Avr 17, 2021 12:22    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Et la 30. Unterseeboots-Flottille (Kptlt Rosenbaum) tombe à trois U-boots Type-IIB

_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Wardog1



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MessagePosté le: Sam Avr 17, 2021 14:52    Sujet du message: Répondre en citant

Pour les nazis,en effet la victoire finale approche mais ils ont oublié de dire que se sera pour les alliés!
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"You and I are opposite sides of the same coin. When we face each other, we can finally see our true selves. There may be a resemblance, but we never face the same direction."

Larry Foulke
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Avr 18, 2021 15:38    Sujet du message: Répondre en citant

4 décembre
Front du Danube
Colère rouge
Kremlin, 11h00
– Son Excellence l’ambassadeur de Grande-Bretagne Sir Archibald Clerk Kerr n’est pas partie depuis une heure que Staline fait convoquer en urgence les dirigeants du ministère des Affaires Etrangères, du NKVD et de la Stavka. Face à Vyacheslav Molotov, Lavrenti Beria et Alexeï Antonov (Joukov est en Biélorussie, tant pis pour lui), le Vojd tempête – exagérant même son irritation d’une façon quelque peu théâtrale.
– Enfin, Camarades ! Ce capitaliste vient d’oser me remettre un message personnel de Churchill m’informant des dernières négociations en cours avec les Roumains ! Il m’informe, moi, que les Roumains daignent – daignent ! – accepter d’intégrer le PCR dans leur supposé futur gouvernement d’union nationale ! C’est inacceptable, inadmissible et inconcevable. Si ce cher Winston s’imagine qu’il a échangé la Bulgarie contre la Roumanie et Sofia contre Bucarest, il se trompe très lourdement !
Cet éclat est évidemment destiné à faire comprendre à tous que la situation est – selon lui – gravissime et exige une réponse immédiate. Cela dit, le Petit Père des Peuples paraît se rasséréner un peu. Il considère le tiroir de son bureau, l’ouvre puis le referme d’un geste sec sans y avoir rien pris, avant de claquer sa main droite sur le bois.
– Nous ne laisserons personne mettre en danger nos intérêts vitaux en mer Noire. Camarade-ministre Molotov ! Comment se fait-il que ces discussions aient avancé aussi vite – elles semblent désormais proches d’aboutir ! Béria – je croyais vos hommes sur le point de faire tomber Antonescu ! Et vous, général Antonov ! Quand donc l’Armée Rouge sera-t-elle en mesure d’atteindre Bucarest ? La date du 15 décembre que la Stavka a retenue pour lancer notre offensive en Roumanie est trop lointaine. Les Britanniques auront tout le temps de se préparer à jaillir depuis le sud tandis que nous lutterons encore sur le Danube ! Et qui sait s’ils ne décideront pas d’aller en passant cueillir la Bulgarie !
Nous ne sommes pas à Rastenburg. Antonov est tout sauf un courtisan – c’est un militaire d’une rare compétence, déjà respecté de tous avant sa victoire lors de Roumiantsev-TBT. Chacun sait que c’est aussi l’un des rares généraux à pouvoir contredire Staline sans poser incontinent sa tête sur le billot. Cependant, il connait aussi fort bien son Chef – et il sait que sur pareil sujet, l’affronter de face ne servirait à rien.
– Nos forces se préparent à l’offensive selon la planification arrêtée, Camarade Maréchal. Le Front d’Odessa est prêt – il est reposé, ravitaillé et bien positionné pour déboucher à terme en suivant les côtes de la mer Noire. Cependant, le 4e Front Ukrainien n’est pas encore pleinement opérationnel. Maintenir la date initiale permettra d’assurer le succès de l’opération.
– Etes-vous en train de m’expliquer que nous ne sommes toujours pas capables de faire plier la Roumanie, trois mois après la déroute qu’elle a subie lors de Molot ?
– Non, Camarade Maréchal. Simplement, le général Tolboukine risque de rencontrer les mêmes difficultés qu’en octobre, avec des conditions climatiques encore plus défavorables qui limiteront – par exemple – le recours à l’aviation. Nous avons effectivement compensé une bonne partie des pertes passées – notamment en faisant monter la 38e Armée pour remplacer la 14e – mais le terrain reste le même. Et les défenses fascistes également.
– Mais non ! Elles sont là, mais elles sont au moins aussi usées que nos propres troupes l’étaient. Or, les nôtres ont été relevées, comme vous venez de le préciser. Et nous bénéficions cette fois-ci d’un front supplémentaire, ainsi que de l’appui de la flotte du Danube.
– C’est indéniable, Camarade maréchal.
– Certainement. Nous sommes donc prêts – et je ne vois pas ce que nous gagnerions à traîner davantage. Je vous l’ai pourtant dit : il nous faut arrêter de finasser. Molotov, demain, vous irez expliquer à nos partenaires occidentaux que leurs complices réactionnaires ont intérêt à se dépêcher de former un gouvernement s’ils veulent être pris au sérieux – l’Union Soviétique ne négocie qu’avec des autorités établies. Béria, débrouillez-vous pour que les autorités en question soient converties à nos principes. Enfin, général Antonov,
Ploesti-Bucarest démarrera demain, par une attaque surprise du Front d’Odessa et du 4e Front Ukrainien.
Fermez le ban…

Des Roumains chez les Soviets
Le bal des maudits
« Alors que nous étions revenus à une forme de calme typique des casernes, la rigueur de l’entraînement se conjuguant à l’ennui du long temps loin de chez soi, la division reçut dans la nuit ordre de se mettre à nouveau sur le pied de guerre. Nous allions de nouveau entrer en action – et cette fois, je me doutais bien qu’il ne serait pas question de médiocres raids sur la rive sud du Delta. La victoire ou la mort ! »
(Adieu mon pays… encore une fois, Vasil Gravil, Gallimard, 1957)


5 décembre
Front du Danube
Ploesti-Bucarest – Un fleuve trop loin ?
Secteur du Front d’Odessa (Delta, Danube et Siret)
– A 05h50, après trois mois de calme qui n’auront hélas rien changé à la situation du royaume de la Roumanie – que ce soit sur le plan militaire ou sur le plan politique – le Front d’Odessa monte à l’assaut des positions de la 3e Armée roumaine, à grands renforts d’artillerie puis d’aviation. Marx soit loué pour les frontovikis, il fait au moins beau… Car l’attaque, prévue de longue date mais lancée dans l’urgence, est d’une subtilité toute stalinienne : massive, brutale… Coûteuse aussi, forcément.
De ses positions au nord du Delta, la 18e Armée frappe sur deux axes, fortement soutenue par les monitors de la flotte du Danube et couverte par le harcèlement de la 79e BMS – laquelle tient occupée toute la journée une bonne partie du 4e CA loin de l’effort principal. Car Andrei Gretchko n’a pas, bien sûr, la naïveté de tenter de passer par le centre du Delta : n’importe quel stratège débutant saurait que prétendre faire passer plus d’un bataillon au travers des 15 kilomètres de lagune séparant Izmaïl de Tulcea équivaudrait à jucher ses forces sur des bouées gonflables pour en faire de meilleures cibles – non ! Il tape beaucoup plus logiquement vers l’ouest, à Isaccea et Grindu (face à Reni), en mettant à profit la dispersion extrême des troupes roumaines.
Ce sont donc respectivement la 14e DI (Stavrescu) et la 9e Division de Cavalerie (Popescu) qui encaissent le choc. Si la seconde met à profit le terrain médiocre qu’elle défend pour plier sans céder quoi que ce soit de significatif (et les renforts blindés ne sont pas loin…), la première, par contre, connait les pires difficultés pour tenir sa ligne, malgré le renfort des survivants de la défunte 18e Division de Montagne. Isaccea tombe après de très rudes combats tandis que, face à Reni, une bande de 3 kilomètres est dégagée. Dans les deux cas, les pontonniers soviétiques se mettent très vite au travail.
Un peu plus à l’ouest, à la confluence du Danube et de la Siret, dans la plaine, la 6e Armée de la Garde (Pavel Batov) a encore moins la possibilité de finasser : faute de relief ou de points remarquables, elle attaque sur un large front allant de Vădeni à Corbu Vechi, selon les souhaits du Vojd. Elle se heurte ainsi à la 2e DI (Constantin Iordachescu) et à la 5e Division de Cavalerie (Ilie Antonescu). Ces deux adversaires seuls seraient gérables, somme toute… – mais ils reçoivent très vite le soutien de la 8e DI et surtout du duo 24. Panzer et 502. schw Pzr Abt, qui montent en ligne de leur propre initiative et rejettent brutalement le flanc droit de l’attaque à l’eau. Seule l’intervention massive des Sturmovik de la 5e Armée Aérienne – qui se font de plus en plus efficaces au fil du temps – empêche un désastre complet. Cependant, ayant perdu 27 Panzer III en une seule journée – ainsi que deux Tiger du Major Märker – Maximilian von Edelsheim décide de mettre la pédale douce en attendant des instructions de Brașov. Les Rouges seront toujours là demain ! La 2e DI va donc devoir lutter seule toute la nuit à CorbuVechi, malgré quelques renforts de la 20e DI (Ioan Arhip), et alors que Batov jette toujours plus de forces dans la balance…
Cette prudence allemande s’explique d’autant plus qu’en amont de la Siret, la 9e Armée de Vasily Glagolev attaque elle aussi, dans la région de Focșani. Le pauvre Glagolev n’a toutefois guère de chance : malgré le fait qu’il frappe à la jonction (théorique) de la 11. Armee et de la 3e Armée roumaine, il se retrouve tout à la fois face à la ligne fortifiée “du Danube”, à la 335. ID (Karl Casper), à la 1ère DI (Alexandru Saidac) et surtout au duo 15. Panzer (Ernst-Günther Baade) et 560. schw Pzr Abt, qui s’empressent de soutenir leurs alliés. Et ces formations sont bien équipées : Panzer III, certes, mais aussi Panzer IV et Leopard pour la 15. Panzer, et Nashorn pour le 560. sPA. C’est une très mauvaise surprise pour les Russes, rudement rejetés à l’eau et incapables de maintenir la moindre tête de pont. Au soir, Glagolev est déjà dans l’impasse – et pourtant, il devra reprendre l’attaque dès demain, ne serait-ce que pour empêcher les Fascistes de manœuvrer.
………
Secteur du 4e Front Ukrainien (Siret et Moldova) – Glagolev n’est pas le seul à devoir subir : Fiodor Tolboukhine doit lui aussi faire illusion, quand bien même ses armées à peine reconstituées (et encore !) n’ont objectivement aucune chance de réaliser la moindre percée dans les Carpates, comme VD-G l’a prouvé il y a moins de deux mois.
Vers Bacău, la 62e Armée de Vladimir Kolpakchi n’a heureusement plus à avancer vers l’ouest. Elle attaque donc là où on ne l’attendait pas (trop), c’est-à-dire vers Cleja, en suivant la Siret pour menacer Adjud et Onești, par-delà les montagnes. Si Kolpakchi pouvait atteindre cet objectif limité, une bonne partie du XLII. AK (Frank Mattenklott) serait déstabilisée et contrainte au repli, ce qui faciliterait bien le travail de la 9e Armée… Mais les cibles de la 62e Armée sont à 30 à 50 kilomètres. Et face à une attaque suivant des axes aussi contraints, la 330. ID (Georg Zwade) et la 376. ID (Alexander Elder von Daniels) s’en donnent à cœur joie, quoiqu’au prix de pertes sensibles. Dans les monts, la situation bouge donc peu (ou presque), mais sur les berges de la Siret, l’Armée Rouge gagne 7 kilomètres, jusqu’à Faraoani. Pas plus… mais pas moins.
Plus en amont encore, sur les lieux d’un drame passé, la 38e Armée de Kyril Moskalenko a la très lourde tâche d’attaquer en direction de Piatra Neamț, et globalement de réussir là où la 14e Armée a échoué. On s’en doute, le Soviétique va au combat avec quelques craintes… Et pourtant, la jonction entre 17. Armee et 11. Armee donne assez vite quelques signes de faiblesses, permettant à l’Armée Rouge de gagner 10 kilomètres jusqu’à Budești. C’est que les réserves autrefois disponibles ont été redéployées plus au sud… et ce n’est pas la malheureuse 20. PanzerGrenadier de Georg Jauer – décidément condamnée au supplice de Sisyphe ! – qui prendra le risque de s’opposer immédiatement et frontalement face à lui. Cependant, toute médaille ayant son revers – et faute de disposer d’un corps blindé opérationnel, Moskalenko ne peut pas exploiter…
Enfin, à l’aile nord de Ploesti-Bucarest, la 47e Armée repart à l’attaque et traverse la Moldova à Hănțești et Bursuceni, visant encore une fois Suceava. Les mêmes causes appelant les mêmes effets (dans ce secteur, l’Axe a encaissé autant de pertes que l’Armée Rouge !) le LXVIII. AK (Walther von Seydlitz-Kurzbach) plie, ne rompt pas et appelle à l’aide les réserves d’armée. La vie est un éternel recommencement !

Des Roumains chez les Soviets
Le bal des maudits
« De nouveau, le son du canon. Cette fois, c’est du sérieux – une préparation d’artillerie. Sur les bords du Danube, la division se prépare encore. Pas assez mûrs et soudés (ou peut-être trop précieux !) pour prétendre être inclus dans la première vague, nous n’allons pas débarquer immédiatement sur la rive sud, mais plutôt faire partie de la seconde vague destinée à exploiter la percée glorieusement réalisée par nos camarades. A eux l’effort initial, à nous le coup final destiné à renverser l’édifice fasciste pourri, pour ensuite libérer nos compatriotes de leurs chaînes. Un noble objectif, évidemment – qui nous tient une fois encore à l’écart de l’action. »
(Adieu mon pays… encore une fois, Vasil Gravil, Gallimard 1957)

La Roumanie s’inquiète
En attendant les panzers
Villa du Conducator (Băneasa, banlieue nord de Bucarest), 18h00
– Ion Antonescu – le maréchal et le ministre de la Défense, pas le chef politique – fait le point sur la nouvelle offensive communiste. Le premier choc ne semble pas défavorable – c’est le moins que l’on puisse dire. Les Soviets attaquent partout à la fois, sans vraiment de plan lisible, et ne devraient pas pouvoir tenir le rythme sur le long terme. Leurs actions finiront, comme en octobre, par s’éteindre les unes après les autres.
C’est rassurant… mais une question cependant l’inquiète au plus haut point le Conducator. Quel sera le prix de cette défense victorieuse ? Les monitors fluviaux qui auraient pu perturber la traversée des Russes ont été rendus plus que prudents par la récente sortie de l’aviation rouge. L’armée roumaine, saignée par les combats d’Odessa puis de Moldavie, est encore en reconstruction – et l’on ne fait pas courir un marathon à un sportif convalescent. Surtout quand on anticipe un changement d’alliance qui pourrait déboucher sur une violente réaction teutonne…
En conséquence, avec quelque cynisme, Antonescu décide finalement… d’attendre pour voir, et éventuellement pour convaincre ce Wilhelm List d’engager ses panzers pour faire le travail (voire se faire détruire…) à la place de ses troupes. C’est risqué – et préjuge tout à la fois de la progression soviétique comme de la réaction allemande. Sans doute, le Conducator n’est-il pas complètement lucide à ce moment. Mais c’est aussi le choix d’un homme désespéré, à bout de nerfs et dont les nuits sont hachées par des crises douloureuses… Comme un signe de fin de règne.

Manœuvres roumaines
Colère rouge
Ambassade du Royaume-Uni à Moscou, 10h00
– La nouvelle du déclenchement de Ploesti-Bucarest n’est même pas encore sur les ondes qu’un simple coursier envoyé par le Commissariat du Peuple aux Affaires extérieures se présente à la représentation britannique – au même moment, un de ses collègues apporte le même message à l’ambassade de France. Vyacheslav Molotov, qui agit selon les instructions de son Vodj – et sait que, de toute façon, cette affaire se joue un peu à quitte ou double – a choisi d’être sec et de prendre de la hauteur. Comme lors de son entrevue du 21 octobre dernier avec Sir Archibald Kerr, en vérité. Sa missive, fort courte, en témoigne.
« Au gouvernement de Sa Majesté britannique [de la République française],
Le gouvernement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques a pris connaissance des soi-disant avancées relatives à des négociations avec un supposé Bloc National Démocrate roumain ne représentant aucune autorité légale. Il se voit contraint de préciser à nouveau plusieurs points essentiels de sa politique, pourtant clairement énoncés lors de précédents entretiens :
1. L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques est en état de guerre avec le Royaume de Roumanie. A ce titre, elle mène toutes les opérations militaires qui lui paraissent pertinentes, selon les considérations du moment, et en transparence avec ses alliés. A ce sujet, il ne lui échappe pas que la dernière offensive de ces derniers les a conduits, hélas, à libérer une partie du territoire yougoslave sans que le gouvernement soviétique en soit informé au préalable – il serait logique que la réciprocité s’exprime dans ce domaine ;
2. L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques fait face à une agression du Royaume de Roumanie – ainsi que de la totalité des puissances de l’Axe. Elle définira donc seule et souverainement les conditions de paix nécessaires à la cessation des hostilités avec ces belligérants, en concertation avec ses partenaires des Nations-Unies. Toute négociation isolée pouvant aboutir à une forme de pression sur l’URSS – voire de paix séparée avec l’Axe – sera considérée comme un acte hostile envers l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, engageant l’avenir et pouvant avoir les plus graves conséquences ;
3. Par suite, et en fonction des deux points précédents, il ne paraît pas pertinent que les membres des Nations-Unies poursuivent leurs négociations et leurs sollicitations pour prétendre imposer à l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques des conditions arbitrairement fixées par des individus ne représentant qu’eux-mêmes ;
4. L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques invite tous les autres membres des Nations-Unies à poursuivre leurs efforts communs pour une conclusion rapide du conflit, selon des termes de garantie et de réparation convenant à tous. »

………
Les Franco-Britanniques sont donc à présent prévenus – d’aucuns diraient revenus de leurs illusions. S’ils veulent sauver quelque chose des actions du Bloc, il faut le convaincre de lancer le renversement d’Antonescu sans attendre, pour pouvoir ensuite négocier d’une main neuve et s’appuyer (au moins un peu) sur eux. Oui …. Mais comment faire avec Autonomy(ie) aux arrêts ? On essaiera par la route turque – en ce domaine comme dans tant d’autres, l’espoir fait vivre.

Ambassade britannique au Caire (22h00) – Les services de Sir Miles Lampson, après une ultime concertation avec un “Prince Blanc” Barbu Alexandru Știrbey assez angoissé, émettent un ultime message à destination du Bloc, en passant par Ankara. Ce message est bien reçu par les antennes roumaines locales, dont les communications sont paniquées par l’offensive russe. Il parviendra peut-être en Roumanie… mais n’arrivera jamais à destination.
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