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L'infanterie en gros plan, par CRIXOS
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Casus Frankie
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Inscrit le: 16 Oct 2006
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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 07:39    Sujet du message: L'infanterie en gros plan, par CRIXOS Répondre en citant

Crixos m'a envoyé un long récit... On s'y croirait ! Jugez-vous même, premier épisode ci-dessous.
Casus



12 juin 1941
Cherchell, Centre d’Instruction des Cadres de l’Armée de Terre
– Philippe Terropi, fils d’immigré italien, avait été doté par la nature de trois qualités. La première était un caractère de mulet, la deuxième un physique de bûcheron qui faisait passer le caractère, et la troisième un goût immodéré pour tout ce qui avait trait au tir et aux armes (goût affiné quelque peu par une pratique assidue de la chasse et de la braconne). Ces trois qualités l’avaient bien servi aux diverses étapes de l’itinéraire qui l’avait conduit de la frontière de la Sarre pendant la Drôle de Guerre au CICAT de l’après-Déménagement. Appuyé sur sa canne, il se remémorait les péripéties de son trajet.
………
Carrier de son métier, Terropi avait fait comme tout le monde son service militaire ; lui, c’était dans l’infanterie, avec une spécialisation de tireur FM. Il avait terminé son service comme caporal-chef et la mobilisation partielle de 1938 lui avait donné les galons de sergent. En 39, la déclaration de guerre ne l’avait pas rempli de joie, mais il était parti, comme presque tous ses camarades, animé d’une ferme résolution d’expliquer à ces *** de Boches que remettre le couvert tous les vingt ans était un peu excessif.
Affecté sur la frontière avec la Sarre, ses compétences de tireur l’avaient fait nommer instructeur de tir par son commandant de compagnie, lequel, s’il portait particule, savait utiliser les compétences. Vétéran de 14-48, réserviste et plus tout jeune – 43 ans – le capitaine de *** disait souvent que sa carrière était finie et que de toute façon, sa compagnie était à lui, alors si il voulait la faire s’entraîner pendant que les autres jouaient aux cartes, pourquoi pas, chacun son truc.
Leur régiment, l’un des trois de la ---e Division d’Infanterie, était composé en majorité de réservistes et tenu pour Rouge par le commandement. Il tenait la frontière entre Wissembourg et Sarreguemines et certaines marches se terminaient à la citadelle de Bitche. Les hommes du capitaine de *** avaient un peu regimbé au début de voir leurs camarades s’installer tranquillement pendant qu’ils trimaient, mais ils avaient vite pris le pli de se considérer comme des guerriers et les regards envieux que leur lançaient certains les confortaient dans leur opinion – d’accord on en chie, mais c’est plus honorable que de taper le carton !
Le capitaine de ***, un hobereau ruiné qui vivotait sur ses terres, avait acquis le goût de l’initiative et de la débrouille. Réservistes ou d’active, les autres cadres de la compagnie partageaient son opinion, sauf un qui avait le génie de la gestion et fut séance tenante nommé quartier-maître. On le laisserait tranquille aussi longtemps que les fournitures seraient livrées. Et la première commande fut de 250 000 coups supplémentaires de 7,5 et de 3 000 grenades offensives. Après récriminations de la base arrière, ils en reçurent la moitié, ce qui était le but de la manœuvre.
………
Septembre et octobre avaient vu tous les soldats passer dans le même moule. Pendant quatre semaines, ils avaient effectué parcours de tir sur parcours du risque, ce qui avait permis de faire un peu de tri et d’affecter certains définitivement aux cuisines, pendant que le reste apprenait à tirer et toucher debout jusqu’à 200 mètres, à genoux jusqu’à 300 mètres et couché jusqu’à 400. Après tout, si c’était dans le règlement. En même temps, tous avaient lancé au moins deux grenades et avaient appris à boire de l’eau et à garder le vin pour les soirées de repos. Au régiment, le premier mois, deux soldats avaient été tués et cinq autres blessés par des camarades. Dans la compagnie De ***, le capitaine et Terropi avaient interdit que les canons des armes se baladent dans toutes les directions et en particulier vers les soldats, s’il ne s’agissait pas de Teutons envahisseurs. Le respect de cette règle avait permis de limiter les pertes à une vache et à la porte d’une grange, malgré une douzaine de tirs non désirés.
Les heures de garde en première ligne, face à la Sarre, étaient finalement les plus ennuyeuses et chacun attendait le retour à l’arrière, parce qu’au moins il y aurait quelque chose à faire. L’encadrement, poussé par son chef, cherchait les moyens d’affûter l’outil. Ce qui conduisit à demander la mutation dans la compagnie d’un spécialiste du génie, puisqu’un jour la remarque était tombée que « ça pourrait être pratique de savoir manier la dynamite ». L’adjudant O’Neill, descendant d’Irlandais ayant fui les Anglais et ancien des Brigades Internationales, avait été aimablement expédié à la compagnie avec un soupir de soulagement et ce commentaire : « Et surtout gardez-le ! »
Finalement, les cogitations de tous avaient fini par produire un programme d’instruction cohérent et assez efficace, et à partir de fin octobre, la compagnie avait commencé à s’entraîner dans des directions plus originales.
– Le feu en mouvement et les formations de combat, en particulier tous les types de patrouille. Un fond de vallée alsacien avait été pour cela annexé et monté en piste de combat. Aux phases de travail à sec succédaient les exercices avec munitions, qui amenèrent un jour deux blessés légers par grenade (offensive) au poste de secours. Comme ils ne présentaient pas de plaie grave mais quelques coupures colmatées à coups de sparadrap, ils furent rapidement renvoyés vers leur section avec ordre de refaire tout l’exercice, pour « apprendre à se planquer quand un copain hurle grenade ! »
– Le montage de charges explosives pour différents usages : maisons, troncs d’arbres, voies ferrées. O’Neill espérait pouvoir travailler sur un tank, mais faute de moyen il disait qu’en cas de doute il n’y avait qu’à doubler la charge – et lui, des doutes, il en avait tout le temps [C’est comme ça que, fin juin, ayant des doutes, il fit sauter un petit pont en pleine campagne avec une quantité d’explosifs qui aurait sans doute suffi pour le Pont-Neuf. Comme il était facétieux, il attendit qu’un Panzer y passe pour déclencher l’explosion. Panigarola prétendit que le char avait volé au moins à 30 mètres de haut, mais comme il était Marseillais, tout le monde prétendit qu’il avait exagéré et que c’était seulement 29 mètres – et puis c’était rien qu’un Panzer II.]. Il passait son temps à faire des tests de charge et il lui arrivait de venir au mess ayant encore des pains de cheddite dans les poches. Ses collègues finirent par en prendre leur parti, disant que, si ça sautait, au moins on n’aurait pas le temps de se rendre compte.
– Le tir au FM. Les tireurs formaient avec leurs pourvoyeurs et le chef de pièces des équipes bien rodées.
– Le ski. Il avait posé un problème, surtout chez les méridionaux, mais on annonçait de la neige et pas qu’un peu pour l’hiver.
Plus classiques, marches et courses-patrouilles avaient permis de développer endurance et souffle chez tous et de modifier un peu l’équipement en fonction de l’expérience.
En effet, les exercices étaient suivis de séances de critique puis d’un tour de table des suggestions. Lequel tour de table avait conduit à diverses modifications du matériel standard.
Les bandes molletières furent abandonnées, remplacées par des demi-guêtres voire par pas de guêtres du tout. Tous ceux qui en avaient les moyens eurent l’autorisation de changer leurs brodequins pour de bons souliers de marche, voire des bottes pour l’hiver.
De même, la cravate fut laissée pour les défilés – encore que certains aient choisi de la garder dans la poche de poitrine, ça pouvait faire un excellent garrot !
Beaucoup se procurèrent de bons vieux rücksacks pour leur matériel. L’expérience des exercices aidant, ils apprirent rapidement à poser les sacs avant l’assaut et à n’attaquer qu’avec leur harnachement et une seule musette.
Toutes les pelles furent aiguisées soigneusement, sur la suggestion d’un ancien de 14-18 qui disait que « de son temps c’est comme ça qu’on faisait et que ça fendait son Fridolin très bien ».
Enfin, en prévision de l’hiver, on organisa une razzia de draps blancs pour se camoufler sur la neige.
………
Fin octobre, la compagnie, qui agaçait un peu le chef de bataillon (le jour ça allait, mais les tirs de nuit l’empêchaient de dormir), fut expédiée pour 15 jours en première ligne, « ça va les rafraîchir ! » Le 1er novembre, les 180 hommes s’installèrent face à la frontière allemande, en pleine forme physique, bien entraînés et prêts à tout et surtout à faire des c***ries.
Le 2 novembre, installé dans ses nouveaux quartiers, le capitaine de *** réunit ses cadres pour leur faire la déclaration suivante : « Messieurs, c’est la guerre, personne ne l’ignore. Mais il est un peu temps de le faire savoir à ceux d’en face. Je propose que, le 11 novembre, nous effectuions une action coup de poing contre les forces allemandes qui nous font face. Mais pour ça, avant toute chose, nous avons besoin d’informations sur eux. Le 2e Bureau du bataillon a tout juste été capable de me dire qu’il s’agissait d’un régiment de Bavarois. Il me faut un peu plus de viande sur l’os avant de lâcher mes chiens. Des suggestions ? »
Terropi offrit d’effectuer une série de patrouilles aussi discrètes que possibles pour recueillir des renseignements pendant la semaine. Il prendrait tous les braconniers, bûcherons et autres habitués de la nature et peut-être qu’il y en avait qui parlaient allemand, ça pourrait servir. Pendant ce temps, le reste de l’effectif n’avait qu’à apprendre à faire du feu sans fumée et à bivouaquer dans la neige.
On passa la journée du 3 à sélectionner les quatre patrouilles de quatre hommes qui allaient partir (15 braconniers expérimentés, sinon officiellement avoués, plus le sous-lieutenant L***, qui avait appris l’allemand au collège et savait dire Guten tag et Auf wiedersehn, ce qui le plaçait dans la catégorie des polyglottes). On les équipa correctement – l’absence de boussoles conduisit à un petit raid sur les ressources du bataillon, un raid discret, il n’y eut pas de preuves, que des soupçons. Puis on leur prépara des signaux de reconnaissance pour leur éviter de se faire allumer au retour par des camarades soupçonneux.
Et le soir du 3, le capitaine de *** vit partir ses patrouilles vers l’Allemagne avec un petit pincement au cœur. Chaque homme portait son arme, trois jours de vivres, une gourde, 60 cartouches, 2 grenades et une toile de tente. Ils devaient éviter le combat et ne tirer qu’en cas d’absolue nécessité.
Deux jours plus tard la première patrouille revint. Elle fut suivie par les trois autres, les trois jours suivants – la dernière, après cinq jours de promenade, passa d’abord deux heures à manger au mess avant de faire son rapport.
Mais le 9 novembre au soir, les officiers de la compagnie mettaient la dernière main à leur opération.
En face, le terrain avait été évacué par la population civile sur une bonne profondeur et avant la ligne Siegfried, il n’y avait plus grand-chose, sauf quelques postes d’observation pour l’artillerie, occupés au maximum par l’effectif d’une demi-section, qui semblait en général prendre position en début de journée. Il y avait trois postes dans un rayon équivalent à une journée de marche. Le poste B semblait le plus intéressant, car avec assez de bois proches pour permettre une amenée à couvert.
Pour éviter toute chicanerie, la section 1 fut désignée d’office, renforcée par deux des quatre groupes de la section 2. O’Neill venait pour la simple raison qu’il l’avait décidé et qu’on ne discute pas avec un bonhomme qui se balade en permanence avec 10 livres d’explosif dans les poches.
Le 9 au soir, une longue file de 60 hommes partit vers l’Allemagne et le reste de la compagnie se remit à attendre.
………
Terropi se rappelait cette longue infiltration, où il avait l’impression que les hommes faisaient un boucan de tous les diables, audible à dix kilomètres. Mais l’aube les trouva à 5 km de leur objectif, terrés dans des taillis sans avoir été repérés. Les hommes furent mis à couvert avec un garde pour chaque groupe puis le chef de section (qui rêvait d’échanger son ruby contre quelque chose de plus sérieux), Terropi et deux autres sergents-chefs partirent vers l’objectif pour repérer les voies d’accès et de repli. L’aller-retour leur prit plus de 6 heures, tant ils furent prudents, puis ils firent une petite sieste. À 16 heures, devant une maquette terrain, ils expliquèrent la manœuvre à la petite troupe.
Un des deux groupes de la section 2 resterait en arrière pour surveiller les paquetages. Le reste de l’effectif, avec son armement seulement, ferait mouvement pendant la nuit pour être en position dès 5 heures du matin. Les Allemands préféraient venir à l’aube pour mieux voir le terrain. Deux groupes protègeraient les flancs. Le deuxième groupe de la 2 assurerait les arrières. Pendant ce temps, les deux autres groupes de la 1 attaqueraient la formation allemande. Si, pendant la progression, on entendait un coup de feu, tout le monde se replierait sur le taillis (et le responsable serait battu comme plâtre). Les armes seraient approvisionnées mais sans cartouche chambrée.
Une fois en position, l’ouverture du feu serait faite sur un signal préréglé, en l’occurrence la mine que O’Neill allait placer sur la route pour faire sauter le véhicule de tête. À ce moment, les FM tireraient tous un chargeur complet en croisant leur feu de la tête vers l’arrière et inversement, tous les fusiliers tireraient un magasin complet de fusil. Ensuite on attendrait les ordres. L’embuscade aurait lieu environ 1 km avant le poste d’observation. On devait envisager qu’il soit occupé, le groupe de flanc-garde s’en chargerait si c’était le cas.
Les hommes s’équipèrent, presque tous prirent leur capote et à 21 heures, ils se mirent en marche. Sans avoir été repérés, ils étaient en position à 3 heures du matin et les cadres autorisèrent un homme sur deux à se reposer par roulement. L’aube vit tout le monde en alerte, l’arme prête cartouche chambrée, lame-chargeur ou magasin prêt à l’emploi, les fusiliers avaient tous monté la baïonnette, O’Neill était parti faire un tour et il n’était pas encore revenu, mais le soldat D***, qui l’avait accompagné, était rentré et avait informé les chefs que « ça baignait dans l’huile ».
L’embuscade dura moins de 5 minutes et fut un plein succès. Un convoi constitué d’un side-car suivi d’un camion, puis d’une voiture et d’un autre camion approchait à petite vitesse.
Tout était calme, puis le side-car de tête fit un véritable saut périlleux arrière « qu’on ce serait cru chez Médrano » devait commenter Panigarola. Au même moment, toutes les armes ouvrirent le feu et pendant près de 15 secondes ce fut un vacarme infernal. Tout le monde se trouva à recharger en même temps pendant que les cadres ordonnaient un « Halte au feu, rechargez ! » Puis les deux groupes descendirent au pas de charge vers la route pour observer le résultat. Quand ils arrivèrent sur la route, les malheureux Bavarois en étaient encore à se demander ce qui s’était passé, du moins les encore assez vivants pour le faire. On laissa sur place morts et blessés intransportables, le bilan était sérieux. Sur 36 hommes, les Allemands avaient 12 tués et 14 blessés plus ou moins graves, dont trois pourraient prendre soin de leurs camarades. L’équipe d’assaut fit main basse sur tout l’armement et tous les papiers disponibles avant d’embarquer les dix bonshommes valides manu militari (forcément) et de repartir au pas de course. O’Neill avait rejoint, ayant récupéré dans les débris du side-car deux pistolets et trois grenades. Il avait aussi un MP-38, mais dont le canon faisait maintenant un angle incompatible avec un usage sûr.
Le repli de toute la troupe vers la base arrière se passa sans problème, puis toute la colonne reconstituée marcha vers les lignes françaises. Elle y parvint sans encombre vers 2 heures du matin, mais resta cachée à 300 mètres en attendant l’aube pour se dévoiler, parce que de nuit « dans le doute on tire, et ce serait con de prendre des risques maintenant ».
L’entrée de la patrouille au cantonnement fut quasiment romaine. Les prisonniers furent un peu insultés et bousculés puis nourris, abreuvés et soignés avant d’être interrogés par l’officier du 2e Bureau.
Le butin fut honnêtement partagé, le sous-lieutenant avait filé son ruby à un tireur FM et hérité d’un P-08. On donna le MP-38 hors d’usage ainsi que deux fusils, le reste fut soigneusement rangé, on savait jamais ça pouvait servir.
………
Les enseignements de la patrouille furent les suivants.
– L’entraînement avait payé et la discipline de feu avait été parfaite.
– Il fallait trouver un truc pour transporter le matériel, les déplacements à pied étant fatigants et plutôt lents.
– On avait gardé deux MP-38, y aurait-il moyen d’obtenir d’autres mitraillettes.
– O’Neill reconnut que 5 kilos de cheddite pour un side-car c’était excessif, il avait failli le prendre sur la tronche, mais il se justifia en disant qu’il ne savait pas ce qui arriverait en tête. De toute façon, l’usage d’une forte charge pour commencer l’embuscade, c’était une très bonne idée.
– Le capitaine de *** en fit un rapport qu’il envoya PVH à son chef de bataillon. En réponse, il reçut un courrier l’informant que sa compagnie devenait corps-franc régimentaire (une note de corps d’armée en réclamait la création), qu’il dépendrait dorénavant du colonel (bien du plaisir) et qu’on espérait qu’il se casserait le cou la prochaine fois.
De *** lut le texte à son petit état-major. « Tous des pisse-froid » fut le commentaire général, et on se mit à préparer le coup de main suivant sur l’observatoire A.
………
La désignation de sa compagnie comme corps-franc du régiment directement rattaché à l’EM rendait le capitaine de *** un peu dubitatif. Il avait bien commencé sa guerre, vu qu’on le forçait à la faire, autant la faire bien. Mais si son ex-chef de bataillon lui avait laissé les mains libres par paresse, que ferait le chef de corps ?
Par bonheur, la sclérose intellectuelle ne touchait pas tous les échelons du commandement. Le colonel avait quelques qualités, dont une tendance à laisser faire du moment que ça fonctionnait. Il autorisa son subordonné à faire un appel de volontaires au sein du régiment afin de doter le corps-franc d’une quatrième section de combat et d’une section de mitrailleuses. Après un sévère triage lors de différentes phases d’entraînement, De *** disposait de ses cinq sections, avec même un petit élément de commandement, constitué notamment de deux clercs de notaires, un comptable et un géomètre. On mit la cuisine sous les ordres du sergent ***, qui refusait de tirer sur des hommes mais avait un véritable don pour préparer à manger à partir de rien. Un lecteur d’Erich Maria Remarque lui avait donné le surnom de Katz, qui lui était resté.

(à suivre)
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 08:17    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, beau texte! L'histoire est amusante et n'est pas sans rapeller la saga des joyeux au niveau du style. Chapeaux bas pour Crixos! Applause
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folc



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 08:48    Sujet du message: Répondre en citant

Très beau texte Applause
Dans les troupes de forteresse, être aux cuisines n'était pas un signe de totale incapacité "guerrière" puisque les gens des cuisines renforçaient les équipes normales d'approvisionnement des pièces et veillaient à leur refroidissement (mitrailleuses) pendant le combat. Mon grand-père, qui était cuisinier de métier et cuisinier au fort de Castillon (comme quoi l'Armée de Terre pouvait utiliser parfois au mieux les compétences) se souvenait d'avoir utilisé pour cela du café froid (entre autres...).
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folc



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 08:52    Sujet du message: Répondre en citant

Petit détail : Panigarola, pour être marseillais, n'en est sans doute pas moins d'origine lombarde Smile
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Anaxagore



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 09:07    Sujet du message: Répondre en citant

euh... je me coupe peut-être les cheveux en quatre, mais Médrano c'est le zoo de Paris pas un cirque. Confused
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Alias



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 09:47    Sujet du message: Répondre en citant

Joli, j'aime beaucoup.

Vivement la suite.
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Stéphane "Alias" Gallay -- https://alias.erdorin.org
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clausewitz



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 10:26    Sujet du message: Répondre en citant

Très beau récit. J'adore la scène de la pelle.

Je ne sais pas ce qui est prévu ensuite mais je verais bien le O'Neil avoir un rôle plus important par la suite à condition qu'il se calme sur l'explosif. Laughing
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 12:06    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
euh... je me coupe peut-être les cheveux en quatre, mais Médrano c'est le zoo de Paris pas un cirque. Confused


Heu, je crains que ce soit bien un cirque... à l'époque au moins.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 13:12    Sujet du message: Répondre en citant

A la demande générale, la suite...


La réussite quasi parfaite de l’assaut sur l’observatoire B rendait tentant de rééditer le coup sur l’un des deux autres qui avaient été repérés. Les deux autres groupes de la 2 et la section 3 bouillaient d’impatience, on pariait sur le résultat ! Terropi s’occupait des nouveaux, assisté de quelques “anciens” qui parlaient bien fort de leur exploit. Les impétrants en bavaient d’envie et ne rêvaient plus que d’assaut au petit matin au milieu de la fumée des grenades. Cette ambiance de kermesse héroïque retomba rapidement.
Le 24 novembre, le deuxième élément d’assaut partit vers l’observatoire A avec la ferme intention d’égaler son prédécesseur. Le capitaine de *** les regarda partir avec un nouveau pincement au cœur et on attendit leur retour.
………
Le deuxième élément marcha toute la nuit pour s’arrêter peu avant l’aube, selon un protocole validé par l’expérience précédente. Le lieutenant *** laissa son groupement sous commandement de son adjoint pendant qu’il partait en reconnaissance avec huit hommes. Le reste de l’effectif n’avait qu’à se reposer. Son adjoint disposa l’unité en hérisson puis ordonna le repos pour tous sauf une sentinelle par groupe. À peine deux heures plus tard, on entendit au loin une sorte de roulement de tonnerre, très vite identifié comme un tir de mortier par deux vieux poilus. Le bruit venait de l’observatoire A. L’adjudant *** fit mettre tout le monde en alerte. Puis il décida d’attendre deux heures avant d’aller voir ce qui se passait, tout en restant prêt à décrocher en cas d’embrouilles.
Il venait tout juste de vérifier le dispositif – un gros quart d’heure s’était écoulé – quand on lui signala des coups de feu sur l’avant. Très vite, il y eut aussi un bruit de course. Heureusement pour eux, on identifia les coureurs avant de leur tirer dessus. Cinq minutes plus tard, trois soldats haletants, noirs de fumée et ayant perdu presque tout leur matériel, informaient l’adjudant de la perte de leur chef et de leurs cinq camarades suite à un tir de mortier et une embuscade par une compagnie allemande qui les avait poursuivis et ne devait pas être loin.
Les ordres préalables au repli avaient déjà été donnés. L’adjudant fit partir deux demi-sections en tiroir pendant qu’il attendait avec la troisième pendant encore cinq minutes. Avec un peu de chance on éviterait les Allemands.
La chance ne fut pas du lot. Le repli avait à peine commencé que les sentinelles annonçaient des mouvements à moins de 50 mètres. Les champs de tir étant définis, l’adjudant ordonna un feu brutal à son unité pendant que le repli se poursuivait. FM et fusils se déchaînèrent, chaque fusilier tirant alternativement à droite et à gauche des arbres pouvant servir de couvert et les FM donnant tous ce qu’ils avaient. Les hommes étaient au delà de portée de grenade, mais ils entendaient des ordres jaillir des fourrés d’en face. On réagissait là-bas, il ne fallait pas trop se laisser accrocher. Après une minute de feu d’enfer, l’adjudant ordonna un jet simultané de grenades, puis la petite troupe, rendue presque sourde, se replia. Elle avait deux blessés légers, et hormis l’eau et les munitions, elle abandonnait tout son équipement.
L’élément se carapata pendant plus de deux heures. Quelques hommes ouvraient la voie, quelques autres la fermaient, tout le monde bourrait. De jour la distance semblait plus courte, mais de nuit et avec les Boches aux fesses, elle leur parut vraiment longue. Ils n’étaient plus qu’à 4 ou 5 km de la frontière et de leurs lignes et allaient traverser un thalweg quand toute la colonne s’arrêta à la lisière d’un bois. Les quatre éclaireurs qui en étaient sortis pour descendre dans le thalweg et repérer l’autre bord venaient de se faire tirer au déboulé par au moins deux mitrailleuses. Le dernier réussit par miracle à revenir en arrière, les trois autres restèrent sur le terrain. L’un d’eux bougeait encore un peu, mais ses deux camarades faisaient le mort avec une telle conviction que ce n’était sûrement pas un rôle de composition. Visiblement, on leur faisait à eux aussi le coup de l’embuscade.
L’adjudant *** n’avait pas de lettres, mais lisait les règlements. Il mit deux groupes en bouchon face à l’arrière pour résister à une poussée de leurs poursuivants. Un groupe fut chargé de faire face à l’autre bord du thalweg, « et n’économisez pas les mun’ c’est Daladier qui paie ! » Si ça devenait intenable il faudrait décrocher, mais en attendant il fallait fixer ceux d’en face. Qu’il y ait toujours au moins un FM qui tire, et qu’ils n’hésitent pas à changer de positions pendant que lui et trois autres groupes tentaient de prendre l’ennemi de flanc. Quand ils entendraient des explosions en face, qu’ils cessent le feu. O’Neill, qui était là une fois de plus, décida de poser quelques charges sur les arrières pour leurs poursuivants. Et comme il avait des doutes, il doubla tout. Au lieu d’en mettre deux-trois, il en posa une demi-douzaine qui faisaient chacune un bon kilo.
L’anxiété gagnait tout le monde. Ceux de l’arrière attendaient les Allemands et écoutaient la violente fusillade qui retentissait sur l’avant, où le groupe chargé de fixer l’adversaire flinguait consciencieusement en attendant l’assaut de l’adjudant et en se demandant si les copains dans leur dos pourraient faire leur boulot et arrêter les Boches. L’adjudant et son équipe fonçaient dans les bois en se demandant si ils auraient le temps, et si ceux qui restaient pourraient rentrer à peu près intacts. Comme ses hommes devraient donner un assaut, il avait laissé la moitié de ses FM sur la lisière du thalweg pour augmenter le volume de feu, mais lui compris c’étaient 19 hommes qui allaient essayer de flanquer les allemands d’en face, « pourvu qu’ils ne soient pas trop nombreux » pensait-il in petto.
Ils avaient couru plus de 1 km avant de se risquer à traverser, ce qu’ils firent sans être repérés. Maintenant il n’y a avait plus qu’à couvrir la même distance en sens contraire – avec un peu plus de circonspection. En effet, au bout de 600 mètres, ils repérèrent deux sonnettes, mais qui avaient un peu tendance à oublier leur secteur pour écouter ce qui se passaient plus loin et ça faisait bien 15 minutes que ça tirait à tout va. L’adjudant mit sa troupe en ligne et désigna deux tireurs pour les sentinelles. Chacun le sien et tirez en même temps. Un coup de feu unique claqua et les deux hommes s’écroulèrent. Toute la petite équipe avança assez rapidement, 200 mètres plus loin, ils voyaient les premiers éléments de la troupe ennemie. « Au moins deux sections, et m*** ! », jura l’adjudant. Il fit passer ses ordres en chuchotant le long de la ligne. « Tant qu’on est pas repérés on avance, dès qu’on est repérés, feu à volonté et assaut avec tout ce qu’on a, tant pis pour les prescriptions grenades ! » Et la petite troupe farouche monta à l’assaut, doigt sur la détente ou main serrée sur une grenade. Ils parcoururent ainsi une bonne centaine de mètre avant d’être découverts, à moins de 50 mètres du gros adverse.
Une demi-douzaine de grenades furent lancées, interrompant, comme convenu, le feu qui venait de la lisière opposée, et les hommes se jetèrent à l’assaut – comme devait le dire un des acteurs, « une vraie bande de nègres en furie ! » Baïonnette au canon, les fusiliers ne s’arrêtaient de faire feu sur tout ce qui bougeait que pour embrocher ce qui ne bougeait pas assez vite. Les tireurs FM se déchaînaient sur l’aile gauche, tirant sur tout ce qui fuyait. Le soldat ***, pourvoyeur de pièce, vit un landser foncer vers “son” FM, il commença par tirer avec son Ruby, puis voyant que ça ne suffisait pas, prit sa pelle glissée dans le ceinturon et frappa avec un han de bûcheron pour écarter le fusil du Boche avant de lui mettre un revers qui laissa le fer enfoncé dans le visage de son adversaire jusqu’au nez. La brutalité et la soudaineté de l’assaut emportèrent la décision et les feldgrau s’égaillèrent comme une volée de moineaux. Le silence retomba un bref instant, plusieurs hommes s’écroulèrent simplement. Deux à cause de blessures, les autres sous l’effet du choc psychologique et de la brutalité des événements. Aucun prisonnier n’avait encore été fait officiellement, dans un coin deux feldgrau tremblants attendaient, ne sachant ce qui viendrait de ces hommes aux yeux vides qui laissaient retomber la tension. L’adjudant sentit le flottement, il reprit immédiatement le commandement, fit regrouper l’effectif et soigner les blessés, seulement cinq légers qui pouvaient marcher, un vrai miracle ! Il ordonna de ramasser un maximum d’armes et de papiers. Puis il envoya deux hommes de liaison faire rejoindre les soldats restés de l’autre côté du thalweg.
L’équipe de feu avait perdu pendant ce temps trois hommes dans ses duels avec les mitrailleuses. Elle se préparait à faire mouvement quand les deux groupes laissés à l’arrière arrivèrent au pas de course. Les poursuivants rejoignaient, mais on avait encore un peu d’avance. O’Neill et deux hommes suivaient leur progression.
Regroupée de l’autre côté du thalweg, la petite troupe repartit aussi vite que possible, encombrée de ses blessés et des morts qu’elle emportait roulés dans une toile de tente, d’un butin assez impressionnant et des deux feldgrau. À peine étaient-ils partis qu’ils entendirent un chapelet d’explosions sur l’arrière, mais les hommes se dirent avec sérénité : « Six petites c’est l’ennemi, une grosse c’est O’Neill, il rejoindra bientôt. »
Apparemment le dispositif allemand se diluait sur l’avant, car les survivants du deuxième élément purent rejoindre les lignes françaises sans autre difficulté. O’Neill fermait la marche avec ses deux acolytes, il avait encore récupéré un MP-38, mais cette fois le canon était resté droit. Il était juste d’une couleur un peu brune, qui s’avéra du sang au lavage.
………
Le bilan était cruel : 4 tués (2 éclaireurs et 2 tireurs FM), 7 blessés dont deux graves (tous deux furent évacués séance tenante, mais l’un ne devait pas survivre à ses blessures), et 6 disparus. La Croix-Rouge, interpellée, se renseigna : il y avait trois morts et trois blessés.
On apprit plus tard, en recoupant les témoignages des survivants du groupe de pointe et l’interrogatoire des prisonniers, que les Allemands avaient monté depuis plus d’une semaine une embuscade de grand style, avec mines antipersonnel et mortiers, mettant en œuvre trois compagnies au total sur l’observatoire A et autant sur le C !
Malgré l’échec, le capitaine de *** et Terropi notèrent plusieurs points positifs. Ainsi, malgré la violence des combats, la troupe n’avait pas perdu sa cohésion. Les tactiques employées et entraînées avaient fonctionné. Bien encadrés, les soldats avaient répondu avec efficacité.
Et il y avait un butin : 2 prisonniers ; au moins 20 armes individuelles, dont encore 2 MP-38 (celui de O’Neill était le sien à lui et n’était pas décompté) ; 3 armes collectives (une MG34 et deux FM tchèques VZ 26), malheureusement avec peu de munitions.
L’EM de la petite troupe relisait rapports et comptes-rendus, l’adjudant buvait un bon coup. Au sein de la compagnie, la guerre, la vraie, avait fait une entrée fracassante. Et la haine entra de son pas feutré parmi les soldats. Une embuscade d’accord, mais les mines antipersonnel, ça c’était pas correct. On prit sur le champ plusieurs décisions.
– Aucune opération sans renseignements frais. On avait lancé l’attaque sur l’observatoire A sans faire de nouvelle reconnaissance, sur la foi des renseignements qui avaient conduit au succès sur l’observatoire B. Erreur à ne pas renouveler.
– L’entraînement à balles réelles devait se poursuivre. Il avait démontré son efficacité.
– A propos de balles, il fallait dans cette zone de sous-bois des armes crachant rapidement une grande quantité de projectiles. Là, quelqu’un fit la remarque que de bons vieux fusils de chasse et des chevrotines, ça passerait très bien.
– Il fallait du plus lourd, aussi : la compagnie devait disposer d’une section de mortiers pour avoir des appuis propres.
– Enfin, il fallait trouver un moyen de communication entre élément d’assaut et le reste de la compagnie. Les Allemands avaient des radios, nous, comment faire ?
La compagnie finit la soirée dans une grange pour un dégazage d’anthologie. Il fallait oublier deux-trois choses, les morts, les blessés, voire le bruit d’une pelle entrant dans un crâne. Mais, le nez dans sa bière, Terropi réfléchissait à de nouveaux moyens de tirer vite, beaucoup et précisément, pendant que le capitaine, son blanc d’Alsace à la main (il restait parfois un peu nobliau), ruminait de sombres vengeances. En effet, il était mauvais perdant.

(à suivre)
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clausewitz



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 13:57    Sujet du message: Répondre en citant

Excellente suite. La dernière annonce un récit prometteur Very Happy
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bonatti



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 15:52    Sujet du message: l infanterie Répondre en citant

super excellent car il est rare de trouver des textes qui montrent l infanterie a l oeuvre épisode qui me touche particuliérement car mon Pére ( Marius) a été blessé dans une embuscade en janvier 1940 en Alsace et il était cuisinie
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Finen



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 17:58    Sujet du message: Répondre en citant

Très bon!

Je ne sait pas si il y a du vécu derrière tout ça mais un pro n'aurait pas mieux fait.

Bravo!
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patzekiller



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 19:22    Sujet du message: Répondre en citant

excellent!!! Very Happy
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Anaxagore



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MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2011 21:06    Sujet du message: Répondre en citant

Le texte met bien en avant les différences entre l'armée française (archaïque, pas de radio, avec des pénuries d'armes et de munition, un commandement sclérosé) et en face les Allemands. Pourtant, l'avantage n'est pas autant en faveur des copains d'outre Rhin... du moins si on avait entraîné correctement les hommes et si on leur avait appris à attaquer.

Mon père m'a raconté une anecdote. Dans sa jeunesse (au début des années 60) il est entré dans une section de la ligne Maginot. Pas un musée, non juste un secteur à l'abandon. Il n'a trouvé ni arme, ni équipement, mais énormément de bouteilles vides... des bouteilles de vin. Cela donne pas une très bonne opinion de l'armée française.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Juin 24, 2011 11:39    Sujet du message: Répondre en citant

Troisième épisode


« Opération Dein Risiko ? Qu’est-ce que ça veut dire ? » fut la première réaction lorsque le capitaine de *** annonça à ses cadres, une fois la gueule de bois digérée, que les affaires continuaient, et qu’il en avait même le thème. La veille, lors de la beuverie qui avait suivit l’échec du raid sur l’observatoire A, il avait fait un discours, très court.
« Tous les cavaliers vous le diront, quand on chute, on doit se remettre en selle, faute de quoi on n’osera plus jamais. Cette fois nous avons chuté. Demain nous remonterons en selle. C’est toujours la guerre, à nous de faire des croche-pied. Nous n’oublierons pas ceux qui sont tombés. C’est le lot des guerriers. Aujourd’hui est le jour du souvenir, demain celui de la revanche. Vive la France ! » Le cri avait été repris par toute la compagnie, et si le toit n’avait pas bougé, c’était tout à l’honneur de ses constructeurs. Hé bien voilà, le capitaine joignait le geste à la parole.
Devant ses adjoints interloqués par ce nom d’opération plutôt étrange, il leur expliqua. Que la voie ferrée entre Sarrebrück et Mannheim n’était pas si loin, que la forêt de Pfälzer couvrait l’accès presque jusqu’aux rails, et que le jeu de mots tenait au fait que c’était la Deutsche Reichbahn qui conduisait les trains, et que Dein Risiko voulait dire « À tes risques ». Certains se dirent que le capitaine n’était pas que cavalier (dans tous les sens du terme), c’était carrément un hussard dans la meilleure tradition de Lasalle. Ce qui n’était pas pour déplaire à cette petite bande.
Mais « Hussard vantard, chasseur hâbleur » peut-être – on avait payé avec du sang un certain sentiment de supériorité et un peu d’insouciance. Là il ne faudrait rien laisser au hasard. Le programme des prochaines semaines serait chargé.
Terropi, qui avait décidément un don pour les armes, poursuivrait intensivement l’instruction de la compagnie. En parallèle, on chercherait à se procurer de la 9 mm parabellum pour les MP-38 de prise, et d’autres mitraillettes si possible.
À tous les coups, chemins, sentiers et routes étaient mieux surveillés que le reste, on se déplacerait dès lors en dehors d’eux. Une note de service avait permis de trouver un douanier du Doubs adepte du ski de fond et, semblait-il, fort doué. À charge pour lui de trouver deux ou trois de ses semblables et d’entraîner l’effectif à cet art difficile. Et à charge pour le quartier-maître de se procurer le matériel correspondant, par n’importe quel moyen, de préférence légal (il s’en sortit très bien en faisant passer la compagnie pour une compagnie de chasseurs alpins).
À charge pour O’Neill de trouver le meilleur moyen de détruire une voie ferrée avec un minimum d’explosifs – pas de place pour le doute, il faudrait expérimenter. Et il faudrait aussi trouver 4 ou 5 hommes par section pour apprendre les joies de la démolition bruyante (curieusement, pensa plus tard le capitaine, il fallut refuser du monde).
Et puis, une section de mortiers à trois tubes ayant été attribuée à la compagnie, ils allaient devoir passer eux aussi dans le moule (apparemment, l’arme savante restait de qualité dans l’armée française – au premier exercice, la rapidité et l’efficacité du feu des trois 81 déclencha un commentaire standard « on voudrait pas être dessous »).
Il fallait aussi réfléchir à ces histoires de communications entre les éléments engagés et le commandement (malheureusement, il n’y eu jamais de radios disponibles pendant toute la campagne).
Enfin, il fallait trouver une vingtaine de volontaires pour continuer de faire des patrouilles de renseignement de l’autre côté.
À la fin du rapport, comme le capitaine demandait si il y avait des questions ou des suggestions, trois points ressortirent.
– Est-ce que la compagnie disposait d’une caisse noire pour certains achats d’armes, il y a deux-trois choses intéressantes au catalogue de la Manu ? (Terropi)
– Pourrait-on laisser partir les hommes en permission une semaine par roulement pendant le mois de décembre ? (Quartier-maître) – C’est une note de l’EM (adjugé).
– Et puisque les hommes rentrent chez eux, ceux qui souhaiteraient en rapporter du matériel personnel pour le corps franc y seraient-ils autorisés ? (Terropi) – Oui ! (capitaine de ***).
………
Le mois de décembre s’écoula, pas trop paisiblement. Si les hommes sortaient d’un exercice de tir c’était pour skier et inversement, et quand ils avaient une place au chaud et à l’abri, alors c’était un cours de lecture de carte ou de conduite à la boussole. Une petite équipe en était dispensée ; reléguée à l’écart, elle produisait beaucoup de bruit et parfois, quelques projectiles ou débris finissaient leur cours près du cantonnement. Le jour où un caillou de la taille d’un ballon de rugby défonça le toit des cuisine, provoquant une visite furieuse du cuisinier qui prétendait que dans ces conditions faire la guerre ce n’était plus possible, il fut formellement interdit à O’Neill de dépasser 25 kilos en une fois, il était prié de travailler « à l’économie » (souligné deux fois), merci.
Si FM et fusils (Berthier et Mas) donnaient pleine satisfaction, la découverte des MP-38 fut un peu plus difficile. Au premier essai, magasin plein, c’est à sa carrure que Terropi dut de ne pas arroser toute la planète, mais seulement une surface grande comme un demi-terrain de foot devant lui. Instruit par l’expérience il ne remplit pendant un moment les magasins qu’avec 10 cartouches. Après deux jours de travail, il savait monter et démonter l’arme, et pouvait tirer en semi-auto ou en rafales courtes jusqu’à une distance de 50 m. Il prépara alors un programme de tir pour faire passer peu à peu toute la compagnie à l’instruction. Il annonça également au capitaine que ces armes offraient un excellent rendement à courte distance et juste au-delà d’une portée de grenade, ainsi qu’en milieu confiné. Pourrait-on SVP essayer d’en récupérer d’autres…
Il conseillait également, vu la puissance de feu et la maniabilité de l’arme, de la confier à un des deux éclaireurs de pointe, pour qu’il puisse envoyer un maximum de plomb dans un minimum de temps (3 secondes en rafales, le double en semi-auto) en cas de contact hostile sur l’avant. Cela donnerait au chef d’élément quelques instants pour réfléchir.
Si la formation au ski de fond se passa bien, on remarqua rapidement que, skis aux pieds, engager son arme ne serait pas facile, surtout en sous-bois. Cependant, faute de solution mieux adaptée, on travailla le passage rapide de la position de déplacement à une position de feu. Les skieurs arrivaient sur la place de tir et faisaient feu en moins de 30 secondes après l’arrêt du déplacement. Certains prirent l’habitude de se laisser carrément chuter sur le côté pour donner une silhouette plus basse. Au début, ç’avait été une simple chute d’un maladroit qui, la figure pleine de neige, avait quand même mis son fusil en batterie et commencé à tirer pendant que ses camarades se tenaient les côtes. Très vite, la chute, d’accidentelle devint réglementaire, ceux qui avaient ri au lieu de tirer gagnèrent le droit faire une boucle de 12 km à ski avant de revenir faire l’exercice de tir. Après quoi il fut plus ou moins entendu dans la compagnie que l’important c’était la mission, peu importait les moyens et la façon de la remplir, réglementaires ou non.
Pendant que la majorité de l’effectif trimait comme des Romains, les sections partaient une semaine en permission, par roulement. Au retour, un petit tri fait parmi ce qui avait été rapporté permit de retenir :
– une trompe de chasse, des sifflets et un clairon comme moyens de communication ;
– unfusil à renard comme arme pour les éclaireurs, chargé avec de la chevrotine 21 grains ;
– un fusil à lunette pour tirer le chamois ;
– des caoutchoucs avec de bonnes chaussettes, pas mal par temps froid.
Deux chasseurs d’oiseaux peu fair-play avec la gent aviaire avaient rapporté leur Browning B25. L’arme de chasse fit fureur en semi-auto.
Un vétéran de 14-18 s’était décidé à revenir avec « un souvenir très cher » de l’Autre Guerre, que lui avait offert un soldat américain (qui aurait sans doute été très étonné de se savoir si généreux). C’était un trench-gun 1897 en parfait état. Pas prêteur le camarade, c’était son gun à lui, et ç’avait été un drôle de boulot de le passer au nez et à la barbe des gendarmes.
Le corps-franc commençait à prendre des allures légèrement extra-réglementaires. Une note passa pour ordonner de remiser les trucs trop peu catholiques lorsqu’on était à l’arrière. En première ligne, il n’y aurait pas d’inspection et tout serait permis.
Le capitaine de ***, si il participait de temps en temps à l’un ou l’autre exercice, continuait de prépare son « opération DR ». Quasiment chaque jour, une patrouille venait lui faire son rapport sur l’activité ennemie. Chacune d’elle, composée de quatre hommes armés de fusils et de grenades, partait en moyenne pour deux jours. La mission n’était pas de chercher le contact, mais d’obtenir des informations. Après trois semaines d’investigations, le capitaine possédait un tableau assez réaliste de la situation. Plusieurs compagnies du régiment bavarois occupaient des villages et effectuaient régulièrement des patrouilles. Les garnisons des observatoires d’artillerie avaient été renforcées. Mais les rapports notaient qu’après presque quatre semaines d’inactivité apparente des Français, le niveau d’alerte avait sensiblement baissé. Le moment paraissait des plus propices à une action brutale.
………
Le 20 décembre, toute la compagnie (sauf la section 1) était de nouveau là. Lors du rapport des cadres, on fixa la date de l’opération DR. Noël fut contesté : même chez les athées, l’idée de faire tout péter ce jour-là déplaisait un peu. La nuit de la naissance du Christ s’accordait mal avec le bruit et le sang versé lors d’un coup de main. Par contre, après réflexion, la nuit du Nouvel An sembla à tous un bien meilleur choix. Selon les Alsaciens, un Allemand est saoul le soir du 31 et a la gueule de bois les deux jours suivants. En plus, les Germains adorent les feux d’artifice. Sur cette remarque candide venant du quartier-maître, l’affaire fut entendue, on démolirait la voie ferrée la nuit du 31.
Si messe de Minuit et réveillon furent apprécié de tous, la désignation des équipes qui devaient mener l’opération DR fut difficile. Il y eut des bagarres, des engueulades et même des marchandages sordides, chacun voulait une place et était prêt à presque tout pour l’obtenir. Finalement on arriva à une sorte de compromis : De *** décida que de toute façon c’était le tour de la 4, point. Le reste de l’effectif se posterait en recueil à la frontière et ferait au besoin diversion. Ainsi tous seraient égaux devant le froid.
La 4 s’organisa en quatre groupes de démolition de 8 hommes. Chaque groupe comportait une équipe de protection (FM, VB, 2 mousquetons) et une équipe de sapeurs (MP-38, 1 mousqueton, 2 Ruby et 20 kilos de cheddite). Il était prévu de faire sauter la voie en quatre points différents, on espérait ainsi la couper sérieusement au moins à un endroit. Finalement, le 30 au soir, quatre équipes de skieurs fantômes partaient vers le nord. Souffrant d’une inaptitude totale au ski, O’Neill n’en faisait pas partie. Il mâchonnait un morceau de cordeau bickford en regardant partir ses élèves, il espérait qu’ils sauraient mettre ses leçons en application.
La journée du 31 se passa sans encombre et la nuit vit presque tout l’effectif, posté comme prévu en recueil, attendre un signe quelconque des hommes de la 4. Ils ne furent pas déçus. Au moment ou sonnaient les douze coups de minuit heure allemande, il ne se passa rien du tout et là, beaucoup se dirent que ceux de la 4 se trouvaient dans le même cirage que leurs prédécesseurs. Mais quand il fut minuit heure française, on entendit au loin trois petites détonations. Chacun fut persuadé qu’il s’agissait de ceux de la 4 et on sortit le champagne. Après tout, trois sur quatre c’était pas mal. Vers deux heures du matin heure française, on entendit, plus rapprochée, une nouvelle détonation. Dubitatifs, les hommes attendirent avec d’autant plus d’impatience le retour de la 4. Les raiders se présentèrent à l’aube – entre 7 et 9 heures du matin. Ils allèrent se sécher et se réchauffer, puis les chefs de groupe partirent au rapport.
Pour trois d’entre eux, la mission s’était déroulée sans inconvénients. Ils s’étaient infiltrés sans être repérés jusqu’à leur objectif, les sapeurs avaient installé leurs charges en moins de 5 minutes, installant les explosifs en ciseaux pour en renforcer l’effet. Comme chaque sapeur disposait de 10 charges de 1 kilo, c’était trois jolis morceaux de voie ferrée qui avaient volé en l’air. Le repli s’était passé aussi bien que l’aller, une vraie promenade.
Le quatrième chef de groupe était franchement de mauvais poil. Son équipe avait accumulé les déconvenues. À l’aller ils avaient brisé deux paires de skis sur des cailloux. En arrivant sur la voie ferrée, ils étaient tombés sur la seule patrouille allemande du front de l’ouest qui n’était pas saoule comme vingt cochons et n’avaient pu s’en prendre aux rails. Au retour, ils étaient tombés sur un petit pont, qu’ils avaient envoyé en l’air sous l’effet de l’énervement et des 20 kilos d’explosifs (fallait pas gâcher et tant qu’à faire).
Le rapport, dûment transmis à la hiérarchie, valut citations et décorations à l’EM régimentaire et à deux ou trois chefs de bataillons, le corps-franc reçut les bénédictions de l’évangile, ce qui ne lui fit ni chaud ni froid.
………
Le 4 janvier, le quartier-maître arriva avec la nouvelle de la livraison de 20 MP-38, récupérés sur les troupes républicaines espagnoles réfugiées en France début 39 et qu’il s’était fait attribuer par diverses manœuvres savantes. Il fut porté en triomphe au mess des cadres, qui entonnèrent pour lui « Car c’est un joyeux camarade ». L’an 1940 s’annonçait très bien, on allait voir ce qu’on allait voir.

(à suivre)
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