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Penser aux Prisonniers
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Oct 31, 2010 18:36    Sujet du message: Penser aux Prisonniers Répondre en citant

Un petit texte de Menon-Marec qui couvre un domaine fort important...


18 janvier 1941
Alger
– Un décret en forme de RAP paru au Journal officiel porte création d’un organisme interministériel ad hoc, la Délégation générale aux Prisonniers et Internés (DGPI).
La nouvelle structure est chargée, aux termes du texte, de recueillir et de centraliser toutes les informations concernant les captifs, d’adoucir leur sort autant que faire se peut, par l’envoi de colis de ravitaillement, en particulier, et par l’aide à l’organisation dans les camps et prisons d’activités culturelles ou sportives, et de veiller sur leurs familles. Elle a vocation à œuvrer en permanence en collaboration avec le Comité international de la Croix rouge, responsable de l’application des conventions de Genève, et notamment avec la délégation du CICR à Alger.
Le décret ne précise pas, il va de soi, que les fonctionnaires civils et les militaires qui seront affectés à la Délégation générale appartiendront à deux cadres différents. Le cadre A, placé sous l’autorité du Délégué général, se consacrera aux tâches annoncées officiellement par le décret. Le cadre B, lui, qui n’apparaîtra jamais en tant que tel, aura pour mission d’organiser l’évasion – éventuellement le rapatriement en Métropole sous prétexte sanitaire, s’il est concevable de l’envisager – puis le transfert à travers la Méditerranée des officiers, sous-officiers et spécialistes dont la présence en Afrique du Nord est jugée nécessaire ou, au moins, opportune.
Afin d’éviter toute querelle d’attributions, la DGPI est intégrée ab initio aux services de la Présidence du Conseil.


20 janvier 1941
Alger
– Le général de Saint-Vincent, qui s’est illustré lors de la bataille des Alpes sous les ordres du général Olry, est nommé Délégué général aux Prisonniers et Internés. Polytechnicien et artilleur, il apparaît déjà, dans les “milieux autorisés”, comme l’un des futurs “grands chefs” de l’Armée. Il est surtout considéré comme un organisateur de premier plan – ce qui justifie sa nomination à la direction d’un organisme où tout est à créer.


22 janvier 1941
Alger
– Une simple lettre de Paul Reynaud à Vincent Auriol, à Georges Mandel et au général de Gaulle , qui ne sera publiée nulle part, fixe la composition de l’état-major du général de Saint-Vincent à la direction de la DGPI.
- Adjoint au délégué général : général de brigade Laffargue
- Affaires internationales : capitaine Pierre Bertaux (universitaire, spécialiste de l’Allemagne, détaché aux Affaires étrangères depuis octobre 1940)
- Affaires financières, soldes et allocations aux familles : capitaine Hervé Alphand (inspecteur des Finances)
- Affaires juridiques : lieutenant André Lavagne (maître des requêtes au Conseil d’État)
- Affaires médicales et sanitaires : commandant Paul Lebon (professeur de médecine)
- Affaires culturelles, Université des camps et sports : sous-lieutenant Suzy Borel (attachée d’ambassade, sous-directrice au service des Œuvres des Affaires étrangères)
- Liaisons avec le ministère de la Défense : colonel Bonnet (ancien de l’armée des Alpes)
- Liaisons avec le ministère de l’Intérieur : commandant André Achiary (commissaire de la DST)
- Cadre B : lieutenant-colonel Charles Luizet (officier des Affaires indigènes, ancien administrateur français de la zone internationale de Tanger).
Officieusement, en raison de la séparation des églises et de l’État depuis 1905, mais concrètement, en raison des besoins spirituels des détenus, trois “chargés d’aumônerie” ont été intégrés à la Délégation : le RP Teilhard de Chardin sj (tout juste revenu des États Unis malgré les réticences du Vatican qui préférait le savoir éloigné de l’Eglise de France où son influence est jugée « délétère » par le Saint-Office), le pasteur Jousselin et le rabbin Lévi-Oiknine .


6 mars 1941
Paris
– Pierre Laval, en sa qualité de ministre de l’Information, obtient le feu vert du Reich pour la diffusion auprès des prisonniers de guerre français du Trait d’union. Préparé depuis des mois par ses services, le Trait d’union devrait se présenter comme « le journal des exilés , conçu et rédigé par des exilés, pour les exilés ». En réalité, il est entièrement réalisé par des fonctionnaires et des contractuels du ministère.
Le projet de ce journal, tiré sur seize pages en format berlinois , remonte en fait à octobre 1940. Mais Pierre Laval a dû négocier avec les services du Dr Goebbels, à qui rien de ce qui concerne la Presse n’est étranger, avec la Wilhelmstraße (qui a demandé, pour la forme, l’avis du Palais Chigi), avec l’OKW dont dépendent les oflags et les stalags, avec deux départements de la Commission d’Armistice de Wiesbaden, avec la Propaganda Staffel de Paris et, bien entendu, avec l’inévitable Otto Abetz.
Du côté allemand, outre la méfiance qu’inspire le NEF, on redoutait surtout des représailles de la part des autorités d’Alger. Interrogée par le Département politique de Berne , la Rue Michelet s’est bornée à une protestation minimale. Elle a rappelé que le gouvernement français régulièrement constitué, et en aucun cas « l’autorité de fait », est seul responsable, aux yeux de la puissance protectrice et du CICR, aussi bien des prisonniers français en Allemagne (et en Italie) que des prisonniers allemands (et italiens) en Afrique du Nord. D’ailleurs, a fait valoir la diplomatie française, lorsqu’il s’est agi d’organiser, dès l’automne 1940, des échanges de prisonniers grands blessés ou malades, ce n’est qu’avec les autorités légitimes de la France que le Reich a dialogué, par le truchement de la Suisse et du CICR. Mais on a ajouté verbalement que le gouvernement, et avec lui tous les bons Français, animés du seul souci du bien-être physique et moral des détenus, ne s’opposeraient pas à la diffusion de « ce, hum, document » qui offrira « peut-être » un moyen d’apporter « quelques distractions » aux captifs.
On n’a pas jugé nécessaire de révéler à Berlin, via Berne, que Radio-Alger diffusera chaque soir, sur ondes courtes, à partir du 15 mars prochain, un bulletin spécial de trois quarts d’heure destiné aux camps de prisonniers : les rapports des Services spéciaux indiquent que des bricoleurs doués, réfractaires à la discipline prussienne ou bavaroise, sont parvenus, au péril de leur vie parfois (car la Gestapo n’a guère l’habitude de plaisanter en matière d’écoute des radios étrangères), à monter des récepteurs de TSF dans plus des deux tiers des oflags et près de la moitié des stalags.
Pour Pierre Laval, qui espérait évidemment pouvoir convertir une partie des “exilés” à sa politique, l’opération lui a d’abord donné l’occasion de nouer Outre-Rhin, notamment avec l’Auswärtiges Amt (dénomination officielle de la Wilhelmstraße), des contacts qu’il veut croire fructueux. Son grand dessein – qu’il n’a confié qu’à son directeur de cabinet, Jean Jardin – vise à obtenir de Joachim von Ribbentrop et, au-delà, d’Hitler lui-même, la possibilité de nommer et d’accréditer à Berlin un ambassadeur du NEF qui ferait pendant à Abetz (ce qui ouvrirait de facto la voie à la nomination d’un haut représentant à Rome : toujours le tropisme italien).
Le tout, estime Laval, contribuerait à conférer à son pouvoir un brevet supplémentaire de légitimité, tant sur le plan national que dans le monde : il souffre d’être tenu pour quantité négligeable par Washington (qui n’a maintenu à Paris qu’un consul général adjoint) aussi bien que par le Saint-Siège, désormais représenté dans la capitale par un simple protonotaire apostolique, de nationalité française de surcroît, alors que le nonce en titre occupe à Alger sa fonction traditionnelle de doyen du Corps diplomatique.
Il a déjà envisagé deux prétendants éventuels pour ce nouveau poste : Georges Scapini, avocat et glorieux mutilé de la Première Guerre mondiale, et l’essayiste Jacques Benoist-Méchin, auteur d’une très remarquée Histoire de l’Armée allemande publiée à partir de 1936 .


9 mars 1941
Paris
– La première édition du Trait d’union, prête depuis la mi-février, a été complétée et actualisée en hâte. Après avoir reçu le visa de la censure allemande, elle a été tirée sur les anciennes presses de L’Humanité. Deux cent mille exemplaires sont embarqués sur l’express régulier Paris-Berlin. Ils seront répartis dès le lendemain entre les camps par la Reichspost, qui a promis à ses collègues des PTT de faire diligence. Premiers servis, les stalags de la capitale du Reich et de sa banlieue recevront le Trait d’Union à partir du 11.


15 mars 1941
Alger
– Intervention remarquée de Pierre Dac dans le premier bulletin spécial destiné aux prisonniers. L’humoriste se déchaîne : « On sait que je ne suis pas d’accord avec Pierre Laval. Mais, ce soir, je veux lui dire, à la fois, mes félicitations et mes remerciements. Je le félicite d’avoir eu une idée généreuse et je le remercie de penser au bien-être des captifs. Grâce à lui, deux cent mille paquets de torche-cul viennent d’être remis aux oflags et aux stalags. Et attention, j’ai fait un calcul. D’un seul exemplaire de son torchon, on devrait pouvoir tirer trois cent cinquante feuilles de PQ, soit, au total, soixante-dix millions de feuilles de papier de la Victoire, comme l’on disait durant l’Autre Guerre, livrées d’un seul coup à nos soldats malheureux par le soi-disant NEF ! Bravo et merci, monsieur Laval. Et, puisqu’un don en vaut un autre, je vous cède gratuitement le nom que je viens de trouver pour ce qu’on ne peut quand même pas appeler un journal : “Le trait d’oignon” . Faites-en bon usage. Allez, encore merci, et bonne nuit. »


5 octobre 1941
Paris
– Pierre Laval décide stopper la parution du Trait d’union. Déconsidéré par les railleries de Radio-Alger, le “journal des exilés” ne servait plus, comme l’avait pronostiqué Pierre Dac, qu’à la toilette intime des captifs. Tout au plus les plus mal lotis s’en servaient-ils pour rouler, à la russe, des cigarettes à base de tabac récupéré dans des mégots décortiqués.
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folc



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MessagePosté le: Dim Oct 31, 2010 18:58    Sujet du message: Répondre en citant

Excellente idée de Menon-Marec.
Il faudra juste penser à trouver, pour le Cadre B, un successeur à Charles Luizet quand ce dernier deviendra fin décembre 1942 le premier préfet de la Corse libérée.
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Folc

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Menon-Marec



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MessagePosté le: Dim Oct 31, 2010 19:21    Sujet du message: Répondre en citant

Merci, Folc. Mais c'est moche de me piquer Luizet!
Sérieusement, qu'est-ce qui aurait un nom à proposer? En ce qui me concerne, je pense spontanément au commandant Brouillard (Pierre Nord) qui devrait être ramené de Métropole où les polices du NEF et les Allemands le serrent de trop près - et recevoir du même mouvement sa cinquième ficelle. Mais peut-être a-t-il déjà reçu une autre affectation.
Amts, ainsi que l'on écrit à l'AFP.
M-M.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Oct 31, 2010 21:16    Sujet du message: Répondre en citant

Hé, Luizet reste quand même disponible pour les prisonniers durant 18 mois ! Faut penser à son plan de carrière ! Cool

Pierre Nord sera très bien, il n'a pas d'affectation prévue, et en plus, il a un "remplaçant" fictif : Paul Morice, dit Colonel Brume.
Vous aurez reconnu la double inspiration de ce personnage des aventures de Jacques Lelong (j'avoue, c'est assez tordu).
_________________
Casus Frankie

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Anaxagore



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MessagePosté le: Dim Oct 31, 2010 21:30    Sujet du message: Répondre en citant

Excellent choix que Pierre Nord ! J'ai plusieurs livres de lui dans ma bibliothèque. Il a beaucoup de qualités.
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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loic
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MessagePosté le: Dim Oct 31, 2010 23:01    Sujet du message: Répondre en citant

Dommage qu'en FTL il ne puisse pas suivre son destin OTL (cf. wiki)
Citation:
Nord devient ensuite chef des services spéciaux des 9e et 10e armées lorsqu'il est fait prisonnier (à nouveau) par les troupes allemandes en 1940. Il s'évade et devient un des animateurs de l'Armée secrète. Après avoir appartenu au réseau de résistance "Travaux ruraux", il sera, sous les ordres de son ami, le commandant Hubert de Lagarde, en 1943-1945, le second du réseau Eleuthère. Les renseignements fournis par ce réseau permettront à l'aviation alliée de pulvériser dans la nuit du 4 au 5 mai 1944 la division blindée 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen regroupée dans la région de Mailly-le-Camp/Châlons-sur-Marne (10 à 12 000 hommes tués ou hors de combat, 400 chars détruits, ainsi que de nombreux camions et autres véhicules).

Shocked
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Tyler



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Messages: 577

MessagePosté le: Lun Nov 01, 2010 19:57    Sujet du message: Re: Penser aux Prisonniers Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
[Pour Pierre Laval, qui espérait évidemment pouvoir convertir une partie des “exilés” à sa politique, l’opération lui a d’abord donné l’occasion de nouer Outre-Rhin, notamment avec l’Auswärtiges Amt (dénomination officielle de la Wilhelmstraße), des contacts qu’il veut croire fructueux. Son grand dessein – qu’il n’a confié qu’à son directeur de cabinet, Jean Jardin – vise à obtenir de Joachim von Ribbentrop et, au-delà, d’Hitler lui-même, la possibilité de nommer et d’accréditer à Berlin un ambassadeur du NEF qui ferait pendant à Abetz (ce qui ouvrirait de facto la voie à la nomination d’un haut représentant à Rome : toujours le tropisme italien).
.


Il n'y a pas déjà à Berlin un ambassadeur du NEF? de Villelume, nommé à l'automne 40?
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patrikev



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MessagePosté le: Lun Nov 01, 2010 21:29    Sujet du message: Répondre en citant

OTL, la promesse de libération des prisonniers de guerre a été largement uilisée comme moyen de pression du Reich sur Vichy et comme moyen de propagande de Vichy sur son opinion intérieure. FTL, il y a eu libération de quelques prisonniers sympathisants comme Brasilach, mais le NEF a encore moins de cartes en mains que Vichy OTL pour négocier des libérations en nombre significatif.

Le 22 juin 1941 OTL, les quotidiens de France occupée titraient en gros sur l'invasion de l'URSS, et en plus petit (mais avec photos) sur la libération de PG français anciens combattants. Y aura-t-il le même coup de propagande lors de Barbarossa FTL?
_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Nov 03, 2010 01:13    Sujet du message: Penser aux Prisonniers (et aux Ambassadeurs) Répondre en citant

Tyler a écrit:

Il n'y a pas déjà à Berlin un ambassadeur du NEF? de Villelume, nommé à l'automne 40?


Nommé par Laval, mais non accrédité par Berlin.
Villelume se morfond et Laval s'énerve...

1er janvier 1941
La Collaboration
Paris
– Pierre Laval, qui a passé les fêtes à Châteldon, fait remettre à Otto Abetz une lettre de vœux destinée au Führer. Au delà des banalités d’usage, le chef du NEF exprime l’espoir que la France et l’Allemagne pourront renouer en 1941 de vraies relations diplomatiques.
Il est de fait que le Reich s’obstine à ignorer – ou à tenir pour nulle et non avenue, ce qui, en l’occurrence, revient à peu près au même – la nomination depuis octobre 1940 de Paul de Villelume comme ambassadeur du NEF à Berlin. Non seulement Villelume – dont la nomination est pourtant parue au Journal Officiel du NEF – n’a jamais reçu ses passeports, mais la Wilhelmstraße s’est abstenue avec soin de tout signe qui aurait pu donner à penser qu’elle envisageait, de près ou de loin, d’entériner le choix du personnage ou la mission dont il aurait été chargé. Villelume se morfond à Paris, où il se répand en récriminations dans les salons collaborationnistes, accusant « le Président » de le lâcher.
Jusqu’alors, personne n’a osé remontrer à Pierre Laval que retenir un membre éminent de l’entourage de Paul Reynaud, quelles qu’aient été son attitude et ses opinions depuis l’été 1939, pour assurer à Berlin la représentation de son régime ne constituait peut-être pas la plus opportune des options : le Führer a la rancune tenace… Le chef du NEF pensait au contraire que le fait d’avoir fait partie d’un cabinet ministériel légal donnait à Villelume (et à lui-même) un vernis de respectabilité.
D’ailleurs, le personnage choisi n’explique pas tout : Laval a essuyé une déconvenue analogue avec l’Italie. Le Duce et le palais Chigi se sont, eux aussi, refusés à accepter la nomination officielle de Victor Barthélemy comme ambassadeur du NEF à Rome. Tout juste lui concèdent-ils un rôle de “petit télégraphiste” tout ce qu’il y a d’officieux – un télégraphiste qui, de surcroît, n’a pas grand chose à transmettre…


Passons à la suite, car Menon-Marec se soucie beaucoup du bien-être des prisonniers...

6 février 1941
Alger – Le BO du ministère de la Défense annonce que le chef d’escadrons Jacques Weygand « est mis à la disposition de la Délégation générale aux Prisonniers et Internés ».
Le fils du généralissime des jours terribles de mai-juin 1940 s’est illustré durant toute la campagne dans les rangs du 3e régiment d’Automitrailleuses, qui appartenait à la 3e DLC du général Petiet. Piégé sur le continent, il a fait partie des “démobilisés du mois d’août”. Après être allé se recueillir à Orléans (ou ce qu’il en reste) sur la tombe de son père, il a quitté la Métropole en décembre 1940. Pierre Laval, qui lui trouvait « un nom bien encombrant », lui avait en effet accordé un visa pour l’Espagne : Jacques Weygand, sans sourire, avait excipé de son désir de faire d’un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle pour y remercier son saint patron de l’avoir protégé durant les combats.
En fait, Jacques Weygand s’est rendu directement à Madrid où le gouvernement franquiste, embarrassé mais toujours soucieux d’équilibre, lui a réservé un accueil poli et l’a autorisé à passer au Portugal (non sans avoir fait étape à Compostelle !). Il a pu ensuite rejoindre Alger via Lisbonne. Aussi bien De Gaulle que Noguès l’ont, eux aussi, estimé “encombrant” et leurs subordonnés se sont à qui mieux mieux refilé le mistigri. Finalement, son affectation à la DGPI apparaît comme une mise au placard qui ne ressemble pas trop à une sanction, d’autant que la mémoire de l’adjoint de Foch, tombé avec panache sur la Loire, continue d’être fort respectée dans les armées : le sacro-saint “moral des cadres” passe avant tout, même en temps de guerre.
Il va de soi que le BO ne précise pas que le commandant Weygand sera placé dans le cadre B pour y assurer les contacts avec les armées étrangères, l’armée belge en particulier, qui doivent, elles aussi, gérer un grand nombre de prisonniers. Pour cette tâche-là, juge-t-on, le nom qu’il porte sera, tout au contraire, un atout.
Le général de Saint-Vincent et le lieutenant-colonel Luizet lui ont donné – verbalement – la consigne d’envisager avec les états-majors étrangers les possibilités d’action conjointe pour organiser les évasions d’officiers généraux et supérieurs, en particulier de la forteresse de Königstein. On s’est souvenu, opportunément, que Jacques Weygand avait avant la guerre appartenu à la Légion et qu’il manie la langue de Goethe presque aussi bien que le français – son père y avait veillé.


1er mars 1941
Alger – Les statiques dressées en compilant et en croisant toutes les données disponibles (listes officielles transmises par l’OKW au CICR, registres de contrôle des états-majors des trois armes, demandes de renseignements des familles, relevés des PTT de Métropole parvenus en AFN par diverses voies, etc.) indiquent que l’Allemagne détenait au 1er janvier 1941 quelque 1 020 000 prisonniers de guerre français, dont plus d’une trentaine d’officiers généraux. Le nombre des officiers prisonniers s’élève à 67 500 et celui des sous-officiers à 94 900.
Les échanges de prisonniers grands blessés ou malades ont permis la libération de près de 5 800 détenus de tous grades jusqu’au 31 décembre 1940. Les autorités allemandes, de leur propre chef, ont libéré jusqu’alors 28 450 prisonniers pour des raisons politiques (Alsaciens et Lorrains anciens combattants de 14-18 dans les armées impériales, pronazis de longue date, amis et relations d’Otto Abetz, pensionnés de la Cinquière Colonne, spécialistes – journalistes par exemple – demandés par le NEF, sans oublier un échantillonnage de fascistes, frontistes, “nationaux”, dissidents de l’Action française, cagoulards impénitents et autres défaitistes de tout poil, etc.).
Les évasions – du moins celles qu’il est possible d’homologuer en tant que telles , à partir d’un oflag ou d’un stalag, et qui donnent lieu ipso facto à l’attribution de la médaille des évadés – ne se sont (encore) élevées qu’à 1 780. Mais la DGPI, se référant à l’expérience de la Première Guerre, fait remarquer que la mauvaise saison, toujours sévère en Allemagne même, ne se prête guère aux “élargissements sans autorisation”. On peut espérer que ce chiffre sera multiplié par cinq, au moins, mais plus probablement par sept ou huit, voire par dix, dès que reviendra le printemps.
Le nombre des tentatives d’évasion qui ont échoué peut être déduit, par approximation, des affectations dans les camps disciplinaires, où sont aussi envoyés toutes sortes de délinquants (aux yeux des autorités nazies) : voleurs, saboteurs, suspects de propagande et/ou d’activités pro-alliées ou communistes, amants de ressortissantes du Reich, etc. Il est évalué par la DGPI, avec la prudence requise, à 4 800 environ.


22 mars 1941
Alger – Paul Reynaud a réuni dans son bureau Georges Mandel, le général de Gaulle et Raoul Dautry avec les généraux de Saint-Vincent et Laffargue et le lieutenant-colonel Luizet. Il n’y aura pas de procès-verbal : Dominique Leca devra se contenter de prendre quelques notes manuscrites qu’il rangera dans un dossier anodin . Elles devront faire foi au cas, peu probable, où s’élèveraient des contestations.
Les responsables de la DGPI ont préparé, en un seul exemplaire qui sera détruit à l’issue de la rencontre, un document portant liste des catégories de prisonniers à faire évader par priorité. Soit, dans l’ordre, en fonction des besoins immédiats des trois Armes et des industries de guerre et de ceux que l’on peut supputer pour le futur :
(i) Armée de Terre
- Officiers et sous-officiers des chars et des blindés (de l’Infanterie et de la Cavalerie)
- Officiers et sous-officiers de l’Artillerie (d’abord anti-chars et DCA)
- Officiers et sous-officiers des Transmissions (d’abord radios)
- Personnels de tous grades des Troupes de montagne (Chasseurs alpins et pyrénéens, Infanterie Alpine, Artillerie de montagne, personnels des SFA)
- Personnels de tous grades des Dragons portés et des Chasseurs portés
- Sous-officiers des Troupes coloniales
- Sous-officiers armuriers
- Sous-officiers et hommes de troupe mécaniciens auto et chars
- Officiers brevetés d’état-major
- Officiers généraux
- Officiers et sous-officiers d’active
- Officiers et sous-officiers de réserve.
NB – Les hommes de troupe qui s’évaderaient d’eux-mêmes devront être considérés comme des éléments de bonne valeur, quelle que soit leur spécialité (ou leur absence de spécialité) et il faudra les affecter sans délai aux écoles et centres de formation de sous-officiers.
(ii) Armée de l’Air
- Officiers et sous-officiers pilotes
- Officiers et sous-officiers navigants relevant d’autres spécialités
- Officiers et sous-officiers mécaniciens, armuriers, électriciens, etc.
- Officiers et sous-officiers de l’Infanterie de l’Air
- Officiers et sous-officiers du guet radio-électrique
(iii) Marine
- Officiers de toutes les spécialités
- Officiers mariniers de toutes les spécialités
- Ingénieurs du Génie maritime
- Officiers mobilisés de la Marine marchande
- Officiers mariniers, quartiers-maîtres et matelots brevetés scaphandriers
(iv) Armement
- Ingénieurs issus des grandes écoles
- Techniciens, projeteurs et dessinateurs des bureaux d’études des industries de toutes les branches
- Ingénieurs, techniciens et ouvriers professionnels de l’industrie aéronautique en général
- Ingénieurs, techniciens et ouvriers professionnels des Fabrications d’armement (notamment des arsenaux et manufactures de l’État et des sociétés privées spécialisées telles Schneider, Saint-Chamond, FCM, etc.).
- Ingénieurs, techniciens et ouvriers professionnels de la construction navale (en particulier de Saint-Nazaire et de la Ciotat)
- Ingénieurs, techniciens et ouvriers professionnels de l’industrie automobile
Par ailleurs, même s’il s’agit d’une population qui ne relève pas, sauf accident, de la DGPI, le document recommande d’utiliser les procédures d’évasion pour amener en AFN des cheminots spécialisés (mécaniciens, chauffeurs, régulateurs, ouvriers professionnels), afin de renforcer le potentiels des chemins de fer d’AFN dont le personnel qualifié apparaît d’ores et déjà insuffisamment nombreux pour faire face, dans l’immédiat, à l’accroissement du trafic dû à la guerre et, pour le futur proche, aux besoins que susciteront l’extension et la modernisation du réseau nord-africain.


28 avril 1941
Mayence – Les officiers de l’Oflag XII-B sont les premiers à mettre en place - dans le secret, bien entendu - le dispositif opérationnel préconisé par le cadre B de la DGPI.
L’appareil clandestin est dirigé par un “triangle” (le mot a été repris sans vergogne au vocabulaire du Parti communiste et du Komintern) comprenant un chef de camp, un chef des évasions et un chef de la propagande. Le chef de camp, qui n’est pas forcément – et même assez rarement – le plus ancien dans le grade le plus élevé, court-circuite le “doyen” reconnu officiellement par les Allemands et par la Croix Rouge et son appareil de direction, s’il ne fait pas preuve d’un esprit de résistance incontesté. C’est lui qui fixe, en fonction des consignes communiquées par le Cadre B, l’ordre des départs, individuels ou collectifs, préparés par le chef des évasions et ses affidés. Ces derniers ont pour tâche d’organiser les opérations et de fournir aux candidats à l’évasion ce qui leur sera nécessaire dans tous les domaines : faux papiers, vêtements civils, parfois maquillage, boussole, cisaille lorsqu’il le faut, cartes, plans, horaire des rondes des sentinelles et des patrouilles de Schupos, indications d’itinéraire des métros (à Berlin), des tramways, des bus et des trains, adresses utiles et on en passe – plus quelques Marks, évidemment.
De son côté, le chef de la propagande appartient nécessairement, pour des raisons de commodité, au comité des activités culturelles du camp. Il a pour mission d’insuffler à tous, par tous les moyens, la volonté de résister à l’ennemi, de s’échapper aussitôt que possible, de reprendre le combat, et de ne pas se plier à la politique du NEF.
Les règles du cloisonnement ont été formalisées par l’un des officiers opérationnels du Cadre B, le capitaine Maurice Duclos, dit Maurice Saint-Jacques, qui a appartenu à la Cagoule. Elles doivent être appliquées sans faiblesse : le chef de camp ne connaîtra que le chef des évasions et le chef de la propagande, mais il ignorera les noms de ceux qu’ils auront recrutés – lesquels, il va de soi, ne s’identifieront à leur tour, et au sein de leur filière exclusivement, que dans la mesure de l’indispensable.
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patzekiller



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MessagePosté le: Mer Nov 03, 2010 10:26    Sujet du message: Répondre en citant

1er mars 1941
Alger – Les statiques dressées en ...

c'est pas plutot statistiques....

ça va se terminer avec steve mc queen tout ça Very Happy

enfin concernant les cheminots : il faut signaler qu'existe en afn une formation dirigée par le célèbre hassan cehef Laughing
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Menon-Marec



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MessagePosté le: Mer Nov 03, 2010 12:50    Sujet du message: Répondre en citant

Merci, Pat, de faire flotter sur nos travaux austères le parfum capiteux du calembour.
Je crois savoir, à ce sujet, qu'Hassan Séhef collabore étroitement avec un Tunisien, Moncef Degarh. Laughing
Amts.
M-M.
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LaMineur



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MessagePosté le: Mer Nov 03, 2010 13:38    Sujet du message: Re: Penser aux Prisonniers (et aux Ambassadeurs) Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:

28 avril 1941
Mayence – Les officiers de l’Oflag XII-B sont les premiers à mettre en place - dans le secret, bien entendu - le dispositif opérationnel préconisé par le cadre B de la DGPI.

Une raison particulière de choisir ce camp ? Sinon j'espère qu'on trouvera l'occasion de citer le Stalag XIII (avec ou sans son Oberst Klink).
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Menon-Marec



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MessagePosté le: Mer Nov 03, 2010 14:56    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, cet oflag-là est l'un des plus près de la France, donc relativement accessible. La Prusse orientale, vu de Paris ou de Nancy, c'est beaucoup plus loin.
Amts.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Nov 20, 2010 21:19    Sujet du message: Suite pour Prisonniers Répondre en citant

Menon-Marec est en forme !

19 mai 1941
Alger
– La Rue Michelet communique à la DGPI, en urgence, une copie du déchiffrement d’un télégramme de l’ambassade de France à Moscou : selon une information « de source officieuse mais, nous semble-t-il, autorisée » , près d’une centaine d’officiers – tous subalternes, de sous-officiers et d’hommes de troupes évadés des Oflags et Stalags de l’est de l’Allemagne ont réussi à passer en URSS. Mais ils ont été rassemblés dans un camp au sud de la capitale, à Mitchourine, et souvent « après avoir été maltraités, voire quelquefois torturés dans les locaux de la Guépéou » , à Moscou ou en province. L’Union soviétique n’ayant pas adhéré aux conventions de Genève – sans doute par volonté de rupture avec le tsarisme – la Croix Rouge n’y est pas représentée et ne peut assumer son rôle habituel. La Suisse, puissance protectrice, non plus, puisqu’elle n’a pas noué jusqu’alors de relations diplomatiques avec le régime issu de la Révolution d’Octobre.
L’ambassade précise qu’elle a eu connaissance des noms de près de la moitié de ces internés. Ils se seraient donnés pour chef (« Starchi »), reconnu comme tel par les Soviétiques selon une logique qui échappe aux cerveaux cartésiens, le capitaine Pierre Billotte, le plus ancien dans le grade le plus élevé. À la tête d’une compagnie de B1 bis du 41e BCC sous les ordres du commandant Malaguti, le capitaine Billotte s’est illustré contre les Panzers à Stonne, à La Besace et à Mourmelon en mai-juin 1940. C’est le fils du général Gaston Billotte, commandant le GA 1 durant la Drôle de Guerre, mort dans un accident au tout début de l’offensive de la Wehrmacht.
« Nous entreprenons immédiatement des démarches, tant officielles qu’officieuses, en vue de recevoir le droit de rendre visite à ces internés et d’améliorer leur sort, conformément au Droit des Gens, d’une part, et, ainsi qu’il va de soi, d’autre part, d’obtenir sans délai leur remise en liberté et la possibilité de les évacuer vers des territoires sous souveraineté française ou alliée » ajoute l’ambassadeur Charles Corbin . En annexe, l’ambassade donne le nom et les prénoms, le grade, le numéro matricule et même la date d’évasion des internés dont elle a pu établir, vaille que vaille, l’identité.
À la DGPI, on se montre d’autant plus intéressés que les Allemands rechignent, en règle générale, à informer le CICR des évasions, dont le nombre pourrait bien dépasser les évaluations les plus optimistes. En outre, on constate que la rudesse des conditions hivernales n’a pas empêché des hommes résolus de s’évader avec succès alors que les antennes du cadre B de la Délégation ne s’étaient pas encore implantées : c’est de très bon augure, affirme le général de Saint-Vincent à ses collaborateurs.

22 mai 1941
Moscou
– Charles Corbin et Viatcheslav Molotov ont en commun d’arborer un pince-nez et de ne sourire – hors mondanités diplomatiques et, pour Molotov, le 1er mai et le 7 novembre – qu’en cas d’extrême nécessité. Ils gardent donc l’un et l’autre des traits fermés lorsque Corbin, qui a demandé la veille à être reçu, remet une notre verbale très à cheval :
« L’ambassadeur de France, envoyé extraordinaire et plénipotentiaire, Charles Corbin, présente ses compliments à Son Excellence Viatcheslav Mihaïlovitch Molotov, ministre des Affaires étrangères de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques.
« D’ordre de son gouvernement, l’ambassadeur lui déclare avoir appris récemment que des officiers, sous-officiers et soldats français, évadés des camps de prisonniers d’Allemagne, sont actuellement retenus dans un camp d’internement à Mitchourine. Ils seraient au nombre de plus d’une centaine.
« La France ne saurait accepter que tous ces hommes, quel que soit leur grade, qui ont, au péril de leur vie, décidé d’échapper à l’ennemi et de reprendre le combat, soient traités en prisonniers de guerre, sinon en détenus de droit commun, par les autorités soviétiques. Elle fait remarquer que l’URSS et elle-même sont actuellement en paix, fort heureusement, et entretiennent, d’État à État, des rapports de confiance et de courtoisie.
« Aussi le gouvernement français compte-t-il sur le gouvernement soviétique pour que ces ressortissants-là soient remis sans délai en liberté et puissent être conduits dans un port où ils s’embarqueront sur un bâtiment français ou allié pour reprendre leurs place au sein des forces combattantes alliées. Il requiert en outre, dans l’immédiat, que des représentants de l’ambassade puissent visiter ces internés et améliorer leurs conditions d’existence.
« L’ambassadeur saisit cette occasion pour demander à Son Excellence Molotov de transmettre au Præsidium du Soviet suprême, au Politburo et au Secrétaire général Joseph Vissarionovitch Staline ses salutations distinguée et les assurer de sa conviction que les relations d’amitié entre nos deux pays, destinées à durer, conserveront leur sincérité et leur chaleur. »
Molotov n’a pas cillé pendant que l’interprète lui traduisait le propos de Corbin qui lui lisait, sans y changer un iota, le texte de la note.
« J’en prends acte » déclare-t-il seulement.

Notes
On apprendra après la guerre qu’elle a été fournie à l’attaché militaire en chef, avec ou sans l’accord de Staline, par Lavrenti Beria lui-même, qui ne répugne pas à jouer un jeu personnel. La formulation, à la fois alambiquée et contradictoire, adoptée par l’ambassade reflète sa perplexité.

Les Français ont beaucoup de mal a prendre acte de la suppression, formelle à la vérité, de la Guépéou, qui a été remplacée par le NKVD.

Remplacé à Londres par Joseph Paul-Boncour, Charles Corbin a été nommé à Moscou, remplaçant Eirik Labonne, non sans quelque atermoiement de la part de Molotov, le 1er janvier 1941, en même temps que le nouvel attaché militaire en chef, le général de brigade Michon, qui commandait l’école de Saumur au printemps 1940 et a reçu ses étoiles le 3 décembre 1940.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Sam Nov 20, 2010 23:54    Sujet du message: Répondre en citant

Joli texte et bonne remarque pour le Guépéo/tcheka/NKVD/KGB/FSK qui a survécu à tous les régimes sans changer un iota de méthode mais comme un lézard en changeant de peau. Quelques soient les époques considérées ses méthodes furent toujours méprisables et nauséabondes (déjà à l'époque tsariste son ancêtre avait pondu le "protocole des sages de Sion").
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