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Les Carnets de Jean Martin, par Tyler
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Juin 28, 2010 13:07    Sujet du message: Répondre en citant

gaullien a écrit:
les études de Suzanne sont vrai ou c'est une couverture?

Les deux mon général !
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Casus Frankie

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MessagePosté le: Lun Juin 28, 2010 16:52    Sujet du message: Répondre en citant

Ce qui est par ailleurs parfaitement dans l'esprit des temps

F
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gaullien



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MessagePosté le: Lun Juin 28, 2010 17:08    Sujet du message: Répondre en citant

est ce que dans la suit ont pourrat envisage que notre "héro", rencontre pour diverse raison, des soldat alliés (commando, aviteur abatut ECT...)?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Juin 28, 2010 17:51    Sujet du message: Répondre en citant

gaullien a écrit:
est ce que dans la suite on pourrait envisager que notre "héros" rencontre pour diverses raisons des soldat alliés (commando, aviateur abattu etc...)?

Je doute que le destin de notre héros, ou anti-héros, suive ce chemin.
Nous verrons avec Tyler.
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Casus Frankie

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Avr 28, 2012 16:47    Sujet du message: Jean-Martin 1943, par TYLER Répondre en citant

Hé oui... Ce retour de Jean Martin doit être mis en parallèle avec les péripéties politiques en France occupée en janvier...


Les carnets de Jean Martin
17-18 janvier, Paris et Aubervilliers
– Le 17 en début de soirée, on a tous été appelés alors que seul Fernandez (pour une fois sans Léonetti) était de garde. Arrivés au « 93 », on a découvert la quasi-totalité des brigades en armes. C’est-à-dire, pour beaucoup, Thompson, Sten et autres – c’est devenu du dernier chic au SONEF d’être équipé en armes anglaises ou américaines. Henriot disait hier à la radio : « les Anglo-Saxons peuvent être fiers, ce sont les principaux fournisseurs de nos forces de Défense de la Patrie », rapport au fait que depuis que les Italiens ont viré de bord, toutes les têtes chaudes se manifestent, du coup les dénonciations pleuvent, on arrête tous ces jolis Cocos et on met la main sur leurs armes, aucune organisation ces Partisans.
Moi j’ai le Mauser de Papa, ça me va amplement.
Bref tout le monde était là ou presque. Pas Darnand ni Touvier, mais Degans, l’observateur de Touvier. On est beaucoup moins nombreux depuis qu’on a été pillé l’an dernier par la création de la Garde du NEF et de la LVF, mais il reste les meilleurs, les plus motivés, et puis ont peut s’appuyer sur la Garde – d’ailleurs, il y avait aussi un chef de bataillon de la Garde, tout beau dans son uniforme en cuir noir. Y avait même un scribouillard de Je Suis Partout avec son photographe, depuis quelque temps ils envoient des types pour suivre nos grosses opérations – ou pas si grosses, mais elles en ont l’air une fois que le récit est imprimé. Mais quand on a lit le journal ensuite, c’est bien rare qu’on reconnaisse ce qu’on a fait ! Bah, il paraît que c’est ça le journalisme.
On a eu un topo par Bonny, responsable maintenant de toute la région parisienne pour le SONEF. Avec l’appui d’éléments de la Garde, nous devions intervenir « sur renseignement » à Aubervilliers, le fief de notre Président. Un rassemblement de Partisans de la région devait se partager une grosse quantité d’armes, avec des lourdes, des antichars, des explosifs… Bref de quoi mettre à feu et à sang une bonne partie de la banlieue.
Notre objectif était clair : appréhender le plus de monde possible et saisir les armes. « Une grande partie de ce matériel nous reviendra de droit », a ajouté Bonny comme si il nous promettait l’accès à la caverne d’Ali Baba.
« C’est sûr que des canons antichars pour faire la chasse aux réfractaires au STO, ça va nous changer la vie » a dit Alphonse, comme à son habitude, assez haut pour que tout le monde entende mais assez bas pour que tout ceux qui n’ont pas aimé puissent faire comme si ils n’avaient rien entendu.
On a étudié la façon dont on allait procéder sur une carte de l’endroit – depuis l’arrivée de Touvier, on a eu droit à quelques cours de stratégie militaire dispensés par des officiers venus de la FST (le pauvre, il a pas pu en placer une), de la Garde et même par un Boche, bon heureusement il a pas été assez tarte pour venir tout seul… Ensuite, en voiture ! Cap sur Aubervilliers
On est arrivé devant un immense entrepôt et Alphonse a proposé à Bonny de faire une reconnaissance. Bonny a dit d’accord, pendant ce temps j’organise l’encerclement es lieux avec la Garde. Alphonse nous a fait signe – moi, le Zazou, Fernandez et Léonetti. Mais Gomina s’est invité et Alphonse a pas pu refuser – Gomina c’est le nouvel homme fort du 93, enfin le nouveau gros lèche-bottes du 93, il est arrivé du ministère, paraît qu’il a demandé à être muté chez nous pour monter en grade.
Bon, on a neutralisé deux gamins (enfin, des gamins de mon âge…) qui faisaient le guet et Alphonse les a fait accompagner jusqu’à un panier à salade par les Dupondt. On restait quatre, on est monté à l’étage, sur une sorte de galerie d’où on avait une vue d’ensemble, il devait y avoir vingt ou trente personnes en bas. J’ai pas aperçu la moindre caisse d’armes, les seules caisses visibles servaient de tables pour des bouteilles, des verres, un appareil de radio et un gros phono. Ils étaient en train d’écouter Radio Londres où comme d’habitude on disait du mal du Président Laval, des « assassins du Nouvel Etat Français » etc. Mais très vite, ils ont coupé le poste et ils ont branché le phono pour passer un disque de musique nègre américaine.
Moi, j’ai remarqué autre chose : aucun n’avait plus de 20-25 ans, il y avait presque moitié de filles et ils ressemblaient plus à des lycéens et des étudiants qu’à des Partisans au couteau entre les dents – d’ailleurs en fait de couteau, c’est la seule arme que j’ai pu voir. La lumière était pas bonne, bien sûr, seulement quelques lampes pour un grand bâtiment, et fallait rester sur ses gardes. Dans l’obscurité, je voyais à peine le Zazou et Gomina, mais je me suis tourné vers Alphonse, le plus près de moi, et j’ai vu à sa tronche qu’il trouvait que c’était bizarre…
D’un coup, Gomina a vidé le chargeur de sa Sten en criant « Coups de feu, coups de feu ! » Moi j’avais rien entendu. La lumière s’est éteinte, Alphonse a crié : « On se tire », on a couru vers une fenêtre de l’étage et on a sauté, là on a vu Gomina, il était sorti avant nous et il jetait une grenade par la fenêtre, le sale con, on aurait pu être encore à l’intérieur !
On a vu des gens sortir par la grande porte, j’ai tiré deux-trois coups de feu en essayant de viser les jambes (il y avait des filles, je n’ai pas tiré sur elles), mais les mecs de la Garde ont ouvert le feu et ils ont pas visé les jambes, en fait, on a bien failli se faire descendre. J’ai entendu Alphonse crier « Halte au feu, halte au feu, mon commandant ! » mais ça ne s’est arrêté que quand on n’a plus vu personne hors du bâtiment, enfin, plus personne qui bougeait.
Trente secondes au plus ça a duré. Après, un silence de mort….
Qui n’a pas duré longtemps non plus car Gomina, qui voulait vraiment faire le malin devant les mecs de Je Suis Partout, a brandi une MP40 (il avait changé à cause du photographe, il avait dû se dire que ça rendrait mieux en première page avec une mitraillette boche qu’avec une anglaise) et il a gueulé « En avant ! Finissons le travail ! »
Et quel travail…
Comme les mitraillettes et les grenades ne suffisaient pas, ils ont carrément mis le feu ! Pendant ce temps, Alphonse et moi, on expliquait à Bonny qu’y avait que des gamins à l’intérieur, mais il nous a regardés en disant qu’il n’y pouvait rien. Les pompiers sont arrivés (des gens du quartier avaient dû les alerter) et le commandant de la Garde a voulu les renvoyer, heureusement, là, Bonny a dit que fallait pas exagérer, que ça suffisait. Les pompiers ont éteint le feu et on a pu rentrer dans l’entrepôt.
La vache, quel spectacle.
Des cadavres partout… De pauvres gamins qui avaient essayé de se cacher derrière des caisses en bois et qu’on avait délogés à la grenade offensive… Et des filles, aussi…
Alphonse, les Dupondt, le Zazou et moi on errait là dedans (Célina devait être en train de détrousser les mômes pour refourguer la camelote à Petiot et Porcelaine attendait dans la voiture). On semblait être les seuls à trouver ça bizarre. Et le photographe de Je Suis Partout, un petit gros qui devait se prendre pour Robert Capa à Madrid, flashait de tous les côtés. A un moment, ils ont trouvé un survivant, un gamin qui avait une balle dans le buffet, qui était à peine conscient, Gomina s’est approché de lui et lui a mis les bracelets ! Le Robert Capa de JSP a pris une photo et Gomina a lancé : « Voilà un judéo-bolchevique de moins dans les rues. Vive la France ! Vive le Nouvel Etat Français ! Vive l’Europe Nouvelle ! » Je crois que même le gars de Je Suis Partout en revenait pas.
Alphonse a explosé : « Judéo quoi ? Tu saurais l’écrire, espèce d’abruti ? Tu saurais même seulement écrire les inepties qui sortent de ce qui te sert de bouche? Non mais t’as vu ce que tu viens de faire ! C’était des gamins ! Qu’est-ce qu’ils ont de résistants ? Parce qu’ils écoutent du jazz, c’est des résistants ? Mais regarde un peu ! Tu les vois toi les mitrailleuses, la dynamite, les Thompson, les grenades ? Elles sont où les grenades ? Nulle part ! On s’est fait entuber comme des bleus, on nous a pris pour de vrais caves ! Et ça se saura, tu peux en être sûr, avec ta tronche sur le journal ! »
Puis il est parti, flanqué des Dupondt. En sortant, Fernandez m’a regardé car j’avais pas bougé d’un poil : « Tu viens ? Tu regardes quoi comme ça ? »
Je regardai le presque mort que Gomina avait alpagué.
C’était le copain d’enfance de Suzanne, celui qui devait venir sur Paris, celui dont je devais m’occuper…

Note d’Alex TylerLe récit de Jean Martin diffère sur plusieurs points de la version habituelle du massacre d’Aubervilliers, mais nous n’avons aucune raison de douter de son authenticité. Il n’a pas été possible d’identifier avec certitude le surnommé Gomina, dont le rôle dans cette affaire est des plus obscurs. Certains ont avancé qu’il avait pu s’agir d’un traître au SONEF à la solde de Doriot. La chose est en effet très possible, mais nous verrons par la suite qu’il ne porte pas toutes les responsabilités.


Les carnets de Jean Martin
21 janvier, Paris
– Depuis la sinistre affaire d’Aubervilliers, je n’ai fait que croiser Alphonse. Comme d’habitude en temps de crise, il fait des heures sup’ (Dieu sait pour qui, vu les gens qu’il connaît… Touvier ? Bonny ? Darnand en personne ? Voire même le Président ?). Son bureau est devenu une forteresse inviolable, les Dupondt en gardent l’accès matin, midi et soir. Moi, Célina, Zazou, Porcelaine on y a même pas accès…
La belle Margot, la secrétaire de l’accueil, a été mutée dans notre Brigade, mais en fait elle est tout le temps dans le bureau d’Alphonse et on continue à se farcir nous-mêmes nos rapports, d’ailleurs c’est dingue comme on a de plus en plus de paperasse à faire depuis que c’est Touvier qui est aux manettes.
Puis ce soir, alors que j’allai quitter le travail, Alphonse est venu me voir tout sourire.
– Alors Gamin! Tu croyais que je t’avais oublié? C’était ton anniversaire il y a peu. Bon d’accord, je t’ai déjà offert un cadeau [Un holster de tankiste anglais ! J’ose même pas imaginer comment il s’est débrouillé pour récupérer ça, mais c’est sûr qu’il y en a pas beaucoup qui en ont des aussi classes dans la Brigade !]… Mais je peux faire mieux ! Tu te souviens du Bédouin ? Et bien c’est aujourd’hui qu’est officiellement créée l’unité où il a été embringué.
Je me souviens – Doriot voulait créer une unité d’arabes, ou quelque chose comme ça, commandée par un mec qu’on avait pourchassé dans tout Paris et qu’on avait retrouvé dans le bureau de Bonny.
Alphonse a poursuivi, avec l’air tout content du vieil oncle qui va emmener son neveu au cirque : « La cérémonie a lieu en grandes pompes dans un grand hôtel parisien, avec tout le gratin, Laval, Doriot, Abetz, Oberg, Brinon, tout le monde ! D’abord, on va aller faire un tour chez un loueur de costumes que je connais et puis on va aller voir la grande comédie de nos dirigeants. Paraît que Darnand sera pas là, vu ce qu’a balancé Doriot sur le SONEF à la radio avant-hier, c’est pas étonnant ! Après on se fera une bonne petite Croisade avec les potes. »
Les saloperies d’avant-hier à la radio, c’était pas les premières. Alors nous, on a inventé un petit jeu : quand on a fini notre service et qu’on veut pas rentrer, on prend un véhicule banalisé, on tourne dans les rues jusqu’à trouver un petit péquenaud de Croisé de la Reconstruction en uniforme et on lui tombe dessus… ça passe les nerfs et on appelle ça une Croisade.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Costumier. Grand Hôtel. Réception, orchestre, tout le monde en smoking, Alphonse et moi rasés de près. Je commence à avoir l’habitude de toutes ces mondanités !
J’ai bavardé avec la fille Luchaire, pas mal, elle a à peu près mon âge. Mais elle est un peu trop parisienne, et puis c’est une actrice ! Je me suis assez vite senti dépassé par la conversation…
Doriot était tout fiérot dans son uniforme SS, paraît qu’il s’est engagé ce matin. Si ça lui chante…
Plus tard dans la soirée, quand tout le monde a été là, Doriot et ses proches (comme Barthelemy ou Sabiani, le mec qui a exilé les Dupondt) ont fait le tour de la salle pour voir si Je Suis Partout, Signal et Radio Nouvelle France étaient prêts. Ensuite Doriot, flanqué d’Oberg et Sabiani, a tapé avec une petite cuillère sur sa flûte à champagne : « Mesdames, Messieurs, Chers Compatriotes (dit-il sans regarder ni Laval ni Déat), Chers Amis (dit-il en regardant cette fois directement Oberg et Abetz), je vous présente la Légion Nord-Africaine, équipée par les soins du ministère de l’Intérieur (lequel ? ont murmuré quelques plaisantins mondains qui ne devaient être là que pour le chauffage et les petits fours), avec l’aide de nos partenaires. »
Sur un air que je connaissais pas, mais qui faisait festif, une centaine de soldats sont apparus, portant un uniforme bizarre, avec à leur tête El-Machin (ah oui, E-Maadi) et le Boche que j’avais vu dans le bureau de Bonny (ah oui, Helmut Knuchen). Au troisième rang j’ai reconnu Malik, qui a fait un sourire discret en nous voyant Alphonse et moi. Une fois que la musique a cessé, Doriot s’est avancé et a présenté la troupe.
J’ai pas tout retenu (je zyeutai une fille qui se tenait près de Luchaire, une certaine Maud de Belleroche, je sais que ce n’est pas bien mais Suzanne me manque)… Bon, il était question d’Europe Nouvelle, de Méditerranée Nouvelle, de Victoire contre la Ploutocratie, l’ordre ancien et des trucs comme ça. Bref, Doriot a fini en ré-annonçant la Légion Nord Africaine. Des applaudissements, des flashs, puis Laval s’est approché de Doriot, j’étais à côté : « Dites-moi Monsieur le Ministre, cette initiative semble intéressante. Votre… Légion, nous venons d’en voir les officiers, bien sûr, mais quand pourrais-je voir une revue d’effectif au complet ? »
Le rouge a commencé à envahir la tronche joufflue de Doriot ; ça allait plutôt bien avec son uniforme noir, mais Barthelemy a eu peur : « C’est que, euh… vous avez vu à l’instant les effectifs complets actuels, monsieur le Président » il a expliqué, tout penaud. Laval s’est retourné vers Jean Jardin en disant : « Ah… Eh bien, ce n’est pas si mal… Toutes les bonnes volontés, même les plus minimes, sont bonnes à prendre… »
Doriot s’est éclipsé avec Sabiani et quelques autres, tout en passant un savon au pauvre Barthelemy, qui pensait avoir bien fait…
Alphonse a encore bu deux ou trois coupes, puis on est parti.
« Je vais te montrer un truc encore plus ridicule, a dit Alphonse, en plus c’est un endroit vraiment bien pour faire une croisade. »
On est arrivés Gare de Lyon. On s’est faufilés entre les quais pour finir par rejoindre encore une fois un attroupement de journalistes qui entouraient une bande de Croisés de la reconstruction. Ils attendaient un train spécial en rangs d’oignon, encore tout un cérémonial…
Un tas de gens sont sortis du train. Le premier à descendre est venu à la rencontre de Doriot et lui a serré la main (ça sentait le truc répété, même si la plupart des autres passagers semblaient surpris et même gênés par la présence des caméras et des appareils photos). Doriot a alors déclaré au micro, en tournant son bon profil vers les photographes : « Une Grande Nation est une Nation qui sait reconnaitre ses erreurs. Nous avons reconnu et assumé les erreurs passées qui nous ont conduits à la catastrophe il y a trois ans, mais qui ont permis la régénération du Pays ! De même, nous reconnaissons aujourd’hui les erreurs commises il y a quelques jours, et la Nation, avec douleur et avec sincérité, vous présente ses excuses, à vous, familles et proches des disparus d’Aubervilliers. Leur mémoire saura nous guider sur la route de l’avenir ! C’est pourquoi des funérailles nationales seront organisés cette semaine pour ces malheureuses victimes d’une époque troublée. »
– Si Laval fait pas des bonds de trois mètres en entendant ça, a chuchoté Alphonse en ricanant.
Les familles sont passées devant nous sans nous remarquer, avec nos manteaux sur nos smokings, on se fondait dans le décor. Comme on s’apprêtait à partir, j’ai aperçu une silhouette familière.
Suzanne !
Je me suis précipité vers elle en l’appelant, mais elle est resté impassible, comme si elle ne me connaissait pas… Deux personnes qui semblaient l’accompagner l’ont encadrée en lui demandant « Tu connais ce type ? » Elle a répondu, très fort, comme pour que j’entende bien moi aussi : « Mais non, je ne l’ai jamais vu ! »
Je suis resté planté au milieu de la gare, jusqu’à ce qu’Alphonse me prenne par le bras et qu’on retourne à la voiture. Il m’a demandé pourquoi elle m’avait toisé, la Suzanne. Je lui ai parlé de son ami qui était monté à Paris, que j’avais pas cherché à contacter depuis mon retour de Grenoble et qui faisait partie des victimes d’Aubervilliers. Il est resté silencieux puis a lâché : « Tu sais, gamin, je me demande si c’est vraiment nous qui avons tué ces gosses… Enfin, je veux dire, si c’est vraiment de notre faute… »
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gaullien



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MessagePosté le: Dim Avr 29, 2012 08:17    Sujet du message: Répondre en citant

Suzanne va t'elle aussi se détrouner de jean?

j'ai atte de voir la suite et espére avoir des nouvelle de son frère Guy
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Avr 29, 2012 09:23    Sujet du message: Répondre en citant

gaullien a écrit:
Suzanne va t'elle aussi se détrouner de jean?

j'ai atte de voir la suite et espére avoir des nouvelle de son frère Guy


A suivre...
Mais pour Guy, je peux te rassurer : il va bien, à un moment, on fait allusion au fait que c'est lui qui, avec Alex Tyler, présente, bien des années après, l'édition des Carnets de Jean.
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Dernière édition par Casus Frankie le Dim Avr 29, 2012 10:12; édité 1 fois
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JFF



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MessagePosté le: Dim Avr 29, 2012 09:27    Sujet du message: Répondre en citant

Ces carnets sont vraiment excellents, et montrent bien toute la complexité de l'époque. Et tellement humains.
Comme disait Clostermman : "la difficulté n'était pas de faire son devoir, mais de savoir où était son devoir"
Félicitations à Tyler,

JFF
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Mai 10, 2012 12:02    Sujet du message: Répondre en citant

Et ça ne s'arrange pas...

5 février 1943
Les carnets de Jean Martin
Paris
– J’écris tout ça deux jours après. Je ne suis toujours pas sûr d’avoir tout compris, peut être qu’en le couchant sur le papier j’arriverai à y voir plus clair. De toutes façons, c’est ça ou me fiche en l’air, parce que je n’ai personne à qui en parler. Cette ordure d’Alphonse a ordonné à Porcelaine de me garder chez moi, aux arrêts. Chaque fois que j’ai essayé de sortir, il m’a agrippé et mis deux trois taloches en disant juste : « Pas encore temps. Alphonse veut pas que tu sortes. » Je crois que sa blessure l’a pas arrangé, Porcelaine, déjà qu’au départ il ne brillait pas par sa finesse d’esprit, il a même du mal à articuler maintenant !
………
Tout a commencé le 3.
J’avais essayé de reprendre contact avec Suzanne, mais rien à faire. J’avais pourtant été pour ça aux fameuses obsèques nationales des disparus d’Aubervilliers – une vraie farce, d’ailleurs ! On a eu droit à un discours de Céline (l’écrivain) qui a réussi à nous expliquer que dans le fond, la mort de ces pauvres gosses c’était la faute des Juifs et des Bolcheviques, « les vrais responsables de cette tragédie qui nous a enlevé quelques-uns des ces jeunes gens qu’ils n’avaient pas réussi à pourrir jusqu’à la moelle ! » Pour conclure, il a annoncé qu’il allait monter une équipe médicale pour accompagner la LVF qui partait combattre les youpins rouges. Bof, grand bien leur fasse.
Enfin, j’ai bien réussi à apercevoir Suzanne, mais elle était toujours en compagnie des mêmes personnes qu’à la gare de Lyon et encore une fois elle m’a ignoré.
Et puis, le matin du 3, quand je me suis levé, il y avait sous ma porte une enveloppe avec un bout de papier griffonné de son écriture à elle : « Mon amour, rejoins-moi à 2 heures chez ma tante. Si tu veux notre vie à deux, rien que nous, pour toujours, c’est maintenant. »
Evidemment que je la voulais notre vie à deux ! Tout janvier, à peine remis de ma mésaventure à Vierzon, j’avais essayé de mettre mes affaires en ordre, pour avoir de quoi dans notre vie d’après, mais avec cette guerre, rien n’allait. Eh bien tant pis pour mes affaires, je me suis dit.
J’ai appelé Alphonse pour prévenir que j’étais malade. Je suis tombé sur Margot, je lui ai dit c’est l’hiver, j’ai attrapé froid, la fièvre, tout ça. Elle ne m’a pas cru, mais elle m’a dit « A plus tard, et fais bien attention à toi ». J’ai fait ma valise, mais en fait j’aurais pu partir sans. Fallait juste que je la retrouve. Je ne voulais plus la quitter, depuis ce qu’on avait fait à Aubervilliers, je regrettais chaque jour d’être revenu. Alphonse l’avait compris d’ailleurs, il m’avait assigné uniquement des tâches administratives, je travaillais avec la belle Margot, qui sentait bien que j’étais triste et qui faisait tout pour me faire rire. Si j’avais pas connu Suzanne, peut-être qu’elle m’aurait plu, Margot, elle est sympa, mais je l’aime vraiment, Suzanne, comme dans les livres…
En chemin, dans le métro, j’ai écrit une lettre à Alphonse sur le chemin. Je me souviens plus trop de ce que j’ai mis, quelque chose dans le genre « Je tiens la promesse que je t’ai faite, je pars vivre avec Suzanne, de toute façon je ne pouvais plus continuer comme ça… » J’ai mis ça dans une boîte aux lettres en sortant du métro et j’ai marché vers chez la tante de Suzanne, il y avait bien sept ou huit cents mètres. J’avais juste ma valise, plus tout le liquide dont je disposais (ce qui, bien sûr, faisait énormément d’argent par rapport à la plupart des gens). Sur le chemin, je sautillais comme dans ces films niais pour filles, et je souriais comme un imbécile. Je m’imaginai avec elle à la montagne, puis au bord de la mer, la Méditerranée, pourquoi pas, je me disais qu’il faudrait que je la présente à Guy…
Enfin je suis arrivé au bout de sa rue, encore une petite centaine de mètres et je la retrouverais. Il faisait froid, gris, mais j’avais chaud, je trouvais les couleurs plus vives, je crois que j’étais heureux, vraiment heureux, pour la première fois depuis… longtemps. C’est pour ça que je n’ai pas remarqué les bagnoles noires, dans la rue déserte.
Et puis je l’ai vue qui sortait de la maison en courant, sans manteau sur sa robe claire, elle s’est arrêtée en plein milieu de la rue, elle a tourné la tête à droite et à gauche, elle m’a vu et elle s’est mise à courir vers moi. Elle criait mon nom.
Jean !
Et quelque chose que j’ai mis du temps à comprendre.
Fuis !
C’est seulement à ce moment que, sans piger, j’ai remarqué les types qui sortent de la maison derrière elle, des types en noir, le noir du SONEF, NOTRE uniforme, même si maintenant c’est celui de la Garde.
Cours !
Je reste là comme un attardé, ne comprenant rien. Je vois ce mec du SONEF (plus j’y repense plus il ressemble à Chabert, un mec à Gomina et avant Gomina à Bertin, un type anonyme, un fayot comme il faut, qui s’est engagé dans la Garde avant même que le volontariat devienne obligatoire). Il arme son fusil. La culasse va et vient. Ça me semble durer une éternité.
Ne reste pas là Jean !
Au loin un bruit de klaxon, je suis au milieu de la rue mais je ne peux rien faire, je ne peux même pas bouger. Chabert met en joue. Je crois que j’appelle Suzanne, mais j’ai l’impression que rien ne sort de ma gorge. Maintenant encore, je ne sais pas si j’ai pu émettre un son. Au loin je vois l’un des hommes qui accompagnaient Suzanne à l’enterrement qui sort de la maison encadré par deux Gardes, il se débat, il prend un coup de crosse.
Jean !
Un coup de feu. Suzanne trébuche, elle va tomber, non elle se relève. Le bruit du klaxon est maintenant continu et se rapproche. Je ne peux pas bouger. Un deuxième coup. Suzanne s’écroule au sol.
Jean !
Elle est tout près de moi, je peux presque la toucher. Sa robe claire est tachée de rouge. Tout autour d’elle est rouge. Mais elle est tout près. Un bruit de freins derrière moi, je m’en fiche. Je m’avance, elle me tend la main. Elle prononce mon nom et me sourit. Je vais la toucher. La rejoindre. Encore un pas…
Je ne la toucherai pas. On m’emmène loin d’elle. Je ne comprends pas. Je me débats. Je crie, je crois que je crie. Mais deux bras m’ont pris par la taille et m’ont fait décoller du sol. Je la vois s’éloigner, puis plus rien.
………
Je reprends connaissance à l’arrière d’un camion. Autour de moi, des visages familiers : le Zazou, les Dupondt, Célina et le Dahu, l’espion de notre chef vénéré, Paul Touvier. Le Dahu est en train de faire la leçon à Léonetti : « Mais c’est scandaleux ! Si ce garçon était en contact avec ce réseau, il devait être interrogé officiellement ! Et vous, vous ne trouvez rien de mieux à faire que de le soustraire en pleine rue à l’interception par une unité de la Garde en mission anti-terroriste ! J’espère que nous n’avons pas été reconnus, bande de malades ! Je ne sais pas si vous savez ce qui se passe en ce moment, mais ces temps-ci, il en faut vraiment peu pour ne pas être dans les bonnes grâces de monsieur Touvier ! »
– Et pour se retrouver muté à Aix en Provence ?
a lâché le Zazou en le regardant bien en face.
Le Dahu a eu l’air gêné. Il a bafouillé, avant de se reprendre : « Si vraiment Mercadet tient sa promesse, je serai prêt à passer l’éponge. Sinon, je vous avertis, il n’y a pas grand-chose que je pourrai faire pour sauver ce gamin… Je suis désolé, Monsieur Degans, au nom de Monsieur Touvier, m’a confié la tâche d’observateur de votre Brigade et je ne fais que mon devoir. »
C’était curieux, je savais qu’on parlait de moi mais je m’en fichais.
Il y a eu un silence de mort, puis Célina s’est rendu compte que je m’étais réveillé, parce que je le regardais. Il a mis un doigt sur sa bouche en murmurant « On t’expliquera, gamin. »
Puis les souvenirs me sont revenus et j’ai commencé à m’agiter. Suzanne. Où était-elle ? Elle était blessée ? Qu’est-ce qui s’était passé ? Et nous, où on était ?
Le camion s’est arrêté brusquement. Tout le monde descend !
On était dans un sous-bois, sur une route de campagne, peut-être du côté de Fontainebleau. Scène de bataille. Des cadavres partout. Des uniformes allemands autour d’une voiture et d’un camion militaires boches qui ont salement morflé, la voiture est retournée, elle a dû sauter sur une mine, le camion est parti dans le fossé et il a reçu des grenades. De la cabine de notre camion sortent Alphonse et Porcelaine. Je tends la main vers Alphonse quand il passe devant moi, j’essaye de parler, mais rien ne sort. Il me regarde avec ses yeux pleins de tristesse, comme souvent ces derniers temps, il chuchote juste : « Plus tard, gamin. »
Le Dahu s’est mis à râler : « Mais on s’est battu, ici ! C’était pour cette prise si importante dont vous m’avez parlé, Mercadet ? Où est-elle ? »
« Ça vient, ça vient », a répondu Alphonse en montrant une vingtaine de types qui sortaient des bois. Ils étaient presque tous en civil, mais armés. Plusieurs étaient blessés et pansés à la va-vite. A l’arrière, un officier boche, blessé lui aussi – il avait un bandeau ensanglanté sur le front, mais on lui avait remis sa casquette dessus ! J’ai remarqué qu’il portait un uniforme noir, pas vert. Il était encadré par deux costauds. Et il y avait un autre type en uniforme, mais c’était pas un uniforme boche. Ni anglais. Ni américain. Et puis j’ai compris. Merde, je me suis dit, c’est un uniforme d’Alger !
Et j’ai cru que j’entendais Guy, dans un coin de ma tête, qui disait : « C’est un uniforme français, Jean. Français. »
« Vous êtes servi, Monsieur l’Observateur » a dit Alphonse. Il a fait un signe aux Dupondt, qui ont saisi le Dahu, l’ont menotté et baillonné avant qu’il puisse finir de hurler « Trahison ! » Je me suis rendu compte que je ne savais même plus son vrai nom, à force de l’appeler le Dahu.
J’ai réussi à prononcer quelques mots d’une toute petite voix pour demander des explications, mais Porcelaine m’a fait reculer brusquement et m’a solidement croché le bras. J’ai tourné la tête de l’autre côté et j’ai vu le Zazou, qui m’a chuchoté quelques mots, il disait du calme, du calme, tout va bien aller à présent, ce sera vite fini.
Fernandez s’est alors éclairci la voix, on sentait qu’il entrait à nouveau en scène, au théâtre : « Eh bien voyez-vous, Monsieur l’Observateur, c’est à dire le Traître officiel, nous savions que vous étiez aussi un Menteur, car n’allez point croire qu’oncques ne crûmes vos histoires de guerre dans la Sarre. D’ailleurs c’est étonnant le nombre de guerriers, au sein du SONEF qui ont à ce point repoussé les Teutons en Quarante. A se demander pourquoi certains ont voulu déménager en Alger… Mais je m’égare. Voyez vous Monsieur le Traître et le Menteur, la prise si importante avec laquelle nous vous avions appâté, c’était vous. Vous et ce Monsieur de la Gestapo, là bas (il a désigné le Boche ensanglanté). Je crois que votre période d’observation au sein du SONEF se termine… Quelle triste perte pour notre SONEF et pour Monsieur Darnand, notre chef à tous. »
Il a respiré profondément et s’est tourné de notre côté.
« Mais en compensation, Monsieur Doriot perd lui aussi en ce jour l’un de ses indicateurs dans nos rangs, un Traître officieux celui-là ! Ce si précieux indicateur qui faisait aussi un peu d’intox, comme quand il nous a envoyé faire cette si fructueuse descente à Aubervilliers. Abattu par des mercenaires payés par l’or anglais, Perfide Albion encore et toujours ! Abattu alors qu’il accompagnait une équipe de gestapistes, bizarre, non ? Quand on te retrouvera avec eux, Zazou, je me demande si Monsieur Doriot croira que tu jouais les agents triples : lui, nous et les Boches… »
Le Zazou avait cessé de me regarder. Ses yeux étaient écarquillés, fixés sur Alphonse qui braquait déjà son pistolet sur lui. Il a tiré trois fois. Le Zazou s’effondra à mes pieds, les yeux toujours grands ouverts.
« Il a toujours eu de la chance, ce Zazou, a dit Fernandez en guise d’oraison funèbre. Si on l’avait dénoncé à Touvier, il serait mort beaucoup moins vite… »
Je ne tenais plus sur mes jambes. Je me serais effondré je crois, si Porcelaine ne m’avait pas soutenu.
Alphonse se détourna et fit face au type en uniforme, avec un petit sourire goguenard : « Bonjour… Mexicain ! Le Mexicain, c’est comme ça qu’ils t’appellent, maintenant, non, au… 113e d’Infanterie, c’est ça ? »
– Tu en sais des choses, Alphonse… Mercadet, c’est ça ? Comme… ? Il fallait oser…
– Ouais… Un nouveau nom pour…
(Alphonse a montré du doigt les cadavres, la voiture et le camion détruits) pour une nouvelle vie.
– Pas si nouvelle que ça… Et il y a des choses qui changent pas, a répondu le “Mexicain”. Et même des gens ! Bonjour Célina !
– Salut !
a grogné Célina.
– Comment vont-elles ? a demandé Mercadet.
– Mieux. Loin de toi, donc mieux. Forcément mieux, a dit le Mexicain d’un ton cassant. Et Mercadet a cessé de sourire.
Il a montré le Dahu comme si c’était un tapis acheté à la sauvette : « Je t’avais déjà donné les renseignements pour notre ami du SiPo SD, voici le reste de ce qui était convenu. Il joue les sous-fifres, mais il est très proche de Touvier, il sait des tas de choses, presque autant que Degans. J’aurais préféré vous filer Degans, mais ce salopard reste toujours bien à l’abri. Ah, dernière chose : il a les clefs de chez lui dans une de ses poches, allez y faire un tour vite fait, vous trouverez sûrement un tas de trucs intéressants. »
Le “Mexicain” et ses hommes ont pris livraison du Dahu et ont disparu dans les bois avec leurs deux prisonniers, pendant que les Dupondt allaient balancer le corps du Zazou près de la voiture allemande .
Je n’y tenais plus. Je n’y comprenais rien. Suzanne. Ils faisaient comme si rien ne s’était passé. Comme Porcelaine m’avait lâché, je me suis avancé vers Alphonse, je tremblais sur mes jambes mais la rage me soutenait : « Où est-elle ? Que lui est-il arrivé ? Tu savais ? Réponds ! Tu savais ! »
Alphonse m’a regardé, l’air encore abattu après sa conversation avec le type d’Alger : « On ne fait pas d’omelette… »
Je l’ai frappé. J’ai frappé fort parce qu’il a reculé, l’air sonné, il a braillé : « Arrêtez-le, nom de Dieu ! »………
Je me suis réveillé dans ma chambre, mal partout, avec deux énormes bosses. Je revois sans cesse Suzanne s’approchant de moi et s’écroulant. Son sourire. Sa main tendue vers moi. Si Alphonse est arrivé c’est qu’il savait. S’il savait et qu’il n’a rien fait, il est coupable. Coupable. Il doit payer.


19 février
Les carnets de Jean Martin
Paris
– Aujourd’hui, j’ai enfin été autorisé à sortir de chez moi. Porcelaine m’a conduit au 93, dans le bureau d’Alphonse. Tout le monde me regardait bizarrement, faut dire que j’avais essayé de m’enfuir une fois de trop et ça avait énervé Porcelaine. Mais avant de partir, j’ai réussi à prendre un coupe-choux dans ma salle de bain sans que la grosse brute le voie.
Une fois chez Alphonse, Porcelaine repart. Les Dupondt montent la garde devant la porte, mais je suis seul dans le bureau avec Alphonse.
Silence gêné.
Alphonse esquisse un sourire et prend un ton tout gentil pour me dire : « Assieds toi, il faut qu’on parle. »
Je crois bien que je l’ai insulté. Je ne sais plus de quoi je l’ai traité, mais j’ai fini par gueuler : « Oh oui, il faut qu’on parle. Oui ! Qu’est-ce qui est arrivé à Suzanne ? Tu le savais, qu’on allait l’arrêter, hein ? Qu’est-ce que ça veut dire, “On ne fait pas d’omelette”, c’est pas un œuf, Suzanne ! »
– Bon, commençons par le commencement. Ta Suzanne fait partie d’un réseau de résistance – pas un truc très solide, disons des amateurs pleins de bonne volonté. Mais je crois que tu t’en doutais. L’un des pauvres gars qui se sont fait massacrer à Aubervilliers était de ses amis – sans doute le seul de la bande qui ait eu quelque chose à voir avec la Résistance. Tu le savais aussi, hein ?
Toute triste pour son ami, elle ne trouve rien de mieux à faire que d’aller à la cérémonie d’hommage organisée par Doriot et compagnie ! Chez Touvier, on a regardé à la loupe tous ceux qui avaient répondu à l’appel de Doriot, pensant tomber sur des sympathisants à lui – et poum, en regardant de près, on est tombé sur trois suspects de Résistance, l’un des copains de ta Suzanne surtout, mais on sait que qui se ressemble s’assemble. J’aurais pu l’avertir, mais en ne trouvant personne au nid, ils auraient risqué de remonter jusqu’à moi, par TON intermédiaire. Et de toutes façons, j’aurais jeté la suspicion sur moi.
Or, il ne fallait à aucun prix compromettre l’opération de l’autre jour : capturer le Dahu, mettre la main sur ses dossiers, enlever l’officier de la Gestapo et récupérer les documents qu'il transportait, tu ne sais pas ce que ça peut représenter. Je préparais ce coup depuis des mois ! Suzanne et les deux hommes qui l’accompagnaient ont été jugés… sacrifiables. C’était tout à notre avantage de laisser le SONEF s’intéresser à eux.
– Notre avantage ? Notre avantage ? Mais de quel côté tu es ? Tu te rends compte qu’elle est tout pour moi et que tu en parles comme d’un jouet ! C’est tout ce qu’on est pour toi, des jouets que tu manipules selon ton intérêt… Sale traître ! Voilà ce que tu es, tu nous a tous trahis. Je devrais aller balancer ça à Bonny !

Alphonse s’est raidi d’un coup.
Ne me menace pas gamin. Tu n’as pas idée… Il suffirait d’un mot et… Tiens, choisis : tu préfères te faire descendre au nom de Berlin, de Paris ou d’Alger ?
Je crois bien que je ne l’avais jamais vu comme ça. J’ai fait le fier : « Essaie un peu ! Dix mètres et je suis dans le bureau de Bonny… »
J’essayais de prendre l’air menaçant, mais je crevais de trouille. Il l’a bien vu : « Mon pauvre gamin ! Parce que tu crois que ça ferait une différence ? Bonny, tu sais, il serait fichu de te descendre lui-même, pour se couvrir. »
Alors, il s’est radouci. J’ai vu de la tristesse et même de la douceur dans son regard : « Tu sais, gamin, tu ne retrouveras pas Suzanne… »
J’ai dû blanchir, je crois que j’ai poussé un cri, il s’est hâté de poursuivre : « Non, elle n’est pas morte, elle n’est que blessée, ça devrait aller. Mais l’un de ses amis détenait des explosifs et des armes et elle a été reconnue coupable de complicité de rébellion armée. A ce titre, elle a été remise aux Allemands. Ils l’ont envoyée en Pologne, dans ces camps où ils mettent les Résistants prisonniers. Pour elle, tu ne peux rien faire, mais… »
Il a repris son souffle et il a dit un truc qui m’a sidéré : « Mais… Si tu veux, tu peux rejoindre ton frère Guy. Je te fais passer les Pyrénées avant la fin de la semaine. Etant donné l’attitude actuelle des Espagnols, tu seras à Alger dans un mois. Tu n’as qu’un mot à dire. »
J’étais sur le cul ! Je m’y attendais pas à celle là ! Mais je n’ai même pas pu y réfléchir, j’ai repensé à son histoire d’omelette et j’ai craché : « Je ne veux rien venant de toi ! »
A présent il n’y avait plus de doute, c’était avec tristesse qu’il me regardait : « Je m’en doutais… Bon. Hé bien, Brigadier-chef Martin Jean, c’est avec tristesse que nous approuvons votre demande de transfert à l’Ecole des Cadres du Nouvel Etat Français à Uriage-les-Bains. Vous y suivrez une formation au terme de laquelle vous irez assurer la surveillance d’un des établissements où sont regroupés, jusqu’à la fin des hostilités en Europe, les détenus à titre politique. »
Il m’a tendu un papier, il avait même déjà signé à ma place ! J’ai pris le formulaire du bout des doigts en le regardant d’un œil sombre, mais il a soutenu mon regard et, cette fois, sans tristesse ni douceur : « Pas de bêtise, Jean. Si tu fais le malin, si tu ne vas pas là-bas, tu n’iras nulle part, sauf au cimetière. »
Encore une fois le cours des événements m’échappait. J’ai sorti le coupe-choux de ma poche et je l’ai lancé en direction d’Alphonse. Il s’est planté sur le bureau, à quelques centimètres de sa main gauche.
– Tu pourras pas continuer comme ça, Alphonse, avec tes histoires d’omelette… Un jour, il faudra que tu choisisses de quel côté tu es… Il faudra bien que tu fasses un choix !
Puis je suis sorti de son bureau en claquant la porte.
Peu importe le temps que ça me prendra et les détours que je devrai emprunter, je retrouverai Suzanne. En Pologne ou ailleurs…


Note d’Alex Tyler – Nos recherches ont permis d’établir les vrais noms d’Alphonse Mercadet et du “Mexicain”. Tous deux se connaissaient et connaissaient Darnand (ainsi que le nommé Célina) depuis la Cagoule, dont ils avaient été membres actifs, avant de participer à la campagne de 1940 au sein d’un corps franc (le même, bien entendu, que Darnand). Le vrai Mercadet était un de leurs compagnons d’armes, tombé en juillet. Celui que nous continuerons à appeler Mercadet avait pris ce nom afin de préserver sa famille – et malgré le fait que sa femme, avec laquelle il entretenait des relations tumultueuses, l’ait quitté pour le “Mexicain” en emmenant leur petite fille…
Quant au “Mexicain”, il devait réussir à survivre à la guerre, couvert de médailles, avant de faire une belle carrière comme… truand de haute volée, gérant à Paris une maison close et différents trafics (c’est pourquoi nous ne mentionnerons pas non plus son nom) avant de mourir dans son lit. D’autres anciens des corps francs (et du 113e RI) se sont en revanche parfaitement réadaptés à une vie légale, comme l’exécuteur testamentaire du “Mexicain”, agriculteur prospère près de Montauban.
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Jeu Mai 10, 2012 13:12    Sujet du message: Répondre en citant

Tient, j'aurai imaginé que l'éxécuteur testamentaire du Mexicain devienne concessionnaire en matériel agricole plustot qu'agriculteur. D'ailleur, Monsieur Naudin a du connaitre une mutation exprès car il est mentionné comme servant en Indochine au sein du GMBS en 41-42. Aurait-il opté pour un transfert chez les gais lurons du 113ème RI?
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gaullien



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MessagePosté le: Jeu Mai 10, 2012 14:37    Sujet du message: Répondre en citant

Alphonse qui joue un jeux trouble, Suzanne qui a été envoyer dans un camps.

est ce que notre Jean va avoir la possibilité et l'envie de rallié le "bon camps" avant qu'il ne soit trop tard
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FREGATON



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MessagePosté le: Jeu Mai 10, 2012 15:43    Sujet du message: Répondre en citant

"Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban ! Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux…"

On ne devrait jamais quitter Montauban!
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MessagePosté le: Jeu Mai 10, 2012 18:14    Sujet du message: Répondre en citant

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Capu Rossu



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MessagePosté le: Jeu Mai 10, 2012 21:36    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir Franck

Citation:
On est arrivé devant un immense entrepôt et Alphonse a proposé à Bonny de faire une reconnaissance. Bonny a dit d’accord, pendant ce temps j’organise l’encerclement des lieux avec la Garde.


@+
Alain
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Mai 10, 2012 23:12    Sujet du message: Répondre en citant

Je note, je note...
Merci !
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Casus Frankie

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