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Le Retour des deux Suisses
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Juil 08, 2009 23:32    Sujet du message: Le Retour des deux Suisses Répondre en citant

Cette petite anecdote de DAK69 qui nous montre que les Suisses étaient neutres mais pas inactifs...

Annexe 45-7ter
Zürich, nid d’espions (octobre 1940)

20 octobre
Aux environs de Saignelegier (Jura bernois)
En cette fin de dimanche après-midi, le major Pierre Rosselet fumait sa pipe, devant la ferme qui lui servait de quartier général. Comme souvent ces derniers temps, il tournait son regard en direction de la France, située à une dizaine de kilomètres seulement. De lourds nuages noirs obscurcissaient le ciel. A l’abri de l’auvent, quelques soldats discutaient :
– Il souffle de France un mauvais vent ! L’hiver est pour bientôt. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi les vaches d’en bas ne sont toujours pas rentrées.
– Tais-toi donc, Pétin. Si le vent venait d’Allemagne, ce n’est pas de la pluie qui tomberait, mais du plomb !
La porte de la ferme s’ouvrit brusquement, et un planton essoufflé surgit : « Monsieur le Major, un major de l’état… major du quartier général du… Général vous demande au téléphone ! »
– Tu peux répéter sans bégayer ?
– Mais je ne bégaye pas, c’est ce qu’il m’a dit de vous dire !
Rosselet se dirigea vers son “bureau”. Cet appel devait concerner la réunion du lendemain, consacrée à la défense des frontières.
– Major Rosselet, je vous écoute.
– Major Barbey. Comment allez-vous ?
– Ma foi, aussi bien que possible vu les circonstances ! Mais vous ne m’appelez pas à cette heure pour prendre des nouvelles de ma santé ?
– Non. Pouvez-vous rester quelques jours à Berne après la conférence de demain ?
– Oui, bien sûr. Le lieutenant fera le boulot aussi bien que moi, ici.
– Très bien. Et l’adjudant Mesnier pourra-t-il vous accompagner ?
Ce n’était pas vraiment une question, mais Rosselet répondit tout de même.
– Oui, il est revenu de permission il y a une semaine.
– Parfait. A demain donc.
– A demain.
Pierre Rosselet envoya quérir l’adjudant Mesnier, qui ne broncha guère : « Très bien, ça nous changera d’ici. Maintenant que les patates sont rentrées, il n’y a plus grand-chose de stratégique, là-haut ! Peut-être qu’on va retourner en France, qui sait ? »
– En tout cas, s’ils veulent nous voir tous les deux, ça a un rapport avec notre escapade de l’été dernier. Comme tu dis, on verra bien.

21 octobre
Berne
Dans la matinée, Rosselet et Mesnier retrouvèrent quelques dizaines d’officiers au quartier général. Des capitaines, quelques commandants, pas de colonel. La défense des frontières serait-elle devenue le parent pauvre de l’armée du pays, songea Rosselet, maintenant que la politique du réduit avait été largement annoncée et que, surtout, les mobilisés étaient retournés dans leurs foyers ?
Le chef d’état-major souhaita la bienvenue à tous et commença par s’informer du moral des troupes. Presqu’unanimement, tous déclarèrent qu’il était devenu bien moyen et que seul le sens civique des soldats faisait que les ordres étaient exécutés sans broncher. Le chef d’état-major expliqua alors l’intérêt de la nouvelle politique de défense (les tunnels du chemin de fer sont plus utiles à l’Allemagne que le reste du pays, c’est donc eux qu’il faut défendre en premier), répondit à de nombreuses questions et tout le monde alla déjeuner. Au retour dans la salle de conférence, ils eurent la surprise d’être accueillis par le Général Guisan, qui adressa un mot à chacun en particulier, avant de les informer qu’il ferait une grande tournée des popotes dans leurs unités d’ici la fin de l’année, pour montrer à chacun l’importance de la défense des frontières. Cette annonce fut très bien accueillie, la popularité du Général étant déjà au plus haut dans le pays. Au moment de se séparer, le major Barbey vint prendre Rosselet et Mesnier à part et les emmena dans une pièce où ils furent rejoints par le colonel Gondard, qui accompagnait le Général.
« J’avais l’impression de rejouer la même pièce que trois mois plus tôt : les mêmes personnes, le même lieu. Sauf que cette fois, bien qu’il fît froid, aucun feu ne brûlait dans la cheminée. » (Pierre Rosselet)
Le major Barbey prit la parole : « Au nom du Général, merci d’être venus. Ce qui nous arrive est… heu… délicat. Des rumeurs de plus en plus insistantes circulent au sein de l’Assemblée Fédérale, affirmant que des accords secrets auraient été conclus avec la France avant les événements de ces derniers mois. Nous savons à quoi nous en tenir sur le sujet, mais nous ne pouvons évidemment rien dire. »
– C’est ce qu’il y a de mieux à faire, surtout qu’il n’y a plus aucune preuve, observa Rosselet.
– Si c’était aussi simple, déclara Guisan. Tout laisse croire que ce sont les Allemands qui sont à l’origine de ces bruits, et qu’ils ont trouvé des oreilles complaisantes à Berne…
– Mais d’où tenez-vous ces informations, mon Général ?
– Je ne peux rien vous dire.
– Ah !
– Vous le connaissez ? Oui, c’est “Ha” qui nous en a informés. Je n’aime pas les francs-tireurs, même quand ils agissent pour mon bien, mais cette fois, Hausamann a levé un sacré lièvre : l’attaché commercial de l’ambassade d’Allemagne est en liaison avec un certain “Wilhelm”, à qui des preuves devraient être fournies bientôt.
– Mais alors, ce n’est pas compliqué. La police peut se charger d’arrêter ces deux-là, et c’est réglé. Ou alors les services du colonel Masson. Pourquoi faire appel à nous ?
– On a dû mettre Masson au courant, bien sûr, parce qu’Hausamann dépend de lui. Mais le moins possible, et pas question que ça aille plus loin dans ses services ! En plus, il n’est pas chargé du contre-espionnage, et si j’ose dire, personne d’autre ne l’est, d’ailleurs ! Quant à la police, non, ce n’est pas possible. Arrêter un diplomate du Reich, vous n’y pensez pas ! Et faire arrêter “Wilhelm” sans explications, impossible, or, si on s’explique, toute l’affaire est sur la place publique. Non, ça doit se régler entre nous !
– Mais, mon Général, comment allons-nous faire ? Sait-on seulement qui est ce “Wilhelm », et comment a-t-on pu le savoir ?
– Justement, il y a un suspect. Mais il nous faut une preuve, et votre première mission sera d’aller l’identifier formellement. Si c’est celui à qui nous pensons, vous n’aurez aucun mal.
– Et ensuite ?
– Ensuite, nous le prendrons au piège ! Messieurs, je vous fais confiance.
Guisan et Gondard sortirent alors de la pièce, laissant Mesnier et Rosselet seuls avec Barbey.
L’adage “Conspirateur un jour, conspirateur toujours” se vérifiait une fois de plus.
– Je ne sais si vous l’avez bien compris, mais si “Wilhelm” parvient à ses fins, notre pays sera obligé de s’aligner davantage sur l’Allemagne. Surtout, le seul opposant de haut niveau à cette politique, notre Général, sera renvoyé et remplacé par un plus docile.
– Mais sans l’aide de la police, il va falloir tout faire par nous-mêmes ?
– Oui et non. Même si elle n’est pas dans le coup, la police assure une surveillance de routine des principaux diplomates allemands, qui s’en moquent d’ailleurs éperdument, se croyant en terrain conquis chez nous, peut-être à juste titre. L’attaché commercial, Lehmann, reçoit beaucoup de visites, maintenant que les affaires avec l’Allemagne sont devenues vitales pour notre pays. Il sort relativement peu, mais, deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, à 20 heures précises, il va dans un café de la rue du Marché, le Zum Jäger, où il lui arrive de passer ou de recevoir un coup de téléphone. De temps en temps, il prend aussi le train de bonne heure pour Bâle, Zürich ou Winterthur, mais là, la police suppose que c’est dans le cadre de ses activités officielles, et il revient toujours dans la journée.
– Je suppose donc que c’est dans ce café qu’il est en contact avec “Wilhelm” ?
– Oui, et Masson fait surveiller le téléphone de l’établissement…
– Mais c’est illégal !
– Oh, d’après ce que j’ai compris, quelqu’un qui lui devait un service s’en est chargé hier dimanche, quand le café était fermé… Masson ne risque rien. Par contre, c’est à nous d’aller écouter. D’ailleurs, il est 19 heures, c’est le moment de s’y rendre !
Les trois hommes sortirent. Sous une pluie fine, ils firent les quelques centaines de mètres qui les séparaient du Zum Jäger. Ils enfilèrent une petite venelle qui rejoignait une rue parallèle. Barbey sortit une clé, ouvrit la porte de derrière d’un immeuble de bureaux quasiment vide à cette heure-là, et entraîna Rosselet à sa suite dans le sous-sol, laissant Maurice Mesnier de garde au cas peu probable où quelqu’un se manifesterait.
– En uniforme, ce n’est pas prudent !
– Il faut savoir prendre des risques ! D’ailleurs, vous l’avez bien prouvé en France. Comme vous maîtrisez mieux l’allemand, c’est vous qui écouterez. Prenez ces écouteurs, j’enfonce la fiche dans cette prise, et voilà. Le café est juste de l’autre côté du mur…
– Mais ça s’entend dans le téléphone, quand on est écouté…
– Pas avec du bon matériel… Made in Germany, bien sûr !
– Chut ! J’entends quelque chose… Non, c’est sans intérêt : la livraison de bière de demain matin. En tout cas, le patron n’a pas l’air d’avoir remarqué quelque chose d’anormal dans le téléphone.
– C’est ce que je vous disais : pour les mauvaises actions, rien ne vaut la qualité allemande !
– Ah, cette fois, c’est plus intéressant… Demain, Zürich, 9 heures 30, et avec l’accent bavarois !
– On en sait assez, inutile de s’éterniser. Attendez qu’il ait raccroché pour débrancher les écouteurs.
Un bref conseil de guerre se tint ensuite dans l’escalier. Le premier train pour Zürich partait à sept heures du matin et arrivait peu avant neuf heures. Lehmann le prendrait très certainement. Restait à le reconnaître à coup sûr pour pouvoir le suivre. Barbey sortit un jeu de photos de sa poche et Mesnier jugea que cela ferait l’affaire. De plus, ils décidèrent d’attendre que leur “client” sorte du café. La lumière des réverbères et celle de la devanture du café leur permirent de le reconnaître d’après les photos et de graver ses traits dans leur mémoire.

22 octobre
Berne – Zürich
Ce mardi, c’est en civil que Rosselet et Mesnier montèrent dans l’express de Zürich en provenance de Genève. Ayant pris un billet de seconde (la Confédération n’offrait pas la première classe à ses serviteurs), ils ne purent monter dans le même wagon que Lehmann, qu’ils avaient pourtant reconnu sur le quai.
Un plan très sommaire avait été défini : l’essentiel était d’identifier la personne avec qui le représentant du Reich avait rendez-vous. Il fallait donc éviter d’être repérés tout en disposant d’un poste d’observation. Pourvu qu’ils n’aillent pas faire un tour en bateau sur le lac ou admirer les éléphants au zoo !
Maurice Mesnier, comme convenu, descendit du train en premier et se dirigea au plus vite vers la sortie. Il repéra facilement Lehmann quand il arriva, suivi de Rosselet à quelques pas. Ce dernier fit un bref signe de tête à Mesnier, signifiant « Tu prends la suite. » Là, la situation pouvait se compliquer : Lehmann poursuivrait-il à pied, en tram, voire en taxi ou en voiture, ce qui compliquerait la situation ? Non, il traversa la place, et prit l’opulente Bahnhofstrasse. Son rendez-vous n’était donc sans doute pas loin. Suivi alternativement par les deux hommes, dont rien dans l’apparence n’aurait permis de les distinguer des Zürichois, Lehmann entra dans un immeuble cossu, qui portait une plaque de bronze affichant Hermes Handelsbank. Rosselet ne put s’empêcher de sourire : une banque placée sous le patronage du dieu des voleurs, tout un symbole ! Et utiliser une banque comme lieu de rendez-vous, seul un Suisse pouvait y penser ! En face, une très bourgeoise pâtisserie - salon de thé ferait une planque tout à fait adaptée.
Les deux hommes s’installèrent à une table près d’une fenêtre donnant sur la banque, commandèrent un petit déjeuner et firent preuve de toute la compréhension attendue de la part de bons citoyens quand la serveuse s’excusa de ne plus pouvoir leur offrir des pains au lait. Il leur faudrait se contenter de pain gris ordinaire. Mais la maison avait encore du thé et même du vrai café ! Au bout d’un quart d’heure, Lehmann ressortit de la banque, l’air renfrogné, et reprit le chemin de la gare. « Ah, glissa Mesnier, c’est là que ça va devenir intéressant ! » En effet, quelques instants plus tard, un autre homme déboucha sur le trottoir. Si le précédent était de mauvaise humeur, celui-ci était visiblement en colère ! Ça n’avait pas dû bien se passer… Rosselet faillit en laisser tomber sa tasse : il l’avait immédiatement reconnu. Mesnier aussi d’ailleurs : « Mais c’est… » Rosselet le fit taire d’un geste impérieux : ce n’était ni le lieu ni l’heure de se faire remarquer ! Inutile aussi de suivre leur homme alors qu’il se dirigeait tout simplement vers l’arrêt du tram… Ils terminèrent tranquillement leur petit déjeuner. Jetant un coup d’œil à sa montre, Rosselet paya la serveuse, en expliquant qu’ils avaient rendez-vous à 10 heures avec leur banquier et regrettaient fort de ne pas avoir le temps de reprendre du café !
De retour à Berne, Rosselet et Mesnier retrouvèrent Bernard Barbey à l’état-major. Ce qu’ils lui apprirent sur l’identité de “Wilhelm” ne le surprit pas, cela ne faisait que confirmer les soupçons. Quant à sa colère, une seule raison pouvait l’expliquer : “Wilhelm” espérait des preuves, mais Lehmann ne les lui avait pas fournies.

28 octobre
Berne
La semaine s’était passée dans l’attente, laissant le temps de peaufiner le piège dans lequel “Wilhelm” allait tomber. Jeudi 24, l’écoute du téléphone du café ne donna rien.
Lundi 28, par contre, ce fut différent. Lehman : « Zürich, 9 heures 30, mardi. » “Wilhelm” : « Avec les documents, cette fois, c’est sûr ? »
Pour un mauvais coup de la part de “Wilhelm”, la date était parfaite : il avait mercredi et jeudi pour diffuser les informations, puis trois jours fériés pour exécuter son plan : la Toussaint, le jour des Morts et le dimanche 3, pendant que les Suisses auraient l’esprit ailleurs. Dans la droite ligne des maîtres de Berlin et de Rome…

29 octobre
Zürich – Berne
Mardi, les deux “aimables hommes d’affaires” s’installèrent très tôt à la pâtisserie de la Bahnhofstrasse. Ils reprirent la même table, et la même serveuse vint prendre leur commande. Rosselet lui glissa que cette fois-ci, ils étaient venus plus tôt pour avoir le temps de reprendre du café… Elle ne remarqua pas que les hommes d’affaires portaient des pantalons militaires mal assortis à leurs vestes civiles. “Wilhelm” entra dans la banque Hermes dès 9 heures, suivi une demi-heure plus tard par l’homme du Reich, qui portait une grosse serviette. Rosselet et Mesnier avaient eu largement le temps de finir le contenu de la cafetière et prirent congé. Une grosse Chevrolet garée le long du trottoir les attendait dans une rue adjacente, avec leurs vestes d’uniforme, qu’ils enfilèrent rapidement. Mesnier démarra et conduisit la voiture en vue de la banque. Comme la semaine précédente, Lehmann sortit le premier, mais sans sa serviette. C’était le moment ! La voiture avança de quelques mètres et, quand “Wilhelm”, portant la serviette, sortit à son tour de la banque, il se trouva encadré par les deux hommes en uniforme. Rosselet prononça simplement : « Le Général souhaite vous parler », en lui montrant la portière arrière ouverte. “Wilhelm” n’eut d’autre choix que d’obtempérer. Il monta et se retrouva assis auprès du Général Guisan.
Ce que Guisan dit à “Wilhelm”, qui était un militaire de très haut rang, n’est pas connu, car Rosselet, tout comme Mesnier, resta sur le trottoir pendant leur conversation. On peut cependant supposer sans trop de risque qu’ils parvinrent au moins provisoirement à un accord. En effet, “Wilhelm” fut promu peu après inspecteur général de l’infanterie…
L’homme ressortit de la voiture un quart d’heure plus tard, sans la sacoche. Guisan fit signe aux deux homme de monter à bord, et, Mesnier au volant, ils retournèrent à Berne. Pour Guisan, l’affaire était réglée. A défaut de bataille rangée, il avait remporté une victoire indiscutable sur le front intérieur…
Restait à inventorier le contenu de la sacoche, ce qui fut fait dès le retour à Berne, où Bernard Barbey se joignit aux trois hommes. Les documents qu’elle contenait étaient très différents des plans d’opérations détaillés récupérés en France au mois de juillet. On y trouvait différentes notes d’état-major françaises datant de bien avant la guerre, quelques correspondances où le nom de Guisan était cité, le tout authentique et relativement anodin, mais aussi quelques pièces plus compromettantes, fort probablement forgées à partir de documents français. Le dossier avait donc été monté de toutes pièces, mais c’était bien sûr impossible à prouver… Le feu purificateur était déjà allumé dans la cheminée, mais Pierre Rosselet, en accord avec Bernard Barbey, demanda d’examiner plus attentivement tout cela. Guisan accepta en maugréant, estimant qu’on avait déjà perdu trop de temps à cette affaire… Mais il était quand même difficile de refuser. Au bout d’une demi-heure, Rosselet s’exclama : « Ce sont bien des faux ! Voici la preuve. Regardez : les noms de ces villages alsaciens sont en allemand. Jamais les Français ne les auraient orthographiés ainsi, d’autant plus qu’ils avaient été repris dès 1914 et jamais perdus ensuite. Qu’en pensez-vous, Barbey, vous qui vous êtes rendu des dizaines de fois dans le coin ? » Barbey et Guisan se rangèrent rapidement à l’argument, et le dossier échappa pour cette fois aux flammes.
Le Général Guisan remercia chaleureusement Maurice Mesnier et Pierre Rosselet. Bernard Barbey glissa malicieusement qu’ils venaient là de justifier leur promotion acquise après leur escapade en France. Leur mission s’arrêtait là, ils pouvaient retourner à leur poste. « Pas de voyage à l’étranger cette fois, alors ? » commenta Mesnier, faussement attristé.

30 octobre
Berne
Le jeudi, le Général Guisan eut un entretien avec son chef du Renseignement, le colonel Masson. « Regardez ça. En cherchant bien, on devrait trouver d’autres indices prouvant la supercherie. »
– Je ne suis pas un grand expert, observa le colonel quelques instants plus tard, mais il me semble que cette feuille dactylographiée ne l’a pas été sur une machine française : regardez, les quelques lettres accentuées de la page ont été arrangées à la main. Ça a dû être fait sur une machine à écrire allemande. Ils doivent pourtant avoir récupéré pas mal de Japy de l’armée française !
– Reste à savoir pourquoi les Allemands ont sciemment fait un faux…
– D’après moi, si “Wilhelm” avait réussi son coup, personne n’y serait allé voir d’aussi près, et, comme vous le dites, mon Général, toute explication de notre part nous aurait enfoncés davantage. Comme le dossier a été intercepté, en laissant suffisamment d’indices pour nous montrer qu’il est faux, les Allemands nous disent qu’ils portent finalement peu d’intérêt à l’affaire, et qu’ils préfèrent nous avoir en face d’eux. Un opposant que l’on connaît bien est préférable à un allié incertain.
– Je ne suis pas sûr que ce soit aussi clair, Masson. Peut-être qu’une faction chez eux voulait ma peau et que d’autres se sont employés à saboter son action ?
– Possible, comme il est possible que “Ha” ait été sciemment informé de l’affaire pour nous pousser à agir. Après tout, “Wilhelm” est un pro-nazi notoire et son identification n’a été une surprise pour personne. N’a-t-il pas reçu Hitler chez lui, n’entretient-il pas des relations d’amitié ouvertes avec Hess ? Le personnage est peut-être trop encombrant pour nos amis de Berlin.
– On ne saura jamais ! En tout cas, si nous avions besoin d’un rappel à la fermeté nécessaire vis-à-vis des nazis, nous l’avons eu !
(Extrait des Mémoires du Brigadier Masson, Payot, 1949)
……………
Cette affaire eut quelques répercussions indirectes.
En novembre 1940, à la surprise générale, le Conseil Fédéral prononça l’interdiction des ligues (factions pro-nazies). La presse allemande vociféra tant et plus, mais cela n’eut aucune conséquence sur les relations économiques entre les deux pays.
Enfin, le 31 décembre 1940, tout dernier jour de son mandat, le président Pilet-Golaz demanda officiellement au Général Guisan ce qu’il en était réellement de ces supposés accords avec les Français. La réponse du général, transmise à 20 heures, fut textuellement la suivante : « Me référant à notre entretien de ce matin, je vous confirme que je n’ai
passé aucune convention militaire quelconque avec n’importe quelle Puissance étrangère. Je n’ai fait aucune communication à ce sujet. » Le choix des mots n’était bien sûr pas anodin…
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loic
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MessagePosté le: Jeu Juil 09, 2009 06:44    Sujet du message: Répondre en citant

Ce Wilhelm est-il historique et si oui de qui s'agissait-il ?
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Jeu Juil 09, 2009 07:32    Sujet du message: Répondre en citant

Cet épisode barbousard est-il OTL? Et qui est ce traitre de l'armée helvétique que l'on récompense avec une promotion?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Juil 09, 2009 12:08    Sujet du message: Répondre en citant

Je laisse le soin à Dak de répondre en détails, mais il est sur le départ pour 15 jours de vacnaces, j'ignore s'il pourra le faire avant.
Il m'a cependant déjà dit que tout cet épisode était très près d'épisodes OTL, et que Guisan a dû affronter plusierus tentatives de déstabilisation.

Par ailleurs, (si j'ai bien compris), la réaction suisse est finalement, par rapport à OTL, de résister plus nettement au Reich.
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Casus Frankie

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MessagePosté le: Ven Juil 10, 2009 10:11    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
Ce Wilhelm est-il historique et si oui de qui s'agissait-il ?


Je parierais sur le colonel Ulrich Wille fils, dont le père éponyme fut général de l'armée suisse pendant la Première Guerre mondiale.

Ses sympathies (et ses intrigues) pro-nazies étaient telles qu'il a fini OTL par être limogé par Guisan en 1942.
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dak69



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MessagePosté le: Mer Juil 15, 2009 14:27    Sujet du message: Répondre en citant

Il s`agit bien du colonel Wille.

Bien amicalement
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dak69



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MessagePosté le: Lun Juil 27, 2009 14:51    Sujet du message: Répondre en citant

L'histoire est bien sûr basée sur des faits authentiques. Dans la situation OTL, les Allemands possédaient les documents relatifs aux accords franco-suisses (ils les trouvèrent dans un wagon de chemin de fer à la Charité sur Loire), mais ils n'en ont pas fait un usage direct.

Début octobre 1940, le colonel chef de corps (équivalent à général 4 étoiles) Wille rencontre (apparemment à sa demande) l'ambassadeur allemand à Berne (Otto Köcher) et lui demande de faire sortir ces documents au grand jour pour provoquer la démission de Guisan et prendre sa place (vouloir être calife à la place du calife est un sport vieux comme le monde...). Il faut dire que Wille avait déjà lorgné la place un an plus tôt, mais sa candidature n'avait pas franchi le cap des "primaires".

Köcher fit remonter l'info à Berlin, qui ne donna pas suite, préférant un accord commercial et bancaire avec la Suisse bien plus intéressant qu'une révolution de palais à Berne. Wille avait raté son coup, qui avait de plus "fuité". Guisan retira son commandement à Wille, qui finit sa carrière comme responsable de l'instruction des troupes, avant d'être limogé définitivement en 1942. Et, une fois limogé, Wille partit pour un grand voyage en Allemagne !

Dix ans après la guerre, l'affaire ressurgit, quand le gouvernement d'alors se posa la question s'il fallait traduire Wille devant un tribunal. Mais trop d'eau avait coulé sous les ponts et tout fut laissé en l'état.

Sinon, la réponse de Guisan à Pilet-Golaz est entièrement authentique.

Bien amicalement
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Mar Juil 28, 2009 07:14    Sujet du message: Répondre en citant

dak69 a écrit:

Sinon, la réponse de Guisan à Pilet-Golaz est entièrement authentique.


La réponse est assez amusante, elle me fait penser à ce que dirait un banquier suisse intérrogé par un juge français (ou allemand, vu l'histoire récente).
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MessagePosté le: Mar Juil 28, 2009 12:17    Sujet du message: Répondre en citant

La 3ème annexe suisse est en ligne.
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Mar Juil 28, 2009 12:40    Sujet du message: Répondre en citant

Je viens de relire l'annexe et décidément, j'adore la réponse du Général Guisan au président sortant de la Confédération. Dans l'art de mentir et de dissimuler la vérité en prononçant une phrase dont le contenu est vrai au sens strict du terme, c'est vraiment du grand art.
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MessagePosté le: Mer Aoû 05, 2009 19:35    Sujet du message: Les 2 Suisses, Epilogue, par DAK69 Répondre en citant

Epilogue oui, mais les deux Suisses reviendront, c'est promis, entre les épisodes ci-dessous...

Annexe 45-7d
Marianne reconnaissante (novembre 1940)

2 novembre
Alger, bureau du ministre de la Guerre

– Prenez place, Colonel. J’ai reçu votre rapport avant-hier, mais j’ai besoin que vous me donniez de vive voix quelques précisions. Vous m’annoncez beaucoup de mauvaises nouvelles et quelques bonnes. Commençons par les mauvaises !
– Mon Général, le nombre de prisonniers faits par les Allemands est bien plus élevé que nous le pensions jusque là. La traîtrise de l’équipe Laval y est pour quelque chose !
– Restez-en aux faits.
– Comme vous le savez, les termes du pseudo-armistice prévoyaient que tous les soldats français en armes encore présents en Métropole seraient démobilisés sous quinze jours et renvoyés dans leurs foyers.
– Ce n’est pas ce qui s’est passé ?
– Pas partout. Les Italiens, qui pourtant avaient subi des pertes cuisantes, ont appliqué scrupuleusement la règle dans les Alpes. Il faut dire qu’après le 15 août, quand ils ont enfin avancé dans les montagnes au sud de Briançon, ils n’ont trouvé personne en face d’eux, à part les garnisons des forteresses et autres troupes qui leur avaient tenu tête, et des éléments isolés qui n’avaient pas pu être évacués. Les Allemands ont aussi joué le jeu dans les départements le long de la Méditerranée. Plus au nord, les jeux étaient déjà faits, seuls ceux qui avaient pu se mettre à l’abri dans des endroits reculés avaient échappé à la captivité et je ne pense pas me tromper en disant que nombre d’entre eux n’ont pas choisi la démobilisation, mais le maquis ! C’est le long de la frontière espagnole que l’entourloupe a eu lieu. Mi-août, plusieurs dizaines de milliers d’hommes étaient encore coincés dans les Pyrénées, surtout dans le Pays Basque et le Roussillon. Et il n’y avait plus moyen de prendre la mer pour l’Algérie.
– Alors ils sont passés en Espagne.
– Exactement. Là, les franquistes leur ont laissé le choix : soit ils conservaient leur uniforme, et dans ce cas ils étaient internés, soit ils acceptaient d’être considérés comme civils et renvoyés en France, où ils seraient effectivement démobilisés par les “nouvelles autorités”.
– Que Franco avait reconnues, ce qui lui vaut aujourd’hui à l’Espagne le bonheur de compter deux ambassadeurs de France, ou prétendus tels.
– La plupart de ces hommes ont choisi de retourner en France.
– Il est difficile de le leur reprocher, colonel. Nos dernières directives l’indiquaient clairement : si l’on ne pouvait pas rejoindre l’Afrique du Nord, il fallait se faire démobiliser pour éviter d’être fait prisonnier.
– Oui, pour être disponible et prêt à reprendre les armes !
– Votre esprit combatif est louable, mais ne nous écartons pas du sujet.
– Veuillez m’excuser. Une fois ces soldats rentrés en France, Laval a refusé de les démobiliser, sous prétexte qu’ils avaient fui le territoire national et que le délai de quinze jours qu’il avait fixé était écoulé ; bref il les a remis aux Allemands, qui les font croupir dans des camps improvisés, en attendant je pense de les expédier en stalag.
– Et ceux internés en Espagne ?
– Pour l’instant, Franco ne semble pas prêt à les relâcher, contrairement aux quelques Anglais qui ont pris le même chemin, et aux civils qu’il accepte de faire passer à Gibraltar au compte-gouttes. Néanmoins, je parierais que quelques succès militaires feraient beaucoup pour que le Caudillo décide soudain que ces hommes seraient mieux en Afrique française qu’en Espagne !
– Et les autres mauvaises nouvelles ?
– Toutes les garnisons des forts de la ligne Maginot, qui pour la plupart tenaient encore le 15 août, ont résisté jusqu’à épuisement des vivres et des munitions, puis il a bien fallu prendre le chemin de l’Allemagne.
– Des soldats de valeur, condamnés à l’échec par une conception rétrograde de l’art militaire dont ils n’étaient pas responsables… Enfin, les bonnes nouvelles ?
– Nous avons fait énormément de prisonniers italiens en Libye, un certain nombre dans le Dodécanèse et en Sardaigne… et nous en espérons en Abyssinie !
En prime, nous avons récupéré ceux qu’ils nous avaient faits en entrant en Tarentaise en juillet, et qu’ils avaient cru mettre en sécurité en Sardaigne !
– Bien. Colonel Garteiser, il est temps que vous vous rendiez à Genève, au siège de la Croix-Rouge. Vous passez à 5 galons pleins, ça vous donnera plus de poids. Votre mission officielle sera d’obtenir rapidement la liste de tous nos prisonniers, et de savoir où ils se trouvent. Officieusement, prenez contact avec les Italiens et les Allemands, pour bien leur faire comprendre que le sort de nos prisonniers respectifs sont liés. Je sais, au niveau des gouvernements, c’est clairement établi, mais sur le terrain, j’ai des doutes. Enfin, mais là, soyez discret, clarifiez la situation de nos troupes internées en Suisse. Voyez ça avec notre attaché militaire à Berne. Je suis sûr que vous pouvez faire quelque chose de ce côté pour ramener quelques-uns de ces hommes !
Deux jours plus tard, le colonel Garteiser prenait l’avion pour le Caire, d’où, via Athènes puis la Yougoslavie, il rejoindrait la Suisse. Dans ses bagages, il emportait deux petites boîtes.


14 novembre
Quelque part dans le Jura bernois

– Major, un major accompagné d’un civil veut vous voir d’urgence !
– Eh bien, faites-les entrer, caporal !
Pierre Rosselet manqua défaillir : les deux hommes en train d’ôter des imperméables ruisselants n’étaient autres que le major Barbey et le colonel Garteiser ! S’il avait revu le premier plusieurs fois depuis son équipée du mois de juillet en France et ses suites en octobre, la présence du second, même en civil, avait de quoi l’abasourdir !
– Mes respects, mon colonel. Quelle grande et bonne surprise! Bonjour, Major !
– L’adjudant Mesnier est-il dans les parages ? demanda Garteiser
– Oui, il n’est pas loin. Qu’est-ce qui vous amène ici ? Par ce temps, il y a mieux, comme promenade dominicale !
– Faites venir Mesnier. Officiellement, je suis en mission auprès de la Croix-Rouge, pour obtenir la liste des prisonniers français capturés par la Wehrmacht. J’ai fait ajouter vos deux noms, vous êtes dans un camp en Prusse Orientale.
– Ça va être dur de s’évader, dites donc ! Mais pourquoi cette… manipulation ?
– Vous allez comprendre. Ah, voici votre compagnon d’expédition !
– Ça alors ! Je veux dire, mes respects, mon colonel ! s’exclama Mesnier.
– Je serai bref. Le major Barbey m’a expliqué que vous ne pourriez pas accepter ce que je vais vous remettre, et encore moins vous en prévaloir. Mais je tiens à le faire quand même !
– C’est relatif à l’article 12 de notre constitution, Major ? demanda Rosselet.
– C’est cela même.
Maurice Mesnier avoua plus tard que, sur le moment, il ne comprit pas un mot à cet échange. Mais cela ne tarda pas à s’éclaircir…
– Commandant Rosselet, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais Chevalier de la Légion d’Honneur, en récompense – notamment (ajouta Garteiser à mi-voix) – de votre action sur le front de la Drôme !
– Mon colonel, il est de mon devoir de refuser.
– C’est votre droit. Adjudant Mesnier, vous avez été cité à l’ordre du groupement des Alpes, avec attribution de la Croix de Guerre.
– Je refuse également, soupira Mesnier, la mine contrite.
– Fort bien. Mais je ne vais pas m’encombrer de ces deux boîtes pour le voyage du retour ! Vous voudrez bien m’en débarrasser, n’est-ce pas ?
– Mon colonel, je n’ai rien fait d’extraordinaire qui justifie… cela, articula Rosselet en tendant une main hésitante vers le petit coffret qui lui revenait.
– Il ne vous appartient pas d’en juger, commandant. D’autres l’ont moins méritée, et ils n’ont pas fait preuve de leur honneur en refusant !
– Mon colonel, Major, je suis un hôte bien médiocre. Je ne peux malheureusement que vous offrir le café de la troupe… ou un verre de fendant.
– Le fendant me semble mieux approprié pour fêter ces retrouvailles, dit Garteiser d’un ton nettement plus détendu. Vous comprenez maintenant pourquoi vous êtes sur la liste des prisonniers ?
– Certainement ! Rien ne doit être laissé au hasard. Pour l’armée française, nous ne sommes plus des anonymes !
Les quatre hommes bavardèrent encore quelque temps. Pierre Rosselet suggéra à Garteiser de le prévenir la prochaine fois qu’il passerait, afin qu’il puisse être accueilli plus dignement que dans une cabane de rondins au bout d’un chemin boueux. Il lui demanda des nouvelles du général Georges, qui allait devenir gouverneur militaire de Tripolitaine. Barbey raccompagna ensuite Garteiser. Quand, le lendemain, il raconta l’entrevue au Général Guisan, ce dernier se contenta de sourire, entre deux bouffées de son cigare.

………………………

Les voies postales sont impénétrables. Un matin de 1945, madame Rosselet eut un choc en ouvrant un courrier barré de tricolore qui lui annonçait que son mari, prisonnier en Allemagne, avait été porté disparu, présumé mort, dans son stalag de Prusse Orientale (les Allemands, très organisés, avaient même tenu compte des deux prisonniers fictifs). Par bonheur, Pierre Rosselet était là, bien vivant, de l’autre côté de la table du petit déjeuner. Il s’en tira en évoquant une probable homonymie avec un malheureux soldat français. Mesnier reçut une lettre similaire, mais il l’ouvrit lui-même et n’eut rien à inventer.
Bien des années plus tard, la fille de Pierre Rosselet découvrit, en ouvrant le coffre de son père à la banque, comme le lui demandait son testament, les deux médailles laissées par le colonel Garteiser (Mesnier, décédé deux ans plus tôt, avait remis la sienne à son ami). Elles accompagnaient un épais cahier de souvenirs.
Légion d’Honneur et Croix de Guerre sont aujourd’hui encadrées, à la place d’honneur, dans la demeure de la fille de Pierre Rosselet et dans celle du fils de Maurice Mesnier (qui se trouve être la même, mais ceci est une autre histoire).
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MessagePosté le: Mer Aoû 05, 2009 23:19    Sujet du message: Camps de prisonniers alliés en Italie Répondre en citant

Citation:
En prime, nous avons récupéré ceux qu’ils nous avaient faits en entrant en Tarentaise en juillet, et qu’ils avaient cru mettre en sécurité en Sardaigne !


En OTL, sauf erreur de ma part, les camps de prisonniers alliés se trouvaient répartis à travers la péninsule, du nord (région de Vérone par exemple) au sud, ceux du sud étant évacués vers le centre et le nord après le débarquement en Sicile.
Il n'y en avait pas dans les îles, grandes ou petites.

En FTL, je vois vraiment très mal les Italiens choisir la Sardaigne comme endroit sûr !

Bref, l'idée citée est sympathique mais vraisemblablement peu réaliste. Tant pis pour les troupes alpines de Tarentaise, mais il vaudrait mieux trouver un autre biais pour les libérer...
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MessagePosté le: Mer Aoû 05, 2009 23:43    Sujet du message: Répondre en citant

Je le craignais bien... Mais ça valait le coup d'essayer... Confused
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MessagePosté le: Jeu Aoû 06, 2009 08:44    Sujet du message: Répondre en citant

Le 15 août, les Italiens auront dépassé Briançon depuis longtemps ...
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MessagePosté le: Jeu Aoû 06, 2009 09:04    Sujet du message: Répondre en citant

Eh bien, avec toutes ces actions barbouzardes, nos suisses sont définitivement bien plus proches de Guillaume Tell que du banquier de Berne ou de Zurich.
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