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Les Brandenburgers - par Demo Dan
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Casus Frankie
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Inscrit le: 17 Oct 2006
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MessagePosté le: Lun Sep 14, 2020 11:46    Sujet du message: Les Brandenburgers - par Demo Dan Répondre en citant

Avant de revenir à la Chrono, une histoire qui tient à cœur à Demolition Dan…


Le loup et la dague
Les Brandebourgeois, discrets artisans des victoires allemandes de 1939 à 1943


« Arx Tarpeia Capitoli proxima. »
Sagesse romaine

De multiples forces spéciales ont pris part au second conflit mondial. Leurs noms comme leurs faits d’armes sont le plus souvent connus du grand public, ou du moins du public éclairé : depuis les Rangers américains montant à l’assaut des falaises normandes, jusqu’aux commandos britanniques multipliant les coups de main en Méditerranée, en passant par les débuts des Spetsnaz en Baltique ou dans le Grand Nord, les exploits des trois Groupements de Choc tricolores, voire les interventions plus ou moins avisées du sinistre SS-Jäger-Bataillon 502 d’Otto Skorzeny, les histoires extraordinaires sont légion.
Dans ces conditions, et alors même que l’intérêt pour l’histoire de cette guerre ne se dément pas depuis une vingtaine d’années, on a peine à croire que des unités entières aient pu rester dans l’ombre, leurs opérations négligées, leurs noms connus des seuls experts et leur existence même condamnée au silence de l’oubli. C’est pourtant le cas, notamment pour ceux qui constituèrent longtemps l’élite de l’armée allemande : les Brandenburgers. Ces anonymes des forces spéciales ont cependant une histoire très riche, dont les sommets et le déclin iront de pair avec ceux du Troisième Reich. En la retraçant ici, nous tenterons de comprendre les raisons de leur décadence, qui explique sans doute la méconnaissance qui les frappe aujourd’hui.

La “petite guerre” dans la doctrine allemande
Selon un lieu très commun, la rigide armée allemande a toujours privilégié la doctrine de l’affrontement direct issue d’une (discutable) lecture de Clausewitz : concentration des forces et supériorité tactique permettant la destruction du corps principal de l’adversaire ont en effet longtemps représenté l’alpha et l’oméga de la pensée stratégique à Berlin. Comment, dans ces conditions, l’usage d’unités dont l’impact est par nature indirect a-t-il pu s’intégrer dans le plan de bataille de 1939 ?
Tout simplement parce qu’il est le fruit d’une longue tradition de lutte contre les différents mouvements séparatistes ou insurrectionnels qui gangrenèrent durant tout le XIXe siècle l’empire austro-hongrois. Confrontés à des bandes d’irréguliers ayant depuis longtemps fait leur deuil de toute ambition de défaire la K.u.k Armee sur le champ de bataille, mais néanmoins déterminés à poursuivre une guerre de guérilla en dépit des mitrailleuses, des fusils à répétition et des trains de transport de troupes, les officiers impériaux prirent assez vite conscience de l’extrême vulnérabilité de la logistique des armées modernes. Pour faire face à cette menace, ils formèrent donc des Banden, de petites forces d’infanterie légère destinée à protéger leurs approvisionnements et à porter le fer chez l’adversaire, sur son propre terrain.
L’une des premières fut le Streifkorps, une unité de garde-frontières stationnée entre Bosnie-Herzégovine et Monténégro, créée par l’empire des Habsbourg en 1883. Elle était essentiellement composée de volontaires locaux, de braconniers et de soldats visés par des mesures disciplinaires, le tout encadré par des officiers adeptes de la chasse. Les Strafunis (ou “faucons gris”) devaient opérer avec une très grande efficacité contre les infiltrations tchetniks, les contrebandiers et autres häidouks franchissant régulièrement la frontière…
Côté allemand, on n’en était pas là : la lutte contre les francs-tireurs en Alsace-Moselle avait été improvisée par des unités de réservistes, lesquelles multiplièrent les représailles, selon les instructions du chancelier Bismarck, avec la… fermeté que l’on sait. Par la suite, aux environs de 1890, le Deuxième Reich, suivant l’exemple autrichien, forma bien des Jagdkommandos d’infanterie légère, mais pour des raisons bien différentes. Il s’agissait alors pour la Deutsches Heer de surveiller l’immense frontière avec l’empire russe, à l’aide d’unités très mobiles. L’armée des Hohenzollern, à la discipline de fer, encadrée par une noblesse jalouse de ses privilèges et prompte aux punitions les plus brutales à la moindre incartade, affectait toujours de mépriser l’action des “francs-tireurs” – ceux de l’ennemi devaient d’ailleurs être systématiquement passés par les armes en cas de capture (1)…
Il faudra donc attendre la guerre des Boxers pour qu’un jeune Leutnant bavarois, Franz Ritter von Epp (futur dignitaire du Parti nazi…), déploie pour la première fois des Jadgkommandos au combat. Il s’agissait surtout d’opérations de répression, menées d’ailleurs avec davantage de brutalité que d’efficacité, mais qui permirent néanmoins la naissance du concept de Bandenbekämftung (littéralement chasse aux bandits), ultérieurement formalisé dans un chapitre du manuel de l’infanterie allemande sous le titre Opérations contre les bandits chinois.
Ces forces légères germanophones étaient vues avant tout comme un instrument de répression et de défense bien davantage que d’attaque. L’observation de la guerre des Boers, en Afrique du Sud – durant laquelle les Kommandos afrikaners firent vivre l’enfer aux puissantes forces de Sa Majesté britannique – fournirent également matière à réflexion à Vienne comme à Berlin… mais sans qu’aucune leçon en soit tirée ! Sous le poids du conservatisme exigeant le contrôle visuel constant des formations, embuscades et sabotages étaient une fois encore renvoyés à plus tard, car jugés indignes et surtout non nécessaires pour le conflit en préparation. Toujours le poids de Clausewitz et d’Hannibal… Ce, d’ailleurs, malgré la mise en application sanglante du Bandenbekämftung en Deutsch-Südwestafrika (l’actuelle Namibie, alors colonie allemande) par le Generalleutnant von Trotha, face à la révolte des Héréros et des Namas (2) ! Et pendant ce temps, les Japonais attaquaient Port-Arthur selon les méthodes de leurs conseillers prussiens, c’est-à-dire baïonnette au canon en rangs serrés, et subissaient des pertes proprement épouvantables dans l’indifférence complète.
Ainsi donc, hormis la lutte contre les infiltrations et les tactiques de contre-guérilla, il faudra l’enlisement du Premier Conflit mondial dans la guerre de tranchées – si l’on fait abstraction de la véritable guérilla menée par von Lettow-Vorbeck en Afrique Orientale – pour que les Empires centraux daignent envisager l’utilisation de l’infanterie légère à des fins offensives. Une fois encore, ce sera surtout, dans un premier temps, le fait des Austro-Hongrois qui, confrontés aux “petites équipes de chasse” russes (Akotnitchyi Komandyi), mirent sur pied de manière systématique des Jadgkommandos copiant les méthodes de l’ennemi, à raison d’une section par régiment. Quant à l’armée allemande, elle avait bien eu recours, durant l’offensive de 1914, à quelques groupes rapides automobiles, parfois sous uniforme ennemi, pour s’infiltrer dans les lignes alliées (l’un d’eux fera sauter le pont de chemin de fer de Canaples, au Nord d’Amiens) (3)… Cependant, elle se fiait avant tout à ses Sturm-Pioniere, équipés notamment de lance-flammes, pour frapper l’ennemi au cœur. Même s’ils mirent bel et bien les Français en déroute au début de la bataille de Verdun, on ne saurait parler ici d’infanterie légère et d’harcèlement… L’ensemble – Jadgkommandos comme Sturm-Pioniere – fut ensuite absorbé par les fameuses Sturmtruppen.
Ces derniers, issus d’une réflexion prussienne basée sur les succès de la Sturm-Abteilung Rohr dans les Vosges puis (aussi) à Verdun, étaient peut-être les plus proches du concept des forces spéciales offensives tel qu’on l’entend à l’heure actuelle : de petites troupes de choc, sélectionnées, mobiles, connaissant parfaitement le terrain, très bien entrainées et capable d’atteindre par leurs propres moyens un objectif stratégique. Celui des Sturmtruppen était avant tout de s’emparer des premières tranchées pour permettre la percée, remplaçant ainsi les chars d’assaut dont le Deuxième Reich ne disposa jamais. Même si le concept montra assez vite ses limites, son empreinte – grâce à des triomphes comme lors de l’offensive du Matz – marqua toute une génération d’officiers prometteurs, même si les Sturmtruppen opéraient bien davantage ici en infanterie de choc qu’en infanterie légère.
Sitôt le traité de Versailles signé et l’Allemagne (théoriquement) désarmée, la Reichswehr intégra tout naturellement un concept d’unités peu coûteuses, motivées et faciles à dissimuler dans son plan de “continuation” de l’entre-deux-guerres, puis dans sa nouvelle doctrine de percée mécanisée suivie de l’anéantissement ennemi. Et ce avec d’autant plus de facilité que de telles unités constituaient déjà bien souvent le cœur des Freikorps défendant l’Allemagne contre les Soviétiques et autres Polonais de Silésie (4) ! Les nouvelles Spezial Einheiten auraient pour tâche de se saisir des infrastructures nécessaires à la progression des Panzerdivisions, de désorganiser l’adversaire et de contrarier sa montée en ligne, de perturber ses communications et plus généralement de répandre la panique sur ses arrières. La fameuse “Cinquième colonne” qui hante encore les esprits de bien des témoins du terrible printemps 1940 était en germe… Mais examinons d’abord les circonstances de leur création.

Une naissance hésitante
L’existence du régiment z.b.V. 800 Brandenburg est indissociable de celle d’une autre organisation : l’Abwehr, le service de renseignement de la Marine allemande. Ce dernier, durant les années 20, végète sous le coup du traité de Versailles, comme la majorité de l’armée allemande – autant, d’ailleurs, du fait des sanctions imposées que du peu d’intérêt que la Reichswehr porte au renseignement et à la petite guerre. La création de la Wehrmacht, en 1935, après la nomination à la tête de l’Abwehr de l’amiral von Canaris le 1er janvier de cette année, provoquent le renouveau du service. Canaris se hâte dès ce moment de réactiver les Freikorps de l’Est en prévision de l’inévitable conflit avec la Pologne (5).
L’essor de l’Abwehr est spectaculaire : en deux ans, les effectifs à Berlin passent de 150 personnes à plus d’un millier ! Question d’ambition, dans la perspective du conflit mondial qui s’annonce, Question de survie, aussi, face au Sicherheitsdienst de Reinhardt Heydrich, qui aspire à se saisir au nom de la SS de tout le renseignement du Reich…
Or, pour permettre à son organisation de se développer, Canaris doit recruter. Et les profils les plus politiques étant déjà largement accaparés par l’Ordre Noir, il est contraint d’aller voir ailleurs. Par exemple dans les rangs de la Grenzschutz Ost, et plus particulièrement de la Spezialpolizei des Oberschlesischen Selbstschutz – la Police spéciale d’Autodéfense de Haute-Silésie. Un organisme absolument pas étatique, mais lié aux Freikorps et qui avait regroupé jusqu’à 200 hommes en civil chargés de commettre des attentats ou des assassinats dans les territoires occupés par les milices polonaises (6). Son insigne (un glaive éventrant un nœud de vipères) serait d’ailleurs repris plus tard par certains Brandenburgers dans le cadre de leurs actions anti-partisans. Ses deux principaux chefs, Heinz Hauenstein et Gerhardt Roßbach, n’avaient pourtant pas fait carrière. Le premier, après avoir été l’un des principaux membres de l’organisation Heinz (chargée de résister par le sabotage à l’occupation de la Ruhr), avait été exclu du NSDAP à la suite de luttes d’appareils. Le second avait été une victime politique de la Nuit des Longs Couteaux. Par contre, les cadres intermédiaires de la Spezialpolizei, tels que les Oberleutnants Hubertus von Aulock et Friedrich-Wilheim Heiz, tous anciens membres de la SA, restaient disponibles.
Ainsi, dès sa naissance, le futur régiment Brandenburg était particulièrement politique et étroitement lié au régime nazi, indépendamment des opinions parfois plus mesurées de certains de ses membres. Ces professionnels de la guerre irrégulière, pour la plupart polyglottes, furent le plus souvent recrutés après huit années d’adhésion au NSDAP ! Ils ne tardèrent pas à rejoindre l’Abteilung II de l’Abwehr, chargé du sabotage.
Mais un ensemble de talents ne fait pas une force militaire – il restait encore à trouver une personnalité charismatique et incontestée capable de donner une unité à ce groupe disparate pour en faire le poing armé de l’Abwehr. Etonnamment, comme un retour aux origines, la solution vint de l’Afrique… Parmi les militaires qui avait participé à la campagne de von Lettow-Vorbeck en Afrique de l’Est contre des forces dix fois supérieures, un nom sortait du lot : le Feldwebel Theodor von Hippel. Ce dernier, rentré à Berlin en 1919 avec un certain nombre de fils de colons de l’ancienne Deutsch-OstAfrika – des hommes vite conquis par les thèses les plus revanchardes – fut transféré du Génie à l’Abwehr le 1er novembre 1937. Il se hâta de proposer de mettre sur pied des petites unités spécialisées dans l’infiltration et le sabotage… Une suggestion immédiatement rejetée – comme de coutume – par l’état-major central, mais qui retint néanmoins l’attention de Canaris. Ce dernier donna donc à von Hippel un certain contrôle sur l’Abteilung II, et le chargea de former les corps-francs composés d’Allemands des Sudètes qui devaient semer le trouble en Tchécoslovaquie lors de la crise de Munich en 1938. Par la suite, cette unité implanta également des Volksdeutsche tout au long de la frontière polonaise durant l’été 1939, afin de prévenir toute destruction en Haute-Silésie et faciliter la progression de la Wehrmacht…

Premières armes en Pologne
Lors de l’invasion de la Pologne en septembre 1939, faute d’unités constituées, l’Abwehr doit bien se reposer sur ces Volksdeutsche, mais aussi sur des contrebandiers et des minorités locales germanophiles (Cachoubes, Sorabes et quelques Ukrainiens) (7) pour peser dans la bataille. Ces éléments disparates sont rassemblés par le désormais Hauptmann von Hippel au sein du bataillon Ebbinghaus, qui mettra plusieurs détachements à la disposition de la Wehrmacht lors de sa progression. Ces éléments connaitront des fortunes diverses…
Ainsi, franchissant la frontière slovaque quelques heures avant le début des hostilités, les Sudètes du groupe du Leutnant der reserve Hans-Albrecht Herzner attaquent la gare de Mosty et (surtout) son double tunnel stratégique passant sous les monts de Beskides, qui séparent l’ancienne Tchécoslovaquie de la Pologne. Traversant la forêt à pied, ces 70 hommes s’emparent de leur objectif lors d’un assaut brusqué, et désamorcent les charges mises en place par les Polonais dans le tunnel ( 8 ). Un brillant succès, donc… à ceci près que nous sommes le 31 août 1939, et qu’Hitler vient de repousser Fall Weiss au 1er septembre. Alerté par une courageuse standardiste, Varsovie envoie des renforts qui contraignent Herzner à la fuite. Le tunnel sautera le 1er septembre, 1 heure 15 après le début des combats (9).
Autre action, beaucoup plus au nord et lancée cette fois dans les temps : la prise du pont routier de Graudenz enjambant la Vistule, dans le corridor de Dantzig. Les hommes de l’Oberleutnant Tanzer, en uniformes polonais (10), tentent de s’en emparer… beaucoup trop lentement, car ils sont rattrapés par l’infanterie régulière allemande mise en marche entretemps, et faits prisonniers de guerre ! Le temps que le malentendu soit dissipé, le pont avait sauté… Un peu plus en aval du fleuve, à Tczew, le KampfTrupp du major Medem n’a pas plus de chance. Embusqué dans un wagon de marchandises, il doit se saisir du pont ferroviaire sur la Vistule sitôt son poste de mise à feu détruit par la Luftwaffe. Mais son train part en retard et est dirigé sur une voie de garage où l’attend une bonne partie de la garnison polonaise, tandis que les Heinkel 111 ratent leur cible ! L’ouvrage sautera, évidemment…
Enfin, dans Dantzig même, le détachement chargé de s’emparer de la poste polonaise échoue dans son assaut et doit faire appel à la SS pour réduire la résistance de la cinquantaine de Polonais qui s’y sont retranchés. Les défenseurs survivants, capturés, seront passés par les armes…
Finalement, seul le groupe du Leutnant der reserve Siegfried Grabert fait montre d’une efficacité réelle. Déguisés en cheminots, ses 80 hommes s’emparent par la force et en dépit d’une importante résistance du nœud ferroviaire vital de Katowice. Retenons le nom de Grabert – il fera encore parler de lui…
Le reste de la campagne se passe en reconnaissances en profondeur et interventions ponctuelles, réussies ou non. Ainsi, à Demblin, un groupe de Volkdeutsches ayant servi dans l’armée polonaise prend le pont sur la Vistule en mettant à profit un raid de Stukas, et sans tirer le moindre coup de feu ! Les charges de démolition sont désamorcées alors que les premiers panzers pointent à l’horizon… Mais à Varsovie, quand le groupe du major Schmalschläger tente de s’emparer du QG de service de renseignements de l’armée polonaise, place Piłsudski, il doit se replier presque immédiatement face à la résistance opiniâtre des défenseurs de la capitale.
Des débuts… poussifs donc, de surcroît entachés de nombreuses rumeurs de crimes de guerre (11), qui contrastent singulièrement avec le succès affirmé de l’opération Gleiwitz (la fausse attaque de la station de radio par l’armée polonaise), organisée par le SD pour déclencher le conflit… La hiérarchie nazie décide cependant de retenir le positif (après tout, la majorité des échecs sont liés à une absence déplorable de coordination !) et renvoie toute l’unité à Brandebourg-sur-Havel, pour une création qui allait marquer l’Histoire…
Celle-ci était l’aboutissement d’un processus très progressif. Dès le 15 septembre 1939, et malgré les rebuffades des états-majors et les vexations sur le terrain, la première Deutsche Kompanie z.b.V. était créée, dans le secret le plus absolu, sur l’ordre du Hauptmann Putz, chef du bureau de l’Abwehr II à Vienne. Cette compagnie regroupait alors seulement 80 vétérans du Sudetendeustches Freikorps et 150 volontaires d’horizons divers. Signe de la discrétion dans laquelle l’affaire fut montée, l’unité (commandée par le Hauptmann der reserve Verbeek puis par l’Oberleutnant der Reserve Kniesche) gagna alors la ville de Sliač, en Slovaquie, pour s’entrainer à la prise d’ouvrages d’art sous l’uniforme de l’armée de Monseigneur Tiso, agrémenté d’un simple brassard Deutsche Kompanie. Quelques jours plus tard, à Berlin, l’amiral Canaris – enfin assuré du soutien de sa hiérarchie – ordonnait à von Hippel de lever une unité spécifique dévolue aux opérations spéciales. Et le 25 octobre 1939 fut finalement créée la Bau-Lehr-Kompanie z.b.Z. 800.
Les Brandenburgers – ainsi nommés car leur GeneralfeldzeugMeister-Kaserne était située à Brandebourg-sur-Havel – étaient nés.
On note ici, poids de l’histoire du Premier Conflit mondial et souci de confidentialité obligent, que le Régiment Brandenburg relève administrativement du Génie. En effet, Bau-Lehr renvoie explicitement aux pionniers. Cependant, z.b.Z. signifie Zur Besonderen Vewendung – « pour emploi spécial », un terme parfois employé pour les unités de marche. Dans les faits, le régiment comptera des formations très diverses, dont plusieurs compagnies de montagne.


Notes
1- Nul besoin de rappeler ici le sac de Louvain en 1914 – cette tradition, hélas, ne se perdrait pas avec la chute de l’Empire.
2- Cette tactique remplaça finalement les tentatives initiales de batailles d’encerclement. Plus de 85 000 Africains devaient trouver la mort au cours de cette campagne…
3- Citons, pour mémoire, l’action de l’Oberleutnant Maximilian von Cossel, qui réalisa dans la nuit du 2 au 3 octobre 1916 le premier raid aéroporté de l’histoire en se faisant déposer par un Roland C.II 85 kilomètres en arrière des lignes russes pour aller faire sauter une ligne de chemin de fer. De telles actions individuelles n’avaient cependant absolument rien d’organisé stratégiquement.
4- Les Freikorps finiront, selon le souhait du maréchal Hindenburg, par constituer une unité à part, les Grenzschutz Ost (Gardiens de l’Est). Théoriquement voués à la défense, certains iront quand même défendre la Plus Grande Allemagne jusqu’en Lettonie…
5- L’Abwehr ira jusqu’à infiltrer dans les sites industriels polonais des agents destinés à prévenir à tout acte de sabotage lors de l’invasion.
6- Ces vétérans des Marine-brigades et du corps-franc Roßbach étaient allés jusqu’à braquer une prison gardée par des soldats français pour libérer 21 prisonniers détenus par la commission alliée de Cosel !
7- Nous laisserons de côté le cas particulier du Marine-Artillerie-Abteilung 123, formé comme les futurs Brandenburgers, mais qui ne relève pas vraiment de notre propos. Cette troupe de choc de la Kriegsmarine combattit sur bien des fronts de 1939 à sa dissolution en 1943, tentant notamment de prendre d’assaut Dantzig à partir du Schleswig-Holstein, qui l’avait transportée dans ses cales.
8- Ce point reste très disputé par les historiens militaires locaux, dont certains prétendent encore aujourd’hui que l’armée de Varsovie n’a jamais perdu le contrôle de l’ouvrage.
9- Convaincu qu’il convenait de rendre hommage à la bravoure de ses hommes, Canaris proposera Hans-Albrecht Herzner pour la Croix de Fer de 2e classe. Cette dernière sera refusée par le Generaloberst Keitel sous le prétexte qu’au moment de l’action, le Reich n’était pas en guerre ! Herzner sera finalement décoré le 29 octobre – cette vexation n’est qu’une preuve supplémentaire du mépris de la hiérarchie pour les actions commandos.
10- L’infanterie légère allemande a toujours eu tendance à utiliser des ruses de guerre non-réglementaires (soldats faisant semblant de se rendre pour mieux ouvrir le feu, uniformes français revêtus pour approcher les troupes anglaises, sonnerie “Cessez le feu” jouée juste avant un assaut). De simplement tolérées durant le Premier conflit mondial, ces pratiques furent ensuite légitimées sous prétexte de Revanche – et finirent par être quasiment intégrées au Règlement.
11- Varsovie a notamment accusé le bataillon Ebbinghaus du massacre de 17 défenseurs (dont des scouts !) à Pszczcyna, ainsi que de la torture puis du meurtre de 29 civils à Orzesze.


Dernière édition par Casus Frankie le Ven Sep 18, 2020 11:43; édité 1 fois
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Lun Sep 14, 2020 19:11    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

"l’Abwehr, le service de renseignement de la Marine allemande."
Citation:


Euh, de la Wehrmacht plutôt que de la KM, non ?

@+
Alain
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houps



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MessagePosté le: Lun Sep 14, 2020 21:07    Sujet du message: Répondre en citant

Si j'osais, je ferais des remarques... En tout cas, c'est fort sympathique.
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lbouveron44



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MessagePosté le: Lun Sep 14, 2020 21:09    Sujet du message: Répondre en citant

Bien ! Mais c'est Okhotnitchi Komandy (Охотничьи Команды), équipés de chasse (ou de chasseurs)
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demolitiondan



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MessagePosté le: Lun Sep 14, 2020 23:15    Sujet du message: Répondre en citant

@Capu - vrai ... mais objectivement elle était composé pour l'essentiel de l'intelligence navale. De la KM pour la Wehrmacht du coup,
@ Houps - mais ose ! Laughing
@ Lbouveron44 : je suis certain du nom russe - ma traduction peut-être ?
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Imberator



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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 02:36    Sujet du message: Répondre en citant

Question de néophyte :

Ce n'était peut-être pas trop dans leur mentalité, néanmoins les Japonais employaient-ils eux-aussi des unités spéciales ? J'aurais bien vu un bataillon Shinobi reprenant toute l'imagerie associée aux mythiques ninjas.
_________________
Point ne feras de machine à l'esprit de l'homme semblable !
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houps



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Localisation: Dans le Sud, peuchère !

MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 08:42    Sujet du message: Répondre en citant

Bien. J'ose. Je chipote. Je pinaille. Comme d'hab', quoi. Whistle

La petite guerre dans la doctrine allemande


"L’observation de la guerre des Boers, en Afrique du Sud – durant laquelle les Kommandos afrikaners firent vivre l’enfer aux puissantes forces de Sa Majesté britannique – fournirent également matière à réflexion à Vienne comme à Berlin… mais sans qu’aucune leçon en soit tirée ! "

fournit

Une naissance hésitante


"La création de la Wehrmacht, en 1935, après la nomination à la tête de l’Abwehr de l’amiral von Canaris le 1er janvier de cette année, provoquent le renouveau du service."

provoque

Bref, au vu du reste, des broutilles. Infimes, de surcroît. Je mettrai 18,75 pour le fond, et 18.5 pour la forme. (J'ai eu un prof qui disait que "20, c'est réservé au bon dieu, et 19, aux profs.")
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demolitiondan



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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 09:11    Sujet du message: Répondre en citant

@ Imberator : essentiellement des troupes d'assaut Paras - sur la fin, en missions suicides sur les aérodromes US. Un groupe intéressant toutefois, sur lequel les infos sont rares : des aborigènes de Taiwan pour la guérilla (faut bien être un sous-être pour ce type de tactique).

https://en.wikipedia.org/wiki/Takasago_Volunteers

@ Houps : ben tu vois Cool Et merci !
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egdltp



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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 09:17    Sujet du message: Répondre en citant

Une chose m'a piqué les yeux. Le chef de l'Abwehr est l'amiral Wilhem Canaris, pas de "Von" la dedans !!!
Sinon, merci de ces détails intéressants.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 10:28    Sujet du message: Répondre en citant

Désolé pour provoquent et fournirent, qui m'ont échappé. Et aussi pour Von Canaris, j'y ai pensé et je n'ai pas vérifié.

Expansion et formation
Pour une unité initialement discrète et aux effectifs réduits, le régiment Brandenburg prit très vite de l’ampleur. Autour du bataillon Ebbinghaus – qui pouvait désormais revendiquer l’expérience du feu – vinrent s’agglomérer une foule de volontaires issus de toutes les armes et attirés par la rumeur de la formation d’une unité d’élite. Ce flot impressionnant se tarit néanmoins rapidement devant la dangerosité des missions prévues. Il fallut donc relancer régulièrement le recrutement par des visites dans les régiments de la Heer et dans les états-majors – le plus souvent au grand déplaisir des responsables locaux, lesquels n’avaient aucune envie de voir partir leurs meilleurs éléments… A ces recrues s’ajoutèrent un certain nombre de Volksdeutsches de l’étranger, appelés par le NSDAP/AO (12) et qui se présentaient sur le territoire du Reich pour éviter d’être mobilisés dans leur pays de résidence – lequel serait sans doute demain un adversaire. Venus des Balkans, de la Baltique et des Amériques, ces profils à la fois motivés et divers – mais forcément aptes à l’infiltration – devaient être des recrues de choix pour le Brandenburg.
Mais bien sûr, il ne suffisait pas d’être polyglotte pour être recruté. La sélection fut drastique : une condition physique certaine, mais aussi une aptitude à se fondre dans l’environnement et… une grande capacité à obéir au doigt et à l’œil étaient exigées pour l’admission des recrues. Il s’agissait bien de former des soldats d’élite, aussi fiables qu’ingénieux.
Passé ce premier écrémage, suivait une série de tests absolument tous éliminatoires : calcul du QI, résistance psychologique, tests physiques d’une rudesse extrême, mise à l’épreuve du contrôle de la colère, étude de la capacité d’improvisation… L’ensemble de ces épreuves, toutes très contraignantes, mais sans a priori culturel, conduisit naturellement à un grand brassage social : depuis d’anciens Sturmpioniere jusqu’à d’ex-Gebirgsjägers, en passant par des fils de colons africains, d’anciens membres des Freikorps, des sportifs universitaires, des Belges germanophones (13) ou même des vétérans de la Légion Etrangère, tout le monde devait se côtoyer !
La plupart de ces hommes n’avaient cependant pas connu le front ou le feu – il leur fallait donc un encadrement expérimenté, qui fut prélevé dans les unités de réserve de la Wehrmacht. On retrouva ainsi dans le Brandenburg un grand nombre de membres de la “mission turque” déployée dans l’empire ottoman durant la Première Guerre mondiale, qui portaient fièrement l’étoile de Gallipoli à leur vareuse ! Enfin vêtues de leur nouvel uniforme noir – mais celui des pionniers, pas celui de la SS (14) – les 320 recrues rejoignirent les 250 vétérans déjà à l’entraînement à Sliač ou déployés en Roumanie.
Ravie d’un contingent aussi nombreux (bien plus qu’attendu), l’Abwehr décida de répartir ces 570 hommes en deux compagnies, sous le commandement unifié de von Hippel :
– la 1. Kompanie (l’ancienne Kompanie z.b.V. de Slovaquie, qui irait finalement s’encaserner à Neustift-Innermanzing) – Oberleutnant Der Reserve Kniesche ;
– la 2. Kompanie (la nouvelle Bau-Lehr-Kompanie z.b.Z. 800) – Hauptmann Fabian, puis Oberleutnant Wolf-Justin Hartmann (15).
– Une 3. Kompanie fut par la suite créée à Bad Münstereifel – Hauptmann Hans-Joachim Rudolf, ancien pionnier venant d’Amérique Latine et parlant parfaitement l’espagnol.
Pour tenir compte de cet effectif, la Bau-Lehr-Kompanie z.b.Z. 800 devint le Bau-Lehr-Bataillon “Brandenburg” le 15 décembre 1939, actant cette expansion, qui ne devait pas être la dernière ! Le nouveau bataillon fut encore renforcé courant février 1940 par une 4. Kompanie formée à partir de deux groupes recrutés par Siegfried Grabert et Hans-Albrecht Herzner. Elle fut confiée à l’Oberleutnant Wilhelm Walter – un transfuge de la 5. ID portant sur la joue la marque de quelques virils tournois d’escrime. Chacun des quatre compagnies fut ensuite divisée en demi-compagnies (1. et 2. Halßkompanien) pour plus de souplesse opérationnelle. Rassemblant des hommes représentant 15 nationalités et parlant plus de 20 langues, le bataillon prit peu à peu une importance plus que substantielle dans les projets de l’Abwehr.
L’entraînement au combat s’effectua finalement en toute discrétion à l’Ecole de Combat spécialisée (et autonome) à Gut Quenzsee. Sur les rives du lac, à seulement 3 kilomètres de leur QG, les Brandenburgers subirent d’abord une formation de pionniers poussée à l’extrême – tir, bombe artisanale, sabotage, déminage, reconnaissance, corps à corps, neutralisation de sentinelles, infiltration, psychologie de la foule, premiers soins, conception de faux papiers, conduite de véhicules étrangers et même apprentissage de l’environnement quotidien du soldat ennemi étaient autant de matières à l’école de l’Oberleutnant Kustsche. En complément, les volontaires pouvaient suivre des cours de voile (16), de natation, de neutralisation d’aiguillage et de parachutisme (à l’école des Fallschirmjäger d’Oranienburg).
L’ensemble répondait donc pleinement au mode opératoire de l’unité, que von Hippel avait directement mis au point avec Canaris. Au-delà, une constante spécifique dominait : l’infiltration sous double uniforme (17) ou Halßtarnung (demi-camouflage). Cependant, le port permanent d’uniforme ennemi (Volltarnung, camouflage complet) serait parfois pratiqué, notamment sur le front russe ou pour la lutte anti-partisans dans les Balkans – mais dans ces opérations, on n’attendait guère de quartier en cas de capture. Rappel constant de l’engagement comme des risques encourus – ces missions ne seront jamais imposées, mais toujours basées sur le volontariat.
Durant l’hiver 1940, le bataillon acquit peu à peu un esprit de corps très particulier – avec d’autant plus de facilité que les compétences d’un simple soldat pouvaient supplanter celle de son supérieur dans de nombreux domaines. La hiérarchie, bien que présente, se fit décontractée… On ne saluait plus, on se serrait la main – dans l’enceinte de la caserne du moins (1Cool.
Au printemps 1940, alors que le Reich se prépare à déferler sur l’Europe de l’Ouest, l’unité est prête. Signe de son importance reconnue : elle n’est activable que par l’OKH, après validation de l’OKW, son déploiement effectif ne pouvant relever au minimum que d’une armée. Son règlement précise qu’il s’agit d’une « unité formée pour [un genre particulier] d’action et difficilement remplaçable (…). [Son engagement] doit être motivé et [doit] être réservé à des tâches ponctuelles ou à des cas désespérés. Quand le front devient stationnaire, l’unité est à retirer du front. »
Fier de son nouvel outil, Theodor von Hippel fanfaronnera durant une inspection : « Avec ces hommes, nous irons chercher le Diable jusqu’en enfer ! » Il ignorait à quel point il avait raison.

Triomphes discrets en Scandinavie et au Benelux
En avril 1940, préalablement à son Westfeldzug, et craignant une intervention alliée sur la Suède par la Norvège – une éventualité proprement désastreuse pour son approvisionnement en métaux – Hitler ordonne en urgence le déclenchement de l’opération Weserübung : l’invasion du Danemark et de la Norvège. Le bataillon Brandenburg y participe en improvisant un Nordzug composé pour l’essentiel de skieurs émérites et de personnels parlant polonais ou anglais. Ce Nordzug est divisé en plusieurs sections pour atteindre autant d’objectifs.
- Au Danemark, la section du Feldwebel Sorgenfrey doit couper les communications entre Gedser et Nykøbing Falster, s’emparer de la gare de Tinglev et enfin se saisir du pont ferroviaire à proximité de Padborg. Infiltrés en tenue civile, ces hommes accompliront sans mal leur mission – avec d’autant plus de facilité que la résistance danoise sera très brève. D’autant plus brève que la section du Leutnant Lotzel, déployée en planeurs, atterrit sans incident et s’empare des ponts sur le détroit du Grand Belt, facilitant ainsi notablement la progression de la Heer vers Copenhague.
- En Norvège, les 42 hommes du major Kewisch gagnent préalablement Oslo par le train (et en civil bien sûr). Le commandement lui a ordonné de neutraliser les communications radios et téléphoniques, ce qu’il accomplit sans difficulté.
Plus tard, alors que la situation évolue favorablement pour la Wehrmacht – du moins au sud du pays – l’ensemble du groupe est redéployé vers Trondheim et une section est même envoyée à Narvik, où elle luttera jusqu’au rembarquement des troupes alliées et à la capitulation norvégienne du 10 juin 1940.
………
Pendant ce temps, à la frontière hollando-belge, les autres Brandenburgers préparent la frappe à l’Ouest dans des cantonnements isolés et soumis au secret militaire. Deux unités ont été affectées à l’invasion du Benelux : la 4. Kompanie auprès des 6. et 18. Armeen, face aux Pays-Bas, et la 3. Kompanie auprès de la 4. Armee, face à la Belgique. Leur tâche est pleinement cohérente avec leur entraînement comme avec leur doctrine : se saisir des points de passages sur la Meuse, le canal de la Meuse et le canal Albert. La prise des ponts de Maastricht relève quant à elle d’une autre unité spécifique de l’Abwehr, l’Infanterie-Batallion z.b.V. 100 (Hauptmann Fleck), non lié aux Brandebourgeois. Pour les assister, les Allemands peuvent compter sur des auxiliaires locaux : des sympathisants nazis de confiance qui leur serviront de guide et de facilitateurs en cas de rencontre avec une patrouille…

Aux Pays-Bas, les sections de la 4. Kompanie connaissent des fortunes diverses, mais le plus souvent favorables : si celle chargée de la capture du pont d’Arnhem échoue (section capturée, Unteroffizier Wurst tué en tentant de fuir), celle en charge des ponts de Nimègue s’empare sans coup férir des ouvrages d’arts de Malgen et de Hatert – les charges de démolition sont déposées et les garnisons neutralisées.
Un peu plus au sud, la 3e section (Leutnant Witzel) s’avance sur le pont d’Heumen, déguisée en prisonniers escortés par des gendarmes. Sitôt le barrage ouvert, les renards se jettent dans le poulailler ! Mais les casemates défendant l’ouvrage résistent avec acharnement et il faudra une lutte féroce pour s’emparer de l’objectif. Encore plus au sud, la 1ère section de l’Oberleutnant Walther met à profit les deux collaborateurs locaux du NSNAP qui les accompagnent pour jouer eux aussi des déserteurs fort convaincants… Les Hollandais gardant la rive est du pont de Gennep les laissent approcher – et ont la surprise de voir les prétendus captifs et leur escorte braquer des armes sur eux sitôt à portée. Cependant, faute d’effectifs – les Brandebourgeois ne sont que 9 ! – ils ne peuvent pas franchement répéter l’opération sur la rive ouest, où 30 soldats bataves se demandent bien ce qui se passe. Jouant d’audace, Walther s’avance avec deux hommes seulement, comme pour discuter… avant de lancer des grenades sur les Hollandais, des réservistes qui se dispersent dans la nature. Le temps qu’ils se rallient et reviennent à la charge, la 256. ID est arrivée… Pour cet exploit hors du commun, Walther deviendra le premier Brandebourgeois à recevoir la Croix de Fer (le 24 juin).
Cependant, tout ne peut marcher aussi bien. La 2e section (Leutnant Siegfried Grabert) doit prendre les quatre ponts entre Buggenum et Maaseik. Déguisés – c’est une manie ! – en ouvriers ferroviaires, les hommes du Unteroffizier Hilmer se saisissent par surprise du pont de Buggenum, mais laissent filer deux soldats qui arrivent à prévenir les sapeurs. Le pont s’effondre dans la Meuse, emportant avec lui trois des Brandebourgeois (qui ont aussi trois blessés). Pour sa part, le groupe du Feldwebel Weber est encerclé par une patrouille de réservistes et contraint de se révéler – quand apparaissent les uniformes allemands, les factionnaires bataves s’enfuient en hurlant ! Ils donnent cependant l’alerte suffisamment tôt pour que le pont de Ruremonde saute, avant que les deux derniers ponts soient eux aussi détruits dans la foulée.
Enfin, au nord de Maastricht, les hommes du Leutnant Kürschner s’emparent sans un coup de feu de trois des quatre ponts sur le canal Juliana – les défenseurs du dernier, situé à Born, accueillent les Allemands avec des mitrailleuses et des canons de 47 mm. Il faudra attendre l’artillerie de la 7. ID pour contraindre les Hollandais à la reddition – mais les défenseurs n’ayant pas d’explosifs, l’ouvrage reste intact. Les Allemands n’ont que 14 blessés et font 175 prisonniers. Plus tard, un détachement motocycliste belge qui tente de remonter vers le nord tombe sur les Allemands – surpris, il doit se replier en abandonnant ses blessés.
De son côté, à Maastricht, l’Infanterie-Batallion z.b.V. 100 échoue complètement à s’infiltrer – tous les ponts visés lui échappent et sont détruits. L’action de la 4. Kompanie du Brandenburg a donc été décisive pour la réussite de l’invasion de la Hollande.

En Belgique, la 3. Kompanie de Rudloff n’est pas moins efficace – en tout cas, elle ne se contente pas d’observer de loin les parachutistes du Sturm-Abteilung Koch prendre d’assaut la forteresse d’Eben-Emael. Déguisés en civils ou en soldats belges, ses hommes accomplissent une suite d’actions peu marquantes individuellement mais toute décisives au profit de la 7. Panzer de Rommel : coupure de communications, saisie de la gare de Saint-Vith, capture de trois ponts sur l’Our qui permettront aux chars du futur Renard des Balkans de filer vers le sud. Sur 24 objectifs désignés, 19 tomberont – mais non sans heurts. A la gare de Saint-Vith, les Brandebourgeois se heurtent à des éléments d’une autre formation d’élite : des Chasseurs Ardennais, en train d’embarquer vers l’ouest. Le combat se prolonge et commence à mal tourner pour les Allemands… jusqu’à ce que le conducteur du train panique et fasse démarrer le convoi, leur livrant le champ de bataille ! Sortant de la gare, le train se retrouve sous le feu d’une autre section qui vient de s’emparer du pont ferroviaire – elle le stoppe et le contraint à la reddition. Sur ces entrefaites, l’un des ponts de Saint-Vith est détruit par les sapeurs belges, alertés par le bruit du combat… La journée se termine par l’assaut du commissariat local, où le Feldwebel Kretschmar – un Sudète – se glisse derrière les policiers belges pour les forcer à déposer les armes. Pour seulement trois blessés, la 3. Kompanie a capturé plusieurs dizaines de soldats adverses et saisi tous les points de passages (hormis le pont de Saint-Vith et deux ponts plus au sud, détruits durant l’approche). Elle récoltera 8 Croix de Fer de 1ère classe et 84 de 2e classe – belle performance pour une seule journée de combat.
Enfin, dans le grand-duché du Luxembourg, les sections des Oberleutnants Schöller et Eggers – en civil – s’emparent sans mal des ponts sur la Sûre et l’Our. Guderian ne sera pas arrêté ici.
Quelques jours plus tard, alors que le groupe est rappelé en Allemagne, la 2. Halbkompanie de la 4. Kompanie (Leutnant Grabert) est chargée d’empêcher la destruction des écluses de Nieuport par les Britanniques. Ce sera l’opération Martin. Dans la soirée du 27 mai, une vingtaine de soldats revêtus d’uniformes anglais tente de passer dans un bus capturé. La ruse ne prend pas : le véhicule est mitraillé et le groupe doit s’abriter. La situation reste figée jusqu’à la nuit. Profitant alors de la régularité très professionnelle des Britanniques (qui ne tirent leurs fusées éclairantes qu’une par une, en les laissant se consumer jusqu’au bout), Grabert, son adjoint Janowski et quatre autres Brandebourgeois rampent jusqu’aux positions ennemies pour y sectionner les fils des explosifs… Ceci fait, ils surgissent de nulle part en lâchant grenades et rafales sur des défenseurs sidérés tandis que le reste du groupe charge. Les Tommies sont mis en fuite et l’ouvrage pris d’assaut – un nouveau succès complet, donc, pour le régiment.
On peut s’étonner que ces multiples faits d’armes n’aient pas fait l’objet de plus de publicité. C’est que, contrairement aux SS – qui bénéficient de l’appui politique de leur arme – et aux Fallschirmjägers – dont Goebbels fait chanter les louanges jour et nuit – le Brandenburg n’a pas de bienfaiteur pour lui donner un coup de projecteur… qu’il ne souhaite d’ailleurs nullement. Ce n’est pas dans la nature des services de renseignements de rechercher la publicité…
Son histoire aurait sans doute pu s’arrêter là en Europe de l’Ouest si la République française n’avait pas choisi de continuer la lutte. Alors qu’il aspirait au repos sinon à la gloire, le Brandenburg est donc rappelé en France lors de la pause opérationnelle de fin juin - début juillet nécessaire au rétablissement de la logistique allemande, avant la conclusion fatale de la Première Campagne de France.


Notes
12- L’organisation centralisant les partis nazis à l’étranger.
13- Originaires des trois cantons d’Eupen, Malmedy et Saint-Vith, ces éléments étaient considérés comme très peu fiables par le commandement belge, qui les avait à peu près tous regroupés dans les Troupes Auxiliaires de l’Armée. Le sigle TAA, qui pouvait s’interpréter comme « Tiere Aller Art »« Animaux variés », était vu comme une véritable cloche de lépreux par ceux qui le portaient.
14- Il sera ultérieurement remplacé par un vert clair mieux connu, associé à un brassard porteur du nom de l’unité. Mais dans les faits, un grand nombre de recrues portaient leur uniforme d’origine pour les activités courantes.
15- Hartmann présentait un profil des plus atypiques – donc représentatif des Brandenburgers. Né en Amérique du Sud, il avait été tour à tour combattant dans l’Asien-Korps, prisonnier de guerre en Egypte, membre des Freikorps et romancier !
16- Pour l’essentiel, il s’agissait de former des équipages de navires permettant l’insertion de troupes – les Geistersegler (marins fantômes).
17- Précaution permettant d’échapper au sort des espions – le Brandenburger était censé s’infiltrer sous uniforme ennemi puis, une fois en place, combattre sous couleurs allemandes. Evidemment, pour ce faire, et bien que des cours de déshabillage aient été prévus (!), on privilégia les manteaux aux justaucorps.
18- Cette pratique fut sans doute encouragée afin de faire perdre aux Brandenburgers la raideur militaire qui devait trahir bien des agents allemands en mission.


Fin de la partie OTL.
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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 11:26    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:

13- Originaires des trois cantons d’Eupen, Malmedy et Saint-Vith, ces éléments étaient considérés comme très peu fiables par le commandement belge, qui les avait à peu près tous regroupés dans les Troupes Auxiliaires de l’Armée. Le sigle TAA, qui pouvait s’interpréter comme « Tiere Aller Art »« Animaux variés », était vu comme une véritable cloche de lépreux par ceux qui le portaient.


Je n’ai pas de statistiques, mais il me semble qu’il devait y avoir assez peu de Malmediens germanophones en 1939-40 doucement ostracisés par les autorités militaires belges (par opposition aux habitants d’Eupen et Saint-Vith, très majoritairement germanophones).

Mon grand-père était originaire de Malmedy. Il effectua son service militaire et fut ensuite mobilisé dans les Cyclistes-Frontière, une des deux armes d’infanterie légère constituées dans les années 30, l’autre étant les Chasseurs Ardennais.

Les trois cantons d’Eupen, Malmedy et Saint-Vith étaient allemands jusqu’en 1919, mais Malmedy était (et reste) une ville wallonne a forte majorité francophone, au contraire des deux autres cantons, qui conservent une identité teutonne très perceptible. D’ailleurs, aujourd’hui, Malmedy ne fait pas partie de la communauté germanophone de Belgique et n’est qu’une commune wallonne qui offre des facilités administratives en allemand à sa population.
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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 11:37    Sujet du message: Répondre en citant

@Casus, un problème de typographie. Moitié se dit Halb en allemand et non Halß, comme le laisse supposer ta graphie, avec le eszett à la place du b.
Toujours aussi intéressant. Nous allons avoir le rappel des exploits en Irak et ailleurs ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 11:51    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, désolé, j'aimais bien le ß.
Quant à l'Irak - vous avez lu et relu, j'espère, le récit magnifiquement narré par Menon-Marec. Vraiment, l'un des morceaux de roi de la FTL.
C'est pourquoi il n'en sera question ici que brièvement.
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Casus Frankie

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egdltp



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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 13:12    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, c'est un beau morceau et une belle illustration de ce que le IIIème Reich savait faire de ses atouts ainsi que de la prosaïque réalité des relations F-GB en dehors des cercles stratégiques...
Une simple note pour guider le lecteur vers les fichiers de la somme "officielle" aidera les nouveaux lecteurs à le découvrir.
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MessagePosté le: Mar Sep 15, 2020 14:27    Sujet du message: Répondre en citant

@JPBWEB : je m'attendais à une réaction ... Cependant, je n'ai inventé absolument rien ici, des TAA jusqu'aux recrues regroupées par cantons. Pour les Brandebourgeois, ca devait faire dans les 60 hommes ... Combien au final ? Je dois confesser n'en savoir rien. Mais cela n'enlève pas la réalité de ce pénible fait.
@ Egdltp : Sur l'Irak, j'ai préféré être succinct et faire dans l'ellipse pour davantage raconter des nouveautés (Casus, j'ai distinctement entendu le soupir !!! Wink ). Blague à part ... au final, il y a peu de choses à raconter de spécifique sur l'Irak. Un gros gachis point.
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