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Coloriage Citadelle
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Anaxagore



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 16:12    Sujet du message: Coloriage Citadelle Répondre en citant

Frank m'a demandé de vous faire un coloriage pour Citadelle (front russe). Je me suis inspiré du film "Croix de fer"
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19425475&cfilm=36574.html
Pour en livrer une version FTL.

4 juillet

L'air sent le matin.
Vous connaissez sans doute cette odeur d'heure humide de rosée, de fraîcheur et d'air lunaire qui imprègne encore les sous-bois...
Choc sourd...
Odeur acre de cordite.
Là-bas, un champignon de fumée noire, de terre et de graviers éventre un raidillon artificiel, couronné de sac de sable, bordé de rouleaux de barbelés et de chevaux de frise.
Choc sourd...
Près d'un bunker de bois et de terre d'où saille la gueule d'une MG-34, un deuxième geyser de fumée monte au milieu d'horribles cris. Un corps catapulté hors d'une tranchée, fusil encore en main, casqué de fer, chaussé de bottes de cuir, retombe comme un paquet de patates jeté sans soins.
La plaine agricole couverte de blés dorés, les bois aux ombres profondes sont marqués d'hideuses cicatrices. Ici l'épave d'un camion Opel, là un T-34 incendié, un cratère ouvert par un obus se remplit d'eau boueuse un peu plus loin. Ils marquent une géographie lunaire zébrée de tranchées, de rouleaux de barbelés, d'obstacles antichars, bornée de petits et de grands bunkers d'où sortent des mitrailleuses et de canons entourés de leurs servants qui s'activent, chargeant ; tirant ; chargeant ; tirant...
Dans les tranchées, les soldats courbent les épaules à chaque explosion. Parfois... parfois les éclats charcutent les chairs et dans ce paysage dévasté, brûlé où les couleurs semblent mortes, le rouge de l'hémoglobine apporte comme une étincelle de vie. Éphémère pourpre impériale qui drape des yeux morts, des moignons hideux, des tripes à ciel ouvert...

Le lieutenant Mayer, tête nu, le visage mangé de barbe et les yeux fiévreux fume en tremblant. Sa main ne quitte pas la crosse de son MP-40. Son uniforme crasseux porte plusieurs médailles sur la poche de poitrine.
Il se redresse pour jeter un coup d'œil vers la plaine devant lui. De l'autre côté des champs de blés aux épis couchés, brûlés, semés de cadavres boursouflés qui attirent les mouches... au loin... si loin... à seulement quatre cent mètres... d'autres tranchées. D'autres hommes si semblables, avec le même sang rouge, des armes à la main, crevant de balles perdues, d'explosions ou du pied de tranchée. Des hommes pétant, jurant, se racontant des obscénités si semblables.
Juste qu'ils parlent une autre langue et arborent une étoile rouge sur leur uniforme au lieu d'une croix noire.
Il fallait bien trouver une raison pour s’entre-tuer... si cela n'avait pas été ça, on aurait trouvé autre chose.
Mayer est trop fatigué de la haine recuite qu'on lui a servie chaque jour depuis son engagement pour exécrer encore les Ruskofs.
Il a cessé de croire au National Socialisme.
Il ne se bat même pas pour une promotion ou la grandeur de la Wehrmacht.
Le lieutenant à l'uniforme couvert de boue n'entend plus rien à ce genre de choses. Il s'agit juste d'une bouillie de mots qui revient sans cesse dans les messages vides de sens qui résonnent à radio... presque qu'inintelligible au milieu du concert des mortiers et des mitrailleuses, un refrain monocorde étouffé par l'immense orchestre de la guerre. Musique essoufflée, jouée par des interprètes épuisés et sans inspiration, mais qui résonne nuit et jour.
Pourquoi se bat-il ?
Par moment la question taraude le lieutenant Meyer.
La seule réponse qui lui venait est qu'il ne peut pas s'arrêter. On ne lui laisse pas la possibilité d'arrêter. Il est là. Devant ? Il y a les Ruskofs qui veulent le tuer lui et ses hommes... Et derrière ? Il y a ce bloc pesant que l'on appelle le régime, le nazisme, l'armée, la nation... toutes ces notions qui tendent à se mélanger. C'est un bloc inamovible auquel il est adossé. Impossible de faire un pas en arrière... Sinon, ce qui l'attend est pire que la mort. Les Ruskofs au moins ne cherchent qu'à le tuer lui. Derrière, c'est sa famille que l'on menace de faire passer devant un peloton d'exécution à la moindre traîtrise.
Reculer d'un pas ? Traître ! Se rendre ? Traître ! Refuser d'exécuter les prisonniers ? Traître.
Il n'a plus que le droit de combattre et de mourir. La victoire ?
La pensée lui amène un sourire d'une amère acuité.
Personne n'ose le dire, à peine le penser... mais en dépit de tous les communiqués parlant de la victoire prochaine. Les soldats savent. Le défaitisme interdit par le régime est la norme parmi les soldats du front.

Le lieutenant Mayer baisse la tête en entendant le sifflement d'un obus. Un réflexe... le projectile est supersonique. Si on l'entend tomber c'est que l'on a déjà survécu. Et le nouveau champignon de fumée qui s'élève entre deux lignes témoigne qu'il n'a pas fait de nouveaux dégâts.
Remontant ses hommes qui relèvent la tête par-dessus le parapet de sac de sable bordant la tranchée, Mayer pénètre par quelques marches jusque dans un terrier boueux sommairement étayé de bardeaux de bois non-poncé.
Il apostrophe immédiatement l'homme en uniforme qui actionne les molettes de réglage d'un pesant émetteur radio :
- Steiner ?
L'homme relève brièvement les yeux.
- Non, mon lieutenant.
Dans le microphone, l'opérateur reprend la litanie un instant interrompue :
- Caporal Steiner, répondez, ici la deuxième compagnie. Caporal Steiner, répondez, ici la deuxième compagnie.
Une explosion plus proche brise soudain une planche de bois. Une avalanche de terre dégringole avec fracas dans l'abri. Il y eut un hurlement. Le lieutenant Mayer se retourne avec un haut le cœur... derrière lui, la tranchée est éventrée. Un gamin amputé des deux mains court vers lui. Les restes emmêlés de quatre soldats palpitent encore faiblement.

Un peloton d'une douzaine d'hommes, ils avancent lestement, sans un mot, presque sans un bruit. Les soldats sont maigres, efflanqués comme des loups dont ils ont la silhouette furtive et le regard traqué.
Le regard...
Dans leurs visages burinés, crasseux, envahis de barbes, les yeux ressortent de manière impressionnante. Si lumineux, des yeux envahis de fièvre ou peut-être les yeux d'hommes qui se réveillent d'un long cauchemar pour découvrir que celui-ci les suit dans l'éveil.
Ils ont des uniformes allemands dépareillés. Certains ont des casques avec filet ornés de fausses feuilles ou d'une toile camouflée, d'autres ont des casquettes ou des calots... pas forcément réglementaires... certains sont même tête nue.
Ils brandissent ou portent sur eux tout un arsenal, des fusils, des mitraillettes... allemandes ou russes... des grenades à manche dans les ceintures ou les bottes, des pistolets et toutes sortes de lames.
Chacun s'encombre en outre de chargeurs en sautoir ou dans les ceinturons.
En première position, courbé en deux, un homme se vêt d'un blouson à capuche presque réduit à l'état de hardes. Sa casquette enfoncée jusqu'aux sourcils laisse entrevoir des touffes de cheveux poivre-et-sel, les yeux presque bridés sont marqués de rides dans un visage buriné et comme moulé dans bronze.
Il porte les galons d'un simple caporal pourtant quand il s'arrête, tout le monde obéit à une chorégraphie mainte fois répétée qu'il dirige avec le doigté d'un chef d'orchestre. Tandis que les hommes se déploient, quelques uns abandonnent leurs fusils pour tirer des baïonnettes brillantes, des couteaux, voire de simples fils métalliques.
Une tension se lit sur les visages. Sans un mot, à pas de loup, ils avancent dans les sous-bois. À quelques dizaines de mètres devant eux, un bunker avancé, accueillant trois mortiers qui tirent par intermittence. Il y a aussi une mitrailleuse Maxim et quelques sentinelles qui font les cent pas. On entend un murmure paisible de conversations en russe. Les Ruskofs sont tranquilles, ne sont-ils pas dans un secteur contrôlé ? Et le terrain dégagé permet de voir jusqu'aux lignes ennemies.
On rit, on plaisante, sans détecter l'avance lente, prudente, des prédateurs qui circulent dans les sous-bois. Et puis... au même instant... la mort frappe. Un Allemand emporte une sentinelle dans un fourré, une main en bâillon. Là, d'autres mains entourent un fil de fer autour d'un cou, serrant... serrant... Ici, un sourire écarlate est dessiné par un surin habile juste sur la gorge d'un Russe.
Pas un bruit n'a été fait.
Les corps sont pris sous les aisselles, cachés, on sort des armes plus meurtrières. Deux allemands s'avancent, ils tiennent des grenades à manche. Ils tirent la corde de traction. Une double explosion, une parmi les mortiers, l'autre près de la mitrailleuse. Les hommes du peloton jaillissent tirant parmi les Soviétiques meurtris, choqués, trop surpris. Tout est fini presque avant d'avoir commencé.
Il ne reste que le silence.
La dizaine d'hommes se répand. On se saisit des armes on fait les poches des cadavres à la recherche de munitions.
- Steiner !
Un des soldats en uniforme usé lance une mitraillette PPsh-41 à son chef. Ce dernier la brandit d'un air appréciateur :
- Exactement ce dont j'avais besoin !
- Il y en a uen autre là... et plein de munitions.
D'un signe, le caporal Steiner appelle un soldat portant une radio dans son havresac :
- Fais ton rapport à Mayer.

Là-bas dans les tranchées, le lieutenant Mayer a déjà compris en voyant cesser les tirs de mortiers. Une fois encore, le peloton du caporal Steiner s'est glissé dans les lignes ennemies pour neutraliser un point d'appuis bien défendu. Bien sûr, les Ruskofs ont été alerté par les explosions et ils vont chercher Steiner.
Ils le font à chaque fois et lui il réussit à leur échapper.
Steiner est une légende. On ne peut pas le tuer et il est insaisissable. Son peloton balaie à chaque fois toute opposition, ne laissant que des cadavres et des ruines fumantes.
Au fond, les hommes comme lui sont la seule raison qui explique que le moral ne se soit pas complètement effondré sur le front.
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.


Dernière édition par Anaxagore le Sam Nov 16, 2019 11:41; édité 2 fois
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raven 03



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 17:08    Sujet du message: Répondre en citant

Superbe ...!!!
là j'ai la musique du film .et James Coburn qui rigole dans ma tete....

Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil

plutot un MP 40 qu'un MP 38 pour le lieutenant

question ... Steiner n'etait pas Sergent dans le film ( Unteroffizier )???
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Anaxagore



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 17:17    Sujet du message: Répondre en citant

Il est caporal dans les premières minutes de film, c'est à son retour dans les lignes allemandes qu'il est nommé sergent-chef... C'est Stransky qui le lui apprend (leur première conversation... et également leur premier heurt).
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 17:56    Sujet du message: Répondre en citant

Le meilleur film sur le Front de l'Est - on n'a rien fait d'aussi bon. Viscéral, agressif, puissant - on s'attache aux personnages, et même temps non. Comme sur le front, on se demande ce que tout le monde fait là ... et à aucun moment la guerre n'est glorifiée ou esthétisé comme on le fait aujourd'hui. Très bon camarade !
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Archibald



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 18:36    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne connaissais pas. Mais bon, du Peckinpah sur le front de l'Est, forcément, on se doute, ça va pas être les bisounours ni la Pat' Patrouille...
Rien que le résumé Wikipedia prends les trippes, alors le film...

War is hell.
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« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.
"Nous vaincrons car nous sommes les plus forts" (Reynaud) "Heureusement, sinon, qu'est ce qu'on aurait pris !" (Goscinny)
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Pendjari



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 19:01    Sujet du message: Répondre en citant

Un de mes films de guerre de chevet que je qualifierais presque d'étonnant... contrairement à la filmographie guerrière US de l'époque, le front de l'Est est évoqué et vu du côté Allemand.

Ici, pas de héros mais des hommes (parfois des femmes), bruts, nus, hébétés par ce qui les entoure mais devenus loups.

Et ces gueules, sans ne parler que de l'illustre James Corburn !

A voir et revoir...
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"J'ai glissé Chef !"
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Anaxagore



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 20:05    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Le meilleur film sur le Front de l'Est - on n'a rien fait d'aussi bon. Viscéral, agressif, puissant - on s'attache aux personnages, et même temps non. Comme sur le front, on se demande ce que tout le monde fait là ... et à aucun moment la guerre n'est glorifiée ou esthétisé comme on le fait aujourd'hui. Très bon camarade !


Il y a une réplique qui résume bien, Le colonel Brandt ouvre une bouteille de vin Blanc pour fêter l'arrivée de Stransky.

Skransky : " Vous avez du goût Colonel, du vin blanc de la Moselle. Mais tellement déplacé aussi loin à l'Est"

Brandt : " Pas plus que nous ne le sommes".
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 20:23    Sujet du message: Répondre en citant

Attendons de voir la suite. J'ai moi même un personnage au destin ... surprenant sous le coude. Cool
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Imberator



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 20:36    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Il s'agit juste d'une bouillie de mots qui reviens sans cesse...

Soit c'est la bouillie qui revient, soit se sont les mots qui reviennent, non ?


Citation:
Mayer est trop fatigué de la haine recuite qu'on lui a servie chaque jour depuis trois ans pour exécrer encore les Ruskofs.

Soit ils s'agit de l'anticommunisme propre au nazisme depuis sa création et asséné par le régime depuis ses débuts (avec sans doute un relatif relâchement entre le pacte d'août 40 et Barbarossa) donc depuis bien dix ans, soit il s'agit du paroxysme du rejet du Rouge pendant la guerre à l'est.

Mais alors il y a ici un problème. FTL la dite guerre ne commence qu'en mai 42 pour finir fin 44, donc ne dure même pas trois ans.

À préciser donc.
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le poireau



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MessagePosté le: Ven Nov 15, 2019 22:20    Sujet du message: Répondre en citant

Un vrai régal ce texte et "Croix de Fer" trône aussi en bonne place dans ma DVDthèque.

Par contre le 4 juillet c'est une semaine avant le début de Citadelle FTL proprement dite. Donc l'action décrite n'est au mieux qu'une reconnaissance en force préalable au démarrage de l'offensive.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Sam Nov 16, 2019 12:10    Sujet du message: Répondre en citant

le poireau a écrit:
Un vrai régal ce texte et "Croix de Fer" trône aussi en bonne place dans ma DVDthèque.

Par contre le 4 juillet c'est une semaine avant le début de Citadelle FTL proprement dite. Donc l'action décrite n'est au mieux qu'une reconnaissance en force préalable au démarrage de l'offensive.


Alors, d'abord merci pour le compliment.
Croix de fer est un film étonnant. Vous n'avez jamais remarqué... il n'y a pas UN nazi parmi les allemands. Même Stranky - qui n'a ppourtant pas grand chose pour lui - refuse de faire le salut hitlérien. Pas un soldat au front ne le fait. On ne voit pas non plus un S.S.

C'est une histoire au raz du sol, avec des hommes qui sont tous abrutis ( au sens strict de "transformés en brutes"), déshumanisés... et pourtant si humains.
Il y a de la grandeur dans leur petitesse.
Car tout est petit dans ce film, les ambitions sont petites, l'égotisme est petit, les plaisirs sont petits, les vengeances sont pires que petites, elles sont minables. Ne cherchez pas de héros ou de monstres dans Croix de Fer... vous trouverez juste des individus mesquins, ou perdus, ou infantiles, ou trop adultes pour croire encore en quelque chose.
Le conflit sur le Front de l'Est est... grotesque. Pourquoi on tue des femmes et des enfants ? Dilemme habituel... certes... mais ici il devient : " Pourquoi des femmes et des enfants tuent des hommes ?" et là la guerre ne devient plus seulement hideuse, elle devient une violation de l'ordre normal des choses.
Le sens disparaît.
Transky apparaît souvent comme le "méchant" de Croix de Fer. Mais c'est une incompréhension... finalement, cet aristocrate prussien, avec des terres et de l'argent, ses ambitions... ridicules et minables... - dans l'optique de Steiner - est surtout complètement déplacé dans l'univers sordide du Front de l'Est où rien de ce qu'il représente n'a de place. Bien sûr, Stransky est un exemplaire particulièrement minable du "militaire prussien"... il est lâche, méprisable et... ne vaut rien en tant que militaire.

Le récit de guerre que l'on raconte est saisissant, en OTL on se bat pour une tête de pont qui a perdu tout rôle stratégique après Stalingrad. On se bat pour rien. Tout le monde, du général au simple soldat, sait que les Soviétiques vont chasser les Allemands à la prochaine offensive qui se prépare... mais on laisse l'inévitable arriver. On évacue trop tard, le régiment est sacrifié... pour rien.

Visuellement, Croix de fer suinte la saleté, le désespoir, l'absurdité, le grotesque. Tout n'est que boue et ordure.

Pour revenir à ma version FTL, je raconterais la même histoire... mais dans une Histoire différente. Et oui, Citadelle n'a pas encore commencé. Stransky arrive en FTL en renforts de troupes appartenant à la VIème armée de Paulus pour l'offensive "décisive"... vous verrez au prochain épisode ce que le colonel Brandt, et ses subordonnés pensent de Citadelle.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Sam Nov 16, 2019 17:25    Sujet du message: Répondre en citant

5 juillet

La route de terre serpente vers le front. Défoncée par les chenilles des chars, les roues et... les cratères de bombes, il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter ses nids de poule pendant treize heures de route.
Un Zündapp KS 750, solide side-car que l'on rencontre sur tous les fronts de la guerre est justement en train de s'extraire d'un trou, poussée par trois soldats tout aussi boueux qu'elle. En s'arrachant enfin au piège, la roue arrière soulève une giclée de glèbe molle qui asperge les infortunés pousseurs. S'étalant dans la gadoue avec force jurons, ils lèvent les yeux sur la moto et sa capsule-passager qui vient s'immobiliser, évitant de peu d'heurter dans son élan un camion retourné et la sentinelle qui le surveille.
Autour de ces soldats, la guerre continue sa morne et sanglante routine. La veille, un assaut limité sur les lignes soviétiques a permis de s'emparer de quelques avant-postes qu'il faut à présent sécuriser. Des hommes s'activent dans les champs. Ces démineurs s'efforcent de trouver et de neutraliser les engins meurtriers abandonnés par l'ennemi. En un large front, ils marchent au pas, courbés, attentifs. Certains ont des détecteurs, ceux qui viennent derrière jalonnant les zones minées avec des piquets décorés de rubans rouges. Les démineurs proprement dits se préparent en bordure du champ, ils ont les visages fermés. Dans leurs têtes, ils répètent leurs leçons apprises au cours de leur formation... et tous les tours de cochons découverts sur le tas. Une erreur et...
La scène aurait été presque bucolique sans le matraquage ponctuel de quelques pièces soviétiques. C'est un lent harcèlement. Un coup éclate là. Puis une ou deux minutes plus tard, on voit un autre geyser de fumée noire éventrer un champ.
Au delà d'une simple "taquinerie" guère capable de provoquer de lourdes pertes, il s'agit d'une offensive psychologique destinée à créer un sentiment d'insécurité et d'angoisse permanente, pousser les soldats allemands à se calfeutrer dans leur ligne, abandonner l'initiative aux Soviétiques.
L'effet est mitigé...
Oui, les hommes sursautent et se tournent vers chaque nouveau cratère...
Mais ils restent à leur poste.
La guerre développe un certain fatalisme chez les soldats. Ils sont conscients que leur mort de joue à chaque instant sur un coup de dé. L'obus aurait pu tomber à leurs pieds. Ils pourraient être morts. Cependant, c'est leur quotidien... On est loin de la propagande qui décrit la guerre "totale" contre l'ennemi bolchévique "lâche". Il n'y a pas de "grandes batailles décisives", pas "d'héroïsme", pas de "noble dévouement du soldat aryen" juste une banale roulette russe où on joue chaque jour.
Tout cela le passager du side-car va devoir l'apprendre.
L'Haupmann Stransky, vêtu d'une épaisse capote verte avec l'étui de son Walther à sa hanche gauche, casqué d'acier descendit pesamment à terre faisant signe d'une main au conducteur de la moto. Se débraillant de l'autre, il passe derrière le camion retourné pour soulager sa vessie.
L'homme a les yeux noirs comme ses cheveux dissimulés sous le bord de sa coiffe métallique. Tout juste arrivé sur le front, il a passé toute la guerre à Paris : Le Moulin Rouge, les Folies Bergères, les petites françaises lui sont bien plus familières que le chaos ordonné qui s'étend autour de lui.
Lorsqu'un nouvel obus tombe à cinquante mètres de là, il fait littéralement un bond, jetant un regard paniqué tout autour de lui. Cela suffit à trahir un bleu. Cependant, Stransky ne remarque pas l'air goguenard de la sentinelle et le coup d'œil qu'elle échange avec le conducteur du Zündapp KS 750. Stransky a peur. Est-ce une attaque ennemie ? Les hordes de Bolchéviques le couteau entre les deux vont-elles soudain surgir ? Va-t-il devoir se battre, là au milieu de nul part ? Non... les soldats autour restent stoïques. Ils ont un instant suspendus leur activité, mais maintenant ils reprennent le travail.
Reprenant place dans le side, au côté du conducteur, Stransky regarde autour de lui les épaves de véhicules, les isbas en ruine, les champs à l'abandon.
Les canons soviétiques ouvrent un nouveau cratère de l'autre côté de la route.
La routine continue.

Le bunker du colonel Brandt est petit, se résumant à un petit central de communication (radio, téléphones de campagne) voisinant avec une armurerie d'un côté, et un vaisselier de l'autre. Au milieu une grande table constituée de planches. Les meubles sont un mélange de pliants militaires, de bricolages faits par des soldats de corvées et de récupération dans les fermes proches. En dépit du drapeau nazi et d'un portrait d'Adolf Hitler, le terrier insalubre ne ressemble aucunement à l'idée que l'on se faisait du quartier général d'un régiment. Même les officiers ont des uniformes négligés, usés, sales. Les visages sont envahis de barbe, les yeux rougis par un trop grand nombre de nuits blanches.
Dans l'atmosphère confinée de l'abri, le bruit de l'artillerie est étouffé. L'air stagne, un peu de vent pénètre par une fenêtre en forme de meurtrière, cachée par un filet de camouflage.
S'arrêtant d'arpenter la pièce basse de plafond, le colonel Brandt, un vieil homme moustachu, s'adosse à un pilier de bois tout en regardant d'un œil critique la carte d'état-major qu'il tient dans l'autre main :
- Quel horrible pays. Tout cela a commencé comme une belle aventure, mais... j'ai bien l'impression que cette terre finira par nous engloutir.
L'homme qui entre à ce moment là, avec sa capote impeccable jure avec les autres militaires. Son uniforme est trop propre, trop neuf. Il salut - en militaire- la main au casque, très raide et formaliste :
- Capitaine Stransky, mon colonel
Le vieil homme aux cheveux blancs salue en retour :
- Colonel Brandt, bienvenue parmi nous.
Stransky tend ensuite la main, toujours aussi raide et un peu de surprise passe sur le visage du colonel qui met un instant à la prendre et à la serrer.
- Le capitaine Kiesel, fit Brandt désignant l'officier assis de l'autre côté de la table.
Kiesel est un jeune homme blond, les cheveux fous, pas rasés. Sa veste d'uniforme est déboutonnée de manière négligée et un foulard entoure son cou. De nombreuses médailles branlent à sa pochette de vareuse.
- Capitaine, fit Stransky, allez-vous bien ?
Salut militaire, échange de poignée de main, Kiesel réponds :
- Je suis heureux que vous posiez la question, je me sens un peu patraque, j'ai la diarrhée. Et vous ?
Alors que Kiesel se retournait ostensiblement, sans attendre la réponse, Brandt continua les introductions :
- Je vous présente votre adjoint, le lieutenant Triebig.
Gominé, la moustache bien soigné, rasé de près, en uniforme impeccable, il répondit au salut de Stransky et à sa poignée de mains. Brandt poursuit :
- Lui aussi vient d'arriver.
Ce qui est assez évident. Les yeux toujours fixé sur Stransky, Brandt désigne la table de la main, continuant à jouer l'hôte avec une sorte de politesse instinctive et désuète :
- Est-ce que vous accepteriez un verre de vin ?
- Mais très volontiers.
Comme les hommes prennent place et que Kiessel fait le service, Stransky tourne la bouteille pour voir l'étiquette :
- Mes compliments, mon colonel, du Moselle 1937 aussi loin en Biélorussie, remarquable.
- Oh, une bouteille de Moselle dans cette partie du monde n'est pas plus déplacée que nous le sommes. À votre santé, monsieur.
Comme Brandt lève son verre et que Stranky répond de même manière, Kiessel intervient :
- Ne buvez pas à ma santé, elle n'en vaut vraiment pas le coup. À la fin de la guerre plutôt.
Tout en se recoiffant avec des gestes nerveux, grâce à un peigne tiré d'une pochette de poitrine, Stransky se tourne vers Brandt :
- Mon colonel, pourquoi notre présence vous parait-elle si absurde ?
Le vieil homme répond par une autre question... ce qui est toujours plus sage que de se laisser entraîner dans une discussion sur la sagesse des décisions du Führer :
- Pourquoi avez-vous demandé à être envoyé ici, après la France ?
Stransky se penche en avant pour répondre, le regard soudain aigu et concentré :
- Je veux gagner la Croix de Fer.
Kiessel ferme les yeux avec un air atterré tandis que Brandt se redresse, fouillant dans une de ses poches :
- Oh ? Si vous voulez une des miennes...
Stransky rit.
- Non, non, je plaisantais, c'est tout. À vrai dire, ce sont les paroles mêmes de mon commandant en France quant il a vu ma demande. " Je ne vous retiendrais pas" a-t-il ajouté " Je sais trop que sans vous le front oriental serait complètement balayé en quelques jours. Allez-y ! Allez-y pauvre héros de mes fesses !"
La fin de sa sentence est quelque peu inaudible comme un fracas fait trembler le bunker et vaciller la lumière de la pauvre ampoule avec un abat-jour de journal jaunis qui tremble au-dessus de leurs têtes. Les vétérans du front de l'Est n'y font pratiquement pas attention mais Stransky et Triebig, les nouveaux venus, lèvent les yeux avec une expression de bêtes traquées.
Pour se donner une contenance, Stransky redit " pauvre héros de mes fesses" sur un ton faussement enjoué. " C'est ce qu'il a dit, exactement".
- Je retire mon toast à la fin de la guerre, messieurs. Déclara Kiessel. " À tous les pauvres héros de mes fesses. Où qu'ils soient."
- Ils en ont bien besoin, ajouta Brandt en se levant.
Sans paraître remarquer que l'on venait de lui donner le congé, Stranky interpèle son hôte :
- Mon colonel, j'aimerais tout de suite préciser quelque chose au capitaine Kiessel. Je me suis porté volontaire pour cette campagne. Parce que je pense qu'elle exige des hommes de qualité. Il est temps de détruire le mythe de l'invincibilité russe.
Brandt s'assit derechef. Même si ce fat gominé qui passe son temps à se recoiffer et qui sursaute à chaque explosion ne ressemble pas à une foudre de guerre, il vient d'attirer son attention :
- Et on pourrait savoir comment ?
- En remontant le moral. En châtiant ceux qui prônent l'insubordination et la rébellion. En instaurant un véritable respect envers les officiers.
- Le moral défaillant va de pair avec les défaites qui succèdent aux défaites tout en précédant d'autres défaites. Nous sommes entrés en Russie avec pour but de terminer la guerre en six mois en atteignant une ligne Leningrad, Moscou, Stalingrad. Regardez, où nous en sommes au bout d'un an ! Nous essayons d'atteindre les objectifs que nous aurions du capturer en trois mois ! Et le commandement continue à nous parler de retards, de résistance un peu supérieure à ce qui était prévu mais que tout va bien ! Vous êtes nouveau sur le front russe. Alors je ne vais pas vous reprocher de vous conduire en... en héros de mes fesses.
Stransky, qui venait de s'allumer une cigarette, commença à rire mais fut interrompu par une explosion. L'obus n'était pas tombé loin et chassa de la poussière par l'unique fenêtre.
- Oui bien sûr, je ne suis pas encore familiarisé avec le front russe. Mais... je pense très sincèrement que l'idéal du soldat allemand...
Le colonel le coupa :
- Le soldat allemand n'a plus aucun idéal. Il ne combat plus pour la culture occidentale, ni pour une forme de gouvernement de ses rêves, ni pour ce parti de merde. Il se bat seulement pour... sa vie. Dieu le protège.
- Peut-être, mais je suis un soldat. Et en tant que tel, il est de mon devoir de subordonner mes propres idées aux principes de mon pays... qu'ils soient fondés ou non.
Assis à sa place, l'Haupmann Kiessel semble plus que jamais souffrir de la dysenterie... ou de quelque autre maladie qui le laissait souffreteux et en proie au dégoût. Heureusement, le préposé aux communications interrompt la conversation en tendant le combiné téléphonique au colonel Brandt :
- Le lieutenant Meyer.
- Ah !
Le colonel prend l'appareil téléphonique :
- Oui ?
- ...
- Dans quel état, il ne vous a rien dit ?
- ...
- Parfait, je vois. Je veux un rapport dès qu'il aura pris un peu de repos.
- ...
- Oh, Meyer. Le capitaine Stransky est arrivé, qu'on lui fasse un topo de notre situation.
Le colonel Brandt s'assied, regardant en direction de Kiessel :
- Steiner est revenu.
Alors même que l'officier semble donner un poids particulier à cette phrase anodine, son subordonné se contente d'une réponse lapidaire :
- Bien sûr.
Laissé hors de ce débat particulier, Stranky est curieux :
- Qui est Steiner ?
- Ho, pour vous il pourrait être un problème. Mais c'est un soldat de grande classe. Alors... il faudra détourner les yeux. Rien à ajouter Kiessel ?
Le capitaine, penché sur son verre de vin sembla se réveiller :
- Steiner ? C'est un mythe ! Malheureusement, ce sont ses hommes notre dernier espoir. Et en ce sens, il est particulièrement redoutable.
Stransky regarda Brandt et KIessel, tout à tour, un peu estomaqué par leurs réponses :
- Bien, je verrais ça. Mon colonel, avec votre permission.
L'officier salue, ramasse ses affaires et sort en compagnie du silencieux Triebig. Brandt se retourne alors sur Kiessel :
- Alors, que pensez-vous de notre nouveau capitaine ?
- Il se croit investi d'une mission spéciale. Parvenir à dominer spirituellement son bataillon. Comment ? En magnifiant la pureté, la gloire, de la grande armée de la grande Allemagne, la Wehrmacht elle-même.
Tout en parlant, Kiessel se lève, s'exalte avant de se mettre au garde-à-vous hitlérien de parade.
Comme pour scander cette répartie prophétique, un feu d'enfer s'abat sur les lignes allemandes. Le bunker se met à trembler sur ses bases tandis que le portrait d'Hitler se décroche du mur, que les livres tombent des rayonnages.
Alors que Brandt se jette sous la table, Kiessel reste le bras levé couvert par la poussière qui filtre entre les planches du plafond :
- Même quand elle sombre dans la défaite. S'il ne nous reste plus que des Stransky et Steiner, alors que Dieu nous protège.


Note : il s'agit presque d'un copié-collé de la scène de l'arrivée de Stransky dans le film, mais je n'aurais jamais réussi à faire mieux.
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Dernière édition par Anaxagore le Mer Nov 20, 2019 16:00; édité 3 fois
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Imberator



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MessagePosté le: Dim Nov 17, 2019 07:35    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Cela suffit un trahir un bleu.

"Cela suffit à trahir un bleu", non ?


Et puis toujours ce problème récurent de concordance des temps. Mais je sais que tu n'aimes pas trop que je relève...
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MessagePosté le: Mar Nov 19, 2019 16:32    Sujet du message: Répondre en citant

J'aime beaucoup ce texte et je suis un grand fan du film (et de Sam Peckinpah en général, avec sa vision désabusée de l'humanité), après j'ai deux remarques.

Une de pure forme : la guerre à l'Est s'ouvre le 17 mai 42 et le texte est daté du 5 juillet 43, on est donc loin des deux ans de conflit évoqués.

L'autre plus au fond : je comprends et j'approuve l'adaptation et la licence littéraire, mais il n'y a pas de raison que le moral soit particulièrement bas à la 6e Armée à cette date, notamment parce que les combats du printemps, même si très difficiles, se sont bien terminés pour les Allemands. Un certain niveau de confiance devrait donc malgré tout être présent.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Nov 20, 2019 16:04    Sujet du message: Répondre en citant

Pour le problème de forme, corrigé.
Pour le problème de fond : en juillet 43, l'Italie a changé de camp et le front dans la péninsule est au nord de Rome, on se bat en Grèce, on attends le débarquement en France... sans compter que même le dernier des soldats doit bien comprendre que la guerre en URSS va durer... que les Russes se battent de mieux en mieux et que leurs pertes s'alourdissent. Donc, non je pense pas que le moral soit très élevé, surtout que l'artillerie soviétique à une quasi liberté de feu sur les lignes allemandes.


6 juillet

Le Q.G. du capitaine Stransky ressemblait à n'importe quel terrier à lapin situé sur le front : un abri creusé dans le sol, humide, sommairement étayé par des poutres avec une armature de planche mal jointoyé.
Une pauvre ampoule donnait une lumière jaunâtre, éclairant un mobilier mélange de pièces de récupération et de fournitures standards de la Heer.
- Caporal Steiner, selon les ordres.
Stransky en train de prendre des notes sur un carnet se releva.
- Merci, Triebig.
Le lieutenant parut hésiter, comme s'il voulait dire quelque chose et son supérieur se fit insistant :
- Vous pouvez disposer.
Il porta la main à la casquette et sortit. Silencieux, Steiner suivit du regard Triebig jusqu'à ce qu'il laisse retomber la couverture qui servait de porte avant de se retourner vers Stransky.
- Je vous en prie, caporal, asseyez-vous.
Il désigna la chaise devant la table mal équarrie qui avait sans doute était construite par les sapeurs avec le bois qu'il leur restait. Toujours sans rien dire, Steiner fit glisser la sangle du PPS-h-41 qu'il portait à la bretelle et posa l'arme devant lui avec un bruit mat. Stransky sursauta et eut un sourire crispé :
- Cigarette ?
- Non.
En dépit de son grade, le capitaine Stransky sentait qu'il n'en imposait guère à son subordonné. Quelque part, cela le faisait fulminer... mais après ce qu'il avait appris sur ce soldat, il était conscient d'avoir besoin de lui. Son regard dériva sur la Croix de Fer à la poche gauche du sous-officier.
- Je suis conscient que nous avons eu un mauvais départ tous les deux. Mais... mais je propose que l'on oublie... le bombardement a échauffé tout le monde et des mots qui ont été dits n'étaient pas pensé.
Sorti de l'abri du colonel Brandt, Stransky avait été pris à découvert pendant une pluie d'obus brève mais intense. Le side-car qui l'avait amené au camp avait été touché par des éclats qui avaient lacéré ses valises tandis que des hommes mourraient autour de lui et qu'un camion explosait.
S'étant abrité dans un trou rempli de boue et sérieusement ébranlé, il avait passé ses nerfs sur Steiner qui n'avait pas bronché. Toutefois, après coup, Stransky sentait qu'il avait surtout perdu des points devant le lieutenant Mayer.
- Je comprends capitaine, n'en parlons plus.
Stransky eut un bref sourire.
- Vous êtes un homme intelligent, caporal. D'ailleurs...
Il farfouilla dans ses dossiers et sorti une feuille.
- Félicitation, Steiner. Vous venez d'être promu au grande de sergent-chef avec effet immédiat.
Le large sourire du capitaine se heurta à un visage impassible qui le refroidit.
- Vous... vous ne semblez guère enthousiasmé par cette promotion.
Steiner haussa les épaules avec dédain.
- Ce n'est qu'un changement d'étiquette, cela n'a guère d'importance.
Stransky sentit que son propre grade de capitaine était au nombre des "étiquettes" que Steiner méprisait. Alors qu'il s'efforçait de mettre de côté l'antipathie qu'il ressentait pour ce ruffian, ce moins que rien, Steiner n'hésitait pas à faire sentir ce qu'il pensait de lui. Son ton ce fit cassant :
- Bien, passons à un autre sujet, puis que les... "étiquettes" ne vous inspirent pas. Votre rapport, cap... sergent Steiner. Que font les Rouges ?
Sans montrer plus de réaction à l'agressivité qu'aux tentatives amicales, Steiner décrivit la patrouille offensive conduite jusqu'en secteur soviétique. Il mentionna la vigilance des ennemis, visiblement portée au plus haut point.
- ... j'ai perdu deux hommes et un disparu.
- Un disparu, comment un homme peut disparaître, Steiner ?
- Dans un échange de feu des choses plus étranges peuvent arriver. Il était là... puis il ne se trouvait plus avec nous lorsque j'ai pu m'arrêter pour recompter mes hommes.
Furieux, Stransky se mit debout :
- Et bien, c'est inqualifiable. Un chef de patrouille allemand n'abandonne pas un de ses hommes derrière lui. Il doit s'assurer de tous les ramener !
- Il m'a semblé peu intelligent de risquer toute la patrouille pour en sauver un seul soldat.
- Et bien, la prochaine fois vous le ferez ! Je mettrais dans mon rapport ce que je pense de votre attitude.
- J'essayerai de faire mieux la prochaine fois, capitaine.
- Il vaudrait mieux, rompez sergent Steiner.
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