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Le Milieu et les Allemands
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Casus Frankie
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Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 21:14    Sujet du message: Le Milieu et les Allemands Répondre en citant

Ne reculant devant aucun sacrifice, la FTL vous offre une série radiodiffusée (et sur les ondes publiques, qui plus est). Vous reconnaîtrez le clavier de Demo Dan, pour ces histoires louches…



Nos plus belles années
La pègre française au service de l’occupant nazi

(Script de l’émission “Témoins d’époque”, Patrick Pesnot, France Inter, 1998)

« Y a-t-il eu une “Gestapo française” ? »
(Claude Bourdet)

Patrick Pesnot – Bonjour à tous, chers auditeurs, et merci de nous rejoindre pour ce nouveau numéro de “Témoins d’époque”, consacré ce soir à un sujet fort obscur, quoique passionnant – même s’il nous ramène à ce qu’il est aujourd’hui devenu un lieu commun d’appeler « les heures les plus tristes de notre Histoire ». Une émission un peu spéciale ce soir, également, car j’ai autour de moi non pas un, mais trois invités – et des invités de choix. Il y a d’abord M. Philippe Robert, directeur de recherche émérite au Centre de recherche sociologique sur le Droit et les institutions pénales à l’université de Versailles.
Philippe Robert – Bonsoir, Monsieur Pesnot.
P. Pesnot – Bonsoir, cher Monsieur. Précisons pour nos auditeurs que votre institution est spécialisée dans l’études des relations entre la société et les délinquants de tout poil, que vous êtes vous-même un sociologue reconnu, docteur de l’université de Bordeaux, et que vous collaborez depuis longtemps avec – entre autres institutions – le ministère de la Justice. En face de vous, M. Robert Stan Pratsky, spécialiste bien connu de la Seconde Guerre Mondiale et de tout ce qui touche au “milieu” interlope. Nous lui devons notamment des ouvrages passionnants, que je vous engage à lire, sur les dessous des opérations en Provence et en général sur les bords de la Méditerranée.
Robert Stan Pratsky – Bonsoir, cher Monsieur.
PP – Bonsoir. Enfin, nous avons un troisième invité, tout à fait exceptionnel mais dont je ne peux pas vous donner la véritable identité. Nous l’appellerons Monsieur Raymond. M. Raymond, bonsoir.
Monsieur Raymond – Bonsoir, Monsieur Pesnot.
PP – Monsieur Raymond est un invité exceptionnel, car il a bien connu – et de très près – le sujet de l’émission de ce soir : les relations entre les milieux criminels français et l’Allemagne nazie durant l’Occupation. Des relations qui, nous allons le voir, furent tout sauf anecdotiques. Mais dans un premier temps, un petit résumé de la situation, pour que les choses soient claires. Le 14 juin 1940, comme nous le savons tous, hélas, la Wehrmacht, l’armée d’Hitler entre dans Paris. Quel est l’objectif de l’envahisseur allemand, hormis le fait de contraindre à l’asservissement l’adversaire honni : la France ?
R.S. Pratsky – Hé bien, cher Monsieur Pesnot, il faut savoir que l’invasion allemande de l’Europe de l’Ouest, tout comme la majorité des conflits que Berlin déclenchera par la suite, répond tout autant à des considérations économiques qu’idéologiques. En 1940 (et cela sera encore plus vrai à partir de 1942), l’Allemagne est encerclée, coincée dans une position qui la coupe du commerce mondial, malgré ses alliés européens et la bienveillance temporaire de l’URSS, et ce en raison notamment de la domination exercée sur les mers par la Royal Navy et la Marine Nationale. Le courage des dirigeants anglais et français l’obligeant à poursuivre une guerre qu’il imaginait courte, le Reich doit, pour espérer vaincre, piller à outrance les territoires occupés, dont il va bien falloir réprimer avec énergie les populations. La France, comme les autres pays envahis, est donc mise au pillage ! Confiscation des moyens de production, traque des Juifs, spoliation de leurs biens, saisie des œuvres d’art, arrestations et torture des Résistants… Mais pour tout cela, les moyens manquent, surtout que ces méfaits ne feront que prendre de l’ampleur avec le temps !
PP – Oui. L’Allemagne doit donc trouver des aides. Des auxiliaires indigènes, si j’osais.
RSP – Absolument. Et c’est ainsi que se mit en place, avec l’aide notable d’un individu en particulier – mais parmi d’autres, hélas – une alliance de fortune, une alliance maléfique entre la Pègre et l’Occupant, en raison de leurs intérêts convergents dans cette affaire.
PP – Un véritable roman noir ! Qui générera d’ailleurs bien des fantasmes, des films et des livres. Nous pouvons citer Louis Malle, Laurent Heynemann, Claude Sautet… Alors qu’en réalité, dans le fond, on sait encore peu de choses sur cette Collaboration économique et sur les hommes qui l’ont menée !
Ph. Robert – On s’en doute, le Milieu – celui du crime organisé, bien sûr – ne garde que peu d’archives utiles à l’historien. Toutefois, ce n’est pas le cas de la Justice, qui a conservé, pour sa part, un certain nombre de dossiers constitués à la Libération – des dossiers fort épais, je dois le dire, qu’il est possible de consulter sous certaines conditions. L’Armée aussi a des archives, grâce au Bureau Central de Renseignement et d’Action, au Deuxième Bureau et à la DGSS – mais il est impossible d’y avoir accès.
PP – Pourquoi donc ?
Ph. R. – C’est à eux qu’il faudrait poser la question ! Mais quoi qu’il en soit, une chose est claire : les Occupants offrirent aux malfaiteurs la possibilité d’organiser des bureaux à leur service, des sortes de filiales. Des officines si vous voulez, organisées le plus souvent autour d’un chef charismatique, et dont l’empreinte allait marquer durablement le crime français jusqu’à nos jours. Cette voyoucratie permit de former toute une génération de criminels, qui firent plus tard une riche et fructueuse carrière.
RSP – Précisons aussi que ces collaborations allèrent bien au-delà de simples relations interpersonnelles entre criminels. Le grand banditisme contribua massivement au pillage du pays durant l’Occupation, et tout autant à la répression – avec une efficacité redoutable, qui n’est pas sans rappeler celle des services allemands dits professionnels. Il était assez logique que cette intégration ait aussi bien fonctionné – le Parti nazi étant déjà lui-même une sorte de gang divisé en coteries, ses membres avaient de l’expérience en la matière !
PP – Justement, il est rare que les bandits soient unis vers un objectif. On les imagine plus volontiers se faire concurrence ! Monsieur Raymond, vous qui avez vécu ces événements, comment expliquez-vous cela ?
M. Raymond – Hem… Aujourd’hui comme hier, il ne faut pas voir le Milieu comme une organisation unique et hiérarchique. Un nuage, une nébuleuse conviendrait mieux. Des petits malfrats aux grands délinquants en col blanc, en passant par les braqueurs de banque ou même les policiers ripoux, tous agissent selon leurs buts propres. Avec l’arrivée des Allemands, un certain nombre d’entre eux se sont bien sûr demandé spontanément s’il n’y avait pas moyen de tirer quelque chose de la défaite. Seulement, isolés, ils ne pesaient pas grand-chose. Naturellement – instinctivement même, sans s’en rendre compte – il se sont donc fédérés autour de plusieurs personnalités bien en cour, qui pouvaient tout à la fois servir de protecteurs et de chefs, ou au moins de coordinateurs. Ce fut notamment le cas de Pierre Bonny, de la Rue Lauriston et de ce qui deviendra la plus grande partie du SONEF – le Service d’Ordre du Nouvel Etat Français.
PP – La Carlingue. Celle dont les carnets de Jean Martin, récemment réédités, ont bien éclairé le fonctionnement.
M. Raymond – Absolument. Avec une nuance toutefois. Contrairement à celui de Jean Martin – un pauvre jeune homme ballotté par les circonstances, au moins au début de sa carrière – ou des authentiques fascistes soutiens de Jacques Doriot, le ralliement du Milieu à l’Occupant répondait avant tout à un pur opportunisme économique. La guerre sacrée contre le Communisme, le capitalisme, les Anglo-Saxons, les Africains… très peu pour nous – je veux dire, pour eux. Simplement, ils ont constaté que les Nazis mettaient en place une politique de pillage, puis ont estimé possible d’y prendre part pour vivre bien.
PP – Quitte à s’allier avec la Gestapo pour cela. D’ailleurs, la Gestapo, Monsieur Pratsky, qu’est-ce que c’était au juste ?
RSP – La mémoire populaire en a conservé l’image d’Epinal d’une police secrète omnisciente et centralisée, dont les terrifiants assassins en imperméable quadrillaient méthodiquement le territoire à bord de puissantes voitures. La vérité est plus complexe. Déjà, en réalité, il ne s’agissait absolument pas d’un organisme unique, mais plutôt d’organisations différentes aux objectifs différents, chacune avec des responsabilités peu claires et emmêlées, mais que nous avons toutes regroupées sous un unique vocable pour représenter leur terrible efficacité conjuguée. Comme je vous l’ai dit, le parallèle avec le Milieu est évident. Pour simplifier, disons que la Police Secrète d’Etat ou Geheime Staatspolizei est globalement le bras armé du Parti nazi et de son service de contrôle des territoires occupés : le ReichsSicherheitsHauptamt (Office Central de Sécurité du Reich). Contrairement aux autres organismes de renseignement allemands, elle seule détient le pouvoir d’arrestation. Toutes les autres organisations doivent passer par elle pour cela. Cela lui donne un pouvoir considérable, mais nécessite beaucoup de moyens.
PP – Pardon de vous interrompre, mais avant de poursuivre, une question simple : si la Gestapo est nazie dans sa nature même, comme est-il possible pour des Français d’en faire partie tout en se prétendant étranger aux idées d’Hitler ? S’agit-il, dans le sujet qui nous occupe, de nazis français ?
M. Raymond – Avec votre permission, je dois préciser qu’en fait de nationalité, on trouvait de tout Rue Lauriston. Des Polonais, des Maghrébins, des Italiens… Même si, effectivement, la majorité des chefs étaient français.
RSP – Et en fait d’orientation politique, je répondrai – ce n’était pas des nazis, du moins pas dans un premier temps. Il n’y a pas de profil unique des Collaborateurs. Entre le membre encarté d’un parti et celui qui écrit une lettre anonyme de temps à l’autre, il y a un monde. Les services allemands recrutaient largement, sur promesse de récompense sonnante et trébuchante – même s’il ne s’agissait que de Francs Laval – ou sur garantie de protection. Je n’ai pas peur d’affirmer que je comprends – même si je ne l’approuve évidemment pas – l’explication de Monsieur Raymond, quand il parle de « vivre bien » grâce à l’Occupant. Du milieu sportif au milieu médical, des garages au Paris nocturne, il s’est trouvé partout des gens pour collaborer. Chaque pan de la société a eu ses canards boiteux pour diverses raisons. Beaucoup par esprit de lucre, mais très peu par conviction.
Ph. R. – Tout recul de l’Etat est favorable au crime. La Guerre entraîne naturellement la création d’une économie “grise”. C’est hélas une réalité. Et comme nous l’avons esquissé, le Milieu a joué très tôt la carte de l’envahisseur pour prospérer – il n’y a qu’à voir le nombre considérable de détenus de droit commun relâchés entre 40 et 44 sur instruction des Occupants ou de leurs amis ! Parmi eux, très peu de politiques, aucun idéaliste. Des prédateurs ou des parasites – selon le jugement de chacun. Ils ont choisi un mode de vie en marge, qui obéit à leurs propres codes, lesquels prévalent sur ceux de la Société. Ayant déjà tourné le dos à cette même société, membres notoires d’une classe singulière, il est naturel qu’ils ne se soient pas sentis très concernés par le conflit en cours… Je crains que votre interprétation politique, Monsieur Pesnot, n’ait donc pas cours ici. Sauf peut-être en ce qui concerne les quelques réfractaires à cette évolution, dont les plus connus sont les frères Garneri – fortes personnalités du Milieu corso-provençal ralliées à la Résistance, quoique pour des raisons bien plus… personnelles que le simple idéalisme républicain.
M. Raymond – Oui – par vengeance, il faut le dire ! Car à cette époque, les Garneri – comme les autres – ne respectaient vraiment, que les lois du Milieu : le devoir de Silence, l’exigence de Solidarité, le droit de Vengeance, la soumission aux décisions du Chef. Et la plupart de leurs… confrères, qui estimaient évident que l’Allemagne avait gagné la guerre, ne voyaient plus aucun intérêt à faire même mine de suivre les principes d’une République exilée au sud de la Méditerranée. Donc, si les Allemands leur proposaient, dans l’intérêt du Reich, bien sûr, d’étendre leurs activités au-delà de ce qui était toléré avant le conflit, et de s’élever, ce faisant, au-dessus de leur condition de marginal… hé bien, l’occasion était trop belle pour refuser de prendre notre revanche et d’accéder aux honneurs qui nous avaient jusque-là été refusés. Tous n’ont pas joué cette carte à fond, mais certains ne s’en sont pas privés.
PP – Jusqu’à prendre, parfois, la place de la police. Mais combien furent-ils, Messieurs, ces auxiliaires des Occupants ? Et combien ont, de près ou de loin, émargé au SONEF ?
Ph. R. – Les chiffres varient, mais on estime globalement à 40 ou 50 000 personnes le nombre de ceux qui travaillèrent un jour, plus ou moins activement, pour les Allemands. Quant au SONEF, il m’est impossible de m’engager sur un décompte précis, en raison du grand nombre de membres… occasionnels et de relations dissimulées, sans parler de la destruction de nombreux documents à la fin de la guerre. La moitié, soit 20 ou 25 000 personnes, me semble une bonne approximation – même si une bonne partie d’entre elles ne portèrent jamais l’uniforme du SONEF ! La bande de la Rue Lauriston, dirigée par Bonny, en absorba la plus grande partie, devenant ainsi sans conteste la plus puissante des officines criminelles de Collaboration. C’est ce qui la rend d’ailleurs si représentative – ainsi que le fait que son chef a su parfaitement naviguer entre les différentes coteries allemandes et françaises de l’Occupation. Pierre Bonny, hélas, était un homme malin, qui avait compris que les services qu’ils pouvaient rendre étaient de si grande valeur qu’il pouvait se permettre certaines privautés.
PP – Cinquante mille collaborateurs actifs ! Ce chiffre est énorme ! Mais je me permets de revenir sur l’aspect sociologique de ces hommes, de ces criminels. Vous estimez vraiment qu’il n’y avait pour ainsi dire aucun nazi convaincu parmi eux ? Permettez-moi d’en douter !
Ph. R. – Et pourtant… Le profil sociologique des criminels est souvent remarquable de similitude. Si leur origine sociale ou les circonstances de leur entrée dans le Milieu peuvent différer, ils y restent tous par choix. Ce sont des criminels d’habitude…
M. Raymond – Des « enfants du malheur », selon la formule.
Ph. R. – Si vous voulez. Le criminel est donc un récidiviste professionnel, marginal et hors de la communauté nationale. Lui et ses comparses forment un univers à part, où les degrés d’implications varient de l’égaré en attente de rédemption au véritable ennemi public. Mais tous ces gens-là – qui ne font pas de politique – fréquentent bel et bien les mêmes lieux, vont dans les mêmes bars, sont incarcérés dans les mêmes prisons… se disputent les mêmes femmes et aussi les mêmes sources de revenus. Ils créent donc immanquablement des liens, et excluent spontanément tous ceux qui n’ont pas les “codes” du Milieu. Dont bien sûr les fascistes. Et c’est cette même unité de pensée qui a conduit spontanément le crime organisé dans son ensemble à comprendre que l’Occupation lui donnait l’opportunité de faire les meilleures affaires de leur carrière… moyennant quelques services à rendre aux fascistes en question.
M. Raymond – Ce qu’on appelle encore aujourd’hui « les plus belles années du Milieu ».
RSP – Il n’était pas besoin d’être partisan du Reich ou antisémite pour entrer à la Gestapo. De même, il n’était pas nécessaire d’être de la Gestapo pour maltraiter les populations – et cela valait aussi pour les Allemands.
PP – Monsieur Pratsky, quand est-ce que la Gestapo, justement, a commencé à sévir sur le territoire national ?
RSP – Hé bien, étonnamment, relativement tard, et après avoir commencé très petitement. Contrairement à ce qui s’est passé lors de l’Anschluss, puis lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie ou de la Pologne, l’Oberkommando der Wehrmacht avait obtenu d’Hitler qu’aucun organisme de police civil ne rentre en France. La Métropole française était encore une zone de guerre – et le serait d’ailleurs toujours pour le commandement militaire, malgré la parodie d’armistice signé par Laval. Elle fut donc confiée au Militärbefehlshaber in Frankreich, ou MBF, du général Alfred Streccius. Le règne de ce dernier, qui dut essentiellement gérer la fin des combats de 1940, la prise de contrôle du sud de la métropole et enfin le désarmement des masses de démobilisés, ne dura que quelques semaines. Dès le 25 août, Streccuis fut remplacé par le général Otto von Stülpnagel, qui s’installa à l’hôtel Majestic à Paris. En 1942, Otto fut remplacé par son cousin, le général Carl-Heinrich von Stülpnagel – lequel resta en place jusqu’à la tentative d’assassinat contre Hitler en mars 1944. Remercié et rappelé en Allemagne, von Stülpnagel se suicida peu après avoir été remplacé par Karl Kitzinger – lequel eut le médiocre privilège d’être le dernier commandant des Forces d’Occupation en France… des forces dont le territoire de compétence diminuait à cette époque de jour en jour !
Le MBF se divisait en deux branches : le Kommandostab (état-major militaire), dirigé par le général Speidel, et le Verwaltungsstab ou Militärverwaltung (état-major administratif), dirigé par le Doktor Schmitt. De par l’article n°3 de la convention d’armistice – et si l’on met de côté le rôle des Forces de Sécurité du Territoire de Laval, qui fut toujours mineur – l’OKW, donc l’armée allemande, jouissait de tous les pouvoirs exécutifs de la police. Et comme le MBF dirigeait par nature toute les forces de police allemandes – GFP et Feldgendarmerie – ses tâches principales concernaient le maintien de l’ordre. Celui-ci était assuré notamment, sous l’autorité du Kommandostab, par le Leitender Feldpolizei Direktor ou Direction de la police de campagne, dirigée par le Doktor Sowa.
Le MBF supervisait intégralement le reliquat d’administration française – en passant théoriquement par le gouvernement du Nouvel Etat Français. Il contrôlait donc l’action de la préfecture de police et de la police nationale – par l’intermédiaire du Ministerialdirigent, le Dr Best, lui-même dépendant du Kommandostab. Il assumait également la garde des différents camps d’internement répartis en France pour le tri des prisonniers.
Cependant, une grande partie du travail du MBF portait également sur les aspects économiques – en témoigne l’importance prise par les services spécialisés dans ce domaine, sous l’autorité du Verwaltungsstab.
Rendant compte directement au haut commandement militaire, et plus particulièrement au Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel, von Stülpnagel, Otto ou Karl-Heinrich, avait donc, pour ainsi dire, le pouvoir absolu en France !
PP – Même par rapport aux autres services du Reich ?
RSP – Oui – à l’exception notable de l’Abwehr de l’amiral Canaris, qui s’occupait du volet “Renseignement et sûreté” du MBF : une sorte de service secret ayant essentiellement, mais pas uniquement, des fins militaires. De l’hôtel Lutétia, à Paris, le lieutenant-colonel Rudolph et son adjoint, le commandant Oskar Reile, dirigeaient trois sections respectivement responsables du sabotage et de la guerre psychologique (la démoralisation des Français, notamment par l’intermédiaire du courant “abandonniste”), de l’espionnage et bien sûr du contre-espionnage, pour démasquer les agents alliés sur le territoire. La collaboration avec les autres services du MBF était d’ailleurs… malaisée : Rudolph ne rendait compte qu’à Berlin et ses hommes formaient une véritable armée dans l’armée. D’ailleurs l’Abwehr aussi, nous le verrons, s’intéressait beaucoup aux aspects économiques de l’Occupation.
En revanche, pour les militaires, la SS ne devait jouer aucun rôle dans l’administration de la France occupée.
PP – On a peine à le croire, quand on voit le rôle qu’a joué – hélas ! – la SS dans la répression des mouvements de Résistance ! Il n’est qu’à voir le souvenir qu’elle a laissé !
RSP – C’était précisément la raison de la chose. Croyez-le ou non, l’OKW avait apparemment été très choqué par les exactions passées de l’Ordre Noir lors des invasions précédentes, et craignait que le zèle des bourreaux soit contre-productif.
PP – Il est douteux que la SS et son chef, le terrible Himmler, laissent passer pareil affront !
RSP – Evidemment ! En 1940, le jour même de la chute de Paris, à l’insu même du haut-commandement allemand, une équipe – un Sonderkommando – dirigée par le Standartenführer Helmut Knochen, est entrée en ville, sur l’ordre personnel de Reinhard Heydrich. Elle fut suivie quelques mois plus tard de deux autres groupes, dirigés par les officiers Kieffer et Nosek. Au 72 avenue Foch, le RSHA – le service de renseignement de la SS – entreprit de tisser sa toile sur la France. Il fut bien sûr assez vite repéré par les militaires du MBF, mais Knochen, Kieffer et Nosek réussirent contre toute attente à les amadouer en leur promettant de passer par eux pour la moindre action. Que du renseignement, promis !
Parmi ces SS, on trouvait bien sûr un représentant de la Gestapo : Karl Boemelburg, protégé d’Heinrich Müller lui-même (patron de la police secrète et n° 2 du RSHA). Longtemps, Boemelburg fut le seul vrai gestapiste de France. Un ancien commissaire de police, qui connaissait très bien la France pour y avoir voyagé à de nombreuses reprises et qui avait d’ailleurs été officiellement chargé de mission de sécurité à l’époque de la visite de la famille royale britannique à Paris en 1938. Il aurait aussi travaillé avec la police française, dans des enquêtes pour homicide… Evidemment, c’était surtout un espion, parfaitement repéré par la Sûreté du reste ! Au printemps 1939, alors même que le conflit grondait, la France avait obtenu son expulsion. Donc, à peine 13 mois plus tard, Boemelburg revint, représentant officiellement le RSHA – même s’il ne disposait d’aucun pouvoir d’arrestation et devait se contenter d’un statut d’observateur.
Cet observateur allait hélas devenir rapidement très actif : traque aux émigrés allemands, chasse aux francs-maçons, débusquage de Résistants. Mais il ne fit au final que très peu de dégâts, faute de moyens. Son supérieur Helmut Knochen, portant le titre pompeux de Befehlshaber der Sicherheitspolizei (commandant de la police de sécurité de Paris), était un jeune homme talentueux – mais un jeune homme. Il manquait d’assurance face aux généraux du MBF et la SS dût lui adjoindre un… conseiller, le Brigadeführer Thomas. Malgré ce dernier, la structure gestapiste végétait. En décembre 1941, elle représentait moins de 100 agents, contre 5 000 pour la Wehrmacht, et devait de surcroît subir la concurrence de l’Einsatzstab Rosenberg, le groupe chargé de tout ce qui avait trait aux recherches raciales nazies et à la spoliation d’œuvres d’art. On commence déjà à comprendre l’intérêt que la SS – et le MBF – allaient tous deux trouver aux mercenaires de la rue Lauriston, dans le cadre de leur guerre interne.
PP – Une guerre ? A ce point ?
RSP – Oui, une guerre ! Avec comme enjeu, comme butin, la France elle-même. Comme nous l’avons souligné, dès l’armistice avec le NEF, la France fut mise au pillage. L’armée allemande réquisitionnait massivement des stocks n’ayant rien à voir avec des matériels militaires : charbon, véhicules civils, chevaux, nourriture. Plus tard, elle décida de formaliser ce sac, en présentant des accords commerciaux que le gouvernement Laval fut prié de signer. En réalité, il s’agissait de véritables impôts sous forme de matières premières ou de produits finis. L’armistice avait acté la mise sous contrôle de toutes les richesses du pays, tout en imposant le paiement de la fameuse indemnité journalière d’occupation. Le Reich choisissait arbitrairement quel secteur développer, où affecter les travailleurs, quelle entreprise favoriser… quand il ne réquisitionnait pas directement la main-d’œuvre, bien sûr, pour l’envoyer travailler en Allemagne.
Mais tout ce pillage posait un problème. Certes, le taux de change imposé (1 Reichsmark pour 20 Francs) était outrageusement avantageux pour Berlin. Certes, les frais d’occupation payables en Marks (400 millions de francs par jour !) offraient à l’Allemagne des moyens financiers illimités pour acheter – en gros – tout ce qui se trouvait sur le territoire. Mais le Franc Laval restait une monnaie de singe, grâce aux efforts d’Alger. Le Reich encaissait, bien sûr, des sommes proprement extravagantes – j’ai fait le total, il dépasse les 30 milliards de RM, soit plus de 600 milliards de francs-Laval, en comptant les sommes fournies aux Italiens, et ce alors même que le coût d’entretien de l’armée d’occupation ne devait pas dépasser les 74 milliards de francs pour toute la durée de la guerre. Mais Berlin ne pouvait rien faire de ces montants astronomiques !
PP – Un instant. Vous avez bien dit 600 milliards “facturés” contre 74 milliards dépensés ?
RSP – Oui ! L’Allemagne a fait payer à la France les frais pour une armée d’occupation de 18 millions de soldats, contre 400 000 en réalité.
Mais arrivons au nœud du problème. Vous êtes – rien de personnel, n’est-ce pas, c’est pour le raisonnement [Rires dans le studio] – le directeur de la Reichsbank. Vous accumulez dans votre livre de compte des traites colossales de la part de la Banque nationale du NEF. Mais cette monnaie est une monnaie de singe ! Dès 1940, elle n’est acceptée presque nulle part dans le monde pour acquérir des biens, et à partir de fin 1941, elle n’est plus acceptée du tout, même par les pays de l’Axe. En vérité, elle est à peine acceptée en France occupée ! Ajoutez à cela l’inflation galopante issue des manœuvres financières du gouvernement d’Alger, et vous vous demandez bien ce que vous allez faire, en tant qu’état, de ces milliards de francs-Laval convertis en marks…
PP – Je comprends ! Je dois me tourner vers l’économie souterraine !
RSP – Exactement ! L’occupant décida, pour rentabiliser l’argent qu’il nous volait, de créer et de rationaliser un marché, non pas noir, mais… “brun” à son profit. Il saisissait l’utile et vendait très cher le superflu.
M. Raymond – Ce “marché brun” s’appelait le “Secteur Officiel Clandestin”.
Ph. R. – On a l’image de Bourvil, traversant Paris avec son cochon dans une valise. La vérité est plus pénible.
M. Raymond – Dans les villes françaises, durant l’hiver 1942, il est impossible de se nourrir sans avoir recours au marché noir. Et quand on ne peut payer ni avec de l’argent, ni en troquant des marchandises, que reste-t-il – hormis la prostitution ? Des informations. Les Allemands ont pratiquement officialisé ce commerce, aussi bien celui des marchandises que celui des informations, avec leurs “bureaux d’achat”. Le plus célèbre est celui d’Herman Brandl, dit Otto. C’était un agent de l’Abwehr, qui créchait à Paris 21, square du Bois-de-Boulogne. Puis à l’hôtel de la Princesse-de-Grèce, 6 de la rue Adolphe-Yvon – les affaires marchaient, dirons-nous.
PP – Racontez-nous, Monsieur Raymond, s’il vous plait.
M. Raymond – Le bureau Otto, c’était en quelque sorte la centrale d’achat de l’Abwehr – délocalisée de l’hôtel Lutétia. Il achetait des marchandises ou des informations qu’il revendait ensuite, il établissait des réseaux, créait des relations – puis avec ses bénéfices, il recommençait ailleurs, sans oublier bien sûr de rémunérer ses rabatteurs. Evidemment, parmi ceux-ci, on retrouvait Pierre Bonny et sa bande.
PP – Et, si j’ai bien compris, personne dans l’armée allemande n’était au courant !
M. Raymond – En effet. Et pourtant… Il s’en est vendu des marchandises, square du Bois-de-Boulogne ! Transférées aux docks de Saint-Ouen, elles partaient ensuite vers l’Allemagne. En vérité, Otto faisait des bénéfices en achetant aux Français puis en revendant aux autres Allemands.
RSP – L’une des sociétés créées par Otto fut particulièrement active : la Wifo (Wirtschaftliche Forschungsgesellschaft) ou Société de recherche économique. Elle centralisait – avant expédition – la majorité des achats de l’Occupant, en plusieurs sections : textiles, outillages, métaux…
M. Raymond – La procédure marchande était très simple : le vendeur se présente dans le bureau. Il soumet une offre de prix et présente le plus souvent un échantillon. Si l’acheteur est intéressé, il invite le vendeur à se présenter à Saint-Ouen ou Nanterre pour la réception. On pèse le colis, il revoit un ticket à échanger comptant 6, rue Adolphe-Yvon – l’affaire s’arrête là.
PP – Aucune pièce d’identité n’est demandée.
M. Raymond – Et aucune comptabilité n’est tenue non plus. Mais pour vous donner une estimation, je pense qu’on approche les 30 milliards de francs d’achats sur toute la durée du conflit. Le bureau tournait de 15 à 100 millions par jour les meilleurs mois… Voire 150 millions aux mois de novembre et de décembre 1942. Je crois savoir qu’un jour de décembre 1942, il y a eu un paiement unitaire de 322 millions de francs.
PP – Et donc, tous ces biens – payés avec les frais d’Occupation, il faut le rappeler – manquaient sur les étals français, ce qui faisait monter les prix.
RSP – Entre 1940 et 1943, ce qu’il est convenu d’appeler désormais le pouvoir d’achat des Français baissa de 40 %. Et nous voyons bien, en observant l’organisation criminelle que nous venons de décrire, que cette politique était mûrement réfléchie. Il s’agissait d’affamer la France, de la vider de ses forces vives, de la transformer en une espèce de province touristique aux bénéfices des Allemands en villégiature.
M. Raymond – Il ne faut pas en vouloir aux vendeurs : les tarifs du marché brun étaient sans rapport avec ceux du marché officiel. 72 Francs le kilo de cuir vert, contre 8 Francs chez Laval. Le kilo de plomb : 30 francs contre 6. Le kilo de nickel : 1 000 francs contre 200 !
PP – Il restait à l’Occupant à trouver des “commerçants” capables de trouver de tout. Et surtout, il fallait que ce soit des gens de confiance, efficaces et fidèles – et si possible autant dans le négoce des marchandises que dans celui des renseignements.
Ph. R. – Et c’est là que Pierre Bonny entre en scène, avec son groupe de supplétifs à la fois économiques et répressifs.
PP – Qui était au juste Pierre Bonny, Monsieur Robert ?
Ph. R. – Déjà, c’était, malheureusement, un policier – ou plutôt, il avait été policier, à la Sûreté Nationale. Un homme qui est entré dans la Maison – comme on dit – en 1918. Très bien noté de ses chefs, très méticuleux, travailleur… Il était dès le début parmi les meilleurs. En 1923, alors qu’il n’était pourtant qu’inspecteur stagiaire, il a été affecté à l’affaire Seznec – une affaire dans laquelle il aurait, selon certains, manqué d’impartialité. Pas assez, toutefois, pour entraver sa carrière.
PP – Précisons à ce propos que la famille de Monsieur Seznec se bat encore aujourd’hui pour réhabiliter ce dernier, qui a été condamné au bagne après avoir été jugé coupable de la disparition du conseiller général Pierre Quéméneur – lequel trempait dans de vilaines histoires de vente de voitures abandonnées en France par l’armée américaine. Une affaire compliquée, voire obscure…
Ph. R. – En tout cas, elle n’entrave pas la carrière de Bonny. En 1927, l’année où Seznec part au bagne, il reçoit la médaille d’argent de la Sûreté. Il est inspecteur principal en 1930. Ses chefs le jugent « audacieux et entreprenant, ayant de l’allant et de l’initiative » – tout en précisant que son action doit être étroitement surveillée. Quand il s’occupe de la fameuse affaire Stavisky, on l’appelle « le premier flic de France » – l’expression est de la bouche du Garde des sceaux de l’époque. Il fait alors des merveilles, met la main sur des pièces à conviction apparemment décisives, arrête des caïds comme Carbone et Spirito ou encore le baron de Lussatz… mais il doit ensuite les relâcher faute de preuves !
Ce semi-échec lui cause beaucoup de tort. A présent, on parle dans son dos, on le juge trop sûr de lui, méprisant des usages de la Maison, accro à la célébrité – de nos jours, on le dirait “trop médiatique”. Il apparaît ambitieux, arrogant, avec des méthodes douteuses sans autre but que d’accroître sa célébrité. On l’imagine manipuler des preuves, ou en fabriquant même, pour mieux désigner les coupables qui l’arrangent, avec la complicité de bandits notoires.
PP – Et c’était vrai ?
Ph. R. – En grande partie, oui ! Son collègue, le commissaire Clot, expliquera bien plus tard : « Bonny a toujours eu une activité marginale, qui le mettait en contact avec le Milieu, les truands et les trafiquants. Il a toujours eu un côté peu rassurant, équivoque, à la limite du policier marron. » Mais cela n’enlève rien au fait qu’il restait une pointure, apte à organiser un service et à le faire tourner. Même s’il manquait un peu de bagout, de relationnel – sans doute faute d’avoir pu s’associer avec un grand complice qui aurait eu ces capacités – c’est sans conteste un interlocuteur de choix pour les Allemands.
PP – Pourquoi n’est-il pas parti en Algérie ? De gré ou de force, je précise, parce qu’on aurait pu le forcer !
Ph. R. – En 1940, Bonny n’était plus rien pour la République Française. Il avait été révoqué pour concussion en 1937. C’était donc un privé, qui avait un peu travaillé pour le ministère de l’Intérieur sur les milices d’extrême-droite et l’organisation fasciste OSAR – la Cagoule. Un homme ruiné et amer, qui n’avait aucune raison de bénéficier de l’attention du gouvernement français en 1940. Pas davantage d’ailleurs, dans un premier temps, que de l’attention des autorités allemandes.
PP – Oui – d’ailleurs, comment s’y prend-il pour se mettre au service de l’Occupant ? Car je doute qu’il lui ait suffi d’envoyer son CV par la poste !
M. Raymond – Pierre Bonny connaissait un certain Jean Guélin – un escroc, avocat véreux au barreau de Lyon, très inséré dans le milieu politique. En octobre 1940, c’est lui qui va lui présenter Otto et Radecke, de l’Abwehr. Les deux Allemands vont très très vite comprendre l’intérêt de s’associer avec un ancien professionnel de la police, qui dispose de contacts dans le milieu du vol et du racket. Pour la petite histoire, précisons que Guélin fut nommé plus tard maire d’une commune des Deux-Sèvres, avant d’être révoqué par les services de Laval eux-mêmes suite à des affaires de marché noir ! Il n’eut rien à subir d’autre : Radecke fit détruire son dossier et Chambrun – le gendre de Laval – s’assura qu’aucune poursuite ne fût menée à son encontre. Il géra ensuite son propre bureau immobilier boulevard Malesherbes, tout en vivant bourgeoisement dans un appartement confisqué par les Allemands et racheté par lui à un prix dérisoire. C’est ainsi qu’il acquit également le théâtre Edouard VII, puis le cabaret Zardas à l’hiver 1942, après avoir dénoncé le précédent propriétaire comme Résistant – plusieurs mois de prison plus tard, l’homme était évidemment moins dur à la négociation ! Il donna également dans la dénonciation de Juifs et envoya un nommé Dreyfus chez le Docteur Petiot. Le malheureux disparut bien sûr, mais c’est pour son meurtre que Petiot fut arrêté une première fois sous l’Occupation.
PP – Oui… Donc, Guélin présente Bonny aux allemands.
M. Raymond – Oui. Et cela se passe très bien. Car Bonny lui-même présente très bien. C’est un père de famille, fonctionnaire zélé, expérimenté, doué de la Culture du Secret – et surtout avec une revanche à prendre sur la France. Oh, il démarre toutefois petit, lui aussi. Il commence par rédiger des rapports sur le MSR d’Eugène Deloncle, lequel intrigue beaucoup les Allemands. Ça lui rapporte tout de même 20 000 Francs. Bonny est encore trop formaliste, trop bureaucrate – il manque de contact, de bagout, il ne sait pas bluffer. Et surtout, il manque encore de moyens.
PP – Hélas, ça ne va pas durer – la suite après cette petite interruption musicale.


« Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval
Quand tu parlais du sang jeune homme singulier
Scandant la cruauté de tes vers réguliers
Le rire des bouchers t’escortait dans les Halles
Parmi les diables chargés de chair tu noyais
Je ne sais quels chagrins ou bien quels blue devils
Tu traînais au bal derrière l’Hôtel-de-Ville
Dans les ombres koscher d’un Quatorze-Juillet
Tu avais en ces jours ces accents de gageure
Que j’entends retentir à travers les années
Poète de vingt ans d’avance assassiné
Et que vengeaient déjà le blasphème et l’injure
Tu parcourais la vie avec des yeux royaux
Quand je t’ai rencontré revenant du Maroc
C’était un temps maudit peuplé de gens baroques
Qui jouaient dans la brume à des jeux déloyaux
Debout sous un porche avec un cornet de frites
Te voilà par mauvais temps près de Saint-Merry
Dévisageant le monde avec effronterie
De ton regard pareil à celui d’Amphitrite. »


La complainte de Robert le Diable
Louis Aragon (chanté par Jean Ferrat)
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Le Chat



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 21:23    Sujet du message: Le Milieu et les Allemands Répondre en citant

J'adore le style délicieusement ORTF de ce texte... On s'y croirait!
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Alias



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 21:38    Sujet du message: Répondre en citant

Très sympa!

Il manque un ou deux passages en gras pour clarifier les intervenants, mais rien de majeur.
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Stéphane "Alias" Gallay -- https://alias.erdorin.org
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loic
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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 21:50    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
M. Raymond

Sais pas pourquoi, mais ce patronyme ... déjà ... ça place le personnage. Bien trouvé !
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Tyler



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 22:14    Sujet du message: Répondre en citant

Très chouette!
Mis à part à la référence à Chambrun , le gendre de Laval, nommé fin mai 40 attaché militaire adjoint à Washington et qui donc FTL devrait être "du bon côté de la barrière" c'est excellent !
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houps



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 22:16    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, bravo !
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 22:24    Sujet du message: Répondre en citant

@ Tyler : Zut !!! Tu as raison.

@ Alias : quel passage, par exemple ?
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demolitiondan



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 23:11    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour chers lecteurs !
Et oui ! Retour à nos premiers amours (ou pas Rolling Eyes ) pour ce petit chapitre consacré à la Carlingue, qui ne manquera pas de vous intéresser - du moins je l'espère. Au menu: escroqueries, magouilles et réglements de comptes !
Quelques réponses :

@ Le chat : ORTF ! Allons bon Laughing ! Patrick Pesnot est un journaliste bien connu du France Inter français, célèbre pour ses rendez-vous avec X - une émission où un supposé-ponte du renseignement livrerait des secrets passés à la radio. L'inspiration ...
Philippe Robert existe vraiment - son pedigree est authentique. Quant à Robert Stan Pratsky - ben c'est mon avatar FTL.
@ Alias : dixit Casus - suggestions ?
@ Loic : Idée de Casus - moi j'aurai plus vu monsieur Hervé. Mais ca m'est venu après !
@ Tyler : je t'attendais au tournant ! On va parler un peu - pas mal de Jean Martin et de divers choses 'dont je me suis assuré de la cohérence avec tes travaux'. Mais je reste néanmoins à l'écoute de toute suggestion - de ta part comme des autres. La référence à Chambrun n'est pas strictement indispensable ... quoique l'intéressé a pu vouloir jouer sur les deux tableaux même depuis l'Atlantique. Je ne vois pas Laval s'en occuper personnellement - au pire, on trouvera un grouillot quelconque du NEF.
@ Houps : merci. Ca va te parler, je crois !!! Laughing Laughing
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houps



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 23:24    Sujet du message: Répondre en citant

Faut vraiment qu'Erika fricote plutôt avec les Teutons qu'avec certains "bons français" !
Et pis, va falloir qu'on cohère, faut pas croire ! Very Happy Very Happy
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Tyler



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 23:26    Sujet du message: Répondre en citant

@DemoDan : Ça tombe bien! Un conciliabule secret n'est-il pas prévu au Quartier Général d'ici peu ? 😁
Pourquoi pas le très fidèle député maire du Puy de Dôme, Raymond Lachal resté proche de son mentor Pierre Laval tout au long de la guerre et qui était un de ses conseillers ?
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houps



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 23:26    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:


@ Alias : quel passage, par exemple ?

Celui-ci ?
PP – Il restait à l’Occupant à trouver des “commerçants” capables de trouver de tout. Et surtout, il fallait que ce soit des gens de confiance, efficaces et fidèles – et si possible autant dans le négoce des marchandises que dans celui des renseignements.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Mar Jan 21, 2020 23:40    Sujet du message: Répondre en citant

@ Alias : ben les commerçants de confiance, ca sera Bonny et sa Carlingue non ?? Cool Cool
@Tyler : avec plaisir. Je prend volontiers et la Bière et le nom !
@ Houps : ces français là sont moins présentables que tes teutons ! Ceci étant, j'ai des noms qui apparaîtrons plus tard et pourraient bien t'inspirer !
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Etienne



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MessagePosté le: Mer Jan 22, 2020 00:09    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
général Alfred Streccius. Le règne de ce dernier, qui dut essentiellement gérer la fin des combats de 1940, la prise de contrôle du sud de la métropole et enfin le désarmement des masses de démobilisés, ne dura que quelques semaines. Dès le 25 août, Streccuis fut remplacé par le général Otto von Stülpnagel


Citation:
. On pèse le colis, il revoit un ticket à échanger comptant 6, rue Adolphe-Yvon – l’affaire s’arrête là.

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MessagePosté le: Mer Jan 22, 2020 08:22    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Bonjour chers lecteurs !
Et oui ! Retour à nos premiers amours (ou pas Rolling Eyes ) pour ce petit chapitre consacré à la Carlingue, qui ne manquera pas de vous intéresser - du moins je l'espère. Au menu: escroqueries, magouilles et réglements de comptes !
Quelques réponses :

@ Le chat : ORTF ! Allons bon Laughing ! Patrick Pesnot est un journaliste bien connu du France Inter français, célèbre pour ses rendez-vous avec X - une émission où un supposé-ponte du renseignement livrerait des secrets passés à la radio. L'inspiration ...
Philippe Robert existe vraiment - son pedigree est authentique. Quant à Robert Stan Pratsky - ben c'est mon avatar FTL.


Embarassed En fait, je me suis rendu compte de la bourde après avoir lancé mon post... J'avais survolé le texte d'introduction! Mais je connais évidemment "Rendez vous avec X" et Patrick Pesnot! Embarassed Embarassed Laughing
Ce que je voulais dire, c'est bravo pour le ton très radiophonique justement. Et je maintiens que j'ai quasiment eu l'impression de voir un speaker des années 1960 prendre la parole après qu'un opérateur lui a donné l'antenne à la fin du compte à rebours... Mais ce n'est pas du tout un reproche, au contraire! Je n'aurai jamais la maestria que toi et d'autres rédacteurs montrez dans vos textes! Applause Applause Applause Applause Applause Applause Applause
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MessagePosté le: Mer Jan 22, 2020 09:18    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
@ Loic : Idée de Casus - moi j'aurai plus vu monsieur Hervé. Mais ca m'est venu après !

Et pourtant un de mes grand-pères s'appelait Raymond. Je l'ai peu connu, mais il m'a toujours fait l'impression de quelqu'un de déterminé, voire dur (sauf devant sa femme ...). Impression sans doute liée à son passé de Résistant très jeune, qui s'était fait arrêter par une patrouille allemande avec des explosifs sur son porte-bagages et s'en était sorti grâce à un des soldats qui s'entraînait sur le même stade d'athlétisme et lui refilait du chocolat : "laisse, celui-là je le connais". Il avait aussi participé à la libération du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
C'était le quart-d'heure "sur le divan du psy". Embarassed
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