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Avril 43 - France et Europe occupées, Allemagne tyrannisée
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Juil 13, 2015 13:31    Sujet du message: Avril 43 - France et Europe occupées, Allemagne tyrannisée Répondre en citant

Comme je l'ai fait pour le Pacifique, je réédite l'ensemble du texte sur la France et l'Europe occupées en avril 43.
La pièce principale, due à Tyler, est l'affaire d'Eysses. Je pense vraiment que ceux qui l'ont déjà lue apprécieront la relecture.


Avril 1943
8 – En France et en Europe occupées
L’affaire de la prison d’Eysses

1er au 12 avril


13 avril

De pauvres Indiens en exil…
Amsterdam
– L’Oberstleutnant Kurt Krappe, commandant la Légion Indienne au service du Grand Reich Allemand, arrive aux Pays-Bas pour préparer le déploiement du 950e Régiment d’Infanterie dans le secteur. En effet, si les Indiens, comme promis, ne se battront pas contre les Russes, ils peuvent toujours servir, en attendant d’aller libérer l’Inde, à protéger les côtes d’Europe contre un éventuel débarquement du Britannique honni ! Du moins, c’est ce qu’a estimé, dans sa sagesse, l’état-major allemand.
C’est pourquoi, un mois plus tard, le 1er Bataillon s’installera à Zandvoort, ville balnéaire située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Amsterdam, tandis que le 2e Bataillon sera déployé au nord de l’ile de Texel, dans l’archipel frison.


14-15 avril


16 avril

L’affaire d’Eysses
Lot-et-Garonne
– Maugenet et Scamaroni sont informés par Alger, lors d’une émission de “messages personnels”, que le déclenchement de l’opération Phénix est proche : « L’Oiseau de Feu chantera, trois fois ». “Benoît” et “Pascal” tiennent leurs contacts au courant.


17-18 avril


19 avril

L’affaire d’Eysses
Lot-et-Garonne
– Maugenet et Scamaroni sont cette fois informés, toujours lors d’une émission de “messages personnels”, que l’opération Phénix doit commencer : « L’Oiseau de Feu volera, trois fois ». “Benoît” et “Pascal” donnent le feu vert à leurs contacts. Dans la journée, les agents introduits dans le personnel de la prison passent le mot à quelques prisonniers et le bataillon d’Agen du Corps Franc Pommiès est mis en alerte. Ce bataillon est constitué de trois compagnies de 150 à 200 hommes chacune, dispersées dans le maquis. La première compagnie, la mieux équipée (grâce aux parachutages du mois précédent), se met en route vers Villeneuve. La deuxième se concentre près d’Agen, la troisième reste en réserve.


20 avril
L’affaire d’Eysses
Lot-et-Garonne et Lot, 01h00
– Deux équipes de trois artificiers sont parachutées respectivement près de Saint-Sylvestre-sur-le-Lot (4 km à l’est de Villeneuve) et près de Luzech (une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Cahors). Leurs objectifs : poser des charges explosives pour faire sauter les ponts sur le Lot dans les deux bourgades, afin de ralentir l’arrivée d’éventuels renforts allemands.
Quelques semaines plus tôt, les forces d’occupation dans la région étaient composées de troupes de second ordre, des unités spéciales de lutte contre les partisans recrutées un peu partout en Europe occupée par la SS : on y trouvait aussi bien des Flamands séparatistes que des Italiens fascistes dont même les unités restées fidèles à Mussolini n’avaient pas voulu, des Lituaniens anti-soviétiques et deux ou trois “Malgré-Nous” alsaciens. Mais fin mars est arrivée du front russe la 2.SS PanzerDivision Das Reich (Obergruppenführer Walter Krüger), expédiée dans la campagne française pour une période de repos et de rééquipement.
La Das Reich représente un formidable renfort pour les Occupants. Sa présence a été signalée par la Résistance, mais il reste aujourd’hui difficile de savoir si le renseignement n’a pas été transmis à l’état-major de l’opération ou s’il a été volontairement ignoré. Après la guerre, des anciens du Réseau Klan devaient affirmer que Vallin lui-même avait empêché la transmission de l’information à Mandel, qui aurait probablement annulé l’opération. Vallin, sans nier avoir été au courant, expliquera que la décision d’y aller quand même avait été prise d’accord avec les représentants du PC et même sous leur pression. Les communistes, eux, devaient affirmer que l’arrivée de la Das Reich ne leur avait pas été notifiée…
Toujours est-il que le SS-Panzergrenadier Regiment 4 Der Führer est stationné à Agen (avec le régiment d’artillerie et les unités divisionnaires) et le SS-Panzergrenadier Regiment 3 Deutschland à Castelsarrasin. Chacun d’eux aligne trois bataillons motorisés. Enfin, le SS-Panzer Regiment 2 Das Reich se trouve à Cahors. Il est fort d’un bataillon de Panzer III (qui sera rééquipé avec des Panzer V Leopard au moment de remonter au front) et de deux bataillons équipés de Panzer IV de divers types.
………
Près d’Agen, 06h30 – Maugenet et Scamaroni se sont retrouvés la veille au soir pour la première fois dans une ferme pour élaborer les plans de dispersion des prisonniers libérés, avec six maquisards. Ceux-ci ont préparé des véhicules, prévu des guides… En dehors d’un petit nombre de prisonniers très importants, les autres doivent gagner l’Espagne ou rejoindre le maquis.
Mais à l’aube, la ferme est attaquée. En effet, la Gestapo d’Agen a été informée la veille de la tenue d’une réunion très suspecte par une dénonciation d’un “Bon Français” (1). Peu soucieux de rechercher l’appui de leurs militaires pour ce qui pourrait n’être qu’un tuyau crevé, les gestapistes ont réquisitionné les “Croisés de la Reconstruction” (nom que se donnent les SSLAAN de Doriot), dont une “Centurie” stationne à Agen (2).
Au bout d’une heure et demie de fusillade, Fred Scamaroni et tous les maquisards sont abattus. Il semble que les miliciens, furieux d’avoir perdu une douzaine d’hommes, aient achevé les blessés. Seul Maugenet, touché lui aussi, est (provisoirement) sauvé par un agent de la Gestapo et emmené dans les locaux de la Kommandantur, où une longue journée l’attend…
………
Luzech, 17h00 – Un détachement du 2e Régiment de Panzergrenadiers de la Das Reich, en manœuvre près de Luzech, repère l’équipe d’artificiers étudiant les alentours du pont de la Douve. Les trois hommes tentent de s’enfuir, mais ils sont rattrapés par une automitrailleuse – ironie du sort, une BA-10, prise de guerre rapportée d’URSS. Deux d’entre eux sont abattus, le troisième fait mine de se rendre mais réussit à faire détoner les explosifs destinés au pont, entraînant dans la mort l’équipage de l’automitrailleuse. Stupéfait, le chef du détachement ordonne d’emporter les corps et ce qui reste du matériel à Cahors, au QG du régiment.
………
Prison d’Eysses, 21h00 – Un gardien libère une dizaine de prisonniers. Ce petit groupe, commandé par Pierre Georges, doit gagner les locaux de l’administration afin de prévenir par téléphone le Corps Franc Pommiès, en neutralisant au passage le plus possible de gardes.
………
Agen, 22h30 – La compagnie du Corps Franc Pommiès postée près de la ville commence à semer le trouble du côté sud afin de distraire au maximum les Occupants. Les principales lignes téléphoniques sont sabotées.
………
Villeneuve-sur-Lot, 22h30 – Cent vingt des 150 maquisards de la 1ère Compagnie du CF Pommiès commencent à investir silencieusement la ville. La section 1 se déploie aux environs du pont. La section 2 prend position près de la prison. Toutes les lignes téléphoniques menant à l’extérieur de Villeneuve sont coupées.
………
Environs de Villeneuve, 22h40 – Une compagnie du 2e REP, divisée en cinq sections de 25 hommes sous les ordres du capitaine Marcel Bigeard (3), est parachutée par cinq DC-3 de l’Armée de l’Air venus de Corse. Ils arrivent sur deux zones d’atterrissage (ZA), dûment balisées par trente hommes de la 1ère Compagnie du CF Pommiès. La section A saute aux environs de Pujols, un hameau à 2 km au sud de Villeneuve, où elle doit barrer la route venant d’Agen. Les autres sections (B, C, D et E) sautent près du lac de Moulinet, 5 km environ au nord-est de la prison d’Eysses.
………
Cahors, 23h00 – L’Obersturmbannführer Hans-Albin Freiherr von Reitzenstein, qui commande le SS-Panzer Regiment 2, tente sans succès de joindre le PC divisionnaire à Agen. Faute de mieux, ses téléphonistes essayent de joindre d’autres villes et s’aperçoivent que les communications avec Villeneuve sont coupées. Reitzenstein a une illumination : Eysses ! La prison est en effet la seule chose qui puisse justifier l’isolement de Villeneuve-sur-Lot. Et la destruction du pont de Luzech aurait coupé la route menant de Cahors à Villeneuve.
A 23h30, les 24 Panzer III du SS-Panzer Regiment 2 se mettent en route pour Eysses, à 60 km environ. L’Obersturmbannführer, qui se doute qu’il est peu probable que ses chars tombent sur des T-34, ne va pas envoyer ses beaux Pz IV mater des “partisans” ! Mais dans l’incertitude de ce qui se passe au juste, il décide d’accompagner le bataillon.

Eysses, minuit – Pendant que les paras de la section B stationnent aux alentours de la ZA du lac de Moulinet, où ils délimitent une piste d’atterrissage de fortune, ceux des sections C et D font leur jonction avec la section 2 de la 1ère Compagnie du Corps Franc Pommiès au lieu-dit La Dardenne, à 600 mètres à peine de la prison. La section E se dirige vers la mairie de Villeneuve.


21 avril
L’affaire d’Eysses
Prison d’Eysses, 00h05
– Un prisonnier de droit commun se réveille et, remarquant d’étranges allées venues dans les couloirs de la prison, se met à crier « Alerte ! Evasion ! » L’homme, probablement un “mouton” placé là par la direction de la prison, est rapidement massacré par ses codétenus, mais le mal est fait. Dans le vaste labyrinthe des couloirs de la prison, des fusillades se multiplient. Les gardiens tirent un peu au hasard, les évadés ouvrent toutes les cellules possibles dans un désordre généralisé, la confusion est complète.
………
Eysses, 00h15 – Bigeard, à la tête des sections C et D de sa compagnie et de la section 2 de la 1ère Cie du Corps Franc Pommiès, déploie ses hommes devant la prison.
………
Villeneuve, 00h25 – La mairie de la petite ville sert de QG au SONEF du lieu et à l’antenne locale de la Gestapo – en tout, une douzaine d’hommes. La section E, infiltrée dans la ville, prend l’immeuble d’assaut en moins de vingt minutes. Les paras ont deux morts et quatre blessés légers ; selon la consigne dite « œil pour œil » concernant « les gestapistes allemands et surtout français », ils ne font pas de prisonniers.
Les paras se dirigent ensuite vers Saint-Sylvestre-du-Lot, où les artificiers parachutés le 6 ont fait sauter le pont.
………
Prison d’Eysses, 00h30 – Les prisonniers parviennent à s’emparer du standard téléphonique de la prison et, comme convenu, signalent à la mairie de Villeneuve, où sont restés quelques paras, que la révolte a commencé. L’information remonte immédiatement à Bigeard par radio (S-Phone), une grande première dans ce type d’opérations.
Les portes de la prison sont forcées au bazooka, et Bigeard se lance à l’assaut avec 120 hommes (50 paras et 70 maquisards) (4).
Dans la prison, une centaine de prisonniers ont trouvé de quoi s’armer, entre les armes entrées en contrebande et celles trouvées sur les gardiens. Assaillis de deux côtés et persuadés de n’avoir aucune pitié à attendre, les gardiens commencent à abattre tous les prisonniers sur lesquels ils peuvent mettre la main. Il semble, sans qu’on puisse en être certain, que l’ordre ait été donné par le directeur, Joseph Schivo, en application d’une directive de Darnand.
Les meneurs de la révolte s’efforcent de replier les hommes sans armes vers l’église de la prison, tandis que la bataille, dans les couloirs mal éclairés, tourne au cauchemar.
………
Agen, 00h45 – André Maugenet est mort. On ignore s’il a fini par parler (ce que la Gestapo affirmera) ou si l’Obergruppenfuhrer Krüger, commandant la Das Reich, a finalement été informé par Reitzenstein qu’il se passait quelque chose à Eysses (ce que prétendra la Waffen-SS). Le 1er bataillon de PanzerGrenadiers, sous les ordres d’Adolf Diekmann, est alerté et part dans l’heure qui suit vers Villeneuve, distante d’une vingtaine de kilomètres.
………
Villeneuve, 00h55 – Les habitants de la petite ville sont tous bien réveillés… Et se produit alors un parfait condensé de ce qui se passera quelques mois plus tard dans toute la France. Malgré les tracts répandus par les paras pour avertir que ce n’est encore qu’un prélude à la Libération, une foule sans cesse croissante acclame les paras de la section E et les hommes de la section 1 de la 1ère Cie du CF Pommiès. Des hommes et des femmes sont sortis de leurs lits sous les quolibets et sont abattus ou tondues sur la place publique. Certains maquisards participent à ces exactions avant de se faire rappeler à l’ordre par leurs chefs – pour maintenir un semblant d’ordre dans la ville, la section 1 va y rester et ne pourra se joindre aux combats qui font rage dans l’enceinte de la prison.
………
Prison d’Eysses, 01h15 – Le témoignage de José Cardona, républicain espagnol et résistant d’Eysses, puis membre d’une brigade espagnole durant les campagnes de France et d’Allemagne, montre comment cette nuit du 20 au 21 avril a pu prendre une dimension quasi mystique dans la mémoire collective : « (…) Entre deux salves, nous réussissons à nous réfugier dans l’église. Les hommes qui s’y trouvent déjà nous accueillent sans un mot, mais leurs yeux nous disent : “Nous n’avons pas perdu espoir”. Hélas, nous n’avons aucune arme à leur donner, et nos pauvres pistolets n’ont plus de munitions. Quel dommage que Picasso n’ait pas assisté à la scène ! Là haut, le Christ cloué sur sa croix ferme les yeux comme s’il ne voulait pas voir le tableau qu’offrent à ses pieds des centaines d’hommes qui attendent un miracle pour pouvoir sortir de cet enfer. Je vois deux Polonais, leur chapelet à la main, qui prient sans doute le Rédempteur : “Ouvre les yeux, les tiens sont ici. Aide nous !” Quand une terrible explosion fait voler en éclats les portes de l’église, nous nous pensons perdus, de nouvelles rafales hachent l’air puis s’apaisent et le miracle arrive. Dans le nuage de poussière qui envahit la nef, un homme brandissant un fusil apparaît au milieu du porche béant et nous crie : “Allez les p’tits gars, on s’en va, suivez-moi !” »
………
Prison d’Eysses, 02h00 – Depuis une demi-heure environ, la prison est pratiquement sous le contrôle des assaillants. Quelques patrouilles de maquisards, guidés par des prisonniers, arpentent les couloirs pour piéger les derniers gardiens qui ne se seraient pas rendus. Le personnel de la prison compte une centaine de morts (il semble que les blessés aient été achevés dans la sauvagerie de ces combats fratricides – presque tous les combattants sont Français). Les paras ont perdu dix hommes et les maquisards trente et un (en comptant les blessés graves, dont bien peu survivront). Quant aux prisonniers, le chiffre de leurs pertes est imprécis – sans doute deux cent cinquante morts et blessés graves pour le moins.
Dans une ambiance chaotique, Bigeard lui-même fait l’appel des hommes dont les noms figurent sur une trop courte liste.
Dans l’ordre alphabétique :
– Jean Borotra, ancien ministre “infiltré” dans le gouvernement Laval, témoin des turpitudes de celui-ci… et personnalité très populaire : pour tous les Français, c’est le “Basque Bondissant” des succès en Coupe Davis.
– Arthur Dalidet, chef du service des cadres du PCF, dénoncé et arrêté en même temps que Marie-Claude Vaillant-Couturier, qui, elle, a été livrée aux Allemands.
– Amédée Dunois, militant SFIO et résistant de la première heure.
– Auguste Havez, ancien dirigeant du PCF clandestin en Bretagne, puis dirigeant du Secours Populaire Français, il s’est opposé avec virulence à la politique de semi-légalisation menée par le PC en octobre 1940 ; au mot d’ordre « Thorez au pouvoir », il a répondu dans un rapport « Que Maurice me pardonne, mais s’il doit prendre le pouvoir dans ces conditions, ce ne peut être que comme gauleiter. »
– François de La Rocque, officiellement “invité” en tant que fondateur du réseau Klan et non comme chef du PSF…
– Jean-Baptiste Lebas, député socialiste du Nord, ministre du Travail de Léon Blum, piégé en France en 1940, créateur du réseau de Résistance L’Homme Libre.
– Georges Valois, ancien numéro trois de l’Action française, fondateur du mouvement fasciste Le Faisceau, mais énergiquement Résistant!
Le capitaine emmène les sept privilégiés ainsi que des blessés graves dans un camion estampillé “Administration Pénitentiaire” jusqu’à la ZA du lac de Moulinet.
Pendant ce temps, les prisonniers libérés quittent Villeneuve à pied et commencent à s’organiser. Mais les maquisards ne peuvent que constater que les véhicules qui devaient faciliter la fuite générale ne sont pas tous au rendez-vous – il est évidemment arrivé quelque chose à “Benoît” et “Pascal”. Quelques heurts opposent des prisonniers de différentes tendances. Les chefs de la 1ère Cie du Corps Franc Pommiès décident alors de réquisitionner tous les véhicules de Villeneuve. Cela ne fait pas beaucoup, mais c’est mieux que rien…

(à suivre)

Notes
1- On saura après la guerre que le coupable était un voisin qui, outre la forte récompense promise, guignait la ferme où se tenait la réunion…
2- Des centuries pour des croisés ? Ce bizarre amalgame illustre que tous les Collabos armés étaient loin de correspondre à l’image de “soudards cultivés” plus ou moins romantiques que certains ont voulu leur accoler… Au reste, ces centuries comptaient rarement plus d’une quarantaine d’hommes, surtout après la ponction survenue lors de la création de la Garde française, au bénéfice de celle-ci.
3- Bigeard a été nommé capitaine après la campagne de Sicile.
4- Bigeard avait de toute façon décidé d’attaquer dès que la section E l’aurait informé que tout s’était déroulé comme prévu à Villeneuve.


Dernière édition par Casus Frankie le Jeu Juil 19, 2018 08:46; édité 1 fois
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Hendryk



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MessagePosté le: Lun Juil 13, 2015 15:11    Sujet du message: Re: Avril 43 - France et Europe occupées Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
En effet, si les Indiens, comme promis, ne se battront pas contre les Russes, ils peuvent toujours servir, en attendant d’aller libérer l’Inde, à protéger les côtes d’Europe contre un éventuel débarquement du Britannique honni ! Du moins, c’est ce qu’a estimé, dans sa sagesse, l’état-major allemand.
C’est pourquoi, un mois plus tard, le 1er Bataillon s’installera à Zandvoort, ville balnéaire située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Amsterdam, tandis que le 2e Bataillon sera déployé au nord de l’ile de Texel, dans l’archipel frison.

La mention de Texel me remet en mémoire l'insurrection de la garnison géorgienne en avril-mai 1945. Doit-on s'attendre à quelque chose de similaire de la part des Indiens FTL?
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Colonel Gaunt



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MessagePosté le: Lun Juil 13, 2015 16:35    Sujet du message: Répondre en citant

Ah Ah, depuis le temps que j'attendais de connaitre la suite, comment Bigeard et "Morland", après exfiltration des VIP, vont pouvoir se sortir du nid de frelons.
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Les guerres de religion consistent à se battre pour savoir qui a le meilleur ami imaginaire
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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Juil 13, 2015 17:29    Sujet du message: Re: Avril 43 - France et Europe occupées Répondre en citant

Hendryk a écrit:
Casus Frankie a écrit:
En effet, si les Indiens, comme promis, ne se battront pas contre les Russes, ils peuvent toujours servir, en attendant d’aller libérer l’Inde, à protéger les côtes d’Europe contre un éventuel débarquement du Britannique honni ! Du moins, c’est ce qu’a estimé, dans sa sagesse, l’état-major allemand.
C’est pourquoi, un mois plus tard, le 1er Bataillon s’installera à Zandvoort, ville balnéaire située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Amsterdam, tandis que le 2e Bataillon sera déployé au nord de l’ile de Texel, dans l’archipel frison.

La mention de Texel me remet en mémoire l'insurrection de la garnison géorgienne en avril-mai 1945. Doit-on s'attendre à quelque chose de similaire de la part des Indiens FTL?


Je n'avais jamais entendu parler de ces événements.... C'est une histoire très triste.
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Van Gogh



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MessagePosté le: Lun Juil 13, 2015 20:09    Sujet du message: Répondre en citant

De l'action en Lot-et-Garonne !

La campagne entre Agen et Villeneuve ressemble à ceci :




Entre les vergers et les ravins encaissés, c'est assez courageux d'envoyer des parachutistes, et plus encore des chars... les Pz III vont être à la fête face aux canons sans recul de Bigeard.
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Casus Frankie
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Messages: 10095
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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 10:25    Sujet du message: Répondre en citant

@ Van Gogh : 125 paras, ce n'est pas Market Garden… Et les Allemands n'envisagent qu'une action de partisans…
La suite !



Pujols, 02h10
– A l’entrée de la petite localité, les 25 hommes de la section A, armés de quatre bazookas, deux mitrailleuses et un canon sans recul, arrêtent net les premiers éléments du bataillon Diekmann, qui arrivent d’Agen.
………
Saint-Sylvestre, 02h30 – Annoncés par de grands bruits de chenilles, les chars de von Reitzenstein se présentent à l’entrée du village. La section E, aidée par les artificiers qui ont fait sauter le pont, a réservé à ces vétérans du Front de l’Est un accueil digne d’eux. Les premiers éléments de la colonne allemande ont à peine le temps d’apercevoir un barrage de troncs d’arbre renforcé par un vieux tracteur qu’un bazooka brise net l’élan de l’automitrailleuse qui ouvre la voie, tandis que le canon sans recul des paras foudroie le premier Panzer III. Dans une grande confusion, les blindés suivants s’arrêtent, reculent, tentent de se déployer…
………
ZA du lac de Moulinet, 02h40 – Un Hudson peint en noir vient de se poser, non sans mal, sur l’ersatz de piste d’atterrissage et Bigeard s’apprête à faire embarquer son monde. Alors qu’il discute avec le pilote du Hudson et que l’on débarque armes individuelles, bazookas et munitions destinés aux maquisards, des explosions retentissent 3 km plus au sud, du côté de Saint-Sylvestre. Une fusée rouge s’élève dans le ciel sombre : la section E affronte des Panzers.
Nous sommes dans la merde, mais c’est pas une raison pour la remuer, maugrée Bigeard. Allez, en route tout le monde ! Embarquez !
– Mais, et mes hommes ?
demande un La Rocque scandalisé.
Et nos camarades ? proteste Dalidet.
Messieurs, tout les petits gars qui sont morts cette nuit se sont fait buter pour que vos fesses soyeuses puissent se poser sans dégâts à Alger. Et figurez-vous que le pilote vient de me dire que si on embarque une épingle en plus de vous sept, il a toutes les chances de percuter le sol de notre Mère Patrie au décollage. Alors, s’il vous plaît, pas d’histoire et montez dans ce coucou ! Ou bien je mâche le travail des Boches ! gueule Bigeard.
Ce qui n’impressionne pas le communiste, et encore moins La Rocque.
Enfin, reprend le colonel, il m’a semblé apercevoir Legendre. Il y a aussi Pébelier. Il s’est fourvoyé, certes, mais…
– Mon colonel,
intervient un prisonnier en armes, je vous promets que je m’occuperai personnellement de Pébelier. Vous avez ma parole ! Je ne rentrerai à Alger qu’avec Pébelier !
– Ah, Morland, mon petit… Merci !
s’exclame le colonel, ému. Je compte sur vous ! crie-t-il en guise d’adieu en montant dans l’avion.
Pendant ce temps, un autre prisonnier pousse Dalidet et Havez vers l’avion : « Partez, camarades ! Je sais que vous préféreriez rester, mais c’est pour le Parti ! ». Les autres suivent.
Alors que les explosions et les tirs se font plus intenses vers Saint-Sylvestre et qu’on perçoit d’autres tirs, plus loin au sud, le Hudson décolle péniblement, à la lumière de la lune et des phares de quelques voitures.
Bigeard suit l’avion des yeux, soupire de soulagement et réarme sa Thompson en murmurant : « Et dire que c’était la partie la plus simple… ». Il se tourne vers les prisonniers qui viennent de le tirer d’embarras : « Dis donc, gamin, lance-t-il à “Morland”, tu t’es collé dans une sacrée béchamel avec la promesse que t’as faite à la vieille baderne. Tu sais au moins où le trouver ce… Pébelier ? ».
Aucune idée mon capitaine ! Déjà, si je savais à quoi il peut ressembler…
Bigeard explose de rire.
Eh bien toi, mon p’tit gars, on peut dire que t’es sacrément gonflé ! C’est quoi ton nom, Morland, c’est ça ?
– Pas vraiment, mon capitaine. C’est Mitterrand François, sergent-chef au 23e d’Infanterie coloniale !
– Et toi, le coco, on t’appelle comment ?
demande Bigeard à l’autre prisonnier.
Moi c’est Fabien, Colonel Fabien, Parti Communiste Français ! déclare Pierre Georges, provocateur.
Eh bien, sergent-chef Mitterrand et Colonel Fabien, vous avez gagné le droit de nous suivre, moi et mes p’tits gars. Mais ça va pas être du gâteau. On a un sacré foutoir sur les bras, répond Bigeard d’un air amusé en désignant du canon de sa Thompson les flammes qui commencent à embraser les rives du Lot…
………
Pujols, 03h20 – Sous le couvert de la nuit qui masque ses faibles effectifs, la section A a causé de lourdes pertes au bataillon Diekmann. Mais celui-ci a fini par se déployer et les munitions manquent. Les parachutistes survivants décrochent, pendant que Diekmann, très inquiet, réclame des renforts à Agen.
………
Saint-Sylvestre, 03h40 – Comme à Pujols, la lutte est acharnée. Le canon français a démoli un deuxième Panzer III et les blindés allemands, ne pouvant employer le pont dynamité, sont très gênés pour manœuvrer, d’autant qu’ils manquent d’infanterie. Pourtant, l’issue de l’affrontement semble inéluctable… Une quinzaine de paras sont tombés, morts ou blessés, le canon a été éliminé et les survivants de la section E vont être écrasés quand le char de tête est détruit au bazooka d’un tir à bout portant par un para qui l’a pris à revers ! C’est Bigeard, à la tête du gros de la section B, renforcée de maquisards et de quelques prisonniers libérés – en tout une quarantaine d’hommes avec quatre bazookas, descendus de Moulinet sous le couvert de l’obscurité. Le temps d’immobiliser au bazooka un autre Panzer III et tout le monde bat en retraite à toutes jambes vers Villeneuve, laissant les hommes de von Reitzenstein, furieux, perdre un temps précieux à déblayer la route…
………
Villeneuve, 04h00 – Dans la petite ville, la situation devient ingérable. Alors que les sections C et D des paras et la section 2 du CFP tentent de trier les prisonniers libérés, de les armer ou de les évacuer, la section 1 du CFP, qui tente de maintenir l’ordre, est débordée. En effet, l’euphorie a cédé la place à la panique quand les habitants ont compris que des Allemands arrivaient du sud et de l’est. Plusieurs centaines de personnes ont décidé de prendre la fuite. Cela simplifie au moins la tâche d’une équipe de maquisards spécialement chargés de réquisitionner des vêtements civils pour les prisonniers libérés et qui n’ont qu’à se servir dans des maisons désertées !
Dans l’enceinte de la prison, un nouveau problème se présente aux libérateurs : les prisonniers de droits communs, pour lesquels aucune consigne n’a été donnée par Alger, exigent d’être relâchés au nom de la lutte contre l’ennemi ! Heureusement, l’organisation mise en place depuis plusieurs mois par les prisonniers permet de maîtriser les pires désordres et les “droits communs” sont priés d’aller se faire voir où ils voudront (mais sans armes…). Il reste environ 850 “politiques” valides. Après avoir distribué les armes supplémentaires apportées par les maquisards et raclé le fond des caches d’armes des prisonniers et des armureries de la prison et de la mairie, environ 500 sont armés, en donnant la préférence aux plus jeunes et à ceux qui possèdent la plus grande expérience militaire. Les autres s’enfuient immédiatement, se dispersant à pied ou par les quelques moyens de transport disponibles vers des positions de regroupement indiquées par les responsables du Corps Francs Pommiès et, quand tout va bien, guidés par des détachements de la section 1.
………
Villeneuve, 04h15 – Les restes de la section A (dix hommes) arrivent de Pujols et ceux de la section E, accompagnés par les hommes conduits par Bigeard, arrivent de Saint-Sylvestre. Bigeard dispose à ce moment d’une section de maquisards réduite à une cinquantaine d’hommes, d’une petite centaine de parachutistes… et de cinq cents prisonniers plus ou moins armés. Pour toutes armes “lourdes”, il lui reste trois canons sans recul, sept ou huit mitrailleuses et une douzaine de bazookas, le tout manquant quelque peu de munitions. Il lui faut pourtant ralentir l’ennemi au maximum, pour donner leur chance aux fuyards.
Le jeune capitaine réorganise ses forces en quatre groupes mixtes d’environ 150 hommes chacun, autour des sections de paras : la compagnie A (ou A-E) garde les approches sud de Villeneuve, avec le Lot comme position de repli, et la compagnie B se poste à l’entrée est de la petite cité. La compagnie C va tenter une manœuvre pour prendre de flanc la progression des Panzers arrivant de l’est de Villeneuve et la compagnie D reste en réserve dans la ville même, avec pour mission de contrôler la fuite de la population et de trouver des véhicules.
Une partie des habitants se sont enfuis dans la campagne environnante, quelques-uns se sont joints aux combattants, les autres se sont réfugiés dans les caves.
………
Villeneuve, 04h40 – Les forces du Panzer Regiment Das Reich abordent l’entrée est de Villeneuve. Elles ont été retardées, von Reitzenstein craignant des embuscades ou des mines et ayant surtout attendu l’arrivée d’éléments d’infanterie et de quelques canons automoteurs. Ces troupes font un véritable massacre, les Allemands, échaudés à Saint-Sylvestre, commençant par se déployer et canonner tout ce qui se présente. L’unique canon sans recul disposé de ce côté ne tarde pas à être éliminé, mais les attaquants ont du mal à progresser dans les rues étroites, où les hommes de la compagnie B se sont embusqués dans les maisons.
Une demi-douzaine de blindés accompagnés d’infanterie ont fait un détour pour envelopper la petite ville par le nord et se heurtent directement à la Compagnie C, menée par Bigeard en personne. Dans l’obscurité, cette petite “bataille de rencontre” est d’une grande violence ; deux Panzer III sont victime de tirs de bazookas, mais au bout d’une demi-heure, la moitié des Français sont tombés et le reste se replie vers la prison d’Eysses.
Pendant ce temps, du côté sud de la ville, les Panzergrenadiers ont repoussé la compagnie A jusqu’au Lot, où les deux ponts de la ville sont couverts par un canon et deux mitrailleuses chacun. Les hommes d’Adolf Diekmann perdent du monde en tentant de traverser le Nouveau Pont, ou pont des Tramways ; en revanche, ils réussissent à passer en force (mais non sans pertes) le Vieux Pont, à l’ouest de la ville, prenant à revers les défenseurs du pont des Tramways.
A la prison d’Eysses, la Compagnie D, sous les ordres du “Colonel Fabien”, continue de rassembler des véhicules. Tout est réquisitionné, de la Traction au fourgon pénitentiaire, et les réserves d’essence de la prison et de la mairie sont pillées…
Doriot affirmera par la suite que les gardiens de prison faits prisonniers ont été à ce moment massacrés. La Résistance jurera que ces hommes ont été abandonnés sous clef dans la prison et que ce sont les Allemands qui les ont abattus, voire les hommes de Darnand, le lendemain. En fait, il semble que les prisonniers libérés aient exigé qu’une justice sommaire soit exercée sur quelques gardiens particulièrement féroces et sur le directeur, Joseph Schivo. Mais d’autres gardiens seront bel et bien victimes des Allemands ou du SONEF – non tant pour les punir d’avoir laissé les prisonniers se révolter, mais parce que certains auraient livré Schivo, qui se cachait parmi eux sous un uniforme de simple gardien.
Ce qui reste des compagnies A et B continue à se battre. Certains sont encerclés, d’autres réussissent à se frayer un chemin par les petites rues jusqu’à la prison ou jusqu’à un immeuble de la rue de la Convention où, avec une partie de la compagnie D, ils organisent un ultime point de résistance.
………
Villeneuve, 05h15 – Tous les hommes qui ont pu gagner la prison d’Eysses évacuent la ville les uns après les autres.
Au cœur de la cité commence le siège de l’immeuble de la rue de la Convention, qui deviendra célèbre après la guerre. Le 21 avril, il a joué un rôle stratégique capital : sa résistance a permis à beaucoup d’hommes de s’enfuir en retenant pendant deux heures les Allemands, qui semblent avoir été obnubilés par cette forteresse improvisée. Les discours d’après-guerre se gargariseront de cet épisode qui vit « côte à côte, communistes avec royalistes, Croix de Feu avec socialistes, Français avec Français, faire front contre l’oppresseur nazi » (discours de Maurice Schumann lors de la première commémoration de la bataille de Villeneuve, en avril 1946). Beaucoup d’images d’Épinal fleuriront jusqu’à la fin des années 50, montrant Jacques Arthuys (Action Française), Eugène-Gaston Pébelier et Jean Legendre (PSF), combattre dans les décombres de l’immeuble sous les ordres du vieux Léonce Vieljeux (5) (Indépendants et Paysans) aux côtés d’un groupe de militants communistes « qui trouvèrent dans leur sacrifice collectif une gloire éblouissante, dont l’éclat rend inutile de citer leurs noms orgueilleusement prolétaires » (discours de Maurice Thorez lors de cette même commémoration – en fait, les noms en question sont incertains, il ne nous reste aujourd’hui que des noms de guerre).
Un demi-siècle plus tard, les enquêtes les plus sérieuses laissent redouter que certains de ces héroïques militants du PCF n’aient profité des combats pour liquider quelques-uns de leurs compagnons de prison trotskystes avant d’aller se faire tuer…
………
Villeneuve, 06h00 – Le dernier véhicule emmenant des prisonniers évadés quitte la prison d’Eysses. C’est une superbe Renault Vivastella où ont embarqué le capitaine Marcel Bigeard, le communiste Pierre Georges (“Colonel Fabien”), le PSF François Mitterrand, le royaliste Pierre de Bénouville (assez sérieusement blessé) et l’Espagnol José Cardona. C’est le début d’une véritable odyssée à travers le Sud-Ouest occupé. (6)
Au total, moins de quatre cents prisonniers libérés réussiront à rejoindre le maquis. Il faut y ajouter une cinquantaine de parachutistes (sur 125) et la moitié environ des 150 hommes de la 1ère Cie du Corps Franc Pommiès.
………
Villeneuve, 07h00 – Les combats ont pris fin. Tous les survivants français (environ cent cinquante) sont enfermés dans l’église Saint-Joseph, tout près de la prison d’Eysses, par des Allemands furieux (ils ont perdu environ 250 hommes contre ces “partisans”).
Pendant ce temps, Adolf Diekmann envoie ses hommes arrêter au hasard comme otages cinq cents habitants, sans distinction d’âge ni de sexe. Tous sont entassés avec les survivants des combats dans l’église Saint-Joseph.
………
Villeneuve, 10h00 – Von Reitzenstein, témoin horrifié d’une rafle (et, semble-t-il, ayant été informé que certaines otages avaient été violées) exige de Diekmann que les prisonniers soient normalement traités afin de pouvoir les interroger et que les otages ne soient pas brutalisés. Diekmann affirme qu’il applique des ordres précis venant du commandant de son régiment et du QG divisionnaire, mais qu’il va faire son possible « pour régler le problème. »
Quelques minutes plus tard, alors que Von Reitzenstein a repris la route de Cahors, Diekmann ordonne d’incendier l’église Saint-Joseph et de s’assurer à l’aide d’explosifs qu’il n’y aura aucun survivant. Alerté par les explosions et la fumée de l’incendie, Von Reitzenstein fait demi-tour, mais ne peut que faire éteindre le terrible bûcher avant que le feu ne s’étende. Il ordonne de dénombrer les cadavres – il y en a 642 – et joint immédiatement l’Obergruppenführer Walter Krüger, qui commande la division Das Reich, pour réclamer les plus lourdes sanctions contre Diekmann. La réponse est sèche et précise : « Le Sturmbannführer Diekmann a agi de sa propre initiative, mais il a fait ce qu’il devait faire pour maintenir l’ordre. Nous ne pouvons pas nous permettre la moindre sensiblerie devant des événements aussi graves que ceux de la nuit dernière. »
………
Alger, 12h00 – Après une escale en Corse, le Hudson de l’opération Phénix dépose dans la capitale de la France Combattante ses passagers récupérés à un prix si élevé… Ils sont immédiatement conduits en lieu sûr. En attendant l’émission spéciale de Radio Alger prévue dans la soirée, ils vont répondre à de nombreuses questions des envoyés spéciaux du gouvernement.
……
Hôtel Matignon, Paris, 14h00 – Otto Abetz va et vient dans le bureau de Pierre Laval comme si c’était le sien. Il est particulièrement remonté contre Doriot, mais Darnand et même Laval – tous trois sont présents, assis très raides au bord de leurs sièges – ne sont pas à l’abri de ses violentes critiques. Von Stulpnagel, confortablement installé dans un fauteuil, contemple la scène et ne peut s’empêcher de lancer de temps en temps un commentaire sarcastique. L’a-t-il assez dit à l’ambassadeur, que les Collaborateurs qu’il apprécie tant seraient incapables de maintenir l’ordre dans un couvent de Carmélites ! Sans tenir compte des ricanements du général, Abetz conclut son discours en rejetant sur les Français la responsabilité des événements de Villeneuve. Stulpnagel enfonce alors le clou, en allemand (l’aide de son interprète est à peine nécessaire pour faire passer son message) : « Vous rendez-vous compte qu’en quelques mois, c’est la deuxième fois que nos troupes stationnées dans le Sud-Ouest doivent être mises en alerte générale pour limiter les conséquences de votre maladresse meurtrière ! »
Silence confus et empâté des trois têtes du Nouvel État Français…
Après avoir exigé un rapport détaillé dans les plus brefs délais, Abetz conclut avec rage : « Souvenez-vous, Monsieur Laval, de votre séjour à Bagnères, en 40… Alors, à moins que l’air des Pyrénées vous manque, je vous conseille de prendre rapidement les mesures adéquates pour que nous n’ayons plus jamais à réparer vos erreurs, surtout si elles font couler du sang allemand ! »
Il sort majestueusement, suivit par Stulpnagel, qui grimace un « Auf Wiedersehen » ironique, laissant Laval et ses acolytes inquiets et perplexes…
………
Lot-et-Garonne, 18h00 – Pendant que la plupart des troupes allemandes du Sud-Ouest se lancent dans une gigantesque chasse à l’homme pour récupérer les centaines de fugitifs de la nuit précédente, le bataillon Diekmann, très éprouvé par les combats, rentre à Agen. Son parcours meurtrier, commencé dans la matinée avec le massacre de l’église Saint-Joseph, se poursuit par le mitraillage de passants au hasard lors de la traversée de Pujols (une dizaine de victimes), mais ne s’arrête malheureusement pas là… En effet, en arrivant aux alentours de la gare d’Agen, le bataillon tombe sur un convoi de prisonniers à destination d’Eysses ! Ce convoi comptait au départ 71 prisonniers, politiques pour la plupart, acheminés par un train que des sabotages ont retardé. Le voyage ainsi prolongé a été marqué par des tentatives d’évasion, dont l’une a coûté la vie à un gardien. Furieux, les gardiens (des hommes du SONEF, puisqu’il s’agit de “politiques”), après avoir abattu l’évadé, ont décimé, au sens propre, les prisonniers : ils en ont abattu au hasard un sur dix, donc sept.
A l’arrivée à Agen, ni les prisonniers ni leurs gardiens ne sont au courant des évènements de la nuit précédente. Devant cette nouvelle proie, la vindicte des SS se réveille. Vingt-six prisonniers sont emmenés par Diekmann et ses hommes dans la campagne aux environs d’Agen ; on ne retrouvera après la guerre que neuf corps dans un charnier creusé à la va-vite au milieu d’un champ en jachère…
………
Paris, 19h00 – Après concertation entre les services d’Otto Abetz et ceux du Nouvel État Français, sous la direction de René Bousquet, décision est prise de déporter systématiquement dans des camps de concentration gardés par des troupes allemandes tous les prisonniers politiques détenus en France. Pour effacer la honte de la révolte et de l’évasion, la prison d’Eysses garde un statut privilégié : désormais, de toute la France, tous les “politiques” arrêtés par les forces de la collaboration y seront envoyés au fur et à mesure. Là, ils seront interrogés, catalogués et envoyés directement en Allemagne (ou au Struthof, mais pour les Allemands, cela revient au même). Paul Touvier est nommé Directeur Spécial du “Centre Spécial de Lutte contre le Terrorisme”.
En réalité, ce “Centre” ne fonctionnera que jusqu’au 22 juillet, date de la fermeture définitive de la prison (7). En moins de trois mois, un millier de prisonniers environ (963 selon les chiffres officiels, très certainement sous-évalués) passeront entre ses murs. Plus de 25% y mourront, officiellement victimes de différents problèmes de santé ou abattus lors de tentatives d’évasion, ce qui ne fait quand même pas très sérieux pour un centre modèle, abritant de surcroît dans ses murs des éléments de la 2. SS Panzer Division (un bataillon entier était stationné à grand renfort de réquisitions dans Villeneuve-sur-Lot même).
Il faut ici accorder une place particulière aux 90 prisonniers d’Eysses repris (vivants) la semaine suivante dans les environs. Sur ces 90, seuls 30 survivront au traitement spécial de Touvier et… trois reviendront des camps allemands.

Notes
5- Le maire de La Rochelle a refusé de s’enfuir et fait valoir son âge (il avait 78 ans !), son grade de colonel de réserve… et son autorité naturelle pour organiser l’ultime résistance dans Villeneuve.
6- On sait que cette odyssée ne s’achèvera qu’à la libération de la région. Mais en dehors de son début et de sa fin, les Souvenirs et Mémoires des quatre Français diffèrent considérablement quant à son déroulement. Seul Cardona aurait pu les départager, mais ses propres souvenirs sont pratiquement muets sur ce point : il a toujours déclaré aux journalistes essayant de le confesser qu’il s’était fait à cette époque quatre vrais amis et qu’il refusait de s’en aliéner « au moins trois » pour satisfaire la curiosité du public…
7- En 1947, une tentative du ministère de la Justice pour rendre le bâtiment à sa fonction première devait se heurter à l’opposition virulente du PSF et du PCF, pour une fois d’accord. Eysses est aujourd’hui le “Musée-Mémorial de la Résistance dans le Sud-Ouest” (visites : tlj sf mardi, 9h00-18h00, entrée gratuite pour les anciens combattants munis de leur carte et les militaires en uniforme).

(à suivre)
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Van Gogh



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 10:51    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
@ Van Gogh : 125 paras, ce n'est pas Market Garden… Et les Allemands n'envisagent qu'une action de partisans…
La suite !


Je me doute Smile Les francais savent où ils vont et d'apres les annexes du tome 1941/1942 ont de quoi exploiter la topographie. Pauvres tankistes...

Tres bon recit (c'est la tradition, un ete, une belle histoire), par contre, je ne suis pas tres sur pour la traversee de Pujols : c'est une petite bourgade medievale, les rues sont minuscules et il faut passer un rampart pour y rentrer. Peut-etre à remplacer par La Croix Blanche, St Antoine de Ficalba ou Artigues, directement sur la route.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 12:20    Sujet du message: Répondre en citant

Je vois. Disons qu'ils sautent près de Pujols (le coin semble s'y prêter) et qu'ils vont barrer la route Agen-Villeneuve dans ce secteur. Je vais retoucher.
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Casus Frankie

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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 13:01    Sujet du message: Répondre en citant

Une histoire aussi brève que passionnante, de quoi faire un super scénario sur Advanced Squad Leader.
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"Au jeu des trônes, il n'y a que des vainqueurs et des morts, il n'y a pas de demi-terme". La Reine Cersei.
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Alias



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 14:34    Sujet du message: Répondre en citant

Ou un film. Très bel épisode.
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Dimitri Jerzmanowski



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 14:46    Sujet du message: Répondre en citant

Superbe récit surtout que je connais très bien le coin,Agen n'étant qu'à 25 km de Villeneuve/Lot et en plus ma fille benjamine habite Villeneuve.


Le passage du le Sergent Mitterrand,c'est le Mitterrand auquel je pense ou c'est un homonyme?
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 15:07    Sujet du message: Répondre en citant

C'est pas un homonyme... à l'origine Mitterand fleurtait plutôt avec la droite bien à droite.
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Colonel Gaunt



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 19:32    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
C'est pas un homonyme... à l'origine Mitterand fleurtait plutôt avec la droite bien à droite.


Ouai m'enfin Daniel Cordier aussi ou bien Emmanuel d'Astier de La Vigerie
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Les guerres de religion consistent à se battre pour savoir qui a le meilleur ami imaginaire
Citation vue sur le net
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 19:44    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, mais je faisais référence au fait que Mitterrand jure de sauver Morland.
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Van Gogh



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 19:50    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Je vois. Disons qu'ils sautent près de Pujols (le coin semble s'y prêter) et qu'ils vont barrer la route Agen-Villeneuve dans ce secteur. Je vais retoucher.


Je n'ai peut-être pas été clair dans mon message, le passage que je proposais surtout de retoucher est le retour du bataillon Diekmann vers Agen, après le massacre de l'église St Joseph. Mais c'est vrai, Pujols n'est pas directement sur la route Agen - Villeneuve, mais sur une colline qui la surplombe (il faut prendre un carrefour qui y monte IIRC). Un bouchon ici est assez fort défensivement et logique, mais le village risque de souffrir des la nuit.

(je travaille de mémoire, je n'y suis pas passé depuis 6-7 ans. Si Dimitri peut confirmer ma géographie...)
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