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L'affaire Ciano
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Fév 24, 2019 10:17    Sujet du message: L'affaire Ciano Répondre en citant

Demolition Dan s'est intéressé au destin d'un personnage assez original, qui semble égaré dans la Guerre mondiale : le comte Ciano.


27 novembre 1942 (rappel)
Tyrol italien
– Au petit matin, la famille Ciano passe la frontière autrichienne (c’est-à-dire allemande) et se dirige vers Munich. Ciano a cédé aux promesses allemandes selon lesquelles il serait plus en sécurité sur le territoire du Reich pour attendre la suite des événements et, le cas échéant, pour passer en Espagne.

28 novembre 1942
On ne choisit pas sa famille
Munich
– Le comte Ciano a décidément péché par naïveté en s’imaginant que l’Allemagne ignorait ses manigances… Alors que le ministre déchu est en transit sur le territoire du Reich, en attente d’un visa pour la Suisse puis l’Espagne, une escouade de la SS procède à son « arrestation préventive ». Ciano, sa femme Edda et leurs trois enfants sont placés en résidence surveillée dans une villa, à Allmannshausen (au sud de Munich), au secret et dans l’attente de la suite des événements. Une villégiature certes infiniment plus agréable que bien des camps – mais une prison néanmoins, quoiqu’elle soit dorée. Et même si le chef de famille est évidemment la cible principale de cette arrestations, l’avenir de tous paraît désormais aussi sombre que les uniformes de leurs geôliers…


17 Janvier 1943
Le sacrifice de Ciano
On ne choisit pas sa famille
Aérodrome de Malpensa (Milan, RSI)
– Un Junkers 52 en provenance d’Autriche atterrit. A son bord, le comte Ciano et sa femme, que le Reich remet ainsi officiellement à la République Sociale Italienne, à la demande expresse du ministre des Affaires étrangères von Ribbentrop, ravi de voir son ancien rival en aussi mauvaise posture.
C’est peu dire que l’avion et ses passagers sont attendus. Mais la délégation fasciste ne fait pas pour autant bon accueil au gendre de Mussolini : si Edda est simplement conduite dans une villa de la région, sur l’ordre direct du Duce, l’ancien diplomate est arrêté pour « trahison » sitôt le pied posé sur le sol italien. Transféré à la prison centrale de Vérone par convoi spécial, Gian Galeazzo Ciano est incarcéré avec cinq autres personnes impliquées dans le changement de camp de l’Italie, dans l’attente d’un jugement qu’on imagine rapide…


1er avril 1943
Le sacrifice de Ciano
On ne choisit pas sa famille
Vérone (RSI)
– La vigoureuse comtesse de Cortellazzo et de Buccari Edda Ciano, née Mussolini, n’a pas encore renoncé à sauver son mari, auquel elle conserve tout son amour malgré ses frasques multiples et notoires [Dans ses appartements au palais Chigi, le comte ne faisait pas que travailler ou attendre un appel du Duce sur sa ligne directe… ]. Le charme du séducteur a toujours autant d’effet sur elle…
L’épouse modèle et éperdue a donc traversé la moitié du territoire de la RSI pour aller plaider en personne la cause d’un homme qu’elle n’est même plus autorisée à voir, sur l’ordre du Duce en personne – une interdiction vexante qu’elle espère bien d’ailleurs faire lever. Hélas, il y a maintenant une semaine qu’Edda fait le pied de grue devant le bureau de son père, désespérant de franchir le barrage des secrétaires et autres courtisans qui s’acharnent à la tenir éloignée du dictateur, mais ne réussissent pas à la décourager – la comtesse a de la ressource, elle l’a prouvé il y a deux ans en quittant à la nage le navire-hôpital Po, torpillé par les Anglais !
Finalement, après huit jours de siège, c’est un Mussolini très fatigué qui cède en acceptant de recevoir sa propre fille. Cette dernière a eu tout le temps de prendre la température dans la famille : elle est glaciale. Reçue entre deux portes par sa mère, Rachele, Edda a pu constater la haine que l’on porte désormais à son mari – pour la Mamma, son beau-fils est un traître. Or il n’est qu’une punition pour pareille infamie…
Les mains sur les hanches comme lorsqu’il déclarait la guerre aux Alliés, le front toujours résolu mais le regard las, le Duce a décidé de faire bref. Sans véritable égard pour son sang, il annonce que le sort du traître Ciano est désormais entre les mains de la Justice fasciste, qui instruira son procès avant trois semaines. Ce faisant, Mussolini tient évidemment à montrer une fois de plus son autorité dans l’état-croupion qu’est “sa” République Sociale. Mais cette fois, il ne s’agit pas seulement d’affaires politiques – sa fille a toujours aimé Ciano, et la raison du cœur ignore la raison des dictateurs…
Après de multiples suppliques, Edda comprend enfin qu’ici, la partie est déjà jouée. Elle a alors une réaction spectaculaire : elle se lève pour aller cracher au visage de son père, sans qu’un huissier puisse même tenter d’intervenir ! « Tu es un fou et un assassin, Père ! Tu vas tuer mon mari comme tu as tué des milliers d’Italiens ! » Et la jeune femme disparaît, en pleurs. Contemplant la chaise vide, Mussolini sort un mouchoir pour essuyer cet affront. Un de plus qu’il subit sans mot dire dans l’espoir de partager la victoire avec le Reich… Il ne le sait pas encore, mais il ne reverra plus sa fille.


17 avril 1943
Le sacrifice de Ciano
Un procès pour l’exemple
Grande-salle du Castelvecchio (Vérone)
– Sous les murs de pierre de la vénérable forteresse du XIVe siècle se joue une fois encore une tragédie, comme la ville et le pont Scaligero, sur l’Adige, en ont connu lors des Pâques Véronaises et auparavant… Aujourd’hui, toutefois, ce ne sont pas les Scaligeri qui rendent la justice : point de combats ni de massacres sanglants, cette pièce veut avoir l’allure d’un procès.
D’un côté, Alessandro Pavolini, secrétaire en chef du Parti fasciste, prononce un réquisitoire impitoyable avec la vigueur de celui qui croit sauver son pays.
Face à lui, sur le banc des accusés, six hommes jugés d’avance coupables de la destitution de Mussolini et du retournement de l’automne précédent. Giovanni Marinelli, Vénitien et membre de la Grande Loge d’Italie. Emilio De Bono, vieux général de l’Autre guerre et membre fondateur du Parti. Tullio Cianetti, petit syndicaliste affairiste et ancien ministre des sociétés ayant organisé le travail des Italiens en Allemagne. Carlo Pareschi, l’ancien ministre de l’Agriculture et des Forêts, qui se considérait avant tout comme un technicien (il est agronome) et a – avec quelque naïveté ! – sous-estimé le goût des fascistes pour la vengeance [Contre toute attente, Pareschi semble avoir voté l’ordre du jour imposant la destitution de Mussolini sans le prendre au sérieux, persuadé que la totalité du parti en approuvait le contenu. Il aurait même déclaré : « Ce ne sont que des mots, et comme d’habitude cela ne changera rien ! ». Puis il est parti vers le nord en tournée d’inspection, sans réaliser qu’il se jetait dans la gueule du loup…]. Luciano Gottardi, fasciste de la première heure, qui devait tout à son chef mais fut d’une incompétence (voire d’une stupidité) à peine croyable [Lors du vote de destitution, Gottardi vota pour la motion en pensant rendre service à Mussolini, qui serait ainsi déchargé d’une partie de ses trop nombreuses responsabilités ! Par la suite, il rejoignit de lui-même la RSI pour se présenter à Pavolini en demandant à continuer à servir le Duce…]. Enfin, le seul véritable gros poisson : Galeazzo Ciano, gendre du Duce.
Ciano est (paradoxalement ?) traité avec beaucoup d’égards. Il bénéficie d’un régime de détention privilégié. Journaux, cigarettes, vins, visites : tout est accordé à l’ancien ministre, qui en sait beaucoup trop pour qu’on lui donne envie de parler.
Pourtant, Ciano et ses compagnons d’infortune ne sont pas à Vérone en villégiature : en tant que membres du Grand Conseil fasciste ayant voté la déchéance du Duce, ils sont considérés comme traîtres au Parti. Et comme ce sont les seuls sur lesquels Pavolini a pu mettre la main, ils paieront pour tous les autres !
………
Opération Zählen – Les nouveaux amants de Vérone
Prison de Vérone (RSI), cellule n° 27
– Quelles que soient les apparences, le sort du comte Ciano n’est peut-être pas encore totalement tranché. Car même si Hitler a exigé du Duce qu’il fasse « payer les traîtres » de son pays, le Führer s’est gardé d’évoquer le cas de ce gendre si encombrant… Or, les pointures du régime nazi, au premier rang desquelles on trouve Heinrich Himmler et Wilhelm Harster (chef de la Gestapo en Italie), se demandent s’il n’y a pas encore quelque chose à tirer de Ciano. L’homme en sait beaucoup sur les membres de l’appareil fasciste ; il pourrait se révéler utile – sans même parler de ses fameux carnets, sur lesquels beaucoup de monde aimerait mettre la main, tant ils seraient intéressants dans la lutte qui se joue au sommet de l’appareil nazi. Et puis, qui sait s’il ne pourrait pas servir de monnaie d’échange afin de récupérer un ou deux responsables prisonniers des Alliés ? Edda Ciano en a bien évidemment conscience – elle a négocié pied à pied avec les Allemands : la vie de son mari contre ses secrets. Et dans leur grande mansuétude, certains représentants de la race des Seigneurs semblent s’être laissé attendrir…
C’est ainsi que, comme presque tous les jours depuis le début de son incarcération, le comte reçoit en toute intimité la visite d’une certaine Fraulein Felizitas Burkhardt (née Hildegarde Burkhardt), jeune femme brune d’origine prussienne. Cette dernière est familière de la famille Ciano, et pour cause : c’était la traductrice-hôtesse affectée à son service lors de son séjour en résidence surveillée sur le territoire du Reich. Une fleur pour le comte, sinon pour Edda – car Felizitas était déjà bien connue de son mari auparavant ! En effet, c’était la secrétaire de Guido Zimmer, puis d’Helmut Loos, les deux responsables du renseignement allemand à l’ambassade de Rome – et elle avait d’ailleurs fini par remplacer Loos à force de travail.
C’est donc une jeune femme talentueuse, ambitieuse, très sûre d’elle et parlant assurément un italien parfait qui côtoie le comte depuis presque six mois. Evidemment, Ciano n’a aucun doute sur le rôle réel qui lui est dévolu : Fraulein Burkhardt est là avant tout pour l’espionner, lui arracher des confidences ou négocier les informations encore en sa possession, qui pourraient porter un coup fatal à la carrière du détesté Joachim von Ribbentrop. Une éventualité qui serait particulièrement agréable aux supérieurs de Burkhardt – au premier rang desquels on trouve le lieutenant-colonel Wilhelm Höllt (chef des renseignements allemands en Italie), Ernst Kaltenbrunner (patron du Reichssicherheitshauptamt de la SS), et bien sûr Heinrich Himmler. A leurs yeux, rien ne paraît plus facile que d’obtenir ces fameux carnets d’un condamné à mort auquel on promet la vie sauve – l’affaire devrait donc être réglée rapidement et à vil prix.
Toutefois, un aspect spécifique a échappé à ces hiérarques nazis, peu habitués il est vrai à considérer l’humain dans leurs décisions : Felizitas Burkhardt ne se voit absolument pas comme la représentante des seuls intérêts de la SS, mais bien comme une intermédiaire soucieuse aussi de ménager les intérêts du comte… voire plus si affinités. Et affinités, il y a justement – entre les deux personnages, l’attirance et même l’affection sont vite devenues et visibles et réciproques [Après la guerre, Hildegarde Burkhardt (elle avait repris son prénom lors de son mariage), affirmera à de nombreuses reprises n’avoir « jamais été amoureuse de Ciano » – sans forcément convaincre grand-monde.]. Ciano aurait même dit de la jeune femme : « C’est une espionne, mais elle est à moi ». Edda, de son côté, n’ignore rien de cette relation, mais décide de fermer les yeux, pour le bien de son mari. Pour l’instant, elle choisit de ne pas voir la jeune Allemande comme une rivale, mais plutôt comme une alliée précieuse, aussi déterminée qu’elle à sauver l’homme qu’elle aime.
Il a donc fallu offrir davantage que de belles promesses à Ciano. Et si le bel Italien a fini par accepter de céder ses carnets à Höttl, c’est contre un plan d’évasion en bonne et due forme prévoyant son exfiltration vers la Hongrie, avec sa femme et ses trois enfants restés en Allemagne. Dans son esprit, la Transylvanie n’est évidemment que la première étape d’un exil vers l’Espagne ou la Turquie – même si les SS (et Kaltenbrunner en particulier) la considèreraient davantage comme un faux refuge qui leur permettrait par la suite de garder le comte sous la main.
L’évasion est désormais programmée, comme en attestent les lettres aimablement transmises par Fraulein Burkhardt : deux officiers SS en uniformes de la RSI se présenteront à la prison durant la nuit, comme pour récupérer Ciano avant un dernier interrogatoire. Ils l’emmèneront ensuite avec célérité, non pas au siège du gouvernement, mais bien à l’aérodrome, où un avion l’attendra pour le conduire en Hongrie – les Allemands ont déjà conclu un accord avec un grand propriétaire foncier de Transylvanie, qui a accepté d’accueillir l’évadé avec discrétion. De cette cachette, Ciano pourra communiquer à ses libérateurs l’emplacement d’une partie de ses carnets, toujours cachés en Italie et par l’intermédiaire d’Edda. Cette dernière le rejoindra ultérieurement avec les enfants, et tout ce petit monde filera vers la Turquie avant une dernière communication depuis Ankara, contre rémunération.
Cette petite opération a même été baptisée Zählen (“Comte”, en allemand). Elle devrait être fort simple… si chacun reste discret ! Car Ribbentrop ferait évidemment tout pour la faire échouer s’il en avait connaissance – d’ailleurs, Hitler non plus n’est pas au courant… Mais les responsables de la SS sont prêts à courir certains risques, car ils ont été fortement mis en appétit par les quelques carnets dissimulés dans des caches secondaires, que le diplomate italien a déjà révélé à sa correspondante . Et comme Kaltenbrunner a pris grand soin de ne signer de sa main aucun document en rapport direct avec Zählen… Jusqu’ici, donc, tout va bien.

(à suivre, demain)
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Alias



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MessagePosté le: Dim Fév 24, 2019 11:06    Sujet du message: Re: L'affaire Ciano Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Cette petite opération a même été baptisée Zählen (“Comte”, en allemand).


Euh, "Zählen", c'est "compte", pas comte ("Graf", si je ne m'abuse). Et je doute que les Allemands se mettent à faire des jeux de mots franco-germaniques.
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Stéphane "Alias" Gallay -- https://alias.erdorin.org
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demolitiondan



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MessagePosté le: Dim Fév 24, 2019 11:20    Sujet du message: Répondre en citant

Je n'ai trouvé qu'une référence en anglais parlant d''opération Count'. Il n'est pas certain que Graf aurait été jugé assez discret. Dans le doute, je suis donc parti sur Zählen ! Laughing Allez savoir ... En même temps on est dans le milieu diplomatique.
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Archibald



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MessagePosté le: Dim Fév 24, 2019 11:26    Sujet du message: Répondre en citant

Il ne peut pas être mauvais, Zählen... sauf s'il pue de la gueule...
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"Au fond, comme chef de l'État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef ; qu'il y eût un État" (De Gaulle à propos d'Albert Lebrun, 1944).
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"La Meuse, ça ne m'intéresse pas" Gamelin à Corap, mars 1940.
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loic
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MessagePosté le: Dim Fév 24, 2019 14:44    Sujet du message: Répondre en citant

Ca promet !
Au 28 novembre ou au 17 janvier, il faudrait juste rappeler qu'Edda est la fille de Mussolini.
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Fév 24, 2019 15:12    Sujet du message: Répondre en citant

Au 17 janvier :
"la délégation fasciste ne fait pas pour autant bon accueil au gendre de Mussolini"
Cela ne suffit pas ? Wink
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Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
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Anaxagore



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MessagePosté le: Dim Fév 24, 2019 15:42    Sujet du message: Répondre en citant

Vérone... la ville de Roméo et Juliette... visiblement les histoires d'amour s'y terminent de manière bien sanglante. Crying or Very sad
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Fév 25, 2019 10:47    Sujet du message: Répondre en citant

Hé oui, Anaxagore a raison…


20 avril 1943
Le sacrifice de Ciano
Une condamnation pour l’exemple
Prison de Vérone (RSI)
– Après trois jours de débats théâtralement mis en scène, le Tribunal Spécial de Pavolini, constitué de neuf jurés, rend son verdict. Cinq des six accusés (ainsi que les autres membres du Grand Conseil, jugés par contumace) sont condamnés à mort. Seul Tullio Cianetti en réchappe : la cour lui offre gracieusement 30 ans de prison – grâce probablement à la lettre d’excuses qu’il avait envoyée à Mussolini dès le lendemain de sa déchéance, et dans laquelle il indiquait avoir « cru à une manœuvre destinée à mettre à mal la monarchie » [A la fin de la guerre, Cianetti, libéré, quittera immédiatement l’Italie pour s’exiler au Mozambique, où il mourra le 8 avril 1976.]. Le couperet n’est toutefois pas tombé loin : la clémence n’a été votée que par cinq voix contre quatre. Tous les autres ont obtenu le score inverse ! Enfin, quatre des cinq autres, en vérité. Car, ainsi que Pavolini l’annonce dans un grand sourire : « Signore Ciano, à l’unanimité, cette cour vous condamne à la peine de mort par fusillade ! »
Le comte encaisse la nouvelle sans broncher – en vérité, il s’y attendait et semble avoir eu le temps de s’y préparer. Il sait très bien qu’il paie ainsi, tout comme ses comparses, la colère des Allemands qui estiment avoir subi de très fortes pertes depuis la Noël de Sang du fait de la trahison italienne. Bien entendu, les mêmes trouvent parfaitement normales les tueries perpétrées par la Heer ou la SS dans le nord de l’Italie, ainsi que le massacre des prisonniers de l’armée italienne… De plus, il espère toujours s’évader.
………
Opération Graf – Les nouveaux amants de Vérone
Prison de Vérone (RSI), cellule n° 27
– La nuit est déjà fort avancée et rien n’est venu interrompre la détention de Ciano. Le prisonnier montre des signes d’inquiétude manifestes : il y a déjà trois jours que le plan est acté… et sans cesse reporté. Finalement, Fraulein Burkhardt entre dans la cellule pour lui annoncer que « l’opération a été annulée par [sa] hiérarchie ». Le tout sans plus de précision – la pauvre n’en sait guère plus !
A ces mots, Ciano, qui avait survolé les débats de son procès avec la certitude de s’en sortir de toute façon, voit se dessiner brutalement un destin fatal. Il paraît hésiter, considère alternativement sa visiteuse, la porte de sa cellule, la fenêtre donnant sur la cour du château… Il se pince le nez comme pour retenir quelque chose avant de se laisser finalement tomber sur sa chaise et d’allumer nerveusement une cigarette.
Felizitas Burkhardt ne quittera pas “son” Italien avant le matin. Elle dira plus tard que ce fut « la plus terrible nuit de sa vie ». Aussi furieuse qu’Edda, elle finira par admettre que Ciano a été trahi par les Allemands – mais évidemment, sans pouvoir rien y faire.
………
(Très) basses œuvres
Prison de Vérone (RSI)
– En cette nuit décidément fiévreuse, Alessandro Pavolini est un homme fort agacé. Il a en main une lettre de recours en grâce adressée ce matin au Duce par les cinq condamnés de Vérone, dont l’exécution est prévue demain. Ces imbéciles ont tenté cette dernière manœuvre avant leur juste châtiment – encore que ce traître de Ciano ait beaucoup rechigné avant de la signer… Sans doute garde-t-il encore un soupçon de dignité fasciste au fond de son âme.
Bref ! Evidemment, la grâce ne peut qu’être refusée. Mais il faut bien que quelqu’un le notifie officiellement ! Or, le Duce est introuvable (il n’a pas donné son avis mais c’est tout comme) et tous les autres responsables fascistes refusent de se mouiller, prétextant soit d’une autorité insuffisante, soit d’une fatigue soudaine et intense, voire même en affirmant ne pas connaître le dossier ! Quels fumistes… Finalement, Pavolini avise un petit greffier de la cour spéciale, qui a commis l’erreur de rester tard pour profiter de la cuisine du château. Ni une, ni deux : le secrétaire du Parti fasciste écrase le document sur l’assiette du malheureux et lui ordonne de le signer sans poser de question. Terrorisé, le malheureux s’exécute, sans réaliser qu’il vient (très théoriquement) de confirmer la condamnation à mort de cinq personnes… Mais que Pavolini se rassure : l’Histoire ne s’y trompera pas, et saura le retrouver.


21 avril 1943
Le sacrifice de Ciano
Une exécution pour l’exemple
Fort de Procolo (RSI)
– Le jour vient de se lever sur l’ancienne place-forte autrichienne. Les cinq condamnés sont descendus de leurs camions, pour découvrir le théâtre de leur fin : cinq chaises disposées dos au peloton d’exécution. On les y attache – ils semblent prendre la chose avec dignité. Ciano a même encore une cigarette aux lèvres et il n’a pas besoin qu’on le guide pour prendre sa place – la dernière de la ligne.
Une fois les condamnés sanglés, Pavolini prend la parole pour un court rappel des faits reprochés et des attendus de la cour, sans que personne paraisse s’en soucier : les condamnés lui tournent le dos (forcément !) et ce n’est pas le problème des membres du peloton, qui semblent plutôt inquiets qu’on ne les ait dotés que de fusils de chasse. Seul le technicien allemand envoyé par la Propaganda Staffel pour filmer la scène [Le film sera retrouvé après la guerre par Renzo De Felice. Il se trouve aujourd’hui aux Archives nationales de Rome.] porte son attention sur lui. Puis l’officier prend le relais : « Prestiti ! Di mira ! Spara ! »
Emilio De Bono, en bon militaire, avait demandé à passer en premier : il s’effondre sur sa chaise. Mais sa position assise, de dos, a gêné les tireurs, qui n’ont pas su atteindre les organes vitaux : le malheureux n’est pas tué sur le coup, il gémit ! L’officier sort son pistolet et s’avance pour lui tirer une, non, deux balles dans la nuque.
L’opération se répète par trois fois, funeste et fastidieuse. C’est au tour de Luciano Gottardi. « Prestiti ! Di mira ! Spara ! » Une salve, puis deux coups retentissent à nouveau dans l’enceinte. A sa place, Ciano semble s’agacer, tapant du pied comme pour faire osciller sa chaise. Giovanni Marinelli : « Prestiti ! Di mira ! Spara ! » Carlo Pareschi : « Prestiti ! Di mira ! Spara ! » La sinistre besogne se poursuit. Finalement, l’attention de tous se reporte vers le comte, dont la chaise semble avoir bougé… De fait, elle est à présent de profil par rapport aux soldats ! L’officier paraît décontenancé : que faire ? Le remettre de force dos à ses hommes ?
Mieux vaut en finir tout de suite. La chaise est maintenant presque de trois-quarts face aux tireurs. Prestiti ! Le peloton se hâte, comme pour ne pas laisser le temps à leur victime de les regarder dans les yeux. Di mira ! Une voix forte, digne, désespérée, se fait alors entendre : « Viva Italia ! » Spara ! Une salve, un court silence, deux coups “de grâce” puis le silence retombe enfin au milieu des pierres de la vieille forteresse.
………
Un Romain selon Hitler
Berlin
– Dans le Führerbunker, c’est bientôt l’heure de passer à table. Heinrich Himmler est passé voir son Guide suprême, afin de s’excuser personnellement des « initiatives malheureuses » de ses subordonnés et autres hommes de Kaltenbrunner en Italie. Hitler prend cinq minutes, pas davantage, pour classer le dossier. Il déclare doctement : « Je n’avais pas été informé de cette opération Graf, et je ne l’aurais certainement pas approuvée si cela avait été le cas ! J’ai donc dû la stopper au dernier moment, moi, le Führer ! Alors que j’ai tant à faire pour sauver l’Europe du bolchevisme et de la juiverie ! C’est inadmissible, les relations avec l’Italie sont vitales en ces heures critiques ! » Excuses confuses, promesse de sanctions… Le Führer paraît enfin s’apaiser… un peu : « Je l’avais déjà dit à votre SS-Obergruppenführer Karl Wolff : si je n’ai pas donné d’instructions concernant Ciano, c’était dé-li-bé-ré ! Je voulais voir si nous pouvions toujours compter sur Mussolini, si la trahison ne l’avait pas amolli. En tant que camarades et du point de vue allemand, il nous faut rester inflexibles : Ciano est une affaire purement italienne et sa mort une preuve de fidélité ! »
Un silence, tout est dit – Hitler conclut : « Ciano est mort, j’en suis satisfait. Mussolini reste bien un Romain. Mais je ne suis pas content de l’attitude de vos services, Himmler – il est heureux que Ribbentrop ait eu vent de ce qui se tramait ! » Une confidence dûment notée par le SS-Reichsführer… lequel va poursuivre sa lutte au sommet, mais note d’avoir à l’occasion une petite conversation avec Kaltenbrunner et Wolff…
………
Ah, quel malheur d’avoir eu un gendre…
Siège de la RSI (Vérone) – Seul à son dérisoire ouvrage, Benito Mussolini prend lui aussi cinq minutes pour considérer les événements de ce matin. Cette guerre me coûte décidément fort cher – même ma propre famille ! pense un instant il Duce, sans égard pour les milliers de malheureux qu’il a envoyés à la mort face à l’ennemi depuis juin 1940.
Pauvre Edda, qui n’a rien compris. Si lui, le Duce, n’a pas gracié Ciano, ce n’est pas qu’il ne le voulait pas, mais qu’il ne le pouvait pas. Qu’en aurait dit Hitler, qui lui a sauvé la vie il y a six mois à peine ? Toute cette affaire était évidemment un test pour juger de sa détermination. Car, pour que l’Italie fasciste survive, il lui faut serrer les rangs, assister l’Allemagne, lui prouver sa fidélité… comme toute nation grande, forte et indépendante le ferait. Ne l’avait-il pas subtilement demandé au général SS Karl Wolff l’autre jour ? « Si je graciais mon gendre, le Führer le comprendrait-il mal ? » La réponse du SS avait été fort simple : « Sûrement oui, Duce. »
Le dictateur avait donc considéré que le peu de crédibilité qui lui restait, à lui comme à la RSI, valait plus que la vie de Ciano – lequel avait tout de même un peu provoqué son sort ! Par ailleurs, à la réflexion, Mussolini ne peut s’empêcher d’éprouver un peu d’admiration pour son gendre défunt : on le lui a décrit s’avançant vers la Mort avec fierté, mains dans les poches et sourire aux lèvres, pour s’assoir de lui-même sur la chaise fatidique. Sans même parler de son petit coup de théâtre – son exclamation finale…
Oui, paradoxalement, l’homme était un véritable Italien, et le Duce est heureux de l’avoir côtoyé toutes ces années. Il lui manquera assurément. Et Mussolini de retourner au travail, sans voir que les laisses les plus serrées sont celles que l’on se met de bon gré. Car l’estime d’Hitler, dans le fond, c’est bien tout ce qui lui reste…
………
Les paroles s’envolent, les écrits restent
Région de Parme (RSI)
– Sitôt la mort du comte confirmée, le tenente Emilio Pucci [Lieutenant dans l’ancienne Regia Aeronautica, il s’agit du futur grand styliste de la mode.], principal confident et ami d’Edda, emmène discrètement la veuve vers une petite clinique de Ramiola, où il avait caché les précieux carnets de Ciano après leur fuite de Rome. Ils y sont rapidement rejoints par… Fraulein Burkhardt, dont les amis de la Gestapo n’ont pas reçu d’instructions les concernant. Que faire ? Tous conviennent que, pour la jeune Italienne (elle n’a que 33 ans), l’air de la RSI risque rapidement de devenir nocif – après tout, les cahiers ont encore une valeur !
La Suisse est le refuge le plus crédible, et les montagnes fournissent encore de nombreux points où il n’est pas trop difficile de traverser la frontière. On grime Edda en paysanne… une riche paysanne néanmoins, car elle porte un baluchon enveloppant une superbe fourrure dont les poches sont pleines de bijoux. Avant de partir, la comtesse prend le temps d’écrire une lettre à sa mère, Donna Rachele, lettre qu’elle envisage d’envoyer une fois en sécurité. Quant aux carnets du feu comte, impossible de tous les emporter : on choisit les quatre derniers, couvrant toute la période du conflit, qui seront cousus dans la jupe d’Edda. Ainsi équipée, la veuve va tenter d’atteindre le territoire de la Confédération depuis le lac de Garde, pour mieux disparaître aux yeux de l’Axe…
………
« Malgré les trésors d’ingéniosité et de ruse déployée par ses anciens amis, il fallut longtemps pour que les carnets de Ciano connaissent une notoriété aussi soudaine que méritée, donnant ainsi sur leur rédacteur un éclairage sensiblement différent de celui offert par l’histoire immédiate, davantage préoccupée il est vrai par la condamnation que par la compréhension.
Avant d’évoquer l’histoire de ces documents, parlons donc de l’auteur. Ciano était-il un intrigant fasciste ayant largement profité de son statut privilégié à Rome ? Absolument. Fut-il un martyr de la Résistance italienne, comme certains révisionnistes tentent de le faire accroire ? Non, clairement. Fut-il un individu à la fois intelligent et lucide sur la situation de son pays, disposant d’un observatoire de premier plan au gouvernement italien ? A l’évidence, oui ! C’est ce qui fait la valeur de son témoignage, aujourd’hui comme à l’époque de sa disparition.
Car si les carnets de Ciano sont une source qu’il convient évidemment de prendre avec précautions – ils furent rédigés pendant le conflit, et leur existence était parfaitement connue de Mussolini – ils n’en restent pas moins un témoignage éclairant, voire effarant sur l’amateurisme complet qui régna à Rome entre 1939 et 1943. Ainsi, comment ne pas être sidéré au récit de cette réunion avec le maréchal Badoglio, qui annonce triomphalement à son auditoire la production de 4 000 chars par an pour la guerre en Grèce ? Contredit par le comte, le militaire convient simplement d’une erreur et raye « alla mano » le chiffre en question, pour le remplacer par un plus modeste 2 000 ! « Un rabais digne d’un commerçant juif ! » conclut Ciano dans son journal. On comprend mieux pourquoi ces documents ont suscité autant de convoitise, ou parfois de crainte, de par les secrets qu’ils renferment, l’ambiance byzantine qu’ils décrivent et la critique constante et méticuleuse d’une politique étrangère alignée sur l’Allemagne mais ne bénéficiant en rien à l’Italie.
Le lecteur refermera donc sans doute ces carnets avec une juste impression d’écœurement – encore aggravée par la certitude que leur auteur s’abstint assurément de raconter de nombreux événements trop graves de peur que cela lui soit reproché un jour. Meilleurs critiques de l’aventure mussolinienne car internes à cette dernière, les carnets de Ciano confirment que décidément, à de nombreux égards, le régime fasciste italien était aussi bouffon que tragique – il suffisait de visionner Amarcord de Fellini pour s’en convaincre.
Ces points éclaircis, revenons au périple des carnets, passé ce funeste jour d’avril 1943. Comme chacun le sait, Edda Ciano née Mussolini réussit à atteindre le district de Monthley, dans le Valais, quoique dans un état de santé rendu préoccupant par une marche longue et difficile à travers les montagnes. Soignée à l’hôpital de Malévoz par des Suisses des plus méfiants, elle passe sa convalescence à Champéry (une station de ski) avant d’être internée dans un couvent situé non loin de là. Elle reçut dans ce couvent la visite du correspondant de guerre américain Paul Ghali (Chicago Daily News), qui organisa les premières publications d’extraits des Carnets, mais dans un but de propagande et, bien évidemment, sans les replacer dans leur cadre historique. Les fameux documents furent alors saisis par l’administration américaine, qui les envoya à Washington D.C. pour étude et microfilmage, avant de les rendre au nouveau gouvernement républicain italien. Là, ils disparurent dans les archives pendant de longues années, oubliés de tous jusqu’à leur nouvelle publication, à Londres, en 2002, par les éditions Bantam, à Londres, sous la direction de Malcolm Muggerridge. Vous tenez entre vos mains la première traduction française de cette source, retouchée mais inestimable pour la compréhension des années noires de l’Italie.
Le comte Ciano aura bientôt la parole – il ne m’en voudra toutefois sûrement pas d’éclairer une dernière fois le lecteur sur le destin des deux femmes qui ont permis que ses écrits traversent le temps.
D’abord, Edda Ciano. Expulsée de Suisse quatre mois après la capitulation de l’Axe, elle est arrêtée par le nouveau gouvernement italien et condamnée à deux années de prison, qu’elle purge partiellement sur l’ile de Lipari. Amnistiée sitôt purgée la moitié de sa peine par le ministre de la Justice Palmiro Togliatti, Edda est libérée en 1946 et retrouvera enfin ses enfants, dont elle était séparée depuis trois ans. Bénéficiant toujours d’un patrimoine personnel plus que confortable, elle mène alors une vie mondaine entre sa villa à Capri et sa maison romaine, recevant beaucoup et niant avec la dernière fermeté toute implication dans le régime fasciste de son père. Pour ce faire, elle n’hésitera d’ailleurs pas à mettre en avant sa liaison contemporaine avec un responsable communiste italien ! En 1975, elle publiera ses mémoires sous le titre La mia testimonianza (Mon Témoignage) : un document plus travaillé mais non moins précieux que les carnets de feu son époux pour qui étudie cette période de l’Histoire. Sept ans plus tard, Edda Ciano prêtera également son concours à une série d’interviews intitulés Tutti gli uomini del Duce (Tous les hommes [et femmes…] du Duce), tournée à la villa Torlonia, ancienne résidence de Mussolini. Son entretien, le quatrième de la série, s’intitulera Mon père, mon amour – elle évitera toutefois avec soin les sujets politiques pour se concentrer sur les aspects plus personnels de la vie du dictateur. En conclusion de l’entretien, Edda déclarera avoir pardonné à son père la mort de Ciano, et rappellera les derniers mots – un peu rudes – que sa mère avait eus à son encontre : « Tu as défendu ton homme, j’ai défendu le mien ». Décédée à Rome le 9 avril 1995, elle repose désormais à Livourne, au cimetière de la Purification, à côté de son mari.
Hildegard Burkhardt, quant à elle, épousera trois mois après l’exécution de Ciano le colonel Gerhard Beetz, de l’état-major général de la Heer. Evacuée d’Italie comme tout le personnel féminin et non essentiel durant l’hiver 1943-44, Hildegard Beetz rejoindra Berlin et continuera à collaborer avec Wilhelm Höttl aux renseignements militaires jusqu’à la fin de la guerre. Durant cette période, elle trouvera l’occasion de se plaindre auprès de son supérieur, Ernst Kaltenbrunner, de son incapacité à tenir ses promesses – ce dernier la rappellera alors subtilement et à sa condition et à son grade en lui faisant porter un petit bouquet de roses ! Craignant que son statut relativement élevé dans la hiérarchie du renseignement nazi porte tort à sa famille, Frau Beetz envisagera de se suicider à la capitulation allemande. Mais elle n’en aura pas besoin d’en venir à pareille extrémité : recrutée dès 1945 par l’administration militaire américaine, elle divorcera en 1946 et deviendra Hildegard Blum (sic !), nom de code Gambit, officiellement secrétaire de l’Agence pour l’Emploi, mais en réalité chargée de démasquer les agents soviétiques opérant en Allemagne de l’Ouest. Frau Blum travaillera pour l’OSS puis la CIA pendant de nombreuses années, se remariant en 1951 avec Herr Heinz Purwin (un journaliste syndicaliste), lequel la convainquit finalement de devenir journaliste politique et correspondante du Neue Ruhr Zeitung. Elle y passera le reste de sa carrière, devenue une véritable institution, respectée de ses pairs et très proche des chanceliers Brandt et Schmidt. Décédée en 2010, ses mémoires restent à publier – ainsi qu’un certain nombre de documents de ses “années Felizitas” qui intéresseraient fort les historiens ! Preuve s’il en fallait que, près de 70 ans après les événements de Vérone, il reste encore beaucoup de choses à découvrir pour celui qui saura où chercher. »

(Préface de Robert Stan Pratsky à la réédition des carnets de Ciano, Le Club éd., 2013)
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MessagePosté le: Lun Fév 25, 2019 11:08    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
omme chacun le sait, Edda Ciano née Mussolini réussit à atteindre le district de Monthley, dans le Valais,


À moins d'une homonymie que j'ignore, c'est plus probablement Monthey (sans le L). Qui, au passage, est la ville dont est originaire ma famille du côté paternel.

Champéry était reliée à Monthey via un chemin de fer à voie étroite (la ligne MCM, Mothey-Champéry-Morgins, devenue AOMC en 1946). L'hôpital de Malévoz (aujourd'hui pôle psychiâtrique) est d'ailleurs à Monthey.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Fév 25, 2019 11:10    Sujet du message: Répondre en citant

Désolé pour la faute de frappe !
J'en profite pour préciser que je tiens compte scrupuleusement de tous ces rectificatifs, même si je ne le précise pas toujours.
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MessagePosté le: Lun Fév 25, 2019 11:15    Sujet du message: Répondre en citant

Vous êtes à Vérone, la belle Vérone
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Bien sûrs nos jardins sont fleuris
Bien sûr nos femmes sont belles et puis
C'est comme un paradis sur terre
Mais nos âmes sont en enfer
Vous êtes à Vérone

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MessagePosté le: Lun Fév 25, 2019 12:46    Sujet du message: Répondre en citant

il est pas triste non plus celui-ci.....

https://fr.wikipedia.org/wiki/Achille_Starace
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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Fév 25, 2019 12:57    Sujet du message: Répondre en citant

Les Nazis croyaient être dans un opéra Wagnerien... au mieux, ils étaient les acteurs d'une opérette. L'opéra italien fasciste, c'est pas mieux... Ciano et Starace pourraient jouer dans la comedia del'arte... Ciano en séducteur un peu ridicule et Starace en Arlequin, je laisse à votre imagination le rôle de Duce... (moi je le vois en Matamore ridicule, se prenant les pieds dans son sabre en cherchant à prendre une pose qu'il croit impressionnante).

Le plus tragique c'est que ces idéologies de carton pâte, absolument ridicules aient tué autant de monde... et continuent à être idolâtrées par une fange d'extrême-droite qui profane les cimetières juifs...
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bolero1000



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MessagePosté le: Lun Fév 25, 2019 13:59    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Casus Frankie a écrit:

« Prestiti ! Di mira ! Spara ! »


Plotone, attenti! Caricare! Puntare! Fuoco!

Casus Frankie a écrit:

Contredit par le comte, le militaire convient simplement d’une erreur et raye « alla mano »

Mieux "a mano" ou "a penna" (= stylo)

Ciaooooooooo,
Luciano
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demolitiondan



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MessagePosté le: Lun Fév 25, 2019 14:18    Sujet du message: Répondre en citant

J'espérais bien qu'il y ait un italophone pour me corriger - merci beaucoup !!!!! Cool
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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