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1940 - La France continue la guerre
 
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Avril 1944, la 2e Campagne de France
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Nov 22, 2018 19:22    Sujet du message: Répondre en citant

Le premier début de ce qui suit est en page 15. Ensuite, il y a des tas d'échanges sur des sujets pas vraiment vraiment cohérents… J'ai donc décidé de reposter le début (que j'enlève de la page 15).


Pour couronner cette chronique d'Avril, le début d'un gros "Houps" en trois épisodes. Cool


Mariages de guerre

Ça pourrait commencer comme ça…
27 avril 1944 – Sur le terrain

Une pièce intacte – y’en a – dans une ferme ruinée.
Une table, pas du tout bancale – y’en a aussi. Un “tripate” alimenté au bois d’œuvre. Une pile de chevrons, planches et poutres aux dimensions ad hoc.
Des stalagmites de papiers. Une lampe-tempête, son rond de lumière jaunâtre laissant dans l’ombre les murs lézardés à la peinture écaillée. Un quart de café froid (odeur dézinguée par celle de la lampe). Encore des formulaires. Un truc informe sous des pièces d’uniforme. Et un rectangle de carton que l’occupant des lieux tapote machinalement sur un bordereau évidemment importantissime.
La porte ne jointe guère, aussi est-elle doublée, vers l’extérieur, d’une toile de tente que le vent fait claquer régulièrement contre les planches. A force, ça tape aussi sur le système.
………
Martinez ne décolérait pas. Le temps s’était mis à la pluie – d’où la porte fermée et la toile – et sa cheville ne voulait rien savoir.
« Jolie petite entorse, avait dit Dermeyer (toujours se méfier de tout diagnostic que le spécialiste accompagne de “joli”, “beau” ou autre appréciation valorisante). Evitez de forcer dessus… » Profitant de l’aubaine, Tisane lui avait refilé tous ces papelards, vu qu’il ne pouvait plus que béquiller lamentablement et qu’il n’était bon à rien d’autre.
Le café était froid, la lampe puait, et il chopait mal à la tête…
« Salut la classe !
Dis voir, je suis un peu dans la merde.
T’aurais pas une perm’, qu’on se voye tranquille ?
Maurice.
PS – On m’a muté. Voilà ma nouvelle crèche : (…) »

Et m… ! Pourquoi pas ?
………
– Une permission, lieutenant ? En ce moment ?
– Oui, mon capitaine.
– Ce n’est pas pour aller voir votre vieille mère, au moins ?
– Euh, non, mon capitaine. Un pote. Et puis, avec ça, à quoi j’suis bon ?

Il pointa sa cheville du bout de sa béquille : « J’ai jamais réclamé de faveur, mon capitaine… »
– Mouais. C’est surtout que vous êtes à cran. Bon. Tant pis pour moi. D’accord. Allez faire ribote dans les bars de Marseille ! Mais ne faites pas de conneries, hein ? Enfin, pas trop. Et n’espérez pas que votre complice Jacob vous accompagne !
– Marseille ? Oh, non, mon capitaine, pas Marseille…


Ou alors, ça pourrait commencer comme ça…
Souvenirs du (alors) capitaine Georges Valentin (GC I/6).

« Ce matin-là, j’avais choisi comme numéro deux un nouveau, le sergent François Pignon. Il était avec nous depuis peu, et n’avait effectué que quelques vols d’accoutumance entre le continent et la Corse. Il “en voulait” et, pour montrer qu’il savait piloter, n’avait pas hésité à survoler le terrain au ras des toits des hangars, sur le dos. Un sacré ramdam ! Pas seulement motorisé. Bref, un chien fou, que personne ne désirait avoir avec lui. C’est pour cela que je l’avais pris sous mon aile.
La météo n’était pas terrible et, du côté du Jura, nous nous sommes heurtés à une formation mixte de Gustav et de 190. Le sergent François Pignon s’est remarquablement bien comporté, et m’a suivi au mieux tout au long de cette empoignade, qui s’est soldée, si je me souviens bien, par un match nul : des deux côtés on a bien fait voler du plomb, mais chacun craignait plus la collision dans la purée de pois que de se faire tirer dessus. C’est le niveau des jauges qui a sifflé la fin de la récréation.
Tout le monde a répondu présent à mes appels, mais en sortant de mon cumulus, je n’ai plus vu personne : il fallait leur laisser le temps de rallier. J’ai entamé un 360, histoire de tenter de me repérer, de les repérer ou de repérer un de nos “amis”.
C’est ainsi que j’ai vu arriver dans mes deux heures un des nôtres, à peu près à mon altitude, puis, en bas, dans une trouée, j’en ai aperçu un autre, qui suivait une route perpendiculaire à la mienne. A ce moment-là, j’ai entendu sur notre fréquence : « 190 en bas ! J’attaque ! »
Malgré les parasites, j’ai reconnu la voix de Pignon, et surtout, j’ai vu le second Mustang plonger. C’était celui de Pignon, évidemment ! J’ai immédiatement basculé sur l’aile, sûr et certain que notre bleu tout feu tout flamme allait tomber dans l’un des pièges favoris de nos adversaires. J’ai vu que le premier Mustang – j’ai reconnu celui de Félix Brunet, du II/6 – se plaçait pour me couvrir.
J’ai traversé une autre petite formation nuageuse, pour apercevoir devant moi l’appareil de Pignon, qui gagnait sur trois 190 filant sud-est. Le premier était noir, alors que les deux autres arboraient le camouflage standard de la Luftwaffe. Je n’en croyais pas mes yeux : c’était la chance du débutant ! Et une faute impardonnable de la part du leader des Focke-Wulf ! Les ayant rattrapés, il avait réduit sa vitesse et se mettait dans leur queue. Il pouvait en descendre deux avant qu’ils aient le temps de réagir !
Hélas, Pignon était un bleu. Il a tiré de trop loin ! Il a mouché le dernier, mais les deux autres ont dégagé chacun d’un côté. Heureusement, avec la vitesse acquise, j’étais arrivé à portée. J’ai tiré le second, avec une déflexion maximum, et j’ai eu le bonheur de le toucher. Il a filé sans demander son reste.
Pour le leader, ça a été plus coton : tandis que Pignon cherchait où il était passé, l’autre a surgi de nulle part pour le poivrer en beauté. Heureusement, Brunet s’est pointé au bon moment !
Et d’un seul coup, il n’y a plus eu que nous. Un rapide échange radio m’apprit que le reste du groupe rentrait au bercail. Pour Brunet et moi, tout était OK, mais pour Pignon, il en était autrement. Son moteur donnait des signes de faiblesse, et il a fini par m’avouer qu’il avait pris un coup dans l’épaule droite. Volant à sa hauteur, je voyais distinctement les dégâts. Il y avait peu de chance pour qu’il revienne entier à bon port.
J’ai reconnu que nous survolions Grenoble – un coin un poil trop encaissé à mon goût. Le contrôleur m’a donné les coordonnées d’un terrain de secours, pas trop loin, si on pouvait éviter les sommets, plutôt nombreux dans le secteur. Les nuages ont eu le bon goût de ne pas descendre trop bas et le moteur de Pignon a bien voulu tenir le coup.
C’est en survolant Gap qu’on s’est fait tirer dessus. Et par les nôtres ! Soit les artilleurs étaient bigleux, soit ils avaient eu de la visite – peut-être le trio de tout à l’heure – et ça les avait rendus nerveux, mais je me suis promis qu’ils allaient entendre parler de moi !
Pas de quoi rassurer Pignon, qui était en train de perdre les pédales, jauge quasiment à zéro. Heureusement, la Durance était bien reconnaissable, ça m’a été d’une sacrée aide pour le récupérer.
Voir le terrain lui a redonné un peu de cœur. Mais il n’aurait pas fallu aller plus loin : il a manqué d’un cheveu une petite colline en bord de piste, avant de tracer un joli sillon dans la pierraille du coin.
J’ai refait un passage pour constater qu’on s’occupait de lui : il y avait du monde, et deux véhicules qui arrivaient. Et l’oiseau n’a pas pris feu ! La chance du débutant, finalement. »


Ou bien encore ainsi…
Ce fameux jour…

« Ce jour-là, je m’en souviens comme si c’était hier. J’allais fêter mes dix-huit ans le dimanche suivant, mais pour l’instant, ce qui m’intéressait le plus, c’est que ma mère m’envoyait porter son déjeuner à mon grand-père. Ça peut vous paraître futile, mais pour moi, c’était un vrai cadeau : imaginez, il gardait ses brebis – le peu qui lui restait, sept ou huit bêtes, plus toutes jeunes – tout près de l’aérodrome ! Presque sur les pistes, en fait. Là où il y avait de l’herbe, quoi.
Mieux qu’un garçon, j’adorais traîner dans le coin, mais, étant une fille, il me fallait une bonne raison. Les bêtes étaient ravies d’être dehors, l’herbe était toute neuve. Autant que je me souvienne, il ne faisait pas un temps extraordinaire. On s’était mis à l’abri d’un pin, au pied d’un petit serre
[Nom donné dans le sud de la France à une colline étroite et allongée], les hangars semblaient à portée de main. Ce n’était pas un grand aérodrome, vous savez. Il n’y avait pas affluence ! Je me rappelle qu’on voyait passer plus de camions sur la route que d’avions dans le ciel.
Je crois qu’il y avait souvent – enfin, souvent…peut-être une fois par semaine, et je n’étais pas là tous les jours ! – des avions de liaison, comme ils disaient. Des petits appareils, on aurait dit des moucherons, hauts sur pattes. Pas gracieux, mais… eh bien, en les voyant, je me disais que ça devait être passionnant de faire comme ça des sauts de puce, de voir les champs d’en haut. Et le village. Et la maison. Et la Durance.
Une fois, j’ai eu de la chance : c’est un petit bimoteur qui s’est posé ! En plus, je l’ai su plus tard, c’est une femme qui pilotait. Elle venait chercher un blessé, je crois. Elle est repartie peu après. Je crois que les moteurs ont tourné tout le temps. Ça changeait des autres !
Et aussi, mais les deux fois, j’étais ailleurs, ce sont des appareils militaires qui se sont posés ! Là, j’ai eu la permission d’aller les voir, plus tard. On pouvait s’approcher, les soldats qui les gardaient n’étaient pas méchants. On pouvait même toucher. Moi, j’aurais voulu grimper sur une aile… Je me rappelle que l’un était américain. Il avait ces grosses étoiles blanches sur fond bleu foncé, vous savez. Et il n’était pas peint. Sauf sur le nez, une fille qui n’était vêtue que d’un petit bout de tissu qui flottait derrière elle. Les garçons, ça les faisait ricaner. Moi, je crois que je suis devenue toute rouge. Depuis… Mais ça, le soir, je ne l’ai pas raconté à ma mère. Et encore moins à mon père ! On m’aurait interdit d’y retourner !
L’autre appareil ? Je ne m’en souviens pas bien. Je crois qu’il est resté là un moment, puis on lui a démonté les ailes et on l’a mis sur un camion.
Ah ! Ce fameux jour…
Donc, on déjeunait au pied du serre. Enfin, Grand-père déjeunait. Il devait boire son canon de rouge. Moi, c’était déjà fait. Le déjeuner, je veux dire. Il devait encore rouspéter, en patois bien sûr, contre les camions, qui faisaient tourner le lait des bêtes. Ou il soliloquait sur les soldats. Lui qui avait vécu avec le souvenir des uniformes de l’Empire, le bleu horizon, ça ne lui avait pas plu. Alors, le kaki… Remarquez, à la maison, Papa n’arrêtait pas de dire que si le Maréchal n’était pas mort, bien des choses seraient allées autrement. Bref…
Tout d’un coup, nos bêtes se sont égaillées de tous côtés, puis on a entendu le bruit, mais les avions étaient déjà au-dessus de nous, le serre avait masqué leur approche. Je me souviens très bien du premier : il est passé si bas qu’il a secoué le pin. Il était tout noir dessous. Et en voyant que l’hélice ne tournait pas, j’ai pensé « Mon Dieu… » et presque tout de suite, il a plongé vers le sol. Ça a fait un bruit effroyable. Le pire, c’est que j’ai d’abord pensé à la chienne. La pauvre, elle a eu si peur qu’elle s’est sauvée comme une folle en jappant lamentablement. Elle est rentrée droit à la maison !
En même temps, je courais vers l’avion. Le cockpit était ouvert, ça sentait l’essence, le métal craquait… Des soldats étaient en train d’en extraire le pilote. Ça criait de partout. Je ne sais plus s’il y avait de la fumée. De la poussière, peut-être. En tout cas, il ne brûlait pas, je m’en serais aperçue ! J’ai grimpé sur l’aile, de l’autre côté, pour voir. Il y avait du sang. Il y avait des manettes. Des bretelles tachées de sang. Des cadrans partout ! Et une photo, coincée au-dessus d’un cadran. Le sang, ça ne me faisait rien : chez nous, on tuait le cochon… Enfin, quand on en avait un, à cette époque. J’ai pris la photo, le portrait d’une jeune fille. Il devait y tenir, pour qu’elle soit là.
Les soldats m’ont vue. Ils m’ont crié dessus. Il y en a un qui est monté de mon côté, il m’a dit – ça, je m’en souviens très bien – « Qu’est-ce tu fous là, bon Dieu ! » et il m’a poussée, fort ! Heureusement, j’étais dégourdie, j’ai sauté.
Monter sur l’avion, je ne m’en suis pas vantée ! Grand-père n’a rien dit : il était stupéfait, et après, trop préoccupé par les bêtes. On a eu un mal fou à les récupérer, heureusement, il y en avait à peine une dizaine ! Et la chienne ! Et mes parents sont arrivés tout remués : ils avaient bien compris où l’avion était tombé ! Et comme la chienne était rentrée seule… Tombé, hein, pas posé, l’avion ! Après, j’ai appris un autre mot : vautré.
L’autre avion ? Il est repassé presque aussi bas, puis il est parti… »


Ou alors comme ça…
Accident de la voie publique

Le sergent Benoist descendit du camion quasiment en marche. Il fut soulagé de voir que la cycliste était indemne.
– Ben alors, ma p’tite da… mademoiselle… Vous voulez vous faire écraser, ou quoi ?
– Je ne comprends pas… c’est ce caillou…
– Dites, c’est que c’est pas passé loin ! Vous n’avez rien ? Sûr ?
– Non, non… Mais pfiou… j’ai eu peur… j’en ai encore le cœur tout retourné…

Elle avait plaqué la main sur sa poitrine.
– C’est vrai que vous êtes bien pâle ! Ça va ? Sûr ?
– Faut que je me remette, mais… Ça va… Ça va aller… Oh ! Et mon vélo ?

Le sergent redressait la bécane. Il fit jouer les pédales, lança la roue avant de la main, se plaça de face, et décréta : « Même pas voilée ! Par contre, le cageot… »
– Les œufs ! Mes œufs !

La cycliste souleva un petit sac de toile pour constater que la fragile cargaison n’avait subi aucun dommage. Elle poussa un ouf ! de soulagement et s’assit brutalement sur le bas-côté.
– C’est vraiment votre jour de chance ! Dites-voir, où c’que vous alliez, comme ça ?
– Eh bien, j’allais à Gap, tiens… Les œufs sont pour ma tante…
– A Gap ? Avec encore les deux côtes à avaler ? Comme vous êtes, là ? Mmm… Mo’! Ho, Mo’ ! Descends !

La portière côté conducteur claqua et un deuxième quidam parut.
– On va mettre le cl… la bicyclette de la demoiselle là derrière. Tu lui laisses la place. Tenez, montez, mamzelle. Ben oui, y’a une marche. Allez, Mo’, grimpe ! Et attrape la Peugeot de la demoiselle… là, c’est bon… ça y est-y ? Z’avez vot’ paquet ? Y’a tout ? On y va…
Le camion n’avait pas parcouru trois cents mètres que le sergent, qui avait horreur du silence, entonnait à pleine voix :
« J’ai laissé tomber mon mégot
dans les lentilles
crie le mendigot
dans ses guenilles.
Je m’ vois pas trier tout le tas
qui fume !
Ah ! Le voilà, je l’aperçois
dans l’écume… »
La jeune fille se mit à rire.
– Qu’est-ce qui vous fait rire ?
– Je ne connaissais pas cette version….
– Dommage, vous auriez pu m’apprendre la suite. Qu’est-ce que c’est, les herbes, là ? C’est pour les lapins ? Elle a des lapins, la tata ?

C’était une façon comme une autre d’amorcer la discussion. Benoist comprit très vite que question ravito, de ce côté-là, c’était la dèche. Il n’en offrit pas moins trois boîtes de son sempiternel jus d’ananas à la p’tite gonzesse, plus une tablette de chocolat, car la tata semblait détenir un trésor, à savoir, sous les combles de son immeuble, trois pièces qui avaient subi un début d’aménagement “avant”.
Mais fallait sans doute jouer fin.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Nov 22, 2018 19:37    Sujet du message: Répondre en citant

Voilà pour les débuts. Pour les suites, ça pourrait donner ça…
Un pilote au couvent

Le voyage en camion lui avait fait gagner un temps considérable. Yolande y vit un signe du Destin. Tante Honorine et elle avaient partagé une bonne salade de pissenlits, avec deux œufs durs, et elle prétexta une course en ville pour sa mère pour s’éclipser, ce qui n’était pas faux, elle avait des tickets de tissu. De la place à l’hôpital, il n’y avait qu’un pas. Par contre, pour trouver ce qu’elle cherchait dans le dédale des couloirs…
N’ayant pas sa langue dans sa poche, elle finit par apprendre qu’il lui fallait se rendre à la Providence. C’était tout près.
L’atmosphère du couvent était encore plus feutrée que celle de l’hôpital, avec moins de relents d’éther et d’infirmières affairées. Les sœurs passaient en devisant à voix basse, et il ne fallut guère de temps avant que l’on s’inquiète de sa présence.
– Je cherche un blessé. Un pilote. A l’hôpital, on m’a dit qu’il devait être chez vous…
– Savez-vous son nom, ma fille ?
– Hélas, non, ma mère. Je sais qu’il est pilote, et qu’il a été blessé à l’épaule, il y a de ça… trois jours. Je dois lui remettre des effets personnels. C’est important… pour lui, m’a-t-on dit.

Et elle ne rougit même pas en proférant ce semi-mensonge !
– Blessé à l’épaule ? Il doit pouvoir marcher, alors. Si ce n’est pas l’heure des soins, il doit être dans le jardin. Sœur Augustine va vous accompagner…
………
– Le voici… Il ne faudra pas rester longtemps, pour ne pas le fatiguer…
– Oh non, ma sœur, j’ai juste quelque chose à lui remettre… J’espère que ça lui fera plaisir…
– Sergent Pignon ? Cette jeune fille désirerait s’entretenir avec vous.
– Hein ? Oh… Merci, sœur… Augustine, c’est bien ça ? Volontiers…

La religieuse s’écarta de quelques pas.
– Asseyez-vous sur le banc. Sœur Augustine n’aura rien à redire. Nous connaissons-nous ?
– Heu… non.
– Diable !

Il porta une main à sa bouche : « Oups… Je veux dire… Très bien. Hem. D’un côté, je préfère : si, en plus de ça… (Il montra successivement son épaule et le pansement sur son front.)… j’avais des trous de mémoire… Alors ? »
– Voilà.
(Elle sentit sa figure virer au cramoisi) Il y avait cette photo, dans le poste de pilotage.
– Le cockpit,
fit-il machinalement. Elisabeth ! Bon sang ! Merci mille fois, Mademoiselle…
– C’est… votre fiancée ?
– Elisabeth ? Grands dieux, non ! Non !

Comme il s’esclaffait, elle aurait donné cher pour un trou de souris !
– Elisabeth, c’est ma petite sœur ! Sa photo… bon, on va dire que c’est un porte-bonheur. Comme tout pilote, je suis superstitieux ! C’est la seule photo d’elle – la seule récente – que j’aie ! Comment vous remercier ?
– Ce n’est rien. Je… Je dois… Je dois m’en aller, maintenant.

Il se leva en même temps qu’elle : « Allons ! Vous vous démenez pour ramener un bout de papier à un gars que vous ne connaissez pas, et tout ça pour rien ? »
– C’était juste… je voulais voir l’avion… dedans… et il y avait la photo…
– Voir un avion ? Si ce n’est que ça… ça doit pouvoir s’arranger…
– Mais… Oh !… Vous pourriez ?
– Je crois, oui. Si ça peut vous faire plaisir… Et est-ce qu’un petit tour en l’air ?…
(Il grimaça.) Pas avec moi, bien sûr. Je ne suis pas si impotent, mais je ne piloterai pas de sitôt. Mais du diable si…
– Vrai ? Monter dans un avion ? Je ne sais pas si… Ce doit être fantastique de voler !
– Oh, oui.
(Il grimaça de nouveau.) Tant qu’on n’essaie pas de vous flinguer…
– C’est difficile ? De voler, je veux dire…
– Eh bien…

Il allait se lancer dans un petit discours farci de palonniers, commandes, ailerons, gaz… quand il la regarda vraiment.
– Attendez… voler ? Ou… piloter ?
– Ce n’est pas pareil ?
– Pareil ? Oh non, ce n’est pas pareil ! Piloter, c’est comme voler, mais en mieux !

Et, faisant fi de sœur Augustine – qui affectait d’ailleurs de ne pas regarder dans leur direction, il ajouta : « Asseyez-vous, je vais vous expliquer… »

Ou bien ça…
Deux amis

– Vos papiers sont en règle, mon lieutenant. Mais vous ne pouvez pas rester là…
Le bras frappé du brassard désignait la colonne de mules qui s’engageait sur le bas-côté tandis que divers véhicules passaient en ronflant à raser les moustaches du gendarme.
Martinez se garda de faire remarquer qu’il s’était arrêté là où on le lui avait demandé.
– Laissez-moi le temps de remettre mon bazar d’aplomb, et je repars, dit-il en tentant de repositionner la béquille. L’autre le regardait avec des yeux ronds. « Ben oui, enchaîna-t-il. Comment voulez-vous que je débraye, avec une patte folle ? Dites ? Tant qu’à faire : savez pas où j’peux trouver le cantonnement du 13e BCA ? »
Au troisième contrôle, sa patience était à bout.
– Bon sang ! Vous croyez que je transporte un régiment de SS dans mon sac, ou quoi ? explosa-t-il tandis qu’un caporal farfouillait dans la chose.
– P’têt une compagnie, riposta l’autre. Faut nous excuser, mon lieutenant, mais l’autre jour, des collègues ont trouvé par hasard des chandeliers et un truc, là, une espèce de vase, et des chais-pas-quoi d’église dans une jeep.
– Tiens donc ! Et vous espérez toucher l’gros lot vous aussi ?

L’autre haussa les épaules : « Ben, non. On a des ordres. Dites, z’en avez, d’la quincaillerie, là… »
– C’est défendu ?
– Ben, non, c’est juste une remarque… Dites, z’êtes pas d’ici, hein ?
– Bien vu ! Non, j’suis en perm’. Ça pose un problème ?
– Tant que vous ne vous faites pas remarquer de trop. C’est juste que… faites gaffe, déjà qu’entre chasseurs et artiflots, ça cherche…
– Ah ! Y’aurait des coins à éviter ?
– On va l’dire comme ça…
– J’viens rendre visite à un pote. Dans la merde, apparemment.
– En taule ?
– J’en sais pas plus. Il cantonne au 13e BCA…
– Le 13e BCA ? C’est tout droit, après la gare. Pourrez pas l’manquer, c’est que des camions. Mais vot’ copain, là, mon lieutenant, c’est pas sûr qu’il crèche là-bas. S’il est pas en taule.
– …?
– S’il est verni, s’est pt’êt dégotté un truc en ville. Y’a moyen, pour qui sait y faire…
– D’accord. Mais là-bas, on m’renseignera certainement. Je peux y aller ?
– Pas de problème, mon lieutenant. Mais… vot’patte, là, elle tient le coup ?
– Non ! Ça fait six heures que je roule ! Et ça m’emmerde de changer de vitesse tout l’temps !

Et il embraya d’un geste rageur, quoique peu assuré.
………
Quand Benoist se pointa enfin, Martinez se leva du siège de fortune sur lequel il se morfondait depuis trop longtemps. En le voyant, le gaillard avait accéléré l’allure, pour s’arrêter brusquement à trois pas et se figer dans un garde-à-vous (presque) d’école.
– Mes respects, mon ‘ieut’nant…
Boitillant, Martinez combla l’espace pour le prendre dans ses bras.
– Maurice ! Espèce de couillon !
L’autre se dégagea :
– Bon sang, Raphaël ! Y’a longtemps que t’es là ?
– Un peu trop ! Où t’étais passé ?
– Ben, tu sais ce que c’est : comme ma perm’ démarre que demain, et qu’on manque de monde… Mais on va pas rester là. T’as l’air crevé…
– Plus de six heures en carrosse avec ma patte…
– T’es blessé ?
– Pff… Entorse…
– C’est ta jeep, là-bas ? Je vais conduire. Ho ! Maillaud !
hurla-t-il à la cantonade. Dis à l’adju que je m’en vais !
Une voix monta d’un hangar de tôles proche, bruissant d’animation mécanique :
– Ben merde ! T’as qu’à faire tes commissions tout seul !
Deux tons plus bas, Benoist : « Quel con ! Bon, j’en ai pour cinq minutes. Remonte dans ta Cadillac. »
Un fracas retentit soudain : « Espèce d’empoté ! Tu peux pas faire gaffe ! Merde ! »
– C’est la cardan…
– T’en foutrais, moi, d’la cardan ! Et où qu’t’as encore mis c’te foutue clé ?

………
Dans la nuit, Benoist les conduisit adroitement dans les rues que n’animaient plus que de petits groupes de soldats entre lesquels slalomaient de rares vélos. La jeep s’immobilisa sur une placette qu’écrasait la masse de la cathédrale.
– C’est là que je crèche. Deux étages. Tu vas pouvoir ? J’te porte ton sac… Attention à la marche.
L’interrupteur émit un cliquetis de bon aloi mais exempt d’effet, sinon une bordée de jurons à voix basse. « Attends-moi là, j’reviens… »
Martinez resta donc planté là, dans l’obscurité. Une odeur ammoniaquée l’enveloppait, qu’accompagnait un bruit de glissements et des coups sourds. Il explora les lieux en tendant les bras, sentit des montants de bois, des panneaux grillagés d’un côté et, comme il changeait d’appui, heurta du genou une masse métallique.
Benoist le rejoignit, muni d’une lampe électrique qui révéla un clapier sommaire. Trois jeannots réprobateurs y mastiquaient consciencieusement.
Un énigmatique « Ah ! Ils l’ont livrée ! » suivit la découverte d’une cuisinière stockée contre le mur, avant qu’ils n’entreprennent l’ascension des marches. Au passage, Martinez repéra une porte en bout des cages. A mi-étage, son guide stoppa pour en éclairer une seconde : « Les chiottes. » – renseignement des plus utiles – puis une troisième, sur le même palier : « Ma logeuse. On va faire les présentations. Honorine ? » fit-il en tambourinant sur le panneau. Qui pivota.
– Ah, c’est vous, sergent ? Z’êtes pas seul ! Ram’nez pas une poule au moins, hein ?
– Mais non, Honorine ! C’est mon pote ! Raphaël !
– Restez pas là, l’usine a encore lâché, entrez.

A trois dedans, la cuisine qui les accueillit était au bord de l’explosion, entre une table surmontée d’une lampe à pétrole, un évier minuscule, une gazinière copie conforme de celle trônant dans l’entrée, un seau à charbon, un chat, et la porte ouverte d’un placard mural.
Cinquantenaire encore alerte, Honorine portait l’uniforme tout en déclinaison de sombres qui vêtait la majorité de ses consœurs. Son chignon grisonnant frôla l’ampoule de la suspension tandis qu’elle les introduisait dans la pièce suivante.
– Mettez-vous à l’aise. Z’avez mangé ? Non ? Tapioca et rutabagas, ça vous va ? Et de vos sardines, Benoist. Une p’tite goutte, pour patienter ?
Sans attendre de réponse, la maîtresse de maison regagna la cuisine. Benoist fit un clin d’œil à son complice en la suivant : « Détends-toi !… Honorine, je monte : il doit me rester des boîtes, en haut… »
– Ah, ben…
– Vous n’avez rien contre les épinards, non ?
– C’est pas de refus. Toujours mieux que les rutabagas !


Coup de foudre
« Je n’ai revu François que trois ou quatre jours plus tard. [La vieille dame fronça les sourcils.] Quatre. Sur le terrain de l’aérodrome, où un appareil est venu le chercher. J’avais pu m’échapper sous je ne sais plus quel prétexte… Il était en grande discussion avec un autre pilote, un grand type, sec comme un coup de trique, et qui ne fumait que des blondes. Félix, je crois. Ils plaisantaient tous les deux en me regardant approcher.
– C’est la demoiselle qui a sauvé mon Elizabeth. Je lui ai promis qu’elle aurait son baptême de l’air. On n’est pas pressés…
– Le contrôle…
– On embarque. Tu décolles. Tu fais un tour au-dessus de Gap et de la Durance, et puis « J’ai un souci avec l’essence. » Tu reviens, elle débarque. « Négatif. C’est la jauge qui déconne. » Ni vu, ni connu !
– C’est que…
– Ho, allons ! Bon sang !

C’est comme ça que j’ai fait mon premier vol. C’était… fantastique…
Le soir, j’ai lâché une bombe à la maison. Depuis mon retour du terrain, je me demandais comment aborder la chose. Le plus simple, c’était d’être directe : « Je vais reprendre mes études ! » Oh là là ! Ce que je n’avais pas dit ! A croire que je venais d’annoncer que j’étais enceinte ! « Mais tu ne te rends pas compte ! » Et : « Ça va coûter des sous ! » Ou : « Et puis tu as arrêté depuis trop longtemps ! » Sans oublier : « Et on a besoin de toi, ici… »
Il est vrai que j’avais arrêté le lycée, guerre oblige. Mais je n’étais pas la première. Pour ce qui était des sous, et des trajets, j’avais les réponses : l’internat, à la Providence. Saint-Jo’, c’était trop cher, et celui du lycée de filles était réquisitionné pour un régiment de chasseurs. Et puis, il y avait aussi tante Honorine.
Restait à savoir si on me prendrait : on était en avril, quand même… »


On demande un témoin
Martinez ouvrit un œil pour découvrir un exemplaire de cette cartographie improbable que tracent les fuites d’eau sur les plâtres des plafonds. Il était couché, tout habillé, sur le matelas d’un lit de fer, et le sommier protesta lorsqu’il entreprit de se lever.
Des pigeons roucoulaient près d’un rectangle de verre qui déversait sa lumière sur un plancher de bois brut.
Dans la pièce voisine, il avisa un évier surmonté d’un petit miroir, suffisant pour vérifier qu’il avait sale mine. Bon sang ! Ils n’avaient pourtant bu que de l’eau, coupée d’un peu de vin ! Il s’en souvenait fort bien !
Claudiquant, il fit le tour des lieux, avant que ses boyaux lui remémorent l’emplacement d’un local qu’il devenait urgent de visiter.
L’étape suivante fut de frapper chez Honorine, puisqu’Honorine il y avait, « Madame Marchand » étant dévolu à l’Administration ou aux étrangers, ce qui était tout comme.
Le chat (César) trônait entre des bols, une cafetière, une casserole désémaillée, des volutes de vapeur, un (miracle !) gros bout de pain. Entre la maîtresse de maison et le Benoist, une chaise tendait les bras (!!!) au nouveau venu.
– Bien dormi ?
Il eut été malséant d’arguer du contraire.
– Ben mon colon, t’avais du retard ! Tu nous as joué la Belle au Bois Dormant !
– Manquerait plus que t’aies essayé de m’embrasser, tiens !

Il bailla.
– Vous avez une tête de papier mâché ! Et regardez-moi cet uniforme ! Z’avez rien d’autre à vous mettre ? Y me reste des affaires de feu mon Fernand…
– Oh, non, merci ! J’ai de quoi me changer dans mon sac !
– Dans vot’sac ? Descendez-le moi, ça doit avoir besoin d’un coup d’fer ! Je les mets à chauffer !
– Je ne voudrais pas…
– Tttt ! Pas de ça ici ! Et puis Maurice va vous emmener aux bains-douches, ça sera pas du luxe ! Je m’en vas vous laisser : c’est jour de viande, aujourd’hui ! Si je tarde de trop… Je vous ferai vos trucs à mon retour. Vous mangez ici ?

Les deux compères se regardèrent.
– Non, non, merci, Honorine…
– Ah, bon. Faut prévenir, hein ? J’ai plus beaucoup de charbon…

Au sortir de l’établissement municipal, ils firent halte à la terrasse d’un troquet. Le soleil pointait au ras des toits, le printemps jouait des épaules entre les nuages. Se rappelant des conseils du caporal, Martinez demanda :
– Qu’est-ce que c’est, cette histoire entre artiflots et chasseurs ?
– Ben, tu sais comment sont les gars. Y traînent, y boivent, y s’regardent, et… ça part. Pour essayer de calmer l’jeu, la Prévôté, enfin, pas vraiment la Prévôté, mais un peu tout l’monde… si tu veux, y se sont comme qui dirait partagés la ville. Ici, ça va, c’est plutôt peinard. Y’a quand même des bistrots où les moins cons des deux côtés arrivent à se croiser. Ah, et puis, faut que tu saches : l’aut’jour, le Blanchard – c’est un chef de pièce, une grande gueule – il vient comme ça au café, sur la grande place, là, tu vois… Tout fiérot, et il paie une tournée, parce qu’ils venaient de flinguer un zinc boche. Evidemment, c’est pas les autres qui pouvaient en dire autant…
– Oh, ça…
– Mais c’est pas fini. Tu vas voir le meilleur : le zinc boche, en fait, c’était un des nôtres ! Il s’est écrasé pas loin d’ici. Alors, j’aime autant te dire qu’ils en entendent des vertes et des pas mûres, les couillons du canon ! Après, évidemment…
– D’accord. Faut éviter de parler de tir aux pigeons… Bon. C’est pas tout… mais c’est quoi, c’t’histoire ? Je m’attendais à te trouver au trou. Au contraire, tu…
– Le trou, j’en ai fait… un peu.
[Il contempla un long moment le fond de son verre.] « Dis-moi, Raphaël, tu feras quoi, quand ça sera fini ? »
Désarçonné par le tour que prenait la conversation, Martinez répliqua : « Quand ça sera fini ? La guerre, tu veux dire ? »
– Ben oui, tiens ! Ça va pas encore durer autant, c’te saloperie ! D’un côté, les Russkofs leur foutent la pâtée, les Amerloques leur bottent le cul de l’autre, et nous, au milieu…
– Je te signale qu’au milieu, j’y suis, et que c’est pas de la tarte ! J’aimerais bien la voir, la fin. On aimerait tous la voir, la fin ! En attendant, l’autre jour, le Rachid a perdu deux guiboles et il a clamsé sur la civière, et…
– Arrête, tu vas te faire mal. Tu crois que c’est si peinard, ici ? J’ai deux gonzes qu’ont versé avec leur bahut. Mourad arrêtait pas d’gueuler, il était coincé dessous, et quand on a réussi à soulever le machin, il s’est tu. Rectifié ! Raymond avait eu plus de chance : nuque brisée. Et y’a pas un mois : boum ! Une erreur de chargement dans une caisse d’obus de mortiers. T’imagines ce qu’on a retrouvé des gars ? Alors, moi j’te l’dis : faut penser à l’avenir. Sinon…

Un ange passa. Très fatigué, l’zoziau.
Le sergent reprit : « Tu sais, quand je conduis… Quand je conduis, je pense à rien : je réfléchis. J’ai gambergé : vu tout le matos qui débarque à Marseille… J’te parle pas des boîtes de conserve, j’te parle des GMC, Caterpillar, tout ça… Y vont en faire quoi, ensuite, hein ? »
Devant la moue dubitative de son vis-à-vis, il continua : « Va y avoir plein de trucs à acheter pas cher, si on sait y faire. Tu vois, un gus qui pourrait récupérer un ou deux bahuts, y s’monterait sa petite affaire. Une grue sur camion, ça serait pas mal aussi. Ton oncle, l’est entrepreneur, non ? »
– Tonton Gégé ? Oui… Mais j’vois pas…
– J’veux dire, t’as tâté du truc avec lui, non ? T’imagines c’qu’on pourrait faire, toi et moi, si on avait du matos ? T’as vu tout c’qu’est en l’air, partout ? On embaucherait deux ou trois couillons… Tu f’sais quoi, avant, déjà ?
– Mon père voulait que je reprenne sa boutique…
– Moi, j’me coltinais les cageots de l’épicerie. La boutique du paternel ! Réparateur de vélos ! Toi ! Tu parles d’un truc ! Tu te vois, toute la journée, à régler des patins ?
– Nom de D… ! T’es en train de m’endormir avec tes histoires d’entrepreneur, Maurice ! Qu’est-ce qu’y a ?

Retour de l’emplumé. Benoist examinait un défaut sur la paroi de son récipient.
– J’vais me marier, Raphaël…
– Tu… Tu vas quoi ?
– Tu vois, au bout de trois jours de boîte, j’suis passé devant une commission, comme ils disent : des galonnés, en veux-tu, en voilà. Même des Ricains! M’ont posé des tas de questions sur mes p’tites affaires…
– Tes trafics ! J’t’avais pourtant dit…
– Trafics, trafics… Moi, j’ai jamais touché aux flingues, que j’leur ai dit. Ni au matos en général. Et j’faisais pas en grand. Un carton par ci, un par là… pour dépanner. Et puis, en fait, c’était que du troc. Y’a pas mort d’homme…
– Bref, t’as trop tiré sur la ficelle…
– Penses-tu ! Y pêchaient au gros, et j’étais trop p’tit. M’ont fait les gros yeux. Tu parles : tout le monde en croque pareil.
– Parle pour toi.
– Alors, après, je me suis retrouvé en face du colon. Pas avec mon cap’ : lui, il est reparti pour Alger direct. Là, le colon m’a passé un savon, faut voir, et pour finir, il m’a dit : « Sergent, il a été décidé que l’air des Alpes vous ferait le plus grand bien. Sachez en profiter. Mais je dois revenir sur vos exploits de Casanova du jus d’ananas. Vous allez prendre vos responsabilités, Sergent, sinon, ce n’est pas l’air des Alpes que vous allez respirer, faites-moi confiance, mais celui de Tamanrasset. Nous comprenons-nous, sergent Benoist ? » C’est là que j’ai pigé qu’il était au courant.
– Au courant ?
– Pour Gina.
– Au courant pour Gina ? Au courant ?… Attends… Tu veux dire que… ?
– Ben oui…
fit Benoist, penaud. « Trois mois… »
– Nom de… Espèce de con ! Comment t’as fait ? Et elle a quel âge, au fait, ta Gina ?
– Dix-sept. Presque dix-huit, en fait. Mais on lui donnerait vingt, hein. Et comment j’ai fait… Tu veux un dessin ?
– Merci. Alors ?
– Alors quoi ?
– Déballe !
– Mon idée, c’était d’la faire monter ici. Et j’crois que c’est vraiment une bonne idée : en bas, sur la côte, tout l’monde va s’y mettre. Ici, elle connaît personne. Et Honorine, c’est une perle. J’ai eu un sacré pot de mettre la main dessus, en plus de l’appart’. Tu verras, quand j’aurai tout remis comme il faut. Elle prendra soin d’elle…
– D’accord. Tu te défiles !
– C’est pas ça, Raph’ ! Mais j’peux pas être tout l’temps là ! Pour la bouffe, le loyer, tout ça, j’me débrouillerai, mais y’a des tas de trucs…

Martinez se passa la main sur la figure, notant machinalement qu’un bon coup de rasoir… « Et moi, là-dedans ? Pourquoi tu m’as fait v’nir ? »
– T’es le seul vrai pote qui me reste, Raph’ ! Faut que je parle à quelqu’un. Faut que tu m’aides… Pas pour les travaux, t’inquiète ! Mais… j’suis paumé, Raph’… Dis, tu veux pas êt’ mon témoin ? Ou çui de Gina ?
– Ben mon salaud ! Je m’attendais à un tas de trucs… Mais ça… Et c’est pour quand ?
– Faut encore que j’trouve un curé qui comprenne… Un mois… Ou deux…
– T’inquiète : ça m’étonnerait que ta Gina soit la seule. Bon… J’te dis pas non… Mais…
– Merci ! J’savais que j’pouvais compter sur toi !

Il se leva. « Allez, on va parler d’aut’chose ! On repasse chez Honorine, et j’t’emmène faire un p’tit tour. C’est un trou, c’bled, mais y’a quand même des coins intéressants… »
Dans le couloir, un vélo tenait compagnie aux lapins. Honorine n’était pas revenue, mais Martinez fit ainsi la connaissance de sa nièce, qui se proposa pour donner le “coup de fer” nécessaire à des effets défraîchis. Comme Benoist grimpait les chercher, son pote lui décocha à mi-voix un « Casanova du jus d’ananas » goguenard, qui fit mouche.
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Hendryk



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MessagePosté le: Jeu Nov 22, 2018 20:04    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
« Va y avoir plein de trucs à acheter pas cher, si on sait y faire. Tu vois, un gus qui pourrait récupérer un ou deux bahuts, y s’monterait sa petite affaire. Une grue sur camion, ça serait pas mal aussi. Ton oncle, l’est entrepreneur, non ? ».

Elle n'aurait pas démarré comme ça, l'entreprise de véhicules du sieur Naudin?
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 13:13    Sujet du message: Répondre en citant

On mésestime l’apport des rebuts de l’armee Aux entreprises locales. En Égypte, lors d’un arrêt dans un routier à la frontière du Soudan, je suis tombé sur un vieux Bedford anglais en parfait état de marche. Comme quoi a l’epoque On construisait solide !
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Finen



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 14:17    Sujet du message: Répondre en citant

dans les années 70 il était encore courant de voir un lot 7 sur un chassis 6x4 ou 4x4 US servir de dépanneuse.


https://www.google.fr/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=images&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjR3vjMzOreAhXlLsAKHYSHAXYQjRx6BAgBEAU&url=https%3A%2F%2Fwww.afcvm.com%2Fgmc-ckw353-lot-7%2F&psig=AOvVaw12rCDBH797pQ4DiyMfNNBZ&ust=1543065366329964
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houps



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 14:35    Sujet du message: Répondre en citant

Aux abords de la ferme d'un de mes voisins finit de rouiller un GMC dont le moteur a rendu l'âme il y a longtemps, ce pourquoi il était tracté à travers champs. La bête était surmontée d'une pelleteuse d'un rouge délavé. Un bricolage dont j'ai profité dans les années '90.
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Imberator



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 15:14    Sujet du message: Répondre en citant

Finen a écrit:
dans les années 70 il était encore courant de voir un lot 7 sur un chassis 6x4 ou 4x4 US servir de dépanneuse.

Au début des années 2000 il y avait encore un GMC, vénérable vétéran transformé en "camping car", qui passait là belle saison sur la plage du Piémanson, dernier accès à la mer pour le camping sauvage dans le sud de la France.
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requesens



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 15:25    Sujet du message: Répondre en citant

Imberator a écrit:
Finen a écrit:
dans les années 70 il était encore courant de voir un lot 7 sur un chassis 6x4 ou 4x4 US servir de dépanneuse.

Au début des années 2000 il y avait encore un GMC, vénérable vétéran transformé en "camping car", qui passait là belle saison sur la plage du Piémanson, dernier accès à la mer pour le camping sauvage dans le sud de la France.


Voici une vingtaine d'années il existait un vol Miami-Key West en DC3 et un peu plus tard j'ai vu un avión similaire sur un aéroport turc. Du solide..
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 16:07    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Au début des années 80, le Centre de Secours de Lamalou les Bains (34) avait encore dans son parc un vénérable half-track avec une citerne qui occupait toute la cuve.
Celui de Valensole (04) a garder jusqu'au début des années 70, un GMC avec citerne. Quand il a été remplacé par un Berliet, un des pompiers m'a dit que le vieux GMC passait dans des endroits que le nouveau Berliet ne pouvait pas franchir.

@+
Alain
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Archibald



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 17:59    Sujet du message: Répondre en citant

Il y a encore une poignée de pays qui utilisent des C-47s, mais avec des turbines.

La version patrouille maritime du B-24, le Privateer, fut utilisé comme bombardier d'eau jusqu'en 2003 (!) mais les ailes ont fini par tomber... et là quand même, interdits de vol.

https://fireaviation.com/2014/12/14/a-look-back-at-the-pb4y-2-privateer/

Notre IGN national à acheté des B-17 d'occasion au milieu des années 1950 (!) comme plateformes photos longue distance. Le dernier fit son ultime vol comme protagoniste du film Memphis Belle, en... juillet 1989 !

Il y avait tellement de B-17s qui rouillaient à la fin de la Guerre, ils furent transformés en drones QB-17, chair à missile, qui volèrent jusquà la fin des années 50.

Le dernier combat entre avions de la deuxième guerre mondiale, avec pistons et hélice, opposa les F4U Corsair du Honduras aux P-51 Mustangs du El Salvador... en juillet 1969, alors que l'homme marchait sur la Lune et que les F-4 Phantoms bombardaient le Vietnam... La guerre du football, ça c'était digne de Alcazar et Tapioca, vraiment (d'ailleurs Hergé avait une dent contre les DC-3s).

Le A-26 Invader à fait la WWII, puis la Corée... puis le Vietnam... increvable.

En France le Dassault Flamand est resté en service à Avord jusqu'en 1982 Shocked

Et les Skyraiders de la guerre d'Algérie, c'est le Jaguar qui les a remplacés... à Djibouti, en 1977 !
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"Au fond, comme chef de l'État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef ; qu'il y eût un État" (De Gaulle à propos d'Albert Lebrun, 1944).
...
"La Meuse, ça ne m'intéresse pas" Gamelin à Corap, mars 1940.


Dernière édition par Archibald le Ven Nov 23, 2018 18:14; édité 6 fois
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marc le bayon



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 18:05    Sujet du message: Répondre en citant

il existe encore 2 C47 gunship à turbines toujours en service actif.
Je crois que c'est l'Afrique du sud.
Sinon il y a toujours des C123 Provider (Air America, pour les cinéphiles) qui ont quasiment le même âge, encore en service au Philippines ou en Indonésie
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 18:28    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Alerte radar ! Chat noir en approche ! Grrrr

@+
Alain
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requesens



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 18:31    Sujet du message: Répondre en citant

Archibald a écrit:
.. La guerre du football, ça c'était digne de Alcazar et Tapioca, vraiment (d'ailleurs Hergé avait une dent contre les DC-3s). !


Mais la guerre Alcazar vs Tapioca a existé !
Il s'agissait de la guerre du Chaco entre la Bolivie et le Paraguay, 25% de pertes..effarant.
Hergé transpose ce sanglant ëpisode dans l'Oreille cassée, le San Theodoros et le Nuevo Rico , chacune soutenue par une compagnie pétrolière anglo-saxonne, luttent pour un territoire riche en pétrole : le Gran Chapo.
Les 2 belligérants ont le même fournisseur d'armes, Basil Bazaroff, référence transparente à Basil Zaharoff, le dirigeant de Vickers.
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Imberator



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 19:32    Sujet du message: Répondre en citant

En cherchant bien, il doit bien y avoir des triplans comme celui de Richthofen qui servent encore quelque part...
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houps



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MessagePosté le: Ven Nov 23, 2018 19:52    Sujet du message: Répondre en citant

Remarquez, si on va par là, qu'il y a encore des munitions de la "Grande Guerre", qui, si elles ont mal vieilli - ou parce qu'elles ont mal vieilli - qui, donc, sont encore "efficaces". Du bon matos, quoi.
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