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1940 - La France continue la guerre
 
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L'Information n'est pas la Propagande
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Juil 13, 2008 13:41    Sujet du message: L'Information n'est pas la Propagande Répondre en citant

Quelques leçons de Com' (dirait-on aujourd'hui), par Menon-Marec bien sûr

Annexe 40-6-8
Autorité et Liberté
Comment conduire la Guerre de l’Information

L’histoire de la Guerre de l’Information, vue du côté français, reste encore à écrire.
Si les Anglo-Saxons et même les Soviétiques, ont consacré des travaux nombreux à ce sujet, on ne possède en France que les Mémoires ou les Souvenirs de certains de ses acteurs, des monographies par natures partielles et quelques ouvrages polémiques à utiliser avec précautions. Le récit du journaliste Robert Brunissard, chef du service politique de l’Agence Havas Libre de 1942 à 1946, Comme une Plume au Vent (Le Seuil, Paris, 1968, 701 p.), apparaît, du moins pour l’instant, comme la meilleure synthèse sur ce sujet. Mais ce texte, qui privilégie le travail d’Havas Libre, est d’évidence très daté.
Brunissard projetait de s’atteler à la rédaction d’un panorama complet de l’Information française, de Munich à la fin de la guerre. Les matériaux qu’il avait réunis dans ce but figurent aujourd’hui dans une quinzaine de dossiers conservés, selon une clause de son testament, par la bibliothèque de la Fondation nationale des Sciences politiques. C’est à l’exploitation de ce gisement que se sont attachés, depuis plus de cinq ans, deux chercheurs de la Fondation, Jean La Chalp et Henri Arvieux. Leurs recherches ont fait l’objet d’articles dans les revues spécialisées, en France et à l’Étranger, et de communications dans des congrès, des colloques et des symposiums. On ne manquera pas ici de s’y référer.

I - De l’impuissance à la prise de conscience.
Face au dynamisme de la machine de propagande dirigée par Josef Goebbels avec une maestria qu’il faut lui concéder, la riposte française mise en œuvre à partir de septembre 1939 se situait, au mieux, au niveau de la bluette. Jean Giraudoux, trop diplomate pour se montrer agressif et trop écrivain pour réagir en journaliste, n’était sûrement pas armé pour affronter le Propagandaministerium, son savoir-faire, son absence de scrupules et ses moyens sans limites. Dans ses souvenirs, rédigés avec autant d’amertume que d’acidité, Alexis Léger a écrit : « Sauf quelques dames du monde sur le retour, de New York ou de Bucarest, d’ailleurs persuadées déjà par Paul Morand, Jean Giraudoux n’avait convaincu personne. » Ce jugement, une fois la part faite de la jalousie de Saint-John Perse à l’égard de l’auteur de Siegfried et le Limousin, ne semble pas éloigné de la réalité.
Paul Reynaud, en tout cas, partageait ce sentiment puisqu’il décida, dès la formation de son gouvernement, de remercier Giraudoux sans phrases, de supprimer le Commissariat général à l’Information et de le remplacer par un ministère de l’Information confié à un patron de Presse incontesté, Jean Prouvost. Mais au jour du déclenchement de l’offensive allemande, Prouvost n’avait pas encore eu le temps d’organiser ses services. Qui plus est, le GQG voulait se réserver, non seulement le sacro-saint Communiqué, mais l’exclusivité de choix et de diffusion des nouvelles militaires. La Censure, elle, comme en 14-18, tendait à s’ériger en principauté pour n’obéir qu’à ses propres consignes.
La radio, de surcroît, qu’elle soit publique ou privée, refusait d’être mise sur le même plan que les journaux, et le cinéma revendiquait la spécificité du Septième Art.
Il en résulta, du 10 mai au début de juin, une pauvreté et une inefficacité du système français d’information que nous pouvons aujourd’hui encore, pour ainsi dire, toucher du doigt : rareté et piètre qualité des actualités cinématographiques et des photos, conformisme à pleurer des dépêches, des reportages et des articles de presse. On ratifiera volontiers le jugement que Jean-Paul Sartre, dans une de ses Lettres au Castor, affirme partager avec Paul Nizan : « La lecture des journaux ne suscite que l’écœurement. Ces messieurs châtrent leurs mots et, de même qu’on nous allonge au bromure le café et le pinard, ils coupent leur prose à l’eau de rose. L’information est passée chez le coiffeur, elle est bien dégagée autour des oreilles. »
On ne peut ici exonérer les journalistes de toute responsabilité. À l’instar de leurs anciens de la Première Guerre, ils ne se privaient pas de critiquer Dame Anastasie et ses grands ciseaux, mais là s’arrêtaient leurs réactions. Soumis à des directions qui n’osaient rien refuser aux militaires ni au Gouvernement, soucieux, comme trop souvent, de ne pas se couper de leurs sources, ils paraissaient se complaire – pour reprendre l’expression d’Edgar Morin – dans la « bien-pensance informationnelle ». Tant et si bien (ou plutôt si mal) qu’ils en revenaient, bon gré mal gré, au bourrage de crâne tant dénoncé vingt-cinq ans auparavant.
Ici aussi, l’aggravation de la situation à partir de la rupture de la ligne Weygand finit par conduire à un sursaut, en l’occurrence orchestré Georges Mandel.
Le ministre de l’Intérieur se souvenait des leçons de Clemenceau, dans ce domaine-ci comme ailleurs. Le temps pressait. Il sut expliquer à Paul Reynaud la nécessité de remplacer Prouvost par un vrai politique, au général de Gaulle l’avantage de confier l’Information à des professionnels et, à tout le Gouvernement, l’ardente obligation d’insuffler à la population un surcroît d’énergie par la diffusion de nouvelles à la fois plus exactes et mieux calibrées. Les mesures d’application s’enchaînèrent dans la foulée.
Avec l’appui de Léon Blum et le soutien d’Albert Lebrun, Mandel et Reynaud firent choix de Jean Zay pour prendre le portefeuille de l’Information. Sa nomination ne fut connue que le 14 afin que l’intéressé, qui combattait alors dans les rangs du 5ème d’Infanterie, puisse rejoindre Paris et soit régulièrement mis en position de disponibilité par l’autorité militaire, de même que Pierre Laroque , maître des requêtes au Conseil d’État, le directeur de cabinet qu’il s’était choisi et qui combattait lui aussi en première ligne : on se souvenait trop, et pas seulement à gauche, de l’affaire Salengro.
Avant tout, il fallait prendre le problème à la source. Un décret simple signé Paul Reynaud prononça le 9 juin 1940 la réquisition de l’Agence Havas à la tête de laquelle Pierre Brossolette fut nommé, le 10, sur la suggestion de Mandel, avec les plus larges pouvoirs.
La lettre de mission de Brossolette s’inscrivait dans le droit fil des mesures que le gouvernement et l’état-major général de la Défense nationale étaient en train de prendre : elle prévoyait que l’agence serait réinstallée, dans un premier temps, à Marseille puis, dans un second temps, à Alger – ce qui ne serait connu que le 14. Le pouvoir se donnait l’assurance que l’ennemi et ses auxiliaires ne mettraient pas la main sur un outil de politique intérieure et internationale essentiel, sans autre équivalent dans le monde que l’agence Reuters britannique et les américaines Associated Press et United Press Association, bien plus puissant, en tout état de cause, que le DNB allemand ou l’institut Luce italien – ou que l’agence TASS.
Les historiens s’accordent aujourd’hui pour dire que les procédés employés furent proches de l’illégalité – pour la bonne cause, bien sûr. De fait, le Conseil d’État, dans son célèbre arrêt Demoiselle Dauvrier – du nom de l’héritière d’un petit actionnaire d’Havas – a reconnu en 1957 que le cabinet Reynaud avait commis un excès de pouvoir manifeste en procédant à une nationalisation, sans le dire et au mépris des textes, lorsqu’il s’était attribué le contrôle de la partie information de l’Agence. Pire, il avait méconnu tant l’esprit que la lettre de la loi de 1936 en refusant l’indemnisation des anciens propriétaires. Pour autant, la haute juridiction, si elle donnait raison à la demoiselle Dauvrier et lui accordait réparation, reconnaissait que des circonstances exceptionnelles justifiaient le fait du prince autant qu’elles l’expliquaient. Elle relevait simplement que le Gouvernement aurait dû ne pas négliger la hiérarchie des normes juridiques et procéder par la voie d’un décret-loi, soumis, comme tel, à habilitation ultérieure. Cet arrêt est l’un de ceux qui fondent la théorie des principes généraux du Droit.
Deux semaines plus tard, le gouvernement, alors installé à Toulouse, étendrait cette réquisition à la partie publicité d’Havas, avec la volonté de maîtriser à l’avenir, au moins pour la durée de la guerre, le financement de la Presse écrite et parlée.

II - Une action à court terme au service d’une vision à long terme.
A – La stratégie de l’information.
On a pris pour habitude d’attribuer le succès du Sursaut à la vigueur des dirigeants et au courage des soldats.
On oublie que ces deux facteurs, d’évidence indispensables et fondamentaux, seraient demeurés sans effet s’ils n’avaient pas été mis au service de la stratégie élaborée à partir du 11 par l’État-Major général de la Défense Nationale (général Doumenc, vice-amiral d’escadre Castex, général Mouchard), dans l’urgence, selon les directives gouvernementales formulées, en l’occurrence, par le général de Gaulle. Il s’agissait de :
- donner au généralissime Huntziger et aux commandants en chef des trois Armes les bases du schéma tactique à suivre au jour le jour pour mener à bien la manœuvre en retraite des forces armées, du potentiel militaro-industriel, et d’une partie de l’appareil de l’État ;
- préparer pour les semaines à venir le Grand Déménagement sous tous ses aspects, et en fixer les règles ;
- dessiner les modalités de la poursuite de la guerre et en mettre en place les moyens.
C’est également une stratégie de l’Information pour l’immédiat, le moyen terme – ici aussi de quelques semaines – et le long terme, inscrite elle-même dans le cadre de la stratégie de défense, que mirent au point en moins de quarante-huit heures Jean Zay et Pierre Laroque, avec l’efficacité pour première préoccupation. Elle était fondée sur un principe que le nouveau ministre exposa dans une “déclaration” envoyée sous sa signature à l’agence Havas et qui fut, sur le champ, diffusée au monde entier.
Un passage des “carnets secrets” de Zay donne à croire qu’il s’inspira de la formule de Trotski, « la vérité est toujours révolutionnaire », pour écrire dans sa déclaration : « Les nazis, les fascistes et tous les totalitaires ne croient qu’en la propagande. Nous, hommes de la liberté, nous savons, jusqu’au plus profond de nous-mêmes, que la vérité, quelle qu’elle soit, aussi dure qu’elle puisse quelquefois nous paraître, ne peut que contribuer à notre victoire. La vérité combattra toujours aux côtés des futurs vainqueurs, tandis que le mensonge prend à leur propre piège ceux qu’attend la pire des défaites et la plus honteuse.
C’est pourquoi, ce jour, je prends un engagement devant le pays tout entier et devant nos Alliés. Si les nécessités de la guerre nous contraignent et nous contraindront souvent à ne pas vous dire toute la vérité, je jure que tout ce que nous vous dirons sera la vérité, et rien que la vérité. Jamais nous ne vous mentirons. Nous ne cacherons pas le pire quand il surviendra, mais vous pourrez nous croire sans réserve lorsque nous vous annoncerons le meilleur. » Reprenant, selon La Chalp et Arvieux, une phrase trouvée dans une lettre que son ami Emmanuel Berl lui avait écrite durant l’hiver 39-40, Zay concluait : « Je hais les mensonges qui nous ont fait tant de mal. Dans la guerre que nous menons, il n’est pas d’arme plus décisive pour notre camp que la vérité. »
Nous savons aujourd’hui que Jean Zay éprouva quelques difficultés à faire admettre à ses collègues du gouvernement le nouveau cours qu’il entendait imposer à son domaine. Paul Reynaud, que la Presse n’avait pas ménagé dans les années 30, redoutait surtout de voir les journalistes lui mettre des bâtons dans les roues et, pire, rallier la bannière de ses adversaires, Daladier au premier chef. Fidèle à la mémoire de Clemenceau, Mandel, lui, ne voyait de salut qu’en soumettant la Presse à un contrôle serré et, le cas échéant, à un arrosage par les fonds secrets. Le général de Gaulle, enfin, pensait qu’il n’est jamais inutile d’embellir l’actualité en donnant au peuple, disait-il « un souffle d’épopée, de rêve et de grandeur. »

B – Le court terme.
Les journaux et la radio commencent d’évoluer dès la nomination de Brossolette à la tête d’Havas, puis bien sûr sous le choc du bouleversement gouvernemental. Le 15 juin, la plupart des quotidiens et des speakers adoptent déjà un ton qui tranche avec la confusion, la grisaille et l’abattement qui dominaient jusqu’au 10.
Havas transmet deux fois par jour des “indications” du ministère. Ces “indications” ne sont pas destinées à être publiées. Elles apportent un éclairage aux informations d’Havas et des autres agences, notamment de Reuters et d’AP, sur la tournure des événements et, entre les lignes, elles révèlent la politique conduite par le Gouvernement.
Jean Zay crée d’autre part, au sein même de son ministère, une direction générale de la Censure dont les directives sont diffusées par Havas à 6 h, 14 h et 22 h. Ces directives, relues et approuvées par le ministre lui-même, doivent obéir à deux critères : efficacité et vérité. Elles s’imposent aux censeurs en place dans les rédactions. Tout ce qui n’est pas prohibé par la Censure générale est, ipso facto, autorisé.
Les organes défaitistes font rapidement l’objet de mesures de suspension temporaire (Le Matin, Gringoire, par exemple) ou d’interdiction définitive (Je suis partout). Le ministre ne se prive pas, par ailleurs, d’adresser des “avertissements sans frais” aux journalistes qui, à son avis, confondraient la liberté de la Presse avec la latitude de dire n’importe quoi.
D’autre part, Zay insiste sur la dimension mondiale du conflit. Dès le 21, le ministère met à la disposition de la Presse une revue complète, non censurée, de journaux étrangers, en particulier neutres – y compris américains – et de certaines radios. Mieux, sur l’insistance du ministre et en dépit des réticences des militaires, une large place est donnée aux informations d’origine allemande ou italienne ou venant des pays sympathisants de l’Axe, notamment l’Espagne. Le message sous-jacent est clair : la France n’est pas seule, la vérité est de notre côté – le bon côté.
« Outre les Allemands et les Italiens, je ne me connais aujourd’hui que deux ennemis: celui qui affirme que tout va bien et celui qui prétend que tout va mal » écrit Jean Zay à Pierre Mendès-France, alors en train de se former à la navigation aérienne.
Enfin, Jean Zay, excipant d’un accord tacite de Paul Reynaud, agit, absolue nouveauté, en porte-parole du Gouvernement – ce qui est à tout le moins se prévaloir d’une conception extensive de son portefeuille. Il ne laisse à personne le soin d’annoncer à la radio les nouvelles les plus mauvaises et il présente lui-même au cours de points de Presse officiels (on the record, dira-t-on plus tard) la détérioration progressive de la situation militaire. Mais il ne tire pas la couverture à lui : le président du Conseil et d’autres ministres sont priés d’intervenir eux aussi en dehors de leurs allocutions ex cathedra.
Dès le 18, les synthèses du Contrôle postal commencent à indiquer que les combattants, d’abord, l’ensemble de la population, ensuite, apprécient ce changement. La ligne de conduite est fixée. Zay ne s’en départira plus. « J’ai décidé, note-t-il dans ses carnets, de me comporter en vainqueur jusqu’à la victoire. Après, je verrai. »

C – Le moyen terme.
Laroque et Zay se concentrent alors sur le temps qui leur reste avant la traversée de la Méditerranée et l’installation en Algérie, temps d’autant plus précieux que sa longueur est encore incertaine. Leur stratégie de moyen terme se détermine à partir de trois impératifs, eux aussi conformes à la stratégie générale de défense :
- Assurer jusqu’au bout l’information de la population ;
- Priver l’ennemi des moyens de communication modernes en Métropole ;
- Préparer le repli sur l’Afrique du Nord.
Compte tenu des habitudes de la majorité des Français d’alors, qui lisent bien plus le journal qu’ils n’écoutent la radio, il est décidé de laisser tout son potentiel à la Presse écrite – à commencer par ses réserves de papier. L’autorité française maintiendra ouvertes les lignes de diffusion d’Havas à partir de Marseille puis d’Alger en laissant à l’ennemi la tâche de les clore. Bien plus, les directeurs et rédacteurs en chef sont informés qu’Havas diffusera quatre fois par jour, à dater du 25 juin, un résumé en Morse de ses dépêches, sur ondes longues et sur ondes courtes. Il suffira de trouver un opérateur, à la retraite ou démobilisé, des PTT, de la Marine ou de l’aviation pour continuer à bénéficier des services de l’agence et d’une information libre.
De plus, s’il a prévu d’évacuer les rédactions des quotidiens nationaux vers Nantes, puis éventuellement Aix-en-Provence, avant l’AFN, Zay demande – il exige, à dire vrai – que les rédactions des journaux régionaux ou locaux ne quittent pas leur siège. Liberté est laissée aux hebdomadaires et aux magazines, comme à la presse sportive, qui pourront rester en Métropole ou demander leur évacuation.
Un “code de conduite” préparé par Laroque est alors adressé à chaque journaliste,. Son préambule demeure dans les annales : « Au nom de la France, le Gouvernement fait confiance aux rédactions des journaux et des magazines écrits ou parlés, quelle que soit leur ligne, pour se conduire avec dignité face à l’ennemi et pour poursuivre, quel qu’en soit le prix, leur mission d’information au service de tous les Français. »
Le réalisme de Zay ne perd pas ses droits. Le “code de conduite” recommande aussi aux patrons, ou à leurs rédacteurs en chef à défaut, de saborder leur journal si la pression de la propagande nazie ou fasciste devient trop insistante. Il leur annonce clairement qu’après la victoire, la Justice demandera des comptes à ceux qui se seraient mis par faiblesse, vénalité ou idéologie, à la disposition des occupants.
La France avait commencé de rattraper son retard, cependant, en matière de radio. Zay prescrit que les émetteurs ondes moyennes, de règle à l’époque, qui ne couvrent que quelques départements au plus, seront sabotés, si possible à l’explosif, au fur et à mesure de la progression de la Wehrmacht. Des dispositions spéciales sont prises avec l’Armée pour l’émetteur ondes longues ultramoderne d’Allouis (Cher), inauguré en 1939 et qu’il faudra détruire au-delà de toute possibilité de réparation . Le relais sera pris par l’émetteur de Romoules (Alpes-Maritimes), moins puissant, puis par celui de Tipasa, en Algérie, qui, comme Allouis, diffuse aussi bien en ondes courtes qu’en ondes longues.
Les personnels sont, pour leur part, dirigés sur les Bouches-du-Rhône où l’Armée a créé pour eux un centre de recueil sur les terrains de l’émetteur ondes moyennes du Pilon-du-Roi, au-dessus d’Aix-en-Provence. Ils partiront pour l’AFN par petits groupes, en fonction des places disponibles sur les bateaux.
Mais Zay et Laroque pensent à l’avenir. Ils obtiennent du ministère des Finances la commande aux États-Unis, à la General Electric, d’antennes de 320 mètres de haut et d’appareillages radio-électriques destinés à renforcer la puissance de Tipasa et celle de l’émetteur de l’AEF à Brazzaville. Ces matériels seront livrés en octobre 1940.
D’autres matériels sont acquis à moindre prix. Selon La Chalp et Arvieux, Robert Brunissard a mené toute une enquête sur un épisode resté alors mystérieux. Il ressort de ses notes que la Marine avait arraisonné en juin au large de Mogador – aujourd’hui Essaouira – un cargo battant pavillon suédois, le Arne Johannson, qui avait quitté Malmö le 4 juin à destination du Chili. Suspect d’être en réalité l’allemand Marie-Veronika, ce navire transportait les éléments d’une rotative Heidelberg destinée à un quotidien qui se montait alors à Santiago avec des capitaux théoriquement panaméens, Vanguardista Internacional. Interrogé pour avis, Jean Zay fit débarquer à Casablanca cette rotative qui fut installée à Bab-el-Oued, dans un entrepôt de L’Écho d’Alger. Le potentiel d’impression de la nouvelle capitale française en fut presque multiplié par deux.
Enfin, à l’exception des quotidiens nationaux, tous les organes de presse sont invités à désigner un journaliste – ou plusieurs – qui suivra le gouvernement en AFN et, pour ainsi dire, deviendra auprès de lui l’ambassadeur de son journal.

D – Le long terme : impossibilités et impondérables.
Selon La Chalp et Arvieux, qui complètent les archives de Brunissard par les carnets de Jean Zay, le ministre et Laroque avaient également tracé à grands traits une ébauche d’action pour la phase suivant le Grand Déménagement. Ils furent contraints d’y renoncer et de repartir de zéro par plusieurs facteurs qu’ils n’avaient pas pu imaginer au départ :
- la présence de nombreux journalistes, et pas des moins talentueux (Ferdinand de Brinon, Paul Marion, Philippe Henriot, Jean-Hérold Pâquis, Robert Brasillach, entre autres), dans la camarilla de Pierre Laval et dans sa mouvance ;
- le refus de certains journaux de “s’exiler” de l’autre côté de la Méditerranée. C’est ainsi que le journal de qualité par excellence, Le Temps, propriété du Comité des Forges, se borne à s’installer à Lyon et continue de paraître jusqu’à la Libération avec l’accord de l’Occupant et ses subsides (versés par l’intermédiaire du gouvernement Laval). Pire encore, le plus influent des magazines, L’Illustration, reste à Paris et met sa qualité de forme à la disposition du nazisme et de la Collaboration ;
- la reparution, sous l’égide des autorités d’occupation allemande, de plusieurs titres pourtant évacués. Dès le 20 août, par exemple, les kiosques de Paris, et le 21 ceux de province, mettent en vente un Paris-Soir, un Matin et un Petit Parisien. Ces journaux, tenus en lisière par la Propagandastaffel allemande et par la Censure de Laval, sont réalisés par des journalistes qui ne voient aucune raison de ne pas exercer leur métier. Dans les mêmes conditions, L’Auto, le quotidien sportif, devient un hebdomadaire publié tous les vendredi.
Néanmoins, Zay et Laroque s’en tiennent à leur ligne: La France continue le combat et ce ne sont pas quelques traîtres qui empêcheront les Français d’être informés.
Le 18 août 1940, le noyau dur du ministère de l’Information, à peine évacué sur Alger, s’est logé, à côté des Affaires étrangères, dans des bureaux du Gouvernement général. Havas tourne à plein rendement vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La Radio nationale et le Poste parisien se partagent l’émetteur de Tipasa (bien reçu en Métropole, surtout le soir et la nuit, jusqu’à la hauteur d’une ligne Évian-La Rochelle) et deux cent cinquante journalistes “repliés” sont prêts à reprendre la plume.
« Le temps des escarmouches est terminé, note le 20 août Jean Zay dans ses carnets. Le temps des batailles commence. »
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Casus Frankie

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patzekiller



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MessagePosté le: Dim Juil 13, 2008 19:25    Sujet du message: Répondre en citant

NB : ne pas oublier de citer je suis partout dans ceux qui vont reparaitre et collaborer puisque JL va s'en servir de couverture Wink
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Juil 13, 2008 19:27    Sujet du message: Répondre en citant

patzekiller a écrit:
NB : ne pas oublier de citer je suis partout dans ceux qui vont reparaitre et collaborer puisque JL va s'en servir de couverture Wink


On a parlé de son interdiction, c'est vrai qu'on peut signaler qu'il va reparaître !
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Martel



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MessagePosté le: Dim Juil 13, 2008 22:21    Sujet du message: Radio,....avant Radio Alger Répondre en citant

Bonsoir,

Comme le sujet de la radio, et de la future télévision a été très légèrement abordé le 24 décembre 1940,

cf :

Citation:
Dans les studios de Radio Alger, le Père Noël est déjà passé. Les équipes “déménagées” de la CSF-SFR ont en effet installé là des équipements ultra-modernes qui ont transformé cette modeste station de radio en une arme redoutable dans la guerre des ondes que se livrent les Alliés et l’Axe et dont un des enjeux est l’information de la métropole occupée. Huit jours plus tôt, Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, est venu lui-même inaugurer les nouveaux studios en présence d’Alfred Jules-Julien, ministre des PTT en titre. Longtemps titulaire du ministère en question, Mandel n’a en effet laissé à personne le soin d’inaugurer les installations et d’annoncer la poursuite des travaux commencés dans les années 30 sur la Radio-diffusion française (RDF).[4] Ces travaux continuent en effet sous la direction de René Barthélémy (qui créera en 1943 le standard français de diffusion télé en noir et blanc, soit 819 lignes, alors que les Anglo-Américains choisiront 625 lignes).


Cela appelle quelques commentaires et observations :

1) Jean Zay en tant que ministre de tutelle devrait logiquement être présent
2) les équipes de la CSF-SFR vont probablement être celles chargées de mettre en état le matériel et les antennes achetées aux USA
3) même si la RDF est balbutiante, on pourrait peut être parler de son évacuation

4) Mandel en tant ministre de PTT est le véritable père organisateur de la radiodiffusion moderne française.

En s’appuyant sur le rapport d’un jeune « X » de 29 ans directeur de la radio diffusion Marcel Pellenc, il va créer le réseau le réseau national de radio diffusion qui pour le citer était avant son arrivée en état « d’incomplète organisation » et pour répondre à son mot d’ordre de l’époque devait aller vers les 2 tryptiques « Ordre, autorité, radio » et « qualité intérêt et diversité ».
En vrac on peut citer :
-Passage du poste émetteur national de 80 à 150 kw
-Création de plusieurs postes émetteurs régionaux de 100 kw ( à saboter consciencieusement je pense)
-Passage de radio paris à 200 Kw
-Réorganisation du « poste colonial » sur ondes courtes (sorte de radio France international avant l’heure).
Le 14 septembre 1935, Radio colonial émettait en anglais, espagnol, italien, portugais, arabe et polonais. Ses installations basées à Noyant sur Allier au centre de la France comprenaient 5 emetteur dont deux de 100 Kw. ( à saboter et/ou déménager)

Son objectif était double, je cite Mandel : « en quelques secondes jusque dans nos possessions les plus lointaines, il sera permis à nos concitoyens d’entendre la voix de la France et d’apprendre avec exactitude ce qui se passe dans leur patrie. En outre les messages étant lancés en plusieurs langues, les peuples étrangers pourront prendre contact, chaque jour avec le nôtre ».


Il ne suffit pas d’émettre encore faut il écouter ce que les autres émettent. Comme il l’a indiqué dans un rapport au président de la république, « la France était sourde». En 1935 également, ont été crées le centre de réception et d’écoutes installé dans 3 casernes du kremlin bicetre pour capter les émissions françaises et étrangères et le centre d’enregistrement installé rue françois 1er à Paris pour permettre la retransmission en direct ou en différé de ces émissions. ( ces installations sont a déménager et/ou détruire)

Bonne nuit

Martel
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"Enfin le cardinal a terminé son sort.
Français, que dirons nous de ce grand personnage ?
Il a fait la paix, il est mort :
Il ne pouvait pour nous rien faire davantage. "
Epithaphe anonyme du Cardinal de Mazarin.
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Intosh



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MessagePosté le: Mar Juil 15, 2008 14:49    Sujet du message: Répondre en citant

Pourquoi ne pas donner à Radio Alger un nom plus national comme "Radio France" ou éventuellement "Radio France Libre".

Quitte à rajouter qu'il s'agit de "Radio France émettant d'Alger, capitale (provisoise) de la France Libre"...

Je ne sais pas si la notion de "France Libre" et de "France Occupée" sont des notions FTL...

Ce nom avant-garde de Radio France permettra d'éviter que la propagande lavaliste se déchaîne contre la "radio des Africains".

Sinon si les émissions radios d'Alger ne couvrent qu'une partie sud de la France, les émissions pourraient être relayés par la BBC pour la partie nord, et s'il est impossible de diffuser en direct de Londres en provenance d'Alger, pourquoi ne pas avoir une filiale de Radio France basée à Londres.

"Radio France émettant de Londres, capitale de l'Europe Libre"...

Ce qui laisse entrevoir une amusante rivalité entre le personnel de Londres et celui d'Alger, une fois venue la Libération.

Cette division de Radio France pourrait d'ailleurs se faire en clivage politique, les "européens" à Londres qui baignent dans un environnement qui laisse la place belle à une construction européenne née de la solidarité de la guerre, et les "moins européens" à Alger...

Radio France Londres pourrait d'ailleurs laisser une partie à son temps d'antenne aux européens francophones.

Imaginez un programme qui parle de l'histoire française avec un historien polonais francophone fan de Napoléon débattant avec un Belge (moins fan de Napoléon), ou un temps d'antenne laissé à des Allemands ou des Autrichiens anti-nazis ou des Italiens anti-fascistes pour expliquer que l'Allemagne ou l'Italie ne sont pas que des occupants en uniforme.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 15, 2008 17:47    Sujet du message: Répondre en citant

Intosh a écrit:
Imaginez un programme qui parle de l'histoire française avec un historien polonais francophone fan de Napoléon débattant avec un Belge (moins fan de Napoléon), ou un temps d'antenne laissé à des Allemands ou des Autrichiens anti-nazis ou des Italiens anti-fascistes pour expliquer que l'Allemagne ou l'Italie ne sont pas que des occupants en uniforme.


Bonne idée, qu'il faudrait adapter à OTL 2008 et repasser à ces Messieurs-Dames de Bruxelles.
Histoire de se souvenir que l'Europe, ce n'est pas QUE une histoire de sous.
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Casus Frankie

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Jan 12, 2009 19:59    Sujet du message: L'Info ne s'arrête jamais Répondre en citant

Nouvelle livraison des nouvelles du monde de l'Information. Et rédigé par qui ? Mais par Menon-Marec bien sûr !

16 octobre 1940
Barcelone
Le consulat général de France reçoit dans un paquet anonyme, déposé pendant la nuit dans la boîte aux lettres sans que les gardes civils de faction s’en soient émus, un exemplaire de trois journaux clandestins – une feuille recto-verso, à la vérité, dans chaque cas – publiés en France occupée.
Le premier, Le Patriote d’Auvergne, évoque par certains côtés La Montagne, le grand quotidien du Massif Central proche du Front populaire. Encore plus anti-italien qu’opposé aux Allemands, L’Allobroge, à en juger par son style, n’a pas été rédigé par des journalistes, mais plutôt, sans doute, par des officiers des troupes alpines. Enfin, La Liberté de Bretagne, qui affirme posséder des bureaux à Rennes, Brest, Quimper, Saint-Brieuc, Morlaix et Nantes, se présente sans ambages comme « le journal des Bretons qui veulent dire merde aux Boches ». Le Patriote d’Auvergne revendique une parution hebdomadaire, tandis que la Liberté de Bretagne s’affirme mensuelle. Plus réaliste, peut-être, l’Allobroge paraîtra « aussi souvent que nécessaire » à condition, reconnaît-il, que ses auteurs « soient toujours en liberté ».
Saisissant toute l’importance de ces quelques feuillets, le consul, Jacques Dumaine [Diplomate de haut vol, Jacques Dumaine sera notamment chef du Protocole après la guerre. L’importance de l’Espagne après le Grand Déménagement a poussé le Gouvernement à y nommer des personnalités de poids, à commencer par André François-Poncet à l’ambassade de Madrid.], emporte personnellement les trois journaux à Madrid dans la journée au volant de sa Traction. Le soir même, ils sont mis dans la valise diplomatique qui part pour l’AFN via Lisbonne. Alger prendra connaissance du Patriote d’Auvergne, de l’Allobroge et de la Liberté de Bretagne dès le soir du 18 octobre.


17 octobre 1940
Londres
Conclusion d’un Memorandum of Understanding à titre temporaire entre la BBC et la Radiodiffusion Nationale. Il prévoit notamment que la BBC mettra à la disposition de son homologue française deux émetteurs ondes moyennes puissants et un émetteur ondes courtes de faible rayonnement destinés à la retransmission de ses programmes sur le nord de la France à partir de la Grande-Bretagne, en attendant l’entrée en service des émetteurs ondes longues et ondes courtes de Tipasa, qui n’est pas prévue avant mars 1941 [Commandé à la General Electric sur le modèle de l’émetteur d'Allouis, le matériel devrait être débarqué à Casablanca dans le courant de janvier 1941, puis monté et testé en deux mois environ.] au plus tôt. En contrepartie, la BBC pourra utiliser l’un des deux émetteurs ondes moyennes de Tunis pour desservir Malte si la station de La Valette était détruite par les Italiens, et, en cas d’agression espagnole, recourir à l’émetteur d’Oran pour arroser Gibraltar.
À la demande de Winston Churchill, un protocole secret a été joint au mémorandum. Il stipule que Français et Britanniques étudieront, à partir de janvier 1941, la mise en commun de certains moyens pour monter des programmes de contre-propagande à l’attention des forces allemandes d’occupation en France, en Belgique et dans les Pays Bas. Dans la même veine, on prévoit des émissions adressées aux troupes italiennes, dont on pense le moral atteint par les défaites en Libye.


20 Octobre
Berlin
Simon Arbellot est venu signer, en présence de Josef Goebbels lui-même, une série de Verständnisse (ententes) avec Gustav Albrecht, le directeur du DNB (Deutsches Nachrichten Büro), l’agence de Presse du Reich, et Kurt Ruhland, chef du département photo du ministère de la Propagande (Bildkreis der PK Stiftung). Grâce à ces accords, Havas-OFI pourra utiliser « librement » – dans le respect des consignes de la Censure, s’entend – les clichés diffusés dans le Grand Reich par le DNB et le Propaganda Ministerium. En échange, Havas-OFI versera à ses fournisseurs allemands un abonnement annuel fixé à 5 000… livres sterling (!), payable dans la monnaie britannique (!!), à charge pour l’agence de la place de la Bourse d’obtenir de la Banque de France une allocation de devises (!!!). Cette somme, font valoir ses interlocuteurs à Arbellot, est l’équivalent exact de la redevance payée avant la guerre à l’agence américaine AP par Havas pour l’exclusivité de ses photos. Ils n'insistent pas sur le fait que le Reich cherche, par tous les moyens, à se procurer des monnaies étrangères pour répondre à toutes sortes de besoins.
Le soir, un dîner de gala est organisé à l’hôtel Kaiserhof, où le Führer avait ses habitudes avant 1933, en l’honneur du patron d’Havas-OFI, rejoint par Jean Luchaire qui fait fonction de président de son conseil d’administration et ne manquerait pour rien au monde l’occasion de faire sa cour aux puissances de Berlin. Luchaire, comme à l’habitude, est accompagné de sa fille Corinne, l’actrice dont il voudrait faire une star. Par une attention particulière de Goebbels, Arbellot reçoit pour voisine de table Zarah Leander, la vedette suédoise du cinéma nazi, dont la plastique, la carnation et la chevelure obéissent aux canons de la beauté nordique si prisée par les SS et si recherchée par les anthropologues du régime.
Voulant mettre à profit les bonnes dispositions de ses hôtes, Arbellot demande à Josef Goebbels de s’entremettre pour la libération de l’écrivain et journaliste Robert Brasillach, qui moisit dans un Stalag. Libre, Brasillach, explique-t-il, redeviendrait le rédacteur en chef de Je Suis Partout et appartiendrait, de droit, au conseil d’administration d’Havas-OFI. Le ministre se borne à promettre à Arbellot d’entreprendre des démarches en ce sens, sans s’engager, car, souligne-t-il, les prisonniers ne relèvent que de l’état-major de la Wehrmacht qui, en théorie, peut seul décider de leur sort.


22 octobre
Paris
Un rapport confidentiel des Renseignements généraux de la Préfecture de Police à Pierre Laval signale que quelques militants communistes ont distribué à la sauvette, dans les couloirs du métro Saint-Lazare, des exemplaires de l’Humanité – soit quatre pages recto-verso tirées au stencil et agrafées à la diable. Pour l’essentiel, le journal, sous le titre « Vive le Front Rouge », en appelle, en vue d’une paix durable, à la solidarité des classes ouvrières de France et d’Allemagne. L’opération a été si rapide, avoue piteusement le rapport, que les forces de l’ordre, pourtant alertées sur le champ par de bons citoyens, n’ont pu procéder à aucune arrestation.


23 octobre
Alger
Arrivée, via l’Espagne – ou peut-être par la Suisse, en empruntant des voies que seuls doivent connaître le Bon Dieu, le colonel Masson et le 2e Bureau – d’un brûlot anonyme, Conseils à l’Occupé. En une trentaine de maximes de belle encre, ce texte émouvant, rédigé sans doute dès fin septembre, offre aux Français de France un code de dignité face aux Allemands.
Jean Zay saisit l’occasion. Havas Libre et Reuters, puis les agences américaines, vont donner aux Conseils à l’Occupé une audience mondiale. Ils seront ensuite repris par tous les journaux d’AFN. Radio Alger prendra l’habitude de citer l’un des “conseils” dans chacun de ses bulletin d’information. Le général de Gaulle voit lui aussi toute l’importance de ce texte et ordonne à l’Armée de l’Air, toujours prompte à crier misère – à bon et à moins bon escient – d’utiliser un peu de son potentiel pour lâcher sur la Métropole des dizaines de milliers de tracts qui en reproduisent l’essentiel.
Dans la bonne société qui se reconstitue dans la capitale provisoire de la France, tâcher de deviner l’auteur des Conseils à l’Occupé devient un jeu très à la mode durant les dîners et autres raouts. Quel est l’écrivain qui possède une plume aussi acérée ? se demande-t-on. Henry de Montherlant ou Marcel Jouhandeau se seraient-il déjà lassés des blonds guerriers aryens ? Est-ce un homme de gauche, ou, au contraire, un patriote de droite ? François Mauriac ou André Gide ? Max Jacob ou Sacha Guitry ? Jean Giraudoux aurait-il pu faire sortir quelques écrits de son internement ? Paul Morand, à qui l’on prête plus d’idées que de convictions, a-t-il exécuté là une des pirouettes intellectuelles dont il s’est vanté parfois de posséder le secret ? Les paris vont bon train et meublent les conversations [Il faudra attendre juillet 1941 pour savoir que les Conseils à l’Occupé ont été écrits par Jean Texcier, jusque-là peintre, illustrateur et journaliste relativement obscur.] .


2 novembre 1940
Alger
Apparition ce samedi de la signature d’un nouveau venu, Raymond Aron, dans les colonnes du Figaro.
Quelques initiés seulement savent que ce Normalien, major en 1928 de l’agrégation de philosophie, a observé sur place la montée du nazisme en Allemagne. Il y a aussi découvert la phénoménologie d’Husserl, dont il entreprend de faire une synthèse originale avec la pensée libérale de Tocqueville. Mobilisé comme sergent infirmier dans une unité de chars, il a été une semaine plu tôt mis en disponibilité dans les règles – l’affaire Salengro a laissé des traces, et personne ne veut laisser à Gringoire ou à Je Suis Partout l’occasion de monter une campagne de haine – par le ministère de la Défense, à la demande de Pierre Brisson appuyé par Jean Zay.
Intitulé avec sobriété « Une guerre, deux combats », l’article analyse sans passion, du ton d’un éditorial, ou presque, la situation politique et militaire en Métropole. « Pendant que nos armées poursuivent les opérations outremer, écrit Aron, et se préparent déjà à libérer la totalité du territoire national – dans une certaine mesure, il importe peu aujourd’hui que ce soit dans deux semaines ou dans quatre ans – tous les Français de France sont appelés à poursuivre la lutte. Les uns, en uniforme ou en civil, se battront les armes à la main, d’autres recueilleront des renseignements. Il en est déjà, nous dit-on, pour cacher dans les greniers et les granges des cartouches et des grenades, des fusils et des mitrailleuses, voire des camions. Certains ont entrepris de contrer la propagande des occupants et de Pierre Laval par des tracts ou des feuilles clandestines. Beaucoup, industriels ou paysans, livrent une bataille de chaque jour en refusant de satisfaire, serait-ce au prix de l’or, les appétits des Allemands et de leurs fantoches, si attentifs à piller le pays grâce aux profits sans limites qu’ils retirent des soi-disant frais d’occupation. Presque tous, une multitude au vrai, sans distinction d’âge, de sexe, ni de classe sociale, apprennent (et ils l’apprennent vite) à traiter par le mépris ceux qui croient les opprimer. »
Le philosophe précise sa pensée : « En bref, il y a là-bas, chez nous, et c’est ce qui va compter très bientôt, mille et une formes de résistance, comme il est, de la part de l’occupant et de ses valets, mille et une formes d’oppression, de la plus sournoise à la plus brutale, à l’attention du plus vénal comme du plus sot, pour le pacifiste à tous crins et pour le plus pur des patriotes. »
Et Aron de conclure : « Sans doute ce vocable mériterait-il désormais une majuscule, comme en hommage à ceux qui mènent les batailles de l’ombre dans cette nuit brune qui s’est abattue, avec, hélas, la complicité de Français dévoyés, de Dunkerque à Port-Vendres et de Brest à Strasbourg : écrivons donc la Résistance. »
Le mot, ici employé pour la première fois dans un tel contexte, va connaître un succès universel.


4 novembre 1940
Alger
Non publié à l’Officiel, un décret de Paul Reynaud préparé par Jean Zay accorde un statut particulier aux Dernières Nouvelles d’Alsace, à l’Est Républicain et au Républicain Lorrain, ainsi qu’à quelques feuilles locales, dont les Allemands, qui annexent à nouveau, en catimini, l’Alsace et la Moselle, ont empêché la parution. Les rédactions des trois quotidiens, pour une part repliées en AFN, vont bénéficier des mêmes facilités financières et techniques que les journaux nationaux, avec un tirage limité à 2 000 exemplaires cependant. Il sera suggéré à la Radiodiffusion nationale et à Havas Libre – Jean Zay préfèrera toujours recourir aux suggestions plutôt qu’à des consignes – de citer leurs éditoriaux et leurs articles aussi souvent que ceux des organes nationaux, d’AFN ou de l’Empire.
On notera vite, à la surprise générale, qu’il y a assez d’Alsaciens et de Lorrains en AFN pour que chaque édition soit intégralement vendue, si bien que le ministère des Finances finira par donner son accord pour porter l’allocation de papier à 2 500 exemplaires à partir de janvier 1941. Le Trésor est pourtant attentif à l’emploi de chaque cent de chaque dollar et de chaque penny de chaque livre, et réticent, par habitude autant que par nécessité, à desserrer les cordons de la bourse de l’État – outre que le papier coûte cher. Mais Vincent Auriol s’est plié aux consignes de Paul Reynaud qui, à la demande de Jean Zay, a fait remarquer : « Mon cher ministre, un geste utile à la Patrie devient quelquefois une bonne affaire. »


8 novembre 1940
Paris
Xavier Vallat est nommé à la tête du Commissariat général aux Questions juives que vient de créer Pierre Laval, qui ne voyait pourtant pas la nécessité d’une administration sur ce sujet, à la demande pressante des Allemands. Il doit abandonner ses fonctions à la direction de Je Suis Partout, mais il a tenu à y conserver cependant son poste d’éditorialiste. De fait, il donnera au moins à son journal deux papiers par semaine, qui auront la réputation de refléter la pensée même du Pouvoir.
« Je n’aurais quand même pas voulu, explique-t-il à ses proches, laisser le champ libre à Béraud et à Cousteau » c’est à dire à Gringoire : chez les “Nationaux”, jusqu’au sein même du “gouvernement”, les haines demeurent vigilantes.


10 novembre 1940
Alger
Pour la première fois, l’humoriste Pierre Dac intervient sur les ondes de Radio Alger. Dac, ancien combattant de la Première Guerre mondiale et fondateur, en 1938, de l’hebdomadaire loufoque L’Os à Moelle, est passé par l’Espagne où il a été questionné, sans le moindre égard, par la Guardia civil, puis emprisonné deux mois dans le sinistre cárcel penal de Tolède baptisé el Caracol (d’où l’on a du moins, en se hissant jusqu’au vasistas de certaines cellules, une vue sans égale sur la vallée de l’Èbre qui aide à oublier les poux, les rats et autres bestioles, sans compter les injures des geôliers phalangistes). Il en a profité pour apprendre un peu d’espagnol, imaginer la trame d’un roman radiophonique d’inspiration surréaliste [Développée après la guerre en collaboration avec Francis Blanche, cette esquisse donnera Malheur aux barbus, puis Mangez de la salade et enfin le célébrissime Signé Furax. Ces feuilletons, interprétés dans la joie – dans la rigolade, plutôt – par une pléiade de comédiens peu conformistes, et « mis en ondes » par un farceur d’élite, Pierre-Arnaud de Chassy-Poulay, feront les beaux jours de la radio des années 50 (Paris Inter) puis des années 60 et du début des années 70 (Europe n° 1).], et lutter contre sa tendance à l’embonpoint. Pierre Dac va tourner désormais sa verve contre les exactions des occupants et, davantage encore, contre les partisans de la collaboration avec le nazisme, à commencer par Philippe Henriot, avec qui il aura force duels à distance : l’humour contre l’éloquence.


17 novembre 1940
Dakar
Une lettre “personnelle et confidentielle” de Jean Zay au gouverneur général de l’AOF l’approuve d’avoir décidé l’interdiction du Trait d’Union, hebdomadaire d’inspiration plus PC que SFIO, publié à Abidjan par quelques “évolués” de Côte d’Ivoire.
Signé par un certain Félix Houphouët-Boigny, médecin indigène devenu planteur de cacao, de café et de caoutchouc, l’article qui a déclenché les foudres officielles dénonçait les conditions de recrutement des tirailleurs africains depuis 1939 et, plus encore, depuis 1940. Sous le titre « Les nouveaux négriers », Houphouët-Boigny écrivait : « À qui fera-t-on croire qu’ils sont tous volontaires pour mourir à la place de nos maîtres blancs, ces malheureux que leurs sous-offs sans vergogne entraînent comme du bétail (ou comme des esclaves), les mains liées, vers les casernements ? Ils ne sont pas recrutés, ni même mobilisés. Non, ils sont racolés. Tout juste si les chefferies et les chaouchs des commandants de cercle ne les vendent pas aux cochons grattés. [De même que leurs congénères de Corse, les porcs africains sont noirs. Mais lorsque l’on gratte leur couenne, elle apparaît rose et blanche comme la peau des Européens. “Cochon gratté” est une expression péjorative alors utilisée par les Africains d’AOF et d’AEF pour désigner les Blancs. Elle subsiste encore au Cameroun.] »
« Sur ce sujet-là, particulièrement, notre attachement à la liberté ne saurait aller jusqu’à tolérer que vienne à se développer de l’agitation, ni non plus à permettre que se manifeste le moindre soupçon d’opposition entre les Européens et les Noirs, écrit Jean Zay. Il y va, comme vous le souligniez, de l’unité de l’Empire, aujourd’hui plus indispensable encore que jamais. »


18 novembre 1940
Paris
La Propaganda Staffel [Il faut rappeler que la Propaganda Staffel, installée au 52 Champs-Élysées, n’est que l’échelon régional de la Propaganda Abteilung dépêchée de Berlin par le Propaganda Ministerium, avec compétence pour la totalité de la France occupée, dont le siège est à l’hôtel Majestic.] fait intercepter à l’imprimerie tous les exemplaires de l’Action Française. Le motif de cette saisie n’est pas connu, mais il semblerait que les occupants n’ont pas apprécié l’éditorial de Charles Maurras qui continuait de se réclamer de son « nationalisme intégral » pour prôner ce lundi, non sans quelque ingénuité, « des solutions vraiment françaises aux problèmes français ». Sur la question juive, en particulier, Maurras se prononçait en faveur du renforcement de la législation d’exception « sans pour autant négliger de faire leur part, et toute leur part, à nos traditions chrétiennes et à l’héritage de nos rois ».
Cette prise de position aurait été estimée trop laxiste par l’occupant. On reprocherait à l’Action Française une attitude davantage de nature, ne serait-ce que par naïveté, à faciliter le maintien de l’influence des juifs dans la vie politique, économique, financière, culturelle et sociale qu’à favoriser l’élimination des sémites de l’élite du pays.
« Le père Maurras, il tournerait youpinophile que ça m’étonnerait pas » a diagnostiqué, de son ton populacier, Paul Marion qui, à l’instar de Jacques Doriot, aime toujours à rappeler son appartenance de naguère au PC devant un verre de muscadet et une douzaine de belons, chez Charlot, “le roi des coquillages” de la place Clichy. « Faut se la donner sévère de ce vieux croûton et de ses fleurs de lys. Réac un jour, réac toujours. »
Certains, toutefois, rappellent avec plus de lucidité que les autorités allemandes n’ont jamais cessé, non sans quelques raisons, de soupçonner Maurras de germanophobie maladive, dans la veine illustrée par Jacques Bainville. D’autres jugent qu’elles ont d’abord voulu lancer un avertissement général à la presse de Paris, aussi favorable soit-elle à la collaboration avec le Reich, et lui marquer sans ambiguïté les limites à ne pas dépasser sous peine de se voir frappée d’interdiction.


21 novembre 1940
Washington
Alexis Léger, ancien secrétaire général du Quai d’Orsay, qui vient de prendre le poste d’ambassadeur de France aux États-Unis, indique à la Rue Michelet, dans l’un de ses premiers télégrammes, que le Département d’État demande à recevoir l’intégralité du service d’Havas Libre destiné à l’Amérique du nord et aux Antilles. Léger ajoute que, sur instructions venues de la Maison Blanche, semble-t-il, Cordell Hull s’est dit disposé à régler son abonnement au même tarif qu’un ministère français – et en dollars payables à Alger.
« En attendant la conclusion d’un contrat en bonne et due forme, ce qui ne saurait tarder – du moins me crois-je en droit d’espérer que le chef des bureaux d’Havas aux États-Unis fera diligence – j’ai jugé bon, écrit Léger, de faire livrer quatre fois par jour un carbone de la copie d’Havas à nos interlocuteurs, à titre gratuit, bien entendu. »
Cette dernière notation lui vaudra les remontrances de Paul Reynaud : « Je vous saurais gré de n’oublier jamais que la générosité des États-Unis, dont la France ne saurait se dispenser dans la conjoncture d’aujourd’hui, ne s’accompagne d’aucune facilité de paiement. Ils nous vendent sans restriction, tant mieux pour nous, ce que nous leur achetons sans limite, tant mieux pour eux. S’il est vrai que nous pouvons trouver chez nos amis d’outre-Atlantique tout ce qui nous fait défaut, nous payons rubis sur l’ongle. Vous voudrez bien, je vous prie, tenir la main, vous-même et vos collaborateurs, à le marquer toujours à vos interlocuteurs. »


25 novembre 1940
Paris
Une note préparée pour Pierre Laval par les services du ministère de l’Information, dont il détient, parmi tant d’autres, le maroquin, fait le point sur la situation de la Presse française, jugée « globalement satisfaisante, en apparence, mais en réalité préoccupante : de nature, en fait, à nécessiter au plus vite des remèdes de cheval ».
À Paris, selon cette note, le nombre des quotidiens est aussi élevé qu’en 1939, alors que celui des hebdomadaires a augmenté (ne serait-ce que dans la mesure où chaque groupe et groupuscule politique favorable au nouveau gouvernement a tenu à publier le sien). Mais on doit relever l’érosion du lectorat : « Si la population de la capitale a diminué du fait de la guerre, aucun des quotidiens n’a retrouvé son pourcentage de lecteurs », même Paris-Soir, le Jour ou le Petit Parisien qui s’adressent au public populaire, ni L’Œuvre où Marcel Déat tient la plume. Ces journaux-là, d’ailleurs, ne peuvent se passer des subventions du pouvoir, étranglés qu’ils sont par la baisse de la publicité et l’effondrement des petites annonces. Il est vrai que les études réalisées à partir du “contrôle postal” révèlent un public parisien de 1940 « souvent persuadé que la presse écrite a encore partie liée avec le bourrage de crâne et attentif aux journaux radiophoniques d’abord ». La note souligne, à ce sujet, l’audience dont bénéficie la radio suisse : « Sottens est très écouté et il faudra rapidement mettre en œuvre, sur Radio Paris comme sur les autres postes nationaux, les moyens de contrer un René Payot à qui on doit impérativement clouer le bec ».
Pour les hebdomadaires et les autres périodiques, la situation semble pire encore. À la seule exception de L’Illustration, de Gringoire, de Je Suis Partout et de Comœdia, très lus, qui ont gardé leurs fidèles et parviennent à peu près à équilibrer leur budget, et sans parler de la NRF, tous ne peuvent survivre que grâce aux subsides du gouvernement et quelquefois aux enveloppes distribuées, sans grand souci de discrétion, par l’ambassade du Reich.
Le tableau se présente sous d’autres couleurs en province où les quotidiens gardent, à peu de choses près, autant de lecteurs. Ils continuent de jouir du flux – « assez régulier », selon la note – de la publicité régionale ou locale. Par contre, sauf dans le Midi de la France, les rédactions ont adopté une attitude attentiste, préférant consacrer leurs colonnes à des articles de tonalité neutre, voire au sport en dépit de la quasi disparition des compétitions internationales, plutôt qu’à des éditoriaux : « la pénurie de papier justifie bien des abstentions ».
Sans se référer explicitement aux mesures décidées par Jean Zay, la note appelle Laval à promouvoir une Charte de la Presse qui allègerait d’abord les charges de fabrication : gratuité des abonnements à Havas-OFI ou subventions sur les salaires, par exemple.


9 décembre 1940
Paris
Robert Brasillach, libéré l’avant-veille par décision du Führer, arrive gare du Nord. Il y est accueilli par sa sœur Suzanne et son beau-frère Maurice Bardèche, ancien comme lui de Normale Sup et, comme lui, critique et historien du cinéma.
Dès le lendemain, comme Pierre Laval l’avait lui-même promis à Otto Abetz, l’ours de Je Suis Partout portera la mention « Rédacteur en chef : Robert Brasillach ».


10 décembre 1940
Alger
Le général de Gaulle, ministre de la Défense, adresse un mémorandum secret à Albert Lebrun, président de la République, à Paul Reynaud et Roland de Margerie, ainsi qu’à Vincent Auriol, Georges Mandel, Raoul Dautry et Jean Zay. Une copie est transmise à Léon Blum.
« Sans méconnaître, écrit De Gaulle, les qualités de plusieurs des journaux repliés en AFN, Le Figaro et L’Écho de Paris notamment, je déplore, ne serait-ce qu’à raison des nécessités de la guerre, l’absence dans notre Presse d’un journal de référence, susceptible, en fait, de reprendre le rôle que jouait naguère Le Temps. Il nous faut disposer à nouveau, pour les Français et pour l’Étranger, d’un organe qui diffusera les positions exactes de notre gouvernement. »
« Tout doit être entrepris, ajoute le Général, pour réunir à Alger une équipe de journalistes incontestables capables d’assurer au plus vite et au mieux cette tâche nationale dont l’importance ne vous échappe pas. » Jointe au mémorandum, une lettre personnelle à Jean Zay, avec copie pour Auriol, lui demande de faire étudier le coût du lancement du journal que De Gaulle appelle de ses vœux.


15 décembre 1940
Alger
Le capitaine de réserve Maurice Schumann, ancien journaliste à L’Aube, quotidien de tendance démocrate chrétienne dans la filiation du Sillon de Marc Sangnier, rejoint, comme porte-parole du Gouvernement, les équipes de la Radiodiffusion nationale.
C’est lui qui aura la mission parfois ingrate de lire les communiqués officiels, qui n’annoncent pas que de bonnes nouvelles. Mais aucun de ceux qui l’ont entendue n’oubliera la voix de Schumann proclamer au micro, avant l’intervention d’un des membres du Cabinet : « Honneur et patrie, voici le général de Gaulle, ministre de la Défense » ou « Honneur et patrie, voici Monsieur Georges Mandel, ministre de l’Intérieur ».


26 décembre 1940
Alger
Départ pour Londres de l’ancien chef du bureau d’Havas dans la capitale de l’empire britannique, Pierre Maillaud devenu Pierre Bourdan. Il a été choisi par le gouvernement, sur les conseils de Pierre Brossolette, pour travailler avec Sefton Delmer, le journaliste anglais d’origine australienne choisi par Churchill lui-même sur le conseil de Lord Beaverbrook, au lancement d’un programme d’émissions de fausses nouvelles et de contre-propagande destinées à l’armée allemande et aux troupes italiennes.
Ces programmes, ultra-secrets, n’ont pas encore reçu de noms. Dans les directives du 10 Downing Street, le Premier ministre, jamais en retard d’une appellation contrôlée, les qualifie de « black broadcasts ». En français, on prendra l’habitude de dire « les radios noires ».


1er janvier 1941
Alger
La Radiodiffusion nationale inaugure la nouvelle année avec une émission appelée à connaître un retentissement extraordinaire, “Les Français parlent aux Français”. Diffusé tous les soirs, de 20 h à 20 h 30, à l’heure du dîner, ce programme veut devenir le truchement d’un dialogue permanent entre le gouvernement et ceux qui continuent la guerre outremer, d’une part, et les autres, combattants ou non, d’autre part, qui, du fait des circonstances générales ou individuelles, par choix, par devoir ou, quelquefois, par malchance, sont demeurés sur le sol métropolitain.
“Les Français parlent aux Français” réunit les talents les plus divers, parfois les plus inattendus, ce qui lui confère un ton sans précédent. Il mêle des nouvelles qui complètent les trois journaux de Radio Alger, des propos à bâtons rompus, des clins d’œil, de l’ironie dans la veine des chansonniers – voire une dérision qui puise à la tradition du surréalisme, de la contre-propagande et, bientôt, des “messages personnels” à l’attention de la Résistance. De temps en temps, l’un des membres du gouvernement – parfois même le général de Gaulle – accepte de se prêter dans la bonne humeur à un interview.
L’équipe est dirigée par un comédien, poète à ses heures, neveu du metteur en scène Jacques Copeau, Michel Saint-Denis, qui prend le pseudonyme de Jacques Duchesne. Il a été rejoint par Pierre Dac bien sûr, mais aussi par le journaliste Yves Morvan, un colosse qui est devenu Jean Marin, par le peintre et illustrateur Jean Oberlé, par Jacques-Henri Cottance dit Jacques Brunius, un ex-membre du Groupe Octobre des frères Prévert, par André Diamant-Berger devenu André Gillois, et par un homosexuel flamboyant, peintre et dessinateur lui aussi, Maurice Van Moppès. D’origine anversoise, un ingénieur chimiste conduit au journalisme par le hasard de l’existence, Léopold Lobenberg dit Paul Loby, compagnon de route du Groupe Octobre à la fin des années 30, prépare dans les coulisses la partie information en suçant dix ou douze glaces à l’eau par jour.
L’indicatif de l’émission – quatre coups de timbale roulés sur le rythme de l’ouverture de la Ve symphonie de Beethoven, suivis de l’annonce “Ici Alger, les Français parlent aux Français” – demeurera à jamais dans la mémoire nationale et l’inconscient collectif.


12 janvier 1941
Alger
Tenue à jour par les services de Jean Zay, avec l’aide de la Défense et de l’Intérieur, la liste de la presse clandestine comprend maintenant vingt-six titres. Quatorze d’entre eux ont déjà publié au moins trois numéros, voire quatre ou cinq. Trois journaux, Combat, Libération et Franc-tireur, semblent s’être assuré une diffusion quasiment nationale. Ils paraissent liés à des mouvements, eux aussi clandestins, de résistance à l’occupant et au pouvoir de Laval, qui n’ont pas encore pris contact avec Alger. D'orientation, Combat relèverait d'une Droite patriote alors que Libération a sans doute des liens avec le syndicalisme non communiste. Franc-tireur, lui, se situerait dans la mouvance de la gauche de la SFIO.
Il faut sans aucun doute mettre à part une véritable revue, les Cahiers du Témoignage Chrétien, qui n’a encore connu qu’une seule livraison. Ces Cahiers – soixante pages ! – ont été tirés dans une véritable imprimerie, probablement dans la région de Lyon, sur un papier de qualité. À première vue, ils reflètent le point de vue d’une frange moderniste de l’Église qu’exaspère la passivité d’une hiérarchie dont la neutralité proclamée fait, en réalité, le jeu du gouvernement de Paris. Ils auraient été distribués à plus de cinq mille exemplaires. Quelques plaisantins feignent de s’interroger avec angoisse sur l’origine des textes : viennent-ils de la Compagnie de Jésus ou sont-ils l’œuvre de dominicains ?
On a relevé, par ailleurs, un phénomène qu’on peut espérer voir prendre de l’ampleur. Des crieurs traditionnels ont vendu en décembre sur les marchés de plein air, à Grenoble et à Gap, des dizaines d’exemplaires d’une édition falsifiée – ou parodique – du Petit Dauphinois, le quotidien des Alpes du sud. Sous le titre Le Dauphiné libéré, cette édition, qui reprenait la mise en page et les codes graphiques du Dauphinois, défendait dans ses articles l’action du gouvernement d’Alger, tandis que l’éditorial appelait à la lutte « par tous les moyens » contre les occupants et le Nouvel État Français. Policiers et gendarmes, a-t-on appris à Alger, ne sont intervenus, dans les deux cas, qu’avec la sage lenteur des carabiniers et ils n’ont pas paru mécontents de faire chou blanc.


16 janvier 1941
Alger
Sur l’ordre de Jean Zay, la Censure autorise Havas Libre et Radio Alger à mentionner une rumeur qui circule dans les “milieux autorisés” : le gouvernement préparerait un projet de loi « portant confiscation de droit, immédiate et sans indemnité », dès la libération de la France métropolitaine, des « journaux parisiens qui auraient continué de paraître après le 31 août 1940 sous l’égide du soi-disant Nouvel État Français ».
La dépêche d’Havas Libre précise que, dans une première rédaction, le texte ne visait que « les journaux continuant à paraître à Paris ». Mais Georges Mandel, aussi rancunier que Clemenceau, s’en serait ému. Il aurait exigé que le projet soit revu afin que sa formulation englobe Le Temps, toujours publié à Lyon.


19 janvier 1941
Paris
Pierre Laval soumet à Otto Abetz une liste de journalistes “nationaux”, en captivité en Allemagne depuis le printemps ou l’été 1940, dont il souhaite la libération immédiate.
« Je crois devoir faire remarquer au Reich, écrit Laval, que nous n’aurons jamais assez de talents, à Paris et en Province, pour combattre les menées des traîtres d’Alger. » Abetz se bornera à lui répondre qu’il doit en référer à Berlin.


22 janvier 1941
Alger
Pierre Brossolette nomme le journaliste Jean Queyras conseiller technique auprès de la direction d’Havas Libre. Restée confidentielle, la lettre de mission de Queyras lui assigne la tâche d’étudier avant le 15 avril 1941 le lancement d’un service photo international, couvrant l’AFN, l’ensemble de l’Empire et le reste du monde. Ce service devra pouvoir concurrencer, dans l’immédiat sur le marché de la Presse française d’AFN et, à l’avenir, en Métropole, les clichés que distribuent les agences américaines et britanniques à leurs abonnés. Sur le marché mondial, Havas Libre se donnera pour objectif d’égaler au moins la qualité, que force est à chacun de reconnaître, des photos allemandes.
Si les conclusions de Jean Queyras sont positives, ajoute la lettre de mission, le service photo international d’Havas Libre sera lancé dans la foulée, dans le but de livrer ses premières photos sur l’ensemble de la planète, avant tout dans les pays neutres, en moins d’une année, soit au 1er avril 1942 au plus tard.


30 janvier 1941
Vannes
Le journaliste Hubert Beuve-Méry, attentiste depuis sa démobilisation, a quitté Paris, prétendument pour se rapprocher de sa famille de Bretagne. En fait, il pense trouver dans l’Ouest les moyens de quitter la Métropole, peut-être à bord d’un bateau de pêche, dans le but de rejoindre Alger. Correspondant du Temps à Prague, Beuve-Méry en a donné sa démission en septembre 1938, en signe de protestation contre les accords de Munich.


1er mars 1941
Alger
Pierre Dac lance ce soir sur les ondes de Radio Alger une ritournelle que toute la France, avec le sourire, fredonnera bientôt sur l’air de la Cucaracha : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand (bis) ». Malgré la qualité de sa programmation, qu’Alger est bien forcé d’admettre, dans le domaine des variétés, du théâtre parlé et de la musique, jamais le premier des programmes radiophoniques de la Collaboration ne s’en relèvera tout à fait. [Certaines sources, y compris une interview tardive de Dac lui-même, affirment que la ritournelle ne fut lancée que le 1er avril (date oblige). En fait, de nombreux témoignages (dont le fameux Journal de Jacques Lelong) attestent de sa circulation dès le mois de mars.]
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loic
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MessagePosté le: Lun Jan 12, 2009 21:51    Sujet du message: Re: L'Info ne s'arrête jamais Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Simon Arbellot est venu signer ...

Et avec ce prénom, il n'a pas peur d'aller à Berlin ? Wink
D'ailleurs, il va falloir s'occuper du "cas" Mitterrand ...
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Martel



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MessagePosté le: Lun Jan 12, 2009 22:06    Sujet du message: Conhérence du 24/12/1940 Répondre en citant

Bonsoir,

Encore une fois, MM s'est surpassé...chapeau bas.
De fait il faut mettre en cohérence la note du 24/12/1940 sur la base de la production de MM :

1) Validité de ce qui a été écrit sur la mise en service du studio ultra moderne... là je laisse MM juge du caractère plausible de la chose.

Dans les studios de Radio Alger, le Père Noël est déjà passé. Les équipes “déménagées” de la CSF-SFR ont en effet installé là des équipements ultra-modernes qui ont transformé cette modeste station de radio en une arme redoutable dans la guerre des ondes que se livrent les Alliés et l’Axe et dont un des enjeux est l’information de la métropole occupée. Huit jours plus tôt, Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, est venu lui-même inaugurer les nouveaux studios en présence d’Alfred Jules-Julien, ministre des PTT en titre, et de Jean Zay, ministre de l’Information. Longtemps titulaire du ministère des PTT, Mandel n’a voulu laisser à personne le soin d’inaugurer les installations et d’annoncer la poursuite des travaux commencés dans les années 30 sur la Radio-diffusion française (RDF).[1] Ces travaux continuent en effet sous la direction de René Barthélémy (qui créera en 1943 le standard français de diffusion télé en noir et blanc, soit 819 lignes, alors que les Anglo-Américains choisiront 625 lignes).

Faut il y rajouter P Brossolette ?


2) Paragraphe à ajuster aussi puisque le slogan et la création des français parlent aux français est fixée en 03/1941 et en 01/1941

Je propose de supprimer ce qui est en gras et d'ajouter ce qui est italique. Neuneu

Avant même l’achèvement des nouveaux studios, l’équipe de Radio Alger, « La Voix de la France, de la France qui se bat, de la France Combattante ! » a lancé une véritable offensive, avec pour arme principale un ton impertinent et caustique en total décalage avec le style emphatique et solennel de la radio d’avant-guerre. Radio Alger a ainsi pris un net avantage sur les “Lavalistes” de Radio Paris – Radio Paris auquel s’attache déjà irrésistiblement le slogan vengeur inventé à Alger : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est Allemand ! »
Les services du BCRAM ont rapporté les réactions des Français et des Occupants. Preuve du succès de Radio Alger, Collabos et Allemands en interdisent l’écoute, brouillent les fréquences et promettent confiscation des postes et lourdes punitions aux auditeurs pris en flagrant délit. Mais rien n’y fait. Les fameux “messages personnels”, mais aussi les sketches, chansons, blagues et publicités détournées des nouveaux chroniqueurs Jacques Duchesne, Jean Oberlé, Pierre Bourdon, Maurice Schumann et Pierre Dac font mouche. Pour beaucoup de Français, ils représentent le seul rayon d’espoir.

En cette veille de Noël, les techniciens s’affairent pour préparer une émission spéciale en direct.
Maurice Schumann accueille les orateurs de cette soirée toute particulière.

Tout d’abord, à 20 heures, le Président du Conseil, Paul Reynaud, vient prononcer un message courageux et digne, évoquant l’Union Sacrée reconstituée, l’Alliance fraternelle des Peuples libres et « l’immense vague qui se lève du fond de l’Empire pour la Libération de la Patrie. » Le Président Lebrun prononcera un petit discours du même genre le soir du 31 décembre.

A 20h30, après quelques chansons (un mélange de chants patriotiques et de Noël, où Tino Rossi a la place d’honneur), une seconde allocution est prévue. Charles de Gaulle a en effet indiqué qu’il souhaitait s’adresser aux enfants. La nouvelle a passablement déconcerté – le Connétable parlant aux enfants ? Seuls ceux qui ont eu le privilège de l’apercevoir jouant avec sa fille Anne n’ont pas été surpris.

Honneur et patrie Vous allez maintenant entendre, annonce Schumann, le Général de Gaulle, ministre de la Guerre, qui s’adresse ce soir aux enfants de France....

Pour le reste rien ne changerait.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.

Martel
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Jan 12, 2009 22:21    Sujet du message: Répondre en citant

En effet, j'y pensais, merci de m'avoir simplifié la tâche.
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Benoit XVII



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MessagePosté le: Lun Jan 12, 2009 23:02    Sujet du message: Répondre en citant

Inspiré par notre ami Ménon-Marec, je ne pouvais évidemment passer sous silence cette superbe contribution belge à la propgande alliée...

Le 28 septembre 1940
Depuis les studios de la BBC est diffusée la première émission de Radio-Belgique, présentée en français par Victor de Laveleye et en flamand par Fernand Geersens. Victor de Laveleye est une personnalité libérale bien connue, ancien président du parti, qui fut Ministre de la Justice en 1937. Fernand Geersens, qui travaillait à l’Institut National de Radiodiffusion, prend le pseudonyme de « Jan Moedwill » (traduction approximative : Jean le Malicieux). Après la première émission, les deux compères se mettent d’accord pour alterner leurs émissions, en français les jours pairs et en flamand les jours impairs. Les Belges prendront rapidement l’habitude de suivre ces émissions que Laveleye termine invariablement par un vibrant « On les aura, les Boches ! », ce que Geersens traduit librement par la rime : « Wij doen ons best, zonder er op te boffen, toch krijgen we ze wel, de Moffen! » (On fait de notre mieux, sans se vanter, mais on les aura, les Boches !)

Le 14 janvier 1941
Victor de Laveleye, s’apprête à lancer sur Radio-Belgique l’opération de propagande la plus réussie de toute la guerre, le signe « V » :
« On raconte que certains de nos gosses, en Belgique, ont trouvé un nouveau moyen – un de plus – pour faire enrager les Boches. Ils découpent dans un papier les trois lettres RAF (…) et les éparpillent dans nos rues. Bravo, nos gosses ! Mais ne croyez pas, vous, les grandes personnes, que ce soit là un enfantillage. (…)
J’ai autre chose à vous proposer ce soir. (…) Je vous propose, comme signe de ralliement, la lettre V. Pourquoi ? Parce que V, c’est la première lettre de Victoire en français et de Vrijheid [Liberté] en flamand. Deux choses qui vont ensemble, comme Wallons et Flamands marchent en ce moment la main dans la main, deux choses qui sont la conséquence l’une de l’autre, la Victoire qui nous rendra la Liberté, la victoire de nos grands amis français et anglais. Et victoire, en anglais, se dit Victory. Le mot comment donc aussi par V. Vous voyez que ça clope de tous les côtés. La lettre V est donc le signe parfait de l’entente entre Belges, Anglais et Français.
Je propose V pour une autre raison encore, c’est que la lettre se crayonne facilement, rapidement. Un coup de crayon, ou de craie, sur un mur, sur une palissade, une affiche, de haut bas et puis en remontant, en vitesse ; on frôle une façade, on lance son coup de crayon, le tout prend une seconde à peine. On n’a pas le temps de vous observer.
Ainsi, vous pouvez couvrir de V les murs de nos villes, les affiches boches, les mille endroits que vous jugerez convenir. Vous pouvez même pousser le culot jusqu’à griffer des V, avec un canif, une plume, un clou, la pointe d’un caillou, un vieux bouton de culotte, sur les carrosseries des autos boches. Le jeu consiste à les faire enrager sans se faire prendre. Et si la Belgique se couvre d’une forêt de V, quel spectacle, quelle affirmation de votre confiance et de votre patriotisme.
Vous pouvez aussi aller plus loin et faire un signe de reconnaissance entre vous, le salut du patriote au patriote. Elevez la main (…) à hauteur de la poitrine, la paume tournée vers vous, les doigts tendus vers le haut. Ecartez l’index et le médius, en abaissant le pouce et les deux derniers doigts. Cela fait V, dessiné par les deux doigts pointés vers le ciel.
Et voilà encore un symbole. La victoire annoncée sur tous les murs de Belgique, la victoire proclamée des mains mêmes du bon peuple de chez nous, la victoire qui est déjà dans tous les cœurs, et qui sera bientôt dans les faits. »

Le 1er février 1941
A son tour, Fernand Geersens lance le « V » à l’émission flamande de Radio-Belgique, de sa voix truculente. La formule connaît un succès immense en Belgique occupée, qui déborde même des frontières aux Pays-Bas et dans le Nord de la France et en Normandie. Partout surgissent des V espiègles en vengeurs.

Le 22 mars 1941
La radio française reprend elle aussi le symbole du « V », par la voix de Jacques Duchêne :
« Songez donc, un V, ça se trace tout seul. On marche sur le trottoir le long des murs en rentrant chez soi avec un bout de craie ou un bout de fusain dans la main et on laisse derrière soi un traînée de V et personne ne vous a vu les tracer. Un grand V dans le dos d’une capote bien tracé à la craie, une capote qui pend dans le vestibule, ça fait très bien, surtout si la capote est allemande. La peinture d’une automobile allemande arrêtée dans un coin où il n’y a pas beaucoup de monde, il ne faut pas beaucoup de temps pour y couper un V au couteau. Il y a beaucoup de mots allemands qui commencent par V. Il y a le mot Verboten, un cercle autour du V de Verboten, c’est agréable à voir. »
Dès le lendemain, les V envahissent Paris et pullulent sur tous les murs de France ! C’est par milliers que les préfectures de province comptent les V qui surgissent de partout, et qui finissent par inquiéter la Propagande allemande et embarrasser Laval et ses sbires. Bientôt les amendes pleuvent sur les municipalités trop fertiles en production incontrôlée de V.

Le 26 mai 1941
Devant l’ampleur du phénomène, un comité de coordination interallié a été mis sur pied pour coordonner la campagne des « V ». Lors de la première réunion, le représentant belge Marc Schreiber remarque qu'en morse, le « V » se code sous la forme de trois sons courts, suivis d'un son long, soit exactement l’ouverture de la Ve symphonie de Beethoven. Aussitôt, les « coups du Destin » chers à Stendhal sont adoptés comme signe de ralliement, couronnant la campagne des V.


Dernière édition par Benoit XVII le Mar Jan 13, 2009 11:31; édité 1 fois
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Alias



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MessagePosté le: Mar Jan 13, 2009 11:02    Sujet du message: Répondre en citant

Petite correction: le feuilleton imaginé par Pierre Dac est "Malheur aux Babus!", et non barbus (quand il y en a trois...).
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Jan 13, 2009 12:28    Sujet du message: Répondre en citant

Sa Sainteté, comme d'habitude, est infaillible !
Le texte sera pieusement intégré au canon.

En revanche, Alias,
"Tout le monde y pue, y sent la charogne, Y'a que le Grand Babu qui sent l'eau de Cologne - Des noix des bananes des figues... etc..."
Oui certes, mais le feuilleton, c'était bien Malheur aux Barbus (l'on y retrouvait un nombre étonnant de porteurs d'attributs pileux trucidés de diverses façons).
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Casus Frankie

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Intosh



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MessagePosté le: Mar Jan 13, 2009 12:32    Sujet du message: Répondre en citant

Je suis désolé d'insister et de refaire cette remarque.

Intosh a écrit:
Pourquoi ne pas donner à Radio Alger un nom plus national comme "Radio France" ou éventuellement "Radio France Libre".


Radio France me paraît bien...

Ce qui nous donnera une RTF après-guerre regroupant radio et télévision...
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Alias



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MessagePosté le: Mar Jan 13, 2009 13:20    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
En revanche, Alias,
"Tout le monde y pue, y sent la charogne, Y'a que le Grand Babu qui sent l'eau de Cologne - Des noix des bananes des figues... etc..."
Oui certes, mais le feuilleton, c'était bien Malheur aux Barbus (l'on y retrouvait un nombre étonnant de porteurs d'attributs pileux trucidés de diverses façons).


Pour une fois que j'interviens dans ce forum, il faut que ce soit pour sortir une erronitude. Embarassed
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