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Le Front du Midi en 1944
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Sep 25, 2018 09:32    Sujet du message: Répondre en citant

20 mars
Accalmie
Sud de la France
– Rien à signaler ce jour en dehors de quelques échanges d’artillerie. Les tireurs d’élite des deux camps n’ont rien à se mettre sous la dent, ou plutôt sous la gâchette, tant l’activité est réduite.


21 mars
En montagne
Alpes
– On a confié au “patron” du 7e BCA, le chef de bataillon Lorin, la mission de déborder les Alpini fascistes du I/2 Reggimento au-delà de la Tête de la Canonnière, en direction de Freissinière et de l’Argentière la Bessée. Cette action, confiée au Corps Franc de Haute Montagne, masque une autre opération, plus ambitieuse, à la jonction entre la Division Monterosa et la 188. GbJg Division. Ainsi, le 22e BCA, avec l’appui d’une partie de l’artillerie divisionnaire, a reçu pour mission de prendre le col de Jaffuel, tandis que les 27e et 6e BCA vont mettre la pression au sud sur le 904. Rgt de la division autrichienne. Le 27e doit profiter de sa compagnie de choc de haute montagne, emmenée par le lieutenant Maurice Herzog, pour tenter de déborder le col de Parpaillon, à 2 700 mètres, tandis que le 6e partira de la vallée de Barcelonnette.
En fin de journée, si le 7e BCA progresse bien face aux Italiens et si le col de Jaffuel a été pris par le 22e Bataillon, la situation est toujours indécise au sud. Les éléments du lieutenant Herzog ont avancé et ont même rejeté une contre-attaque allemande, mais restent sous le feu des mortiers ennemis, tandis que le 6e BCA a été repoussé et devra repartir de l’avant le lendemain.


22 mars
En montagne
Alpes
– Au nord, le 7e BCA progresse d’autant plus vite que les attaques à la roquette des Mustang de la 2e EC, à plus basse altitude qu’en janvier, ont un effet dévastateur sur le moral des Italiens. Le bataillon fait ainsi de nombreux prisonniers dans la journée, grâce à des redditions.
Le capitaine Robert Thollon, du GC I/2, témoigne : « Nous avions lu les rapports de la 6e Escadre, sur l’utilisation des roquettes contre les sommets. Ici, il nous semblait que cette arme était mieux adaptée, compte tenu du profil différent de la mission. Je ne suis pas allé sur le terrain vérifier les dégâts, mais je suis sûr que nos roquettes ont flanqué une sacrée pagaille dans les rangs des Ritals. En ce qui me concerne, c’est une arme à ne pas négliger. J’attends de voir si ses performances contre les panzers sont aussi étonnantes que ce que l’on nous promet. »
Un peu plus loin, le 22e BCA pousse son avantage et arrive à envoyer une compagnie sur Vars, coupant ainsi la liaison entre les Alpini et les Gebirgsjägers, au sud. Les Allemands ne tentent qu’une faible contre-attaque, qui échouera à cause d’effectifs insuffisants, du soutien de l’aviation alliée, mais surtout de la section de mortiers et de mitrailleuses montée jusqu’au col de Jaffuel.
Plus au sud, le 904. Rgt de la division autrichienne est englué dans la pince que constituent les attaques des 27e et 6e BCA. Dans ce secteur, les Allemands enregistrent tout de même un succès en reprenant le col de Parpaillon.


23 mars
En montagne
Alpes
– Les chasseurs alpins du 7e BCA entrent dans Freissinières et prennent le col d’Annon, à presque 1 900 mètres. En dépit d’une contre-attaque du I/2 Reggimento, visant plus à se dégager qu’à reprendre le terrain, le bataillon français réussit à faire passer des hommes (dont une section de mitrailleuses) de l’autre côté du ravin des Meyries, pour prendre position au-dessus de l’Argentière-la-Bessée.
Dans le secteur de Vars, les Alpins tiennent toujours et repoussent une molle contre-attaque des Italiens, au nord. Il faut dire que les hommes du II/2 Reggimento sont maintenant sous la pression directe du reste du 22e BCA, qui attaque dans la vallée de Guillestre avec le renfort d’éléments du 85e Btn du Génie et de blindés du I/4 Chasseurs, mais surtout des Mustang de la 2e EC.
Enfin, tout au sud, les combats sont toujours indécis entre les 6e et 27e BCA d’un côté, et les Gebirgsjägers du 904. Rgt de l’autre. Les Français marquent un point, cependant, en reprenant le col de Parpaillon.


24 mars
En montagne
Alpes
– Les Italiens reculent. Alors que le II/2 Reggimento prend position sur le col Garnier et sur les Rochers de Bouchet pour verrouiller la Combe du Queyras, le 1er Btn d’Alpini de ce régiment se replie en direction de Briançon ; il prend position autour de Saint-Martin de Queyrières, contrôlant ainsi les accès à la ville-forteresse.
Ce recul permet au 22e BCA d’entrer dans Guillestre et d’envoyer des éléments en direction de Vars, afin de rallier la compagnie qui s’y trouvait assiégée.
Les Italiens ont prévenu leurs alliés de la 188. GbJg de ce retrait. La situation du 904. GbJg Rgt devenant intenable, ce dernier se repositionne en bouchon entre Jausiers et Saint-Paul sur Ubaye.


25 mars
En montagne
Alpes
– L’heure est au redéploiement. Tandis que le 7e BCA entre dans l’Argentière sur Bessée et que le 22e sécurise son secteur autour de Guillestre, le 27e voit enfin la situation se débloquer pour lui. Ses éclaireurs skieurs vont pouvoir progresser dans une montagne vide d’Allemands et déboucher dans la vallée. Après avoir relayé la compagnie du 22e à Vars, ils retrouveront le contact avec les Autrichiens du 904. GbJg Rgt en arrivant vers Saint-Paul sur Ubaye.


26 mars
En montagne
Alpes
– Le calme revient peu à peu sur les cimes, où l’on commence à compter les jours jusqu’au dégel. Beaucoup rêvent à la belle saison et au prochain bond en avant, qui devraient les porter, espèrent-ils, jusqu’à la frontière italienne.


27 mars
Guerre aérienne
Orange
– Les sirènes hurlent pour annoncer l’arrivée d’un bombardier endommagé. Ce dernier est escorté par deux Mustang à queue rouge qui passent en trombe avant de remonter se mettre dans le circuit, l’un d’eux suivant de près le quadrimoteur pour l’assister dans sa descente. Le bombardier est le B-24 Canard Guyennois du GB II/60 du commandant Puget, qui va tenter de se poser sur trois moteurs (dont l’un est sur le point de rendre l’âme), et les Mustang sont pilotés par les lieutenants Curtis et Lester, du 332e FG.
Lorsque tout le monde est posé et que les secours s’affairent autour du quadrimoteur blessé, les mécanos de la base ont la surprise de constater que les pilotes américains sont noirs. Ce n’est pas une raison pour ne pas les inviter au mess où, en plus de faire la connaissance des as du GC II/5, les survivants du bombardier leur offrent à boire.
Dans son rapport, le commandant Puget confirmera deux victoires obtenues par les chasseurs et recommandera l’attribution de la Croix de Guerre à ses deux sauveurs. Il racontera bien des années plus tard cet épisode pour le magazine Icare, à l’occasion d’un numéro spécial consacré à la 60e EB.
« Nous devions aller bombarder Stuttgart en prenant la route des Alpes et nous avions rendez-vous au-dessus du massif de l’Estérel, à l’est de Cannes. Nous nous attendions à devoir faire quelques boucles autour de Fréjus, mais pour une fois nos escorteurs étaient exactement à l’heure, chose qui n’allait pas de soi, même avec nos gars de la 13e Escadre avec qui nous avions l’habitude de travailler. Le reste du vol fut exemplaire, pour des Américains j’entends : chaque fois qu’on levait les yeux vers le ciel, on y trouvait une silhouette à queue rouge, exactement à la place prévue par les manuels, ce qui nous changeait un peu de la discipline moins stricte des autres groupes US. Cela dura ainsi jusqu’en Allemagne.
Nous avons réussi à passer sans encombre le premier barrage de la JG 2 à la sortie des Alpes, et le bombardement s’est déroulé sans pertes, mais plusieurs d’entre nous ont été touchés par la Flak, dont notre Canard : un impact direct a presque arraché la nacelle du trois et un autre nous a salement poivrés de shrapnels, blessant deux hommes. Nous arrivions quand même à suivre à distance la formation lorsque le deux s’est mis à chauffer. Nous ralentissions et je voyais déjà le moment où nous irions nous poser en Suisse. Le commandant des Queues Rouges nous attribua alors deux anges gardiens pour tenter de rallier nos lignes, à encore plus d’une heure de vol.
Si nous étions passés sans problème à l’aller, les vautours de la JG 2 nous attendaient au retour. Quatre Messerschmitt 109 nous sont tombés dessus entre Lyon et Genève. Les Mustang les ont repoussés, en abattant un chacun, et nos mitrailleurs en ont endommagé un autre ; le quatrième n’a pas demandé son reste. Les deux Mustang nous ont accompagnés jusqu’à Orange, où ils se sont posés pour refaire le plein. Nous avons alors découvert, fait exceptionnel dans l’USAAF, que les pilotes étaient noirs. Cela ne nous a pas gênés (contrairement, si je suis bien informé, à ce qui se passait en pareil cas sur les terrains des groupes de bombardiers américains), surtout ici, dans l’antre du Lafayette, qui comptait depuis longtemps déjà un pilote noir, le fameux Léopold Wade, et même trois le jour de notre passage. Il y avait aussi deux pilotes noirs dans la 13e EC et pas mal de membres de nos propres équipages étaient issus de l’Empire, et des couleurs assorties. En fait, ce sont nos deux gars, Curtis et Lester, qui ont été les plus étonnés en voyant les pilotes noirs du Lafayette et en comptant leurs galons !
Tous deux étaient très réservés, à des kilomètres de l’image exubérante des Noirs américains véhiculée par les clubs de jazz d’avant la guerre. L’un s’est contenté d’un café, l’autre d’une bière (il faut préciser qu’ils devaient encore rallier leur terrain en Italie).
J’ai réussi à rester en contact avec Curtis après la guerre, jusqu’à sa mort en 89. J’ai su que la cinquième victoire de Lester n’avait été reconnue que cette année [2004] ! »
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houps



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MessagePosté le: Mar Sep 25, 2018 09:49    Sujet du message: Répondre en citant

"Tandis que le 7e BCA entre dans l’Argentière sur Bessée ..."
Surbaissée, surbaissé... tu customises ? Very Happy
Euh l’Argentière la Bessée, à moins que le nom ait subit des modifications depuis.
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patzekiller



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MessagePosté le: Mar Sep 25, 2018 18:14    Sujet du message: Répondre en citant

si tu le dis, ce doit être ça Very Happy Wink
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loic
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MessagePosté le: Mar Sep 25, 2018 20:24    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Cette action, confiée au Corps Franc de Haute Montagne,

À quelles unités correspond cette formation ?
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En principe (moi) ...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Sep 26, 2018 09:07    Sujet du message: Répondre en citant

@ Houps : désolé pour surbaissé, le nom était correct ailleurs.

@ Loïc : si j'ai bien compris Pat, il s'agit d'une formation résistante agrégée aux BCA (inspirée du Corps franc de la Montagne Noire OTL). Si cette mention fait problème, elle est facile gommer ! Pat ?
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Casus Frankie

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Sep 26, 2018 09:11    Sujet du message: Répondre en citant

28 mars
En montagne
Alpes
– La 6e BMLE, après recomplètement et quelques jours de repos bien mérités, a aligné les kilomètres pour monter dans les Hautes-Alpes se mettre aux ordres de la 27e DA. Il y a maintenant sur le front, dans ce secteur d’une trentaine de kilomètres, deux BMLE et deux DBLE, ce qui fait dire à certains qu’il y a plus de légionnaires que de chasseurs alpins dans les Alpes, et à d’autres, plus sarcastiques, que l’on parle plus espagnol dans le Dévoluy que dans certaines vallées des Pyrénées.


29 mars
Changement de front
Bouches-du-Rhône
– Les atterrages autour du golfe de Fos, mais aussi les aérodromes proches de l’étang de Berre, voient depuis ce matin se dérouler une activité plutôt inhabituelle. Les navires et les C-47 ne déchargent pas, mais embarquent les hommes et le matériel de la 82e Airborne Division. Cette dernière est en instance de départ pour l’Angleterre, via l’Algérie. Ce départ se fait sans précaution particulière : on espère bien que les éventuels agents de l’Abwehr profitent au maximum du spectacle. Ainsi, l’attention de l’état-major ennemi ne manquera pas de se tourner vers le nord…

… et à la peine
Front français
– Claire Roman devient la première femme pilote servant dans les forces armées françaises à être déclarée “morte au champ d’honneur”. Si l’état-major de l’Armée de l’Air continue à traîner les pieds, sur le terrain, les femmes sont désormais traitées comme leurs camarades masculins, au moins pour ce qui est des missions de combat.


30 mars
Accalmie
Sud de la France
– Le calme règne sur le front. Les hommes profitent de cette belle journée printanière, bien que certains esprits chagrins soulignent que la pause est trop belle pour durer longtemps.

Sur le terrain
Courrier
Rhône-Alpes
« Ma très chère Constance
Je profite de quelque « liberté » dans mon emploi du temps pour répondre enfin à vos derniers envois, qui ne me sont parvenus que très récemment, hélas !
Et tout d’abord, un grand, un immense merci pour votre colis, arrivé intact malgré quelques péripéties.
Les chaussettes sont une bénédiction, car nous ne cessons de patauger dans la neige et la boue. Heureusement, l’hiver est assez clément, au dire des gens du cru, lesquels ne cessent de nous conter des histoires de froids sibériens, de vents glaciaux et de chutes de neige apocalyptiques ! C’est sans doute pourquoi les équipements hivernaux nous arrivent au compte-goutte. Et comme nous ne sommes quand même pas en été, les caprices du temps ne sont pas loin de nous faire autant de mal que l’ennemi.
Quant aux dattes, divine surprise, je reconnais bien là les marques de votre attention et de votre prévoyance ! Le capitaine Roumilly a reçu tantôt un colis contenant quelques oranges : je n’ose vous décrire l’état de la chose et la déconfiture de ce pauvre Henri-Amédée ! Aussi avons nous partagé fraternellement vos dattes, évoquant Proust et des images de jours heureux, nostalgie que renforça la vue des premières fleurs printanières.
Ne pouvant rien dire du militaire, je peux cependant vous confier quelques mots de mon quotidien. Vous connaissez mieux que moi le Cdt Serviac, aussi ne vous étonnerez-vous point qu’il se déchargeât sur votre serviteur de certaines tâches telles que les rapports avec les civils, décharge dont la raison m’a rapidement sauté aux yeux.
Il faut que vous sachiez que la région a énormément souffert des combats. Les bâtiments que l’ennemi n’avait pas détruits ont souvent été copieusement bombardés par les nôtres. Même dans le plus petit hameau, il ne reste debout que de rares bâtiments délabrés. Bien souvent, dans le meilleur des cas, les habitants en ont fui, chassés par les Allemands ou leur séides, prévenus par les maquis ou bien par quelque obscur instinct animal. L’orage passé, ils s’en reviennent fouiller les décombres pour y rechercher tout ce qui pourrait leur être de quelque utilité, voire pour les aménager, car ils n’ont nul endroit où aller : parents ou amis qui pourraient les accueillir ailleurs sont dans la même indigence, et nous avons ordre de limiter strictement leurs déplacements.
Aussi, lorsque nous sommes « de repos », sachez que cela signifie que nous assumons des tâches des plus imprévues, qui ne sont pas toutes de simple police. En cela, le terme de « repos » ne manque pas de sel !
Il nous faut donc, tout en gardant un œil sur nos adversaires, à la fois contenir les civils et leur interdire l’accès à leurs champs ou à leurs maisons tant que nous ne les avons pas inspectés, car, lors de sa retraite, l’ennemi y a abondamment disséminé des engins de mort. De plus, nous devons régler tous les litiges entre nos hommes et les civils. En effet, la prévôté est débordée et l’administration civile inexistante ou percluse de règlements de compte plus ou moins douteux.
Comme exemple, je vous citerai la visite pas plus tard qu’avant-hier d’un homme venant se plaindre de ce que nos soldats avaient abattu deux arbres, sans penser à mal, pour se chauffer. Or il se trouve que ces deux arbres étaient des noyers. L’homme en pleurait : les arbres avaient été plantés par son père et leur production assurait un petit revenu à la ferme. Devant ce désastre, s’ajoutant à la perte de son troupeau ainsi qu’à l’interdiction (temporaire) d’emblaver ses champs, le bonhomme triturait sa casquette en m’avouant qu’il ne s’imaginait pas que « ça se passerait comme ça ».
Il est loin le temps des bouquets jetés aux soldats embrassés à bouche-que-veux-tu dans les villages libérés ! Ceux-là mêmes qui nous accueillaient avec joie nous font maintenant reproche de ne pas avoir poussé plus avant. Oh, pas ici ! Ici, on n’en est pas encore à penser, tant l’immédiat accapare. Mais à quelques kilomètres, on murmure déjà que la guerre serait plus acceptable si elle se déroulait ailleurs, chez les autres, là-bas, loin, mais pas chez soi, pas si près !
Il n’en est pas de même, non plus, dans les environs de Marseille, par exemple, où l’on trouve effectivement que les combats sont suffisamment éloignés pour que l’on puisse se livrer à des activités plus lucratives. Non pas, hélas, que la misère y soit moindre ! Mais on espère toujours y échapper.
Ici, dans ces petits bourgs et ces fermes misérables, coincés dans les collines, il n’y a d’autre issue pour les civils que de subir. Leur seul espoir est que les « Autres » ne reviennent pas, tant il court d’effroyables récits, ô combien véridiques ! Aussi puis-je comprendre leur hâte à nous voir enfin repartir vers le nord, pour éloigner ce spectre-là !
Et qui sont ces civils ? Essentiellement des vieux, qui n’ont pas voulu, ou pu, abandonner leurs bêtes ni la maison ancestrale, des femmes et des enfants, celles-là par ce qu’elles n’ont pu se résoudre à partir pour l’inconnu avec ceux-ci, et parfois, quelque homme d’âge mûr. Les plus jeunes sont encore au maquis, assez rarement maintenant, ou bien dans un centre de recrutement, tout aussi rarement. Mais pour la plupart, ils sont tout simplement « partis », et personne ne sait ou ne veut savoir ce que ce terme recouvre.
Ce jeudi, le caporal El Mardi, qui est plus ou moins mon ordonnance, un gaillard qui en a vu d’autres, était si retourné d’une scène qu’il venait de voir qu’il me demanda de venir derechef y assister. Je le suivis, m’attendant à tomber sur une abomination, et ne vis qu’une scène des plus banales : entre la carcasse d’un véhicule et un muret écorné jouait un groupe d’enfants, qui pouvaient avoir de 7 à 10 ou 11 ans. Ils jouaient. Qu’auraient-ils pu faire d’autre ? Et à quoi jouaient-ils ? Eh bien, divisés en deux bandes rivales, ils jouaient à la guerre. Tout simplement. Il se produisit une pause dans le jeu, et je crus comprendre que la répartition des rôles entre « Allemands » et « Français » donnait matière à discussion.
Que croyez-vous que je fis ? Rien. Sinon que j’eus beaucoup de mal à faire entendre à mon caporal que ces enfants ne faisaient rien qui sortît de ce que l’on pouvait attendre d’eux.
A vous, chère Constance, je puis avouer que je comprenais ce que cette occupation puérile pouvait avoir de choquant : la guerre nous a marqués, mais elle a certainement encore plus atteint les enfants. Confrontés à des horreurs sans nom, à la mort, à l’injustice, parfois livrés à eux-mêmes, quels adultes deviendront-ils ? Quand nous reconstruirons, les ruines que nous aurons à relever seront aussi celles des âmes.
Mais laissons là ces pensées moroses ! Je joins à ces mots ces trois primevères cueillies non loin de mon antre, sachant bien que vous disposez de floraisons autrement plus prestigieuses. Sans doute vos roses sont-elles sur le point d’éclore et éclipseront alors ce modeste envoi. Voyez cependant en elles un message d’espoir : comme le printemps nous débarrasse des miasmes de l’hiver, il nous débarrassera aussi de nos ennemis. Cela ne peut être autrement.
Alors, je vous reviendrai.
Bien à vous,
Henri »



31 mars
Guerre aérienne
Sud de la France
– Si le calme règne toujours au sol, il n’en est pas de même dans les airs où le capitaine Valentin Georges du GC I/6 s’offre un doublé contre deux Bf 109 du JG 2, ce qui le propulse au rang d’as. Il ne sera cependant crédité à son retour que d’une victoire sûre et une probable. Il devra attendre quelques semaines pour que l’on retrouve les débris de sa deuxième victime dans une combe, le pilote toujours sanglé dans l’habitacle.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Sep 26, 2018 09:12    Sujet du message: Répondre en citant

Vous avez à nouveau reconnu la plume de Houps. Wink
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patzekiller



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MessagePosté le: Mer Sep 26, 2018 12:52    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
Citation:
Cette action, confiée au Corps Franc de Haute Montagne,

À quelles unités correspond cette formation ?



après recherche (les bouquins de mabire sur la bataille des alpes, l'album mémorial heimdal-300 pages+, net) et qq discussions avec des habitués de la montagne, il apparait que chaque BCA a en quelque sorte une spécialité…
ainsi chaque BCA integre soit une compagnie de choc de haute montagne ou l'on a regroupé les meilleurs grimpeurs (avec evidemment parfois du beau monde) soit un corps franc de haute montagne à la place d'une ou deux section d'éclaireurs skieurs (SES).
chacune des autres compagnies dispose également de qq membres à vocation particulière afin de leur laisser un peu de mordant et ne pas mettre tous les œufs dans le meme panier (valable surtout pour les grimpeurs)
il ne s'agit pas donc d'une unité mais simplement d'une partie spécifique/spécialisée/particulière du BCA
je précise que j'en suis arrivé à la compo de chaque BCA avec également les noms des principaux officiers de l'encadrement
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MessagePosté le: Mer Sep 26, 2018 18:49    Sujet du message: Répondre en citant

Pas de souci pour la logique des SES, par contre l'appellation corps franc est à mon avis à éviter, on n'est pas du tout dans la logique des infiltrations de la Sarre en 1939-1940.
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MessagePosté le: Mer Sep 26, 2018 20:33    Sujet du message: Répondre en citant

l'appellation est otl pour la 27e DA en 44-45, alors qu'on avait aussi des commandos d'afrique, et que le terme commandos (et bataillon de choc?) étaient connus au niveau de la 1ere armée
si tu as mieux à proposer, ma foi pourquoi pas...
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MessagePosté le: Mer Sep 26, 2018 20:55    Sujet du message: Répondre en citant

En fait, l'idée est que l'armée française FTL n'est ni plus ni moins que la continuité de celle de 1940, alors qu'en OTL c'était un amalgame de l'armée de Vichy et des FFL, avec des unités ayant un historique très particulier.
On pourrait écrire simplement :
Citation:
Cette action, confiée aux meilleurs éléments des chasseurs alpins (ou des BCA)

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MessagePosté le: Jeu Sep 27, 2018 06:14    Sujet du message: Répondre en citant

Confused
bof pas trop parce que dans la logique de la chose, il ne s'agit pas "des meilleurs éléments" picorés un peu partout dans le BCA mais d'un vrai groupe identifié dans l'unité (à l'image des CRAPS par ex dans les unités d'infanteries, ou de la section de commandement, de mortier etc etc)


bref d'un groupe d'hommes spécifiques, intégrés au BCA, à l'échelle de la compagnie ou de sections (qui auraient fait un stage commando par ex)


que penses tu de groupe de choc de haute montagne?
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MessagePosté le: Jeu Sep 27, 2018 06:56    Sujet du message: Répondre en citant

Dans le sens ou corps franc, commando et troupes de choc sont des synonymes dans l'esprit du quidam moyen et que les militaires, si ils sont capables de maintenir des distinctions tenant de l'angéologie, sont aussi des maniaques de la normalisation et comme nous sommes à la fin d'un grande restructuration des la forme des divisions, il est envisageable que cette unité présente au niveau régimentaire que nous appellerions commando soit nommé par règlement uniformément "Corps Franc".

Après il faut faire confiance aux différents corps pour garder voir créer des appellation de traditions qui finirons par être intégré dans le règlement Smile
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loic
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MessagePosté le: Jeu Sep 27, 2018 06:59    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
il ne s'agit pas "des meilleurs éléments" picorés un peu partout dans le BCA, mais d'un vrai groupe identifié dans l'unité

Justement, ce groupe n'est à mon avis pas identifié dans l'organigramme officielK. De facto, ce sont bien les chefs de bataillons qui désignent leurs meilleurs éléments. En ce sens, l'appellation "groupe de choc" serait probablement la plus indiquée.
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MessagePosté le: Jeu Sep 27, 2018 07:20    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
Citation:
il ne s'agit pas "des meilleurs éléments" picorés un peu partout dans le BCA, mais d'un vrai groupe identifié dans l'unité

Justement, ce groupe n'est à mon avis pas identifié dans l'organigramme officielK. De facto, ce sont bien les chefs de bataillons qui désignent leurs meilleurs éléments. En ce sens, l'appellation "groupe de choc" serait probablement la plus indiquée.


En principe, il existe une section de sécurité affecté à la compagnie de commandement régimentaire. C'est cette section qui peut être renforcé facilement en y détachant des éléments individuels ou en y affectant les renforts surnuméraires avant affectation définitive.
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