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Décembre 1943 - Italie / Balkans
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demolitiondan



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MessagePosté le: Sam Fév 02, 2019 19:33    Sujet du message: Répondre en citant

@ Loic : Je le concois ... mais dans mon théatre de toute facon Crying or Very sad Crying or Very sad Crying or Very sad . Pour les modifs, pourquoi pas 'passage' ?

Enfin, et pour les amateurs, je vous ait mis la version 'République' du Dieu de Justice dans le texte. Voici la bonne version monarchiste des familles !

Dieu de Justice, toi qui nous as sauvés de la déchéance jusqu’à ce jour,
Entends à présent nos voix et guide-nous vers la délivrance.
Que ta main toute-puissante guide et défende l’avenir de la patrie serbe.
Dieu sauve, Dieu nourris la race et le roi serbe !
Unis les chers frères serbes pour qu'ils travaillent dans l'amour,
Afin de vaincre le démon et d’être les plus forts, toujours.
Que sur les branches de l’arbre serbe naisse l’union des frères serbes, ce précieux fruit,
Dieu de justice, sauve et nourris la race et le roi serbe !
Seigneur ! Épargne-nous ta vengeance,
Bénis nos villages, prairies, terres, villes et maisons.
Quand notre peuple se bat, guide-le vers la victoire,
Dieu de justice, sauve et nourris la race et le roi serbe !
Que de la couronne du roi des serbes jaillisse une lumière
Et fasse renaître une nouvelle vie, Seigneur ! Donne-nous un nouvel espoir !
Défends la terre de nos ancêtres, fruit de cinq siècles de guerres,
Dieu de justice, sauve-nous et notre trône, t'implore la lignée serbe !

_________________
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C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Fév 03, 2019 10:08    Sujet du message: Répondre en citant

30 Décembre 1943
La campagne des Balkans
Noirs projets
Forteresse ottomane (Belgrade)
– Pierre II Karađorđević n’a évidemment pas pu s’installer au domaine royal, comme il l’avait un temps envisagé avec quelque naïveté. Aussi, depuis hier soir, c’est dans la vieille forteresse du parc de Kalemegdan que le roi de Yougoslavie travaille à remettre en ordre la Serbie (qui inclut bien sûr le Kosovo !) et la Macédoine avant d’aller porter le fer en terre allemande… ou croate.
Parfaitement tenu au courant des progrès des négociations d’Athènes par son ministre Momčilo Ninčić, et en communication constante avec le général Petar Živković, Pierre II semble également préparer des aménagements dans son gouvernement. Pour cela, il prend conseil : de nombreux chefs de l’insurrection défilent dans son bureau, sous l’œil inquiet d’officiers occidentaux qui se demandent si les Tchetniks ont vraiment lessivé dans le sang leurs… errements passés.
Dans le cabinet du souverain, on parle beaucoup – et notamment d’un projet ambitieux, une “Grande Serbie”. Cette dernière serait évidemment monarchiste, mais aussi et surtout anticommuniste, pourquoi pas antifasciste… et bien entendu ethniquement pure. Les Tchetniks sont déjà particulièrement clairs dans leurs intentions, comme l’un de leurs chefs le précisera dans un courrier anonyme retrouvé depuis : « Les objectifs que nous proposons à Votre Majesté peuvent sembler ambitieux et irréalistes, à vos yeux ou à ceux de vos généraux. Nous Lui rappelons toutefois respectueusement que les grandes luttes de libération sous la direction du Vožd Karađorđe étaient elles-mêmes jugées perdues d’avance. A cette époque, la Serbie était pleine de Turcs. À Belgrade même, et dans d'autres terres serbes, des minarets se dressaient et les Turcs effectuaient leurs lavages puants devant les mosquées, comme ils le font encore en Bosnie-Herzégovine serbe. Des centaines de milliers d’apostats et de musulmans avaient ainsi inondé notre pays.
Que Sa Majesté observe à présent la Serbie aujourd’hui. Nulle part Elle ne trouvera de Turcs, que ce soit dans leurs colonies ou leurs cimetières. Même dans les plus petits villages, leurs pierres tombales, jadis voisines des nôtres, ont disparu. (…) Ce succès de nos glorieux ancêtres est la meilleure preuve et la plus grande garantie que nous réussirons dans le combat sacré d’aujourd’hui et que nous expulserons tous les Turcs et apostats de nos terres serbes. Aucun musulman, aucun Croate ne devrait pouvoir rester parmi nous. (…) Les villageois turcs iront en Turquie. Votre gouvernement, dont nous ne doutons pas qu’il se réinstallera sous peu à Belgrade, pourrait éventuellement négocier pareille démarche par l’intermédiaire du gouvernement anglais, notre allié et notre ami, lequel cherche depuis longtemps à obtenir le ralliement du gouvernement turc à son alliance anti-allemande – si Ankara ne peut nous aider par les armes, qu’elle ait la décence de récupérer ses ressortissants.
Quant à la Croatie, nous jurons de détruire sans pitié tous les catholiques qui ont fait du mal à notre peuple en ces jours tragiques, ainsi que tous les intellectuels et notables du pays. Les paysans et les ouvriers seront toutefois sauvés et nous les transformerons en Serbes en les convertissant de force à l’orthodoxie. Ce sont les objectifs de notre grand combat et, le moment venu, nous les réaliserons, s’il plaît à Votre Majesté. »

Le courrier en question ne semble pas avoir eu de réponse officielle, dans un sens ou dans l’autre. De grandes et terribles choses semblent désormais envisagées au bord du Danube, alors que la nation serbe paraît se réconcilier – mais hélas, dans la haine de l’autre.
………
De Sparte à Teutoburg (capitaine Pierre Percay)
Paysage après la bataille
Belgrade
« Ma balade de la veille avait achevé de dissiper mes illusions sur mon rôle dans ce conflit, et sur ce qui risquait malheureusement d’en sortir. Je ne pouvais rien faire pour mon pays dans cette affectation, à part être le témoin muet et contraint d’atrocités passées et à venir. Ou étaient mes illusions, les rêves que je partageais avec Gashi sur les quais du Pirée ? Certainement au fond du Danube, comme tant de corps.
J’étais désormais très pessimiste sur l’évolution de la situation en Yougoslavie : partout dans la capitale ruinée, des bandes de soudards, de soldats de fortune fraîchement rasés, patrouillaient et faisaient la loi avec la complicité des troupes royales. J’avais pourtant bien entendu ce que ces Tchetniks avaient commis durant l’Occupation… et j’imaginais sans peine que tous les drames de Belgrade n’étaient pas du seul fait des Allemands.
L’histoire est un théâtre où nous sommes tous en représentation alors qu’elle est en répétition. Je ne me rappelle toujours pas qui a écrit ces mots. Mais une chose pour moi était désormais certaine : si les Serbes étaient acteurs de leurs propres malheurs, il n’était pas question que j’y contribue dans quelque rôle que ce soit.
Mes pas me ramenèrent finalement jusqu’à la forteresse, qui servait à présent de poste de commandement allié. Je n’étais guère pressé d’y retourner et m’arrêtais un instant pour contempler un paysage de ruines sous le ciel gris noir. Ma main se porta à ma poche, je sentis le pendentif offert par les Maoris après notre beuverie de Salonique. Un instant, je fus tenté d’aller le jeter au Danube – une idée stupide. Mon père, qui n’approuvait pas toujours mes opinions, disait que nous sommes tous le fruit de notre sang et de nos larmes. J’estimais en avoir eu largement ma part dans ce pays de malheurs. Faisant le deuil de mes ambitions, je décidai donc de demander dès le lendemain ma mutation auprès de la délégation française qui devait arriver pour représenter la France lors de l’allocution royale prévue sous peu. Et alors que j’embrassai une dernière fois l’horizon, je crus voir par-delà la Save les tours d’une nouvelle Belgrade. »


Ames noires… mais dissidentes
Zagreb
– Dans sa voiture privée, Mladen Lorković, ministre sans portefeuille chargé des relations avec l’Armée allemande, rentre d’un énième entretien avec Edmund Glaise-Horstenau, plénipotentiaire du Reich à Zagreb. Comme à l’accoutumée, et sous un vernis de politesse, le général allemand n’a pas mâché ses mots envers Pavelic, toujours vexé qu’il est de s’être fait court-circuiter lors de l’affaire du désarmement des milices serbes. Certes, l’homme n’a certes jamais été un fervent soutien du Poglavnik ou de ses méthodes, c’est le moins que l’on puisse dire. Toutefois, Glaise-Horstenau semble désormais ouvertement pessimiste sur l’avenir du régime oustachi lui-même – « beaucoup trop violent pour être efficace », selon ses termes – ce qui ne manque pas d’inquiéter Lorković. En vérité, l’Allemand paraît même regretter que le Reich n’ait pas les moyens militaires de s’opposer à Pavelic ! Un sous-entendu très surprenant, qu’il a glissé à Lorković en le raccompagnant.
Le général allemand n’est pas un perdreau de l’année : il sait qu’il peut trouver auprès de Mladen Lorković une oreille attentive. Ce n’est pas le moindre des paradoxes quand on sait que l’homme est l’un des cinq signataires de la proclamation du l’Etat Indépendant de Croatie, qui demandait tout à la fois au Reich protection et reconnaissance. L’individu est tout sauf altruiste, il l’a notamment démontré lors de son passage au ministère de l’Intérieur – les minorités locales peuvent en témoigner [En 1941, Lorković écrivait, en parlant des 40 000 juifs et 1,8 million de Serbes vivant en Croatie : « Le peuple croate doit être débarrassé de tous les éléments constitutifs de l'accident, de cet agglomérat national mais néanmoins étranger, qui dissout les forces saines et qui, depuis des décennies et des siècles, a entrainé notre nation d’un malheur à l'autre. Ce sont nos Serbes et nos Juifs. »].
Toutefois, nationaliste ne veut pas forcément dire irréaliste. Lorković voit bien, à son poste, l’évolution que prend la guerre – ses contacts allemands le lui confirment d’ailleurs assez régulièrement. Il constate également la dérive chaque jour un peu plus dictatoriale, et même grotesque, que prend le régime oustachi. Ante Pavelic se coupe peu à peu de la réalité… donc de ses alliés et de sa population. C’est en vain que Lorković lui a récemment proposé de former un gouvernement de coalition avec le Parti paysan croate (Hrvatska stranka Seljacka ou HSS) d’August Košutić – un pur Croate rentré d’exil et particulièrement sûr. Las, le Poglavnik reste seul dans sa tour d’ivoire.
Pourtant, avec l’avancée des forces alliées, il devient urgent d’agir, pour tenter de sauvegarder l’état croate. Une pensée sacrilège traverse l’esprit de Lorković : et si on se… débarrassait de Pavelic ? Sans lui, il serait peut-être possible de former un nouveau gouvernement, plus nationaliste et anti-communiste qu’oustachi. Quelque chose de plus présentable, qui pourrait négocier une paix au moins partielle avec les Alliés occidentaux, quitte à se retourner contre l’Allemagne ? Cela a bien réussi aux Italiens… Et les Allemands sont si faibles, si abattus dans la région !
Evidemment, pareil stratagème ne pourra se faire qu’avec des hommes de confiance – de vrais patriotes qui auront compris le sens profond de l’action. Avec un sourire mauvais, Mladen Lorković envisage de sonder ses collègues les plus proches. Peut-être Ante Vokić, le ministre des Transports et Travaux Publics ? Un homme si efficace qu’il a été décoré par Adolf Hitler en personne de l’Ordre de l’Aigle Allemand pour son action en faveur des armées allemandes. Et un véritable militaire aussi, réserviste oustachi, commandant des bataillons ferroviaires et cofondateur de la Légion Noire. Un jeu dangereux – il conviendra d’agir avec finesse.
Pendant ce temps, la Fiat 1500 du ministre croate file dans une nuit toujours plus sombre…

Diplomatie militaire
Kaposvár (Hongrie)
– Avant de partir pour Berlin prêcher la bonne parole et réclamer des renforts, Maximilian von Weichs met la dernière main au rapport d’activité du Heeresgruppe E, qu’il dicte avec minutie à son secrétaire-dactylographe. Ce document est très important : il est indispensable que les huiles de Berlin soient au courant des contraintes de sa formation avant qu’il arrive pour leur expliciter ses besoins. Ou au moins qu’ils aient la possibilité de s’en informer ! pense le général dans un accès d’ironie.
Globalement, sous une stricte réserve militaire, von Weichs s’attache une fois de plus à défendre l’action de ses subordonnées, d’une efficacité certes modérée mais dont les revers ne sont certainement pas liés à un défaut de compétence. Et le chef du GA E ne tient absolument pas à ce qu’on lui impose quelque disgracié de l’Ostfront, qui prendrait la place d’un homme d’expérience avec des idées neuves (et fausses) sur la région. Mieux vaut donc trouver des boucs émissaires. Et le général de conclure son rapport ainsi.
« L’abandon de la Bulgarie, pour regrettable qu’il soit pour le Reich, ne pouvait hélas pas être évité après la perte de la Roumanie – l’absence de soutien du GA Sud-Ukraine ne nous permettait pas de défendre seuls cette nation. J’ai donc préféré, et je l’assume devant l’OKW, privilégier la sauvegarde du XXII. Gebirgs-Armee-Korps plutôt que de livrer une bataille perdue d’avance sur un secteur rendu secondaire par la trahison de Bucarest.
En ce qui concerne la retraite de Serbie, le tableau est hélas différent. J’affirme ici – et je suis prêt à le répéter devant les plus hauts responsables – que les instructions données par mon état-major devaient nous permettre d’éviter tout à la fois la perte de Belgrade et du nord de la Serbie. Hélas, nos forces ont subi un double coup de poignard dans le dos, porté conjointement par le gouvernement de Salut National de Milan Nedić et par le gouverneur militaire de Serbie Franz Neuhausen – dont il est depuis avéré qu’il a trahi le Reich. Nos arrières gravement menacés par des hordes inféodées aux chefs miliciens de Belgrade, il m’a bien fallu ordonner la retraite pour préserver l’existence du Heeresgruppe E.
La situation sur le front de l’ancienne Yougoslavie est désormais calme, et susceptible d’offrir des opportunités intéressantes. En effet, la coordination entre Anglo-Saxons et Bolcheviques ne pourra que faire défaut, tandis que les forces des premiers sont désormais dispersées et empêtrées dans des contraintes de maintien de l’ordre que nous ne connaissons que trop bien. Je propose donc, respectueusement, le maintien sur ce front de la 1. Panzer et l’envoi en renfort de deux à quatre divisions fraîches afin de lancer une contre-offensive en coordination avec les unités de la 1ère Armée hongroise. Dans ces conditions, il sera possible d’infliger un coup terrible aux forces du général Montgomery et de forcer ses troupes à une retraite humiliante ou à un encerclement dans les ruines de Belgrade. »

La faisabilité de la contre-offensive en question est quasi-nulle, mais personne ne se risquera à l’affirmer par peur d’être taxé de défaitisme. Notons aussi que le général a soigneusement omis de préciser que si la situation de ses troupes était devenue intenable, les causes réelles en étaient la percée soviétique en Roumanie et le changement de camp de ce pays. Il évite ainsi de se faire trop d’ennemis du côté de l’Ostfront.
Suivent les formules de politesse classique, puis le cliquetis de la machine à écrire se tait. Von Weichs remonte ses lunettes le long de son nez pour relire la feuille que lui tend le secrétaire. « Dois-je faire envoyer copie du rapport aux services diplomatiques et à la SS ? » demande ce dernier, pensant bien faire. Jeune et naïf, il croit que les composantes du Reich collaborent entre elles pour le bien commun ! « Cela ne sera pas nécessaire, seulement à l’OKW ! » répond sèchement Maximilian von Weichs.
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Imberator



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MessagePosté le: Dim Fév 03, 2019 13:58    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Certes, l’homme n’a certes jamais été un fervent soutien du Poglavnik ou de ses méthodes, c’est le moins que l’on puisse dire.

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requesens



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MessagePosté le: Dim Fév 03, 2019 14:57    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
[b]30 Décembre 1943
[b]De Sparte à Teutoburg (capitaine Pierre Percay)
L’histoire est un théâtre où nous sommes tous en représentation alors qu’elle est en répétition. Je ne me rappelle toujours pas qui a écrit ces mots. .


Mon cher capitaine, je vois que vous connaissez vos humanitès, mais j'avoue ne pas comprendre le pourquoi de Teutoburg, qui est votre Varus ?.
Quant à votre citation elle me rappelle ces vers de Shakespeare :
All the world’s a stage
And all the men and women merely players
They have their exits and their entrances
And one man in his time plays many parts…
(Le monde entier est un théâtre,
Et tous les hommes et les femmes seulement des acteurs
Ils ont leurs entrées et leurs sorties
Et un homme dans le cours de sa vie joue différents rôles)
Judicieuse consideration concernant la situation à Belgrade.
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“On va faire le trou normand. Le calva dissout les graisses, l'estomac se creuse, et y a plus qu'à continuer. »
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houps



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MessagePosté le: Dim Fév 03, 2019 17:57    Sujet du message: Répondre en citant

"...L’histoire est un théâtre où nous sommes tous en représentation alors qu’elle est en répétition. Je ne me rappelle toujours pas qui a écrit ces mots. Mais une chose pour moi était désormais certaine : si les Serbes étaient acteurs de leurs propres malheurs, il n’était pas question que j’y contribue dans quelque rôle que ce soit.
Mes pas me ramenèrent finalement jusqu’à la forteresse, qui servait à présent de poste de commandement allié. Je n’étais guère pressé d’y retourner et m’arrêtais un instant pour contempler un paysage de ruines sous le ciel gris noir. Ma main se porta à ma poche, je sentis le pendentif offert par les Maoris..."

"fût" pour le premier verbe
"m'arrêtai" pour le second.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Dim Fév 03, 2019 18:05    Sujet du message: Répondre en citant

Point de Varus pour l'instant - quoi que je ne ferme pas la porte ! - juste le fait que Percay finira la guerre dans le Sud de l'Allemagne et survivra au conflit pour écrire ses mémoires (le minimum quoi !). Ceci étant, l'homme aime bien la préciosité Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 10:22    Sujet du message: Répondre en citant

31 Décembre 1943
La campagne des Balkans
Stratégie britannique
GQG allié (Athènes)
– Catholiques et anglicans (entre autres) célèbrent la fin de l’année et le quartier général du 18e GAA recouvre enfin une forme de calme. Même si les orthodoxes attendront encore deux semaines, tout le personnel non indispensable est en permission, sans considération pour sa confession. Une petite fleur accordée par Bernard Montgomery après avoir tant martyrisé son personnel. Une mince couche de neige recouvre Athènes, le Parthénon et l’éternité de la beauté méditerranéenne dans une ambiance apaisée.
Le général britannique est dans son bureau, pour son dernier entretien de l’année avec ses deux adjoints – il envisage de se rendre très prochainement en Angleterre pour un peu de repos en famille. Après tout, il est désormais quasi-certain que l’activité du front sera nulle jusqu’au printemps – raison de plus pour aller à Londres s’assurer qu’au 10 Downing Street, on continuera de soutenir le front des Balkans comme il convient. Face à lui, Sylvestre Audet aussi a hâte de retrouver la terre de France, à Marseille sinon à Paris. L’officier français a désormais 60 ans et sera bientôt atteint par la limite d’âge. Il n’en espère pas moins avoir encore l’occasion de briller un peu, avant la retraite. A ce propos justement, il interroge :
– Comment voyez-vous la campagne du printemps prochain, mon général ?
Monty a déjà ses projets, mais il est encore dans le flou quant aux moyens dont il disposera. Son objectif n’en reste pas moins clair.
– C’est évident, Audet old boy ! Notre cible sera Vienne, via Varaždin et le lac Balaton ! Nous n’allons quand même pas aller crapahuter dans les montagnes de Bosnie juste pour faire plaisir à notre jeune ami Pierre II !
Panagiotis Spiliotopoulos, inquiet de l’usure possible des forces grecques dans une campagne aussi lointaine, intervient : « C’est un objectif ambitieux ! Surtout avec le peu de forces dont nous disposons. »
– Ne vous inquiétez pas, cher ami ! Une fois que nous aurons contourné la Bosnie et la Croatie par l’est, nous pourrons tendre la main à ce brave Alexander, qui va bien finir par percer à travers la Slovénie. De là, nous pourrons remonter vers l’Autriche. Je comprends votre inquiétude, elle est légitime. Mais les forces grecques devront cependant continuer à contribuer à la campagne, notamment en terrain montagneux !

Audet a un autre souci : « Nous n’irons donc pas arracher la Croatie aux pro-Allemands ? Je crains que le général Brasic et Pierre II l’exigent ! »
– Cette fois, ils ne pourront rien exiger ! Nous avons tous vu ce que leur a coûté leur petite folie de ce mois-ci. J’ose croire qu’ils seront vaccinés pour de bon.
– Je n’en suis pas si sûr, mon général. J’ai des remontées inquiétantes de mes officiers de liaison auprès des Yougoslaves quant à l’état d’esprit actuel dans l’armée royale. Et je ne vous cache pas que je suis curieux de ce que le roi doit déclarer ce midi.
– Nous verrons. Mais c’est votre partie, Audet. Après tout, la Serbie et la France sont des alliés privilégiés depuis 1915 ! Je ne doute pas que vous saurez calmer les ardeurs de ce jeune homme, si nécessaire.

Le sourire quelque peu crispé qui accompagne ces mots est éloquent. A l’évidence, Bernard Montgomery n’a pas la moindre envie de remettre le doigt dans un engrenage balkanique où ni lui ni l’Angleterre n’ont quelque chose à gagner. La France, nation presque sans armée sur ce théâtre d’opérations, va donc devoir seule tenter de calmer la poussée de fièvre d’une maladie quasi-centenaire. « Vaste programme… » murmure Sylvestre Audet en prenant congé. Il faudra que le gouvernement – et notamment Léon Blum, en qui Pierre II semble avoir quelque confiance – mette la main à la pâte.

Ames noires croates
Palais du gouvernement croate (Zagreb)
– Pour Ante Pavelic, point de tensions ni de message caché – du moins en apparence. Le Poglavnik a convié tout son gouvernement, toute sa cour, pour un petit cocktail destiné à fêter ce qui est tout de même la fin de la seconde année pleine de l’Etat Indépendant de Croatie. Les ministres sont tous là, le verre en main, écoutant religieusement leur chef. Celui-ci, tout sourire, s’exclame : « Chers amis, l’année prochaine verra l’aboutissement de nos projets et l’aube d’une ère nouvelle pour la Croatie. Avec l’aide de nos alliés allemands, qui triompheront bientôt des capitalistes juifs comme des Bolcheviques, et grâce aux efforts de nos valeureux Oustachis qui, en ce moment-même, continuent de nettoyer nos terres de la racaille qui les a trop longtemps infestées, notre peuple prendra enfin la place qui lui reviens de droit dans la Nouvelle Europe. Réjouissons-nous dès à présent du succès de notre entreprise ! Car je sais que, dès demain, vous serez tous à vos postes pour travailler d’arrache-pied à la réalisation de la vision d’Ante Starčević ! Messieurs, je vous invite à lever vos verres ! Spreman za domovinu ! »
Prêts pour la Patrie ! Le cri est repris en chœur par l’assemblée. Dans ses rangs, certains cultivent toutefois quelques hésitations, qu’ils cachent soigneusement au fond de leurs âmes. Impossible de savoir si Pavelic, quand il promet un prochain triomphe, veut exalter ses troupes, où s’il est juste inconscient des réalités. Ce doute rongeur risque fort, toutefois, de diffuser bien davantage que les rêves du Poglavnik durant les mois à venir…
………
Bosnie et Croatie – Partout dans les terres occupées par les Oustachis, les soldats croates se rassemblent pour fêter le Nouvel An avec force réjouissances, alcool et expéditions punitives. Evidemment, ce sont les orthodoxes et les musulmans qui en font les frais – tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à utiliser le calendrier grégorien…
Le 1er CA oustachi d’Ivan Brozovic est désormais bien implanté en Bosnie, ses divisions (1ère de Montagne et 3e DI) tenant solidement Zavidovići et Bugojno. Quant à la Légion Noire, elle est toujours à Dakovo, mais n’a pu souffler aussi longtemps qu’espéré. En effet, dès demain, elle doit lever le camp en direction de Zenica : ordre direct du Poglavnik !

Colère serbe
Belgrade
– Dans les locaux de Radio-Belgrade, le roi Pierre II de Yougoslavie s’apprête à prononcer sa première allocution depuis la capitale libérée. Le souverain serbe a certes obtenu l’aide technique des Anglais pour ce faire… mais il n’en a pas moins refusé obstinément d’offrir à Londres la primeur de son discours (et pas davantage à Marseille) ! Ce qui, évidemment, ne laisse pas d’inquiéter certains ! En somme, une seule chose paraît certaine : en cette Saint-Sylvestre, le très orthodoxe Pierre II Karađorđević ne souhaitera la bonne année à personne. Mais nombre d’auditeurs redoutent pourtant les vœux qu’il va formuler…
« Frères et sœurs de Yougoslavie, Serbes de tous les pays, mes chers Slaves du Sud !
Nous, Pierre II, roi de Yougoslavie par la Grâce de Dieu, nous adressons à vous en ce jour béni depuis la sainte ville de Belgrade, libérée par le sang et le sacrifice de plusieurs milliers de patriotes serbes et de soldats alliés, que je ne peux hélas tous nommer. Cependant, parmi cette foule de valeureux, qu’il nous soit permis d’en distinguer un, véritable exemple de bravoure pour l’avenir : le bienheureux colonel Milutin Janković, tombé en héros à Leskovac et que nous venons d’honorer du titre de chevalier de l’Ordre royal de Saint-Sava. »

A ces mots, de nombreux Britanniques et Français ne peuvent réprimer une moue dubitative – est-il bien raisonnable de distinguer ainsi un homme aux positions aussi… tranchées vis-à-vis des Croates ? Mais ils n’ont encore rien entendu.
« Notre drapeau bleu, blanc et rouge flotte à nouveau sur chaque façade, à chaque carrefour, sur chaque porte. Ce spectacle qui réjouit nos cœurs s’étendra bientôt à toute la Yougoslavie. Dès demain, d’autres braves seront en campagne pour aller au secours de ceux qui gémissent encore sous la botte ennemie. Que ceux-ci se rassurent. Bientôt, ils ne seront plus seuls.
Car je vous le dis, mes chers Sujets, nous arrivons. Nous arrivons, et mon cœur saigne à l’idée de ce que l’on a fait endurer à notre Royaume. Il saigne à l’idée de ce que tant des nôtres ont subi dans leur chair, à l’image des souffrances infligées à Notre Seigneur. Nous savons désormais, et le monde avec nous, quelles horreurs ont été perpétrées contre eux !
Et le monde entier sera témoin du châtiment qui sera celui des criminels quand s’abattra sur leurs têtes le plus sévère, le plus impitoyable des glaives de Justice. Car ceux qui ont tenté l’impensable, ceux qui ont voulu exterminer notre peuple tout entier, sont bien connus. Et ils se sont bannis eux-mêmes du concert des Nations slaves, perdant ainsi tout droit à notre mansuétude. Nous ne prendrons donc pas la peine de protester, car il n’est plus temps de protester. Il est temps de frapper. Ce peuple scélérat verra bien vite la colère des héritiers de Georges le Noir
[Paysan et chef de clan connu sous le nom de Karađorđe, vainqueur des Ottomans en 1804, premier hospodar (seigneur) de Serbie avant la reconquête de 1813, fondateur de la dynastie des Karađorđević.] , animés d’un juste courroux qui sera celui de tous les vrais Yougoslaves !
Mes chers Sujets, des jours terribles nous attendent. Mais ce seront des jours de Victoire et de Justice, qui couronneront de leurs lauriers les justes et condamneront les félons à l’Enfer. Vive la Yougoslavie, Vive l’Unité des Slaves du Sud et Gloire soit rendue à Dieu ! »

Comme on s’en doute, le discours sera apprécié diversement selon les auditeurs. Les ministres et responsables croates du gouvernement yougoslave, tels que Juraj Krnjević, sont proprement abasourdis dans leur exil algérien par ce qu’ils viennent d’entendre ! Et si les nationalistes serbes sont évidemment ravis, il n’en est pas de même pour les Anglais et les Français, consternés, qui se demandent à présent comment se sortir du bourbier où la colère de Pierre II plonge tout le monde ! Heureusement, depuis que le rapport de Sylvestre Audet a atterri sur le bureau de Léon Blum, des mesures ont été envisagées – elles ne demandent qu’à être concrétisées.
………
De Sparte à Teutoburg (capitaine Pierre Percay)
Mission tordue
Belgrade
« Je répétai ma question avec une véhémence qui n’avait d’égale que ma stupéfaction irritée : « Comment cela, vous vous opposez à ma mutation ? Je proteste ! » Face à moi, le commandant Dumaire, venu d’Athènes, accueillit mes récriminations avec calme et fermeté. « Capitaine Percay, vous vous oubliez ! Cette décision ne peut être contestée : c’est un ordre, et il ne vient même pas de moi. Le haut commandement a souhaité prolonger votre affectation auprès du Corps yougoslave, vous auriez préféré le quitter… Tant pis pour vous, qu’y puis-je, c’est la guerre. Croyez-vous que Thémistocle à Salamine s’inquiétait des états d’âme de chacun de ses capitaines de trirème ? »
J’insistai derechef avec une ardeur proche du désespoir : « Je me moque de la guerre du Péloponnèse… » Scandalisé, Dumaire m’interrompit : « Où sont vos humanités, Capitaine ! Il s’agit de la deuxième Guerre Médique, voyons ! »
– Tant pis, j’irai plaider ma cause aussi haut que nécessaire. Qui donc a donné cet ordre ?
A ces mots, mon interlocuteur changea d’expression, sembla considérer les murs de la pièce à la recherche d’une quelconque oreille, puis m’intima l’ordre de fermer la porte avant de poursuivre. La porte close, il murmura : « Le document décidant le maintien de votre affectation a été signé par Monsieur le ministre de la Guerre en personne, sur proposition du ministre des Affaires étrangères. Et il a été visé par la Présidence du Conseil ! »
La foudre de Zeus frappant la table ne m’aurait pas plus sidéré !
– Vous vous moquez de moi ?
– Absolument pas. La 2e Armée française a reçu des instructions très strictes concernant le Corps du général Brasic. Après tout, cette formation relève de notre responsabilité, nous en avons assuré la formation. Et la Yougoslavie reste un pays ami.
– Quel rapport entre moi et notre diplomatie ?
Dumaire me considéra un instant d’un air abattu, avant de reprendre doctement, les mains jointes devant lui : « Capitaine, vous avez tout à voir avec nos diplomates. Vous représentez la République Française auprès des forces royales yougoslaves. Ce ne sont pas vos prouesses guerrières éventuelles qui nous intéressent – un homme de plus ou de moins… Mais bien votre influence sur l’activité de ces forces ou, si vous ne pouvez en avoir, au moins votre capacité d’observation. Celle-ci vous permettra de rapporter aussi fidèlement possible les faits dont vous serez témoin et les conclusions que vous aurez tirées. »
– Je crains de ne pas comprendre.
– C’est pourtant très simple. Vous avez constaté, comme nous tous, que nos amis yougoslaves traversent actuellement une période difficile. Cet embarras n’est d’ailleurs peut-être pas étranger à votre demande de mutation. Soyons francs, capitaine Percay. A Athènes, la petite échappée de Brasic vers le nord a laissé des traces. Et je ne sais pas si vous avez écouté le discours du roi Pierre II ce midi, mais il me parait un peu… guerrier. Ce n’était pas vraiment l’Eloge de la démocratie par Périclès.
Après une pause pour ménager son effet, Dumaire conclut : « Nous n’avons plus totalement confiance dans le jugement des Yougoslaves pour la suite des opérations. Trop de choses terribles se sont passées, trop de démons se sont réveillés – vous-même pouvez en témoigner. Nous craignons des refus d’obéissance, des échauffourées, des débordements. Et nous comptons sur vous pour nous aider à les empêcher, ou au moins à en faire remonter la réalité à qui de droit. »
– En résumé, vous me demandez d’être un espion au sein des forces du général Brasic !
– Oui. Qui mieux que vous pour cela ? Voilà presque six mois que vous les fréquentez ! Vous parlez un peu leur langue, vous connaissez leurs habitudes…
– Et leurs colères aussi ! Que se passera-t-il si je prends un mauvais coup ? Je veux bien risquer ma vie sur le front, mais pas me faire assommer par un ami dans notre propre camp !
– Je note que vous convenez que nos alliés peuvent parfois se montrer… incontrôlables. Mais de là à s’en prendre à vous, non, ce serait sans précédent. Néanmoins, je conviens qu’il va bien falloir vous affecter quelques subordonnés, ne serait-ce que pour étendre vos possibilités d’action.
Souriant, il ajouta : « Il me semble que vous avez déjà une escouade sous vos ordres ? »
– Une escouade… Un ramassis de criminels et autres éléments douteux.
– Oh, je peux vous confier d’autres hommes si vous le souhaitez. Vous n’avez pas idée de ceux qu’on trouve dans notre armée. Par exemple, des Tatars musulmans, arrivés ici par…
– Non, non et non ! Ni Tatars, ni Russes, ni Cambodgiens ! Merci de votre soutien, mon commandant, mais non. Mes huit apaches suffiront.
– Parfait, dans ce cas nous en avons fini pour l’instant. Mais je resterai votre correspondant dans le cadre de vos… nouvelles fonctions. Vous devriez rentrer à présent : je sais de source sûre que la 1ère Division d’Infanterie vous a trouvé un nouveau… binôme, pour remplacer le défunt capitaine Gashi. Je crains qu’il ne vous plaise guère, enfin vous verrez bien.
J’ai ruminé ma contrariété sur tout le trajet jusqu’au camp du général Krstic. Le caporal Dennoyeur était passé me chercher en Jeep et, en bon mélomane, il avait fredonné tout le trajet un air baroque, “Des cendres de ton cœur réchauffent ton génie !” ou quelque chose comme ça
[Il s’agit de l’épilogue des Contes d’Hoffmann, d’Offenbach.]. Arrivant sous la tente de l’état-major, je fus accueilli avec un mélange de considération et de méfiance. Certains devaient se douter de ma mission. Finalement, après un trop long silence, le responsable de garde, un colonel, me lança : « Capitaine Percay, vous connaissez déjà le major Vranješević, je crois ? » Le déplaisant personnage surgit dans la tente en arborant le faux sourire du requin. »

Le jugement de l’Histoire
« L’année 1943 s’achevait dans un calme trompeur, alors que le chaos des Balkans battait son plein, pour le plus grand malheur de tous les protagonistes. Que retenir de cet affreux mois de décembre, qui avait vu des légions de collaborateurs lutter contre leurs anciens maîtres allemands, alors que les forces yougoslaves de toutes obédiences faisaient une nouvelle démonstration de leur impétuosité ? Essentiellement que, faute de forces suffisantes, les deux camps s’étaient résignés à engager des milices, pour aboutir au même résultat : le chaos. Cette leçon chèrement apprise allait durement marquer les deux adversaires pour la future année 1944.
Mais commençons par tirer le bilan de “Garden”. Sur le plan stratégique, c’était une réussite indéniable : la Serbie était presque entièrement délivrée de l’occupation allemande. Toutefois, cette performance était à l’évidence bien plus liée à l’évolution de la situation sur le Front de l’Est qu’aux performances du 18e GAA. Et une question ne pouvait pas être esquivée : à quel prix la Serbie avait-elle été libérée ?
Hélas, la réponse était simple : à un coût exorbitant. Le 1er CA yougoslave à lui seul déplorait 3 500 morts. De leur côté, les différentes unités britanniques avaient perdu 1 500 hommes et près de 2 500 blessés. De plus, 4 500 insurgés belgradois avaient disparu dans la tourmente. Concernant les civils, le tableau était encore plus sinistre : outre les dix mille victimes de Bubanj, les opérations de répression dans la vallée de la Morava et à Belgrade avait coûté la vie à environ 15 000 personnes – le tout sans même évoquer les “événements” du Kosovo, sur lesquels l’histoire yougoslave a longtemps choisi de jeter un voile pudique. Soit un cout total de 12 500 combattants et au minimum de 25 000 civils.
En face, les forces de l’Axe avaient battu en retraite en bon ordre et n’avaient perdu que 3 500 morts, blessés et prisonniers. La victoire tactique était donc très nette : avant de partir, la 1. Panzerdivision avait bien claqué la porte au nez des armées alliées. La glorification ultérieure de cet épisode par la propagande royaliste n’y changerait rien. Nous pouvons presque parler de mystification quand, chaque année, le gouvernement serbe commémore ce qu’il appelle « la victoire de la libération de Belgrade ».
Le dénouement pour le moins mitigé de Garden, surtout comparativement au succès éclatant qu’avait été Market, enclencha évidemment une longue période de réflexion dans l’état-major allié. Comment expliquer une telle disproportion dans les résultats, alors même que les rapports de forces avaient assez peu évolué ? Une fois éliminée l’influence de la météo – qui avait ralenti les combats – la réponse apparut comme une évidence. L’enchaînement “Market-Garden” souffrait d’une incohérence majeure, en prétendant enchainer deux offensifs coups sur coups dans des conditions favorables… mais avec une pause-ravitaillement au milieu. De quoi permettre aux forces de l’Axe de se réorganiser en pleine connaissance de cause.
La logistique condamnait donc dès le départ le second volet de l’opération à de grandes difficultés. En conséquence, il était illusoire de s’imaginer qu’il connaitrait un plein succès, surtout en période hivernale. Montgomery, bien sous-estimant notablement les forces allemandes, semble d’ailleurs en avoir été parfaitement conscient : ayant constaté que le ravitaillement promis n’arriverait qu’avec un retard insupportable, il avait interdit toute offensive prématurée vers Belgrade, repoussant Garden à l’orée du printemps 1944, sans doute en prélude à ses futures actions vers l’Autriche. Hélas, l’austère Britannique ne put arrêter des Yougoslaves rendus furieux par les événements dans leur capitale et qui allèrent se fracasser tête baissée sur un mur de Panzers. Finalement contraints de suivre leurs ardents alliés, puis de les remplacer passé Leskovac, les Britanniques n’allaient certainement pas risquer pour rien leurs unités et leur réputation sous le regard des Soviétiques. La neige acheva d’embourber cette timide avance, tandis que les forces de l’Axe s’échappaient facilement en ayant échangé un terrain inhospitalier et devenu intenable contre du temps, et non sans avoir au préalable saigné les forces alliées. En résumé, Garden fut exécutée d’une manière brouillonne, dans une totale confusion et sans la moindre coordination. On peut même dire que c’est la frustration bien davantage que la raison qui l’a guidée.
Pour se défendre face à ce lourd bilan, Montgomery eut une réponse très simple : l’offensive lui avait été imposée par des intervenants extérieurs qui avaient contredit ses ordres d’arrêt, et il déclinait toute responsabilité sur son déroulement. De fait, il faut avouer que Garden ne s’est pas précisément passée comme prévu au départ ! Toutefois, le général britannique fait preuve d’une certaine mauvaise foi singulière quand il affirme, dans ses mémoires, que « l’opération aurait sûrement été couronnée de succès si elle avait été lancée à la date et selon le plan prévu… et elle se serait de toute façon mieux déroulée [s’il] avait eu la possibilité d’en assurer véritablement le commandement » – ce qu’il avait pourtant exclu d’emblée ! On mesure ici une forme de gêne devant les terribles événements que le ressentiment des Serbes allait provoquer en Bosnie et dont personne ne souhaitait assumer la moindre responsabilité.
De façon encore plus malhonnête, Winston Churchill lui-même osera affirmer que « Montgomery avait prévu une offensive vers Belgrade afin de ne pas me décevoir comme jadis en Bulgarie, avec cette douce naïveté qui est l’apanage des vrais militaires » (sic). Une présentation des choses pour le moins osée, mais qui a le mérite d’occulter la responsabilité du Premier ministre dans la trop longue pause logistique suivant Market et qui aurait dû conduire à annuler Garden – de fait, Monty avait certainement fait preuve de naïveté en prêtant foi aux promesses d’un homme politique !
Bénéficiant d’un point de vue relativement neutre, Sylvestre Audet écrira bien plus tard : « l’opération a été condamnée à un échec relatif sous l’action de deux forces extérieures incontrôlables mais décisives : l’influence des insurgés et Partisans, que nous mésestimions toujours… et les promesses de Winston Churchill. » C’est à notre avis, le jugement qu’il convient de retenir au-delà des anathèmes, polémiques et autres sentences définitives issus de considérations nationalistes.
Churchill avait été d’autant plus convaincant qu’il croyait sans doute lui-même à ses promesses concernant le ravitaillement du 18e GAA – sa faute était compréhensible, et il était probable qu’il tâcherait de s’en absoudre. En revanche, avec le recul, il parait évident que la coordination avec les forces endogènes yougoslaves avait fait et ferait sans doute toujours défaut : en effet, ces dernières restaient esclaves de leurs propres intérêts, et étaient donc incontrôlables… et incorrigibles. En armant les différents groupes de la région, les Alliés leur avaient bien donné une légitimité et des moyens – mais ils ne disposaient pas des moyens et des capacités leur permettant de diriger véritablement leurs actions. Hélas, il est même possible d’étendre ce jugement au 1er Corps d’Armée yougoslave d’Ilija Brasic. Et pour le plus grand malheur de tous, à commencer par elles-mêmes, ces forces avaient décidé non pas de collaborer pour la Victoire, mais bien de régler avec plus ou moins de discrétion leurs haines centenaires, grâce aux armes fournies par Londres ou Alger.
En somme, cherchant son chemin dans le sombre navire des Balkans, Bernard Law Montgomery semblait avoir allumé sa lanterne dans la sainte-barbe… Une leçon que l’intéressé ne risquait pas de négliger : il déclarera ainsi en privé, au début de 1944 : « A l’avenir, j’éviterai soigneusement d’apporter le moindre soutien à quelque mouvement partisan que ce soit ! Il me parait désormais évident que les habitants des Balkans ne pensent qu’à se sauter à la gorge. » Un principe toutefois presque impossible à respecter : le 18e GAA devait bien tenir compte de son environnement et concilier les milices, même s’il ne souhaitait plus collaborer avec elles. Or, pour être accepté comme arbitre, il convient d’être neutre… ce qu’il était impossible de prétendre avec, dans ses rangs, les forces du général Brasic, en grande majorité serbes et aux préférences bien connues. Faute d’un véritable médiateur respecté de tous, les drames n’ayant rien à voir avec le conflit mondial n’étaient pas près de se calmer, achevant d’éclabousser les armées engagées dans les Balkans qui en étaient devenues, bien malgré elles, des acteurs de premier plan.
Toutefois, et comme une maigre lumière au bout du tunnel, les considérations humanitaires si spécifiques de ce théâtre, et si consommatrices de temps et de moyens, ne pouvaient plus aller qu’en s’améliorant. Certes, des masses de réfugiés fuyaient toujours les régions occupées, mais le flot ne tarderait pas à se tarir. A l’avenir, les armées alliées ne verraient donc plus leurs manœuvres dictées par les urgences locales… faute de civils à protéger ! De surcroît, les forces du 18e Groupe d’Armées Alliées allaient désormais entrer en territoire ennemi, avec une population présumée hostile, qu’il ne fallait plus secourir mais traiter comme telle ! Sur ce dernier point, il faut cependant faire des exceptions (plus ou moins prévisibles et sur lesquelles nous reviendrons) concernant la Bosnie-Herzégovine et la Hongrie.
Ce bilan tiré, envisageons à présent l’état des forces en présence dans les Balkans au 31 décembre 1943 et tentons d’évaluer leurs possibilités.
En ce qui concerne les Alliés, l’effort colossal fourni les deux derniers mois avait conduit à une certaine dispersion des unités, qui se retrouvaient désormais réparties sur un front de 400 kilomètres, soit presque le double d’auparavant. La logistique du 18e GAA allait en être d’autant plus compliquée. Le tout au beau milieu d’un pays en ruines, sujet à la guerre civile et dont la population était exsangue !
De l’autre côté du front, la situation de l’Axe n’était pas meilleure. Toujours maltraité par l’OKW qui s’obstinait à le traiter comme un front moins que secondaire, le malheureux GA E devait “tenir” la Yougoslavie avec un mélange d’unités disparates et plus ou moins abîmées. De plus, faute d’obtenir des renforts et sous la pression malavisée de l’OKW, il s’était retrouvé contraint de lâcher la bride aux Oustachis, lesquels avaient aussitôt déclenché un terrible chaos issu des affrontements entre communistes et fanatiques religieux de tous bords. Au total, et contrairement aux espoirs de certains Allemands, si le Reich allait en effet bénéficier désormais du plein soutien de l’armée de Pavelic, cette dernière consacrerait l’essentiel de son temps à réparer les désordres qu’elle provoquerait elle-même, tout en réclamant des moyens pour cela. Il n’est donc pas certain que la Heer ait retiré un quelconque bénéfice de son alliance avec les Oustachis, au grand désespoir de Maximilian von Weichs.
Les deux armées allaient donc passer l’hiver à se regarder en chiens de faïences, affaiblies, incapables de résister à une offensive déterminée… et incapables d’en produire une. Le tout sous le regard amusé des Soviétiques, qui voyaient leurs opposants politiques en Yougoslavie s’entretuer et pouvaient moquer à loisir ces Occidentaux si fragiles. Il leur semblait évident que la campagne des Balkans allait déboucher sur une mosaïque politique, sur laquelle il leur serait facile de mettre la main après la victoire sur l’Allemagne.
Monty, souvent jugé si timide à l’heure de l’offensive, n’avait pourtant pas à rougir de son bilan. Au contraire, il avait tout de même libéré en à peine plus de six mois la Grèce, l’Albanie et tout l’est de la Yougoslavie, y compris sa capitale. Mais, tout homme de l’art militaire qu’il fut, il paraissait bien incapable d’emporter une victoire rapide et décisive qui lui donnerait le contrôle du pays et l’empêcherait de se désagréger.
Heureusement pour le “pays des Slaves du Sud”, un jouteur déjà fort connu mais encore mésestimé, allait rentrer pour de bon dans l’arène politique et connaitre une ascension fulgurante : Josip Broz Tito. »
(Robert Stan Pratsky, op. cit.)
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 10:36    Sujet du message: Répondre en citant

L'année 1943 est donc finie sur le front Balkanique.
Nous allons faire une pause et les laisser aiguiser leurs couteaux pour 1944.

Demain, après-demain au plus tard, nous retournerons sur le Front de l'Est… En juin 1943.
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Casus Frankie

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Hendryk



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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 10:55    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Montgomery, bien sous-estimant notablement les forces allemandes, semble d’ailleurs en avoir été parfaitement conscient

Bien que?
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Etienne



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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 11:03    Sujet du message: Répondre en citant

Un manque?

Citation:
Montgomery, bien que sous-estimant notablement les forces allemandes, semble d’ailleurs en avoir été parfaitement conscient : ayant constaté que le ravitaillement promis n’arriverait qu’avec un retard insupportable, il avait interdit toute offensive

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Capu Rossu



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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 11:19    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Citation:
L’enchaînement “Market-Garden” souffrait d’une incohérence majeure, en prétendant enchainer deux offensives coups sur coups dans des conditions favorables… mais avec une pause-ravitaillement au milieu. De quoi permettre aux forces de l’Axe de se réorganiser en pleine connaissance de cause.


@+
Alain
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houps



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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 11:26    Sujet du message: Répondre en citant

Bravo pour la somme de travail que ce gigantesque B.... a nécessité !

Les corrections relevées ici ou là sont très minimes.

J'y ajouterai ceci :

1)
"...Chers amis, l’année prochaine verra l’aboutissement de nos projets et l’aube d’une ère nouvelle pour la Croatie. Avec l’aide de nos alliés allemands, qui triompheront bientôt des capitalistes juifs comme des Bolcheviques, et grâce aux efforts de nos valeureux Oustachis qui, en ce moment-même, continuent de nettoyer nos terres de la racaille qui les a trop longtemps infestées, notre peuple prendra enfin la place qui lui reviens de droit dans la Nouvelle Europe...."

"revient"

et 2)
"... L’enchaînement “Market-Garden” souffrait d’une incohérence majeure, en prétendant enchainer deux offensifs coups sur coups dans des conditions favorables… mais avec une pause-ravitaillement au milieu...."

offensives ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 11:30    Sujet du message: Répondre en citant

Merci aux relecteurs !
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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 11:32    Sujet du message: Répondre en citant

Pauvre Monty... mais surtout pauvre Yougoslavie.
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Imberator



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MessagePosté le: Mar Fév 05, 2019 16:14    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
En armant les différents groupes de la région, les Alliés leur avaient bien donné une légitimité et des moyens – mais ils ne disposaient pas des moyens et des capacités leur permettant de diriger véritablement leurs actions.

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