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Décembre 1943 - Italie / Balkans
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Colonel Gaunt



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MessagePosté le: Mer Fév 07, 2018 14:02    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
29 décembre
Opération Walrus
Adriatique – La lagune vénitienne est témoin aujourd’hui d’une nouvelle attaque contre le trafic maritime allemand. Le chasseur de sous-marins UjI-1, ex-Colubrina, réussit à quitter le secteur indemne au nez et à la barbe des Banshee et des Beaufighter des Sqn 39 et 605. Mais la chance abandonne définitivement le petit navire lorsqu’il est torpillé par le HMS Taurus. Ce sous-marin de classe T est le dernier de son type opérant en mer Adriatique. Jugé trop grand pour les eaux claires et restreintes de ce secteur, il partira d’ici quelques semaines renforcer l’escadre de l’océan Indien à Trincomalee. C’est donc la dernière victoire de ce submersible sur ce front.

Le sous-marin torpillé mais récupéré suffisamment en bon état pour être rapatrié dans l'ocean indien ?
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Les guerres de religion consistent à se battre pour savoir qui a le meilleur ami imaginaire
Citation vue sur le net
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Fév 07, 2018 14:58    Sujet du message: Répondre en citant

Le torpillé est un chasseur de sous-marins ! allemand, ex italien.
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Casus Frankie

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JPBWEB



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MessagePosté le: Mer Fév 07, 2018 15:21    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
L’attrition des troupes sud-africaines est suffisante pour que cela devienne une affaire politique, les généraux sud-africains ayant fait remonter au Cap leurs motifs de désappointement

à Pretoria, plutôt, non ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Fév 07, 2018 15:26    Sujet du message: Répondre en citant

A l'époque, déjà ?… Peut-être.
Quelqu'un a-t-il une certitude pour Pretoria ou Le Cap ?

Correction : oui, Pretoria, qui est le siège du gouvernement.
Londres va donc éviter que ça n'arrive jusqu'au Cap, qui était (est encore ?) le siège de l'Assemblée législative, où le parti de Malan, qui était opposé à la participation à la guerre, ne manquerait pas de hurler.
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Casus Frankie

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JPBWEB



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MessagePosté le: Mer Fév 07, 2018 15:40    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
A l'époque, déjà ?… Peut-être.
Quelqu'un a-t-il une certitude pour Pretoria ou Le Cap ?

Pretoria est la capitale administrative de l'Union Sud-Africaine depuis 1910 (Capetown étant la capitale legislative et siege du parlement, et Bloemfontein la capitale judiciaire et siege de la cour supreme).
Mais c'est surtout que la phrase suivante du texte évoque 'le gouvernement de Pretoria' que les Britanniques veulent apaiser.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Déc 26, 2018 12:08    Sujet du message: Répondre en citant

Bien, avec un certain décalage, voici la facette "Balkans" de Décembre 43, par Demolition Dan. Attention, ça ne va pas être très… propre.


1er décembre
La campagne des Balkans
Météo
– La pluie est de retour sur la ligne de front, empêchant de nouveau toute action majeure. Les forces en présence restent donc dans l’expectative.

Pause opérationnelle
Nord-ouest de la Macédoine
– La 192e DIA et la 1ère Division d’Infanterie tchécoslovaque atteignent respectivement Gostivar et Kichevo, dans les monts de Macédoine. Soldats français et tchèques se préparent à prendre le relais du 1er CA de Giorgios Kosmas, qui doit repartir pour la Grèce.
………
« J’étais toujours incapable de déterminer si j’avais fait une bêtise ou non en acceptant l’offre du commandant Vranješević, mais au moins une chose était certaine : je n’allais pas rester inactif sous la pluie à Samoljica en regardant les camions passer et ma tente prendre l’eau. Un guide serbe sans uniforme était venu me chercher pour une longue randonnée à travers les collines – jusqu’à Žbevac, une petite localité insignifiante à une dizaine de kilomètres au nord de nos positions. Nous avions donc laissé les défenses de Bujanovac sur notre gauche… Le dispositif boche était visiblement plein de trous ! Pas assez toutefois, à l’évidence, selon mon guide, qui multipliait les signes de nervosité. En effet, à sa grande irritation, j’avais obstinément refusé de revêtir des vêtements civils. J’étais un officier, pas un brigand de grand chemin !
Une cahute de pierres sèches sous la pluie incessante, des ombres qui bougent sur notre droite et finalement deux visages patibulaires et barbus, avec le canon d’un fusil juste en dessous. Nous dûmes nous plier à une fouille en règle – mais je fus seul à entrer dans la bicoque, avec une appréhension renouvelée. Qu’est-ce que c’était que ce cinéma ? Et pour un premier contact en plus. Dans la pénombre, deux autres individus rébarbatifs encadraient une silhouette assise à une table. Mon hôte (puisqu’il fallait sans doute l’appeler ainsi) se leva et me tendit la main alors qu’on allumait une lampe à pétrole. La lumière révéla un visage âgé, avec une fine moustache soulignant un regard perçant et un grand front dégagé. Il avait la mimique aimable et un peu forcée de ceux qui ont de la sympathie (mais aussi de la compassion) pour leur interlocuteur.
– Bonjour cher Monsieur, je suis le lieutenant Dino Ahmetovic, du mouvement du commandant Dobroslav Jevđević, des forces tchetniks de Bosnie, Herzégovine et Serbie.
Devant mon air interloqué, l’individu rajouta immédiatement : « Ah, je comprends, ce sacré commandant Vranješević vous avait vendu un Serbe ! Je n’y peux rien, cher Monsieur, je suis né à Mostar. »
Nouveau sourire. Etait-il sincère ou se moquait-il de moi ? En vérité, je dois bien l’avouer aujourd’hui, j’étais un peu perdu dans toute cette jungle balkanique. En France, nous avions des héros et des traîtres : c’était plus simple. Mais ici, nombreux étaient ceux qui prétendaient être entre les deux – ou à tout du moins revenus de leurs erreurs.
Toutefois, cet Ahmetovic ne me laissa pas le temps de pousser plus loin la réflexion et reprit : « Nous avons de graves soucis, Capitaine [Ah, je n’étais plus cher Monsieur ? Je préférais.], depuis que les Allemands ont confié le contrôle de la Morava à ces chiens de Croates. Avez-vous entendu parler du camp de Crveni krst, Capitaine ? Ou de la prison de Nis ? » Nous avions effectivement découvert aux environs de Skopje certaines installations qui avaient, selon les témoignages locaux, servi à la déportation d’une partie de la population – mais ce que le Tchetnik me décrivit ce jour-là dépassait ce que nous aurions pu imaginer et lui donnait certainement des cauchemars. Des cauchemars depuis devenus miens, et qui me harcèlent encore de temps à autre, faisant resurgir dans ma mémoire horrifiée certaines de mes expériences de cette période. Je promis de faire remonter l’information dans les meilleurs délais. »
(Capitaine Pierre Percay, op. cit.)

Ames noires et doutes rongeurs
Ex-Yougoslavie
– Tous les chefs tchetniks plus ou moins collaborateurs, mais se disant royalistes, reçoivent de leurs officiers de liaison allemands une « instruction » leur demandant de se rendre à Belgrade pour « une grande réunion relative à l’adaptation des dispositifs du maintien de l’ordre en territoire anciennement yougoslave ». Pendant ce temps, leurs forces devront se rassembler dans la région de Ripanj avec armes et bagages, pour « redéploiement sitôt les nouvelles modalités de coopérations arrêtées conjointement ».
Partout, ces rudes combattants accueillent ces ordres avec curiosité et méfiance. Pourquoi leur demander de se rendre à Belgrade ? Et dans quels buts leurs forces devraient-elles se concentrer à Ripanj ? Cette région de collines et de forêts n’est presque pas peuplée !
Tout cela sent fort mauvais en vérité – mais les Tchetniks ne peuvent faire autre chose qu’obéir… pour l’instant du moins. On a vu récemment en Bulgarie ce que donnaient les insurrections non préparées – et ce ne sont pas les Russes qui viendront les sauver, ça non ! Plutôt mourir en vérité. Les seigneurs de guerre organisent donc leur voyage, accompagnés d’une forte escorte – au cas où ils croiseraient des Croates. Mais ils décident néanmoins presque tous de conserver dans leurs fiefs une bonne partie de leurs hommes, de leurs armes et de leurs munitions.


2 décembre
La campagne des Balkans
Pause opérationnelle
Serbie
– Alors que le calme se prolonge tout au long de la ligne de front, le général Brasic reçoit finalement l’autorisation de lancer des reconnaissances en force vers Bujanovac – les flancs du 1er CA yougoslave sont désormais bien gardés, la démarche ne présente pas grand risque. Une instruction, toutefois, remonte de Salonique : interdiction absolue d’engager le combat avec l’ennemi, sauf pour se défendre, bien évidemment.

Vers de nouveaux horizons
Albanie (Vlöre)
– Sous le vent de l’Adriatique, et alors que les ports albanais sont toujours aussi peu courus, la 3e Brigade Mobile de la Légion Etrangère embarque dans le calme à bord de LCT à destination de l’Afrique du Nord. Le colonel Le Couteulx de Caumont peut être fier de ses hommes – ces volontaires venus de tant de pays (mais Espagnols pour la plupart) sont désormais des vétérans. Alors qu’on charge un GMC, une pensée germe dans l’esprit de l’officier : ces engins ont beaucoup roulé depuis le Péloponnèse. Avec un peu de chance, ses hommes en changeront à Tunis. Ils seront ainsi équipés de neuf pour se lancer sur les routes… de France. Un sourire éclaire le visage du légionnaire… Mais un observateur sagace (et indiscret) lui trouverait sans doute les yeux humides. Le vent frais de l’hiver, à coup sûr !

Macédoine – Totalement relevées par les divisions envoyées par Henri Dentz, les forces de Giorgios Kosmas entament désormais leur retrait vers la Grèce. Les evzones, bien qu’un peu déçus de quitter aussi soudainement le champ de bataille, vont désormais pouvoir profiter d’un repos bien mérité.
Leurs zones de garnison sont déjà définies : Athènes et la région de l’Attique (1ère Division d’Infanterie – général Batas), Ambracie et Ionnia (6e Brigade de Montagne – colonel Katsotas) et enfin le triangle Trikala-Karditsa-Larissa (3e Brigade de Montagne – colonel Tsakalotos). Par un curieux hasard, il s’agit toujours de régions politiquement “sensibles”, ou dans lesquelles les forces de l’ELAS bénéficient d’un appui populaire significatif. Seule Salonique fait exception. Mais il semble désormais peu probable que le mouvement communiste prenne le risque de se frotter à l’armée anglaise – une éventualité envisageable, a contrario, il y a quelques mois à peine.
Les forces grecques seront sur place dans douze jours au plus tard. Une fois ces dernières déployées, le gouvernement royal pourra passer l’hiver dans le calme, et procéder aux réformes et « ajustements » nécessaires.

Déception prévisible
Salonique (caserne de Stavroupoli)
– Le général Bernard Montgomery ne peut réprimer un soupir d’amertume à la lecture du dernier rapport de Sir Godfrey : la voie ferrée vers Skopje est enfin opérationnelle. Les Royal Engineers ont travaillé comme des forçats, malgré la pluie et le vent, pour accomplir cette prouesse… qui arrive toutefois trop tard. En retard par rapport au planning établi en octobre, et surtout en retard par rapport à la nature. Le Meteorogical Service prévoit de la neige pour demain !
Monty remarque toute de même avec aigreur que les hommes du génie sont toujours plus ponctuels que le ravitaillement promis par Winston Churchill, dont les promesses ont mis bien trop longtemps à se concrétiser. Les premières livraisons, encore bien maigres, ont eu lieu fin novembre seulement, et on lui annonce finalement d’importants arrivages de munitions et carburants… à partir du 10 décembre au mieux.
“Garden” va donc bien tomber à l’eau, il ne reste plus qu’à l’annoncer. Puis à faire son deuil d’une libération de Belgrade cette année. Car, pour le méticuleux Britannique, une chose au moins est claire : pas question de lancer une action improvisée dans la neige, et face à des défenses allemandes revigorées ! Le 18e Groupe d’Armées Alliées hivernera donc entre Bulgarie et Serbie – c’est sa décision, elle ne relève que de lui seul. Et Montgomery sort promener ses chiens dans le froid d’un hiver qu’il pressent long et pénible.

Décembre à Belgrade
Belgrade
– Bravant les premières neiges, un individu très discret entre dans la capitale serbe en longeant la Save à partir du village d’Ostružnica. Esquivant sans mal les barrages et contrôles mis en place par les forces d’occupation et les milices, il évite largement la gare – bombardée mais encore bien trop peuplée pour être saine – et longe les murs jusqu’au quartier du jardin botanique de Jevremovac, pour atteindre finalement la vieille ville, où l’attend une planque miteuse près du port sur le Danube.
Loin du regard de la forteresse, Witold Krymer peut enfin respirer : il est bien arrivé à destination. C’était en vérité la partie la plus aisée de sa mission ! Il doit désormais prendre contact avec les chefs tchetniks, ou du moins avec ceux rongés par le remord quant à leurs alliances passées. Et ils ne seront pas faciles à identifier : tous ces Serbes se disent patriotes avec énergie, c’est vrai, mais le Reich reste un allié puissant, généreux et… redoutable, même en temps de défaite. Les Bulgares peuvent en témoigner ! Heureusement, pour atteindre tout ce petit monde en toute discrétion, et loin des oreilles des fouineurs, Krymer a sa petite idée… D’ailleurs, il prendrait bien un bain tout de suite – le voyage a été long et le Polono-Lituanien aime à rester propre.
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delta force



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MessagePosté le: Mer Déc 26, 2018 13:14    Sujet du message: Répondre en citant

pas de garden....pour l'instant...car si l'offensive russe vers la Roumanie a lieu comme annoncée en décembre, il va y avoir du changement....ne serait ce que par le départ en urgence des quelques réserves blindées de la Heer stationnées en Serbie...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2018 12:03    Sujet du message: Répondre en citant

3 décembre
La campagne des Balkans
Pause opérationnelle et énervement
Météo
– Comme annoncé par les météorologues de Sa Majesté, une fine couche de neige – jusqu’à quinze centimètres par endroits, tout de même ! – recouvre dès l’aube le pays et les Alpes dinariques. Les combattants de tous bords en déduisent que le conflit va être gelé, lui aussi, et se préparent à passer l’hiver sur leurs positions.
………
Serbie – Si la libération de Belgrade paraît bien compromise pour cet hiver, le général Brasic n’a pas encore renoncé à libérer une partie au moins de son pays. En effet, les rapports des multiples reconnaissances lancées ces derniers jours sont catégoriques : les lignes ennemies sont inexistantes jusqu’à Bujanovac, et cette localité n’est défendue que par des unités épuisées ou trop peu nombreuses pour résister à un assaut déterminé.
Fort de ces informations, le Serbe appelle directement son supérieur, le général O’Connor, à Salonique, afin d’obtenir l’autorisation d’avancer au moins au contact. Qui sait, si jamais les Allemands se retiraient en voyant arriver les blindés alliés… Mais il se heurte de nouveau à un refus : « attendu qu’il est impossible d’exclure une réaction violente de l’ennemi, qui surprendrait nos forces en position vulnérable ».
Brasic raccroche violemment le téléphone, au risque de briser le malheureux appareil, en explosant de rage – « Ali mi smo u ratu, da ili sranje ? » (Mais nous sommes en guerre, oui ou m… ?). Puis il reprend le combiné et demande Athènes…
………
QG du 18e Groupe d’Armées Allié (Athènes) – Il règne place Syntagma un calme pour le moins inhabituel. Les couloirs sont déserts, ordonnances et aides de camp font le tri parmi leurs dossiers pendant que quelques plantons préparent un arbre de Noël improvisé sur la place.
Dans un grand bureau à l’étage, deux généraux français conversent dans le calme : Henri Dentz, le chef de la 2e Armée, est venu rendre une visite de courtoisie à Sylvestre Audet à l’occasion d’une escapade dans la capitale. Le front ne connait aucune activité – le Roannais peut bien se permettre une si modeste fleur après une année aussi tourmentée. Il reprend : « Le général Spiliotopoulos n’est pas là ? »
– Il est en tournée d’inspection avec le général Liosis, afin de préparer le redéploiement et le rééquipement des forces grecques pour l’hiver. A mon avis, c’est une bonne idée, on signale déjà quelques troubles sans gravité dans les quartiers populaires du Pirée. Il ne faudra pas passer par là, mon cher ami !

A ces mots, ouvrant la porte avec fracas, Bernard Montgomery entre dans la pièce pour lancer, avec calme mais énergie : « Ah général Dentz, vous êtes là aussi ! Tant mieux ! Vous allez tout de suite appeler le général Brasic afin de lui réexpliquer mon point de vue concernant l’abandon de Garden. Je viens de passer les trente dernières minutes à tenter d’y arriver. Vous le connaissez mieux que moi, et puis Serbie et France sont de vieilles amies, isn’t it ? »
– Dois-je en déduire que cette conversation s’est mal passée, mon général ?
répond sans rire Sylvestre Audet.
– Si l’on veut : il m’a signifié qu’il allait en référer à son gouvernement et demander l’arbitrage de nos politiques ! Ces histoires balkaniques commencent à me taper sur les nerfs en vérité ! Je crois que je vais demander son renvoi. Il m’appelle pour me demander d’avancer jusqu’à Bujanovac, et je lui réponds qu’il vaut mieux qu’il hiverne là où il se trouve ! Du coup, c’est tout juste s’il ne me rend pas responsable de la répression allemande, le bougre !
Avec prudence, Dentz argumente : « Vous connaissez, comme moi, le caractère… sanguin de nos alliés yougoslaves. Son propos aura dépassé sa pensée. Attendons demain, il sera calmé. »
– Je l’espère bien. Et dans le fond, Messieurs, je ne lui en veux même pas. Moi aussi, si je m’étais trouvé en panne d’essence au bord d’une victoire que je croyais décisive, j’aurais peut-être eu envie de me lancer dans des opérations… trop risquées.

Poussant un bref soupir de lassitude, Montgomery observe l’agitation sur la place Syntagma. Il conclut finalement, davantage pour lui-même que pour ses subordonnés : « Nous avons mal joué, Messieurs, nous aurions dû avancer plus vite quand nous le pouvions et forcer le destin, en négligeant le fait que le ravitaillement manquait. L’intendance aurait été bien obligée de suivre, au lieu de nous faire lanterner comme des choristes au coin de la rue. Et quand je parle de forcer le destin… Il faudra que j’appelle quelqu’un. Brasic n’est pas le seul à avoir des raisons de se plaindre de sa hiérarchie ! Fort bien, Messieurs, je vous laisse à vos occupations. » Sur ces mots, Monty disparaît comme il était venu.

Changements de montures
Héraklion
– L’Air Marshall Sir Arthur Tedder relit le détail du prochain rééquipement des forces aériennes alliées de Méditerranée Orientale – il convient de planifier soigneusement cette opération d’importance.
En effet, elle concerne la plus grande partie de la 1st Tactical Air Force (RAF in Greece). Pas moins de sept Squadrons de chasse et cinq de bombardiers vont changer d’appareils, tandis que deux nouveaux squadrons, un de chasse et un de bombardement, seront créés.
En premier lieu, les Sqn 335 et 336 (Royal Hellenic Air Force) et les Sqn 1 [SAAF] et 450 [RAAF] vont respectivement troquer leurs vieux P-40N et Spitfire V pour de puissants Hawker Tornado. De seconde main, certes, mais l’échange se fera sûrement sans regret : la différence de performance est… sensible : les 400 mph en palier et les quatre canons de 20 mm du nouveau venu feront certainement beaucoup de mal aux Allemands ! Alors certes, le Tornado n’est pas le plus agile des appareils – mais il a de quoi compenser, et il est probable qu’il ne rencontrera pas beaucoup d’oiseaux de la Luftwaffe. Et comme, pour des raisons qui échappent à Tedder, on envoie beaucoup d’appareils de Londres, il va être possible de former un nouveau squadron grec, avec des pilotes frais émoulus des écoles : ce sera le 337.
Par ailleurs, les Sqn 33 et 238 (243rd Wing) et le Sqn 3 (244th Wing) échangeront leurs Spitfire Mk V contre des Mk IX bien supérieurs.
Ensuite, les bombardiers. Le 238th Wing délaisse ses Blenheim Mk IV : ses trois squadrons seront transformés sur Beaumont ; leurs machines sont fatiguées et surtout dépassées (au propre) par le rapide nouveau venu. Le 235th Wing (Sqn 55, 24) échange, lui, ses Boston III pour d’autres Beaumont. Enfin, le 232nd Wing voit son effectif passer à trois squadrons en accueillant une nouvelle formation grecque, le Sqn 15 [Hellenic] équipés avec les meilleurs des Boston III délaissés par le 235th Wing.
C’est presque trop beau – Sir Arthur n’en demandait pas tant. Plus de la moitié de son effectif de chasse de jour et le quart de son effectif de bombardement va être renouvelé dans les deux mois. Ce qui engendrera nécessairement une baisse de disponibilité de ses forces – mais on pourra s’appuyer sur les Français, Polonais, Yougoslaves et autres Tchèques de la 1ère Armée aérienne (général Weiss). Et compte tenu de la météo et du peu d’activité sur le front, cela ne sera certainement pas un drame.
L’Air Marshall Tedder repousse finalement le document, l’air satisfait. Les transformations démarreront dès demain pour s’étaler sur décembre et janvier. Les pilotes ont bien mérité leurs nouvelles machines – eux qui ont fournis tant d’efforts sur des appareils parfois dépassés. Les Grecs, notamment, ont beaucoup impressionné les Britanniques : ils ont déjà quelques beaux as dans leurs rangs, comme John Agorastos Plagis (15 victoires) ou Brasilios Michael Vassiliades (7 victoires). Un palmarès pour l’essentiel obtenu au-dessus de l’Attique et du Péloponnèse, quand la Luftwaffe était encore un adversaire combatif et redoutable – on verra si ces pilotes ont l’occasion de l’améliorer l’année prochaine. A ce qu’on dit, l’allure massive du Tornado plaît beaucoup aux Grecs – ils lui ont même déjà trouvé un surnom : Bouképhalas. Bucéphale, la monture d’Alexandre le Grand !
………
La RAF dans les Balkans (1st Tactical Air Force) à partir de fin janvier 1944
– Chasse
- 239th Wing (Sqn 6 (FB), 94, 112, 250 et 260)
- 243rd Wing (Sqn 1 [SAAF], 33, 213 (FB) et 238)
- 244th Wing (Sqn 3, 450 [RAAF], 335 [Hellenic], 336 [Hellenic] et 337 [Hellenic])
- Sqn 30 (NF) : 15 Beaufighter NF-IV.
Les Sqn 6 et 213 (chasseurs-bombardiers) sont équipés de Banshee, les squadrons grecs, sud-africain et australien sont équipés de Tornado et les autres squadrons de chasse de jour de Spitfire IX.
– Bombardement
- 202nd Wing (Sqn 70, 142, 150) : 40 Wellington
- 232nd Wing (Sqn 13 [Hellenic], 15 [Hellenic], 223) : 45 Boston III
- 234th Wing (Sqn 14, 1Cool : 30 Boston III
- 235th Wing (Sqn 55, 24) : 30 Beaumont
- 237th Wing (Sqn 244, 454) : 30 Beaumont
- 238th Wing (Sqn 114, 139, 241) : 45 Beaumont.


L’Esprit de la Guerre (Dennis Kolte)
Neiges rouges
Front du XXII. GAK, Varteshevo, quelques kilomètres au sud-ouest de Kyoustendil
« Après roulé sans cesse depuis Kavadartsi, c’était là que nous nous arrêtions. Une vallée froide et austère, coincée entre Bulgarie et Macédoine, où nous allions vraisemblablement passer tout l’hiver. Rien à chasser, rien à faire et surtout rien en face. Même l’aigle impériale rouge de notre insigne semblait déçue. Enfin, nous étions des Brandenburgers, pas des gardes-frontières ! Et même si je ne courais plus depuis longtemps après la mitraille et la gloire, j’aspirais à… mieux. Faute de bataille, une permission, une ville où se détendre, un bar – n’importe quoi, en vérité ! Je me sentais minable, tout simplement.
Flairant comme toujours ma mauvaise humeur en connaisseur, Kurt se posa à côté de moi pour la pause déjeuner. Deux mauvaises gamelles en inox, rempli d’un ersatz de ragout qui aurait fait honte à n’importe quel cuisinier digne de ce nom. Si encore nous avions pu chasser ! Le mitrailleur se mit en devoir de me distraire en conversant simplement avec moi, pour conclure : « L’important, c’est le potentiel, Dennis, tu le sais comme moi. Mon vieux Chinois de Nankin me disait toujours : “Un bol est utile quand il est vide.” » Oui, certainement, mais de là où il se trouvait, cet Oriental radoteur n’allait pas remplir mon assiette de viande rouge et ma vie de sens ! Je me pris, bien malgré moi, à espérer me trouver bientôt ailleurs. »


Ames noires
Ex-Yougoslavie
– Les forces du 1er Corps d’Armée oustachi ont atteint Doboj et les positions définies avec le commandement allemand, en prévision du désarmement des milices tchetniks. Ce faisant, elles prennent possession d’un secteur ayant déjà “bénéficié” durant une longue période de la “protection” de la Légion noire du général Boban – autant dire qu’il ne reste plus grand-chose à réquisitionner dans cette région de Bosnie. Pendant ce temps, cette même Légion noire remonte la vallée de la Morava et approche Kragujevac, suivant fidèlement les ordres du Poglavnik.
………
« Deux jours plus tard, j’eus un nouvel entretien avec mon correspondant (?) Dino Ahmetovic à Žbevac. Ce dernier était clairement déçu de l’absence de progrès de nos forces – espérait-il une réaction de l’état-major allié suite aux exactions qu’il m’avait précédemment décrites ? A l’évidence, oui… et je dus bien avouer que pour l’instant, Salonique restait muet sur le sujet. Le lieutenant tchetnik risqua alors : « Vos chefs n’ont pas confiance en notre parole, c’est cela ? » Un peu gêné aux entournures, je marmonnai qu’il fallait du temps pour que l’information arrive au sommet, puis pour qu’une décision y soit prise. Et puis, une division blindée est un peu plus lourde à manœuvrer qu’une bande de Partisans – sans vouloir offenser les responsables respectifs.
D’un air un peu las, la main droite serrant une fiole d’alcool (qu’il m’avait d’ailleurs offert de partager), Ahmetovic reprit d’un ton triste : « Je comprends, et cette neige n’arrange pas non plus vos affaires. Mais j’ai de quoi vous aider – tenez. » Il sortit alors un épais dossier contenant deux reliures. « Dans la première chemise, vous trouverez toutes les informations que nous avons pu collecter sur les unités allemandes dans le secteur. Ce n’est bien sûr ni parfait, ni exhaustif, mais vos chefs pourront se faire une petite idée de ce qu’ils ont en face. Et pour faciliter leur décision, regardez la seconde chemise, s’il vous plaît… »
Sur son invitation, je sortis le pli en question, bien plus épais que l’autre, en vérité. A la lueur d’une lampe à pétrole et le froid extérieur pénétrant peu à peu jusqu’au fond de mes os, je découvris des choses dont je ne pensais pas l’humain capable. Ici, un rapport sur la population des environs de Cazin, qui dressait un recensement ethnique et établissait des objectifs… de déportation ou d’élimination – c’était écrit en toutes lettres. Là, un compte-rendu des événements survenus sur l’île de Pag en 1941, établi par un officier italien, qui prétendait y avoir trouvé les corps de dix mille (!) personnes tuées en deux mois, et jetées dans une fosse même pas recouverte ! Une photographie était jointe : on voyait un individu en uniforme (vraisemblablement l’officier en question) debout au milieu d’un trou fait de corps humains ! Et la litanie de l’horreur continuait… Plus loin, on voyait un groupe de jeunes gens très gais occupés à décapiter à la scie à bois un individu enchainé. Je reposai finalement le dossier, pris d’un puissant haut-le-cœur.
– Pourquoi me montrer ces choses, lieutenant Ahmetovic ?
– Pour que vos chefs en aient connaissance et agissent pour arrêter le massacre. Je vous ai longuement décrit il y a deux jours les événements de la Morava, survenus en grande partie suite aux ordres de votre état-major. Ce sont désormais les Croates, ces mêmes monstres dont vous avez vu les méfaits, qui tiennent la Serbie. Pas complètement – nous sommes encore là, Dieu merci. Mais si nous passons par les canaux… classiques, on dira que nos informations ne sont pas fiables, que nous exagérons, que nous avons nous-mêmes du sang sur les mains… Ce genre de choses…
– Avouez que nous avons des raisons de nous inquiéter ! Vos forces n’ont pas toujours été clairement de notre côté, loin de là ! Et je ne doute pas que vos Tchetniks aient eux-mêmes commis quelques crimes !
– Certes. Mais ce n’est pas à vous de nous juger. Seul Dieu et le Roi en ont le pouvoir – regardez mes hommes dehors. Avez-vous vu la barbe abondante qu’ils arborent, tout orthodoxes qu’ils sont ?
– Oui, et alors ?
– Ils ne se sont pas rasés depuis le départ du Roi en 1941, en signe de deuil. Les Balkans sont une région rude, mon capitaine, vos armées ne peuvent pas redresser tous les torts – elles y ont bien renoncé en Albanie. Par contre, elles ont le pouvoir d’arrêter le massacre et d’empêcher une famine – organisée, selon mes renseignements, par les Croates – de ravager la population.
– Je comprends…

Dans quel traquenard m’étais-je fourré ? Horreur, et plus grande horreur… Impossible de taire ce que l’on m’avait montré. Je devais envoyer ces éléments à Salonique, conservant copie, à toutes fins utiles, des informations tactiques – inutile de montrer les abominations contenues dans l’autre partie du dossier à Gashi ou, pire, au général Brasic, ils seraient capables de sonner aussitôt la charge. La connaissance peut rendre fou. Mais je décidai néanmoins de conserver quelques pièces pour mes archives personnelles – sur la quantité, nul ne verrait, hélas, la différence.
Un long soupir plus tard, il fallut bien conclure. Je décidai de changer de sujet, ne serait-ce que pour pouvoir respirer un peu. « Vous ne portez pas la barbe, lieutenant ? »
– Je suis bosniaque et musulman, mon capitaine. Ma culture n’est pas la même.
– Je sais, et je suis d’ailleurs surpris de vous voir en ces lieux. Mais je suppose qu’on a jugé que vous seriez réputé un peu plus… neutre dans cette histoire…
– En quelque sorte.
– Néanmoins, comment êtes-vous arrivé ici ?

A ces mots, mon interlocuteur se renfrogna – à l’évidence, il n’avait pas prévu cette question. Après une hésitation, il jugea préférable pour sa crédibilité de répondre.
– Je suis un ancien membre des forces d’Ismet Popovac. Vous n’avez pas dû en entendre parler. C’est un homme politique, ancien médecin et maire de Konjic. En 1941, lors de l’invasion, nous avons dans un premier temps rejoint les Tchetniks de Draža Mihailović – mais Popovac a rapidement tourné casaque et nous avons changé de camp pour passer du côté de Mustafa Pašić et Fuad Musakadić. Des pro-Allemands, mais nous espérions ainsi obtenir notre indépendance. Pour cela, nous avons avalé bien des couleuvres…
A ces mots, je fus pris d’une très grande inquiétude – mais je décidai de poursuivre : « Et que s’est-il passé ? »
– Nous avons combattu un peu avec et contre tous les camps : les Italiens, les communistes, les Croates. L’organisation militaire du peuple musulman… une belle connerie, oui. Nous avons fini “légalisés” par les Italiens sous le nom de “Milizia Volontaria Anti-Comunista”. En fait, les Serbes se servaient de nous pour mener contre les Oustachis une lutte qu’ils n’osaient pas déclencher.

Son poing frappa la table. « Popovac imaginait protéger les musulmans en agissant ainsi. Il a même écrit à Hitler, l’imbécile [Popovac fut effectivement, avec Suljaga Salihagić, l'un des auteurs du mémorandum musulman adressé à Adolf Hitler en décembre 1942.] ! Et nous avons fini par nous retrouver en permanence en guerre contre les Oustachis, avec le soutien de la population. Et là… il s’est passé des événements regrettables [Par exemple le massacre de Prozor, où 2 500 civils, croates ou musulmans “intégrés”, ont trouvé la mort. De plus, les troupes d’Ismet Popovac ont participé au Plan Blanc, opération anti-partisans menée par l’armée allemande au début de l’année 1943.]… Popovac a alors tenté de calmer les choses – peut-être aussi qu’il voyait que les Serbes s’en prenaient eux-mêmes parfois aux musulmans. En vérité, nous étions piégés entre deux feux, malgré les belles promesses.
– Et comment tout cela s’est-il terminé ?
– Il a été tué cet été – et je suis bien incapable de vous dire de la main de qui. Nous en avons fini, je crois, mon capitaine.

Je comprenais désormais mieux pourquoi Ahmetovic disposait de toutes ces informations sur la machine de mort nazie – il en avait fait partie. »
(Capitaine Pierre Percay, op. cit.)

Grèce
Sortie (difficile) de crise
Athènes (Port du Pirée)
– La baisse continue des températures, combinée à un certain retard dans le déchargement des transports, entraine une pénurie de pain et d’huile dans les quartiers les plus populaires de l’antique mouillage. Soulevée par la faim et (peut-être) par des agitateurs politiques, une foule d’un millier de personnes descend vers la Capitainerie du Port, réclamant « les 300 grammes de pain promis par Churchill ».
Comment ces simples citoyens sont-ils informés de l’origine de l’aide humanitaire dont ils bénéficient, et d’où vient ce chiffre de 300 grammes de pain (par jour) ? Nul ne le saura : la manifestation est rapidement encadrée par la police grecque, renforcée d’un bataillon de policiers militaires britanniques – elle se disperse sans incident, sans doute parce qu’elle a fait face à trop forte partie.
Un rapport sur l’incident est immédiatement envoyé au palais royal – à sa lecture, Georges Papandreou ne peut que lever les sourcils d’inquiétude. Lui et Venizélos avaient raisons… Il est urgent que le 1er CA grec se déploie dans le pays. L’ancien Premier ministre aura ainsi quitté le gouvernement sur un succès, méconnu certes, mais un succès néanmoins.


4 décembre
La campagne des Balkans
Pause opérationnelle
RAS
– Le calme règne sur toute la ligne de front – aucune opération n’est à signaler.

Ames noires et doutes rongeurs
Nord de la Serbie
– La Légion noire du général Boban arrive à Kragujevac. L’unité oustachie est donc désormais à moins de 100 kilomètres de Belgrade. « Si les choses se passent mal, nous pourront même demander l’appui de l’aviation ! » pense Rafael Boban avec un sourire mauvais. Et il est vrai que la poignée de Dornier 17 de l’Etat indépendant de Croatie (neuf appareils, reliquats de l’aviation royale yougoslave…) ne sont qu’à 350 kilomètres – à portée de la capitale serbe.

Belgrade – Dans la forteresse ottomane qui lui sert à nouveau de refuge, Alexander Löhr ne peut réprimer une forme de malaise. Lui qui aimait à diviser pour mieux régner, zigzaguant entre les différents groupuscules serbes, bosniaques et croates, reste profondément inquiet des conséquences des événements à venir. Il connait les hommes qu’il s’apprête à trahir – il en a même rencontré un bon nombre. Et il sait que la patience n’est la première de leurs vertus. Au moins autant que les Oustachis – Löhr reste incertain de l’autorité qu’il aura sur ces derniers en cas de coup dur. « Jusqu’ici tout va bien, les choses restent en équilibre, soupire-t-il. Nous devrions être tranquilles jusqu’au printemps… »
Il ne le sait pas encore, mais de puissants événements extérieurs vont balayer cet équilibre tel un château de cartes, bouleversant toutes les forces en présence en Yougoslavie – et le tout, sans attendre le dégel.

Décembre à Belgrade
Belgrade
– Les bains publics de Dorćol, non loin des quais du Danube, sont une institution du centre historique de Belgrade, bien plus courue que le bain turc du prince Miloš – un bâtiment plus petit et construit de surcroît non loin de la gare, donc fréquenté avant tout par les Allemands. Une bonne partie de la population serbe vient dans ces lieux historiques [Les bains de Dorćol sont bâtis sur les ruines de bains turcs datant de l’occupation ottomane !] afin de délasser corps et âmes en ces temps troublés.
Mais de nouveaux visiteurs viennent de faire leur apparition au milieu de l’eau et de la vapeur, toujours par groupes et porteurs d’une barbe fournie qui révèle leur obédience : des Tchetniks. Les chefs des différents mouvements convoqués par les Allemands sont en train d’arriver en ville – et leurs troupes se rassemblent dans la région de Ripanj, apparaissant les unes après les autres selon la longueur du trajet.
Vojislav Lukačević est déjà là, venant de la région du Sandžak. Il se tient à bonne distance de Nikola Kalabić, redoutable et impressionnant seigneur de la Moravie du Sud, dont on dit qu’il effraye plus les habitants que bien des Allemands. Petar Baćović, l’adversaire de Tito (mais aussi de nombreux civils) en Bosnie, est annoncé pour demain. Peut-être accompagné de Dobroslav Jevđević – il est vrai que les deux hommes viennent de la même région.
Quant à Zaharije Ostojić, il lui faut encore du temps pour arriver du Monténégro. Même chose pour Momčilo Djujic, qui vient de la côte adriatique. Il est peut-être dangereux d’approcher ce dernier animal, pense Krymer – le voïvode de Dalmatie est réputé particulièrement proche de Dimitrije Ljotić, l’idéologue fasciste du Parti ZBOR [Združena borbena organizacija rada – Organisation Militante Unie du Travail] et chef du Corps de Volontaires Serbes. Ljotić, dont on remarque d’ailleurs l’absence, ainsi que celle de Konstantin “Kosta” Mušicki, chef du corps en question. Un hasard sans doute.
Les jours suivants, grâce à l’entremise de “bons amis” de Mihailović, l’agent du SOE rencontrera dans les vapeurs des bains un certain nombre de ces personnages, tachant de manier avec adresse l’appât d’un pardon royal et la menace du couperet de la Justice, que tous ont pu observer à l’œuvre en Grèce. Certains chefs tchetniks, revenus de leurs erreurs et ayant surtout constaté les défaites de l’Allemagne – sans même parler de celles de leurs propres forces – écouteront d’une oreille favorable. D’autres préféreront garder une distance de bon aloi : loyauté sincère ou peur d’un agent provocateur ? Nul ne peut le dire. Mais un constat apparaît clairement à Krymer : aucun de ces farouches personnages ne prendra le risque de faire quoi que ce soit avant que les forces alliées n’aient bougé – ou qu’un autre événement ne les y force.
Avec sagacité, le Polono-Lituanien craint qu’un tel événement n’arrive plus vite que prévu. Après tout, nous avons désormais dans la région de Belgrade : des Serbes royalistes et/ou collaborateurs, des SS et des Oustachis. Aucune raison que cela se passe mal, en vérité !

Déception manifeste
Athènes/Londres
– Au soir des illusions déçues, dans la solitude de son bureau de la place Syntagma, Bernard Montgomery prend à nouveau le temps d’appeler le Premier ministre Winston Churchill, afin d’évoquer avec lui le désappointement des Yougoslaves quant à l’abandon de Garden – évitant de souligner sa déception personnelle, qui transparaît pourtant au détour de chaque phrase.
Le général reste néanmoins factuel et déroule calmement un rapport gonflé de reproches, que Churchill écoute sans broncher. Montgomery conclut finalement : « Je compte sur votre soutien, Prime Minister, pour ramener à la raison nos alliés yougoslaves comme vous avez su le faire avec les Grecs. Il est dommage que le gros du ravitaillement promis n’arrive que la semaine prochaine. Vraiment dommage ! »
A l’autre bout du fil, Churchill choisit de ne pas laisser passer cette flèche du Parthe et argumente : « Il aurait pu arriver hier que cela n’aurait rien changé, Monty. Je ne suis pas plus responsable que vous de la météo. L’occasion est passée, si tant est qu’elle ait existé – vous l’avez dit vous-même ! Même les Russes, que le froid n’effraye pourtant guère, dorment pour le moment. Selon nos informations, ils ne bougeront pas en Roumanie avant la fin du mois. Nous avons le temps de voir venir – et de vérifier l’exactitude des informations qui nous parviennent sur cette histoire de massacres en Serbie."
– Et si elles sont exactes ? Comment pensez-vous que les Yougoslaves réagiront ? Mieux ou moins bien que les Grecs ?’ répond un Monty plutôt acide.
– En ce cas, nous aviserons et nous ferons payer le prix du sang aux Huns. Mais pour l’instant, il convient de trouver le moyen, si besoin, de venir au secours des civils – je demande à Sir Anthony de prendre contact avec le ministre Momčilo Ninčić à ce sujet. Ce n’est pas votre partie.
– Là-dessus, nous sommes d’accord ! Je vous souhaite la bonne soirée, Prime Minister. A bientôt.
– A bientôt, Monty.

Montgomery retourne aussitôt à ses planifications pour l’année 1944 – mieux vaut prévoir large et exprimer tôt ses besoins. Pendant ce temps, à Londres, Winston Churchill finit son cigare en recherchant le moyen d’aider la Yougoslavie sans mettre en branle les armées alliées. Un exercice difficile en vérité.

Charité bien ordonnée
Alger/Athènes
– Informé par les réseaux serbes (et autres) d’un fort risque de famine en Yougoslavie, le gouvernement serbe (toujours basé en Algérie) sollicite de l’état-major allié la mise en place d’une campagne de ravitaillement aéroporté de la population. Et pour appuyer cette demande, Pierre II choisit de demander l’entremise du gouvernement grec, dont les efforts ont porté, en leur temps. Il compte notamment sur l’intervention de la princesse Alexandra, réputée très proche de lui.
Le roi Georges II, bien que d’une santé toujours plus fragile, ne peut refuser cette faveur à sa nièce – surtout si c’est pour le compte d’une puissance voisine, orthodoxe et royaliste, qu’il serait bon de s’accommoder. Son Premier ministre, Georges Papandreou, prépare une communication à ce sujet aux principaux Alliés.
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Imberator



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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2018 15:12    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Après avoir roulé sans cesse depuis Kavadartsi, c’était là que nous nous arrêtions.


Citation:
Même l’aigle impériale rouge de notre insigne semblait déçue.

Un aigle femelle ?

Citation:
Et il sait que la patience n’est pas la première de leurs vertus.

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Hendryk



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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2018 15:51    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
« Ah général Dentz, vous êtes là aussi ! Tant mieux ! Vous allez tout de suite appeler le général Brasic afin de lui réexpliquer mon point de vue concernant l’abandon de Garden. Je viens de passer les trente dernières minutes à tenter d’y arriver. Vous le connaissez mieux que moi, et puis Serbie et France sont de vieilles amies, isn’t it ? »

Ici, se serait plutôt aren't they?
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houps



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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2018 16:27    Sujet du message: Répondre en citant

"...Lui et Venizélos avaient raisons…"

raison...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2018 16:52    Sujet du message: Répondre en citant

1) Merci aux relecteurs.

2) mots manquants relevés par Imberator : merci (mais sur mon original, ils y sont… mystère…).

3) Hendryk = Oui bien sûr - en fait, j'aurais dû suivre mon premier mouvement et mettre "n'est-ce pas".

4) Houps : Oups. Merci.

5) Aigle impériale : hé oui, pas d'erreur. Lorsqu'il s'agit d'héraldique (comme ici), le mot aigle est féminin. Pourquoi ? Hmmm… Là je sèche.
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Imberator



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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2018 17:14    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
5) Aigle impériale : hé oui, pas d'erreur. Lorsqu'il s'agit d'héraldique (comme ici), le mot aigle est féminin.

On en apprends vraiment tous les jours.


Casus Frankie a écrit:
Pourquoi ? Hmmm… Là je sèche.

Alors ça c'est une première ou peu s'en faut !

Je suis tellement habitué par les manifestations injustement modestes de l'étendue de ton érudition que là, te voir sécher, j'en reste bouche bée...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2018 17:27    Sujet du message: Répondre en citant

Mon immense (je suis à court de superlatifs pour le moment) érudition (solidement assistée par un Larousse de la bonne cuvée quand même, et incidemment par wiki, google et compagnie) voulait par cet aveu (qui m'a coûté, certes !) lancer un appel pathétique :
quelqu'un sait-il pourquoi les aigles héraldiques sont du genre féminin ?
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Casus Frankie

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Colonel Gaunt



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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2018 18:11    Sujet du message: Répondre en citant

La réponse la plus probable est que l'Aquila est de genre féminin en latin. Donc dans sa transposition en langage héraldique, le genre a été conservé.
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