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Politique intérieure de la France Combattante - Août 43

 
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Jan 29, 2016 00:30    Sujet du message: Politique intérieure de la France Combattante - Août 43 Répondre en citant

(texte déjà posté, mais je ne retrouve plus où… pas grave, mieux vaut le reposter ici, pour ceux, assez nombreux je pense, qui ne l'ont pas lu).


Août 1943
3 – La lutte politique
Le discours de Brazzaville

1er au 3 août


4 août

Vive la France d’Outre-Mer libre ?
Brazzaville, Afrique Equatoriale Française
– C’est un parterre des plus fournis qui attend la première grande “sortie” du Président du Conseil Charles de Gaulle : une vingtaine de gouverneurs, l’ensemble des députés des circonscriptions d’Afrique et de tous les autres territoires d’Outre-Mer, des observateurs envoyés par les Résidences Générales du Maroc et de Tunisie et un plateau de journalistes venus du monde entier – du moins, du monde allié et des quelques neutres qui restent. Si le Général a déjà participé à plusieurs réunions importantes et autres conférences depuis son arrivée au pouvoir au printemps dernier, la conférence de la France d’Outre-Mer est son “bébé” : depuis un an, il a tout fait pour l’organiser. Elle devait à l’origine se tenir à la fin du mois de janvier. L’attentat contre Paul Reynaud a obligé à la reporter, mais De Gaulle, sitôt intronisé, a tenu à la remettre sur les rails. De nombreuses avancées ont déjà eu lieu sous la présidence Reynaud depuis le Sursaut, de l’attribution de la nationalité française aux familles des Indigènes engagés, en juin 1940, jusqu’à la suppression du Code de l’Indigénat, en juillet 1942. Mais, pour l’Histoire, il faut marquer le coup et les esprits d’une façon spectaculaire. C’est pourquoi le Général a choisi la date du 4 août, allusion transparente à la nuit de l’abolition des privilèges, pour son discours d’ouverture de la conférence de Brazzaville…
« Si l’on voulait juger des entreprises de notre temps suivant les errements anciens, on pourrait s’étonner que le Gouvernement français ait décidé de réunir cette Conférence de la France d’Outre-Mer.
« Attendez ! » nous conseillerait, sans doute, la fausse prudence d’autrefois. « La guerre n’est pas à son terme. Encore moins peut-on savoir ce que sera demain la paix. La France, d’ailleurs, n’a-t-elle pas des soucis plus immédiats que l’avenir de ses territoires d’outre-mer, alors que l’espoir grandit d’une prochaine Libération de sa Métropole ? »
Mais il a paru au gouvernement que rien ne serait, en réalité, moins justifié que cet effacement, ni plus imprudent que cette prudence. C’est qu’en effet, loin que la situation présente, pour compliquée qu’elle soit, doive nous conseiller l’abstention, c’est, au contraire, l’esprit d’entreprise qu’elle nous commande. Cela est vrai dans tous les domaines, en particulier dans celui que va parcourir la Conférence de Brazzaville. Car, sans vouloir exagérer l’urgence des raisons qui nous pressent d’aborder l’étude d’ensemble des problèmes africains français, nous croyons que les immenses événements qui bouleversent le monde nous engagent à ne pas tarder ; que la terrible épreuve que constitue l’occupation provisoire de la Métropole par l’ennemi ne retire rien à la France en guerre de ses devoirs et de ses droits ; enfin que l’heureuse perspective de la Libération de la Mère Patrie nous offre une occasion excellente de réunir, à l’initiative de M. le Ministre de la France d’Outre-Mer et sous la direction de M. le Ministre de l’Intérieur, les hommes qui ont l’honneur et la charge de gouverner, au nom de la France, ses territoires d’outre-mer pour travailler ensemble et confronter leurs idées et leur expérience. Où donc une telle réunion devait-elle se tenir, sinon à Brazzaville, cette ville au cœur de l’Afrique, portant le nom d’un explorateur portant haut le drapeau français et respectueux de tous les peuples ?
Ce qui a été fait par nous pour le développement des richesses et pour le bien des hommes, à mesure de cette marche en avant, il n’est, pour le discerner, que de parcourir nos territoires et, pour le reconnaître, que d’avoir du cœur. Mais, de même qu’un rocher lancé sur la pente roule plus vite à chaque instant, ainsi l’œuvre que nous avons entreprise ici nous impose sans cesse de plus larges tâches. Au moment où commençait la présente guerre mondiale, apparaissait déjà la nécessité d’établir sur des bases nouvelles les conditions de la mise en valeur de notre Afrique, du progrès humain de ses habitants et de l’exercice de la souveraineté française.
Comme toujours, la guerre elle-même précipite l’évolution. D’abord, par le fait qu’elle fut, jusqu’à ce jour, pour une bonne part, organisée et menée depuis l’Afrique et que, du même coup, l’importance absolue et relative des ressources, des communications, des contingents d’Afrique, est apparue dans la lumière crue des théâtres d’opérations. Mais ensuite et surtout parce que cette guerre a pour enjeu ni plus ni moins que la condition de l’Homme et que, sous l’action des forces qu’elle a partout déclenchées, chaque individu lève la tête, regarde au-delà du jour et s’interroge sur son destin.
S’il est une puissance impériale que les événements conduisent à s’inspirer de ces leçons et à choisir noblement, libéralement, la route des temps nouveaux où elle entend diriger les soixante millions d’hommes qui se trouvent associés au sort de ses quarante-deux millions d’enfants, cette puissance c’est la France.
En premier lieu et tout simplement parce qu’elle est la France, c’est-à-dire la nation dont l’immortel génie est désigné pour les initiatives qui, par degrés, élèvent les hommes vers les sommets de dignité et de fraternité où, quelque jour, tous pourront s’unir. Ensuite parce que, dans l’extrémité où une défaite provisoire l’avait refoulée, c’est dans ses terres d’outre-mer, dont toutes les populations, dans toutes les parties du monde, n’ont pas, une seule minute, altéré leur fidélité, qu’elle a trouvé son recours et la base de départ pour sa libération et qu’il y a désormais, de ce fait, entre la Métropole et l’Empire, un lien définitif. Enfin, pour cette raison que, tirant à mesure du drame les conclusions qu’il comporte, la France est aujourd’hui animée, pour ce qui la concerne elle-même et pour ce qui concerne tous ceux qui dépendent d’elle, d’une volonté ardente et pratique de renouveau.
Est-ce à dire que la France veuille poursuivre sa tâche d’outremer en enfermant ses territoires dans des barrières qui les isoleraient du monde et, d’abord, de l’ensemble des contrées africaines ? Non, certes ! et, pour le prouver, quoi de plus notable que l’Empire français tout entier, à l’exception momentanée de l’Indochine, contribuant dans d’importantes proportions, par ses effectifs militaires, ses positions stratégiques, ses voies de communications, sa production, ses bases aériennes, à l’effort commun des Alliés.
Nous croyons que, pour ce qui concerne la vie du monde de demain, l’autarcie ne serait, pour personne, ni souhaitable, ni même possible. Nous croyons, en particulier, qu’au point de vue du développement des ressources et des grandes communications, le continent africain doit constituer, dans une large mesure, un tout. Mais, en Afrique française, comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n’y aurait aucun progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n’en profitaient pas moralement et matériellement, s’ils ne pouvaient s’élever jusqu’au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C’est le devoir de la France de faire en sorte qu’il en soit ainsi.
Tel est le but vers lequel nous avons à nous diriger. Nous ne nous dissimulons pas la longueur des étapes. Vous avez, Messieurs les Gouverneurs généraux et Gouverneurs, les pieds assez bien enfoncés dans la terre d’Afrique pour ne jamais perdre le sens de ce qui y est réalisable et, par conséquent, pratique. Au demeurant, il appartient à la nation française et il n’appartient qu’à elle, de poursuivre, le moment venu, les réformes impériales de structure qui prolongeront celles qu’elle a déjà décidées dans sa souveraineté. Mais, en attendant, il faut vivre, et vivre chaque jour c’est entamer l’avenir.
Vous étudierez ici, pour les soumettre au gouvernement, quelles conditions morales, sociales, politiques, économiques et autres vous paraissent pouvoir être progressivement appliquées dans chacun de nos territoires, afin que, par leur développement même et le progrès de leur population, ils s’intègrent dans la communauté française avec leur personnalité, leurs intérêts, leurs aspirations, leur avenir.
Messieurs, la Conférence de la France d’Outre-Mer de Brazzaville est ouverte. »

Cette conférence va durer une huitaine de jours. Elle débouchera sur un ensemble de propositions concernant les questions sociales, économiques et administratives d’une part, l’organisation politique d’autre part.
Sur le premier chapitre, les participants envisagent des transformations notables. Afin que la suppression du Code de l’Indigénat ne soit pas un leurre, une ouverture de plus en plus large des emplois aux Indigènes est décidée, réservant cependant les cadres de direction aux citoyens français, mais nombreux sont aujourd’hui les Indigènes citoyens français ! Le principe d’une rémunération égale à compétence égale entre Européens et Indigènes est arrêté – il faudra bien des efforts pour qu’il entre en pratique, mais le symbole est fort. Pour faire progresser la liberté des femmes, alors que le suffrage universel leur a depuis peu été étendu, des mesures sont prises pour lutter contre les mariages forcés. Le développement de l’enseignement indigène et la création d’un système d’assistance sociale adapté aux territoires d’outre-mer figurent parmi les autres propositions les plus notables sur le plan social.
Sur le plan politique, la conférence est nettement plus conservatrice s’agissant de l’organisation politique de l’Empire français : si les termes de « Fédération française » et de « personnalité » ou de « responsabilité politique » des territoires apparaissent, leur sens demeure ambigu. Le texte final écarte l’idée d’émancipation pure et simple des colonies : « toute possibilité d’évolution hors du bloc français de l’Empire doit être prévenue : la constitution de self-governments dans les colonies est à écarter, en dehors des territoires où la guerre a conduit à envisager cette constitution » (il s’agit bien sûr de l’Indochine, tandis que des territoires comme le Maroc, la Tunisie et le Levant ne sont évidemment pas concernés). Le texte préconise que « les colonies jouissent d’une grande liberté administrative et économique. Les peuples coloniaux devront éprouver par eux-mêmes cette liberté et leur responsabilité devra être peu à peu formée et élevée afin qu’ils se trouvent associés à la gestion de la chose publique de leur pays. » Est également préconisée la création d’un organisme nouveau, une assemblée fédérale qui devra, tout en respectant la liberté locale des territoires, « affirmer et garantir l’unité politique infrangible du Monde Français ».
Certains prétendront que Brazzaville a accouché d’une souris. Ce serait ne pas tenir compte de la force des symboles et certaines des conséquences de cette conférence iront bien plus loin que la lettre du texte de ses propositions.


5 au 31 août
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fhaessig



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MessagePosté le: Ven Jan 29, 2016 12:58    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne suis pas sur que l'anglicisme ' self-governments' soit bien a sa place dans un texte officiel de la Republique Francaise a cette epoque.
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Hendryk



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MessagePosté le: Ven Jan 29, 2016 13:02    Sujet du message: Répondre en citant

fhaessig a écrit:
Je ne suis pas sur que l'anglicisme ' self-governments' soit bien a sa place dans un texte officiel de la Republique Francaise a cette epoque.

Dans la mesure où c'est justement pour le rejeter comme un concept anglais inapplicable aux colonies françaises, je pense que c'est approprié.
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Casus Frankie
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Localisation: Paris

MessagePosté le: Ven Jan 29, 2016 13:09    Sujet du message: Répondre en citant

Ce n'est pas un anglicisme au sens actuel, comme dans "C'est le love de ma life !" où les mots anglais remplacent des mots français.
C'est l'utilisation d'un mot anglais désignant une réalité politique spécifique, un peu comme si on utilisait un nom propre.
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Casus Frankie

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Urbain Mukanga



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MessagePosté le: Ven Jan 29, 2016 13:12    Sujet du message: Répondre en citant

Peut être serait-il plus approprié de remplacer self-government par gouvernance autonome?
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Casus Frankie
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Inscrit le: 17 Oct 2006
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MessagePosté le: Ven Jan 29, 2016 13:17    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne pense pas : un peu hypocritement, on rejette le self government (une importation anglaise, quelle horreur !), on ne pourrait pas rejeter aussi facilement l'autonomie !
Mais Tyler aura aussi des éléments à ce sujet, je pense.
Notamment le fait que l'expression est d'époque.
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Casus Frankie

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Anaxagore



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Messages: 7583

MessagePosté le: Ven Jan 29, 2016 15:39    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Je ne pense pas : un peu hypocritement, on rejette le self government (une importation anglaise, quelle horreur !), on ne pourrait pas rejeter aussi facilement l'autonomie !
Mais Tyler aura aussi des éléments à ce sujet, je pense.
Notamment le fait que l'expression est d'époque.


C'est exact, juste après guerre le général Leclerc - traitant avec l'oncle Ho- avait utilisé "Self-governance" dans un discours pour ne pas avoir avoir à trancher entre "autonomie" (utilisé par les partisans de l'Indochine française) et "indépendance" (utilisé par les Vietminh).
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Sam Jan 30, 2016 10:18    Sujet du message: Répondre en citant

Historiquement, la Conférence de Brazzaville a eu lieu à cet endroit car c'était la capitale de l'AEF et au moins de fait la capitale de la France libre. En FTL, la conférence ne devrait elle pas avoir lieu à Alger? C'est la capitale de la France en exil tout de même!
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Jan 30, 2016 11:35    Sujet du message: Répondre en citant

Sujet déjà soulevé…
En fait, cette conférence s'adresse à la France d'outremer. Et Alger, justement parce que c'est la capitale provisoire, n'est plus vraiment "outremer".
En situation "normale", il n'aurait pas fallu faire cette conférence à Paris.
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Casus Frankie

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