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1940 - La France continue la guerre
 
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Divers épisodes "Les oubliés" - 1942/1943
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Jan 05, 2018 17:18    Sujet du message: Divers épisodes "Les oubliés" - 1942/1943 Répondre en citant

Chers FTListes, pour la reprise, je vous propose quelques textes plus (ou moins !) adaptés à la FTL, qui ne justifient pas pour moi la création d'un sujet spécifique. Je pense en publier un à deux par semaine. A l'écoute pour tout avis ! Very Happy

Dans l’indifférence

4 janvier 1943 - au large de Portelet Bay (Ile de Jersey)

Le Schokland était une vieille dame, honorable coque d’origine hollandaise née en 1915 à Rotterdam (1) et qui avait déjà connu une guerre mondiale. Qu’il avait passé, comme la globalité de sa carrière d’ailleurs, à faire du transport de charbon entre son pays et l’Angleterre (2).

Réquisitionné par l’occupant le 2 mai 1942, il servit par la suite de navire-ravitailleur, et comme transport de troupes. En conséquence, on le vit faire la navette le long de la Côte Normande, et notamment entre les îles anglo-normandes et la métropole occupée. A fond de cale, plus guère de coke, mais des provisions, des munitions … et des soldats. Beaucoup de soldats qui allaient en profitant de leurs permissions pour s’encanailler dans les ports français, loin de l’ennui relatif de leurs affectations.

Il suffit toutefois de peu de choses pour que la Fortune de Mer bascule, et la chance qui l’avait préservé des sous-marins et des dangers de toutes natures quitta toutefois le navire au soir du 4 janvier 1943. Sous l’action discrète et efficace d’un membre de la Résistance, qui déréglait le compas de la passerelle de la navigation, le capitaine fit une erreur de navigation qui empala le navire au Sud de l’ile de Jersey, alors qu’il se dirigeait vers Saint-Malo. L’obscurité et la houle de la saison n’avait pas permis à l'officier de contrôler son relèvement.

L’eau glacée s’engouffrait alors dans la cale, bousculant les dizaines de soldats (3) qui tentaient évidemment d’échapper à leurs sorts. Las, le vieux bâtiment n’était qu’un transport de marchandises et non de passagers. Un grand nombre de ceux-ci ne purent pas sortir par l’unique panneau de pont, desservit au surplus par une seule échelle. Et plus d’une centaine périrent noyés tels des rongeurs (4). Le capitaine du navire, resté sur la passerelle, eut lui la possibilité d’évacuer (5).

La mer rejeta des corps pendant des jours, à tel point que ces derniers étaient « empilés comme des bois sur le quai » en attendant l’inhumation en cimetière militaire. Toutefois, parmi ces derniers, et c’était tout à fait visible, il n’y avait pas que des militaires, et l'on distinguait dans la masse des vêtements civils, voire même indubitablement féminins. De fait, certaines « filles à soldats » avaient profité du voyage pour accompagner la clientèle, et s’adjoignirent au désastre.

Pour ces dernières, guère de cérémonie et d’inhumations en bonne et due forme, pas plus de la part d’un occupant volontiers discret sur les distractions de ces soldats, que de la part de libérateurs peu diserts sur les moyens de subsistance d’une partie de la population sous l’occupation. On préféra donc nier l’existence même des disparues. Pourtant, lors de la découverte de l’épave en 1960, cette dernière livra des flacons de parfum, talons aiguilles et autres … Parfaitement dressée sur le fond, à 23 mètres de profondeur, celle-ci reste à ce jour très visitée et appréciée des plongeurs, qui y trouvent encore divers objets à fond de cale, en complément d’une faune et d’une flore désormais abondante. Avec un timbre édité localement, c’est désormais la seule trace d’un drame de plus parmi une guerre qui en produisit évidemment beaucoup.

(1) Chantiers A. Vuijk & Fils Capelle aan den Ijssel pour le compte de la compagnie Scheepvaart et Steenkolen Mij NV,
(2) Jauge de 1113 tonnes brutes,
(3) 284 précisément,
(4) 106 tout aussi précisément,
(5) Ce dernier passa toutefois ultérieurement en cours martiale pour la perte du navire,
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste


Dernière édition par demolitiondan le Ven Jan 26, 2018 22:51; édité 1 fois
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Jan 05, 2018 17:52    Sujet du message: Répondre en citant

Bien intéressant.

Est-ce inspiré d'un épisode OTL ?

Et pourquoi cette date précise (4/1/43) ?
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Casus Frankie

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loic
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MessagePosté le: Ven Jan 05, 2018 19:35    Sujet du message: Répondre en citant

Episode parfaitement OTL, semble-t-il : https://www.wrecksite.eu/wreck.aspx?2909
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...


Dernière édition par loic le Sam Jan 06, 2018 12:01; édité 1 fois
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Jan 05, 2018 21:52    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir, content que cela plaise Very Happy ! Effectivement, parmi la vingtaine de brouillons que j'ai, cette épisode est un des plus "authentiques", que j'ai légèrement romancé, car il n'est pas besoin de dramatiser. D'autres viendront plus tard ... Je confesse avoir été troublé par ce naufrage. Clairement, s'il n'y a pas de bonne manière de mourir, il y en a des mauvaises. Celle-ci en fait partie ... La date du naufrage est OTL.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Jan 05, 2018 23:11    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
La date du naufrage est OTL.


Mmm…… Je cherche une bonne raison pour le décaler d'un an…

Si quelqu'un peut m'en suggérer une…
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Casus Frankie

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Dernière édition par Casus Frankie le Sam Jan 06, 2018 00:45; édité 1 fois
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Tahitian Warrior



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MessagePosté le: Sam Jan 06, 2018 00:41    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit :
Citation:
Clairement, s'il n'y a pas de bonne manière de mourir, il y en a des mauvaises.


Ou comme disait un officier : Au combat, il y a deux types de décisions : les mauvaises et les pires.
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Sam Jan 06, 2018 10:20    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Frank a écrit :
Citation:

demolitiondan a écrit:
La date du naufrage est OTL.


Mmm…… Je cherche une bonne raison pour le décaler d'un an…

Si quelqu'un peut m'en suggérer une…


Le décaler d'un an, pourquoi ?

FTL, les Allemands occupent toujours le secteur et les Alliés n'ont pas encore repris pied en France.
Pour rester dans le tempo de l'évènement, il faudrait simplement remplacer le mot "libérateurs" par "autorités du NEF" car l’existence de cette activité (prostitution à plus ou moins grade échelle et ce pour survivre) fait tâche dans le nouvel ordre moral que le NEF est censé instaurer.

@+
Alain
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patzekiller



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MessagePosté le: Sam Jan 06, 2018 10:24    Sujet du message: Répondre en citant

j'ai idée que frank a une idée derrière la tête, mais je peux me tromper Wink
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Jan 06, 2018 11:11    Sujet du message: Répondre en citant

Même pas, c'est surtout que ça nous renvoie en arrière dans le temps Wink
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houps



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MessagePosté le: Sam Jan 06, 2018 15:25    Sujet du message: Re: Divers épisodes - 1942/1943 Répondre en citant

Merci pour ce texte, demolitionman!
Evidemment la phrase
" Parfaitement dressée sur le fond, à 23 mètres de profondeur, celle-ci reste à ce jour très visitée et appréciée des plongeurs, qui y trouvent encore divers objets à fond de cale, en complément d’[b]une faune [/b]et d’une flore désormais abondante. "
m'a fait penser aux représentants de "gadus maorhua" et "scomber scombrus"... Arrow
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demolitiondan



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MessagePosté le: Sam Jan 06, 2018 20:57    Sujet du message: Répondre en citant

Aurait-on un amateur de plongée dans les parages ?
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egdltp



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MessagePosté le: Lun Jan 08, 2018 09:42    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai fait de la plongée. Je suis niveau 3 FFESSM. Pose ta question, j'essayerai d'y répondre ici ou en mp.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Lun Jan 08, 2018 21:51    Sujet du message: Répondre en citant

OK merci j'ai une idée ... à mettre en forme. Je me permettrait humblement de te solliciter Very Happy
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Jan 12, 2018 16:46    Sujet du message: Répondre en citant

Chers FTListes, un sujet un peu plus "anecdoctique" en 2 parties cette semaine. Mais que serait l'Histoire sans les histoires, et la France combattante sans la France rurale ? Et je le dit avec affection, toute ressemblance avec des personnages ayant vraiment existés ...

Une partie de Belotte

Le 14 Décembre 1943 – au-dessus de Montgenèvre

« C’est bien ma veine ! » laissa échapper le Lieutenant Margin dans l’atmosphère bruyante de son NA 73. De fait, pour lui, l’ambiance était chaude malgré l’hiver, et après avoir été déjà passablement enfiévrée par la chaleur du combat, elle continuait de monter en concordance avec la température de son moteur. Qui s’élevait à mesure de son inquiétude …

Pourtant sur le principe, cela devait être une journée classique : accompagnement d’un box de « Lourds » qui faisaient la navette entre Naples et l’Angleterre, en même temps évidemment que la tournée du laitier pour les industries de la Ruhr. Puis, sur le chemin du retour, une mission « facultative selon conditions » : survol du Col du Montgenèvre en général et du fort du Chamberton en particulier. L’Etat-major semblait s’interroger sur les possibilités de remise en état des positions fortifiées italiennes dans ce secteur, alors que les troupes alliées remontaient doucement la Durance vers Briançon en longeant la frontière italienne (1).

Son ailier avait consommé trop de carburant lors de la phase initiale de la mission, et avait dû rentrer dare-dare dès la mission d’escorte achevée. Mais le Lieutenant, lui, avait tenu à faire du zèle, à fortiori pour une mission plus ou moins libre dans les montagnes, où le vol serait forcément spectaculaire voire agréable. Et mal lui en avait pris, il avait croisé une paire de FW 190 en maraude, vraisemblablement en provenance de Bron. Il est vrai que ces derniers ne descendaient plus guère au Sud, qui était le terrain de chasse gardé des américains et des Corses, voire des marins du Jean Bart à ce que l’on disait. Ces derniers l’avaient copieusement avoinés, et il n’avait dû son salut qu’à ses nombreuses manœuvres évasives parmi les sommets, et peut-être à la pusillanimité de ses assaillants.

Quoi qu’il en soit, son avion ne tiendrait jamais jusqu’aux lignes alliées, il allait falloir se parachuter avant. En trajectoire de descente rapide vers le Sud, il se trouvait contraints de suivre les vallées et de guetter un couloir favorable dans la Direction des Ecrins. On n’attendrait même pas Briançon ! Et que des falaises aux alentours ! A moins que … une vallée à droite … Le Mustang vira doucement vers la Droite, sous le regard vigilant des Citadelles de Vauban visibles au loin, et qui paraissaient l’observer depuis leurs promontoires rocheux.

Un paysage de champs et de forêts, Dieu que c’est hostile ! Avec la neige, pas moyen de juger du relief : plat, montée, crevasse on en sait rien ! Tant pis on s’arrête là, désolé mon zinc ! Caler le palonnier au neutre ? OK ! Mettre l’avion en légère montée ? Fait ! Maintenant, vérifier les sangles du parachute, dégrafer son harnais et activer la commande d’éjection de la verrière. Puis, un dernier coup de manche vers le ventre et vaille que vaille. L’air froid le saisit alors que les simples lois de la physique l’extrayaient de son avion désormais en perdition.

Désormais plus ou moins rassuré et stabilisé sous la voile de son parachute, le lieutenant considéra un instant son avion qui émit un panache noir au sommet de sa ressource, avant de chuter définitivement sur le contrefort d’une falaise dans un grand bruit sourd. Les falaises, en voilà un sujet d’ailleurs ! Ou atterrir ? Des rochers, de la neige et des forêts de partout. Il allait s’empaler sur un sommet, ou même un sapin oui.

Manœuvrant de son mieux dans les courants relatifs et l’air ascendant si connus des oiseaux de proies, Margin évita une funeste fin. Mais pas la température glaciale de l’eau de la rivière courant à fond de vallée (2).

Sitôt sorti du cours d’eau, et alors qu’il tentait maladroitement de s’emmailloter dans les lambeaux de son parachute, tout en progressant dans l’épaisse couche de neige, il entendit une voix au loin :

« Hé le militaire ! Faudra me payer la clôture ? »

A droite, une masse beige et noire, coiffé d’un béret et à environ 150 mètres, en approche rapide par le sentier partiellement déneigé qui serpentait entre les parcelles. Quelle clôture ? Ah m…de ! Les morceaux de barbelés là ? Il n’était pas sérieux ?

Arrivé à sa hauteur, l’individu le toissa un instant. Un visage buriné par le froid, un teint rougeaux et des tâches de vin sur toute la peau … des yeux qui pétillaient aussi … Des vêtements pas très propres, un gilet en laine beige, un pantalon noir épais, un casquette verte à carreaux … Puis un grand rire :

« Ca va garçon, je te fais marcher ! Mais t’as de la chance ! A trois pas d’ici, c’est les Vachets, eux ils ont même enchamaillés les ouvriers qui ont fait la route départementale ? »

« Euh … Oui peut-être ? Bonjour Monsieur, Lieutenant Margin, Armée de l’Air Francaise. Et vous ? »

« Chuis le père Bugot, tu es à Plampinet mon gars, dans la Vallée de Nevache ! Et t’inquiète pas, ici il y a personne. Pas de boches ni rien. Et avec la neige, il risque pas de monter de Briançon tout de suite. En plus, il est 15 h, il va bientôt faire nuit … »


Effectivement, le soleil passait déjà derrière les sommets, et la lumière évoluait vers le gris et le beige, donnant sa teinte à la neige avoisinante. Seule tranche de lumière, les falaises et sommets à l’Est, d’où émanait d’ailleurs toujours la fumée issue du point de chute de son défunt appareil …

« Allez restons pas là … En plus, tu va prendre froid ! Les jeunes de nos jours, tu les mets avec une pelle dans le gel, ils prennent la Mort en 5 minutes … Ma cabane est par là … Tu vois, je ramassait … oh deux trois choses que j’avais glané dans ma cabane sur le col de Granon … Mais bon tu as de la chance de m’avoir croisé, dans cette saison y a point grand monde ! Et puis, tes collègues sont encore loin non ? »

« Vers Sisteron. » lui répondit le lieutenant en marchant vers le petit chalet.

« C’est ou ça ? Faudra que je regarde sur la carte de l’école … C’est avant ou après Saint-Chaffrey (3) ? »

Une fois dans la cabane, Margin ne put que constater que … il ne faisait guère plus chaud que dehors ! Pas de poêle, pas de meuble, juste un petit local à moitié enterré dans la neige et légèrement humide.

« Bon bon bon … Qu’est-ce qu’on peut faire de toi ? Tu va pas rester ici, et c’est pas vers Nevache que tu va rentrer chez toi … » Le père Bugot pris un moment pour caresser son long menton, qui faisait la course avec la visière de sa casquette.

« Je vais t’emmener en carriole chez le Père Alfred. Il est à Val-des-Près c’est pas trop loin ! Fini de te sécher et on y va ! » Le lieutenant pris un moment pour considérer son interlocuteur … l’homme avait l’air sincère, brut et monolithique mais justement sans arrière-pensée. Et puis quelle perspective ? Dormir dans les bois.

« Tu vois » disait le Père Bugot en faisant claquer le harnais qui le reliait à l’âne tirant la carriole « Le père Alfred c’est une grande famille. Il a eu 23 enfants, c’est beaucoup on trouve (4) mais bon … Il me doit deux trois services, et pour te cacher c’est bien. Au pire, on te fera passer pour l’un d’entre eux ! »

Gardant le contrôle de l’animal (qui avançait de toute façon à un rythme fort mesuré) de sa main droite, il sortit de la poche de son veston une pipe encore fumante sur laquelle il entreprit de tirer.

« Vous n’avez pas peur de prendre feu avec sa dans votre veste ? »

« Bah ! Au pire … Bon de toute façon, personne ne vient par ici en cette saison. Si jamais ? Ça serait pour le travail en Allemagne à la limite. C’est un petit village, Val-des-près … Tout se sait alors garde la tête basse et laisse faire le Père Bugot ! De toute façon, pas la peine de raconter des salades, tu seras jamais crédible pour les gens du cru regarde-toi ! »


Un nouveau grand rire. Il est vrai que, vu de face, ils ressemblaient plus à Laurel et Hardy qu’à un duo de la Région.

« Au pire, tu dis rien et tu restes derrière. Les allemands feront pas la différence. Les gendarmes diront rien. Et les autres s’en foutront … Toutes les familles se connaissent : les Merle, les Gonons, les Boulay … Portent le bon nom ceux-là. Un jour, l’infirmière de l’école a demandé aux 3 enfants un échantillon d’urine, pour des analyses avec le médecin tout ça … Il sont arrivés avec une bouteille de pastis, ils avaient tous fait dedans ! … Voilà, on arrive, c’est le village au loin »

Il fallut toutefois encore 30 minutes pour parcourir dans la neige le kilomètre qui les séparaient de la bourgade. Au fur et à mesure de leurs progressions, la masse indistincte devint une … masse distincte de maisons agglomérés le long de la route, et semblant faire groupe pour échapper au froid. Beaucoup de vieilles bâtisses, surement du moyen-âge. Austères, comme les sommets avoisinants, avec des murs talochés de couleurs beiges ou ocre, surplombées par des charpentes en bois recouverte d’une myriade de matériaux différents : tôles, ardoises, tuiles … A part ces quelques détails, les maisons n’avaient pas du vraiment changer ces quatre-cents dernières années. Plus loin, à environ 200 mètres, le clocher d’une église surnageait, et semblait veiller sur le village tel le pasteur sur son troupeau. A hauteur du centre du village, le Père Bugot tourna à droite dans une cour et arrêta sa carriole devant une grande bâtisse à 4 étages. Le « Pra premier ».

« C’est chez le Père Prat. Attend moi ici ! » Et il descendit de la carriole pour disparaitre par une petite porte à moitié enterrée. Après un long moment, trop long pour le lieutenant transis de froid, il en ressortit. Lui ne paraissait toujours pas souffrir du froid !

« C’est vu, tu peux dormir dans le grenier cette nuit, mais faudra passer par la grange. La voisine risque de jaser. Suis-moi. » Et remontant la route, il le guida vers une rampe donnant accès à une large porte en bois. A l’intérieur, à côté d’un chariot en bois, un âne paissait paisiblement son foin. Sortant de la pièce, ils montèrent un escalier en pierre étroit qui les mena sous le toit. Un bruit fort et confus arrêta Margin à mi-parcours. Le père lui répondit immédiatement, sans que la question ne fut posée.

« Ca ? C’est les brebis ! » Et il ouvrit une porte basse, ce qui dévoila le spectacle inattendu d’un troupeau d’une centaine de bêtes à vue de nez (sic), serrées dans une pièce fermée et couverte, bêlantes et agitées par les intrus. « Au pire on te cachera avec elles ! »

Le lieutenant esquissa discrètement un signe de croix à destination de la Providence, en montant le reliquat d’escalier et afin de tenter de se prémunir de cette éventualité. Ils arrivèrent finalement dans le grenier en sous-pente, qui servait également de stockage à foins.

« Voilà, tu restes ici. Ce soir, s’il n’y a pas d’agitation, je passerai te voir avec le manger. » Et le lieutenant Margin, épuisé et humide, de s’installer dans la paille jusqu’à ce soir.

(1) On rappellera que toutes les tourelles ne furent pas détruites par les tirs de 1940 …
(2) La Clarée.
(3) Commune elle-même voisine de Serre-chevalier.
(4) De 2 mariages différents. Il aura également environ 108 petits-enfants.
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Dernière édition par demolitiondan le Sam Jan 13, 2018 10:15; édité 1 fois
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Anaxagore



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MessagePosté le: Sam Jan 13, 2018 09:29    Sujet du message: Répondre en citant

Et les notes de bas de page, ils sont en option ? Il faut payer un supplément ? Laughing
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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