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Julius, pilote de guerre - par Etienne
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Etienne



Inscrit le: 18 Juil 2016
Messages: 1907
Localisation: Faches Thumesnil (59)

MessagePosté le: Mer Fév 12, 2020 17:29    Sujet du message: Répondre en citant

Voilà ce que devrait découvrir Jules à Casablanca:


Avec un GR 18S de 2000ch dérivé du P&W R-2800 double wasp, avec compresseur Turboméca.
Et 4 canons de 20.
_________________
Dieu est une femme. La preuve : On dit toujours qu’il vaut mieux voir le Bon Dieu que ses seins.
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Hendryk



Inscrit le: 19 Fév 2012
Messages: 1208
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mer Fév 12, 2020 19:06    Sujet du message: Répondre en citant

Belle bête!
_________________
With Iron and Fire disponible en livre!
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DMZ



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Messages: 1095
Localisation: France

MessagePosté le: Mer Fév 12, 2020 19:10    Sujet du message: Répondre en citant

Belle bête.

Une toute petite remarque, ton canon intérieur n'est pas sur le bord d'attaque (je sais, je chipote, comme d'habitude...)
_________________
"Vi offro fame, sete, marce forzate, battaglia e morte." "Je vous offre la faim, la soif, la marche forcée, la bataille et la mort." Giuseppe Garibaldi
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Imberator



Inscrit le: 20 Mai 2014
Messages: 3226
Localisation: Régions tribales au sud-ouest de Nîmes.

MessagePosté le: Mer Fév 12, 2020 19:45    Sujet du message: Répondre en citant

4 x 20 mm, ça va déchirer de la tôle au sens propre !
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Point ne feras de machine à l'esprit de l'homme semblable !
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Capu Rossu



Inscrit le: 22 Oct 2011
Messages: 1712
Localisation: Mittlemeerküstenfront

MessagePosté le: Mer Fév 12, 2020 19:56    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir Etienne,

Beau bestiau !
La Luft va avoir du souci à se faire !

Dans le blason, sur la dérive, je distingue bien le diable rouge du GC II/4 mais quel est le symbole dans le triangle inférieur bleu ?

@+
Alain
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Clappique



Inscrit le: 05 Mar 2017
Messages: 185
Localisation: Sud de la Durance

MessagePosté le: Mer Fév 12, 2020 21:53    Sujet du message: Répondre en citant

Wooooooooooo ! Le plus gros moteur (et les plus gros canons) sur la plus petite cellule possible .... simple mais imparable
_________________
Si on ne croit à rien, surtout si on ne croit à rien, on est obligé de croire aux qualités du coeur quand on les rencontre, ça va de soi.
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Etienne



Inscrit le: 18 Juil 2016
Messages: 1907
Localisation: Faches Thumesnil (59)

MessagePosté le: Mer Fév 12, 2020 22:57    Sujet du message: Répondre en citant

Capu Rossu a écrit:
Bonsoir Etienne,

Beau bestiau !
La Luft va avoir du souci à se faire !

Dans le blason, sur la dérive, je distingue bien le diable rouge du GC II/4 mais quel est le symbole dans le triangle inférieur bleu ?

@+
Alain

Les petits poucets, l'autre escadrille du GC II/4.
Le commandant du groupe porte les fanions des deux escadrilles.
Par contre, le fond bleu ne rend pas terrible avec le jaune. Je crois que je vais modifier en noir.
_________________
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Etienne



Inscrit le: 18 Juil 2016
Messages: 1907
Localisation: Faches Thumesnil (59)

MessagePosté le: Mer Fév 12, 2020 22:58    Sujet du message: Répondre en citant

Clappique a écrit:
Wooooooooooo ! Le plus gros moteur (et les plus gros canons) sur la plus petite cellule possible .... simple mais imparable

Le bearcat avant l'heure!

La cellule du D.551 est plus fine, mais difficile de tout y caser!
_________________
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Anaxagore



Inscrit le: 02 Aoû 2010
Messages: 7482

MessagePosté le: Ven Fév 14, 2020 12:39    Sujet du message: Répondre en citant

L'axiome (gros moteur + armement puissant = bon chasseur) peut également conduire à la création d'avions qui sont des cauchemars à l'entretien (le Mig-29) ou qui ne dépasseront jamais le prototype à cause de vices techniques insurmontables.
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Archibald



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Messages: 3752

MessagePosté le: Ven Fév 14, 2020 13:34    Sujet du message: Répondre en citant

...ou qui mettent quelque centaines de kilomètres pour tourner un virage, comme le YF-12, la version chasse du SR-71.
...je suis mauvaise langue en fait. Ce machin avait des performances a tomber par terre.
_________________
« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.
"Nous vaincrons car nous sommes les plus forts" (Reynaud) "Heureusement, sinon, qu'est ce qu'on aurait pris !" (Goscinny)
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Le Chat



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Messages: 33

MessagePosté le: Sam Fév 22, 2020 09:09    Sujet du message: Julius, pilote de guerre - par Etienne Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
29 mars, Meknès/Oran
Le Br 700 actuel n’est plus du tout le même que celui de 1940, explique Louis Breguet. La maquette en bois a été détruite « là-bas » et seuls les plans et quelques outillages pour les nouvelles ailes ont été transférés ici, à Oran. Mais entre les enseignements acquis sur les 693/695 d’assaut et ceux récoltés lors de la conversion mi-41 des derniers 695 en chasse de nuit, puis pendant les six mois d’exploitation en groupe avant l’arrivée des Beaufighter en nombre suffisant, la ou plutôt les définitions de l’avion ont bien évolué, principalement grâce à l’ingénieur Dieulefit.
Initialement basé sur la cellule du 693 n°1008, il ne reste à présent pas grand-chose de l’avion donneur. Toujours en C2, le poste de pilotage a été avancé afin d’améliorer la visibilité du pilote, gêné par les gros moteurs Gnome 14N, maintenant remplacés par des 14R, et bientôt 14S, sous des capots moteur finement profilés par l’ingénieur Leduc avant qu’il ne parte dans le désert essayer ses engins à tuyère. Déjà responsable des capots du 482, René Leduc a particulièrement soigné le refroidissement des Gnome, en ajoutant une turbine derrière la casserole d’hélice, ce qui a permis de faire une partie avant très effilée pour la pénétration dans l’air, et en plaçant une zone de venturi derrière le bloc-moteur afin de faciliter l’extraction de l’air chaud par les volets mobiles. La nacelle moteur est de ce fait plus longue, mais incorpore toujours le train d’atterrissage, largement modifié et renforcé.
Le radariste, qui était en place du mitrailleur sur les 695 CN, prend avec son matériel AI Mk7 la place de la soute à bombes, qui peut néanmoins être remise en place pour une version d’assaut/appui sol. L’homme et ses écrans sont en tandem derrière le pilote sous une verrière commune, l’ensemble facilitant la communication et le centrage de l’avion, d’autant mieux qu’il n’y a plus de mitrailleuse arrière, plutôt inutile pour un chasseur de nuit.
La partie avant comprenant l’antenne émettrice du radar, deux canons Hispano de 20 mm sont situés en-dessous du nez, et deux autres dans l’emplanture des ailes, à la jonction avec le fuselage. Ainsi, les départs des coups dans la nuit sont moins aveuglants pour le pilote.
Les ailes agrandies sont plus fines à partir des fuseaux moteurs, et contiennent des réservoirs auto-obturants qui, combinés avec ceux de fuselage, confèrent à l’avion une belle autonomie de 3 000 km à vitesse de croisière de combat, grâce aussi à un état de surface bien mieux soigné. Côté aérodynamique, c’est aussi plus léché, avec un retour à la dérive unique grâce à l’absence de mitrailleur arrière, ceci occasionnant moins de traînée et plus de stabilité en lacet que la bi-dérive imposée par le STAé et ses anciens de 1918, qui voulaient une zone de tir dégagée vers l’arrière.
Puis Louis Breguet nous laisse. Je poursuis l’entretien avec Gus, l’assaillant de questions aussi diverses que variées, auxquelles il a toujours réponse. Au fur et à mesure de la discussion, je m’aperçois que l’avion a été entièrement repensé par et pour des utilisateurs, et cela change des contraintes imposées par des fonctionnaires cravatés. Il me tarde de faire un vol d’essai, mais Gus préfère aller d’abord déjeuner,

Chat-lut à tous,
J'étais en train de relire les aventures de Julius, quel régal! Cependant, comme l'exhumation de vieux posts ne semble pas banni du site, je n'ai pas pu résister à l'envie de me livrer à un petit pinaillage... Vieux Sage Dans le passage que je cite, lorsque Julius découvre le Br 700, il le fait "sous l'aile" de celui qu'il présente comme "l'ingénieur Dieulefit". Mais un paragraphe plus loin, celui-ci est devenu "Gus". Je sais que les us et coutumes des pilotes sont certainement moins service -service que d'autres branches de l'armée, surtout au GEO, mais il faudrait sans doute rajouter une petite phrase de transition, où Julius découvre l'origine de ce surnom, et obtient l'autorisation de l'utiliser.
Je sais qu'il s'agit sans doute d'un traitement contre nature infligé à un innocent diptère qui n'en demandait pas tant, mais le texte est tellement bon qu'au cas où une publication serait envisagé, le gommage de ces quelques (minuscules et bien rares) imperfections sera j'imagine toujours bon à prendre...
Désolé pour ce post qui fait un peu remonter le temps, cela doit être mes antécédents de mangeur d'archives qui refont surface...
Belle journée à tous, et encore bravo à tous les rédacteurs!
_________________
"Tout fout le camp, je vous dis : la preuve : Shakespeare a réussi à écrire Henri VIII. Stallone, lui, n'est pas allé au delà de Rocky VI". (Le Chat, P. Geluck)
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Etienne



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MessagePosté le: Jeu Mar 05, 2020 16:14    Sujet du message: Répondre en citant

On peut toujours ajouter à "grâce à l'ingénieur Dieulefit"
" qui se présente lui-même sous le diminutif de Gus"
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Le Chat



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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2020 08:30    Sujet du message: Julius, pilote de guerre - par Etienne Répondre en citant

Etienne a écrit:
On peut toujours ajouter à "grâce à l'ingénieur Dieulefit"
" qui se présente lui-même sous le diminutif de Gus"

Farpait! Razz
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"Tout fout le camp, je vous dis : la preuve : Shakespeare a réussi à écrire Henri VIII. Stallone, lui, n'est pas allé au delà de Rocky VI". (Le Chat, P. Geluck)
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Etienne



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Messages: 1907
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MessagePosté le: Jeu Mar 12, 2020 11:12    Sujet du message: Répondre en citant

12 mai, Alger-Maison Blanche – J’ai fait la liaison depuis Solenzara comme pax dans un DC-3 un peu fatigué. Moi aussi, du reste, et je ne suis pas fâché d’apprendre que le prochain départ pour Casablanca aura lieu demain à l’aube : ça va me laisser le temps de me reposer un peu. Léger rafraîchissement dans la piaule que l’on m’alloue sur le terrain pour la nuit, puis je file en ville par le biais d’un autocar-navette. Pas à dire, l’infrastructure s’est améliorée en quatre ans.
Habitué de la foule nombreuse, bigarrée et souvent exubérante qui régnait jusqu’à peu, je suis surpris par le calme qui est retombé sur la cité algéroise. Le déménagement dans l’autre sens des instances politiques, militaires et administratives a vidé la ville d’une bonne partie de ses habitants, et pas seulement les principaux intéressés, mais aussi tout ceux qui gravitent autour. Dorénavant, c’est à Marseille qu’il faut être !
Comme beaucoup, je n’étais jamais allé à Alger avant la guerre. A peine lu des récits exotiques la décrivant. Je suis donc étonné du contraste, qui paraît logique au tenancier du bistrot où je m’attable en terrasse. « Ça, c’est plus calme, et c’est pas plus mal, sauf pour les affaires ! » On se plaint toujours… Mais faut avouer que c’est tranquille partout. Les bars et restos où tu ne trouvais pas place affichent leurs portes ouvertes, ça change.
Soirée calme et solitaire, malgré les filles qui se battraient presque pour amorcer une conversation ou plus avec un jeune officier de passage. Elles n’ont pas pu suivre le mouvement de transhumance, se retrouvent à sec, et à douze pour un homme ! Mais je n’ai pas le cœur à ça, partagé entre le souvenir de Williame et Demozay d’une part, et l’ampleur de la tâche qui m’attend à Casa. Diriger des hommes, je ne l’ai pas vraiment fait, même quand j’étais officiellement le patron en Chine. Faut dire que nous n’étions pas nombreux et qu’on se connaissait tous très bien. Là, même si je connais la plupart des gars pour les avoir côtoyés ces derniers temps, ce n’est plus pareil : Entre vingt et trente pilotes, le double ou triple en mécanos, plus les annexes, ça va faire du monde. Un dernier verre, et je rentre me pieuter, hélant au passage une jeep qui tourne à vide. Mes quatre barrettes aident bien en ce sens, preuve qu’il y a bien moins de personnalités à transporter !

13 mai, Alger-Maison Blanche –
Signe des temps et du renouveau, l’avion dans lequel j’embarque pour Casa est un MB.161 Atlas flambant neuf. Aux couleurs d’Air France, autre indice d’un changement certain, on passe du militaire au civil. Du coup, je me fais connaître, afin d’accéder au poste de pilotage, ce qui m’est accordé après le décollage. Je ne prends pourtant pas les manettes malgré l’offre aimable. Pour aller en ligne droite, ça ne servirait à rien, mais on tape la discute tout le long du trajet, le beau temps aidant en cela. L’équipage est enthousiaste : ils ont des Gnome 18R (pardon, des SNECMA, regroupement récent de Gnome-Rhône et Hispano-Suiza), dérivés des Pratt & Whitney R-2800 de 1800 ch pièce, ça envoie.
Posé en douceur à Cazès. Après les formalités d’usage et un pot au mess avec les membres d’équipage, je pars à l’EAA 301 pour voir si mon nouvel appareil est là. Discussions, non, le zinc est encore à la SNCASO, en face. Dois-je attendre ? Non, mon commandant, vu vos aptitudes, vous pouvez aller le récupérer directement, signez là. C’est beau la gloire, mais ça n’enlève pas l’administration !
Je pars donc vers les hangars de la SNCASO, où on me redirige vers un bâtiment neuf y attenant, les bureaux, déplacés des arrières. Une construction nouvelle qui donne à penser que le retour en métropole n’est pas prévu pour demain malgré la reconquête du territoire, bien dévasté, il est vrai. Il y a même un hall d’accueil avec une charmante hôtesse !
- Bonjour, je suis…
- Commandant Houbois ! C’est une joie de vous recevoir ici !
- Heu, vous me connaissez ?
- Pardi ! Votre portrait est dans tous les journaux, qui plus est, monsieur Bloch a fait mettre une photo de vous en Chine au tableau d’honneur !

Elle me désigne un vaste cadre sur le mur avec de multiples photographies… Et l’une d’elles me montre en cap auprès d’un capot de Bloch 157 à Chungking ! Je reste interdit, ébahi, tandis que je l’entends dire qu’elle va aller prévenir monsieur Bloch de mon arrivée, qui était prévue, bien entendu.
Bien entendu ? Bah… Encore un coup de Kostia, ça. Qué pipelette !
Marcel Bloch arrive par un escalier, et me presse les mains avec effusion, visiblement content de me voir.
- Bonjour commandant, heureux de vous revoir, entier et en bonne forme à ce que je vois.
- Bonjour Monsieur Bloch. Oui, ça ne va pas trop mal.
- Alors ce Dewoitine ? On m’a dit que vous étiez resté en panne en Angleterre ?
- Pas en panne d’avion, monsieur. plutôt de cervelles dans les crânes des hauts responsables anglais qui ne voulaient pas nous laisser repartir avant le débarquement en Normandie.
- Ah ? Ce n’est pas la version à laquelle nous avons eu droit…
- Les journalistes ne peuvent pas tout savoir, pas même les fonctionnaires des cabinets ministériels.
- Certes, mais cela discrédite un peu mon honorable collègue…
- Et j’en suis peiné pour lui. Mais mon rapport rétablit l’ordre auprès de la hiérarchie et du Ministre, car cet appareil est aussi excellent que les vôtres. Parfait pour l’interception et le vol en haute altitude, avec une belle maniabilité dans le tournoyant. Sa seule faiblesse viendra probablement du système de refroidissement au glycol qui le rend vulnérable aux tirs adverses en cas d’attaque au sol.
- Mais n’est-ce pas la tendance actuelle des missions de combat ?
- Tout à fait, entre l’appui sol nécessaire aux troupes, la recherche d’objectifs adverses au ras des pâquerettes… Il y aura de la casse, à moins que l’état-major ne le confine à la chasse aux appareils ennemis, mais ceux-ci se font de plus en plus rares : Nous avons effectué deux missions de couverture au-dessus des plages du débarquement sans rencontrer un seul Boche ! J’ai appris depuis qu’il y avait eu des combats, mais pas pendant nos horaires…
- Diable, c’est à ce point ?
- Entre l’Est, le Sud et maintenant l’Ouest, la Luftwaffe ne sait plus où donner de la tête !
- Tant mieux, cette guerre finira bien par cesser.
- Tout le monde l’espère, et au plus vite. D’après les journaux, la progression devrait être rapide. Pas au point que je ne puisse plus combattre, j’espère.
- C’est donc vous qui reprenez le II/4. Les pilotes sont ici, en cours de formation théorique, mais leur préoccupation principale est de deviner qui va les commander.
- Le jeu habituel !
- Mais cela perturbe un peu les cours… Allons les voir, ils ne sont pas loin.

Bloch m’entraîne à sa suite dans un dédale de couloirs jusqu’à une porte d’où parviennent des éclats de voix. Il s’arrête un moment, écoutant et me faisant écouter la conversation, un doigt sur la bouche.
- C’est quand même fou que personne à l’état-major ne puisse nous donner le nom de notre futur patron !
- Ils ont autre chose à faire, Dugrain, surtout qu’il n’y a plus grand-monde par ici, occupés qu’ils sont à repartir en métropole.
- Ça s’évapore plus vite qu’un oued en été !
- Je vous fiche mon billet qu’on va se coltiner un vieux de caserne, vu la façon dont ils ont commencé depuis qu’on est rentrés en France. Regardez Giscours…
- Giscours commande une base, pas un groupe.
- Heureusement !
- Ça peut aussi être un éclopé, à qui il faut bien donner un os à ronger après ses valeureux états de service, mais qui ne remontera plus dans un zinc.
- Je ne crois pas, il y a un avion qui est spécialement préparé pour lui, d’après ce que j’ai entendu.
- Ça ne veut rien dire, il y en a toujours un. Voler, oui, mais nous emmener au combat ?
- Ce serait pourtant préférable, car j’ai comme l’impression que j’aurais eu de plus en plus de mal à vous y conduire, les gars…
- Mon capitaine, c’est quand même injuste, la place vous revenait de droit !
- Peut-être, mais mes ennuis de santé m’en empêchent pour le moment, je ne suis guère bon qu’à faire de la paperasse…

J’ouvre la porte vivement.
- Excellent idée, capitaine, d’autant plus que j’aurai besoin d’un second en ce domaine. Bonjour Messieurs.
- Jules !
- Eh, faut dire Commandant !
- Plus exactement : Mes respects, mon Commandant !
- Merci, capitaine Sablons, mais ce n’est pas nécessaire, on se connaît déjà tous.
- Jules… Euh, mon commandant, c’est toi le nouveau patron ?
- Eh oui, finis les essais !
- C’est pour ça que le colon ne voulait rien dire…
- Je n’en sais rien, qu’il disait !
- Bin voyons !
- On s’en fout ! Un triple ban pour notre nouveau chef ! Hip, hip, hip…
- Hourrah !

Brouhaha, charivari ou totale liesse inconsciente ? Il me faut rapidement calmer les esprits, je leur rappelle qu’ils sont en instruction, et que je n’ai pas l’intention de leur faire réciter les leçons, ni en donner par après. Après une promesse d’un pot monumental ce soir, je les laisse à leur instructeur, qui peut enfin reprendre le cours de son cours…
Je suis monsieur Bloch qui m’entraîne vers les hangars. Chemin faisant, nous discutons un peu de l’évolution de la situation avec le Boche qui recule en France, cela sent de plus en plus la fin. Tout de go, il me demande si je compte rester dans l’Armée après la cessation des hostilités… Je fais la moue.
- Cela m’étonnerait, je n’ai pas trop l’esprit de caserne. Se battre quand c’est nécessaire, d’accord, mais faire de la revue de détails et attendre que l’on veuille bien me donner une heure de pilotage, sans façons.
- Qu’allez-vous faire alors, après la démobilisation ?
- Reprendre le cours de mes études, si mon école n’a pas été pulvérisée sous les bombes !
- Est-ce bien utile ?
- C’est vous qui me demandez cela ? Compléter mon bagage serait approprié, si je veux me faire embaucher par quelqu’un comme vous…
Dis-je en souriant, l’air amusé.
Il s’arrête, se tourne vers moi, très sérieux.
- Jules… [Tiens, il a laissé tomber le grade…] Même s’il vous manquera un peu de la théorie que l’on enseigne dans les écoles, vous avez acquis durant ces années de guerre quelque chose de bien plus important : L’expérience.
Pas seulement celle d’un pilote de combat, vous avez aussi appris à faire des essais en vol. Et auprès de maîtres comme Rozanoff, Lecarme ou Doret, ce n’est pas rien, vous pouvez me croire. D’autant plus que vous avez déjà piloté un avion à réaction, sujet sur lequel nous planchons dès à présent. D’ailleurs, ce serait bien si vous pouviez répondre à quelques questions ou me décrire vos impressions?
- Certainement, monsieur, je commence à en prendre l’habitude.

Je me lance alors dans la description du Me 262, et surtout des moteurs, de leur utilisation, en pointant le doigt sur la lenteur de la mise en puissance et l’inertie, nécessitant de longues pistes et une extrême attention dans les phases critiques de l’atterrissage et surtout du décollage, ce qui est relativement nouveau. Je suggère même d’adopter des fusées à propulseur liquide (celles dont on parle parfois, essayées au Sahara) pour accélérer l’avion dans l’étape du décollage.
Il me regarde, songeur…
- Je vous certifie que je n’ai pas besoin d’un diplôme pour pouvoir vous embaucher.
- Merci monsieur, je suis très touché…
- Si tant est que le CEV laisse partir une personne de votre niveau… L’Armée aime bien conserver les gens qu’elle a formés, et le CEV ne risque pas de ressembler à une caserne. Ceci dit, je pense pouvoir vous offrir plus que la solde du Centre, même au niveau d’un colonel !
- Je n’y suis pas encore !
- Certes, mais vu votre ascension météorique ! Il nous reste probablement encore quelques mois de guerre, vous êtes bien capable d’y arriver.

Je hoche la tête, dubitatif. C’est que les habitudes de temps de paix commencent à revenir, le temps d’un avancement rapide gagné au résultat va disparaître. D’un autre côté, je m’en fiche comme de ma première chaussure, n’ayant vraiment pas l’intention de faire carrière. Nous repartons vers les avions que je commence à apercevoir dans le hangar, proches des portes. La discussion reprend, mais sur les engins près desquels nous arrivons.
Ils sont du type MB.159, et monsieur Bloch me les présente en détail : Moteur SNECMA (ex Gnome-Rhône) type 18S, en fait une évolution sous licence du Pratt & Whitney R-2800 qui est assemblé à Casa pour les besoins de l’Armée. Évolué par le remplacement du compresseur par un Turboméca à charge constante, qui n’amène qu’une plage d’utilisation plus large. Il y a néanmoins 2000 ch au rendez-vous, avec un système de surpuissance par l’adjonction d’eau, donnant 250 ch supplémentaires en cas de besoin. La cellule est une évolution du 158, renforcée pour le surcroît de puissance, et dotée d’une verrière panoramique. Sur ce dernier point, ça fait toujours plaisir de voir qu’on peut être écouté…
La finition est exemplaire, bien visible sur un avion non peint, et j’en fais la remarque à monsieur Bloch qui me confie être très satisfait du niveau auquel le personnel est arrivé. A tel point qu’il se demande s’il ne va pas conserver une unité de fabrication ici, même quand les usines de la Métropole seront récupérées. Après tout, il a financé une bonne partie du site, tout comme celui de Talence à Bordeaux !
Nous finissons la visite des appareils dévolus à mon groupe par un exemplaire dont monsieur Bloch dit qu’il m’est réservé, car équipé d’une cabine pressurisée qu’il faut tester. Quoi de plus simple que de me le confier ? Un grand « quatorze jaune » peint sur le fuselage le désigne facilement dans le hangar, mais je suis surpris d’y découvrir également mon Thêta de cœur et la couronne de lauriers aux 54 victoires. Les peintres de l’usine les connaissent donc à ce point ? A cette interrogation, Bloch me désigne deux individus en combinaison militaire de mécanicien qui bricolent de l’autre côté de l’avion : Sixte et Giraud ! Mes deux arsouilles ont réussi à se faire muter pour me suivre, voire ici me précéder. Bon, tout était prévu d’avance, à ce que je vois…

15 mai, Casablanca-Meknès – Nous emmenons douze des vingt-six MB.159 que le groupe doit réceptionner pour être à son effectif, les autres seront livrés au fur et à mesure, pendant la transformation opérationnelle. Pourquoi 26 ? Deux escadrilles de douze, plus deux avions d’état-major, c'est-à-dire ceux du capitaine Sablons, que je m’attache comme second, et le mien.
Mon premier boulot est de nommer un nouveau chef d’escadrille pour les Petits Poucets, puisque Sablons en occupait le poste. Suivant ses conseils, je devais désigner le capitaine René Rubin, un ancien de 40 aux onze victoires homologuées, quand je reçois les nouveaux arrivants fraîchement émoulus du CIC avec à leur tête… Camille Plubeau ! La banane aux lèvres, tout heureux de revenir au front après avoir empilé les promotions d’école, dont la dernière qu’il m’amène. Enfin, quelques-uns de ses membres, qui viennent compléter mes effectifs.
Trois ficelles à présent et vingt-cinq victoires au compteur avec une belle expérience, il me paraît tout à fait prêt pour le rôle, ce dont convient aisément Rubin, qui s’efface aimablement devant son ancien équipier de la première bataille de France. Mais quelque part, cela me fait tout drôle de devenir le supérieur d’un de mes anciens chefs ! Heureusement, Camille a gardé toute sa modestie. Ceci et son expérience me seront précieuses pour réaliser l’amalgame entre anciens et petits jeunes, indispensable à la cohésion du groupe.
Pas d’atermoiement pour les Diables Rouges : Le capitaine et vicomte Aymeric Girard de Frémont, code radio « Manfroy », conserve la tête de son escadrille, dans laquelle il aura à intégrer cinq des petits nouveaux.
Cette intégration, comme celle des nouveaux Petits Poucets, commence dès le soir même par une gigantesque fête au mess, rien de mieux pour apprendre à se connaître.

16 mai, Meknès – Je n’attends guère que les corps et les têtes se remettent des agapes de la veille pour démarrer les entraînements. Pour les anciens, la prise en mains du MB.159 ira vite, d’autant plus qu’ils ont déjà volé dessus à Casablanca, voire convoyé jusqu’ici. Mais il y a dix jeunes à former, et qu’il faut auparavant lâcher sur nos douze montures. Heureusement, et signe des temps, je dispose d’un MB.158 converti en double commande, l’instructeur prenant place à l’arrière, à l’emplacement du « coffre à bagages ». Pour le centrage, le réservoir avant est plus petit (on a de toute façon nettement moins besoin d’autonomie pour l’écolage) et cohabite avec une gueuse de plomb judicieusement placée pour rétablir l’équilibre.
L’expérience des Anciens sur le Bloch restant somme toute assez limitée, c’est moi qui prends en mains les jeunes (dont certains sont plus âgés que moi !). Si le palmarès et ma réputation les impressionnent au départ, le peu d’années d’écart les aide à prendre le bain, d’autant plus que je ne la joue pas Grand Seigneur, loin s’en faut. Rapidement, Plubeau, Sablons, Rubin et Girard viennent m’épauler dans la tâche, après avoir eux-mêmes bien tâté du monoplace, ce qui fait que la première quinzaine suffit à lâcher tout le monde. Il ne reste qu’à obtenir une cohésion en vol et à les entraîner au tir, l’arrivée des avions petit à petit permettant de plus en plus de sorties en formation.
Comme toujours dans ce genre de cas, l’entraînement est égaillé d’incidents divers et de belles frayeurs, tant chez les jeunots que chez quelques anciens, trop confiants en leurs capacités. Fort heureusement sans pertes. Du moins côté humain, car un appareil est bon pour la réforme ou la cannibalisation, trois autres endommagés étant réparables.
Ce qui n’empêche pas les petites blessures, physiques ou d’amour-propre.
…Un joli cocard à l’œil pour le jeune Bontrin, 18 ans à peine, qui s’est mangé le collimateur à l’atterrissage pour avoir desserré son harnais en vol à cause de la chaleur. Il pensait recevoir en prime une bonne engueulade, mais je me suis contenté de hausser les épaules… « C’est le métier qui rentre, mon petit Yvon, au moins tu ne devrais plus refaire cette bêtise… »
…C’est un Ancien, le lieutenant Dumonde, qui rentre à pied du champ de tir, pour y avoir laissé son appareil sur le ventre en touchant le sol avec son hélice dans un passage un peu trop bas pour épater les nouveaux… Le soleil marocain se chargera de lui rappeler les maximes de grandeur et décadence, tout comme les quolibets de ses collègues des Diables qui l’ont baptisé Séraphin en lui demandant si c’était si loin que ça, vu qu’il se plaignait de la distance à laquelle est le périmètre de tir...

5 juin, Meknès –
Je reçois un court télégramme d’EMGA Marseille, me demandant où en est la transformation, et si je suis prêt à faire mouvement vers notre futur terrain de combat, l’échelon roulant du groupe (resté à Orange) ayant pour sa part déjà entamé son périple au nord…
Je réponds tout aussi laconiquement :
- La transformation des Anciens du Groupe est faite.
- L’apprentissage et la formation des nouveaux venus est loin d’être complète.
- La dotation du Groupe est complète, l’échelon volant également, et prêt à partir.
Je me doute de la réponse : « Ils apprendront sur le tas, au contact des autres », mais c’est encore plus bref que je ne le pensais, car je ne récupère qu’un ordre de mission pour la route vers Orange-Plan de Dieu (où je recevrais d’autres instructions) via Alger-Maison Blanche. Nous n’avons plus qu’à plier bagages. Si tout le monde accueille la nouvelle avec joie, je reste néanmoins inquiet en ce qui concerne mes jeunots, insuffisamment au point, selon moi. Pas facile, la responsabilité d’un chef de groupe… Je me joins néanmoins à eux pour la nouba du soir : Demain sera un autre jour…
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borghese



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MessagePosté le: Jeu Mar 12, 2020 12:35    Sujet du message: Julius pilote de guerre Répondre en citant

Je viens de lire l'ensemble du récit, ainsi que les aventures du 113ème RI par Crixos.
Quand je lis des trucs pareil, je me demande combien les merdes policières sans le moindre intérêt scénaristique pondues par France TV peuvent coûter, et je me demande si, pour 6 saisons de "meurtes à Bezon-sur-Vézère", on n'aurait pas pû avoir une mini série de 9 épisodes adapté d'un de vos récits, façon Band Of Brother....

Bref, si je n'avais pas dû me taper la replay de France TV ce matin, je vous aurais simplement dit " un magistral bravo, messieurs"!
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