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Haute Politique Française
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dak69



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MessagePosté le: Lun Nov 26, 2007 13:20    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour

Toujours dans les personnages célèbres au destin FTL inconnu, que devient Alexis Léger, alias Saint-John Perse ? Ambassadeur officieux auprès de Roosevelt ?

Bien amicalement
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Martel



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MessagePosté le: Lun Nov 26, 2007 14:14    Sujet du message: dans la série que devient...je demande le ... Répondre en citant

Bonjour,

Merci pour les encouragements.
Pour le précédent cité par Fantasque, je ne vois pas, pour pour le second je vais selon l'expression consacrée "creuser".

Bonne journée

Martel
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"Enfin le cardinal a terminé son sort.
Français, que dirons nous de ce grand personnage ?
Il a fait la paix, il est mort :
Il ne pouvait pour nous rien faire davantage. "
Epithaphe anonyme du Cardinal de Mazarin.
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Fantasque



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MessagePosté le: Lun Nov 26, 2007 18:48    Sujet du message: Répondre en citant

Pour le premier il s'agit d'un certain Maurice D.

Pour le second, il aura peut-être moins de temps à consacrer à ses poemes....
Saint-John Perse pour les intimes...)
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Fantasque
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Martel



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MessagePosté le: Lun Nov 26, 2007 22:09    Sujet du message: Vous avez demandé... Répondre en citant

A propos de MD : source wiki

Étudiant en droit à Bordeaux, MD est proche pendant un temps du Parti populaire français (PPF, extrême droite) puis a pendant la première période du régime de Vichy une attitude controversée qui lui vaudra durant toute sa carrière des critiques récurrentes pour un article de technique juridique concernant le statut des juifs[1].

Agrégé d'une faculté de droit en 1942, MD est successivement professeur à la Faculté de droit de Poitiers en 1942, puis à celle de Bordeaux en 1943 et enfin à celle de Paris (faculté de droit et des sciences économiques) entre 1955 et 1985. Il est l'un des fondateurs du département de science politique de la Sorbonne, en 1969.

Après s'être rapproché de la Résistance, il était aussi devenu - après la Libération jusqu'aux années 1980 - un éditorialiste écouté au journal Le Monde dont il fut un des conseillers politiques. Ses articles sont alors aussi publiés dans El País,le Corriere della Sera etLe Nouvel Observateur.

De 1989 à 1994, il siège au Parlement européen comme élu indépendant de la liste du Parti communiste italien.

MD est pour finir le fondateur de l'Association des sciences politiques et de la Revue française de science politique, participant ainsi à la prise d'autonomie de la science politique proprement dit, dans les années 1970.

Dans un livre devenu un classique, « Les Partis politiques », il a démontré qu'un mode de scrutin proportionnel (de type italien ou Quatrième République) tendait à la multiplication des partis tandis qu'un mode de scrutin majoritaire à un tour (de type britannique ou américain) tendait au bipartisme.

Pour Saint john perse, il y a la de la matière FTL.
Je creuse et je prépare qqchose.

Bonne soirée

Martel
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dak69



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MessagePosté le: Lun Nov 26, 2007 22:14    Sujet du message: Répondre en citant

Pour les corporations, ne serait-ce pas plutôt Henri D. ?

Son opuscule est encore consultable dans les bibliothèques de province...
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Fantasque



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MessagePosté le: Mar Nov 27, 2007 09:20    Sujet du message: Répondre en citant

Tiens tiens...lui aussi?

Pour Maurice D., je confirme l'ouvrage mais je me suis peut-être trompé d'éditeur (mon passage à l'IEPP est ancien...).

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Nov 30, 2007 23:15    Sujet du message: Répondre en citant

Martel n'a pas été long à réagir... Finalement, Kérilis va rester à Alger s'occuper de son ministère. En revanche...

– Enfin, il faut achever de convaincre le monde de la fermeté de notre volonté et rassurer certains gouvernements quant à l’évolution de notre régime politique. Je pense bien sûr, comme vous, aux Etats-Unis, où d’aucuns font mine de craindre un risque de dictature militaire. Je crois d’ailleurs que Monsieur Alexis Léger va s’y rendre pour renforcer l’action entreprise artisanalement depuis quelques mois.


« Alexis Léger, alias Saint John Perse (1887-1975), diplomate et poète français. (…) Bras droit d’Aristide Briand dans les années 1920-1930, indéracinable Secrétaire Général du Quai d’Orsay de 1933 à 1942, Ambassadeur de France à Washington de 1943 à 1946, il devint le premier représentant français à l’ONU (1946 à 1948). (…) Sa contribution à la charte des Nations Unies est unanimement reconnue. Son action après-guerre pour la construction européenne en a fait un des pères de l’Europe moderne – témoin son célèbre Mémorandum sur l’organisation d'un régime d'Union fédérale européenne (…). » (Le Grand Larousse de la Seconde Guerre Mondiale, Paris, 1985)
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Benoit XVII



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MessagePosté le: Sam Déc 15, 2007 13:28    Sujet du message: Relations Laval-Staline Répondre en citant

En relisant la chrono sur les développements de politique intérieure française, je me demandais quelle aurait pu être la réaction de Staline à la mise en place de l'administration Laval en France occupée. Je m'imagine qu'il y aura une forte pression allemande pour que l'URSS accorde une forme de reconnaissance à Laval. Peut-être pas tout de suite en novembre 1940, mais à la fin de la campagne de Grèce en juillet 41 au moment où Staline rompt les relations diplomatiques avec une série de petits états alliés. Peut-on imaginer une sorte de délégué semi-officiel, qui n'aurait toutefois pas le rang d'ambassadeur? Le genre de reconnaissance que certains états avaient accordé Franco dans les derniers mois de la guerre civile.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Déc 15, 2007 16:54    Sujet du message: Répondre en citant

Euh, Votre Sainteté, je suis navré de mettre en doute votre infaillibilité, mais je me demande si Laval, et surtout son entourage, voudraient d'une relation quelconque avec les Rouges !
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Casus Frankie

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Déc 16, 2007 01:04    Sujet du message: Répondre en citant

Ce texte de Martel (auquel j'ai participé par quelques réflexions) évoque notamment l'enracinement du Général dans la politique française. Il est évidemment sujet à discussion, mais c'est à cela que sert un forum !

11 décembre 1940
Alger
Ce matin, les petits vendeurs à la criée de L’Echo d’Alger écoulent à toute vitesse leur quotidien, malgré un tirage augmenté de 30% (un exploit qui, compte tenu des restrictions de papier, n’a été possible qu’en réduisant la pagination). Les lecteurs habituels du journal sont souvent précédés par une masse de lecteurs occasionnels très souvent “déménagés” six mois plus tôt. C’est que les événements de la veille ont mis fin à un suspense de deux mois !

A l’issue d’une lecture attentive, les articles de L’Echo d’Alger vont aider certains membres des ambassades représentées dans la capitale de fait de la République Française et certains représentants officieux de pays non représentés à rédiger des notes de synthèse à l’intention de leurs gouvernements respectifs. Diplomates et “agents discrets” auront parfois un peu de mal à expliquer que leurs pronostics semblent inexacts et que l’instable démocratie française paraît vouloir résister face au désastre militaire sans précédent de mai-juin et à la perte de sa métropole. Parmi eux, plusieurs continuent pourtant de craindre (ou d’espérer ?) une dérive autoritaire du gouvernement français. Quoi qu’il en soit, bien peu parient sur la longévité politique du Président du Conseil en place.

Ce 11 décembre 1940, L’Echo d’Alger (dont la ligne politique a été quelque peu modifiée depuis six mois, à la suite d’interventions amicales mais fermes du ministère de l’Intérieur) titre de façon presque anodine :
"La révision constitutionnelle est adoptée par le Congrès à la quasi unanimité"
« (…) Hormis une dizaine d’abstentions, la révision présentée et incarnée par le Président du Conseil a été adoptée à l’unanimité. L’ensemble des partis représentés à la Chambre et au Sénat ont voté le texte, qui représente la révision constitutionnelle la plus considérable depuis l’adoption des lois fondamentales de 1875. (…) »
La plus grande partie de l’article principal, non signé, est consacrée au détail de la révision et conclut sur la stabilisation du régime, l’union sacrée de la future Assemblée nationale et le message de concorde et d’espoir que cet acte politique fort envoie « aux Français prisonniers en Métropole et à nos Amis et Alliés dans le monde. »

Mais l’article qui fera date se trouve à la troisième page de ce numéro. Il s’agit d’une tribune rédigée par François Mauriac, académicien fameux, arrivé en novembre de la Métropole occupée (il est passé par l’Espagne, après un périple facilité par ce qu’il faut bien appeler des complicités dans la haute hiérarchie de l’Eglise catholique). Cette tribune est en fait la première d’une série intitulée “Lettres à un désespéré pour qu’il espère”. Ce premier épisode est titré “La Nouvelle République”.
Mauriac commence par une description et une dénonciation au vitriol de la Collaboration, illustrée par des envolées sur Laval et son prétendu gouvernement : « Ce qu’il reste de la police française est devenue, par la grâce de Laval et de sa clique, une garde chiourme, au profit des trafiquants du marché noir et de certains hommes d’affaires et de lettres, que l’Armée d’Occupation enrichit. Toute une humanité hideuse qui appartient hélas à une espèce éternelle. » L’académicien s’étend ensuite sur les raisons d’espérer. Sa conscience s’accorde à la souffrance d’une nation vaincue et humiliée, mais pour l’inviter à un sursaut, au refus du règne de Machiavel, dont le nom revient inlassablement dans le texte. Ce nom, pour Mauriac, symbolise la force injuste et aveugle qui triomphe en Europe, piétinant le droit, écrasant les libertés : « Pour accomplir les desseins de Machiavel, les peuples sont brassés et déportés, des races entières sont condamnées. A quel autre moment de l’histoire les bagnes se sont-ils refermés sur plus d’innocents ? […] Mais nous avons fait notre choix ; nous parions contre Machiavel. Nous sommes de ceux qui croient que l’homme échappe à la loi de l’entre-dévorement, et non seulement qu’il y échappe, mais que toute sa dignité tient dans la Résistance qu’il lui oppose de tout son cœur et de tout son esprit. » La conclusion affirme tout son caractère militant, la tentation du désespoir étant résolument écartée : « Mais d’abord s’arracher à l’étreinte du géant, écarter ses mains de notre gorge, son genou de notre poitrine… Il sera temps alors d’apprendre comment un peuple libre peut devenir un peuple fort – et un peuple fort demeurer un peuple juste. »
La Résistance intellectuelle et spirituelle que Mauriac, par cet article, est l’un des premiers à incarner, aura à Londres et à Washington un retentissement considérable. L’écrivain est devenu une grande conscience nationale. Et comme pour inaugurer sa charge de « primat des Gaules à l’échelle des Lettres », Mauriac rend un vibrant hommage à ceux qui ont dit non à “Machiavel” et lance un appel à l’unité nationale, symbolisée d’après lui, certes par le gouvernement, mais surtout par l’un des ses membres, le plus atypique et – jusqu’au 14 juin – le moins connu du public : un certain général. « A l’heure la plus triste de notre destin, l’espérance française a tenu à quelques hommes clairvoyants et s’est exprimée avec éclat par la voix de l’un d’eux, un homme neuf. […] Notre République qu’une révision de la Constitution s’apprête à régénérer, notre Nouvelle République est la fille des martyrs. Elle est née dans le sang, mais le sang des martyrs. Ce sang de nos soldats, quelle que soit leur orientation politique, quelle que soit leur religion, nous a tous baptisés du même baptême dont un homme demeure au milieu de nous le Symbole vivant. Le Général de Gaulle symbolise l’Union Sacrée des politiques, lui le soldat qui a refusé le défaitisme des vieilles étoiles et des vieux lauriers. Que de tendances héritées ou acquises il a dû vaincre, que d’habitudes d’esprit il a dû surmonter pour devenir cet homme qui, en quelques phrases, a exprimé l’âme tout entière, l’âme indivisible de la pauvre France écrasée ! A chacun de nous de remporter sur lui-même cette victoire contre les avocats du renoncement, les apôtres pervertis de la division. »

Le jour même, à la lecture de cet article, Georges Mandel parlera de « cristallisation du pays autour du gouvernement » mais aussi de « l’adoubement du Connétable par une partie de l’opinion publique, exprimé par la grande plume de François Mauriac. » La voix de l’Appel du 14 juin semblait effacer des mémoires les interventions des autres responsables français. L’aisance avec laquelle, depuis six mois, ce nouveau venu dans le jeu politique maîtrisait l’arme radiophonique rendait dépassées les joutes oratoires familières aux politiciens traditionnels. Petit à petit, le débat allait se déplacer de l’intérieur de l’Assemblée vers la Nation toute entière, prise à témoin malgré la Méditerranée, grâce à une communication directe par la radio que seuls certains politiques étrangers comme Franklin Roosevelt ou Winston Churchill savaient ainsi utiliser. De la tempête sans précédent où la nation avait failli sombrer surgissait une figure historique, capable, le jour où le besoin s’en ferait sentir, de reprendre le timon des mains de ceux qui avaient failli conduire le pays à sa ruine et ne s’étaient ressaisis qu’au dernier moment.
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Fantasque



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MessagePosté le: Mer Jan 02, 2008 17:03    Sujet du message: Répondre en citant

Ma foi, ceci me semble très réaliste...

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Fév 27, 2008 00:10    Sujet du message: Un beau discours façon IIIe Répondre en citant

Martel a essayé de se mettre dans la peau de Paul Reynaud...

16 janvier 1941 – « Je doute, donc je suis. »
Alger
L’homme qui vient d’entrer dans l’hémicycle improvisé du Palais des Expositions, costume sombre et cravate noire, s’avance d’un pas lent mais assuré au milieu des pliants installés pour la circonstance. La salle de réunion provisoire de l’Assemblée Nationale n’est pas encore achevée. Les chaises sont bien différentes des confortables fauteuils du Palais Bourbon et seul le perchoir traditionnel vers lequel se dirige l’orateur semble avoir été terminé. Les spectateurs, journalistes accrédités ou invités triés sur le volet ne perçoivent qu’un léger brouhaha – l’équivalent parlementaire d’un silence respectueux – malgré la présence des 510 “élus de la République” (ex-députés et ci-devant sénateurs).

A un journaliste anglais qui lui demande pourquoi les bancs du gouvernement sont vides, un de ses collègues, plus averti, glisse qu’il s’agit de la première manifestation concrète de la révision constitutionnelle votée en décembre. Le Président du Conseil, Paul Reynaud, a présenté hier la démission du gouvernement au Président Lebrun. En retour, le Président de la République lui a demandé de former un nouveau ministère. Il est maintenant libre de constituer et de remanier son gouvernement à sa guise. A la différence de ce qui se pratiquait auparavant, la composition du gouvernement n’est pas connue d’avance (quoique, de source bien informée, le Président du Conseil ait récemment beaucoup consulté …). Cependant, il est probable que dans les circonstances actuelles, l’équipe ministérielle ne sera que peu ou pas modifiée.

Paul Reynaud monte sans hâte les marches menant au pupitre de l’orateur, juste en dessous de celui du Président de l’Assemblée, Edouard Herriot. La mise en place de l’Assemblée avec l’élection de son bureau et de l’ensemble de ses permanents s’est faite sans problème notable. C’est sans surprise que le bouillant Lyonnais a repris “son” perchoir, assisté comme vice-président par le calme et pondéré Jules Jeanneney.
Une fois n’est pas (encore) coutume, la “crise” ministérielle est gérée par l’exécutif. Les circonstances politiques et militaires font que Paul Reynaud est certain d’obtenir son investiture. Cependant, en ce 16 janvier 1941, ce n’est pas le résultat du vote qui va se révéler intéressant mais ses modalités.

De son pupitre, Reynaud constate que les caméras des Actualités Pathé sont bien présentes et qu’il dispose d’un microphone de la Radiodiffusion française qui diffusera son discours en direct sur Radio Alger.
Alors que les murmures s’éteignent tout à fait, le Président du Conseil revoit en quelques instants trente ans de vie parlementaire et de combats politiques, avec leurs victoires et leurs défaites, avec surtout la vocation de servir le pays et quelques convictions bien arrêtées sur la démocratie à la française. En 1924, il avait déclaré dans une interview au Temps : « En France, le régime doit rester parlementaire parce que, fort différent des Allemands et des Italiens, le Français a une individualité puissante. La surveillance policière inhérente aux dictatures révolterait à coup sûr son tempérament et un gouvernement dictatorial, après l’avoir aidé à sortir de ses difficultés, provoquerait fatalement des convulsions nouvelles fort dangereuses en raison des circonstances extérieures. Et puis les dictatures ne sont pas éternelles et leurs suites peuvent être graves. » Ces propos prononcés seize ans auparavant avaient tout d’un avertissement au regard des événements récents et de la tentative de coup d’état politique brisée dans l’œuf en juin précédent.
Grâce à Dieu, à ses convictions et à l’aide de quelques grands patriotes, la volonté de se battre, un moment vacillante, a été la plus forte. Mais la prise de conscience progressive qu’il a failli craquer sous le poids de la situation continue à le tarauder, tout comme la douleur du deuil subi le10 juin, assourdie mais toujours présente.
Alors qu’il se retrouve à présent dans la position unique de donner une seconde chance à cette République presque brisée par la défaite militaire, si décriée par une partie des Français et même de son personnel politique, Reynaud songe que cette deuxième chance est aussi la sienne, celle du rachat et de la possibilité de laisser dans l’histoire une autre image que celle de la défaite subie et de l’effacement évité de justesse.
Cette nouvelle chance, il est bien décidé à ne pas la laisser passer, pour la France, pour les Français et pour lui-même. Réformer tout en combattant, combattre tout en réformant, réunir tous les Français, libres ou sous l’Occupation, leur redonner des raisons d’espérer dans leur pays et leurs institutions, voilà le programme qu’il va présenter à ces hommes qu’il a contribué à réunir en ce lieu. Loin de la révolution nationale prônée actuellement, sous la botte de l’Occupant, par certains “politiciens fourvoyés”, il s’agira au moins d’une Refondation républicaine.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Messieurs les élus de la République,
La France est engagée dans une guerre totale. Par le fait même, l’enjeu de cette guerre totale est un enjeu total. Vaincre, c’est tout sauver. Succomber, c’est perdre tout…
Je voudrai revenir ici sur les raisons de notre présence, à Alger, en ce jour.
Il y a bien longtemps, notre grand Du Bellay a décrit la France comme la mère des arts, des armes et des lois.
Des arts, mais jamais encore dans l’Histoire notre pays n’a été aussi prêt de perdre son âme et sa culture.
Des armes, mais jamais encore le sort de nos armes ne lui a été aussi contraire.
Des lois, mais jamais encore il n’a douté de lui-même à ce point.
Oui Messieurs, le Doute, le doute avec lequel tous les hommes politiques de notre pays ont vécu depuis la fin de l’Autre Guerre, après avoir vu tant de jeunes hommes monter au front pour n’en pas revenir, la lancinante interrogation sur la justesse des décisions que nos prédécesseurs avaient prises, le « plus jamais ça » ancré dans nos esprits, voilà que ce doute, ravivé, renforcé par la défaite de nos armes, est devenu un doute sur la grandeur même de notre pays.
Oui, nous avons douté ! Et même encore en ce jour, certains d’entre nous continuent à douter !
Pourtant, Messieurs, nous qui doutons, qui sommes-nous pour oser douter ?
Alors même que nous sommes réunis à Alger et que la plus grande partie de nos compatriotes souffrent sous le joug ennemi, nous sommes aujourd’hui les seuls dépositaires de l’espoir du peuple français. Car nous sommes les élus de la République et à ce titre, il incombe à chacun d’entre nous de clamer au monde que nous sommes la France, une France bien vivante qui a refusé la défaite et l’abandon, une France qui se bat, une France éternelle qui malgré les épreuves et les souffrances a commencé à redresser la tête. (…)
Nous sommes ici pour nous battre et combattre nos ennemis jusqu’à la victoire, quel qu’en soit le prix, car ce prix ne saurait être plus élevé que celui de la résignation à la défaite. C’est vrai, la France a perdu une grande bataille et son territoire est envahi, mais elle a su réagir et, fraternellement unie avec ses alliés, retrouver le chemin de la victoire. (…)
Mais ce combat se livre aussi sur le terrain de nos institutions. Nous sommes ici réunis pour les réformer et nous avons commencé. Cette nouvelle Assemblée issue de la représentation nationale démocratiquement élue en est la preuve éclatante.
Certains Français ont pu un temps reprocher à leurs dirigeants leur incapacité à gouverner le pays de façon efficace et quelques-uns ont été assez désespérés pour chercher une voie d’avenir à l’écart de la Démocratie et de nos institutions. C’est pourquoi, malgré les difficultés que représente l’occupation de notre Métropole et les nécessités de la conduite de la guerre, nous avons voulu et nous avons voté une révision constitutionnelle d’une importance capitale. Votre vote envoie aujourd’hui un message clair à tous les Français ainsi qu’à nos amis et alliés : la France s’est dotée d’institutions stables propres à soutenir sa marche vers la victoire mais, je le redis ici, solennellement, la France ne cèdera pas aux sirènes des extrémismes, la France restera elle-même, c'est-à-dire une nation fière de sa démocratie durement acquise et préservée par le sang de ses enfants ! (…)
Cette première réforme nous permet de nous mettre en ordre de bataille pour affronter avec calme et détermination les épreuves qui nous attendent. Jamais aucune assemblée du Peuple de France n’aura eu pareille responsabilité. Il nous faut ensemble ressusciter la République et ce sera le programme de cette extraordinaire législature. Les timides croiront cette tâche hors de notre portée, mais je suis confiant dans notre capacité de redonner à la France et aux Français ce qui leur a tant manqué : une vision commune de notre avenir ! (...)
Français de Métropole, peuple prisonnier ! Français de toutes origines et de toutes opinions ! Je vous l’affirme, tous nos efforts n’ont qu’un seul et unique but, que nous poursuivrons jusqu’au bout quelles que soient les difficultés : faire qu’un jour prochain tous les Français soient libres et qu’à nouveau, selon le serment spontanément prêté par tous nos soldats, le drapeau tricolore flotte sur Paris et toutes les villes de France ! (…)
Peuples de l’Empire français ! Je veux vous dire ici toute la gratitude du gouvernement de la République dont avez accueilli l’honneur et les armes. Le Peuple de France, vous le savez, n’oubliera jamais ce qu’il doit à ses frères, et surtout à ses frères d’armes. (…)
Voici, Messieurs les élus de la République, les enjeux des jours, des semaines et des mois à venir et ce que je vous propose pour libérer la France et forger ensemble, avec et pour tous les Français, d’abord les armes de la victoire, ensuite un avenir commun.
Vive la République, vive la France !

Des applaudissements éclatent alors dans tout l’hémicycle et l’on peut voir certains parlementaires chenus, blasés par de nombreuses années de combat politique, acclamer le discours de politique générale de l’ex et futur Président du Conseil. Sans doute cette large approbation de façade cache-t-elle quelques prudents replis tactiques chers à la politique d’assemblée en vigueur jusque là. Cependant, dans l’esprit de la plupart des parlementaires, le rappel des valeurs républicaines et l’appel à la mobilisation de la nation en exil a fait mouche. Leur soutien est sincère. Au demeurant, pour tous, ce n’est pas au milieu du gué que l’on change de monture.


17 janvier 1941 – « Le bon sens est au monde la chose la mieux partagée. »
Alger
Villa des Glycines, Paul Reynaud a réuni ce matin Dominique Leca, Louis Marin et Georges Mandel. La réunion porte sur la suite des opérations parlementaires.
Après le vote d’investiture de la veille (obtenu à la quasi unanimité, seules 20 voix ont manqué), l’annonce de la composition du gouvernement doit être faite vers 14h00. Mais ce n’est pas la composition du nouveau ministère Reynaud (lequel, comme la presse l’avait prévu, est intégralement reconduit en dehors de minimes modifications d’attributions) qui préoccupe le Président du Conseil et ses proches conseillers.
– Il nous faut créer de nouveaux usages, demande Reynaud. N’oublions pas que notre réforme constitutionnelle est en théorie provisoire. Certains des parlementaires qui viennent de voter mon investiture vont tout faire pour reprendre certaines mauvaises habitudes. C’est pourquoi il nous faut marquer les esprits. Messieurs, quelles mesures à portée symbolique pouvons nous prendre ?
Louis Marin relève la tête et prend la parole : « Il nous faut d’abord souligner, lors de la présentation du gouvernement, que le Président du Conseil ne prend pas de portefeuille, à l’inverse de la pratique de jadis. Il faut faire comprendre que cette décision trend à renforcer sa prééminence au sein du gouvernement. En général, renforcer l’autorité de la présidence du Conseil de façon la plus irréversible possible face au Parlement doit inspirer notre action. »
– Très bien, approuve Reynaud. Je pense par ailleurs qu’il est nécessaire de clarifier le rôle du Président du Conseil et du gouvernement dans la conduite de la guerre ainsi que leurs relations avec l’état-major des Armées. Je dois rencontrer prochainement De Gaulle, qui a demandé à me voir à ce sujet.
Georges Mandel dissimule un petit sourire. Sur un sujet régalien aussi sensible, la réunion entre le “connétable” et son parrain en politique promet d’être intéressante. Il relance alors le débat sur le contenu des travaux de la session parlementaire.
– Louis et moi-même avons approché les groupes politiques sur les différents projets dont nous avons déjà discuté : validation des ordonnances prises par les gouvernements successifs ; modalités du contrôle parlementaire de l’action gouvernementale ; examen de la situation budgétaire de la France ; organisation de l’effort de guerre en AFN et dans le reste de l’empire ; situation de la métropole ; préparation de la consultation “de type constitutionnel” qui sera organisée à la libération du pays.
Paul Reynaud insiste alors sur un point qui lui tient à cœur : « Je vous rappelle, Messieurs, que cette consultation devra avoir lieu au véritable suffrage universel, sans distinction de sexe. Sur le sujet du vote des femmes, je ne transigerai pas, c’est pour moi un principe fondamental et non une modalité comme, par exemple, le vote obligatoire. A ce titre, il nous faudra bien trouver à terme un moyen de l’inscrire dans la constitution. Le moment me parait propice pour faire revenir la France dans le cercle des nations modernes. Je pense que nous devrions obtenir un consensus ou à tout le moins une majorité pour ce projet de simple bon sens. »
– Espérons-le, répond Louis Marin, moins confiant. Nul doute, Monsieur le Président du Conseil, que le Grand Déménagement a quelque peu fait évoluer les esprits. Espérons que le bon sens soit enfin devenu la chose la mieux partagée de notre monde politique…
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Fantasque



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MessagePosté le: Mer Fév 27, 2008 12:19    Sujet du message: Répondre en citant

C'est excellent.

A croire que j'avais sauté un chapitre lors de mes études sur la vie politique sous la IIIème République (Le Chapsal-Lancelot...).

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Gltpier



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MessagePosté le: Sam Avr 19, 2008 15:37    Sujet du message: Le véritable rôle de Georges Mandel ? Répondre en citant

Bonjours à Tous Exclamation Exclamation Exclamation

Une petite question Question Quel sera le véritable rôle de Georges Mandel dans le gouvernement en exil de Paul Reynaud Question

Ne serait il pas son successeur Question Car j'ai cru voir, que Reynaud est le Président du Conseil jusqu'en 1943 Question Et donc qui pour la suite Question Surprised

Amicalement

Pier
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Martel



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MessagePosté le: Sam Avr 19, 2008 15:53    Sujet du message: Mandel successeur ? Répondre en citant

Bonjour,

Il est peu probable en ces temps de grand déménagement que Blum ou Mandel devienne PDC pour les raisons que Casus Frankie a indiqué dans l'action du gouvernement sur les trains de la mort.

Les propos prétés au général par rapport à Blum, restent valables pour Mandel.

De plus, Mandel a toutjours été un indépendant et ne dispose pas de structure politique propre. La vice présidence du conseil est en qqsorte son bâton de maréchal et aussi une boucle qui se boucle par rapport à son rôle de gestionnaire de l'intérieur dans le cabinet clémenceau en 1917-1918.

Le successeur de PR doit réaliser l'unité nationale et de ce fait être acceptable par les communistes... ce qui exclut pas mal de monde...

Il reste alors le général...

Mais le débat n'est pas encore ouvert Smile

Cordialement

Martel
_________________
"Enfin le cardinal a terminé son sort.
Français, que dirons nous de ce grand personnage ?
Il a fait la paix, il est mort :
Il ne pouvait pour nous rien faire davantage. "
Epithaphe anonyme du Cardinal de Mazarin.
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