Fantasque Time Line Index du Forum Fantasque Time Line
1940 - La France continue la guerre
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Transports de la Marine Nationale

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1942 - Les autres fronts
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 10935
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Fév 15, 2016 13:34    Sujet du message: Transports de la Marine Nationale Répondre en citant

Cette annexe est due à l'érudition de Capu Rossu. On en apprend tous les jours, grâce à la FTL !
Merci Capu Rossu !



Les transports de la Marine Nationale au 1er juillet 1942


« Et nous, nous les petits, les obscurs, les sans-grades,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations,
Nous qui marchions toujours et jamais n’avancions »

(Edmond Rostand, L’Aiglon, acte III, scène 9)

A la déclaration de guerre, en septembre 1939, la Marine possède une petite flotte de huit transports (1). Ces navires sont chargés d’acheminer de port en port canons, machines, turbines, chaudières, moteurs, munitions et apparaux divers. Certains sont aménagés en transports frigorifiques et répartissent entre les différentes bases navales vivres frais ou viandes congelées. Ces huit bâtiments sont d’origines diverses et certains n’avaient pas été conçus pour le rôle qu’ils remplissent.

– Le plus ancien est la Jeanne et Geneviève, lancée le 14 avril 1917 comme bateau-piège. Les bateaux-pièges étaient des navires utilisés durant la Première Guerre pour lutter contre les sous-marins allemands ; il s’agissait de patrouilleurs ayant une silhouette de petits caboteurs et un armement relativement important mais camouflé – quatre pièces de 75 mm Mle 1897 pour la Jeanne et Geneviève. On comptait qu’un sous-marin découvrant un tel navire à l’aspect inoffensif ferait surface pour l’arraisonner. A ce moment, le faux cargo démasquerait son artillerie, engagerait le combat à bout portant et coulerait l’agresseur. Le 6 août 1917, la Jeanne et Geneviève engagea dans ces circonstances l’U-61, mais aucun des deux adversaires ne put avoir raison de l’autre. L’U-61 poursuivit sa croisière tandis que la Jeanne et Geneviève rentrait au port avec quatre morts, plusieurs blessés et de sérieuses avaries. La tactique des bateaux-pièges fit long feu – après quelques déboires, les commandants allemands, rendus méfiants, se mirent à attaquer à la torpille sans sommation tous les bâtiments. La Jeanne et Geneviève fut alors employée comme transport avec un port en lourd de 340 tonnes et son armement réduit à un 75 mm. Durant l’entre-deux guerres, le canon demeura en dépôt à l’Artillerie Navale.
A la mobilisation de 39, le 75 reprit sa place sur le gaillard avant tandis que deux mitrailleuses de 8 mm étaient installées sur les ailerons de passerelle. Le 18 juin 1940, la Jeanne et Geneviève évacua les élèves de l’Ecole des Mousses du ponton Armorique au cuirassé Paris, puis rallia en sa compagnie l’Angleterre. Elle descendit en Méditerranée à la fin du mois de juin et participa au Grand Déménagement en faisant des rotations entre Toulon et Oran pour évacuer des munitions de tous calibres.
Le vieux bâtiment continue à jouer le rôle capital et dangereux de transport de munitions pour ravitailler en obus les navires engagés en Mer Egée et Méditerranée Orientale. La menace aérienne étant plus à craindre que la menace sous-marine dans ce secteur d’opérations, l’Arsenal de Bizerte a modifié son armement : un canon de 25 mm a remplacé le 75 à l’avant tandis qu’une deuxième pièce du même calibre trône à l’arrière. Les deux mitrailleuses de 8 mm ont cédé la place à deux mitrailleuses de 13,2 mm bi-tubes sur affût Bizerte.

– Le programme de 1918 prévoyait, entre autres navires, la construction de quatorze patrouilleurs de 700 tonnes, la classe “Jacques Cœur”. Aucun d’eux n’était achevé quand sonna le clairon de l’Armistice. La construction de quatre de ces bâtiments fut annulée tandis que deux étaient allongés et reconvertis en navire hydrographes, sous les noms de Beautemps-Beaupré et La Pérouse.
Les huit autres furent refondus en transports. Au fil du temps, quatre furent radiés des Listes de la Flotte et en 1928, l’Hamelin fut refondu en ravitailleur d’hydravions. Il ne restait à la déclaration de guerre que trois transports, les Coëtlogon, Forfait et Champlain, ce dernier ayant été aménagé en transport frigorifique.
Lors du Grand Déménagement, les trois transports (2) évacuèrent de Toulon vers Alger et Oran tous les approvisionnements et les machines-outils de l’arsenal. L’Hamelin embarqua en plusieurs rotations les machines-outils, les rechanges, les munitions et le stock d’essence d’aviation des BAN de Berre et Saint Mandrier.
Ces évacuations terminées, le Champlain rejoignit l’arsenal de Bizerte, où les Constructions Navales remirent en état sa machine frigorifique, car l’Etat-Major Général avait décidé de l’affecter à l’importation de viande congelée de Buenos Aires. C’est lors d’une ces traversées que, le 19 juillet 1941, l’U-66 (KrvKpt. Richard Zapp), le coula à 320 milles dans l’ouest de Nouakchott (Mauritanie) (3). Le navire sombra en cinq minutes, mais les quarante hommes d’équipage purent évacuer dans les deux canots du bord et furent recueillis après quelques heures par le paquebot Joào Belo, qui les débarqua à Casablanca trois jours plus tard.
L’Hamelin reprit son rôle de ravitailleur d’hydravions. Il fut coulé à Limnos par la Luftwaffe le 7 mars 1942, alors qu’il venait d’être déployé dans cette île comme soutien des hydravions de l’AT 11.
Les Coëtlogon et Forfait, eux, sont encore affectés au cabotage côtier entre Casablanca et Beyrouth ou Rhodes, pour distribuer dans les différents ports d’Afrique du Nord ou du Levant du matériel importé des Etats-Unis, tant pour la Marine que pour l’Armée.

– En 1937, la Marine avait acheté deux chalutiers congélateurs, les SACIP IV et SACIP VII, qu’elle avait rebaptisés respectivement Austral et Boréal (4). Lors du Grand Déménagement, ils participèrent à l’évacuation des stocks de Toulon.
Alors qu’il revenait à vide d’Alger, l’Austral fut coulé par la Luftwaffe le 19 juillet à soixante-douze milles dans le sud-ouest de Cépet. Les survivants (il y eut trois disparus) furent recueillis par le cargo Sainte-Marguerite II, qui avait appareillé de Marseille pour Oran.
Le Boréal continue la guerre en ravitaillant depuis Casablanca nos escadres de Méditerranée en viande congelée débarquée dans le port marocain par les cargos frigorifiques venant de Buenos Aires.

– Les transports déjà cités étaient pénalisés par un port en lourd de moins de 400 tonnes, nettement inférieur aux 2 600 tonnes des Loiret et Seine construits avant la Grande Guerre. Aussi, pour remplacer la Seine perdue par fortune de mer le 21 décembre 1932, la Marine se porta acquéreuse d’un cargo de la Compagnie Worms d’un port en lourd de 3 000 tonnes, le Château-Lafite, construit par les Ateliers et Chantiers de la Seine Maritime à Grand Quevilly en 1924. Après modifications, la cale III ayant été aménagée pour le transport des munitions avec une installation de noyage, le transport, rebaptisé Aude, fut admis au service actif le 1er novembre 1934.
La déclaration de guerre le surprit en grand carénage à l’Arsenal de Cherbourg. Ce carénage terminé, l’Aude effectua une rotation Cherbourg-Dunkerque et retour avant de prendre le chemin de la Méditerranée le 1er novembre 1939. L’Aude fut intensément employée lors du Grand Déménagement au cours duquel les grandes dimensions du panneau de la cale II, 11 x 5 mètres, se révélèrent précieuses pour l’embarquement de matériels de grandes dimensions comme des gros camions ou des pièces d’artillerie de gros calibre. Cet avantage ne passa pas inaperçu auprès de l’Etat-Major Général de la Marine et l’Aude achemina en Grèce en 1941 une partie du matériel de la Brigade Leclerc. A cette occasion, son commandant, le capitaine de corvette Palanque, déplora que les quatre réfrigérateurs du bord, de marque Frigelux, dont le fonctionnement était sans doute satisfaisant dans un appartement à terre, fussent assez mal adaptés à un navire, car pour bien fonctionner, ils devaient être posés sur un sol horizontal !
Mais un autre inconvénient, beaucoup plus grave, concernait l’armement défensif du navire. Celui-ci se réduisait à deux pièces de 75 mm Mle 1897 installées à l’arrière de part et d’autre de la dunette et deux mitrailleuses de 8 mm sur les ailerons de la passerelle. Les deux pièces de 37 mm Mle 1925, initialement prévues au plan d’armement, n’avaient pas été délivrées par l’Artillerie Navale car il y avait pénurie de ce type de canons à la mobilisation. Après le Grand Déménagement, arguant que le navire naviguerait exclusivement en convoi et que la principale menace italo-germanique était aérienne, l’Etat-Major Général de la Marine prescrivit le remplacement des 75 par deux canons de 25 mm sur affûts “terre”, tandis que les deux mitrailleuses de 8 mm étaient remplacées par neuf mitrailleuses de 13,2 mm Browning : une sur la dunette arrière, deux de part et d’autre de la cheminée sur le pont des embarcations, deux sur les ailerons de la passerelle, deux de part et d’autre de la cale II et deux sur le gaillard en arrière du guindeau.
Actuellement, l’Aude effectue des transports entre Casablanca et les différentes bases françaises de Méditerranée et de la mer Egée pour y répartir le matériel et les munitions que les convois acheminent d’Amérique.

– Parallèlement à l’acquisition du Château-Lafite, la Marine avait commandé aux Forges et Chantiers de la Gironde un transport baptisé Golo, qui fut mis en service en 1934.
Contrairement à l’Aude, qui est un vapeur, le Golo est propulsé par deux moteurs Burmeister & Wain entrainant deux hélices. Si son port en lourd n’est que de 1 300 tonnes, il possède, au contraire de l’Aude, une bigue de 30 tonnes, qui lui permet la manipulation de charges lourdes dans les ports aux infrastructures réduites. Son armement à la mobilisation comprenait deux pièces de 75 mm Mle 1897, une sur le gaillard et une sur la dunette, deux pièces de 37 mm Mle 1925 sur l’arrière du bloc passerelle au dessus du pont des embarcations (5) et les deux sempiternelles mitrailleuses de 8 mm sur les ailerons de la passerelle. Particularité rare pour un bâtiment de cette catégorie, le Golo a été doté d’un armement anti-sous-marin. Un grenadeur à chaîne pour six grenades est installé à tribord arrière tandis qu’à bâbord il dispose de deux tables à grenades de 35 kg, l’une pour mouiller les grenades dans l’axe, l’autre par le travers. Dix-huit grenades de 100 kg et dix-huit de 35 kg sont allouées au bord.
Lors de l’attaque allemande du 10 mai 1940, le Golo était en grand carénage à La Pallice. Lors de ces travaux, deux mitrailleuses de 13,2 mm Browning furent installées sur le gaillard. Disponible au 15 juin 1940, il rallia Rochefort le 21 après ses essais de bon fonctionnement pour y embarquer de précieuses rechanges pour les Glenn Martin et les Lioré et Olivier LeO 451 de l’Aéronavale. Le 22 vers 16h50, alors qu’il venait de mettre aux postes d’appareillage, un groupe de sept Dornier 17 attaqua le port. Le Golo engagea ces appareils et toucha l’un d’eux, qui s’écrasa en flammes sur le terrain d’aviation. A 17h00, un deuxième groupe de trois appareils s’en prit directement au navire, à la bombe incendiaire et à la mitrailleuse : attaque complètement manquée puisque seulement vingt-cinq impacts de balle seront décomptés à bord ; aucun homme ne fut touché et les avaries se réduisirent à la coupure de quelques circuits électriques. La riposte du bâtiment toucha l’un des assaillants mais sans l’abattre. Le Golo appareilla après les attaques et débarqua son chargement à Casablanca.
Il rallia ensuite la Méditerranée où ses capacités de chargement et son grand panneau de cale ont rendu les plus grands services durant le Grand Déménagement, puis lors de l’opération Cordite, en Méditerranée Orientale, en septembre-octobre 1940.
Par la suite, la DCA du Golo a été renforcée par le remplacement des deux mitrailleuses de 8 mm par quatre mitrailleuses de 13,2 mm Browning.
Depuis, ses activités sont les mêmes que celles de l’Aude.


Notes
1- La Marine Nationale s’était dotée sous le Second Empire d’une importante flotte de transports. Cette tradition a perduré sous la IIIe République. Par tradition, ces navires ont reçu, dans leur grande majorité, des noms de fleuves ou de rivières. Tradition qui s’est maintenue avec l’apparition dans les Listes de la Flotte des pétroliers puis, plus récemment, des bâtiments de soutien logistique.
2- Sa machine frigorifique étant en panne, le Champlain était employé comme un cargo normal.
3- L’U-66 coula le lendemain la corvette Poignard alors qu’elle recherchait les navires dispersés du convoi OG-67 (voir Juillet 1941 – Atlantique).
4- Construits à La Ciotat en 1927 sous les noms de Léon-Poret et Rémy-Chuinard pour la pêche à la morue, ils avaient été transformés en chalutiers-congélateurs en 1932 et mis en pêche sur les bancs de Maurétanie.
5- Si ces pièces ont un champ de tir de 190° vers l’arrière, elles ne peuvent guère battre vers l’avant car la superstructure réduit le champ de tir à 40° dans cette direction.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1942 - Les autres fronts Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com