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Août 1943 - Asie-Pacifique
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Fév 06, 2016 19:06    Sujet du message: Répondre en citant

Le Narwhal peut donc venir sans problème de Darwin - et en bien moins de 16 jours.
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Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
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Anaxagore



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MessagePosté le: Sam Fév 06, 2016 19:28    Sujet du message: Répondre en citant

Capu Rossu a écrit:
Bonsoir Loïc,

Les USS Narwhal et USS Nautilus sont deux sisters-ships, leur autonomie est de 5400 milles à 17 nds en surface et 2540 milles à 8 nœuds en plongée.

@+
Alain
[/b]
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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patzekiller



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MessagePosté le: Sam Fév 06, 2016 20:59    Sujet du message: Répondre en citant

attention, verifier les pertes, un des 3 narwal a été perdu lors de banana au tout début 43
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www.strategikon.info
www.frogofwar.org
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Fév 07, 2016 11:27    Sujet du message: Répondre en citant

21 août
Campagne d’Indochine
Les Thaïlandais attaquent
Région de Tong Pheung (nord du Laos)
– Les trois jours précédents, les combats se sont poursuivis, même s’ils se sont résumés la plupart du temps à des accrochages avec des irréguliers Laos-Issara. La plupart des pertes thaïlandaises ont été le fait des mines ou de pièges.
Si les Thaïlandais proclament qu’ils ont obtenu à Tong Pheung une grande victoire, ils expérimentent en fait la frustration des Japonais lors de semblables opérations. Après quatre jours à retourner de fond en comble le moindre hameau et à fouiller les rizières, ils n’ont pu mettre la main que sur une poignée de “rebelles” blottis au fond d’une cache.
Même l’impressionnante prise d’arme, filmée sous tous les angles pour les besoins de la propagande, et les distributions de médailles ne peuvent cacher le malaise. Mais la campagne de pacification du Laos ne fait que commencer. Si l’ennemi s’est enfui, on le recherchera et on le trouvera…


22 août
Campagne de Birmanie
Myitkina
– Pendant que les missions Rhubarb continuent, le 1er Régiment de la Composante Aérienne de la Force Publique Mahenge est retiré du front. Dans quelques semaines, hommes et matériels seront redéployés au sud du Yunnan et en Indochine, où ils rejoindront les transports du 3e Régiment Capitaine Thieffry. Les Sqn 340 (B) et 341 (B) vont devenir les Escadrons 340 et 341, appellations non officielles mais plus francophones. Au passage, l’escadron 341 touchera ses premiers P-51, mais continuera jusqu’en janvier 1944 d’utiliser un certain nombre de P-40 (pardon, de H-87). Le 2e Régiment Tabora, équipé de Hurricane IIc (Sqn 342 (B)) et de Mitchell et Maryland (Sqn 343 (B)), ainsi que le Sqn 345 (B) du 3e Régiment, sur Night Battle, continuent pour l’instant d’opérer en Birmanie avec les Britanniques.
Rangoon – L’état-major allié constate qu’en trois semaines, les appareils opérant dans le cadre de l’opération Damas ont paralysé le trafic routier en Birmanie occupée. Ce faisant, ils ont encore érodé le potentiel de l’aviation de l’Armée Impériale dans la région.
Néanmoins, les reconnaissances menées ces derniers jours par les Beaufighter de la Photo Reco Unit Burma montrent clairement que le ravitaillement des troupes japonaises en Birmanie est malgré tout loin d’être coupé. La ligne de chemin de fer reliant Moulmein et Ye à la Thaïlande et à la Malaisie, mise en service depuis le mois de juin, pourrait le moment venu poser un sérieux problème. De plus, le pont en bois sur la rivière Kwaï, qui a permis l’ouverture de cette ligne, est en train d’être amélioré : les photos aériennes montrent ce qui semble être des coffrages pour couler du béton.
Il est donc décidé de réorienter la campagne dans les jours à venir. Les Américains se chargeront d’interdire la route aux alentours de Tavoy et les Anglo-Indiens opéreront dans un triangle Moulmein – Ye – Trois Pagodes. Dans l’immédiat, les missions Rhubarb continueront jusqu’à la fin du mois.
En attendant la reprise des bombardements, des équipages du 490th BS formeront leurs collègues du de la RAF/RIAF à leur nouvelle technique de bombardement anti-pont.

Campagne d’Indochine
Sisyphe nippon
La RC 3, entre Thai-Nguyen et Cao-Bang (Tonkin)
– La situation dans ce secteur est en train de virer à l’absurde. Des centaines de soldats japonais sont immobilisés dans une chaîne de postes le long de la Route Coloniale 3. Condamnées à un travail de Sisyphe, des sections du génie n’achèvent de réparer un tronçon de la route que pour devoir recommencer ailleurs.
Or, à quoi sert cette route ? A ravitailler les postes qui la jalonnent. Et à quoi servent les postes ? A défendre la route ! L’imbécilité militaire poussée à son paroxysme. En effet, à part quelques convois de l’IJA lourdement défendus, plus rien ne circule sur la RC 3.
Pendant ce temps, à Bac-Can et Cao-Bang, la famine tue chaque jour des dizaines de civils, mais les Japonais comme les Vietminh n’en ont cure. Les premiers y voient une punition facile des populations rebelles, les seconds considèrent la cruauté des Nippons comme leur premier outil de recrutement.


23 août
Campagne d’Indochine
Les Thaïlandais attaquent
Région de Tong Pheung, 14h00
– Après deux jours de pluie ininterrompue, le soleil refait une timide apparition. Un Ki-36 “Ida” accompagné de trois Ki-27 “Nate” en profitent pour aller repérer les positions des unités ennemies.
Chemin faisant, la formation thaïlandaise tombe sur une paire de Warhawk du 76th Sqn. Le petit Tachikawa plonge au raz du sol en s’esquivant pendant que les “Ota” s’interposent (1). L’escarmouche se termine par la perte d’un Ki-27, tandis que les deux Curtiss rentrent à Dien Bien Phu décorés de trous d’une taille inhabituelle. Les deux Ki-27 sont en effet du modèle b, sur lequel une Ho-103 de 12,7 mm a remplacé une des deux Type 89 de 7,7 mm d’origine.


24 août
Campagne d’Indochine
Un massacre banal
Bac-Can (Tonkin)
– Comme souvent, les grands mouvements commencent par des faits insignifiants. La garnison de Bac-Can, composée d’éléments de la 33e Division japonaise, est cantonnée au centre de la petite ville. Autour de ses casernements rôdent toujours de nombreux Vietnamiens venus mendier un peu de nourriture. Des filles se prostituent littéralement pour un bol de riz.
Vétérans des horreurs de la guerre en Chine et de la campagne de Singapour, les soldats sont devenus des brutes déshumanisées. Au Japon, déjà, leur entraînement était basé sur les coups et les insultes pour les faire obéir aveuglément à leurs supérieurs. Leurs campagnes les ont habitués à n’accorder aucune valeur à la vie des non Japonais durant les combats. Mais il y a pire que les massacres lors des combats : les séances de « récompense » orchestrées avec soin avec pour “matière première” des femmes, chinoises, malaises ou vietnamiennes. Toujours dans le respect de la hiérarchie : pour ces viols collectifs, les officiers passent en premier. Les vétérans suivent. Les recrues sont obligées de regarder, pour les endurcir, avant d’avoir le droit (et le devoir) d’être eux-mêmes « récompensés ».
Ce matin, quand des soldats de ce genre rentrent d’une patrouille nocturne particulièrement pénible, ils s’agacent de voir, comme d’habitude, une foule de mendiants et de prostituées devant la porte de leur cantonnement. Ils commencent alors à battre les passants à coup de crosse pour se passer les nerfs. Tout pourrait s’arrêter là, mais quelques Vietnamiens tentent de se défendre. La patrouille en abat deux ou trois pour l’exemple, mais ces premiers coups de feu déclenchent une véritable hystérie chez les Japonais de la garnison.
Se croyant attaqués, ils sortent en tirant sur tous les Vietnamiens qu’ils aperçoivent. Puis des groupes d’habitants sont alignés contre les murs et fauchés à la mitrailleuse. D’autres Vietnamiens sont arrosés d’essence par des soldats et brûlés vifs. Les incendies se communiquent à des maisons qui s’embrasent et les malheureux qui tentent de fuir les incendies sont massacrés.
La presse collaboratrice gardera d’abord le silence sur ces événements. Mais des rumeurs iront en s’amplifiant et forceront les autorités japonaises, de mensonges misérables en fables pitoyables, à élaborer leur propre version de l’histoire. Selon cette version, la garnison de Bac-Can a abattu pas moins de « onze cents rebelles armés » qui ont tenté d’envahir la ville. Il n’y a eu aucun mort civil, et bien sûr on n’a pas touché à un cheveu d’une femme ou d’un enfant.
Cependant, Bac-Can, abandonnée par sa population, n’est plus qu’un cimetière où des milliers de cadavres pourrissent à l’air libre, s’ils n’ont pas été dévorés par des chiens sauvages. Même à l’extérieur de la ville, des corps s’entassent le long des berges du lac et dans les cours d’eau, dont l’eau sera polluée durant des mois. On ignore encore aujourd’hui le nombre des victimes.

Tong Pheung (Laos), 00h30 – Une série de petites explosions réveille brutalement la garnison. La surprise dissipée, les soldats découvrent que le ciel nocturne est parcouru d’ombres presque silencieuses. Il s’agit de Lysander du “Louvre”, arrivés en planant, qui démontrent leur indéniable talent pour le tapage nocturne…
Jusqu’à 04h00, les bombardements se succèdent à intervalles irréguliers, achevant de gâcher la nuit des soldats thaïlandais.


25 août
Campagne d’Indochine
Coprospérité
Sur la route Hué (Annam)-Savannakhet (Laos), 16h00
– Comme chaque semaine, un convoi a quitté Hué à destination du sud du Laos. C’est une colonne d’une voiture et six camions militaires, auxquels s’ajoutent cette fois quatre camions civils appartenant à des marchands chinois. Une centaine de mètres en avant, une petite chenillette blindée, une Type 97 Te-Ke, zigzague d’une ornière à l’autre, secouant rudement son équipage. L’ancienne piste coloniale a connu des jours meilleurs, c’est le moins que l’on puisse dire.
Le lieutenant Fujimada se tient debout, tenant ses jumelles d’une main et accroché de l’autre au pare-brise de sa voiture. A chaque instant, il se tourne d’un côté ou de l’autre, s’efforçant de déceler l’embuscade qu’il prévoit.
Pour l’instant, les risques sont faibles. Le convoi traverse une plaine onduleuse où la couverture se limite à quelques arbres rabougris au milieu d’un océan d’herbe à éléphant grillée par le soleil. Les rebelles ne sont pas idiots. On ne peut pas monter ici une embuscade et espérer s’enfuir.
Dans les camions enveloppés d’un nuage de poussière rouge, les hommes maugréent sur la soif, la fatigue et les cahots de la route. La plupart d’entre eux ne sont pourtant pas des recrues tout juste arrachées aux bancs du lycée. La moitié combattent dans l’armée du tenno depuis le début de “l’incident chinois”. Les autres ont connu leur baptême du feu en Malaisie. Assis à califourchon sur les banquettes de bois, ils sont prêts à sauter à terre dès que leurs chefs en donneront l’ordre.
Progressivement, les clairières s’espacent. Des colosses végétaux apparaissent, chargés de lianes et de fleurs multicolores, et c’est bientôt une vraie forêt qui va s’épaississant. Dans les branches, oiseaux et singes se disputent en une incroyable cacophonie.
Fujimada ordonne une brève halte et en profite pour parcourir la file des camions en criant : « A partir de maintenant, silence ! Soyez prêt à réagir au premier ordre ».
Quand le convoi repart, les hommes vérifient leurs fusils et leurs FM. L’ambiance, d’un seul coup, est devenue lourde et tendue. Le petit malin de service n’a pas le temps de fanfaronner que les appréhensions du lieutenant obtiennent une confirmation éclatante sous la forme d’une détonation et de rafales rageuses de la mitrailleuse de 7,7 de la chenillette. Cette dernière est la première cible de l’embuscade, les Vietminh cherchaient à l’incendier avec des cocktails Molotov sans se douter que le blindage de la Te-Ke est doublé d’amiante.
Fujimada : « Déployez-vous ! Vite ! Vite ! »
La fusillade enveloppe tout le convoi. Sur chaque camion militaire, un sous-officier armé d’un FM soulève la bâche pour riposter au feu ennemi. Pendant ce temps, les soldats sautent à terre, profitant du tir de couverture. Aucune parole n’est échangée. Les vétérans connaissent leur rôle par cœur. Certains se glissent sous les camions tandis que d’autres bondissent dans la jungle. C’est la manœuvre standard pour contrer l’embuscade. Tandis que les soldats restants attirent le feu des guérilleros, deux sections les doublent, une sur chaque flanc, et se préparent à se rabattre.
Mais la mitraillade des Viêts est dangereuse. Le conducteur de la voiture de commandement s’effondre sur son volant, bloquant le klaxon. Dans le premier camion, le sergent chargé du fusil-mitrailleur, qui a si efficacement attiré l’attention, le paye de sa vie. Heureusement, déjà, des tirs éclatent de part et d’autre de la route. Pris par surprise, les Vietnamiens tombent ou s’enfuyaient. Un FM – apparemment, la seule arme automatique des assaillants – est neutralisé par une grenade. Un sniper embusqué dans un arbre loupe de peu Fujimada avant de s’écraser au sol, touché en pleine tête par un soldat muni d’un fusil à lunette et posté entre deux camions justement à cet effet.
Au total, les Japonais n’ont eu que quatre morts et autant de blessés. Les Vîêts – des irréguliers en pyjama noir – ont eu seize morts, plus les blessés que la jungle achèvera. Le bilan de la capture d’armes est maigre : une dizaine de carabines Arisaka, un FM de 6,5 mm modèle 11, deux vieux fusils Lebel.

Au-dessus du Laos – Les missions de reconnaissance et d’appui-feu des deux camps sont gênées pendant la plus grande partie de la journée par des nuages denses. Néanmoins, une amélioration dans l’après-midi permet l’envoi en direction de Savannakhet de douze Mitchell de la 62e EB protégés par six H-86 du II/40. Au bout d’une heure de vol, la formation se scinde en deux ; un groupe se dirige vers le village de Dongen et l’autre vers celui de Phalane-Muong. A cinq minutes des objectifs, des équipes au sol les guident par radio avant de marquer les zones aux fumigènes.
Dans les deux cas, la garnison est violemment matraquée par des bombes explosives et incendiaires. Les quelques mitrailleuses qui tentent de se manifester s’attirent immédiatement la vindicte des 12,7 mm des avions alliés. Un Ki-36 siamois qui à le malheur d’arriver sur les lieux est promptement expédié. Les appareils reprennent le chemin vers Épervier au bout de vingt minutes avec un bombardier et trois chasseurs légèrement endommagés.

Sur la route Hué (Annam)-Savannakhet (Laos), 17h00 – Alors que l’on creuse des tombes pour les victimes, un lointain vrombissement d’avions se fait entendre, suivi par des explosions étouffées. Le lieutenant se rue sur la radio installée dans un des camions, entre deux plaques de blindage improvisées. Les Français émettent en clair et leurs fréquences ont été détectées par le service des écoutes de Hanoi. L’homme assis à côté de l’appareil, qui doit son poste au fait qu’il comprend la langue des “colonisateurs”, écrit fébrilement, une main sur ses écouteurs. Le message qu’il retranscrit est laconique : « Cible 1 et cible 2 traitées ».
Inquiet, Fujimada fait presser le mouvement.
20h00 – Savannakhet, ville frontalière avec la Thaïlande, est occupée par l’armée royale thaïlandaise. En revanche, selon le plan d’occupation du Laos, les secteurs voisins tels que le village de Dongen, où une petite garnison a été installée, restent sous responsabilité japonaise. Mais après une journée à se traîner sur des mauvaises pistes, la vision du village en question n’a rien pour rasséréner les hommes du convoi. Les avions français ont bombardé la bourgade. Elle est en flammes.
Il ne reste plus qu’à continuer vers Phalane, le prochain avant-poste.


26 août
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– Les Spitfire des Sqn 17 et 67 effectuent ce jour leur dernière mission Rhubarb. Ils vont bientôt retourner à l’escorte de bombardiers pour la prochaine campagne anti-chemin de fer, le long de cette ligne que les paysans de la région et les prisonniers alliés ont surnommé la ligne de la mort. En attendant, une remise en condition du matériel est au programme. De nouveaux appareils sont d’ailleurs arrivés d’Europe – hélas, ce sont encore des Spitfire V dont on ne veut plus là-bas à cause des Fw 190.

Campagne d’Indochine
Coprospérité
Sur la route Hué (Annam)-Savannakhet (Laos), 02h00
– Fujimada a continué à avancer après le coucher du soleil. C’était un pari risqué, d’autant plus que la route avait été sabotée en plusieurs endroits. Mais monter le campement dans un territoire hostile était bien plus dangereux. Seule la mobilité pouvait permettre de rester en vie.
Lorsque le village de Phalane apparaît dans la lumière des phares, plus d’un visage se crispe, car la localité a subi un bombardement plus violent que Dongen. Le plan français prévoyait en effet que Phalane serait occupé au matin par deux sections de tirailleurs laotiens, des Hmong. En théorie, le pari de Fujimada aurait dû payer. Il aurait pu s’installer dans le village et s’y retrancher avant l’arrivée des Laotiens. Il avait bien assez d’hommes et de munitions pour résister jusqu’à ce qu’il reçoive des renforts.
Hélas pour lui, les Hmong ont beau être de farouches montagnards habitués à dormir sans un toit sur la tête, après quarante jours à asticoter les Japonais dans la région, ils ont eu hâte de rejoindre la civilisation, ou un de ses dérivés. Ils ont tellement bien marché qu’ils sont arrivés en début de soirée. Et depuis, en vétérans, les montagnards laotiens n’ont pas oublié de mettre leur nouveau camp en état de défense.
Lorsque la petite chenillette approche du pont de béton qui permet d’entrer dans Phalane, l’explosion retentissante d’une mine anti-char la transforme en ferraille fumante. C’est le signal de l’ouverture d’un feu nourri en direction du convoi.
Encore une fois, les soldats de Fujima réagissent en professionnels, se déployant en tirailleurs dans les rizières pour couvrir les camions qui reculent sur la digue. La voiture du lieutenant, le véhicule le plus exposé, est criblée de balles, mais bien que blessé, l’officier réussit à l’évacuer. Finalement, les Japonais décrochent avec seulement quatre morts – et deux véhicules en moins.

Relève
Hanoi (Tonkin)
– Depuis près de deux heures, une foule s’est réunie autour de l’aérodrome de la capitale du Nord. On distingue de nombreux uniformes japonais ou ceux des différentes milices locales. Un dais surélevé et pavoisé de drapeaux japonais accueille trois hommes, le général Tyo, le consul général Ogawa et l’ambassadeur Yoshiwara. Si les deux diplomates semblent juste un peu impatients, le militaire est roide comme un morceau de bois, la bouche transformé en pli amer.
Trois avions apparaissent enfin dans le ciel. Deux d’entre eux sont des chasseurs bimoteurs Ki-45 à long rayon d’action. Le troisième est un Ki-56 de transport. Ils viennent directement de Formose.
Le transport se pose et s’immobilise. Il en descend un petit homme chauve avec de grandes moustaches grises et de petites lunettes rondes. On croirait un professeur, n’était l’uniforme à la poitrine bien garnie de décorations, les bottes et le katana à la ceinture. Cet homme est le général Andou Rikichi, jusque là commandant en chef de l’Armée de Taïwan.
Rikichi répond au salut des officiers et des diplomates et se laisse conduire à la tribune : « Soldats du glorieux Empire japonais, citoyens de la Sphère de coprospérité asiatique, je suis flatté d’assurer le commandement des troupes stationnées en Indochine. Je ne vais pas vous faire un long discours. Des erreurs ont été commises, elles ne se renouvelleront pas. Au nom de Sa Majesté Impériale, je vous promets que vous serez bientôt fier de servir le Japon dans ce pays. Je vous promets que nous allons enfin délivrer les peuples d’Indochine de la tutelle colonialiste comme de la vermine communiste. »
Les applaudissements éteints, le général Tyo vient s’incliner devant son remplaçant. Après les politesses rituelles, il prend la parole : « C’était un fort beau discours, Votre Excellence. Hélas, je ne puis m’attarder pour la réception, car j’ai l’ordre de regagner le Japon par l’avion même qui vous a amené, et sans plus attendre. C’est pourquoi je dois vous parler. Les rebelles ont lancé une nouvelle attaque au Sud-Laos. Ils viennent de couper la seule route encore ouverte qui nous permettait de communiquer avec les Thaïlandais et de ravitailler nos garnisons. Nous sommes maintenant contraints de faire un long détour par le Cambodge. »
– C’est fort contrariant ! J’avais été informé que l’offensive menée parles Thaïlandais avait rétabli la situation !

Tyo a un ricanement amer : « Les rebelles cultivent l’art de ne pas être là où on les voit, Votre Excellence. Là où on attaque, on ne rencontre que le vide. Et ils ripostent là où on ne les attend plus. De plus, ils bénéficient à la fois de l’initiative et des lignes de communication plus courtes. Méfiez-vous, toutes leurs stratégies visent à nous tromper pour nous affaiblir, puis à frapper lorsque nous nous sommes découverts. Aujourd’hui, nous observons tous les signes d’une offensive majeure au Laos, mais il ne faut pas découvrir le Tonkin. Nous n’avons pas assez d’hommes pour protéger tous les objectifs possibles.
Si nous avançons, ils reculent. Si nous arrêtons, ils nous harcèlent. Si nous reculons, ils attaquent. Nous nous battons ici contre des fantômes, Votre Excellence. Et je ne sais pas comment on combat des fantômes. »


Note
1- Les Thaïlandais appellent souvent les avions japonais du nom de la ville où ils sont construits : Ota pour le Ki-27, Nagoya pour le Ki-30 ou Tachikawa (qui est aussi le nom du constructeur) pour le Ki-36.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Dim Fév 07, 2016 11:49    Sujet du message: Répondre en citant

25 aout : Dans le premier camion, le sergent chargé du fusil-mitrailleur, qui a si efficacement attiré l’attention, le paye de sa vie. Heureusement, déjà, des tirs éclatent de part et d’autre de la route. Pris par surprise, les Vietnamiens tombent ou s’enfuyaient.

Concordance des temps.
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MessagePosté le: Dim Fév 07, 2016 16:09    Sujet du message: Répondre en citant

Capu Rossu a écrit:
Les USS Narwhal et USS Nautilus sont deux sisters-ships, leur autonomie est de 5400 milles à 17 nds en surface et 2540 milles à 8 nœuds (en plongée, dixit Anaxagore).

Merci !
D'après Wikipedia, l'autonomie à 5,7 nds est largement plus importante, en remplissant les ballast de fuel.

Depuis Darwin, il faut compter environ 2600 nm.
Toujours d'après Wikipedia, le sous-marin peut tenir une dizaine d'heures en plongée à 5 nds. Vu la zone traversée, on peut estimer qu'il naviguera en plongée la plus grande partie de la journée et en surface (disons à 10 nds) le reste du temps, surtout la nuit. En plus, c'est l'été, donc nuits courtes, mais il faut voir aussi la météo.

Casus Frankie a écrit:
Le Narwhal peut donc venir sans problème de Darwin - et en bien moins de 16 jours.

Donc 10x5 + 14x10 = 190 nds / jour. Il faut pratiquement 14 jours pour faire l'aller simple.

patzekiller a écrit:
attention, verifier les pertes, un des 3 narwal a été perdu lors de banana au tout début 43

J'en ai tenu compte dans ma revue des V-boats, ainsi que du sort FTL (usure) des autres.
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 14:00    Sujet du message: Répondre en citant

27 août
Campagne d’Indochine
Macédoine extrême-orientale
Phalane (70 km à l’est de Savannakhet, Laos)
– L’attaque aérienne de l’avant-veille a complètement détruit le quartier annamite de Phalane, mais bizarrement aucune bombe n’a touché le quartier laotien. Cela n’a évidemment aucun rapport avec le fait que les hommes qui ont renseigné les bombardiers étaient tous Laotiens. Aucun – et d’abord, les Annamites n’avaient qu’à refuser que la garnison japonaise s’installe chez eux. Enfin, comme le dit un proverbe local : « Chien et chat, Annamite et Laotien ».
La partie intacte du village, traversée par la route, se compose d’une trentaine de cases montées sur pilotis. Le « rez-de-chaussée » des cases sert d’enclos aux petits porcs noirs et aux quelques buffles de rizière qui représentent toute la fortune des habitants. Entre les cases, des manguiers et des cocotiers. La modernité a atteint le village, mais elle se limite au pont en béton sur la rivière et à un bâtiment de plain pied doté d’un toit en tôle ondulée. L’endroit est occupé par un marchand chinois débrouillard qui va vite devenir le meilleur ami des guerriers Hmong en réussissant à leur procurer tout et n’importe quoi… en échange de la quasi-totalité de leur solde bien sûr.
La vie ne devrait pas être trop désagréable pour les militaires cantonnés au village. Ils ont déjà pu constater que la population compte quelques beautés locales, de ravissantes pouh-saos (jeunes filles) vêtues uniquement d’un sin (pièce de toile enroulée autour de la taille) qui laisse leurs seins nus.
C’est sans doute pour cela que les Hmong accueillent avec assez peu d’empressement la concurrence offerte par les renforts qui arrivent dans la soirée. L’avant-poste de Phalane sera placé sous le commandement du capitaine Lê Van Thieu. Il a avec lui deux cent cinquante bo-dois de l’armée régulière vietnamienne, bien reconnaissables à leurs treillis verts et à leurs casques plats. Cette troupe est suivie par soixante tirailleurs annamites vêtus d’un mélange d’uniformes dépareillés, de tenues civiles et de chapeaux de pailles coniques. Tous portent des brêlages de cuir usés et des mousquetons. Une section d’armes lourdes commandée par un prince laotien au nom imprononçable offre une puissance de feu non négligeable avec deux canons de 75 mm qui ont dû faire la Marne, un anti-aérien de 25 mm, des mortiers de 81 mm et des mitrailleuses lourdes de 12,7 mm. Enfin, deux douzaines de volontaires du village, en civil et armés de bric et de broc, forment assurément l’élément le plus disparate d’une garnison dont l’homogénéité n’est pas l’élément dominant. N’oublions pas, à ce sujet, de préciser que les Hmong portent des treillis américains et des chapeaux de brousse australiens, complétant un groupe des plus bigarrés.
Pour assurer la défense du site, on dessine un réseau de tranchées renforcé de bunkers en troncs d’arbres et sacs de sables. Il sera précédé de quelques barrières de barbelés d’origine en général agricole, épicées de mines improvisées et de pièges à c*ns.

La guerre sino-japonaise
Guerre psychologique
Chongqing
– Les expériences d’interception des communications radiophoniques japonaises menées par le lieutenant Linebarger et le sergent Spielberg se sont dans un premier temps avérées décevantes, quoiqu’ils aient fait une découverte intéressante en observant les échanges radio de l’aviation. La discipline radio des pilotes japonais lors des missions de bombardement est certes sans faille – contrairement aux Américains, ils n’émettent qu’en cas de stricte nécessité pour ne pas encombrer les ondes – mais les raids eux-mêmes sont précédés du regroupement des appareils qui vont y participer à partir des bases arrières où ils sont dispersés vers des bases avancées, et au cours de cette phase, les pilotes se montrent moins rigoureux. Il est donc facile d’en déduire qu’une phase de trafic radio intense suivie d’un silence annonce un raid. Mieux encore, les Japonais ont l’habitude de régler leurs émetteurs peu avant de décoller, ce qui génère un “bruit” caractéristique repérable par radiogoniométrie. L’information, transmise par la voie hiérarchique d’une part, et directement au Généralissime d’autre part (grâce aux relations personnelles que Linebarger entretient avec lui), sera utilement exploitée par les aviations américaine et chinoise. Néanmoins, les projets de guerre psychologique de Linebarger peinent à se concrétiser jusqu’à l’arrivée d’un troisième larron, un diplomate et agent de renseignements néerlandais.
Robert van Gulik, bien que né aux Pays-Bas, a passé son enfance à Java, son père étant médecin dans l’armée coloniale ; il en a gardé une fascination pour l’Asie qui ne le quittera plus pour le restant de ses jours. Maîtrisant à la perfection le chinois et le japonais (en plus de l’anglais et du français), il a été nommé secrétaire général de la légation néerlandaise à Chongqing au mois de mars. Depuis, il partage son temps entre son emploi officiel, des visites auprès des érudits chinois, des concerts privés de guqin (instrument chinois traditionnel dont il a appris à jouer), des conférences à l’université Fudan et des dîners souvent copieusement arrosés.
C’est le général Wang Pengsheng, chef du service d’espionnage de l’Armée, qui a présenté Van Gulik à Linebarger. Le courant est passé rapidement entre les deux hommes, et le Hollandais a été mis au courant du projet de guerre psychologique par radio. Intéressé, il se joint au deux Américains et leur fait part de l’opération Purple Whale organisée un an plus tôt par un spécialiste britannique en la matière, Peter Fleming, que Van Gulik a rencontré à Delhi. Fleming, chef de la Force 456, avait monté de toutes pièces le compte-rendu détaillé d’une réunion imaginaire du Joint Military Council, l’avait apporté à Chongqing et laissé “fuiter” afin qu’il parvienne entre les mains des Japonais. Ceux-ci allaient mettre des mois à s’apercevoir que la stratégie alliée ne correspondait pas aux décisions de la soi-disant réunion ultra-secrète. Van Gulik propose une variante : de vrais-faux échanges radios entre officiers chinois et américains, utilisant un code déjà percé par les Japonais, donnant l’impression de dissensions croissantes pouvant mettre en péril la coopération stratégique interalliée. Linebarger, enthousiasmé, va user de son guanxi pour obtenir l’aval du Généralissime et se faire attribuer une équipe de collaborateurs.
Ce soir-là, Van Gulik invite les deux hommes à dîner dans l’un des meilleurs restaurants de la ville, à la clientèle exclusive mais où il a ses entrées. Il arrive accompagné d’une jeune Chinoise d’une vingtaine d’années, à la mise recherchée et aux manières délicates : « Je vous présente Shui Shifang. Je lui fais une cour assidue depuis deux mois et, comme vous voyez, elle a la patience de me supporter. »
– Je le supporte si bien,
ajoute la jeune femme, que j’ai demandé à mon père son assentiment pour annoncer nos fiançailles. Il est de la vieille école, voyez-vous, c’est un ancien mandarin impérial et il ne voit pas d’un bon œil sa fille se commettre avec un diable étranger. Mais je compte sur ma mère pour le faire céder.
A la fin du repas, Van Gulik raccompagne galamment Shui Shifang chez elle et donne rendez-vous à Linebarger et Spielberg au Victory House, un vieil hôtel qui fait office d’antenne de l’ambassade néerlandaise. « Faites-vous une place, Messieurs ! » dit-il en ouvrant la porte de sa chambre encombrée de rouleaux de calligraphies, de livres et d’objets d’art divers.
Linebarger libère une chaise de la pile de livres qui la recouvrait, et son œil tombe sur l’un d’entre eux, une petite édition lithographiée au papier jauni par les ans. « Di Gong’an ? » demande-t-il. « Vous vous intéressez à la littérature policière chinoise du XVIIIe siècle ? »
– Je le traîne partout avec moi depuis des années,
répond le Néerlandais. J’ai en tête de le traduire un jour, voire d’écrire une suite. Je pense que les enquêtes d’un juge de la Chine impériale pourraient intéresser le lectorat occidental. Mais ça devra attendre la fin de la guerre.
– Et celui-là, vous comptez aussi le traduire ?
continue Linebarger, qui s'est mis à feuilleter un manuel de techniques érotiques, abondamment illustré d’estampes on ne peut plus explicites.
– Eh bien, figurez-vous que j’y pense aussi, rétorque Van Gulik sans se démonter. Ce manuel date de la dynastie Ming et il est passionnant. Mais revenons aux choses sérieuses.
Dans l’atmosphère étouffante et saturée de fumée de cigarette de la petite pièce, les trois hommes discutent jusque tard dans la nuit des modalités de leur future opération. Déjà, lui trouver un nom : puisque les Britanniques avaient appelé la leur Purple Whale, Spielberg propose, pour rester dans le même thème, opération White Shark. « Un requin dont les mâchoires vont bouffer les Japs ! » plaisante-t-il. Quand au nom de code à donner à leur équipe, puisqu’elle va prendre de l’ampleur, Spielberg, décidément inspiré, propose le Club OB-1. Aucun des trois hommes ne révèlera jamais à quoi correspondent ces initiales, peut-être simplement choisies de manière aléatoire pour mieux brouiller les pistes.


28 août
Campagne d’Indochine
Saigon
– Les habitants du quartier du jardin botanique, près des rives de l’arroyo de l’Avalanche, ont été réveillés au milieu de la nuit par une puissante explosion. Les Japonais paraissent complètement affolés. Les sirènes anti-aériennes hurlent et des projecteurs se braquent vers le ciel, mais il n’y avait pas un avion dans le ciel, pas un bruit de moteur. Guidés par des habitants, des camions de pompiers convergent sur la rue Chaigneau. Dans ce quartier, les trois casernes de la ville se dressent à peu de distance les unes des autres. Ou se dressaient : l’explosion a soufflé l’une d’elles, l’ex-caserne Martin des Pallières.
Jusqu’en fin de matinée, soldats japonais et pompiers luttent pour extraire morts et blessés des décombres.
Pour la plupart des riverains, il est clair que la poudrière de la caserne a explosé. Quelques mauvais esprits suggèrent qu’il s’agit d’un feu d’artifice offert par la Binh Xuyen en l’honneur du général Andou, le nouveau gouverneur militaire.
D’autres préfèrent y voir l’action des Vietminh de Nguyen Binh, le fameux Tigre borgne, qui tient le “Quadrilatère”, un complexe imprenable de souterrains creusé au nord de Saigon. Depuis une dizaine de jours, six Japonais ont trouvé la mort dans des opérations de ratissage, embuscades, renforcement de poste avancés et patrouilles organisés tout autour de son périmètre fortifié.
Et il y a pire, peut-être. Des milliers d’autres soldats japonais souffrent de dysenterie et du paludisme. En ville même, les cas de choléra se multiplient.

Bangkok – Le haut commandement thaïlandais, inquiet, hésite à prolonger l’assaut en direction des Hautes Terres du Laos et freine à présent l’activité de ses troupes dans la région. Il semble qu’en face, on ne soit guère plus combatif. Les combats se limitent maintenant à des guet-apens tendus par les Lao-Issara. On ne signale plus la présence d’unités régulières françaises que dans le sud du pays.
Pour les Thaïs, la destruction des forces japonaises qui ont tenté d’assiéger Dien-Bien-Phu reproduit un schéma maintes fois répété. Les Hautes Terres, pays de collines boisées coupées de vallées profondes, abritent des habitants passés maîtres dans l’art de la guérilla. C’est aussi une région de maladies débilitantes et autres dangers naturels. C’est ainsi qu’au XIIIe siècle, la moitié de l’armée que Kubilaï Khan avait envoyé conquérir la Birmanie y avait péri de la malaria.
« Le plan ennemi est évident ! songe, anxieux, le maréchal Phibulsongkhram. Si des troupes françaises sont présentes au Sud Laos, c’est qu’elles projettent de couper nos troupes de leurs bases en Thaïlande si elles s’aventurent trop loin dans les Hautes Terres. Ne tombons pas dans leur piège ! »
Amer, le dictateur craint fort d’avoir sous-estimé l’ennemi en s’embarquant dans cette galère avec les Japonais… Mais surestimer l’adversaire n’est-il pas tout aussi grave ? Comment planifier une attaque sur son territoire si l’on voit un piège ou une manœuvre derrière chaque mouvement adverse ?

Sud du Laos – Le capitaine Lê van Thieu envoie chaque jour une patrouille en direction de Muong-Phine, une localité sur la route de Hué toujours aux mains des Japonais. Les marchands chinois qui empruntent la route lui donnent aussi des tuyaux toujours utiles, même s’ils tiennent plus du « colportage de ragots » que d’autres choses.
Ce qui inquiète le plus le Vietminh, ce ne sont pas les rumeurs du renforcement des effectifs de l’Occupant. C’est l’inverse qui eut été étrange ! Mais les patrouilles japonaises refusent le combat… et pour que les « nouveaux samouraïs » refusent le combat, il faut qu’ils aient des ordres stricts. Le genre d’ordre qui annonce une contre-offensive…


29 août
Campagne d’Indochine
L'arme de la faim
Hanoi
– Le général Rikichi Andou pénètre d’une démarche alourdie par l’âge dans la petite salle de conférence de l’hôtel métropole. Les officiers réunis autour de la grande table ovale l’accueillent par un salut énergique, tandis que l’ambassadeur Yoshizawa et le secrétaire de la Représentation japonaise, l’honorable Kuriyama, s’inclinent.
La conférence dure une bonne partie de la matinée. Chaque officier, l’un après l’autre, tient à peu près le même langage au nouveau maître (après l’Empereur !) de l’Indochine : ils ont besoin de plus d’hommes, de plus de moyens. Mais chacun estime prioritaire le secteur dont il a la charge et leurs avis quant à la méthode à appliquer pour résoudre leurs problèmes, finalement assez semblables, sont divergents. Si les membres de l’état-major d’Andou préconisent l’offensive, la plupart des anciens d’Indochine ne sont pas enthousiastes : « Votre Excellence, les offensives ne servent à rien. Dans la plus grande partie du pays, l’ennemi se dérobe à nous. Quand à attaquer les Hautes Terres, on a vu où cela nous a menés. »
Doit-on alors préférer une stratégie défensive ? Quelques officiers finissent par se disputer violemment et Andou doit intervenir pour les faire taire. Kuriyama, qui a gardé la tête froide, résume : « La seule tactique un peu efficace pour tenir le pays est de construire des postes. Mais cela crée un paradoxe : plus on construit de postes, plus il faut engager d’hommes pour escorter le ravitaillement et réparer les routes sabotées. Donc plus il y a d’unités forcées de circuler sur des itinéraires prévisibles et plus l’ennemi multiplie les embuscades. En définitive, la stratégie qui semble la moins coûteuse accroît nos pertes ! »
Andou commente alors d’une voix calme : « On combat une révolte en la réprimant ou en l’étouffant. Nous n’avons pas réussi à réprimer celle-ci et d’après vous, nous n’y arriverons jamais. Donc il faut l’étouffer. Privons de riz la population. Les Vietnamiens doivent être si affamés qu’ils ne puissent plus se révolter ! »
Yoshiwara, s’agite, mal à l’aise : « Mais, général, les rebelles nous empêchent justement de collecter une bonne part du riz cultivé dans les rizières. Et nous ne pouvons immobiliser des soldats pour surveiller chaque hameau ou pour fouiller chaque jonque. »
Andou sourit : « Non, effectivement. Mais nous pouvons ordonner à la moitié des paysans du pays de cultiver du jute, une plante non comestible, mais monnayable. Plus besoin de surveiller les villages en permanence. Il suffit de passer deux ou trois fois par an dans chacun. Si on trouve des villageois qui s’obstinent à cultiver du riz, nous brûlons récolte et paysans. La seule manière pour les Vietnamiens de ne pas mourir de faim sera de nous livrer le tissu de jute contre le riz produit dans les zones que nous sécuriserons ! »
Yoshiwara reste de marbre, mais il est horrifié. Andou se propose en fait de tuer la moitié de la population du pays.

Sud du Laos – La caravane de marchands chinois qui arrive ce soir à Phalane vient de Tchépone. D’après les négociants, cette localité laotienne a été transformée en véritable place forte. Des centaines de Japonais se sont installés sur place. Il s’agit visiblement d’une unité de première ligne, bien armée, disciplinée et compétente.


30 août
Campagne de Birmanie
Opération Fauconneau / Falconet
Ile d’Elphinstone, face à la côte sud-est de la Birmanie
– Rapport mensuel du colonel d’Astier de la Vigerie.
Installations – Nos îles ont été survolées plusieurs fois de manière insistante par plusieurs hydravions, dont un quadrimoteur. Nos hommes jouant les pêcheurs ont été plusieurs fois interdits de mer. De crainte qu’ils n’aient été découverts, nous avons changé plus souvent de camp. Les Japonais ont fouillé les îles, de façon assez sommaire d’ailleurs, à plusieurs reprises. Il semble que certains de nos faux camps qui n’ont pas été touchés depuis maintenant un an leur aient confirmé que la région était déserte. Les sapeurs birmans installés plus au sud, dont le secteur est resté à l’écart des activités aériennes, n’ont rien noté de particulier : les Japonais semblaient chercher quelque chose en mer.
Contacts – Nous sommes aujourd’hui en mesure de confirmer la naissance d’un mouvement de résistance dans notre région. Des demandes ont été à nouveau faites pours des fusils et des munitions. Le bruit selon lequel des soldats japonais seraient tombés dans une embuscade apparaît fondé.
Activités japonaises – La campagne aérienne qui s’est développée ce mois-ci rend les Japonais nerveux. Ils sont de plus en plus irritables, au grand dam de la population. Ils ne se déplacent qu’en groupes d’au moins deux véhicules et une équipe de combat. Ce fait a également été vérifié par l’équipe birmane, plus au sud. L’activité des hydravions déjà évoquée a été intense durant la première quinzaine, puis s’est pratiquement interrompue.


31 août
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– Ce matin, 22 Spitfire V des Sqn 17 et 67 accompagnent 24 Beaumont des Sqn 45 et 84. L’objectif est le tristement célèbre pont des Trois Pagodes. Ce raid est précédé par un ratissage de la frange côtière par onze Hurricane III indiens.
Côté japonais, l’alerte est donnée, mais la chasse nippone ne peut mobiliser que neuf Ki-43 et trois Ki-44. Débordés, ils perdent quatre avions contre un et le pont est détruit. Cependant, les jours prochains, il faudra revenir pour interdire toute réparation. Parallèlement, il faudra lancer la chasse aux locomotives jusqu’en Thaïlande.
Dans la bagarre, personne ou presque n’a remarqué le Beaufighter qui survole à plusieurs reprises le camp de prisonniers tout proche, dont les hommes sont contraints d’entretenir la ligne de chemin de fer.

Campagne d’Indochine
Sud du Laos
– La situation continue à se tendre dans la région. Un convoi japonais en route pour Vientiane est attaqué par une troupe bien organisée et armée. Les Nippons doivent faire demi-tour avec de lourdes pertes.
Dans la nuit, les Japonais lancent une attaque contre le village de Donguen, aux mains du Vietminh, mais les défenseurs tiennent bon. Au matin, ils retrouvent trois cadavres de soldats japonais suspendus aux barbelés.

Don Muang (près de Bangkok), 09h00 – Volant à 15 000 pieds, onze Liberator du 308th (un douzième a dû rebrousser chemin sur ennui mécanique), couverts par six Mustang du III/40, approchent de l’aérodrome de Don Muang. L’attaque, gênée par des nuages orageux, est imprécise : seules quelques bombes frappent les pistes et un hangar. Seuls trois avions d’entrainement, deux Ki-36 et un Hawk-75N, sont détruits.
Cependant, séparé des autres par la nébulosité, un quadrimoteur largue plusieurs secondes trop tard. La majeure partie de son chargement finit dans la Chao Phraya, mais quelques projectiles touchent le fort de Wichai Yen, sur la rive droite. Le palais de Dhonburi, qui abrite depuis 1900 l’École Navale (1), subit quelques dégâts sans gravité. Du moins si on ne compte pas l’humiliation de voir une 250 GP arracher le grand mât arborant les couleurs de la Marine Royale !
De son côté, la DCA ne parvient qu’à endommager trois Liberator. Là aussi, le manque de précision est imputable à la mauvaise visibilité. Quelques Ki-43 tentent d’attaquer la formation, mais ils sont repoussés.
L’objectif de la mission, rendre inopérant Don Muang, n’a pu être atteint. Mais l’impact psychologique est énorme au sein de la population thaïlandaise. Les marins seront particulièrement frappés par la vue de leur pavillon national lacéré, aux pieds de la statue du roi Taksin couverte de poussière et de gravats. Certains iront jusqu’à parler de mauvais présage…


Note
1- Jusqu’en 1944. Ce palais est de nos jours le siège du QG de la Marine Royale Thaïlandaise.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 14:14    Sujet du message: Répondre en citant

Robert van Gulik, ce n'est pas l'auteur du "juge Ti" ?

28 Août
se braquent vers le ciel, mais il n’y avait pas un avion dans le ciel,
Répétition inutile, ils ne doivent pas être en train de faire une brasse dans l'arroyo
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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 14:30    Sujet du message: Répondre en citant

1) Hé oui… Ti, ou Di selon la translittération.

2) Oui, merci.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 14:33    Sujet du message: Répondre en citant

Ah heureux de voir que ma mémoire ne me joue pas de tours.
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Hendryk



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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 14:56    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
Robert van Gulik, ce n'est pas l'auteur du "juge Ti" ?

Son projet littéraire a fini par se concrétiser...


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Colonel Gaunt



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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 15:32    Sujet du message: Répondre en citant

J'espère que le papa Spielberg a giflé le fiston quand il a su ce que faisait son rejeton de ses histoires de guerre. Parce que le film White Shark sur les barbouzeries et autres tribulations chinoises aurait plus de gueule que des films autour d'un requin animatronique bouffeur de baigneuse blonde et nue.

Citation:
Spielberg propose, pour rester dans le même thème, opération White Shark. « Un requin dont les mâchoires vont bouffer les Japs ! » plaisante-t-il. Quand au nom de code à donner à leur équipe, puisqu’elle va prendre de l’ampleur, Spielberg, décidément inspiré, propose le Club OB-1. Aucun des trois hommes ne révèlera jamais à quoi correspondent ces initiales, peut-être simplement choisies de manière aléatoire pour mieux brouiller les pistes.

Décidemment ce soir là, la force était avec eux Razz
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Citation vue sur le net


Dernière édition par Colonel Gaunt le Mer Fév 10, 2016 19:56; édité 1 fois
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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 19:52    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Casus Frankie a écrit :

Citation:
Aucun – et d’abord, les Annamites n’avaient qu’à refuser que la garnison japonaise s’installe chez eux.


Si aucun est le sujet, n'avait doit être au singulier. Sinon pour que la phrase soit plus compréhensible, au lieu d'aucun, j'aurais mis tous.

@+
Alain
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 19:59    Sujet du message: Répondre en citant

Le "Aucun" répète celui de la phrase précédente.
Pour éviter toute confusion, je l'enlève.
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Casus Frankie

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Hendryk



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MessagePosté le: Mer Fév 10, 2016 20:08    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Yoshiwara, s’agite, mal à l’aise : (...)

Yoshiwara reste de marbre, mais il est horrifié. Andou se propose en fait de tuer la moitié de la population du pays.

Ce ne serait pas plutôt Yoshizawa? Yoshiwara, c'est... autre chose.
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