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Août 1943 - Asie-Pacifique
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Fév 01, 2016 17:37    Sujet du message: Août 1943 - Asie-Pacifique Répondre en citant

Comme d'habitude, merci à Anaxagore et Patzekiller, mais n'oublions pas Hendryk et ses chinoiseries, tout à fait inédites celles-ci.

Août 1943
2 – La guerre en Asie-Pacifique
Grignotage sur plusieurs fronts

1er août
Campagne d’Indochine
SM Cuong De, empereur du Vietnam
Hanoi
– C’est apparemment un jour de liesse dans la capitale de l’état fantoche du Vietnam. Les rues sont pavoisées de faisceaux de drapeaux des alliés du Japon. On remarque même, avec un peu d’attention, des drapeaux italiens débarrassés des armes de la Maison de Savoie.
Les soldats de la 33e Division, qui arrivent depuis trois jours train après train, sont alignés au cordeau le long de l’avenue où défile une véritable procession automobile, principalement composée de véhicules réquisitionnés chez les riches colons français. Ouvrant la marche, avec un fanion vietnamien sur chaque aile, la splendide voiture de Sa Majesté Cuong De est précédée et flanquée de motards japonais. Les berlines qui suivent, noires pour la plupart, sont plus anonymes. Elles transportent les principaux membres du personnel diplomatique local. La voiture qui ferme la marche est celle du général Tyo. Dans cet Orient attentif au plus petit détail de protocole, cette position ne fait que renforcer les murmures qui soutiennent que la cote de Tyo serait au plus bas à Tokyo.
En ce presque jour de fête, la propagande s’attarde à photographier les « Japonais locaux » (selon l’expression vietnamienne déjà consacrée) : ces collaborateurs de l’occupant forment le premier rang des spectateurs. Ils sont tout sourire, contrairement à la majeure partie des habitants d’Hanoi, qui observent les célébrations d’un œil vide, comme si elles ne les concernaient pas. Pourtant, l’empereur – la marionnette japonaise, pas Bao Dai, qui se trouve toujours à Dien-Bien-Phu – vient de signer un document qui se veut historique. En effet, par un acte d’infinie générosité et mansuétude envers le peuple vietnamien, l’Empereur du Japon a mis fin la veille à la colonisation française en Indochine et a restitué la Cochinchine à l’état du Vietnam. Aujourd’hui, Cuong De a humblement pris livraison de ce don du Ciel, en rendant mille fois grâce à son bienfaiteur.
La propagande reproduit à plaisir les proclamations de reconnaissance de Cuong De envers Hiro Hito et les journaux célèbrent la fin de la colonisation française. Cependant, le cadeau japonais ne couvre que quatre articles sur les quarante de la convention signée entre les empires du Vietnam et du Japon. Ce texte aborde de nombreux domaines, des droits de pêche jusqu’à l’exploitation minière. Il suffit de préciser que l’article 5, qui traite de l’enseignement secondaire au Vietnam, impose que ce dernier soit à présent délivré en japonais, pour comprendre toute l’ironie de cette prétendue « décolonisation ».

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Bobdubi Ridge (onzième jour)
– Les hommes avancent en silence. Plus que toute autre unité australienne, le 2/3rd Commando Squadron connaît l’art de la guérilla dans la jungle, grâce à une formation au Guerrilla Warfare Camp de Foster. Après un déploiement en Nouvelle-Calédonie, sous commandement français, pour aider à la défense de l’île en cas d’attaque japonaise, il a été renvoyé en Australie et réentraîné avant d’être expédié en Nouvelle-Guinée mi-février 1943, sous le commandement du major Georges Warfe. Déployé à Wau, l’unité a déjà lancé plusieurs attaques limitées sur les positions japonaises.
Guidés par des éclaireurs papous, les Australiens – 273 hommes seulement – sont partis plusieurs jours plus tôt des positions alliées d’où étaient lancées les attaques de diversion sur The Pimple et sur Green Hill, qu’ils ont contournés. C’est à eux de lancer l’attaque décisive contre Bobdubi Ridge. Car ce n’est pas le nombre qui détermine l’efficacité d’un assaut, mais le point sur lequel il s’exerce. Et le Squadron doit arriver sans être détecté dans un secteur non défendu pour prendre à revers les Japonais, déjà engagés par le 2/7 Infantry Btn. C’est du moins ce qui est prévu. Mais conformément à l’adage, la première victime du feu est souvent le plan de bataille.
L’avant-garde du Squadron vient d’atteindre le village constituant son premier objectif – quelques cases et une grange à l’ombre des cocotiers. Soudain, trois FM se mettent à cracher. Les Australiens se dispersent, leur rapide réaction évitant un carnage, mais trois hommes roulent au sol – un mort, deux blessés graves. L’arrière de la colonne se déploie en éventail. Après un bref combat, les Japonais abandonnent le village, laissant un homme sur le terrain.

La guerre sino-japonaise
Le PCC repris en main
Hebei
– Fuping, capitale de la Région Frontalière Jin-Cha-Ji (en d’autres termes la base communiste du Shanxi-Chahar-Hebei), est désormais officiellement le nouveau quartier général du Parti. Wang Ming y a pris ses quartiers depuis deux mois. Après l’élimination de son rival Mao Zedong, il a, dans la plus pure tradition stalinienne, procédé à un remaniement des instances dirigeantes afin de remplacer les anciens alliés de Mao par les siens. La tâche a été facilitée par le fait que Mao n’avait pas encore eu le temps d’affermir son autorité dans la Région Jin-Cha-Ji, qui était encore récemment dirigée par le duo Nie Rongzhen (pour les affaires militaires) et Song Shaowen (pour les affaires civiles) – signe de la latitude idéologique dont disposait la base, ce dernier n’était même pas membre du Parti ! C’est donc sans grande difficulté que Wang les a fait rentrer dans le rang, échangeant leur maintien dans leurs postes respectifs contre leur ralliement à lui et à la ligne pro-soviétique qu’il représente.
………
Au début de l’année, à Yan’an, on avait envisagé d’élargir les pouvoirs du Secrétariat du Comité Central afin d’en faire une véritable structure d’exécution de la politique générale fixée par le Politburo – ce qui impliquerait un réel pouvoir de décision pour interpréter ladite politique et pour l’appliquer concrètement. L’idée, favorablement considérée, aurait sans doute été mise en œuvre si les Japonais n’avaient pas lancé leur offensive. Wang la reprend à son compte : comme il sait que purger le Politburo de ses éléments « idéologiquement douteux » prendra du temps, étendre les responsabilités du Secrétariat serait une manière de réduire leur influence en attendant mieux.
Il ajoute une touche de son cru avec la création du poste de Secrétaire général, où il nomme son allié Deng Fa, ancien président de l’Ecole Centrale du Parti (où il avait succédé à Kang Sheng) et ancien chef du Bureau de la Sécurité politique, service de contre-espionnage concurrent du Département des Affaires sociales (ce qui en faisait l’homologue de… Kang Sheng). Deng, qui avait comme Wang été mis sur la touche par Mao dans le cadre de la Campagne de Rectification de la Pensée, a fait partie du petit groupe de cadres évacués par avion à l’initiative de Vladimirov peu avant la chute de Yan’an. Après un passage express par l’URSS, il a gagné la base du Shanxi-Chahar-Hebei en compagnie d’Otto Braun, pour préparer le terrain à Wang qui l’y a rejoint quelques semaines plus tard.


2 août
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– Les Beaumont du Sqn 45 et les Spitfire V du Sqn 17 s’en prennent aux ponts et passerelles de Ye et de Koe Maing, immédiatement au sud de Ye. Pendant ce temps, les P-40 du Sqn 341 (B) et les Hurricane III du Sqn 1 (RIAF), en mission Rhubarb, attaquent tout ce qui a le malheur de ressembler à un véhicule à moteur. La chasse adverse brille par son absence et la DCA, très faible dans ces secteurs, ne fait aucune victime.
Pendant ce temps, plus au sud, guidés par un signal radio émis au large par le Surcouf, les Américains des 449th FS et 490th BS pilonnent les ponts et ouvrages d’art de la région de Tavoy, pendant que les Mustang du Sqn 340 (B) s’en prennent à tout ce qui circule sur la route entre Palauk et Kye.
A cause de l’inexpérience des Américains, ou grâce à elle, un B-25 inaugure une nouvelle technique de bombardement. Le major Erding étant descendu trop bas pour la sécurité de son avion, il doit donner un coup de manche pour éviter un arbre juste au moment où les bombes sont larguées et l’appareil se retrouve dans une position très inhabituelle à cet instant. Erding a alors la surprise de voir ses projectiles projetés vers le haut avant de retomber sur la cible. Cette maladresse donnera naissance au toss bombing.

Campagne d’Indochine
Complexités laotiennes
Vientiane (Laos)
– Depuis son occupation par les Japonais, Vientiane a été relativement épargnée par la guerre. Un accord nippo-thaïlandais a placé la ville dans la zone d’influence thaï, ce dont les habitants ne se plaignaient pas (du moins, pas ouvertement). Un autre accord – tacite celui-là – a longtemps fait que les Lao-Issara (la Résistance locale) n’attaquaient pas… les occupants thaïlandais. Ceux-ci, en retour, acceptaient sans trop de manières de relâcher les Résistants capturés contre paiement, parfois en argent, le plus souvent en opium. La région était sûre pour tout le monde, les Alliés parce que les voies de ravitaillement allant de Chine vers Dien Bien Phu étaient sûres, les Thaïlandais parce qu’ils pouvaient présenter à leurs alliés japonais de nombreux Résistants prisonniers, les gouverneurs locaux (laotiens comme thaïlandais) parce qu’ils recevaient au passage un peu d’argent de poche, et la population civile parce qu’elle n’était pas molestée. Tout le monde était content et tout allait bien dans le meilleur des Laos possibles…
Cependant, deux nouveaux groupes de résistance ont émergé dans le sud du pays : le mouvement Lao-Seri (le Laos aux Laotiens) et le Thaï-Seri (les régions thaïs… aux Thaïs). Contrairement aux Issara, les Seri ne sont pas soutenus par la France. Les deux groupes sont épaulés par le commandant Carl Eiffer, chef du Détachement 101 de l’O.S.S. De son PC à Kunming, l’Américain dirige un réseau encore balbutiant mais qui étend ses ramifications jusqu’en Inde. Une de ses marottes est le soutien aux Forces Thaïlandaises libres de Seni Pramoj, qui combat les Japonais et leurs alliés thaïs sur le front birman. Et le calme régnant au Laos ne plaît guère au commandant Eiffer. Il rêve de semer l’insécurité dans la partie du Laos sous influence thaï afin de saper le soutien dont bénéficient les pro-japonais.
Les agents de l’O.S.S. et les amateurs du Lao-Seri ne sont guère performants, mais ils ont fait assez de bruit pour susciter des vocations. Dans le contexte de l’après-bataille de Dien Bien Phu, beaucoup de Laotiens se sont dit que la guerre serait bientôt terminée et ont rejoint la Résistance. Hélas, ces hommes n’ont pas rejoint les Lao-Isara, ni même l’un des deux mouvements Seri. Ils ont pour la plupart gonflé les rangs d’une société secrète anti-française, la Lao-Pen-Lao (dont le nom se traduit aussi par “Laos aux Laotiens” mais qu’il ne faut pas confondre avec le Lao-Seri). Cette société a suivi la mode du moment et s’est proclamée antijaponaise en se lançant dans la Résistance active, mais sans pour autant renier sa haine des Français.
En peu de temps, la situation est devenue plus inextricable que le nœud gordien. Si tous combattent les Japonais (c’est leur seul point commun), certains groupes combattent les Thaïlandais, d’autres non, et beaucoup se combattent entre eux. Plus personne ne comprend ce qui se passe ! Au point que le roi pro-japonais Phetsarath Rattanavongsa (demi-frère du roi Sisavang Vong réfugié à Dien Bien Phu), un fantoche pro-japonais, décide de demander l’aide de son protecteur, l’Empire du Japon. Certes, l’armée japonaise ne peut pénétrer dans la zone d’influence de la Thaïlande, mais rien n’interdit au roi du Laos de demander à des civils japonais d’organiser ses forces de police, n’est-ce pas ? Rattanavongsa fait donc appel… à la Kempetai.
Le 2 août, les hommes de la Kempetai arrivant à Vientiane découvrent la situation suivante. Quatre groupes de résistants opèrent en ville : les Lao-Issara (pro-Français, pro-Vietnamiens, neutres vis-à-vis des Thaïlandais, anti-Japonais), les Lao-Seri (pro-Américains, anti-Japonais et anti-Thaïlandais), les Thaï-Seri (Thaïs laotiens pro-Américains, anti-Japonais et neutres vis-à-vis des Thaïlandais de Thaïlande) et les Lao-Pen-Lao (pour faire simple… anti-tout le reste). Par ailleurs, la ville est occupée militairement par les Thaïlandais. En revanche, la police collaboratrice laotienne (dont certains éléments sont peut-être restés en secret fidèles aux Français, qui sait…) vient de faire allégeance aux Japonais.
Malgré l’hostilité qu’ils inspirent généralement, le lecteur est autorisé à avoir un bref moment de compassion pour les hommes de la Kampetai…

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Bobdubi Ridge (douzième jour)
– Les hommes du 2/3rd Commando Squadron se sont installés autour du village conquis la veille. C’est là qu’un peu avant l’aube, ils ont été surpris par une très violente attaque japonaise. La première de défense a été submergée par une marée d’ennemis, soutenus par des tirs précis de lance-grenades et plusieurs FM bien disposés. Les mitraillettes et les bombes Mills lancées par les défenseurs ont fait un carnage, mais c’est une mince consolation. Le village est retombé aux mains des Japonais et c’est toute l’opération qui patine.


3 août
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– Aujourd’hui, c’est au tour des Spitfire et des Beaumont des Sqn 67 et 84 d’entrer en jeu. Ils attaquent les ponts, passerelles et ouvrages d’art situés immédiatement au sud de Moulmein pendant que les Hurricane du Sqn 342 (B) et du Sqn 2 (BVAS) sont en mission Rhubarb entre Na Lauthaing et Yapu. C’est également le baptême du feu en mission d’escorte pour les P-51A du Sqn 340 (B) qui couvrent les Maryland du Sqn 343 (B) sur des objectifs de la région du village de Kanbauk. Les Lightning américains, eux, opèrent immédiatement plus au nord, mitraillant tout ce qui se présente entre Min Dat et Pe Dat. Une fois de plus, aucune perte n’est à déplorer en dehors d’un Beaumont endommagé par la DCA.
A la nuit, les Wellington du Sqn 1 (BVAS) bombardent Ye sans grand résultat.

Campagne d’Indochine
Le dernier repos des guerriers
Do Son (Tonkin)
– Située à 22 km de Haiphong, la petite localité balnéaire était avant guerre un lieu de vacances prisé. Son casino, situé sur la Corniche, était célèbre dans toute l’Indochine. Hélas, la ville a beaucoup souffert lors de l’invasion japonaise, et les nouveaux maîtres n’ont pas ramené la prospérité d’antan. Néanmoins, la ville accueille aujourd’hui un important camp de repos pour les soldats du tenno. Nul ne s’étonnait plus de voir flâner des Japonais en uniforme moutarde goûtant la beauté paisible des allées bordées par les flammes rouges des fleurs de Phuong.
Mais depuis quelques temps, en dépit de la préparation de la fête du Buffle, une sorte de malaise pèse sur les habitants. Depuis quelques jours, d’étranges pensionnaires arrivent au camp de repos dans des camions bâchés de l’armée japonaise. Les nouveaux venus ne sont pas des militaires ordinaires. Ils sont émaciés et silencieux, le regard fiévreux et hanté. Ce sont des survivants des 22e et 23e Divisions. Six à sept mille hommes, dont beaucoup doivent encore s’appuyer sur leurs camarades pour marcher.
Dans l’immédiat, leur existence embarrasse fort le général Tyo. Afin de cacher la destruction de deux divisions – comparable, à plus petite échelle, a la catastrophique défaite du Premier Siège de Singapour – Tokyo a ordonné que les rescapés restent « affectés » en Indochine. Mais comment cacher ces milliers d’hommes ? Ils sont trop nombreux et leur triste état est trop visible. Aussi discrètement qu’ils aient été conduits à Do Son, la rumeur – puis la certitude – de la présence de ces morts-vivants va peu à peu se répandre parmi les soldats des 33e et 55e Divisions comme dans la population vietnamienne.
………
« Comparant les archives françaises et japonaises, les historiens ont estimé que dix mille Japonais environ avaient survécu à la campagne de Dien Bien Phu. Cependant, entre la seconde bataille de Tuan Giao et l’arrivée des survivants à Do Song, trois semaines plus tard, trois à quatre mille d’entre eux semblent s’être volatilisés.
Ce hiatus fut relevé dès les années cinquante. Lorsque la question fut posée au gouvernement vietnamien, celui-ci répondit simplement que les Japonais étaient affamés et que, sans doute, beaucoup d’entre eux étaient morts d’inanition et d’épuisement. Toutefois, en 1981, un documentaire français diffusé sur FR3, Les soldats perdus de Hiro-Hito, devait relancer le débat. Alternant images d’époque, enquête dans les villages de la région et angoissant questionnement sur fond de traveling en pleine jungle, le film était centré sur la découverte de trois charniers de cent à cent cinquante corps chacun – sans aucun doute des soldats japonais. Les journalistes avaient en fait accompagné des historiens dont le travail permit de reconstituer les événements. Les habitants des villages de a région, longtemps terrorisés et tyrannisés par les Japonais, s’étaient vengés en attaquant les rescapés marchant seuls ou par petits groupes. Les soldats avaient le plus souvent été massacrés à coups de pierre ou avec des instruments agraires.
Dans un premier temps, le gouvernement vietnamien s’en tint à sa version officielle et parla « d’incidents isolés », l’ouverture des archives de la guerre, en 1995, succédant à la disparition des derniers responsables en poste dans les années quarante, devait faire la lumière. Il apparut que les commissaires politiques avaient poussé les paysans à la vengeance, organisant des battues systématiques auxquelles participaient des pelotons de bo-dois. Le massacre de soldats nippons épuisés, affamés et le plus souvent désarmés, ne constituant plus un danger, fut donc intentionnel et organisé par le Vietminh. A quel niveau exactement, c’est la seule question encore débattue aujourd’hui.
Tel fut le tragique épilogue de l’opération Typhon au Tonkin – aussi dramatique sans doute que la mort dans la neige des soldats hongrois abandonnés derrière les lignes soviétiques lors de la retraite allemande après l’échec de l’opération Typhon en Ukraine. »

(D’après Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est)

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Bobdubi Ridge (treizième jour)
– Pour le troisième jour consécutif, on se bat pour un village sans nom, dans une région à peine explorée. Cette fois, les Australiens sont revenus en force pour emporter les défenses rapidement édifiées par les Japonais. Mais cette fois encore, les soldats de l’Empire du Soleil Levant ont pris l’initiative, chargeant avant même que les commandos soient prêts à l’assaut. Les Japonais courent d’un arbre à un autre en de brusques crochets qui déconcertent les tireurs. Ils sont efficacement appuyés par des FM et des lance-grenades – dont les tirs courbes font une arme idéale sur ce champ de bataille semé d’obstacles.
Au lieu d’attaquer, les Australiens se retrouvent sur la défensive. Heureusement, ils peuvent s’abriter parmi les énormes rochers qui parsèment le terrain, formant comme des forteresses. Disposés à leurs sommets, quelques FM tiennent en échec les vagues ennemies déferlant sur leur base, malgré les lance-grenades et les mortiers légers japonais qui arrosent les arrières du 2/3rd Commando Squadron.
Les affrontements se poursuivent une bonne partie de la journée sans aboutir à une décision. Plus nombreux et partant de positions bien choisies et bien retranchées, les Japonais ne perdent jamais l’initiative, mais leurs assauts se heurtent à la puissance de feu des Australiens. Ceux-ci tentent de contre-attaquer, mais aucune de leurs tentatives ne réussit.
Quand le soir vient, la jungle ravagée par les combats est étrangement silencieuse, en dehors des cris des blessés et des gémissements des agonisants.


4 août
Campagne de Birmanie
Myitkina
– C’est aujourd’hui que le Sqn 343 (B) prend officiellement livraison du premier lot de B-25 Mitchell, qui vont remplacer les A-22 Maryland. En fait, ses pilotes ont déjà commencé à s’entraîner et ils ne vont pas attendre longtemps avant de mettre en œuvre cette nouvelle monture.

Campagne d’Indochine
Les hasards de la guerre
Hà-Giang (Tonkin)
– Depuis deux jours, à la suite de l’échec catastrophique de l’opération Typhon, des affrontements font rage autour de la petite ville. Celle-ci est attaquée par la 110e Division vietnamienne et deux régiments français (les 9e RIC et 5e REI). Il est vrai que l’effectif total de ces deux régiments est inférieur à l’effectif normal d’un seul des deux, mais en compensation, ils sont appuyés par une artillerie relativement importante (où le plus gros calibre ne dépasse tout de même pas 75 mm).
En face, un mélange hétéroclite de petites unités japonaises ou levées localement. Il s’agit notamment de soldats du Hei Ho, corps de volontaires vietnamiens levés et entraînés directement par les Japonais. L’unité présente est le « 2e Régiment de Cochinchine », formé de Khmers ethniques venus de la région frontalière du Cambodge – un secteur sous-développé où les propriétaires terriens sont tous Vietnamiens et où les ouvriers agricoles sont tous Khmers. La propagande japonaise a vu dans la population pauvre et exploitée de la frontière cambodgienne une source de soldats faciles à motiver contre les Vietnamiens. Néanmoins, le Hei Ho n’a pas connu l’afflux de combattants attendu. En fait, les Khmers de Cochinchine ont toujours respecté les Français, qui ont amélioré leurs conditions de vie. De ce fait, le prétendu régiment n’atteint pas l’effectif d’un bataillon. Ses soldats sont en uniforme japonais, mais leur armement est français : c’est avec les armes récupérées sur le champ de bataille après l’invasion de 41-42 que le Hei Ho a été équipés.
………
L’affrontement entre Khmers et Vietminh est épicé d’insultes haineuses. Les soldats en uniforme japonais traitent les Vietnamiens de « bâtards chinois », les Viets répliquant en criant : « mangeurs de rats ». Comme souvent, ces insultes contiennent un fond de vérité. Les Vietnamiens descendent bien de Chinois arrivés à la fin du IIIe siècle avant notre ère en Indochine. Quand aux Khmers de Cochinchine, ils ne vivent que du riz… et des rats que le riz attire dans leurs greniers et qui sont eux eux-mêmes la proie de serpents que les paysans dégustent aussi (rats et serpents étant leur seule source de protéines animales).
………
Les Français ont nommé le général Gaston Blanc à la tête des forces qui assiègent Hà-Giang. La bataille est d’importance : la prise de la ville permettrait d’enfoncer un coin dirigé vers Hanoi entre les deux grandes garnisons nippones de Lao-Kai et Cao-Bang. Blanc veut l’emporter rapidement, car il sait que des renforts japonais sont attendus. Il est donc prêt à prendre des risques et lorsqu’il apprend que ses hommes ont du mal à briser la résistance ennemie, il décide de rejoindre les premières lignes en voiture.
Le trajet n’est pas spécialement dangereux, les Japonais n’ayant pas d’artillerie dans le secteur en dehors de mortiers légers. Cependant, ils reçoivent à ce moment même des renforts aériens. C’est une quinzaine de Ki-51 (Sonia) qui tombent sur le champ de bataille, escortés par une dizaine de chasseurs Ki-43 Ic (Oscar). Les petits avions d’appui bombardent efficacement les positions vietnamiennes, infligeant de lourdes pertes aux Vietminh qui ne sont dotés d’aucune DCA. Nul chasseur allié ne montrant son nez, les Hayabusa plongent à leur tour et mitraillent ce qui se présente de leurs deux armes de 12,7 mm. Le sergent pilote Ichiro Kakuta, apercevant une voiture – la seule à des kilomètres à la ronde, sans doute – lui envoie une longue rafale. Touchée de plein fouet, la voiture quitte le chemin, percute un arbre et commence à brûler.
Touché à la poitrine, le général Blanc est déjà inconscient. Il meurt dans l’après-midi. Cette intervention de l’aviation japonaise renverse le cours de la bataille de Hà-Giang. Alors que les troupes alliées se réorganisent, le colonel Alessandri – qui a pris le relai de Blanc – apprend qu’une puissante colonne de renfort japonaise progresse sur la route de Ba-quang. Il ordonne aussitôt le repli.

Hanoi – Alors que le général Tyo inspecte des appareils de transport sommairement modifiés pour permettre le parachutage de vivres sur les postes isolés par le Vietminh et notamment sur Hà-Giang, un officier lui remet discrètement le texte d’un appel radio urgent. Celui-ci émane du poste de Tong Pheung, isolé au nord du Laos, au bord du Mékong. Le poste a été encerclé dans la nuit et sa garnison prise à partie par des soldats français identifiés comme appartenant au 10e Régiment d’Infanterie Coloniale, renforcés par « un nombre important de rebelles ». Monter une expédition pour secourir le poste est problématique en raison de son éloignement. Seuls les Thaïlandais disposent dans la région de forces suffisantes.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Bobdubi Ridge (quatorzième jour)
– Malgré les pertes des deux jours précédents, le 2/3rd Commando Squadron repart à l’assaut. Persuadé que poursuivre la bataille d’usure face à un ennemi plus nombreux ne peut que conduire leur petite troupe à l’échec, les officiers ont décidé de tenter le tout pour le tout.
L’attaque rapidement montée traverse la zone battue par les FM, à l’abri d’obus fumigènes lancés par les mortiers australiens. Les attaquants débouchent sur une barricade de sacs de sable et très vite, mitraillettes et grenades balayent les défenseurs. L’obstacle est emporté. Les Australiens pénètrent dans le village et submergent les défenses ennemies, fauchant les servants des mortiers et des lance-grenades devant leurs pièces.
La victoire a été rapide. Il est vrai que l’ennemi était plus nombreux… la veille. Les Japonais ont été décimés par toute une journée de charges répétées contre les rochers-forteresses.
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Colonel Gaunt



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MessagePosté le: Lun Fév 01, 2016 18:22    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Les Vietnamiens descendent bien de Chinois arrivés à la fin du IIIe siècle avant notre ère en Indochine


Vous voulez vous faire tuer si vous dites ça au Vietnam. Ce n'est que supposition, folklore et mythe en plus de récentes fouilles archéologiques ont trouvés des traces d'un royaume plus ancien et autochtone. S'il y a bien une forte influence de la Chine, que la péninsule a été en partie colonisé par une peuplade issu des Yuan Chinois, les Vietnamiens ne sont pas des Chinois, c'est un peuple issu d'assimilation.

Comme les français entre les gaulois, les romains et les francs germains.
_________________
Les guerres de religion consistent à se battre pour savoir qui a le meilleur ami imaginaire
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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Fév 01, 2016 22:41    Sujet du message: Répondre en citant

C'est ce que les fouilles archéologiques de l'époque racontent.
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Fév 02, 2016 12:19    Sujet du message: Répondre en citant

5 août
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– La région de Ye a déjà reçu une visite de la RAF quelques jours auparavant. Le raid du jour est mené par les P-40 du Sqn 341 (B) et les Hurricane III du Sqn 1 (RIAF). Après leur départ, il ne reste rien de plus gros qu’une barque capable de traverser la rivière dans le secteur.
Plus au nord, les ponts au sud de Moulmein sont assaillis par les Blenheim IV du Sqn 3 (BVAS) escortés par les Spitfire du Sqn 17. Un bombardier est endommagé, mais l’équipage saute en mer au large de Rangoon, où il sera récupéré.
Dans la zone sud, les P-51A du Sqn 340 (B) patrouillent dans le secteur Kanbauk – Pagawyun, pendant que les B-25D du 490th BS accompagnés des P-38G du 449th FS s’en prennent aux traversées de rivière au sud de Tavoy. Une fois de plus, les raids sont menés sans aucune opposition aérienne, et les missions rentrent sans pertes.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Bobdubi Ridge (quinzième jour)
– A l’aube, l’Armée Impériale lance une nouvelle contre-attaque pour reprendre le village emporté la veille par le 2/3rd Commando Squadron. Malheureusement pour eux, les Australiens ont profité de la nuit et du matériel abandonné par les précédents occupants pour constituer une solide ligne de défense. L’assaut, mené par les survivants des trois jours précédents hâtivement regroupés, est bref et facilement repoussé.
Dans l’après-midi, le commando laisse ses blessés graves sous la protection des blessés légers et s’enfonce à nouveau dans la jungle, à la poursuite de ce qui reste des troupes japonaises.

Campagne d’Indochine
Vive la “république” khmère !
Phnom Penh
– Le Cambodge est la région la plus calme de l’Indochine. Pour asseoir leur autorité, les Japonais se sont attiré la neutralité, voire les bonnes grâces d’une partie importante de la population en lui promettant l’indépendance (sans préciser de combien de provinces cédées à la Thaïlande il faudrait la payer). De plus, le gouvernement provisoire mis en place par Tokyo s’est assuré l’approbation du clergé bouddhiste local, traditionnellement… traditionnaliste, en abrogeant de nombreuses lois occidentalisant le pays.
Un moment, les Japonais avaient espéré mettre Sisowath Monireth sur le trône du Cambodge. Le fils aîné du roi Sisowath Monivong était connu pour ses prises de positions indépendantistes, ce qui lui avait valu d’être écarté de la succession au trône, qui était revenu à son frère Norodom Shihanouk. Mais les occupants se sont aperçus, un peu tard, que le prince Sisowath Monireth, bien qu’indépendantiste, était loin d’être anti-français. Ayant fait Saint-Cyr avant guerre, il s’était engagé en 1939 dans la Légion Etrangère comme simple soldat. En 1940, il avait participé aux combats en Libye et s’y était couvert de gloire : cité à l’ordre de l’Armée pour son « comportement au feu exceptionnel », il avait reçu la Croix de guerre avant d’être (re)nommé officier. Bref, Monireth n’aurait pas fait un roi au goût des Japonais !
C’est pourquoi, ce 5 août, ne pouvant plus longtemps faire tenir l’illusion d’un royaume sans roi, l’Occupant proclame à la fois l’indépendance et la république. La République Khmère est présidée par Son Ngoc Thranh.
Personnage étrange s’il en est, Tranh porte un nom vietnamien comme son père, mais il est khmer par sa mère et vit au Cambodge. Rédacteur en chef du Nagarvatta, le premier journal en langue khmère, il n’avait jusqu’à l’invasion guère montré de fibre indépendantiste. Mais l’occupation japonaise a changé tout cela. S’affichant ouvertement comme anti-français, antivietnamien et antichinois, il avait tout pour plaire aux nouveaux maîtres du pays. Ceux-ci l’ont laissé créer son propre parti, le Khmer Serei (Khmers Libres) avec son propre journal, Khmer Krauk (Khmers debout).
Lors de son discours d’investiture, devant un drapeau tout neuf, Son Ngoc Thranh présente son projet politique : il veut remettre l’économie entre les mains de l’élite khmère et se passer désormais des étrangers, Français, Vietnamiens et Chinois, qui ne font qu’appauvrir le pays (le texte d’origine mentionnait aussi les Thaïlandais, mais les Japonais ont fait retirer toute allusion à leur allié). L’éducation sera confiée au clergé bouddhiste, qui saura inculquer aux jeunes Khmers les valeurs traditionnelles.

La guerre sino-japonaise
Des Français sur le Toit du monde
Lhassa
– L’une des premières initiatives de Joseph Hackin après avoir été nommé consul à Dihua, chef-lieu du Xinjiang (plus communément appelé Turkestan oriental par les Occidentaux), avait été d’attirer l’attention de sa hiérarchie sur le besoin de pourvoir également le Tibet d’une représentation diplomatique française. En effet, a-t-il argumenté dans sa missive à l’intention du Quai d’Orsay – pardon, de la Rue Michelet, l’immense région qui sépare le Xinjiang des contreforts himalayens de l’Inde va devenir à moyen terme un enjeu stratégique, jouant malgré lui le rôle de tampon entre les deux futurs géants de l’Asie. Or le Tibet, considéré internationalement comme relevant de la souveraineté chinoise, est depuis une trentaine d’année un état indépendant de facto, situation qui risque de provoquer des tensions diplomatiques dès la guerre contre le Japon terminée. Bref, conclut Hackin, il faudrait sans trop tarder nommer un consul à Lhassa. Et il a justement une proposition à soumettre : l’un de ses anciens collaborateurs à l’ambassade de France auprès de la Chine libre à Chongqing, André Guibaut. Celui-ci, partisan de la première heure de la France combattante, est un fin connaisseur de la région, dans laquelle il a effectué deux missions d’exploration (et de renseignements) entre 1936 et 1940 ; il a d’ailleurs échappé de peu à la mort au cours de la deuxième, son camarade Louis Liotard n’ayant pas eu cette chance. Pour l’assister dans cette fonction, Hackin recommande André Migot… Une proposition assez surprenante quand on sait que Migot, médecin de profession, n’a encore jamais mis les pieds au Tibet. C’est en fait par amitié que Hackin, qui est lui-même venu à la Carrière sur le tard et un peu par accident, mentionne le nom de celui qu’il a connu lors de fouilles archéologiques en Afghanistan. Il est vrai que le Dr Migot est aussi alpiniste.
« Sans doute André Migot eût-il pu n’être pas alpiniste, a écrit Georges Sonnier. Mais je dis que s’il le fut, ce n’est certes pas par hasard. L’appel mystérieux qui le guidait, c’est là-haut, sur les cimes, qu’il l’avait entendu. Et c’est parce qu’il voulait l’entendre de plus près, toujours, qu’il a escaladé les cimes. Tout le reste est silence… » C’est en effet contraint et forcé, après un accident d’escalade qui lui a mutilé la main, qu’André Migot a dû renoncer à l’alpinisme. Un éperon rocheux dans les Alpes porte encore son nom ! La cordée ne lui étant plus permise, il se met à voyager : avec une tente et sa bicyclette, il part de Paris avec l’intention de rejoindre… Calcutta ! En 1938, il parvient en Afghanistan où il se lie d’amitié avec Joseph Hackin. La mobilisation de 1939 le surprend en Inde et il est dirigé vers l’Indochine, puis de là vers la Métropole. Affecté aux services médicaux de l’Armée, il est du Grand Déménagement. Mais l’appel des hauts sommets le ronge et, dès 1941, il fait une première demande d’affectation au corps diplomatique en Inde ou en Chine, bref, d’un côté ou de l’autre de l’Himalaya. Elle sera suivie de plusieurs autres, toutes refusées, jusqu’à ce qu’il aie l’idée de faire appel à l’entremise de Hackin, qui entre-temps a été détaché à l’ambassade de France auprès du gouvernement de la Chine libre, puis, en avril 1943, nommé consul à Dihua.
La requête de Hackin finit par arriver sur le bureau de Léon Blum qui, d’accord sur le principe mais n’ayant guère de fonctionnaires disponibles pour aller servir dans un poste aussi reculé, donne son aval à la nomination de Guibaut comme consul et de Migot comme secrétaire général. Il leur adjoint une équipe réduite au strict minimum : cinq personnes dont deux gardes du corps, prélevées sur le personnel de l’ambassade à Chongqing. Un consulat au Tibet, c’est bien beau, mais le Ministère des Affaires étrangères est en sous-effectifs et doit se débrouiller avec les moyens du bord.


6 août
Campagne d’Indochine
Accrochage au Laos
Tong Pheung (Nord Laos)
– Depuis deux jours, un bimoteur de transport Nakajima Ki-34 (une copie du DC 2) survole chaque matin le camp de Tong Pheung pour parachuter quelques conteneurs de vivres et de munitions. Le général de brigade Bourdeau, installé à son PC, lève ses jumelles pour repérer l’avion dont il entend les moteurs. Comme les jours précédents, le transport désarmé est escorté d’une paire de Ki-43. Les Japonais ont compris qu’ils n’avaient plus la supériorité aérienne. Un mince sourire apparaît sur les lèvres de l’officier français, qui fait un signe au radio. Celui-ci parle en anglais quelques instants sur un ton pressant ; il reçoit une brève et nasillarde réponse. Autour de Bourdeau, son petit état-major reste silencieux en suivant le parachutage. Le Ki-34 cercle un moment, lâchant des corolles blanches, puis s’éloigne vers l’ouest avec son escorte.
Surgissant des nuages au nord-est, six avions arborant gueules de requin et étoiles américaines plongent à plus de 500 km/h. Le Ki-34 tente de se sauver en piquant, mais il ne peut espérer distancer les P-40, pas plus qu’il ne peut esquiver la pluie de traçantes que deux des Warhawk déchaînent sur lui. L’escorte ne peut rien faire, chaque appareil est pris en chasse par une paire de P-40.
Ayant attendu un moment l’arrivée des Japonais, les Américains manquent de carburant et ils décrochent rapidement pour reprendre la route de la base Epervier. Mais ils ont rempli leur mission : le bimoteur laisse derrière lui une traînée de fumée noire.
L’équipage du transport japonais se sait perdu. Le pilote coupe le moteur gauche et descend vers le sud-ouest. Il se posera dans une rizière de Thaïlande.


7 août
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– Non loin de Mergui, au nord-ouest de la ville, le sergent Sakura prend à l’aube le volant de son camion et emprunte la route 8. Il doit transporter jusqu’au pont de Tamok, à quelques kilomètres, la garde montante (un caporal et son équipe), qui va relever la garde du pont. Soudain, il freine brutalement, réveillant les occupants à l’arrière : un arbre est couché en travers de la route. Nul ne s’attend à une embuscade dans le secteur, réputé sûr, et les soldats descendent en maugréant pour aller dégager la route.
C’est alors qu’une demi-douzaine de fusils ouvrent le feu à partir des fourrés en bordure de route. A si courte distance, chaque balle trouve sa cible et en quelques secondes tout est terminé. Le sergent tente de s’enfuir en marche arrière, mais une nouvelle salve hache son habitacle, ne lui laissant aucune chance. Peu désireux de prendre le moindre risque, les paysans birmans qui ont monté l’embuscade vont achever chaque soldat, si besoin, avant de s’emparer des armes et des munitions et d’incendier le camion.
………
Les Mitchell belges (dont c’est la première mission de combat sur ce théâtre), escortés par des Mustang, accomplissent aujourd’hui la mission la plus lointaine jamais menée par un appareil de la CAFP (et de l’Aéronautique Militaire en général) : ils attaquent Mergui. Si loin au sud, ce bombardement cause un grand désarroi chez les troupes japonaises stationnées là.
Les P-38 américains patrouillent plus au nord, entre Min Dat et Pe Dat, s’en prenant à tout mouvement suspect sur les routes. Dans la zone nord, les P-40 du Sqn 341 (B) et les Hurricane III du Sqn 2 (BVAS) font de même au sud de Moulmein. Un autre raid a lieu un peu plus au sud encore, dans le secteur Karopki-Wagaru : les Blenheim du Sqn 4 (BVAS), couverts par les Spitfire V du Sqn 67, attaquent les ponts de la région.
………
Depuis plusieurs jours, les opérateurs radios japonais captent un signal, qu’ils estiment être un radio-guidage destiné aux bombardiers alliés et émis de quelque part au large. Aujourd’hui, le signal est net. Sa provenance est localisée par triangulation et un hydravion de patrouille maritime est envoyé sur place. Mais les heures passent et aucun navire suspect n’est repéré. Les Japonais ignorent que le croiseur sous-marin Surcouf, une fois son signal émis, a tout simplement plongé pour passer le reste de la journée posé sur le fond.

Opération Fauconneau / Falconet
Journal de Jean-Marie de Beaucorps.

« Aujourd’hui, pour la première fois depuis des mois, nous avons aperçu des appareils alliés. Si loin au sud ! Je ne décrirai pas la joie que j’ai éprouvée à l’idée de la raclée que les Japs étaient en train de se prendre, mais j’ai été étonné par les appareils et leurs cocardes : j’étais sûr que ce n’était pas des Japonais, donc c’était des Alliés, mais je n’avais jamais vu d’avions et d’insignes semblables.
Après consultation des documents de reconnaissance du colonel, nous avons identifié des avions d’un type nouveau dans la région, des P-51 Mustang. Quant aux cocardes bizarres, jaune et noir avec une mince bordure rouge, tenez-vous bien, il s’agissait de Belges ! Si même les Belges s’y mettent dans ce coin perdu si loin de Bruxelles, c’est sûr, on va la gagner cette guerre. »

Campagne d’Indochine
Diplomatie à la japonaise (et à la thaïlandaise)
Bangkok
– Une importante négociation vient de commencer à Bangkok. Le Gaimusho (ministère des Affaires étrangères japonais) a envoyé une délégation spéciale au Premier ministre Phibul Songkhram, chef du Parti du Peuple (Khana Ratsadon) et dictateur officieux du pays. Après maintes circonlocutions, les diplomates nippons finissent par expliquer clairement – voire de façon agressive – ce qu’ils veulent : une intervention militaire thaïe d’envergure en leur faveur au Laos. En effet, la situation des Japonais occupant le nord du pays devient critique (même si le mot n’est pas employé : il n’est pas question d’exposer aussi crûment les difficultés de l’Armée Impériale). Les garnisons, trop faibles et trop dispersées, sont coupées les unes des autres et celle de Tong Pheung est déjà assiégée. Les troupes basées au Vietnam ne peuvent intervenir, car leur propre situation est très délicate et cette province est prioritaire.
Bref, il faut que l’armée thaïlandaise aide ses alliés en dégageant les garnisons. Après tout, sa contribution à la guerre a jusqu’alors été très limitée : depuis la conquête de l’Indochine française, une seule division thaïe a participé aux opérations actives, sur le front birman. Et si les Japonais sont faibles sur le front laotien, à Bangkok, ils sont en position de force et ne se privent pas de le faire sentir. A les entendre, tous les problèmes rencontrés par l’Armée Impériale au Laos sont dus à l’incompétence et à la vénalité de généraux thaïlandais qui se préoccupent plus de commerce et de pillage que de guerre.
Phibulsongkhram écoute ce réquisitoire, le visage figé au point d’en être inquiétant pour ne pas laisser filtrer sa colère. Il est en train de perdre la face et la honte qu’il ressent est la pire de sa carrière. S’il n’en montre rien, il songe déjà à rendre la monnaie de leur pièce à ces arrogants Japonais. Comme il l’a bien compris, cette attaque est en fait dirigée contre lui. Ce ne sont pas les accusations de violences ou de vol à grande échelle qui le révulsent. Comme tout bon Thaïlandais du centre du pays, il méprise les populations allogènes, Issarn, Lana Thaïs, Khmers et Pattani ne sont à ses yeux que des esclaves qui devraient accueillir comme un cadeau des Cieux la “protection” de la Thaïlande. Cependant, Phibulsongkhram prône un pouvoir central fort. Or, la plupart des actes qu’on lui reproche sont le fait de gouverneurs locaux, au nord-est de la Thaïlande et au Laos. Des hommes qui ont agi dans le dos du Premier ministre, à son insu et sans que l’état en tire profit.
Le Premier ministre sourit malgré tout : le Prathet Thai (la Thaïlande, littéralement « Le pays des Libres ») ne demande pas mieux que de venir en aide à son ami et allié le Japon. Hélas – et l’avouer est pour “Phibun” une nouvelle humiliation – la situation économique de la Thaïlande est difficile. L’armée souffre d’une grave pénurie de moyens. Si les généraux thaïlandais font passer le commerce avant la guerre, c’est qu’il leur faut bien nourrir leurs hommes.
Sans laisser aux Japonais le temps d’intervenir, Phibulsongkhram poursuit. Les abus seront réprimés et les généraux qui doivent l’être seront punis. Il souligne la nette différence entre ceux qui commercent pour la survie de leurs hommes – la plupart – et les quelques brebis galeuses qui tirent profit de la situation dans leur intérêt propre. Le Premier ministre jette en pâture aux Japonais une liste de quelques noms – comme par hasard, il s’agit uniquement d’officiers de marine – que ses services, affirme-t-il, soupçonnent déjà et qui serviront d’exemple.
Les Japonais ont remporté ce premier round et ils le savent. Ils peuvent donc “généreusement” approuver leur hôte. Mais à présent que la responsabilité de la Thaïlande a été reconnue, les envoyés du Gaimusho exigent une intervention rapide et puissante de leur allié.
Cette exigence offre une occasion en or au Premier Thaï. Lors du partage du Laos en zones d’influence japonaise et thaïlandaise, les Nippons se sont taillé la part du lion, comme le montre la carte que Phibulsongkhram a fait apporter. Il propose un redécoupage, véritable morcèlement du Laos en zones minuscules. La zone d’influence de la Thaïlande double par rapport au précédent partage, mais elle n’est formée que de multiples confettis. Cette proposition rassure les Japonais… et les Thaïlandais, qui préfèrent que leur puissant allié ne prenne pas trop d’importance dans la région. D’ailleurs, le Premier ministre va encore plus loin, proposant que certaines zones contrôlées par les Thaïs soient cédées après la guerre à l’empire du Vietnam. Une manière de morceler encore plus le Laos et d’éviter de le transformer en pomme de discorde. Une solution qui plaît à tous autour de la table. Seul le roi fantoche du Laos, Phetsarath Rattanavongsa, y trouverait sans doute à redire. Mais il n’a pas été invité aux négociations qui vont décider de l’avenir de son pays
Cependant, quelques petits problèmes bassement matériels restent à régler avant que l’armée thaïlandaise puisse intervenir au Laos. Elle manque de matériel moderne. Il faudrait que le Japon fournisse à son allié et ami des armes, des canons, des tanks, des avions, de l’essence et même des uniformes et du riz. Ces demandes jettent un froid, alors que tout le monde semblait d’accord. Les envoyés de Tokyo étant à la fois diplomates et japonais, ils réussissent à garder le sourire, en grimaçant à peine. Mais le chef de la délégation demande un délai de réflexion.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Campagne de Salamaua-Lae
Bataille de Bobdubi Ridge (dix-septième jour)
– Après deux jours d’un trajet éprouvant, semé d’escarmouches diverses, le 2/3rd Commando Squadron peut enfin prendre à revers les positions japonaises bloquant l’avance du 2/7 Infantry Btn, lequel en profite pour lancer un nouvel assaut. L’affrontement ne dure que quelques heures. Pris entre deux feux par des forces qui les surclassent en nombre comme en puissance de feu, les Japonais se replient en profitant de la tombée de la nuit.
Le bilan de l’opération est mitigé. Les collines visées ont été enfin enlevées, mais les pertes des Australiens ont été lourdes. Les Japonais n’ont pas été pris par surprise et seule la valeur combative du 2/3rd Commando Squadron lui a permis de retourner la situation, n’évitant la défaite que d’un cheveu.
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Hendryk



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MessagePosté le: Mar Fév 02, 2016 13:20    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
C’est en effet contraint et forcé, après un accident d’escalade qui lui a mutilé la main, qu’André Migot a dû renoncer à l’alpinisme. Un éperon rocheux dans les Alpes porte encore son nom !

Pour les amateurs de grimpette, l'éperon Migot, c'est ça:


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Anaxagore



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MessagePosté le: Mar Fév 02, 2016 13:27    Sujet du message: Répondre en citant

Comme a répondu le capitaine Haddock lorsqu'un Bonze lui dit "La foi soulève les montagnes" dans Tintin au Tibet : " Elle ferait mieux de les aplanir"... quand on voit ça on ne peut qu'être d'accord avec son bon sens de marin.
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Dronne



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MessagePosté le: Mar Fév 02, 2016 16:05    Sujet du message: Répondre en citant

[jeu de mot pourri "on"]
Quand lama fâché, lui toujours faire ainsi.
[jeu de mot pourri "off"]
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loic
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MessagePosté le: Mar Fév 02, 2016 17:11    Sujet du message: Répondre en citant

Dans le passage du 2 août :
Citation:
La première ligne de défense a été submergée par une marée d’ennemis

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MessagePosté le: Mar Fév 02, 2016 17:26    Sujet du message: Répondre en citant

Dans le passage du 5 août :
Citation:
En effet, a-t-il argumenté dans sa missive à l’intention du Quai d’Orsay – pardon, de la Rue Michelet, l’immense région qui sépare le Xinjiang des contreforts himalayens de l’Inde va devenir à moyen terme un enjeu stratégique, jouant malgré lui le rôle de tampon entre les deux futurs géants de l’Asie.

Il me semble prématuré de parler de la Chine et de l'Inde comme deux futurs géants. C'est notre vision actuelle qui parle ici.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Fév 02, 2016 17:42    Sujet du message: Répondre en citant

Exact.
l’immense région qui sépare le Xinjiang des contreforts himalayens de l’Inde va devenir à moyen terme un enjeu stratégique au cœur de l’Asie.
ira mieux.
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Casus Frankie

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Fév 03, 2016 10:49    Sujet du message: Répondre en citant

8 août
Campagne d’Indochine
Promotions
Base Epervier (Dien-Bien-Phu)
– Une prise d’armes honore la mémoire du général Gaston Blanc, tué à l’ennemi lors d’une attaque aérienne quelques jours auparavant, pendant la bataille de Hà-Giang. Né en 1881, commandant l’artillerie des troupes en Indochine au moment de la déclaration de guerre avec l’Allemagne, en 1939, il était resté en poste malgré la limite d’âge ayant touché plusieurs de ses collègues. C’est à ce poste qu’il a trouvé la mort, alors qu’il était sur le point de quitter l’Indochine en même temps que le général Martin lorsque celui-ci prendrait une retraite bien méritée, avant la fin de l’année.
Son successeur est nommé au cours de la cérémonie : il s’agit du général de brigade Marcel Alessandri, 48 ans, nouvellement promu. Arrivé en Indochine en 1939 en tant que lieutenant-colonel, il est d’abord sous-chef, puis chef d’état-major du général Martin. Après l’Incident du Printemps, en 1941, le chef de corps du 5e REI, le colonel Alain de Cadoudal, est rapatrié sanitaire en Afrique du Nord. Son successeur désigné, l’attaché militaire au Japon, étant indisponible, c’est Alessandri qui est nommé.
L’un des ses subordonnés est alors Klaus Müller : « Pendant plus de deux ans, il a su faire taire le scepticisme qui avait accompagné sa nomination : un homme de la Coloniale à la Légion ? Sacrilège ! Pour cela, il a fait en sorte que notre 5e REI, réduit à deux maigres bataillons du fait des pertes subies lors de l’invasion japonaise, réussisse avec éclat toutes les missions qui lui ont été confiées. Nous regrettons de le voir partir, mais le grade de brigadier est une juste récompense – nous avons encore mieux pour lui, d’ailleurs : il est nommé d’emblée Légionnaire de Première classe, sans avoir été Deuxième classe. Il apprécie cet honneur à sa juste valeur, c’est tout juste s’il n’y va pas de sa larme !
Jeu de chaises musicales des promotions oblige, son successeur est désigné le même jour : il s’agit du (nouveau) colonel Jean Belloc, ancien commandant du 3e Bataillon du 5e REI, presque anéanti mais sans jamais avoir reculé au cours des affrontements de 1941 et 1942 contre les Thaïlandais puis les Japonais.
Ma modestie souffre de l’avouer, mon cher frère, mais cette vague de galons ne m’a pas épargné : je suis à présent sous-lieutenant. Officier dans la Légion Etrangère, qui l’eût cru ! »


Diplomatie à la japonaise (et à la thaïlandaise)
Bangkok
– Les négociations entre Japonais et Thaïlandais reprennent. Le chef de la délégation nippone commence par les bonnes nouvelles. Le riz, les uniformes, les munitions (pour les armes japonaises du moins…) et l’essence (en quantité adaptée aux effectifs de l’armée thaïe) ne posent aucun problème.
Réarmer l’armée thaïlandaise avec du matériel plus moderne sera… plus difficile. En fait, c’est au tour des diplomates nippons de perdre la face en avouant que le Japon a déjà des problèmes pour équiper sa propre armée. Cependant, en signe de bonne volonté, le gouvernement de Sa Majesté le Tenno a décidé d’offrir à son allié et ami « la meilleure part » des armements capturés à Singapour : fusils Lee-Enfield, mitrailleuses Vickers K, fusils-mitrailleurs Lewis et Bren. Les Japonais ne précisent pas que ces armes n’ont plus guère de munitions ! Ils les ont justement délaissées car il aurait fallu les rechambrer pour qu’elles acceptent des munitions japonaises. Heureusement, l’armée thaïlandaise utilise déjà des armes anglaises comme l’Enfield Mk.III et des mitrailleuses Vickers (dont certaines avaient été modifiées pour accepter les calibres japonais…). Hélas, les Thaïs sont principalement dotés de fusils Mauser !
Après une heure de discussion, la délégation promet d’ajouter des armes de fabrication nippone : des fusils-mitrailleurs modèle 11 et des fusils modèle 38. C’est-à-dire des armes démodées, qui proviennent de la dotation d’unités qui ont été modernisées.
Ces livraisons se traduiront par un véritable cauchemar pour l’intendance thaïe, notamment en ce qui concerne les munitions. Chacun s’en doute mais préfère l’ignorer. Et il ne s’agit que de la partie facile des négociations…


9 août
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– Devant la nouvelle campagne aérienne alliée lancée depuis plusieurs jours contre les communications japonaise, l’état-major de l’Armée Impériale réagit en établissant des patrouilles de couverture le long de la côte, en dépit des réticences des commandants d’unités, qui se plaignent amèrement de la supériorité numérique et matérielle de l’ennemi. Mais les meilleurs avions sont engagés dans le Pacifique ou pour protéger le Japon des raids venus de Chine, et il est inutile d’espérer des renforts d’Indochine, où les effectifs aériens fondent comme neige au soleil, ni de Chine, où l’aviation est nécessaire pour couvrir un territoire immense contre des Chinois qui, non contents d’être nombreux, sont de mieux en mieux armés.
Ce matin, 10 P-40 du Sqn 341 (B) couvrent en altitude 12 Hurricane III du Sqn 1 (RIAF) dans la région de Karopki. Alors que les Indiens entament leur première passe, 4 Ki-43 surgissent et les coiffent. Un Hurricane est abattu, mais les Belges, dissimulés par les nuages de fin de mousson, se précipitent à la rescousse. Les Ki-43 se défendent avec énergie, réussissant à abattre un P-40 et à en endommager gravement un autre, mais trois appareils japonais sont abattus pendant que le dernier s’enfuit, criblé de balles.
Les Spitfire V du Sqn 17 et les Beaumont du Sqn 45 opèrent, eux, au nord de Ye. Là, ce sont quatre Ki-44 qui les attendent. Mais les Beaumont sont rapides et les Shoki ne peuvent les attaquer avant d’être eux-mêmes la cible des Spitfire. Deux Ki-44 sont abattus en échange d’un Spitfire gravement touché.
Loin au sud, Mergui est de nouveau attaquée par les B-25D du 490th BS, couverts par les P-38G du 449th FS. Ici, ce sont huit chasseurs qui veillent, quatre Ki-43 et quatre Ki-44. Trois bombardiers sont rapidement endommagés, mais les B-25 sont résistants et l’escorte arrive à temps. Le combat est d’abord confus, les pilotes japonais de la région ne sachant pas trop comment manœuvrer avec les dragons à double queue, tandis que les pilotes des P-38, dûment chapitrés, évitent systématiquement le combat tournoyant – presque systématiquement : l’un d’eux est abattu pour avoir voulu tourner au lieu de piquer ou de grimper. Cependant, un pilote américain se distingue : le Lt Lee O. Greg, un vétéran du front européen qui a obtenu quelques mois auparavant sa première victoire en Sicile (un Re.2001), abat deux Ki-43 en utilisant au mieux la puissance de son appareil.
C’est alors qu’interviennent les Mustang du Sqn 340 (B), qui se trouvaient en mission Rhubarb dans le secteur, un peu au nord de Mergui, entre Kye et Tamok. Ils se joignent au combat, abattent un nouveau Japonais et les autres décrochent.
Finalement, en dépit des efforts japonais, le score de la journée confirme la supériorité des forces aériennes alliées sur ce front.

Campagne d’Indochine
Diplomatie à la japonaise (et à la thaïlandaise)
Bangkok
– S’il y a une chose que tous les participants à cette négociation ont en commun, c’est de s’être levés de fort mauvaise humeur, irrités contre leurs « amis et alliés ». Une nouvelle fois, le principal sujet de discorde entre les deux alliés est leur volonté d’exploiter le Laos jusqu’à l’os… chacun de son côté. Les Japonais, fouettés par la honte d’avoir à demander de l’aide aux Thaïlandais, ne veulent rien lâcher. Les Thaïs, humiliés par les arrogants Nippons, se remettent mal des accusations de vol et de corruption qui leur ont été assénées. D’autant plus mal qu’elles sont parfaitement fondées !
Finalement, les négociateurs japonais se décident à accepter le plan de partage proposé par Phibun. Mais ils présentent comme une faveur supplémentaire le fait que les garnisons japonaises resteront en place pour aider leur allié – et, bien sûr, pour le contrôler.
En ce qui concerne le Cambodge, les Japonais réussissent à s’en sortir d’une pirouette. La dégradation de la situation au Laos ne touchant pas la République Khmer du président Son Ngoc Thranh, il ne serait pas « cohérent » de l’inclure dans les négociations actuelles. Les relations du Cambodge avec ses voisins seront traitées à part, en temps et en heure. Réponse qui a l’avantage de ne pas froisser Phibulsongkhram, sans pour autant accepter de nouvelles concessions.
Un accord est enfin trouvé et le Premier Thaï peut apposer sa signature au bas d’un imposant document, à côté de celle des envoyés japonais, devant les photographes accrédités venus de toute la Sphère de Coprospérité de la Grande Asie. Mais derrière les sourires de commande de tous les officiels présents, il y a beaucoup de grincements de dents.


10 août
Campagne de Birmanie
Birmanie occupée
– Ce matin, les Hurricane IIc du Sqn 342 (B) et les Hurricane III du Sqn 2 (BVAS) rendent visite aux Japonais au nord de Ye. Un peu plus au nord, vers Karopki et Wagaru, les Spitfire du Sqn 67 couvrent les Beaumont du Sqn 84 qui s’en prennent à tous les passages humides de la zone. Le ciel est vide de Japonais : les terrains thaïlandais sont détrempés et la chasse japonaise, retardée, n’arrivera dans le secteur qu’une demi-heure plus tard.
Plus au sud, vers Tavoy et le long de la route qui va vers la frontière, une série de raids menés par des P-38 ou par des Maryland couverts par des Mustang élimine tous les véhicules japonais qui se risquent à montrer le bout de leur nez. Les patrouilles de chasse interviennent, mais sur huit appareils (quatre Ki-44 et quatre Ki-43), trois sont abattus, en échange d’un P-38 et d’un P-51 (un pilote est récupéré). Un Maryland est endommagé.

Campagne d’Indochine
“Double cross” à l’indochinoise
Luang Prabang (Laos)
– La capitale du Laos vibre d’une activité fébrile et chaotique. Jetant alentour des regards inquiets, les gens chuchotent nerveusement. Dans la population, la plupart espèrent le retour des Français, seuls capables d’empêcher que le pays soit déchiré par les appétits étrangers – thaïlandais, vietnamiens, chinois… Mais bien peu oseraient l’avouer. Les Français sont loin et la ville est un chaudron où mijotent les intrigues entre de multiples factions.
………
Le second lieutenant Jessada Ka-In n’est pas le pas moins inquiet, mais il marche d’un air dégagé. Il a troqué son uniforme thaï pour des vêtements civils. Si quelqu’un le reconnaissait et s’étonnait de sa tenue… un membre de la Kempetai, par exemple, ou l’un de ses affidés locaux… le fait qu’il aille frapper à la porte d’une maison discrète devrait le rassurer. L’endroit est en effet un établissement peut-être pas très honorable, mais très accueillant et bien connu pour la qualité de ses services et pour le respect de l’anonymat de ses clients, tous masculins.
Lorsque le lieutenant Ka-In ressort, une heure plus tard, il n’a pas à forcer son sourire. Mais les motifs de son contentement ne sont pas ceux que l’on pourrait imaginer. Il n’a ôté dans la maison close qu’un seul vêtement : sa légère veste de toile. Cousu dans la doublure, il transportait un rapport de plusieurs pages sur les troupes thaïlandaises qui vont renforcer les garnisons occupant déjà le Laos. Le soir même, le document en question sera entre les mains des Lao Issara.
Originaire de Surin, le lieutenant Ka-In a des cousins au Laos comme au Cambodge. Mais sa famille sert depuis deux siècles la noblesse thaïe et est considérée comme sûre, ce qui lui a valu son grade et son poste au Laos. Un traître, lui ? Certes pas. Un patriote de la région Issarn, dominée par le Siam et dont il espère l’indépendance. En attendant, Khun Jessada joue double, triple voire quadruple jeu, ce que lui permet sa maîtrise du thaï, du laotien et du khmer.
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Imberator



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MessagePosté le: Mer Fév 03, 2016 11:12    Sujet du message: Répondre en citant

Sur Wikipedia je ne trouve pas de région Issarn parmi les provinces thaïs. Ça se trouve où ?
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Abraham



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MessagePosté le: Mer Fév 03, 2016 12:40    Sujet du message: Répondre en citant

Imberator a écrit:
Sur Wikipedia je ne trouve pas de région Issarn parmi les provinces thaïs. Ça se trouve où ?


Moi je sais où ça se trouve (la Thaïlande est une destination privilégiée par les israéliens et Tel Aviv accueille une forte présence asiatique de chinois,philippins et thaïlandais justement,en tout 50 000 personnes),cette province est au nord-est de la Thaïlande (en bleu sur la carte).

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Imberator



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MessagePosté le: Mer Fév 03, 2016 12:58    Sujet du message: Répondre en citant

Merci.

C'est un bon quart du pays tout de même.
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MessagePosté le: Jeu Fév 04, 2016 07:56    Sujet du message: Répondre en citant

Issarn, ou Issaan, ...

En fait, ce n'est pas une province mais une region, celle du nord-est, qui regroupe de nombreuses provinces. La population est assez mélange, et d'ethnie khmere et lao. Le kmer et le lao sont encore aujourdhui les langues vehiculaires, le thai de Bangkok n'etant que la langue administrative, enseignee dans les ecoles mais peu parlee au quotidien.

Il existe un certain irredentisme Khmer dans une partie de l'Issaan, et les conflits frontaliers ne sont pas rares entre Thailande et Cambodge, le plus connu etant celui qui porte sur le temple Khmer de Phra Wihan (ou Preah Vihear en Khmer), situe au Cambodge mais don't l'access se trouve enThailande (dans la province de Sisaket et donc en Issaan). L'arbitrage international a situe le temple au Cambodge, mais la Thailande s'obstine a refuser la decision.
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