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Mai 43 - Asie-Pacifique
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egdltp



Inscrit le: 07 Jan 2011
Messages: 276
Localisation: Cher

MessagePosté le: Mar Sep 08, 2015 17:15    Sujet du message: Répondre en citant

Aaaahhh les Seigneurs de l'Intrumentalité !!! Un groupe de dirigeants qui acceptent tous les pots de vin, les mets dans la caisse noire puis réfléchi à quelle réponse donner à la situation...
J'ai adoré ces recueils.
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Anaxagore



Inscrit le: 02 Aoû 2010
Messages: 6476

MessagePosté le: Mar Sep 08, 2015 17:35    Sujet du message: Répondre en citant

Je connais aussi !
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Casus Frankie
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Messages: 9183
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MessagePosté le: Mar Sep 08, 2015 17:51    Sujet du message: Répondre en citant

11 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
A l’ouest de Hoa Binh (Tonkin)
– La 22e Division du général Masachika n’a pas d’unité de reconnaissance, c’est un bataillon du 84e R.I. qui ouvre la marche. Les hommes avancent à pied sur trois colonnes. L’une d’elles suit la RC 6 vers l’ouest, les deux autres progressent dans les rizières et les petits bois qui la flanquent. Ils recherchent l’ennemi.
La troupe n’a pas quitté la ville depuis une heure que les ennuis commencent. Des balles sifflent aux oreilles des flanc-gardes sud de la colonne principale. Il s’agit de tirs isolés, mais précis – un lieutenant était visé, il n’est que légèrement blessé, son bon karma sûrement ! Les soldats battent les fourrés, mais l’ennemi a déjà décroché. Avant la fin de la deuxième heure de marche, le petit jeu recommence. Deux ou trois hommes tirent quelques coups de feu et déguerpissent pendant que les Japonais fouillent en vain les environs – moins chanceux que le lieutenant de tout à l’heure, un sergent reste étendu dans l’herbe, mort pour l’Empereur.
………
Le même jour, à l’ouest de Yen Day – Les hommes du 23e Régiment de reconnaissance ont quitté la ville bien avant l’aube. Par petits groupes, ils ont commencé à explorer l’axe d’avance de leur 23e Division. Bien leur en a pris. Un des groupes est tombé sur une embuscade tendue par des rebelles, des irréguliers. Sans subir aucune perte, il a éliminé vingt-trois ennemis.
Lorsque la division se met en marche, elle n’a pas à souffrir de nuisances directes, mais découvre un spectacle sinistre. Les villages et les champs sont en feu. L’auteur de ces dévastations est Chu Van Tan, un chef viêt qui met systématiquement en application une politique de terre brûlée. Le général Nishihara, accoutumé à ce que ses hommes brûlent les récoltes, mais non à voir brûler la campagne par ses adversaires, s’inquiète de ce raidissement de l’ennemi. Il donne l’ordre au 23e Régiment de reconnaissance de sécuriser la bourgade de Cho’ Bo’, qui servira de cantonnement à la division cette nuit. De fait, aux abords de Cho’ Bo’, les hommes du 23e Régiment neutralisent deux nouvelles embuscades avant l’arrivée du gros de leur division.

La guerre sino-japonaise
Une deuxième Longue Marche
Chahar
– Un groupe d’environ trois mille hommes (et quelques dizaines de femmes) se présente aux sentinelles de la base communiste dite du Shanxi-Chahar-Hebei : tout ce qui subsiste des forces qui ont évacué Yan’an après sept semaines de marche à travers les steppes de Mongolie intérieure ! Le reste s’est dispersé en cours de route ou a succombé à l’épuisement. Pour Mao Zedong, c’est une deuxième Longue Marche, encore plus désastreuse que la première : l’appareil de gouvernement patiemment édifié à Yan’an n’existe plus et l’emprise qu’il n’avait pas achevé de consolider sur le Parti a disparu avec lui. En passe de devenir le chef absolu du Parti, il n’est plus à présent qu’un chef de faction.
De fait, pendant que Mao errait aux confins de la Chine, Wang Ming et Staline n’ont pas perdu de temps pour remettre la main sur ce qui reste des maquis communistes, et en arrivant au quartier général de la base du Shanxi-Chahar-Hebei, Mao a la surprise d’y voir Li De. Li, de son vrai nom… Otto Braun, avait été l’envoyé du Komintern auprès du PCC de 1932 à 1939. Il s’était à de nombreuses reprises opposé aux décisions de Mao, qui avait réussi à l’évincer et pensait bien ne plus jamais le revoir. Le Shanxi-Chahar-Hebei étant le plus grand maquis communiste en Chine du Nord à présent que Yan’an est tombé, il était à prévoir que Mao tenterait de la rallier et Wang l’a pris de court en convainquant Staline d’y envoyer Braun. Ce dernier garde contre Mao une vieille rancune et va s’assurer qu’il ne reprenne plus d’ascendant sur le PCC. A toutes fins utiles, Braun s’est vu adjoindre un détachement du NKVD, on n’est jamais trop prudent.


12 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Sur la RC 6 vers Su Yut, à l’ouest de Hoa Binh (Tonkin)
– L’avant-garde du 84e R.I. est durement prise à partie par trois sections de bo-dois au bout d’une heure de marche. Les Vietminh sont convenablement dotés de fusils, fusils-mitrailleurs et même mitraillettes, mais n’ont aucun matériel lourd. Cependant, malgré un arrosage au mortier léger, les Japonais n’arrivent pas à repousser un adversaire qui s’accroche.
Il faut charger à la baïonnette pour bousculer l’embuscade. Cependant, derrière la première ligne, les Viêts ont préparé une position de repli. Après de nouveaux tirs de mortier, les soldats du Showa Tenno repartent à l’assaut et cette fois, l’ennemi déguerpit, abandonnant 17 morts et quelques fusils. Les Japonais n’ont eu que trois blessés graves, immédiatement emportés à l’arrière.
………
Le même jour, 35 kilomètres à l’ouest de Yen Day (1) – Le 23e Régiment de Reconnaissance continue son avance en tête de la 23e Division. Apercevant quelques paysans qui travaillent dans les rizières, les soldats les réquisitionnent et en font des coolies pour porter leurs charges.


13 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Au nord de Su Yut (Tonkin)
– L’avant-garde du 84e R.I. quitte Su Yut avant l’aube. Dans l’obscurité, la colonne s’étire interminablement. En traversant un petit village, les Japonais capturent trois irréguliers pris par surprise. Les prisonniers sont envoyés à l’arrière pour interrogatoire (avant exécution), mais le village qui les a cachés doit être puni. Ce n’est plus qu’un brasier ardent lorsque les soldats l’abandonnent.
Mais l’avance de cette armée d’assassins n’est pas des plus discrètes. Lorsqu’ils reprennent leur route, les Japonais sont attendus. L’embuscade commence un peu avant midi, elle durera plus de trois heures. Les bo-dois retranchés dans la jungle sont invisibles ; ils balaient la route de rafales de FM et de mitrailleuses, ils ont aussi des mortiers. Les soldats japonais, pris par surprise, sont obligés de se disperser. Les groupes qui essaient d’avancer dans les sous-bois sont cloués au sol par une densité de feu surprenante. Les Vietnamiens ont en effet l’avantage à courte portée grâce à leurs pistolets-mitrailleurs américains et à une bonne quantité de grenades artisanales.
Des chasseurs Ki-27b tombent du ciel. Les Nate ne sont plus guère utilisés aujourd’hui que pour l’appui au sol, avec leurs deux mitrailleuses de 7,7 mm et quatre bombes de 25 kg. Leurs pilotes tentent de remédier à la faiblesse de cet armement en volant à ras des arbres pour débusquer l’ennemi.
Dans les bois, deux bataillons du 84e Régiment se déploient et commencent à ratisser la zone d’embuscade. Ils sont d’abord accueillis par des tirs nourris, mais les Vietminh refusent de se laisser entraîner dans une bataille rangée et commencent à se replier en tiroir.
Vers 16h00, tout est fini, mais l’affrontement a été rude. Les Japonais ont eu 48 morts, une centaine de blessés graves et plus de 200 blessés. Les pertes du Vietminh sont inconnues : les Nippons retrouvent une trentaine de corps, mais le fait qu’ils récupèrent 117 armes individuelles et trois FM leur fait penser qu’ils ont infligé davantage de pertes à leurs adversaires.
………
Le même jour, 70 kilomètres à l’ouest de Yen Day – Le 23e Régiment de Reconnaissance se fait tirer dessus à plusieurs reprises. Mais chaque fois, l’ennemi paraît se dissoudre dans le néant quand les Japonais ripostent. Les éclaireurs trouvent cependant des traces de bivouac, une végétation piétinée et la marque de nombreux pas dans la boue des ruisseaux. Une troupe ennemie importante se trouve à proximité.
Dans la journée, une colonne du 64e R.I. est mitraillée par six P-40 du 75e Fighter Sqn, qui incendient ou endommagent une quinzaine de véhicules. L’attaque sème la pagaille dans la colonne, ce dont profitent une vingtaine de coolies retenus comme otages et travailleurs forcés pour s’échapper dans la jungle.


14 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Environ 45 km au nord-ouest de Su Yut, sur la route de Môc (Tonkin)
– Le 85e Régiment remplace le 84e Régiment en tête de la colonne de la 22e Division. La route grimpe à présent et les civils “volontaires” pour la réparation des chaussées travaillent sous les ordres des hommes du 22e Régiment du Génie pour réparer les dégâts infligés par la nature et le temps.
De fortes patrouilles sont envoyées dans toutes les directions. L’une surprend des Viêts en train d’installer une embuscade en amont. Les “rebelles” se replient sans perte après un court échange de coups de feu. Cependant, trois heures après son départ, une autre patrouille n’est toujours pas rentrée. Le colonel Wakamatsu ordonne de fouiller le secteur qui lui était assigné, mais cela ne donnera rien. A 22h00, toute la patrouille est porté manquante.
………
Le même jour, 80 kilomètres à l’ouest de Yen Day – L’avance de la 23e Division se fait sur un terrain moins accidenté que celui sur lequel chemine la 22e, mais l’opposition vietminh y est bien plus marquée. Les Japonais doivent faire face dans la journée à plusieurs embuscades successives, les bo-dois attaquant à la mitrailleuse et au mortier léger. Les pertes sont faibles (seulement sept blessés) mais le retard est important, surtout quand le général Masachika est obligé de faire mettre en batterie des canons du 23e Régiment d’Artillerie pour neutraliser des positions inaccessibles depuis la route. Vers 15h00, des éclaireurs repèrent un groupe de Viêts en train de miner la route avec une bombe d’avion non explosée ; ils les chassent, mais ils savent à présent qu’il faut se méfier de ce genre de pièges.

Hanoi, 13h00 – Frustrés par l’échec de leur première tentative, seize Liberator du 308th BG reviennent attaquer le pont Paul Doumer.
Le bombardement se fait encore à 30 000 pieds, mais à la mi-journée, la visibilité est meilleure. Las ! Le résultat reste très en deçà des espérances. Une fois encore, la majorité des projectiles ravagent la population aquatique du Fleuve Rouge (les bombardiers partis, la population s’empressera de profiter de cette pêche miraculeuse).
Néanmoins, quelques bombes effleurent l’ouvrage près de la rive gauche. Elles détruisent plusieurs charpentes et endommagent la travée de rive et la voie ferrée. Les délais de réparation interdiront l’usage du pont aux véhicules pendant trois jours (mais piétons et cyclistes pourront toujours l’emprunter).
Un coup très chanceux de la DCA abat un B-24. En revanche, la chasse japonaise a encore brillé par son absence, ce qui va faire grincer des dents les aviateurs nippons, humiliés d’avoir manqué à leur mission faute d’un système d’alerte efficace !


15 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Environ 50 km au nord-ouest de Su Yut, sur la route de Môc (Tonkin)
– Les patrouilles continuent de rechercher des traces des hommes disparus la veille. L’une d’elles finit par découvrir, à l’écart du secteur où la patrouille aurait dû se trouver, un havresac modèle 98, le sac à dos japonais si typique, entièrement en toile kaki et se fermant grâce à des sangles qu’il faut nouer. Il contient encore une moustiquaire et la serpe de dotation standard.
On ne retrouvera rien d’autre. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que soit confirmé ce que le commandement japonais soupçonne – la patrouille est tombée dans une embuscade, tous les hommes ont été tués et, pour augmenter l’inquiétude des Japonais, les Vietnamiens ont ramassé corps, armes et même douilles pour effacer toute trace de l’affrontement. Le sac a volontairement été abandonné loin de l’axe de repli des bo-dois pour égarer les soldats de l’Empire du Soleil Levant.
Par ailleurs, l’avance du gros des troupes n’est ralentie que par les lacets sans fin de la route, son mauvais état et la lenteur des réfections.
………
Le même jour, 90 kilomètres à l’ouest de Yen Day – Le Vietminh possède quelques pièces d’artillerie et va en faire usage aujourd’hui. Deux voitures blindées de reconnaissance qui profitaient d’un secteur de route en état convenable sont bombardées pendant quelques minutes, sans mal d’ailleurs, les tirs n’étant pas ajustés. Heureusement pour elles, car le blindage du Type 92 Jyu-Sokosha est si médiocre que la voiture blindée est considérée comme obsolète même sur le front chinois.
Les Japonais se vengeront le soir en pillant les villages alentour. Pour une fois, ils ne tueront personne, sans doute mis de bonne humeur par le fait de n’avoir pas eu de pertes dans la journée. Les soldats se contenteront de molester les habitants et voler leurs maigres réserves de riz, ainsi qu’un cochon de lait.

Des renforts pour Epervier
Bombay (Inde)
– La ville est aujourd’hui pavoisée aux couleurs françaises et nombre d’officiels français ont fait le déplacement, y compris le général Mast, venu de Chongqing, pour saluer le passage du 1er Régiment Etranger Parachutiste et du 1er (et seul) Régiment d’Infanterie de Marine du Pacifique, qui ne compte en fait que deux bataillons et leurs services.
Le 1er REP arrive d’Algérie, mais le RIMP vient du Pacifique Sud-Ouest, où il a été un moment envisagé de l’engager dans les Salomon. Son 1er Bataillon est intervenu lors de la fameuse opération Banana, sur Tarakan, à la suite de laquelle il a été dédoublé grâce à un afflux d’engagements dans les îles du Pacifique. Manquant d’équipement lourd, il a été décidé – de nécessité vertu – d’en faire une unité aérotransportable.
L’US Marine Corps et les Américains en général étaient peu désireux de s’encombrer de ces alliés diplomatiquement gênants. Après de longues tractations, Nimitz a proposé au commandement français de fournir gracieusement au régiment les armes lourdes qui lui manquaient puis de le transporter par avion en compagnie du 1er REP jusqu’en Indochine (où, officiellement, les Américains acceptaient la présence des Français malgré la colonisation). Après consultation d’Alger et en l’absence d’autre solution, l’amiral Michelier a accepté.
Bombay n’est donc pour le 1er REP et le 1er RIMP qu’une étape sur la route de Dien-Bien-Phu, où ils doivent se rendre via la Chine après une période d’acclimatation en Birmanie.


16 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Environ 55 km au nord-ouest de Su Yut, sur la route de Môc (Tonkin)
– En milieu de matinée, l’avant-garde du 85e Régiment tombe dans une embuscade. Les Vietminh arrosent la colonne au fusil-mitrailleur. Les tirs sont dévastateurs. Vingt-quatre hommes, dont un capitaine, sont tués en quelques minutes. Les Japonais se retranchent comme ils peuvent, mais sont si choqués par la perte de leur chef qu’ils se contentent de riposter sans ordre ni méthode. Il faut que le reste du bataillon fasse un crochet et charge de flanc pour que les bo-dois se replient. Ils n’ont perdu que onze hommes – c’est un des rares affrontements directs où les pertes japonaises aient été supérieures à celles des Vietnamiens.
Dans l’après-midi, un détachement de blindés accompagnant le 85e R.I. est bombardé par huit H-87 du II/40. Les bombes Mouriaque s’avèrent particulièrement redoutables sur la faible protection des blindés du Soleil-Levant. Dans la foulée, les Curtiss mitraillent les véhicules encore intacts et leurs Browning de .50 font une hécatombe. Au total, deux chars légers type 92, quatre tankettes type 94 et trois automitrailleuses Sumida type 93 sont laissés en flamme, ainsi qu’une demi-douzaine de véhicules de ravitaillement et de support.
………
Le même jour, 120 kilomètres à l’ouest de Yen Day – Le village que visitent les éclaireurs du 23e Régiment de reconnaissance est tenu par le Vietminh, mais les hommes qui y sont déployés sont des irréguliers peu expérimentés, et plusieurs coups de feu partent bien avant le moment opportun. Les Japonais ainsi prévenus lancent une attaque en règle après une brève canonnade. Les “rebelles” laissent derrière eux une vingtaine de morts. Les troupes du Mikado n’ont même pas un blessé.

Des Italiens dans l’Océan Indien
Colombo
– Le sous-marin italien Volframio et son accompagnateur l’AMC Barletta font leur entrée dans la grande base de la Royal Navy dans l’océan Indien. Le voyage depuis Aden a été agité, entre la traversée d’une tempête tropicale (une première pour les Italiens) et une bavure évitée de justesse lorsqu’un Sunderland indien a voulu attaquer le Volframio, arrêté à la dernière seconde par les fusées de couleur lancées par l’escorteur de la Royal Navy.
A Colombo, une mauvaise surprise attend le détachement de Mariassalto. Les services de renseignements britanniques indiquent que les Japonais ne basent aucune unité de surface majeure dans le port de Singapour, sans doute en raison des destructions opérées par les Anglais avant leur reddition… Face à l’absence de cible, la mission de Mariassalto est annulée !


17 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Environ 70 km au nord-ouest de Su Yut, sur la route de Môc (Tonkin)
– Depuis la veille, les accrochages se multiplient. Arrêté une nouvelle fois, le 85e Régiment déploie une partie de ses canons et mortiers pour répliquer aux tirs de FM. L’infanterie avance ensuite. Mais, déjà, l’ennemi se replie, couvrant la fuite d’un convoi de petits chevaux bâtés. Quelques centaines de mètres plus loin, les fusils-mitrailleurs ralentissent à nouveau l’avance des soldats nippons et ainsi de suite. Cette embuscade échelonnée se prolonge jusqu’à 13h00. A ce moment, les Japonais ont perdu douze hommes dont un capitaine, le deuxième en deux jours.
Le soir même, ils atteignent un petit village qu’ils brûlent, massacrant les habitants. Cela ne soulage pas leur frustration car les greniers sont à peu près vides. Ils comprennent alors que les petits chevaux qu’ils ont aperçus emportaient le riz paddy hors d’atteinte.
………
Le même jour, 30 kilomètres au sud-est de Tur-lê – Après la bataille enfin "normale" de la veille, les soldats de la 23e D.I. sont pleins d’enthousiasme, mais cette ardeur leur joue des tours et deux patrouilles ouvrent le feu l’une sur l’autre. Il faut une dizaine de minutes pour que les officiers ramènent le calme, mais un adjudant a été tué par un "tir ami".
Plus grave encore, profitant du désordre, un petit groupe de bo-dois plus ou moins déguisés et menés par un chef parlant japonais se glisse au milieu des patrouilles et tire dans le dos des premiers éléments de reconnaissance. La confusion est à son comble et le colonel Yakamatsu doit personnellement appeler les capitaines pour faire respecter la discipline de feu avant que l’ennemi soit correctement identifié et localisé. Deux patrouilles pourchassent les bo-dois en retraite mais s’égarent à la nuit tombée.
Pendant ce temps, la division atteint et occupe sans opposition la petite ville de Tur-lê.

La guerre sino-japonaise
Le commissaire est perplexe
Maquis du Jiangsu
– L’arrivée de Peng Dehuai, censé prendre le commandement de la Nouvelle Quatrième Armée, est modérément appréciée du chef actuel de celle-ci, le général Chen Yi, et de son commissaire politique, Liu Shaoqi. Même si la disgrâce de Peng après que Mao ait désavoué l’Offensive des Cents Régiments, à l’automne 1940, n’a jamais fait l’objet d’une annonce officielle – non plus d’ailleurs que sa défection, en janvier – Chen et Liu sont au courant pour l’une et l’autre, et malgré les états de service de Peng, ils sont réticents à lui accorder leur confiance.
Pour y voir plus clair, Liu veut obtenir une confirmation des chefs du Parti… c'est-à-dire de Wang, puisque Mao a perdu toute autorité. Comme il ne peut le contacter directement, il envoie un message à Zhou Enlai. La réponse, qui lui parviendra le surlendemain, est sans ambiguïté : la nomination de Peng est entérinée « jusqu’à nouvel ordre ». Comme on l’apprendra plus tard, Wang a consulté Staline, qui a approuvé pour ses propres raisons : il veut les coudées franches sur le front européen, et pour cela les Japonais doivent être tenus occupés loin des frontières soviétiques. Ce qu’il s’est bien gardé de le dire à Wang, c’est que pour lui, les forces militaires du PCC sont parfaitement sacrifiables : si Tchang les envoie au casse-pipe, cela rendra les communistes chinois d’autant plus dépendants du soutien soviétique, donc d’autant plus dociles à l’heure du partage des dépouilles.


18 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Environ 35 km au sud-est de Môc (Tonkin)
– La route est si endommagée que l’avance est complètement arrêtée. Sur des kilomètres, la piste est coupée de profondes tranchées. Le génie commence les réparations. Les hommes du 85e Régiment se déploient pour défendre le chantier.
………
Le même jour, près de Tur-lê – Les environs de la petite ville reconquise hier offrent un site favorable pour un parachutage de ravitaillement. Les deux patrouilles perdues la veille en profitent pour rejoindre le gros des troupes après une nuit sans sommeil, une longue journée de marche et le franchissement d’une rivière en crue. Les hommes s’effondrent sur leurs nattes, vaincus par la fatigue mais vivants.


19 mai
Campagne d’Indochine
Hanoi
– Venant de Dien-Bien-Phu, seize B-25 escortés par huit H-87 bombardent la gare à l’aube, endommageant sérieusement les voies. De nombreux wagons et plusieurs locomotives sont détruits. Le trafic sera très perturbé pendant plus de 48 heures.
Les attaquants sont interceptés sur le chemin du retour par quatre Ki-44 et huit Ki-43, qui réussissent à abattre deux Mitchell et trois Curtiss contre un “Tojo” et deux “Oscar”.

Opération Typhon
Au sud-est de Môc (Tonkin)
– Les premiers éléments de la 22e D.I. sont à moins de 20 km de Môc, mais la division est séparée en trois tronçons étalés sur près de 20 km. Le général Masachika, conscient de la vulnérabilité de ses forces, multiplie les mesures de prudence. Les vacations radios entre les patrouilles et les officiers se multiplient et l’artillerie est déployée sur le parcours pour couvrir toute la colonne.
………
Le même jour, au nord-ouest de Tur-lê – La 23e D.I. a repris son avance sans subir les accrochages des jours précédents. Sans le tir occasionnel de quelques mortiers légers viêts, les soldats croiraient être en randonnée en montagne. Jusqu’à 15h30, la marche se poursuit sans problème. Mais les Japonais découvrent alors que la piste est coupée par une gorge de vingt mètres de large creusée par un torrent de montagne. Le pont a été détruit. Il faut demander au génie de créer un nouvel ouvrage d’art.


20 mai
Campagne d’Indochine
Baie d’Ha-long (Tonkin), vers 02h00
– Dans l’obscurité, deux grandes jonques de commerce embarquent chacune une centaine de Vietminh, avec quelques mitrailleuses et des mortiers. Une troisième, plus petite, emmène une soixantaine d’hommes.
Comme la petite flottille approche du phare de l’île Norway, elle est prise pour cible par les gardes du phare, des Bach Mu Doan (ou Bérets blancs – il s’agit d’une milice nationaliste pro-japonaise). Sous le feu, l’une des grandes jonques aborde l’île. Les Vietminh débarquent, éliminent rapidement les défenseurs et posent des charges explosives pour faire sauter le phare, qui s’effondre dans la mer.
Alors que les hommes rembarquent, les deux autres jonques se dirigent vers un autre objectif, le phare de Hòn Dau. Avec celui de Norway, il guide normalement les navires aux approches de Haiphong. La chance va cependant tourner. Navigant au plus près de la côte, la jonque légère s’éventre sur un récif. La jonque qui a fait sauter le phare de l’île Norway repêche une vingtaine de survivants, pendant que l’autre jonque poursuit son chemin. Mais la mer forcit et sur la terre ferme, l’explosion du phare a donné l’alerte. Un canon de 75 mm ouvre le feu et malgré l’obscurité, les artilleurs japonais réussissent à encadrer la jonque qui se dirige vers Hòn Dau.
Le navire s’approche du rivage tout en ouvrant le feu avec trois 12,7 mm et un mortier lourd pour faire taire le canon, mais il s’échoue sur un banc de sable. Un second canon se met à tirer sur la jonque immobilisée. Le chef de l’opération hésite. Doit-il débarquer ses hommes pour essayer de se débarrasser de la batterie d’artillerie ? Mais celle-ci est sans doute couverte par des mitrailleuses… Heureusement, la mer arrache la jonque à l’étreinte du banc de sable. Les obus continuent à tomber, soulevant des gerbes phosphorescentes. A bord, il y a déjà six morts et dix blessés, mais le pire est à venir. Un obus défonce le plat-bord et explose au milieu des hommes, faisant de nombreuses victimes, puis un autre obus ouvre un large trou à la poupe, au niveau de la flottaison, et un troisième brise le grand mât.
La jonque commence à sombrer mais, poussée par des courants favorables, s’éloigne du rivage et un promontoire salvateur la masque à la vue des artilleurs japonais. Le dernier vaisseau de la petite flottille peut alors récupérer une trentaine de survivants. La jonque est surchargée, mais elle est parvenue non loin du phare de Hòn Dau. Le chef vietnamien décide alors de tenter de détruire son second objectif, bien que le lever du jour approche – des pertes sont à prévoir, mais la mission est la mission, et la jonque sera plus légère pour s’enfuir ! Malgré les tirs de la garnison du phare, plus de cent hommes débarquent, avec un mortier et deux mitrailleuses.
Le combat est bien plus violent que sur l’île Norway. La garnison est formée de l’élite du Noi Ung Nghia Bhinh (autre formation nationaliste vietnamienne pro-japonaise). Ces hommes se défendent vigoureusement, conscients de n’avoir rien à espérer en cas de défaite, car si le phare était détruit, ceux qui auraient échappé aux Vietminh périraient des mains des Japonais furieux ! Ils réussissent à tenir jusqu’à l’aube.
A ce moment, deux avions surgissent dans le ciel. Ce sont de petits Ki-15 “Babs”, mais leurs bombes légères suffisent à incendier la jonque. Les avions reviennent ensuite et nettoient le rivage à la mitrailleuse, balayant sans pitié leurs ennemis comme leurs alliés. Parmi les attaquants, il n’y aura qu’une dizaine de survivants, qui réussiront à regagner la côte à la nage en profitant de la confusion.

Hanoi, 11h00 – Aujourd’hui, vingt Liberator du 308th BG ont décidé de s’en prendre à des entrepôts de matériel de l’Armée Impériale. Tombant de 25 000 pieds, les bombes détruisent complètement leur cible, mais pas seulement : de nombreux projectiles frappent des quartiers d’habitation et une cinquantaine de civils sont tués.
Cette fois, la chasse japonaise est présente, mais les Ki-43 “Oscar” qui se lancent à la poursuite des quadrimoteurs ont des difficultés à grimper jusqu’à 25 000 pieds et sont repoussés par les tirs croisés des mitrailleuses de .50. Par contre, la DCA est de plus en plus nourrie et abat un B-24. Deux autres, sérieusement touchés, demandent à se poser en urgence à Dien-Bien-Phu. C’est la première fois qu’Epervier sert de terrain de secours.
« Le premier (Betty-G, serial 41-24279, 375th BS) s’aligne correctement malgré l’incendie qui dévore son moteur 4, il ne lui reste plus qu’à réduire légèrement, encore cinquante mètres et c’est dans la poche... Soudain, l’aile droite se brise alors qu’il n’est qu’à quelques mètres du sol ! Horrifiés, nous assistons impuissants à la chute du Liberator, qui s’écrase au seuil de piste. Heureusement, il n’explose pas – sur un équipage de dix hommes, quatre s’en tirent avec des blessures légères, mais il y a trois morts et trois blessés graves.
Sans attendre, le deuxième (Dippy Dave, serial 41-24143, 373thBS) s’aligne. Il semble moins amoché que son infortuné compagnon et si son moteur 2 est arrêté, hélice en drapeau, il ne brûle pas. Après un arrondi qui semble durer une éternité, il touche la piste et quelques instants plus tard, ses moteurs s’arrêtent : percé comme une écumoire, le quadrimoteur a perdu presque tout son carburant, il vient de se poser sur ses dernières gouttes d’essence ! Une fois les trous bouchés et le moteur 2 réparé avec des pièces prélevées sur les restes du pauvre Betty-G, Dippy Dave va pouvoir rentrer en Chine. L’équipage n’a que trois blessés légers. »
(Souvenirs du capitaine John R. Alison, 75th FS)

Opération Typhon
Aux alentours de Môc (Tonkin)
– L’avance de la 22e D.I. reste très lente. Les convois de véhicules progressent sous la protection de nombreuses patrouilles d’infanterie. La nuit venue, celles-ci se retranchent derrière des murs de terre rapidement levés. Presque chaque nuit, des coups de feu claquent pour rappeler que la progression nippone ne se fait pas dans un secteur sécurisé.
Depuis trois jours, les divers postes font état d’une recrudescence de raids viêts. Les vacations radios signalent sans cesse des escarmouches le long de la route. Cependant, cette nuit, les choses vont aller plus loin.
Une pluie violente s’abat vers 19h30, réduisant le champ de vision des sentinelles à seulement quelques mètres. Le tambourinement des gouttes d’eau efface les sons. Soudain, un obus tombe dans le périmètre défensif de la compagnie la plus en pointe. Les soldats japonais occupés à préparer le repas du soir ou à monter les tentes se précipitent vers leurs postes de combat. D’autres obus tombent et les vétérans identifient le tir d’un 75 mm isolé. Mais bientôt, au moins une douzaine de mortiers de 81 mm joignent leurs obus à ceux du canon et la situation s’aggrave nettement.
Le commandant de la position s’effondre, grièvement touché par un éclat d’obus. Un autre projectile s’abat sur la tente radio, tuant l’opérateur et détruisant le poste émetteur. La liaison avec le P.C. est coupée. Cependant, celui-ci a été informé de la situation. Le 52e Régiment d’Artillerie de Montagne riposte pour secourir le campement assiégé. Les premiers tirs de contrebatterie semblent surprendre les Vietminh et l’intensité de leur feu diminue. Toutefois, dans l’obscurité, il est difficile d’ajuster le tir.
Au bout de quelques minutes, un éclair naît dans le ciel. Les échos du tonnerre ne se sont pas encore dissipés que le bombardement reprend. Au moins vingt mortiers déversent un déluge d’obus qui tombent au milieu des tentes ou éventrent la pitoyable muraille de terre entourant la position.
Cette préparation d’artillerie s’étouffe d’un seul coup. Le silence, aussi soudain qu’épais, laisse place aux sonneries aigrelettes des clairons viêts. Dans l’obscurité, des coolies bondissent vers les lignes japonaises. Couverts – en théorie – par le tir de quelques mitrailleuses et de nombreux FM, ils sont chargés de fascines de roseau pour combler le fossé. Beaucoup tombent sous le feu des soldats japonais, mais suffisamment parviennent jusqu’au fossé pour le combler en plusieurs points. Alors, peu avant minuit, les bo-dois chargent. Japonais et Vietminh s’affrontent dans la boue et la pluie, tandis que l’orage déchire le ciel d’éclairs qui silhouettent confusément les combattants.
………
Le même jour, au nord-ouest de Tur-lê – La 23e D.I. est toujours bloquée par la destruction d’un pont. Cependant, la veille au soir, un bataillon a pu traverser pour établir un avant-poste sur la rive nord.
Dès l’aube, une pluie de grenades à fusil et d’obus de mortier s’abat sur la tête de pont japonaise. Le bataillon perd vingt hommes, six morts et quatorze blessés. Une contre-attaque énergique disperse les Viêts et dans la matinée, les opérations de reconstruction du pont peuvent reprendre.


Notes
1- Les distances de positionnement données dans cette relation de Typhon sont calculées en ligne droite – en ce qui concerne la progression des troupes, 5 km en ligne droite peuvent correspondre à 15 km de marche.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Sep 09, 2015 15:49    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore, Patzekiller, LADC, Hendryk... j'oubliais Lebobouba dans les airs !

21 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Aux alentours de Môc (Tonkin)
– Les Japonais lancent une contre-attaque qui repousse les Vietnamiens à l’extérieur du périmètre. Suit une courte accalmie. Exténués, les Japonais s’efforcent cependant de combler les brèches de leur défense. Ils n’en ont pas le temps. Une deuxième vague d’assaut sort d’un seul coup du mur de pluie et charge les défenseurs à la baïonnette, malgré les mitrailleuses.
A deux heures du matin, les bo-dois ont de nouveau été repoussés mais les tirs d’artillerie ont repris sur le campement. Cependant, les assiégés reprennent courage car des bruits de combat sur les arrières viêts signalent que le commandement a envoyé une colonne de secours. Mais celle-ci fait face à une forte résistance.
Vers quatre heures du matin, les Vietnamiens montent une nouvelle fois à l’assaut. Cette fois, la charge emporte les défenses du campement. Mais la colonne de secours approche. Les bo-dois se replient.
Une demi-heure plus tard, les soldats du tenno découvrent le camp ravagé, au milieu de nombreux cadavres vietnamiens. Seuls dix Japonais, tous blessés, ont survécu. Cent quarante autres ont trouvé la mort cette nuit-là.
………
Au nord-ouest de Tur-lê – Le pont est enfin reconstruit et la 23e D.I. peut reprendre sa marche.
Dans la journée, une section du 23e Régiment de Reconnaissance tentant de déceler une éventuelle embuscade vietminh est prise à partie par des mortiers « rebelles ». La section réussit cependant à se replier, emportant le corps d’un sous-lieutenant, tué par un éclat. Cinq autres hommes sont blessés.

Campagne de l’Océan Indien
Port Blair (îles Andaman)
– Après la vaste opération japonaise dans l’Océan Indien qui a vu la prise de Sabang, l’état-major de Bombay a décidé d’accélérer l’acheminement de renforts aux îles Andaman. Tout juste arrivé d’Angleterre en Inde, le 42e Commando des Royal Marines est acheminé aujourd’hui par avion. Pour cet effort, des avions de transport américains ont même été détournés de leur habituelle navette avec la Chine.
Venant de Bombay sous bonne escorte, le SS Stratheden (paquebot de la P&O converti en transport de troupes, 23 700 GRT) doit amener la 32e Brigade Indienne et l’état-major de la nouvelle 20e Division Indienne. Il est accompagné de deux cargos, chargés du matériel lourd de la brigade. L’un des cargos, arrivant d’Alexandrie, transporte deux LCI qui faciliteront le déploiement de détachements dans les petites îles de l’archipel. Les deux autres brigades de la division sont encore à l’entraînement.
Les premiers renforts après les batailles du mois d’avril ont été aériens. C’est ainsi que le Coastal Command a détaché quatre Short Sunderland du Sqn 230 pour renforcer les trois Catalina et les trois Wellington survivants. Puis, douze Hurricane sortis des réserves de la RAF en Inde ont été dépêchés à Port Blair. Le Flight Lieutenant John Misseldine témoigne : « Je venais juste de convoyer un Spitfire V d’Alexandrie à Rangoon lorsque je fus littéralement réquisitionné. Mes nouveaux ordres étaient d’aller sur l’un des terrains de Mingaladon pour prendre livraison d’un Hurricane fatigué convoyé jusque là par la RIAF avec onze de ses congénères et de m’envoler vers Port Blair, capitale des îles Andaman – un archipel dont je connaissais à peine l’existence. Nos douze vétérans devaient « renforcer la couverture de chasse du secteur ». En fait de couverture, celle-ci n’était plus assurée que par ce qui restait du Sqn 132, c’est-à-dire dix Spitfire II et V, dont sept opérationnels. Nous sommes arrivés le 15 mai dans ces îles perdues au milieu de l’océan. Et nous avons fait notre travail ! Le quatrième jour, un de nos pilotes a poursuivi un hydravion japonais sans pouvoir le rattraper – mais du moins l’avait-il empêché de fouiner davantage. Le cinquième, l’un d’entre nous est allé à la rencontre de nouveaux renforts : huit autres Hurricane. Le sixième jour, j’ai eu le plaisir d’aller accueillir les Dakota transportant le 42e Royal Marines. La semaine suivante, nous avons vu arriver de Bombay les navires qui amenaient la 30e Brigade Indienne. A ce moment, le sentiment général fut que les îles étaient sauvées, alors qu’après le choc du mois d’avril, on avait redouté un débarquement japonais, comme à Sabang. »


22 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Contreforts de la Montagne Vat (Tonkin) – Bataille d’An

La nouvelle que les renseignements de l’Armée transmettent ce matin là au général Masachika, qui commande la 22e D.I., le fait bondir. En effet, Hô Chi-Minh en personne se trouve à An, sur l’autre versant de la Montagne Vat, pour soutenir le moral des combattants du Vietminh dans la région.
Une attaque est immédiatement lancée vers ce secteur par le 1er Bataillon du 86e Régiment d’Infanterie. En dépit d’un appui aérien très actif, avec bombardements et mitraillages, l’opposition des bo-dois est – pour une fois ! – déterminée. Les affrontements se déroulent dans des rizières entre des îlots de jungle d’où, au pire moment, partent des rafales qui obligent les Nippons à s’abriter. Six soldats japonais sont blessés et un sergent tué.
Le 2e bataillon est alors engagé au sud-est d’An. Il se heurte à une opposition tout aussi vigoureuse. Un caporal est tué et sept soldats blessés.
La petite bourgade d’An est finalement occupée, mais les soldats de l’Empire du Soleil Levant ne trouvent d’autre trace du passage de l’oncle Hô que des banderoles de bienvenue dans les rues. L’opération n’est cependant pas un échec complet, puisque les hommes s’emparent d’une confortable somme en sapèques indochinoises.
Les Japonais ne renoncent pas, le chef du Vietminh ne peut être très loin ! Ils se mettent à fouiller chaque rizière, chaque hameau, retournant la moindre cahute. L’aviation continue à précéder les fantassins, mitraillant tout ce qui bouge à découvert.
A 16h00, des avions parachutent vivres et eau aux soldats japonais exténués qui fouillent la région depuis le matin.
La journée semble devoir se conclure par un coup de katana dans l’eau, lorsque des tirs de mitrailleuses obligent une patrouille à se jeter à l’abri d’une diguette de rizière. Les bo-dois clouent plusieurs sections au sol par des tirs de 12,7 mm, mais déjà les mortiers japonais ripostent et forcent l’ennemi à décrocher. Aux jumelles, les officiers voient les « rebelles » se replier vers les montagnes, encombrés par leurs blessés et par plusieurs mitrailleuses. Ils ordonnent à leurs hommes de suivre le mouvement.
Un vieux Ki-15 survole le secteur, mais doit s’éloigner en lâchant une épaisse fumée noire, touché par une pièce de DCA légère postée au sommet d’une falaise.
Les combats se poursuivent au pied de l’arête rocheuse, mais ni les mortiers, ni les avions ne peuvent faire taire les rafales qui suivent le moindre mouvement de l’infanterie en contrebas.
………
Dans les montagnes au nord-ouest de Tur-lê (Tonkin) – Pour la 23e D.I., l’essentiel de la journée se passe à réparer la piste, coupée de tranchées qui alternent avec des bandes de terre intactes. Sur les sections non endommagées, les interprètent nippons déchiffrent de nombreux graffitis : « Hô Chi-Minh muong manh », qui souhaitent « Dix mille années de vie heureuse et libre » au chef du Vietminh. Comme ces graffitis ne sont là que pour l’édification (et l’agacement) des Japonais, certains sont en français, que plusieurs officiers, dont le général Nishihara lui-même, lisent sans trop de mal…
………
Sur la Rivière Noire (Tonkin) – Un convoi de dix sampans à moteur chargés de ravitaillement et d’équipement pour le 64e R.I. (23e D.I.) est attaqué par six P-40 du 75e Fighter Sqn. Dès le début de l’attaque, les mariniers tonkinois préfèrent se jeter à l’eau et risquer de prendre une balle japonaise dans le dos plutôt qu’être hachés par les Browning. Durant dix minutes, les bateaux sont déchiquetés par les rafales de .50 ; quatre embarcations finissent par couler, deux autres s’échouent, mais ne valent guère mieux.
Une bonne partie du ravitaillement qui n’a pas fini au fond de la rivière est irrécupérable, labouré par les balles ou gâté par l’eau.
………
Hôtel Métropole, Hanoi – Le général Tyo a convoqué une conférence de presse réunissant surtout les représentants des journaux japonais, indochinois et thaïlandais, mais on a pu trouver un journaliste du Mandchoukouo et même le consul de Suisse au Tonkin, censé représenter « la Presse européenne ». Le général déclare que l’offensive en cours contre « le dernier lambeau de terre indochinoise encore aux mains du Colonisateur » (Dien-Bien-Phu) se déroule triomphalement. Il annonce notamment la mort de "plus de sept mille rebelles".


23 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Contreforts de la Montagne Vat (Tonkin) – Bataille d’An

Les soldats japonais lancés à la poursuite d’Hô Chi-Minh ne parviennent pas à dormir à cause d’un harcèlement continuel : deux ou trois obus de mortier par ci, quelques rafales de FM sur un poste de garde par là… Vers trois heures du matin, à bout de nerfs, le commandant du 1er Bataillon décide, de sa propre initiative, de lancer ses hommes à l’assaut des positions ennemies. Les Japonais ne sont-ils pas les maîtres du combat de nuit ?
Les bo-dois leur opposent une résistance digne de vétérans (ce qu’ils sont, de fait !). Leur charge permet cependant aux Japonais de s’emparer des positions viêts, mais les bo-dois contre-attaquent en lançant une pluie de grenades artisanales, tandis que mortiers et mitrailleuses les appuient avec énergie. Les Nippons reculent et se retranchent dans les rizières tandis que leurs ennemis reprennent les positions dont ils avaient un moment été chassés.
Dans la journée, les échanges de tirs continuent avec violence. En début d’après-midi, la mort d’un lieutenant japonais va changer la donne. Ses hommes, hurlant Banzai ! se lancent dans un assaut vengeur qui se propage aux sections voisines. Après une bataille de plus de quinze heures, les Viêts décrochent enfin, en bon ordre. Le secteur est aux mains des Japonais.
Le bilan des combats est cependant limité. Les Japonais ont détruit une fabrique de tracts, une autre d’uniformes et un groupe électrogène, mais ils n’ont saisi que 120 fusils, quelques caisses de grenades et de munitions et une forte somme d’argent. Ils ont fait une soixantaine de prisonniers, blessés pour la plupart.
Les rebelles ont eu 70 morts, les Japonais 23 morts et 30 blessés.
Quand à Hô Chi-Minh, il est en fait passé très près de la capture (ou, plus probablement, de la mort au combat), mais l’histoire ne sera connue que bien après la fin du conflit, quand le président du Vietnam racontera lors d’un entretien accordé à un jeune biographe admiratif qu’il avait eu ce jour-là sa plus grande peur de toute la guerre. Caché dans une cave creusée sous une maison près d’An, il avait entendu marcher au-dessus de lui les Japonais qui retournaient la masure, sans trouver la trappe bien camouflée qui donnait sur son refuge.
………
Dans les montagnes au nord-ouest de Tur-lê (Tonkin) – Vers 10h00, la progression de la 23e D.I. est régulière. La veille, les patrouilles n’ont pas rencontré d’ennemi et l’attention s’est un peu relâchée. Les premiers éléments de la division avancent sans encombre. Ils sont suivis par de petits groupes de véhicules espacés de 150 mètres. Celui qui nous intéresse, long d’une cinquantaine de mètres, appartient au 23e Régiment de Transport. Il est formé de deux camions, une ambulance et une voiture civile réquisitionnée, encadrés par deux voitures militaires, chacune armée d’un FM. Sur le bas-côté avance une troupe de fantassins du 64e R.I.
La matinée paisible est soudain troublée par une explosion. Touchée par un obus de 37 mm, la voiture de tête prend feu. Brutalement, des mitrailleuses et des mortiers se mettent à tirer. Prise sous des tirs croisés, la dernière voiture quitte la route et s’immobilise après avoir heurté un arbre, son conducteur a été tué. Les autres véhicules stoppent et les hommes les évacuent en désordre. Il faut que les sous-officiers donnent de la voix pour qu’ils pénètrent dans la jungle, où les soldats du 64e R.I. ont déjà commencé à riposter, mais à l’aveuglette. A ce moment, un groupe de bo-dois s’avance près de la route. Atteint par une grenade, un camion – à présent vide – explose, dispersant autour de lui des débris enflammés. Une épaisse fumée noire se répand, gênant le tir des mitrailleuses vietnamiennes, mais plus encore celui des FM type 96 de 6,5 mm que les Japonais ont mis en batterie.
Le capitaine responsable du petit convoi se relève pour hurler à ses hommes de ne pas se disperser. Une balle le frappe au visage et lui arrache la joue. Jeté à terre mais encore vivant, il est empoigné par deux soldats qui le traînent à couvert.
Cependant, les bo-dois n’insistent pas et se replient, mais un dernier obus de mortier touche l’ambulance immobilisée. L’explosion éventre le véhicule qui s’enflamme. Les cinq infirmières coréennes terrorisées qui sanglotaient à l’intérieur sont tuées sur le coup. L’ambulance, qui était bien reconnaissable, était-elle visée ? Difficile à dire, mais dans ce conflit, aucun des deux camps ne se soucie beaucoup de respecter les conventions de Genève…
Un bataillon entier se lance à la poursuite des Vietminh, mais il ne les rattrapera pas. La jungle a effacé toutes leurs traces.
Le colonel Kumamoto inspecte le désastre, fou de colère. Les Japonais ont vingt-cinq morts (dont les cinq infirmières) et trente-deux blessés, dont le capitaine défiguré et un sergent, gravement brûlé par des projections d’essence enflammée.


24 mai
Campagne d’Indochine
Sur la ligne de chemin de fer Hanoi-Haiphong, au sud-est d’Hanoi
– Un train rempli de soldats japonais retirés du delta du Fleuve Rouge pour renforcer la garnison de Hanoi saute sur une mine alors qu’il se préparait à entrer en gare. La charge explose au passage du wagon rempli de pierres que la locomotive pousse devant elle en prévision d’un tel piège. Malgré cette précaution, la locomotive et les trois premiers wagons se couchent sur le côté. Les Nippons n’ont que quelques blessés. Les secours s’organisent immédiatement et les soldats peuvent aller renforcer les garnisons de la citadelle, de la gare, de la poste centrale et de la prison d’Hai Duong.
Dans cette dernière s’entassent des prisonniers toujours plus nombreux (pour la plupart des civils raflés plus ou moins au jugé). Ils servent en effet d’otages en cas d’attentat. Dès le lendemain, soixante d’entre eux seront exécutés en représailles de l’attaque contre le train.
………
Opération Typhon
Entre An et Mai-s’on (Tonkin)
– La 22e Division continue son avance. Les patrouilles de reconnaissance du 86e R.I. qui progressent sur la route approchent d’un minuscule hameau lorsqu’un homme saute sur une mine. Des coups de feu claquent. Le lieutenant chef de patrouille décide de replier ses hommes pour ne pas risquer d’en perdre d’autres, puis de revenir en suivant un autre axe. Mais à ce moment, alors que la patrouille longe une rizière, elle est prise pour cible par des mortiers dont les obus soulèvent des gerbes de boue.
Le ciel est trop bas pour que les avions interviennent. Les soldats se retranchent là où ils sont. Des renforts convergent rapidement sur le lieu de l’affrontement, mais n’empêchent pas la mort de trois soldats et du lieutenant.
Cette région située entre le mont Vat et le mont Mua est faite d’une multitude de petites vallées qui rayonnent en tous sens et où les ondes radios passent mal. Les unités sont souvent incapables de garder le contact avec le QG du colonel Yamagata. Craignant de tirer sur ses propres troupes, celui-ci n’ose faire donner l’artillerie.
Toutefois, la supériorité numérique des Nippons suffit à pousser les bo-dois au repli.
Le reste de la journée voit se succéder de longues battues guère fructueuses dans les vallées et de brefs échanges de coups de feu. Au soir, les Japonais épuisés n’ont conquis que deux vieux mousquetons. Ils ont tué une douzaine de Vietminh, mais comme souvent, leurs camarades ont ramassés armes et munitions, ne laissant derrière eux que les cadavres, quand ils ne pouvaient les emporter.
………
Dans les montagnes au nord-ouest de Tur-lê (Tonkin) – Après des semaines d’affrontement, l’angoisse étreint les soldats du 72e R.I. Tous craignent l’attaque nocturne. Eux-mêmes harcelés par le colonel Miyokonojo, les officiers stimulent la vigilance des hommes en leur demandant de garder leurs armes à portée de main même en pleine nuit. L’un d’entre eux fera les frais de ce climat de tension. Faisant une ronde impromptue, il est abattu par erreur par une sentinelle.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Des vedettes sauvées des eaux
70 nautiques au sud de Nouméa, 04h30
– Le sous-marin I-17 torpille le pétrolier Stanvac Manila (10 138 t), battant pavillon panaméen. Le navire, en provenance de New York, devait livrer en Nouvelle-Calédonie du carburant, divers équipements pour l’US Navy et surtout six MTB (des Elco 80-ft), arrimées dans des nacelles sur le pont. La salle des machines et celle des chaudières sont rapidement inondées et le navire commence à couler par la proue. Privé de courant, l’équipage ne peut même pas envoyer de signal de détresse. Mais bien que l’ordre d'abandon du navire ait été donné, les équipages des vedettes rapides s’efforcent de sauver leurs embarcations.
Vers midi, lorsque le pétrolier finit par sombrer, il n’emporte avec lui – en plus d’une douzaine d’hommes – que les PT-165 et PT-173. Les autres vedettes, les PT-167, PT-171, PT-172 et PT-174, ont pu être mises à l’eau.
Une heure plus tard, le mouilleur de mines USS Preble (DM-20, un ancien destroyer de classe Clemson) arrive sur les lieux du naufrage. Il récupère 85 rescapés et prend trois des MTB en remorque. La dernière vedette, ayant pu lancer ses moteurs, gagnera Nouméa par ses propres moyens.


25 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Mai-s’on (Tonkin)
– La journée de marche de la 22e D.I. est éprouvante. Les montagnes tonkinoises sont de plus en plus escarpées et le convoi serpente au pied du Mont Mua. Cependant, les hommes qui cantonnent le soir à Mai-s’on sont presque qu’euphoriques. Les officiers portent des toasts au saké. En effet, un message d’une patrouille rapporte qu’elle a rencontré des éclaireurs de la 23e D.I. Les deux forces ne sont plus éloignées que de quelques journées de marche.
………
Aux environs du Mont Cheng – Les Muong ne font pas partie des troupes du Vietminh, ils ont été directement levés par les Français. D’ailleurs, ces partisans sont dirigés par un sous-lieutenant en uniforme réglementaire (sinon en bon état) de l’armée du Colonisateur. Ils sont cependant mal armés, beaucoup ont des lances ou des sabres d’abattis. Leurs fusils sont hétéroclites et ils n’ont pour toute pièce lourde (ou prétendue telle) qu’un unique mortier de 60 mm. Toutefois, ils ont du courage à revendre et ont déjà expérimenté la cruauté de l’occupant.
La patrouille de la 23e D.I. qu’ils surprennent est immédiatement submergée par un assaut furieux, au corps à corps. Les Nippons ne réussissent à se dégager que grâce aux rafales d’un FM qui couvre leur retraite. Mais le tireur lui-même ne peut s’échapper ; il est massacré à l’arme blanche et son arme est arrachée de ses mains agonisantes par les Muongs qui la brandissent triomphalement malgré les quatre hommes que cette prise leur a coûtés.

La guerre sino-japonaise
Un rapport accablant
Chongqing
– Après six semaines d’enquêtes sur le terrain, Joseph Needham remet son rapport au général Chen Cheng, qui le transmet immédiatement à Tchang. Celui-ci fait envoyer des copies à Mast, Crane, Wards et Wedemeyer, ainsi qu’aux représentants de la Croix-Rouge internationale en Chine et (pour la forme) au siège de la Société de Nations. Le rapport, en effet, est accablant : Needham a rassemblé les preuves irréfutables d’un emploi massif d’armes bactériologiques par l’Armée japonaise dans les provinces du Hunan, du Zhejiang et du Jiangxi à la suite de leur retraite de l’année précédente. Des pathogènes cultivés en laboratoire ont été à dessein répandus parmi les populations civiles.
Needham a en particulier reconstitué le mode de propagation du choléra : des bombes en porcelaine comprenant deux compartiments, l’un rempli de bouillon de culture saturé de bactéries, l’autre de mouches domestiques. En se brisant, elles libèrent les mouches tout en les aspergeant de la mixture contaminée, et les insectes vont ensuite infecter les humains. Pour accélérer la propagation de l’épidémie, les Japonais se sont livrés à des bombardements de terreur à travers les régions qu’ils avaient évacués, afin de créer des milliers de réfugiés qui ont été autant de vecteurs involontaires. Aucun décompte précis des victimes n’est possible, mais Needham l’estime à 200 000, au moins, et des milliers d’autres mourront encore avant que la catastrophe soit contenue – d’autant plus que la Chine manque cruellement de médecins. Le total devrait approcher les 400 000 morts ! Les Japonais ont atteint leur but : rendre la région impropre aux opérations militaires alliées pour plusieurs mois, tout en forçant les autorités chinoises à détourner une partie de leurs maigres ressources pour venir en aide aux populations sinistrées.


26 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Entre Mai-s’on et Son La (Tonkin)
– Au cœur de la nuit, entre 01h00 et et 04h00, le GB “Louvre” accueille à sa manière la 23e Division dans la région !
Seuls ou par deux, les vénérables mais fidèles Potez 25, renforcés de Lysander d’occasion fournis par la RAF, lui souhaitent la bienvenue par de petits mais irritants bombardements nocturnes (1). Ce harcèlement fait peu de dégâts, mais le moral des soldats impériaux en souffre désagréablement…
Dans la matinée, les éclaireurs de la 22e D.I. sont témoins d’un ravitaillement des Franco-Vietnamiens par des avions américains. Deux C-47 parachutent une série de conteneurs au-dessus d’une vallée toute proche. Le dernier conteneur est largué avec retard et une saute de vent emporte le parachute jusqu’aux Japonais qui se précipitent et découvrent des cigarettes, du chocolat, du café soluble… et même, luxe inouï, du papier hygiénique ! L’impressionnante logistique américaine choque d’autant plus les soldats nippons qu’ils manquent de tous ces biens précieux.
Plus à l’arrière, les colonnes qui avancent sur d’étroites routes de montagne sont la cible de rafales tirées des hauteurs. Les mortiers ripostent. Cependant, l’échange de tirs, de loin et à l’aveuglette, ne fait aucune victime.
Le soir venu, les Japonais n’arrivent pas à dormir. Pour une fois, les Vietminh n’y sont pour rien. Les soldats sont occupés à écraser les puces qui prolifèrent dans leurs vêtements. Vermines et maladies liées à la saleté provoquent une augmentation progressive des indisponibilités.
………
Aux environs du mont Cheng, au sud de Quinh-nhai – La journée est une succession d’escarmouches plus agaçantes que dangereuses pour les Japonais. Toutefois, cette tension continuelle épuise les soldats en patrouille et mine leur moral. Trente Viêts sont abattus et plusieurs faits prisonniers (ils seront exécutés après interrogatoire). Les Japonais n’ont que quelques blessés, mais comment y voir une victoire alors que tous les soldats rentrant au camp savent que la journée du lendemain verra d’autres affrontements du même genre ?
A la nuit tombée, des Muongs s’infiltrent aux abords des campements de la 23e D.I. Ils rampent dans l’obscurité, armés de couteaux effilés comme des rasoirs. Au matin, trois sentinelles sont retrouvées mortes et, pire, trois autres sont portées manquantes.

Campagne du Pacifique
Des Italiens têtus
Colombo
– Après dix jours de tension et de débats agités qui ont vu s’opposer le flegme britannique et la passion latine, le détachement de Mariassalto reprend la mer, toujours cap à l’est. Les Italiens ont convaincu leurs nouveaux alliés – pardon, cobelligérants – qu’ils n’avaient pas fait tout ce chemin pour rien et qu’ils pouvaient aller chercher la flotte japonaise là où elle se trouvait, c’est-à-dire dans le Pacifique Sud, vers Rabaul, Truk ou même Kavieng ; l’avis des nageurs de combat britanniques, de plus en plus impressionnés par la qualité de leurs homologues italiens, a sans doute pesé. En accord avec le vice-amiral Royle, First Naval Member, RAN (le chef de la Royal Australian Navy), le Volframio et le Barletta sont dirigés vers la côte nord de l’Australie.


27 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Au sud de Son La (Tonkin)
– Aux abords de la petite ville, la 22e D.I. tombe sur une résistance plus solide que d’habitude. Après un mois d’affrontement continuel, se jeter à terre, chercher un abri, riposter au jugé est devenu un réflexe conditionné pour les soldats japonais, qui réagissent instantanément dès la première rafale. Mais cette fois, le combat se prolonge toute la journée. Les patrouilles qui sillonnent les pentes du Mont La sont gratifiées de quelques rafales avant que leurs adversaires invisibles se replient. Les Japonais ripostent par des bombardements au mortier et s’emparent sans coup férir de la ville de Son La.
Les hommes du 84e R.I. réussissent finalement à repérer les positions occupées par les bo-dois, mais comme souvent, ceux-ci refusent l’affrontement et préfèrent se replier sous le couvert de la nuit qui commence à tomber.
En dépit de violents échanges de tirs, il n’y a que quelques blessés légers… du moins chez les combattants. En effet, Son La est le plus gros bourg rebelle capturé depuis le début de Typhon et les Japonais se déchaînent. Viols, exécutions sommaires et pillages se succèdent tout la nuit. Ces exactions dépassent en brutalité ce qui s’est fait ailleurs. Il faut que le colonel Sendai intervienne personnellement pour reprendre en main son régiment avant que la ville soit incendiée par la soldatesque déchaînée.
………
Aux environs de Quinh-nhai – La 23e D.I. redescend des hauteurs et traverse une large vallée peuplée de nombreux hameaux à l’abandon. Mais les patrouilles qui rayonnent jusque sur les contreforts du Châu Tai se heurtent avec régularité à des forces ennemies. Des coups de feu résonnent interminablement et entretiennent l’inquiétude des soldats. Le général Nishihara ordonne au 23e Régiment de Reconnaissance de ralentir son avance et d’attendre le 71e R.I., qui le suit.
Le 23e de Reconnaissance en profite pour fouiller la bourgade de Quinh-nhai, mais, ne se trouvant pas sur la route de la division, le village n’est pas occupé.

Haiphong, 09h00 – Cette fois, 28 B-24 du 308th BG attaquent le port, mais à cause d’une dense couverture nuageuse, la formation doit descendre à 12 000 pieds afin d’apercevoir l’objectif. La précision du bombardement n’est cependant pas excellente, mais quelques bombes touchent les quais et surtout le cargo mixte Kashii Maru (1936, 6 825 GRT) dont une partie de la cargaison est constitué de munitions ! Une féroce explosion le réduit à l’état d’épave enflammée et dévaste les entrepôts et habitations alentour, déclenchant un violent incendie qui va durer 24 heures. Le petit tanker Funakawa Maru (862 GRT) et le vraquier Tokachi Maru (1939, 1 932 GRT), accostés à proximité, sont eux aussi sérieusement atteints. La DCA est moins nourrie que sur Hanoi, mais un B-24 est abattu.
Quatre Ki-44 “Tojo” et six Ki-43 “Oscar” ont décollé en urgence de Cat Bi, mais le temps de parvenir à l’altitude de la formation américaine, celle-ci a déjà pris le chemin du retour. Tant bien que mal, les chasseurs réussissent à rattraper les bombardiers qui s’enfuient en prenant de l’altitude. Les quadrimoteurs disposés en boxes parviennent, en croisant les feux, à tenir en respect leurs assaillants pendant vingt longues minutes. Néanmoins, l’entêtement des Japonais finit par payer quand deux Ki-43 attaquant en formation serrée réussissent à incendier un Liberator. Profitant d’un flottement dans la formation américaine, d’autres chasseurs parviennent à s’approcher assez près pour ajuster leur tir sur les points sensibles des quadrimoteurs, mais ce faisant, ils s’exposent un peu plus aux multiples Browning de .50 hérissant les B-24.
Si les pilotes japonais sont stupéfaits par la taille, la résistance et l’armement des bombardiers, les équipages américains sont impressionnés par la témérité quasi suicidaire des chasseurs : « Leurs attaques frisaient la démence ! Ils s’approchaient si près pour nous attaquer qu’ils nous frôlaient à quelques pouces en dégageant, c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de collision ! Un Tojo solitaire nous a piqué dessus de face. Il a ouvert le feu à moins de 300 yards sur mon sectionnaire de gauche [Bad Penny, serial 41-24238, 375thBS] et n’a dégagé en piquant qu’à quelques mètres du Liberator, qui est tombé comme une pierre, l’aile droite en feu, je n’ai vu aucun parachute… » (Témoignage du colonel Eugene H. Beebe, 308th BG).
Le combat est relativement bref, car les Nakajima sont vite à court de munitions et ont de plus en plus de mal à suivre les Consolidated qui continuent à grimper. L’objectif du raid est atteint, puisque le port et ses infrastructures sont hors service pour quelque temps, avec en prime un cargo coulé plus deux gravement endommagés, mais les pertes dans la population sont importantes. Le décompte final établi par les Japonais, qui mélange volontairement civils vietnamiens et marins nippons, atteint près de deux cents morts et environ trois cents blessés. La propagande japonaise et la presse locale (forcément collaborationniste) en profitent pour vilipender « les lâches assassins Yankees au service des colonialistes », accusés de tous les maux.
Au retour, le 308th BG compte quatre B-24 détruits (un par la DCA, deux par la chasse, plus un victime de dommages cumulés et qui s’écrase à l’atterrissage). Huit autres ont été plus ou moins criblés de balles par les petits chasseurs japonais et seront indisponibles pendant plusieurs jours. Apparemment, l’idée que les formations de bombardiers lourdement armés peuvent se passer d’escorte semble aussi erronée en Asie qu’en Europe.
Sur le terrain de Cat Bi, avec un Ki-44 et trois Ki-43 abattus, plus tous les autres endommagés à divers degrés, l’ambiance est plutôt morne, bien que l’on affirme avoir éliminé huit bombardiers. Le communiqué officiel ira jusqu’à la douzaine !
« Ces gros quadrimoteurs yankees sont un cauchemar. Avec Saejima, nous nous sommes mis à deux pour descendre un seul de ces mastodontes, et nous avons utilisé la presque totalité de nos munitions : au retour, les armuriers ont compté moins de trente cartouches dans mes casiers ; Saejima était encore moins bien loti avec seulement dix cartouches restantes. En prime, nos fidèles Hayabusa ressemblent à des cibles après un exercice ; seuls nos ancêtres bienveillants ont dû nous permettre de revenir indemnes, nous avons de la chance par rapport aux autres.
Aucun appareil n’est rentré intact, tous les pilotes sont blessés (en plus des quatre tués en combat). Le chu-sa [Lt-colonel] Shigeno, qui a abattu un de ces monstres à lui tout seul en l’attaquant de face, s’en tire avec le visage lacéré par des éclats de vitrage, une plaie du cuir chevelu et une migraine qui n’arrange pas son humeur… Son Shoki est dans un état lamentable, on se demande s’il revolera un jour (le chu-sa a ordonné aux mécaniciens de cesser le décompte des impacts quand ils en étaient à cinquante, il a dit que de toutes façon, si le bombardier n’était pas tombé, il se serait écrasé dessus).
D’après le chef mécanicien, la moitié de nos appareils sont bons pour la casse si nous ne recevons pas beaucoup de pièces détachées du Japon. »
(Journal du sho-i [sous-lieutenant] Keitaro Urashima).


Note
1- Depuis fin 1941, l’entoilage des Po-25 a été entièrement refait avec la matière première la plus facile à trouver sur place… De la soie !
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Hendryk



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MessagePosté le: Mer Sep 09, 2015 16:06    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Le commissaire est perplexe
Maquis du Jiangsu
– L’arrivée de Peng Dehuai, censé prendre le commandement de la Nouvelle Quatrième Armée, est modérément appréciée du chef actuel de celle-ci, le général Chen Yi, et de son commissaire politique, Liu Shaoqi.

En fait, je m'étais trompé quand j'ai écrit ça: en mai 43, le commissaire politique de la Nouvelle Quatrième Armée n'était plus Liu Shaoqi mais Rao Shushi, son ancien adjoint.
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MessagePosté le: Mer Sep 09, 2015 16:12    Sujet du message: Répondre en citant

Je corrige, honorable Hendryk !
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Wil the Coyote



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MessagePosté le: Mer Sep 09, 2015 20:10    Sujet du message: Répondre en citant

Les Potez, s'ils survivent à la guerre, deviendront de fameuses pièces de musés.......
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MessagePosté le: Jeu Sep 10, 2015 10:55    Sujet du message: Répondre en citant

28 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Entre Son La et Thuân (Tonkin)
– La 22e D.I. continue vers le nord-ouest et s’aventure sur les contreforts du Mont Murei. La journée se passe sans accrochage avec le Vietminh et – de l’avis général – c’est plutôt mauvais signe. En effet, les “rebelles” n’interrompent leur harcèlement que pour préparer une opération d’importance. Les patrouilles qui arpentent le Châu Tai – sur l’aile droite – rencontrent à présent régulièrement des éclaireurs de la 23e D.I. En fait, les deux divisions progressent dans des vallées parallèles et se préparent à franchir les cols pour gagner le point de rendez-vous.
Dans la nuit, aux alentours de Quinh-nhai, la 22e D.I. est à son tour reçue avec les honneurs par le GB “Louvre”. Suivant une tactique rodée depuis longtemps, les Potez entament leur traditionnel spectacle son et lumière… L’un de leurs coups d’épingle est douloureusement ressenti : la destruction d’un camion contenant principalement plusieurs caisses de saké !
………
Moins de 80 km au nord-est – La 23e D.I., qui a à présent des contacts radio réguliers avec sa partenaire, expérimente la même discrétion des bo-dois. Toutefois, un avion de reconnaissance signale à plusieurs reprises avoir aperçu des troupes ennemies en retraite juste devant les troupes japonaises. L’ennemi semble se retrancher au col que la division doit traverser pour atteindre Tuan Giao, la ville où les deux unités doivent se rejoindre.

Campagne de Nouvelle Guinée
Bataille de la Mer de Bismarck
Au large de la Nouvelle-Bretagne
– La petite flotte qui s’aventure sur la Mer de Bismark est un convoi de huit transports (les cargos Aiyo Maru, Kembu Maru, Kyokusei Maru, Nojima, Oigawa Maru, Shinai Maru et Taimei Maru, plus le pétrolier Teiyo Maru) escortés par le croiseur léger Kiso, les destroyers Hamakaze, Isokaze, Tanikaze et Urakaze, les escorteurs Tsuga, Kuri et PB-101 (1) et les petits chasseurs de sous-marins CH-16, 17, 18, 20, 21 et 23. Le tout est placé sous le commandement du contre-amiral Kiruma Masatomi, qui a fait porter son pavillon sur le croiseur. Près d’une centaine de chasseurs de la Marine, venus de Rabaul, assurent la couverture du convoi. Il est prévu que la base de Lae prenne ensuite le relais.
Ce voyage est le troisième du genre. Les deux premiers se sont déroulés sans gros incidents et ont permis de transférer les 20e et 41e Divisions à Wewak. La raison de ce vaste et soudain redéploiement de troupes en Nouvelle-Guinée est simple : c’est la chute des poches de Buna, Gona et Sanananda. Sans ce bouchon qui empêchait les Alliés de remonter vers le nord de l’île, Lae et la péninsule de Huon seront bientôt menacées. Au terme de plusieurs simulations et jeux de guerre, l’Armée a conclu qu’il fallait amener… 100 000 hommes supplémentaires en Nouvelle-Guinée pour espérer renverser le cours du conflit dans la région. Il ne semble pas que l’on se soit interrogé sur la possibilité de ravitailler tout ce monde par la suite, mais quoi qu’il en soit, le seul transfert de ces troupes représentait un véritable tour de force pour les moyens de transport réduits de la flotte japonaise. L’état-major impérial a pourtant décidé qu’il s’agissait d’une nécessité incontournable pour l’Empire, la Marine n’a donc qu’à s’exécuter.
Le troisième volet de l’opération de transfert de troupes prévoit de faire traverser la Mer de Bismarck aux hommes de la 51e Division, qui doivent être acheminés directement à Lae.
Les Japonais sont bien conscients qu’avec l’approche de la saison sèche, le temps sera moins couvert que pour le passage des deux premiers convois. De plus, les rapports venus de Lae soulignent chaque fois qu’un flux constant de renforts aériens – essentiellement américains – ne cesse d'accroître les forces ennemies dans la région. Depuis le début de l’année, Australiens et Yankees ont construit au moins trois nouveaux aérodromes afin de pouvoir les accueillir. Par contraste, le nombre d’appareils nippons déployés à Lae par l’Armée a décru en nombre comme en qualité – mais il faut faire face aux offensives ennemies en Birmanie, en Chine, et même en Indochine, tout en se couvrant au nord, car les avions américains basés aux Aléoutiennes commencent à se montrer agressifs.
Traverser une mer sous la menace d’attaques aériennes ennemies sans bénéficier d’une couverture de chasse suffisante est le cauchemar de toute flotte. Les simulations opérées par les Japonais prévoient d’ailleurs 50 % de pertes. N’importe quelle autre armée aurait renoncé dans de telles conditions. Mais l’état-major estime l’opération à ce point nécessaire que cette saignée a été jugée acceptable !
Le drame de la bataille de la Mer de Bismarck était donc prévisible, d’autant plus que, même dans leurs simulations les plus pessimistes, les Japonais ont commis deux erreurs capitales. Ils ont sous-estimé le nombre et l’entraînement des pilotes alliés, et ils ont surestimé leurs propres capacités anti-aériennes.
Le convoi transportant la 51e Division a donc appareillé le 27 mai au matin. Les premières vingt-quatre heures se sont écoulées sans incident.
………
13h00 – Un B-24 Liberator en patrouille aperçoit le convoi alors qu’il double l’extrémité nord-ouest de la Nouvelle Bretagne. Il communique aussitôt son cap et sa vitesse, avant de s’enfuir, pris en chasse par plusieurs Zéro.
16h55 – La couverture de chasse brillant cette fois par son absence, une formation de douze bombardiers lourds américains peut attaquer le convoi comme à la parade. En dépit de la légendaire lourdeur de leurs commandes et de leur relative fragilité, les B-24, armés de douze bombes de 500 livres chacun, manœuvrent bien plus bas qu’à leur habitude, et l’entraînement prolongé suivi les semaines précédentes montre sa valeur. Leurs passages successifs sont dévastateurs. Touchés par au moins huit bombes, le pétrolier Teiyo Maru se désintègre dans une monumentale boule de feu.
17h10 – Les Américains se replient, mais un des Liberator est endommagé, un de ses réservoirs crevé par la DCA nipponne. Le bombardier arrive à court de carburant alors qu’il est en vue de la côte de Nouvelle-Guinée. Les hommes choisissent de sauter en parachute plutôt que de risquer un amerrissage d’urgence (2). L’appareil est perdu, mais tous les membres d’équipage atteignent la côte ; ils seront récupérés dès le lendemain par un Catalina.
Les Japonais sont loin d’être aussi chanceux. Tout l’équipage du Teiyo Maru a été perdu. Plusieurs autres navires ont eu des dégâts sérieux et des pertes.


29 mai
Campagne d’Indochine
Opération Typhon
Bataille de Thuân (Tonkin)
– La 22e D.I. arrive en vue de Thuân dans l’après-midi. L’accueil est de qualité. Les Vietnamiens ont fortifié la ville et entendent bien la défendre. La première ligne, au flanc du mont Murei, est ancrée sur un blockhaus de rondins bien camouflé qui abrite un 75 de montagne jadis italien, apparemment égaré par l’armée chinoise. Son tir fait voler la terre et les rochers de la colline qui flanque la route, sans faire de victimes.
Dans l’urgence, quelques pièces du 52e Régiment d’Artillerie de campagne sont dételées et ripostent. Mais les 75 mm nippons n’arrivent qu’à égratigner les épaisses protections du fortin, quand ils les touchent ! De son côté, la pièce vietnamienne continue à tirer, mais les artilleurs amateurs visent toujours aussi mal. Des mitrailleuses embusquées dans des tranchées ouvrent alors le feu sur les troupes d’infanteries qui montent vers elles, leur infligeant cette fois quelques pertes. Les Japonais se couchent et ripostent au FM et au mortier, mais sans résultat tangible. L’assaut échouerait sans le courage d’un sergent du 86e R.I., qui ouvre à ce moment la marche. Au mépris des rafales qui soulèvent des geysers de poussière autour de lui, il s’élance en zigzagant, franchit le glacis, parvient au bunker et jette une charge de démolition dans la casemate. Une puissante explosion fait jaillir de la fumée par toutes les ouvertures. Dans un cri formidable, les Japonais se relèvent et chargent. Toujours sous le feu des 75 nippons, les bo-dois choisissent une nouvelle fois le repli plutôt que le combat.
Sur une colline proche, jumelles en main, le colonel Yamagata assiste, impassible, à la bataille. Il jette par instant un œil sur la carte d’état-major que ses subordonnés viennent de déployer. Puis il donne ses ordres pour tenter d’encercler les défenseurs, trop peu nombreux pour former une ligne continue. Plusieurs petits groupes sont acculés, mais la plupart des Vietnamiens se replient jusque dans Thuân même.
Les pertes de ce premier affrontement sont faibles. Les bo-dois ont perdu dix ou douze hommes, les Japonais six.
………
Moins de 70 km au nord-est – Les Vietminh du col de Tuan Giao sont réveillés en fanfare. Des Ki-21 “Sally” escortés par des Ki-27 les bombardent. Les bimoteurs commettent cependant l’erreur de descendre trop bas pour pouvoir viser avec plus de précision. L’un des arrogants pilotes est touché et son avion en perdition va exploser sur les pentes du Mont Cheng. Un autre bombardier est atteint au moteur gauche, qui se met à cracher un panache de fumée noire où l’on devine quelques flammes. Faisant montre d’un stupéfiant sang-froid, le pilote effectue un demi-tour impeccable et réussit à regagner l’aérodrome d’Hoa Binh, où il se pose à la perfection sur un seul moteur.
Au sol, les combats durent toute la journée, les canons du 13e Rgt d’Artillerie de montagne souffrant d’une élévation trop limitée pour être très utiles. L’échec des bombardiers réduit les soldats de l’Empereur à un assaut frontal. Et non seulement les Japonais n’arrivent pas à percer les lignes de défense, mais un bataillon vietnamien contre-attaque et enveloppe les éléments avancés du 72e R.I. L’intervention des avions d’appui au sol nippons, cette fois efficace, enraye la contre-offensive ennemie. Mais au bout de six heures d’affrontement, l’assaut est interrompu en attendant le reste de la division, échelonnée sur une vingtaine de kilomètres. Les pertes japonaises s’élèvent à 60 morts et 150 blessés.

Campagne de Nouvelle Guinée
Bataille de la Mer de Bismarck
Au large de la Nouvelle-Bretagne
– Dès l’aube, un B-24 de reconnaissance repère à nouveau le convoi. Il le signale, puis attaque comme un B-25 avant de se hâter de faire demi-tour. L’une de ses bombes frappe le Kyokusei Maru, déjà endommagé la veille. Le transport stoppe, machines bloquées, pompes inopérantes et avec plusieurs voies d’eau. L’équipage et les soldats transportés évacuent dans le calme le navire, qui mettra près de deux heures à sombrer. Les destroyers Hamakaze et Tanikaze recueillent quelques 900 survivants, puis ils quittent la flotte et mettent le cap sur Lae à toute vitesse.
Quant au Liberator, endommagé par un Zéro de la couverture de chasse, il rentre à sa base sur trois moteurs.
Dans la journée, le convoi échappe à d’autres attaques aériennes grâce à d’épais nuages ou aux chasseurs de l’escorte.


30 mai
Campagne de Birmanie
Opération Fauconneau / Falconet
Ile d’Elphinstone, face à la côte sud-est de la Birmanie
– Rapport mensuel du colonel d’Astier de la Vigerie.
Installations – La deuxième équipe nous a fait parvenir des plans sur les zones défrichées (voir annexes). Des stocks de vivres et de munitions ont commencé à être enterrés en avant, sur une zone balisée. La mousson rend le travail plus pénible et le ralentit, mais elle réduit aussi le nombre de patrouilles japonaises à l’intérieur des terres.
Contacts – La population vit entre la crainte de la déportation vers le chantier du chemin de fer et celle du pillage par la milice. Tout cela crée les conditions propices à un mouvement de Résistance. Certains habitants regrettent ouvertement le bon vieux temps des Anglais et l’envahisseur japonais n’est même plus vu comme un mal nécessaire avant une hypothétique indépendance.
Des indigènes qui avaient été déportés et qui ont réussi à s’échapper décrivent une situation où les populations (celles de Tavoy, Ye ou Moulmein ne sont pas épargnées) sont réduites en esclavage pour construire cette ligne de chemin de fer entre Singapour d’une part, Bangkok et Moulmein d’autre part. Plus au nord, selon les bruits que nous recueillons, la situation est encore pire : dans le secteur du col des Trois Pagodes, les prisonniers faits à Singapour, contraints à un travail épuisant en violation des conventions internationales, sont très souvent maltraités et exécutés sans jugement à la moindre tentative de rébellion ou même d’évasion.
Activités japonaises – Aucun caboteur n’est venu ce mois-ci et nous avons vu le dragueur partir vers le sud il y a plusieurs jours, il n’est pas revenu. La périodicité de la surveillance aérienne est redevenue régulière.


Campagne d’Indochine – Opération Typhon
Bataille de Thuân (Tonkin)
– Le jour se lève sur une déconvenue pour les Japonais de la 22e D.I. En effet, pendant la nuit, les éléments viêts encerclés se sont faufilés à travers les lignes japonaises en profitant du terrain encaissé. Les soldats du Tenno ont la mauvaise surprise de découvrir que les ennemis acculés la veille ont tous disparu aux premiers rayons du soleil.
Cependant, avec le jour, les combats reprennent sur le flanc nord du Mont Muei, où les Vietnamiens sont toujours accrochés. Un intense bombardement du 52e Régiment d’Artillerie de montagne force les bo-dois à se retrancher dans des cavernes naturelles ou des caches creusées dans le flanc de la montagne. Les hommes du 86e R.I. doivent les déloger en utilisant des lance-flammes et des grenades.
Simultanément, le 84e R.I. s’empare de Thuân. La forte résistance de la veille n’est plus qu’un souvenir. La localité est abandonnée par les civils comme par les combattants. Seules les maisons fortifiées avec des sacs de sable et les barricades coupant les rues rappellent que les Vietminh n’étaient pas une hallucination collective.
Le colonel Sendai se sent ridiculisé. Il ne comprend pas que son ennemi cherche à la fois à gagner du temps et à user les troupes japonaises. Muré dans sa vision étroite du code du bushi-do, le colonel ne voit que de la lâcheté dans ces replis. Mais le pire, du point de vue de Sendai, est que cette succession de “non-batailles” fait perdre la face aux officiers nippons qui déploient de grands moyens pour surmonter un simulacre de résistance. Chaque fois, les « rebelles » s’esquivent avec de faibles pertes, sans doute ravis du bon tour qu’ils ont joué, mais pour les Japonais, ce qu’ils considèrent comme la lâcheté de leurs adversaires entache aussi leur propre honneur. Les Vietnamiens font passer les officiers des 22e et 23e D.I. pour des pleutres, incapables de reconnaître la faiblesse de leurs adversaires.
Cependant, le manque d’opposition a rendu les éléments de reconnaissance de la 22e D.I. un peu trop confiants. L’heure du repas étant venue, deux sections du 85e R.I. s’installent dans un village pour partager la nourriture pillée dans les environs, mais le gueuleton improvisé est bientôt interrompu par une fusillade nourrie venant de rizières en terrasse. Aussitôt, les hommes se dispersent et ripostent. Au bout de quelques minutes d’échange, les bo-dois chargent en criant des slogans. Les Japonais les accueillent baïonnette au canon et brisent rapidement l’attaque. Les Vietminh retraitent sous la protection de mortiers et de mitrailleuses tandis que les Japonais demandent du soutien par radio.
Une heure après le début de l’engagement, les renforts envoyés par le colonel Wakamatsu montent à l’assaut des rizières malgré une fusillade nourrie. Culbutés, les Vietnamiens reculent sur deux cents mètres. D’autres sections japonaises tentent de leur couper la route, mais les Vietnamiens se replient en tiroir à flanc de montagne, toujours couverts par leurs armes lourdes. Les Japonais suivent et les combats se poursuivent jusqu’au soir.
Au bout du compte, les résultats sont faibles : dix bo-dois ont été tués et trois capturés. Alors que les patrouilles regagnent Thûan, un 75 solitaire tire quelques obus sur la ville.
………
Moins de 70 km au nord-est – Au matin, les troupes de la 23e D.I. remontent vers le col de Tuan Giao. Mais celui-ci a été abandonné par les « rebelles » au cours de la nuit. Les soldats ne trouvent qu’une quarantaine de tombes creusées par les bo-dois pour leurs camarades.

Campagne de Nouvelle Guinée
Bataille de la Mer de Bismarck
Au large de la Nouvelle-Bretagne
– A la mi-journée, douze Bristol Beaufighter du Coastal Command attaquent le convoi à la torpille. Neuf appareils sont repoussés par les Zéro de la couverture de chasse et doivent se délester de leur charge avant de s’enfuir ventre à terre. Seuls trois des bombardiers-torpilleurs poussent leur attaque à fond, mais ils n’enregistrent aucune réussite.
Pendant ce temps, à Lae, les destroyers Hamakaze et Tanikaze débarquent les survivants du Kyokusei Maru et font immédiatement demi-tour pour rejoindre le convoi.


31 mai
Campagne d’Indochine
Un pont de moins
Centre Annam, pont de Bao Nui
– En pleine nuit, un commando de vingt-quatre irréguliers vietnamiens débarque d’une jonque. Sa mission est de faire sauter le pont et le tunnel pour couper la ligne entre Bong So et Quang Nuai. Le secteur est gardé par des miliciens du Hei Ho, des Vietnamiens projaponais organisés sur le modèle du régiment indépendant de Taiwan. Ils portent des uniformes nippons ornés du drapeau jaune avec un disque rouge de la dynastie Nguyen, qui rappelle à la fois l’époque précoloniale… et le Hinomaru de l’occupant. Ils sont bien mieux entraînés et plus agressifs que les autres milices.
Les Vietminh les surclassent cependant par leur détermination, leur faisant croire qu’ils sont beaucoup plus nombreux. Après avoir perdu plusieurs hommes, les miliciens du Hei Ho se replient dans le tunnel, d’où il est très difficile de les chasser. Les Vietminh préfèrent ne pas insister et se contentent de miner le pont de Bao Nui avant de décrocher. L’explosion des charges disloquera l’ouvrage quelques minutes plus tard.

Opération Typhon
Dien-Bien-Phu
– Un Dakota transportant le général chinois Chen Cheng se pose sur l’une des pistes d’Epervier. L’officier, un proche de Tchang Kai-chek, a été chargé par le généralissime en personne de s’assurer que les Franco-Vietnamiens sont bien décidés à défendre leur place forte. Le président du Kouo-Min-Tang lui a fait part, dit-il, de « sa profonde inquiétude ». En effet, à Chongqing, on estime que les Français et leurs alliés vietnamiens ne font pas beaucoup d’efforts pour arrêter les Japonais et l’on nourrit de forts doutes sur leurs capacités de résistance.
Le général Martin se fait rassurant et explique la stratégie d’attrition imaginée par Nguyen Nan Thieu : « N’ayez aucune crainte, dit-il. Nous voulons que les Japonais arrivent jusqu’au seuil de la base Epervier ! Mais nous faisons tout ce qu’il faut pour qu’ils y arrivent épuisés, et c’est ici que nous allons les anéantir ! »
Après la réunion d’état-major, le chef des unités du génie, Võ Nguyên Giáp, responsable de la construction de « la forteresse de Dien-Bien-Phu », fait visiter aux Chinois les retranchements en passe d’être achevés. Le général Chen apprécie, sans trop le laisser paraître, l’ampleur des travaux et la qualité du camouflage. Giap a même fait construire de nombreux faux bunkers, eux-mêmes juste assez bien dissimulés pour être crédibles, pour détourner le feu ennemi. Ils sont occupés par des canons en bois et des mannequins en uniforme remarquables de réalisme. Pour donner l’illusion que les fausses pièces tirent, un simple coolie (voire une femme) sera chargé de mettre à feu un sac de poudre noire !
Mais ce qui étonne le plus le Chinois, c’est peut-être que tout cela soit sorti de la tête d’un simple professeur d’histoire. A côté de cette anomalie, la présence dans l’arsenal de la garnison de canons normalement destinés aux forces du KMT ne fait pas lever un sourcil à l’envoyé de Tchang.
De fait, la pièce d’artillerie la plus représentée à Dien-Bien-Phu est le canon de montagne italien de 65 mm M 1911 à affût bas. Capturés en Grèce au cours de l’opération Périclès, ces canons complètement dépassés en Europe ont été généreusement offerts par les Français et les Anglais aux Chinois. Les généraux chinois à qui ils ont été livrés les ont fait suivre aux Vietnamiens en échange d’une modeste gratification – après tout, les canons de 75 livrés par les Américains sont bien supérieurs. Ensuite, les généraux ont juste oublié d’en parler au chef du KMT (qui suit en revanche de près le destin des 75 de l’Oncle Sam).
Les quelques pièces antichars de Dien-Bien-Phu, des K.n.36 autrichiens de 47/32 achetés par les Pays-Bas avant l’Anschluss, ont une histoire encore plus singulière. Capturées par les Allemands en 1940 lors de l’invasion de la Hollande, elles ont été cédées aux Italiens, qui utilisaient une version moins puissante de ce canon fabriquée sous licence (3). Ceux-ci les ont envoyées dans le Péloponnèse, où elles ont été capturées en 1942 par les Anglais…
Très favorablement impressionné, le général Chen assure le général Martin que le Président Tchang fera en sorte que l’artillerie de la base Epervier si libéralement offerte par la Chine soit correctement approvisionnée. En effet, une partie des munitions destinées à ces pièces sont encore en transit quelque part entre la Birmanie et l’Indochine. Le généralissime garantit leur livraison rapide, au nom de l’amitié millénaire franco-chinoise.
Un ange passe, les ailes lourdement chargées de mensonges diplomatiques. Mais le général chinois a encore quelque chose à ajouter. « Messieurs, annonce-t-il, le généralissime Tchang Kai-chek, chef militaire suprême des forces alliées en terre chinoise, est prêt à faire bien plus encore pour aider fraternellement les défenseurs de Dien-Bien-Phu. Sur son ordre, les bombardiers lourds de la ROCAF et de la CATF appuieront vos forces dès que nos services auront déterminé ensemble des objectifs opportuns ! »
………
Thuân (Tonkin) – L’état-major de la 22e D.I. est excédé des embuscades et des combats de retardement qui les retiennent dans la région. En dépit des efforts les plus soutenus, les Viêts continuent à harceler les colonnes de la division. Depuis la veille, plusieurs canons ennemis expédient par intermittence quelques obus sur la ville.
Installé dans l’église, dont il a fait son PC, avec ses principaux subordonnés, le colonel Sendai s’escrime à donner des ordres par radio aux hommes de son 84e R.I. Mais les soldats du Mikado peinent à avancer sur un terrain difficile, battu par le tir de mortiers et de mitrailleuses invisibles.
Excédé, Sendai demande un appui aérien. Bombardiers et chasseurs s’abattent une heure durant sur le flanc du Mont Muei… en vain. La canonnade, interrompue au cours de l’attaque, reprend dès que le dernier avion s’est éloigné. Des obus tombent maintenant autour de l’église qui a été reconnue comme le QG de l’attaque ennemie. Le colonel Sendai est blessé par la chute d’une partie du toit, éventré par un tir qui a transpercé la nef.
Les pièces du 52e Régiment d’Artillerie ripostent, guidées par un avion d’observation, mais ce tir de contre-batterie ne donne pas plus de résultat que le bombardement aérien. Les pièces viêts sont à la fois bien cachées et bien protégées. Finalement, à 14h30, le 84e R.I. arrive au contact de l’ennemi. Une fusillade nourrie éclate, mais la nuit tombe avant qu’un résultat probant soit obtenu. Cependant, l’avance reprend dans l’obscurité, au milieu de tirs d’obus éclairants et de rafales de FM.
Aux abords de Thuân, 23h00 – Cette nuit-là, Potez 25 hors d’âge et Westland Lysander fatigués du “GB Louvre” font un effort maximum afin de soutenir les défenseurs de Thuan. Leurs interventions empoisonnent la nuit des Nippons, qui maudissent une fois encore ces petits oiseaux de malheur.
………
Repérant à la lueur des incendies qu’une position vietminh est sur le point d’être emportée par une charge banzai, un Lysander plonge sans hésiter sur les attaquants, faisant cracher ses quatre mitrailleuses et lâchant une douzaine de bombes de 20 livres. Surpris par cette bizarre et agressive chauve-souris, fauchés par les mitrailleuses et les bombes antipersonnel, les assaillants hésitent et décrochent. C’est au moment où il reprend de la hauteur que le moteur de l’avion est touché par la rafale d’une mitrailleuse particulièrement chanceuse.
Le Lysander tente de se poser en catastrophe droit devant lui, par bonheur, une zone dégagée s’offre, mais dans l’obscurité, une roue se prend dans un trou d’obus, faisant capoter l’appareil. La culbute se déroule à cent mètres d’un groupe de soldats impériaux, qui y voient un signe des dieux. Saisissant leur invitation à se venger des Occidentaux, ils foncent vers l’épave et en arrachent brutalement ses deux occupants sonnés. Les malheureux vont être massacrés quand un officier intervient – il faut faire les choses dans les règles ! Les deux Français sont agenouillés de force devant le gradé et comprennent immédiatement ce qui les attend en le voyant dégainer son katana…
Mais avant que l’officier ait pu brandir son sabre, la moitié de sa tête est pulvérisée, aspergeant ses hommes éberlués de matière grise et d’éclats d’os. Dans leur fureur, les Japonais ont oublié toute prudence. Une section vietminh, qui a vu tomber le Lysander, en a profité pour s’approcher discrètement. Les Nippons sont massacrés avant de pouvoir esquisser un semblant de résistance. Tandis que les cadavres sont prestement délestés de leurs armes, l’équipage est emmené à l’abri, pendant que les bo-dois incendient l’appareil après avoir récupéré à l’intérieur tout ce qui pouvait être utile.
Pendant presque une heure, les deux aviateurs et leurs sauveurs foncent dans l’obscurité. Désorientés, les Français ne peuvent que suivre le mouvement – leurs guides ne pipent mot. Puis le groupe s’arrête et semble attendre quelque chose, les Vietminh échangent quelques murmures puis repartent, cette fois d’un pas plus tranquille. Au bout dix minutes, ils atteignent un petit groupe de cabanes, parfaitement dissimulées. Là, le pilote et son radio sont installés et réconfortés, on leur propose même un casse-croûte.
Alors, les gonfleurs d’hélice, on peut dire que c’était tangent ! Ha ha ha !
Interdits, tous deux se tournent vers cette voix rieuse qui est indiscutablement hexagonale, avec même un léger accent bien de chez eux. A la lueur d’une lampe-tempête apparait un gaillard de taille moyenne, large d’épaules et dégageant une assurance manifeste. Il porte un uniforme qui a dû être français, mais s’agrémente aujourd’hui de différents accessoires et rapiéçages locaux, notamment des sandales en vieux pneu.
– Vous êtes Français ? hasarde le radio-mitrailleur.
Non, je suis le Petit Père des Peuples, mon cher Icare ! Sergent-chef Carmaux, du GBMS, détaché auprès de l’Armée de Libération Populaire de l’Indochine !
Arborant un Colt 45 d’un côté de la ceinture, une machette de l’autre, brandissant un Winchester M12 dont la baïonnette a récemment servi et n’a pas encore été nettoyée, Roger Carmaux est à des années-lumière de l’image que l’on se fait d’un sous-officier de l’Arme Blindée-Cavalerie.
Le GBMS ? Mais… il y a un an qu’il a été dissous ! rétorque le pilote éberlué, qui s’accroche à cette anomalie mineure.
Correction ! Mis en sommeil, pas dissous, nous avons bien l’intention de le faire renaitre un de ces quatre.
– Mais que faites-vous avec les Viets ? Ce n’est pas une unité de la Coloniale !
– La Coloniale ! Ça me ferait mal ! Non, mes préférences politiques déplaisaient à certains officiers, alors quand mon chef de char a été expédié en Algérie pour une question de retour d’expérience, j’ai répondu à une demande de volontaires pour encadrer les bo-dois. Ici, personne ne me casse les c… avec des questions de règlement et mes gars sont des combattants malins et débrouillards.
– En tout cas, merci de nous avoir sortis de ce pétrin, on se voyait déjà devant Saint-Pierre.
– De rien, votre intervention a sauvé les miches d’un tas de gens, et puis on a pu récupérer tout un tas de choses utiles dans votre coucou, surtout les sulfateuses arrière, ça va multiplier la puissance de feu de la section.
– Heu, bon, si ça peut vous faire plaisir, tant mieux… Pensez-vous que vous pourrez nous raccompagner au bercail ?
– Pas moi ! D’abord, dans le coin, faut qu’on retarde encore un peu les Fascistes, je veux dire les Japs. Ensuite, on décrochera et on recommencera un peu plus loin. Mais vous, il faut que vous retourniez là-bas, c’est quand vous serez à nouveau dans les airs que vous pourrez nous aider, ici vous ne servez à rien !

Carmaux siffle, un de ses hommes apparaît et il lui dit quelques mots dans un sabir franco-vietnamien. Quelques instants plus tard, quatre hommes en pyjama noir attendent les instructions.
Voici vos anges gardiens. Ils veilleront sur vous jusqu’à Epervier, pas de bile, ils connaissent très bien le chemin, en plus je leur ai dit que s’il vous arrivait quelque chose, ils auraient affaire à moi. Maintenant allez-y, plus vite vous serez loin, mieux ce sera quand la pétarade reprendra.
………
60 km au nord-est – La 23e D.I. découvre que l’ennemi en retraite a laissé des pièges derrière lui lorsqu’un soldat saute sur une mine. Le 23e Régiment du Génie a un mort et douze blessés, dont un sous-lieutenant qui perd l’œil gauche, en procédant au déminage. Dans l’incertitude quant au nombre et à la densité des mines, la division n’avance plus qu’à la vitesse d’une tortue. Fatigué de cette situation, le général Nishihara Kanji décide que les prisonniers et autres travailleurs forcés marcheront désormais en tête pour déceler – à leurs dépens… – les secteurs minés.
L’avance reprend, mais soudain, des obus de mortier explosent au milieu de la première colonne. Furieux, les Japonais, sans chercher à s’abriter, se lancent immédiatement à l’assaut et escaladent les flancs abrupts des Monts Tonkinois. Ils atteignent bientôt un petit fortin où les Vietminh ont installé leurs tubes. Surpris par la vivacité de cette réaction, les servants n’ont pas le temps de démonter leurs pièces et sont massacrés. Au prix de deux morts et onze blessés, les hommes du 72e R.I. éliminent une trentaine de Viêts et capturent quatre mortiers, deux de 81mm et deux de 60 mm.

Campagne de Nouvelle Guinée
Bataille de la Mer de Bismarck
Au large de la Nouvelle-Bretagne
– Convaincus de savoir à peu de choses près où se trouvera le convoi en début de matinée, les Alliés ont décidé de frapper un grand coup. La demi-heure peut-être la plus sanglante de l’histoire des guerres sur mer va suivre.
07h55 – Venues du sud, plusieurs formations s’abattent sur le convoi. En plusieurs vagues, c’est près de 130 bombardiers couverts par 60 chasseurs qui vont s’attaquer aux Japonais. Les Alliés ont mobilisé des bombardiers-torpilleurs : les Beaufigher et Beaufort de la RAAF, des bombardiers en piqué : les Vengeance de l’Armée de l’Air, et des B-25 Mitchell de l’USAAF, qui s’exercent au skip bombing depuis deux mois (4).
08h00 – La première vague, composée de Vengeance, frappe notamment le Kembu Maru. Le cargo a été chargé de fûts de carburant d’aviation. Il explose, répandant sur la mer ce combustible enflammé.
08h05 à 08h10 – Filant à quelques dizaines de mètres de l’eau, les Mitchell lâchent leurs bombes de manière à ce qu’elles ricochent sur les flots ; l’effet est radical ! Touchés à plusieurs reprises, les cargos Aiyo Maru, Oigawa Maru et Nojima n’arrivent plus à manœuvrer et commencent à sombrer. Les soldats se jettent à l’eau pour fuir à la nage.
08h15 – Les avions torpilleurs se concentrent sur le Shinai Maru et le Teimei Maru, dont le sort est rapidement fatal.
Tous les transports ont été massacrés, mais les navires de guerre n’ont pas pour autant été épargnés par les attaquants, même si les bombardiers faisaient des cargos leurs cibles prioritaires. Le petit CH-20, mitraillé par des Beaufighter, a déjà sombré. L’escorteur PB-101 (l’ex-Français Tornade) a la poupe arrachée et coule lentement. Le Kuri, ingouvernable et transformé en brûlot, percute le Nojima à l’agonie et les deux bâtiment sombrent ensemble. Le destroyer Urakaze, immobilisé par une bombe, est achevé par deux torpilles. Le croiseur Kiso, touché par deux bombes, une à la proue et une près de la chaufferie, est gravement endommagé.
Le destroyer Isokaze et l’escorteur Tsuga, ainsi que les CH-16, 17, 18, 21 et 23 recueillent 2 500 survivants et se replient sur Rabaul. Le CL Kiso reste sur place une heure de plus pour recueillir le plus possible de soldats.
La bataille aérienne, elle aussi, a donné l’avantage aux Alliés. Vingt-et-un chasseurs japonais ont été abattus, en échange de deux bombardiers et trois chasseurs seulement.
………
16h30 – Les destroyers Hamakaze et Tamikaze, de retour de Lae, récupèrent 800 hommes sur le site de la bataille et partent immédiatement pour Rabaul, laissant en arrière le Kiso, victime de gros ennuis de machines.
………
22h00 à minuit – Déroutés, les sous-marins I-17 et I-25 viennent récupérer 275 marins et repartent avec eux. Le destroyer Amagiri, lui, est venu spécialement de Rabaul pour chercher le contre-amiral Kiruma Masatomi. Il repart après avoir aidé le Kiso à éteindre ses incendies.


Notes
1- Le PB-101 n’est autre que l’ancien torpilleur français Tornade, renfloué et remis en service.
2- Le B-24 est connu pour se briser souvent en deux en se posant sur l’eau et comme tous ses accès se trouvent à l’arrière, les pilotes risquent de se retrouver bloqués dans un avion en train de sombrer. Ces caractéristiques, ainsi que la position basse des réservoirs de carburant (de ce fait vulnérables à la DCA légère), ont valu à l’avion une très mauvaise réputation lors d’attaques à (relativement) basse altitude d’objectifs bien défendus.
3- Les canons austro-hollando-italiens se distinguent des canons austro-italiens par un affût différent et la présence d’un frein de bouche qui leur permet d’utiliser des munitions plus puissantes.
4- De plus, les bombes de 250 kg embarquées par les B-25 ont une mise à feu retardée et ont été spécialement modifiées pour une utilisation en skip bombing par la suppression de leur cône de queue.
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loic
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MessagePosté le: Jeu Sep 10, 2015 12:14    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
tout en se couvrant au nord, car les avions américains basés aux Aléoutiennes commencent à se montrer agressifs

On pourrait être plus précis : car un premier raid américain lancé depuis les Aléoutiennes a eu lieu contre les Kouriles au début du mois de mai.
Il faudra qu'on relance la chrono des Aléoutiennes, on a les éléments pour le faire.

Sinon, l'I-17 ne peut être le 24 mai au sud de Nouméa et le 31 en Mer de Bismarck. Il faut le remplacer par un autre le 31. Casus a normalement la liste, mais je peux regarder.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Sep 10, 2015 12:35    Sujet du message: Répondre en citant

@ Loïc : je corrige pour les Aléoutiennes.
Pour le sous-marin, si tu peux regarder, ce serait gentil, merci !
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Hendryk



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MessagePosté le: Jeu Sep 10, 2015 13:56    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Arborant un Colt 45 d’un côté de la ceinture, une machette de l’autre, brandissant un Winchester M12 dont la baïonnette a récemment servi et n’a pas encore été nettoyée, Roger Carmaux est à des années-lumière de l’image que l’on se fait d’un sous-officier de l’Arme Blindée-Cavalerie.

Tiens, s'il y a moyen d'obtenir des trench guns, ça pourrait intéresser aussi les Chinois. Très pratiques pour la guérilla.
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Finen



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MessagePosté le: Jeu Sep 10, 2015 14:26    Sujet du message: Répondre en citant

En effet, les cartouches sont faciles à reconditionner avec des moyens très limités en récupérant les culots des étuis au besoin.
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loic
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MessagePosté le: Jeu Sep 10, 2015 19:43    Sujet du message: Répondre en citant

On peut remplacer les I-17 et I-25 par les Ro-100 et Ro-103.
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Jeu Sep 10, 2015 20:15    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,
OTL, corriger Nojima en Nojima Maru : lors de leurs réquisition par la Marine Impériale, le Nojima Maru OTL est requis comme transport de munitions, les navires civils conservent le "Maru" dans leur nom.

@+
Alain
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Andrew



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MessagePosté le: Ven Sep 11, 2015 17:56    Sujet du message: Répondre en citant

Très intéressant récit,l'allusion à Dien Bien Phu est-elle purement fortuite ou est-ce parce-que la topographie des lieux se prêtent bien pour une bataille entre les français et les japonais?

En ce qui concerne le Vietminh je n'ai pas très compris dans quel côté il se battait? Pour la France ou un peu pour la France et un peu pour lui même?
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