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Une journée particulière, par Carthage
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Sep 03, 2015 18:08    Sujet du message: Une journée particulière, par Carthage Répondre en citant

Un séjour récent au Brésil a inspiré Carthage, qui promet cependant de revenir bientôt à la Vengeance d'Héphaïstos.
En attendant, il se fait pardonner son retard en nous offrant ce petit récit.



Une journée particulière

Rio de Janeiro, 21-22 août 1942.

Morino de Deos descendit de son bat-flanc, une toute petite couchette rabattable et massa son moignon, parfois sa jambe absente lui faisait mal, soit au niveau de la cheville – reste sans doute du port de la chaîne, soit au niveau du mollet. Il est vrai que les douleurs étaient souvent symétriques, c’est bizarre un membre fantôme, il lui faudrait passer dans une Drogaria pour acheter du Baume des Jésuites, il n’y avait que ça qui pouvait le calmer.
Il regarda sa montre, s’ébroua et choisit, en haut de l’étagère, un bonnet de marin d’une suave douceur, une laine des Andes, puis en ceignit tout simplement son moignon, passa son bras gauche dans la courroie d’épaule et assujettit son pilon de bois noir, un bois rare d’Amazonie avec un cercle de cuivre guilloché à son extrémité, une belle pièce qui ne remplaçait pas sa jambe bien sûr, mais en tenait lieu pour tous, les hommes comme les D…, il finit tranquillement de s’habiller avec la tenue de coton brun kaki, pantalon et chemisette à manches courtes, que les Brésiliens affectionnent quand ils vont travailler en extérieur. Il ne manquerait pas de travail aujourd’hui, un casernier, surtout celui du fort de Copacabana, en a toujours beaucoup!
Il boitilla jusqu’à la couchette voisine et réveilla Rosario qui flemmardait comme tous les matins d’une bourrade sur l’épaule avant de se diriger vers le cabinet de toilette, diable, déjà 04h15, l’appel dans une heure et quart, il fallait se dépêcher ! Ils dormaient dans une vieille soute déclassée qui abritait dans ses tréfonds des munitions pour l’antique collection de pièces de musée qui rouillaient paisiblement dans une inutile retraite ; cette soute trop peu profonde et mal protégée ne pouvait plus servir que de logement mais c’était un logement bien tempéré et fort acceptable.
Il grimpa les trente-neuf marches dans un temps plus qu’honorable pour un unijambiste, passa la tête par l’ouverture et regarda la promesse de l’aube qui illuminait doucement l’océan, dans le lointain, il pouvait distinguer toute la baie jusqu’au fort de Leme qui lui sauverait bientôt la mise mais il n’avait rien à redire, la force du destin eût dit le Padre Antonio… Il scruta l’horizon en plissant les yeux, on voyait presque jusqu’à Niteroi et en tout cas fort bien les nombreux cargos qui espéraient leurs remorqueurs, il y avait beaucoup de monde dans la baie de Guanabara et c’était comme ça depuis plus d’un an, le port devait regorger de richesses inouïes en provenance des autres Amériques et le Brésil envoyait beaucoup de marchandises dans le monde en guerre qui les dévorait avec une désarmante facilité.
Il posa un œil attentif sur le vieux canon-revolver Hotchkiss de 1876 qu’il entretenait pieusement parce qu’il avait fait ses classes dessus et qui montait une garde obsolète face à la mer, il corrigea la position de la tape de bouche des cinq tubes, elle était loin la guerre mais elle se rapprochait, il y a moins d’un mois, un cargo avait été coulé au large, le pays en avait frémi de tristesse et de rage – tristesse parce que l’épave avait recraché des corps pendant deux semaines et rage parce qu’il portait pavillon brésilien, c’était le sixième en trois jours pour un total de plus de 600 morts ! Bien sûr l’Allemagne avait été soupçonnée, mais aucune preuve n’avait pu être apportée et au total, treize cargos avaient été coulés depuis le début de l’année…
Un grondement soudain lui fit lever la tête, un bel oiseau bleu survolait la soute numéro onze : l’Arara, qui portait le nom du dernier cargo torpillé, un PBY Catalina, avait été acheté aux États-Unis par souscription populaire, même Morino avait versé son écot comme tous les Cariocas. L’avion, commandé par le lieutenant Alberto Martin dit Torres, vira vers le sud-est en vrombissant, il terminait ce jour son entraînement et commencerait demain ses missions de patrouille anti-sous-marine, Morino lui souhaita mentalement bonne chance.
Il sortit de la soute et se dirigea vers la place d’armes encore déserte en cette heure matinale, seule une sentinelle solitaire faisait les cent pas autour du mât des couleurs, un petit conscrit qui finissait ses classes, le gamin avait l’air un peu nerveux, il semblait embarrassé de son Mauser et se trémoussait dans une danse un peu pitoyable. Morino, paternel, s’approcha et demanda doucement ce qu’il pouvait faire pour lui, le gamin lui murmura quelques mots inintelligibles en lui jetant presque son fusil dans les bras avant de disparaître dans les buissons qui bordaient la place d’armes – gravement, Morino prit sa suite et commença d’arpenter le gravier ratissé la veille. Avec son pilon, il laissait sans s’en apercevoir une trace des plus bizarres sur laquelle le Comandante du fort, le major Joaquim Justino Alves Bastos, qui était aussi un lève-tôt, ne manqua pas de tomber dès qu’il eut gravi l’escalier qui montait de l’entrée en contrebas, un petit bijou cette entrée, dallée de marbre aux armes de l’artillerie et toute revêtue de calcadaõ dans le plus pur style manuélin. Le Comandante héla Morino pour lui demander sur un ton fort jovial s’il avait repris du service, ce à quoi l’autre répondit que la sentinelle, malade, était indisponible pour l’instant et qu’il fallait bien assurer la garde, quoique son statut de casernier civil l’en empêchât théoriquement mais la Patrie semblait plus qu’en danger !
Le fort commençait à s’animer, la corvée de ratissage du gravier fit une apparition remarquée et pourchassa les deux hommes jusqu’au mât du drapeau fiché sur un petit tertre ; Morino, serrant son Mauser, commença à être envahi de souvenirs, bons et mauvais mais souvenirs quand même, sa jeunesse le prenait à la gorge sans aucune pitié en piétinant son pauvre présent, il n’aurait pu dire si c’était la masse familière du fusil ou l’odeur de graisse qui en émanait qui le troublait de la sorte, mais il était solidement établi qu’il s’était engagé en 1920, avait été artilleur au fort de Copacabana, brigadier-chef pointeur de la pièce Osorio, porté pour passer sergent chef de pièce – mais ça c’était avant, avant le cinq de juillet 1922, jour funeste s’il en fut.
Le sergent Eusebio, chef de poste, s’avança, salua le Comandante, lui assura que la troupe était prête pour le salut au drapeau et s’empara subrepticement du fusil confié à Morino – un très bel escamotage, un de ceux qui révèlent une longue expérience de la bévue militaire. Le Comandante gagna gravement sa place et le trompette, arc-bouté vers l’azur, lança sa sonnerie éclatante en plein dans le soleil.

L’air très préoccupé, le major marchait à petits pas vers l’entrée du fort, rien n’allait droit en cet triste mois d’août, les recrues tombaient comme des mouches, il y en avait un peu plus de trente à l’infirmerie, le fort était insalubre et la hiérarchie le savait mais on parlait de plus en plus d’entrer en guerre et ce n’était pas le moment de s’opposer à l’effort qui s’ensuivrait et puis il y avait les deux 75 dont les freins étaient partis à l’arsenal pour révision, il conservait une puissance de feu plus que respectable avec ses tourelles doubles de 305 et de 190 mais il avait perdu un capital précieux, celui du tir rapide… Et pour terminer, il recevait ce soir les attachés militaires qui étaient encore en poste à Rio, malgré tous les départs dus, entre autres, aux hostilités, il lui fallait compter sur une trentaine de convives avec des animosités inévitables – cela devrait être intéressant!
Il eut une idée de génie, il allait faire un repas de fruits de mer et de poisson, il descendit l’escalier d’un pas nettement plus assuré, répondit au présentez-arme des deux sentinelles en tenue de tradition avec un salut des plus stylés et gagna son bureau pour donner les premiers ordres de la journée.
Un quart d’heure plus tard, Morino et Rosario, suivis par une dizaine de conscrits armés de paniers de toutes couleurs, écumaient le marché aux poissons de l’Arpoador, ça tombait bien, il jouxtait le fort et en un quart d’heure tout le nécessaire fut acheté. Restait la question des spiritueux, et ça c’était un vrai problème.

A trois kilomètres de là, le lieutenant de réserve Jossaume descendit de son sofa après une nuit de permanence fort constructive, où il n’avait strictement rien fait ; il prit une douche rapide et se dirigea vers l’office où l’attendait comme toujours un copieux petit déjeuner. Songeur, il trempa sa tartine dans son bol de café noir mais il avait pris sa décision, ce serait ce soir puisqu’il était de corvée pour la réception des attachés au fort de Copacabana, il demanderait l’asile et puis voilà ! Mais il n’arriverait pas les mains vides, il ferait un joli cadeau à la France Combattante.
Jossaume avait été mobilisé en septembre 39 directement à l’ambassade, il avait quitté sans trop de regret son poste d’enseignant au lycée français de Rio, mais il avait rapidement déchanté après le Grand Déménagement : le général qui commandait la mission militaire française au Brésil avait choisi le NEF, suivi du colonel et des deux capitaines, il y avait visiblement des carrières à ménager ! Au fil des mois, Jossaume avait pris la mesure de ses chers camarades, le général était parti sans être remplacé, le colonel lui avait succédé et, espérant une promotion, n’hésitait pas à accomplir les plus basses besognes tandis que les deux capitaines s’absentaient de plus en plus souvent pour des missions aussi vagues qu’interminables, en bref, Jossaume faisait tout en l’absence des uns et des autres, alors que son tempérament le portait de plus en plus vers ceux d’Alger, le pouvoir de circonstance du NEF l’indisposait au plus haut point car il pressentait son illégitimité, non, décidément, sa décision était prise !
Il pénétra d’un pas languissant dans la salle du chiffre et s’en alla causer le bout de gras avec le cryptographe de service, qui lui raconta ce que le colonel lui avait ordonné de transmettre cinq jours plus tôt, c’était édifiant et cela renforça, s’il en était besoin, la résolution du lieutenant.

Morino do Deo n’avait pas toujours été vêtu de coton brunâtre et n’avait pas toujours été occupé à acheter du poisson, mais il avait jadis commis une erreur en cédant à son côté sentimental. En 1922, il avait participé à l’insurrection du fort de Copacabana, celle des Tenentista, dirigée contre les oligarques de la vieille république brésilienne, il avait suivi son officier, le lieutenant Siqueira Campos, qui devait trouver la fine blessure à l’angle de l’avenue Atlantica et de la rue Barroso, sur les dix-sept hommes qui l’accompagnaient, un seul outre lui était revenu vivant, le lieutenant Gomes. Morino et Rosario avaient suivi les autres avec quelque retard, un retard providentiel dû à un réveil plus que tardif de Rosario qui avait quelque peu abusé de la cachaça mais ce retard leur avait sauvé la vie, comme ils couraient comme des dératés pour rattraper leurs camarades, l’explosion toute proche d’un obus du cuirassé Minas Gerais qui bombardait le fort les avait assommés pour le compte à la sortie du portique donnant sur l’avenue Atlantica, ils s’étaient réveillés encadrés par les baïonnettes des loyalistes, la suite avait été triste, ils avaient pris trente ans de travaux forcés au tribunal militaire, comme les délits avait été commis à Rio, ils purgeraient leur peine jusqu’en 1952 à Ilha Grande, bagne réglementaire de l’état fédéral.

Le Comandante faisait son plan de table avec les noms et grades que les ambassades avaient bien voulu lui communiquer, il y avait pléthore d’officiers supérieurs et même deux généraux, seul le petit lieutenant français lui posait problème car il était le seul officier de son grade, il n’allait tout de même pas le faire manger à part, non, il fallait repenser toute la table en la dressant par exemple sur la place d’armes, une grande table en carré ou mieux, hexagonale, cela réglerait les problèmes de service, courants dans le fort, et permettrait d’obéir aux lois de la préséance, c’était bien plus pratique que dans l’ouvrage et ne gênerait aucunement les artilleurs, il mettrait le petit lieutenant en vis-à-vis et lui-même serait entouré par les deux généraux puis on répartirait les grades suivant l’ordre hiérarchique inverse, tout était si simple.

Ils avaient été transportés au bagne par bateau, ils n’avaient rien vu de l’île, le bagne avait son propre débarcadère. Puis cela avait été l’apprentissage des règles difficiles de la vie carcérale, ils étaient enchaînés deux par deux aux chevilles par une chaîne de quatre mètres qui leur permettait une ridicule autonomie, le bagne était bondé, les oligarques condamnaient à tour de bras et les politiques étaient soigneusement mélangés aux droits communs, l’atmosphère était abominable, la nuit, dans des cellules exiguës et étouffantes, seul l’un des deux binômes dormait pendant que l’autre veillait pour éviter vols et agressions. Ils portaient une tenue de coutil noirâtre avec un bonnet assorti, ils s’échinaient à reconstruire un aqueduc de pierre qui acheminait l’eau de la montagne avec des moyens ridicules, comme si cela n’avait aucune espèce d’importance. Il y avait aussi les punitions prononcées pour des peccadilles, le responsable impliquait automatiquement son binôme qui subissait la punition avec lui. Le pire était les cellules humides situées tout à la base du bâtiment de la relégation, le bagne avait été construit en d’autres temps et on y “acclimatait” les esclaves venant d’Afrique, les malades étaient placés en quarantaine dans les cellules humides mais bien peu en ressortaient. Au milieu de la lie de la terre il y avait quelques petits diamants, ils avaient rencontré celui qu’on avait surnommé “le petit comptable”, il avait dénoncé un scandale énorme à Saõ Paulo à ses supérieurs, ceux-ci l’avaient enseveli sous de faux témoignages qui lui avaient valu quarante ans de travaux forcés, brisé par cette injustice, le petit comptable perdait peu à peu la raison, on lui avait donné comme compagnon de chaîne un autre simple d’esprit mais qui le protégeait fraternellement, le petit comptable avait appris beaucoup de choses à Morino et à quelques autres mais il dépérissait de plus en plus. Un jour de l’hiver 1926, à la mi-août, ils végétaient dans leur cellule humide quand la marée commença de monter, ils ne pouvaient le savoir mais c’était un gros coefficient, plus de 110, les conséquences en furent visibles vers minuit, ils avaient dû déserter les bat-flancs inférieurs et il ne restait plus que deux niveaux avant le plafond de la geôle, les hommes étaient inquiets devant le débit des flots qui inondaient la relégation, ce qui les révulsait le plus, c’était le bruit des crabes, gros comme des melons d’eau, qui chutaient par les deux soupiraux dont les barreaux, disposés en quinconce, les laissaient aisément passer, le petit comptable commença à s’agiter, il claquait des dents en gémissant sourdement puis il se raidit et sauta dans l’eau noire avec un grand cri, les crabes se ruèrent tandis que son binôme hurlait pour prévenir la sentinelle, quand celle-ci montra sa tête dans l’imposte supérieure, ce fut pour annoncer qu’elle n’ouvrirait la porte qu’après la marée descendante, lors ce que ce fut fait, la sentinelle ne put que vomir d’abondance en voyant ce que le simple d’esprit traînait au bout de sa chaîne. La vie reprit son cours, immonde dans sa monotonie quotidienne, en 1928, Rosario fut très malade, épuisé par la diarrhée, il manqua bien passer à la fin juin mais fut sauvé par la consommation de racines que Morino lui déterrait, puis il y eut l’épisode de la lessive, en juillet 1940, cela faisait presque dix-huit ans, à un mois près, qu’ils étaient là.

La lessive, le Comandante n’y avait pas pensé, il faudrait des nappes immaculées avec la vaisselle armoriée du fort, par contre, il n’avait plus assez de verres, c’était dû à la réception des Russes, un an plus tôt, ces moujiks lui avaient tout cassé, il lui fallait des renforts matériels et peut-être humains pour le service, non, ses conscrits en tenue de tradition lui suffiraient pour ça, par contre pour la verrerie et les boissons, cela allait être légèrement plus compliqué, que servir ? Avec des fruits de mer et du poisson, le champagne s’imposait tout naturellement, mais où en trouver en ce temps de guerre ? Le Comandante eut un autre éclair, il connaissait un établissement du centre-ville qui pourrait, contre espèces sonnantes et trébuchantes, le fournir en toute certitude, le Café Colombo ne pouvait rien lui refuser, ses disponibilités en la matière étaient plus que considérables et les ressources de la caisse noire du fort à la hauteur des dites disponibilités.

Le lieutenant Jossaume, pensif, revêtait sa tenue numéro un, c’est vrai qu’elle lui seyait, il avait de l’allure en spencer bleu pastel et pantalon rouge bouffant de l’Armée d’Afrique, la tenue de soirée du modèle 38, depuis 1910, les diverses tentatives d’uniformisation avaient toutes lamentablement échoué, certes les galons festonnés avaient disparu mais l’ensemble avait toujours de la gueule ! Courageusement, il s’avança jusqu’à la sortie de la pièce et tomba comme par hasard sur Almo, le majordome de l’ambassade, qui sifflota d’admiration mais lui conseilla dans son français ampoulé de passer tout de même une chemise car sinon les dames, sur le trajet, ne le laisseraient pas en paix et le brûleraient de regards incendiaires, connaissant la réputation de la femme au Brésil et de la Carioca en particulier, Jossaume soupira et alla passer sa chemise, il lui faudrait donc toujours se sacrifier, puis il réfléchit calmement au fait qu’il n’y aurait, inéluctablement, que des mâles à la réception des attachés militaires.

La lessive, au bagne, était mensuelle et constituait bien la seule distraction accordée aux prisonniers qui, par groupes de dix, accompagnés d’une unique sentinelle, descendaient en longeant le mur de la relégation le grand arroyo qui débouchait sur la plage de sable noir de Dos Raios, si la sentinelle était humaine, ils pouvaient même prendre un bain de mer. Ce jour de juillet 40, donc, Morino et Rosario cheminaient en tête, nus comme des vers et serrant leurs hardes comme le saint sacrement, l’arroyo s’élargissait en abordant la plage, il prenait même quelque profondeur et les hommes marchaient avec précaution sur le côté, sauf Morino qui marchait en plein centre car il appréciait la fraîcheur de l’eau douce, tout d’un coup, sa jambe droite s’enfonça jusqu’au genou dans quelque chose de tiède et visqueux.

(Suite et fin demain)
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MessagePosté le: Jeu Sep 03, 2015 18:48    Sujet du message: Répondre en citant

À noter que l'Arará s'écrit avec un accent et que le navire fut torpillé alors qu'il était en train de recueillir les rescapés de l'Itagiba (dont de nombreux militaires revenant de permission), coulé deux heures plus tôt (en tout cas en OTL). Ces pertes ayant lieu le 17 août, soit 4 jours plus tôt, il est peut-être un peu tôt pour baptiser l'avion du nom du navire coulé ? Je peux fournir le nom d'un navire coulé plus tôt dans l'année (les pertes navales brésiliennes commencent en février 42).
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En principe (moi) ...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Sep 03, 2015 21:11    Sujet du message: Répondre en citant

Pourquoi pas ?
Pour la suite, j'ai choisi l'U-128 un peu arbitrairement, dis-moi si cela peut te convenir.
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Casus Frankie

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gaullien



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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 09:52    Sujet du message: Répondre en citant

récemment j'ai vu télé film Casablanca (1942) scène bien marqué c'est quand pour répondre au allemands qui chantait, ils ont chanté la marseillaise :
https://www.youtube.com/watch?v=HM-E2H1ChJM
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 17:40    Sujet du message: Répondre en citant

(Suite)[/i]

Le fort avait été construit en 1908 à une époque où tout bougeait beaucoup aux Amériques et dans le monde, l’armée brésilienne sortait alors d’une longue période de stagnation sans doute historiquement consécutive à l’atroce victoire contre le Paraguay, qui avait perdu dans cette guerre suicidaire quatre-vingts pour cent de sa population masculine. Quoi qu’il en soit, l’armée brésilienne se réformait et des mesures énergiques étaient prises pour veiller à la sûreté d’un des trésors de la capitale, Rio de Janeiro. Ce trésor, c’était la baie de Guanabara. Cette baie naturelle, qui avait abrité toute une partie de l’histoire du Brésil, constituait un des plus beaux mouillage des Amériques, avec sa profondeur naturelle allant de 8 à 18 mètres, sa protection était d’ordre stratégique pour le pays. L’inauguration de l’ouvrage avait eu lieu en 1914, il était situé sur un éperon rocheux, l’Arpoador, qui séparait les quartiers et les plages d’Ipanema et de Copacabana, à l’emplacement d’une belle chapelle qui avait pris peu à peu de l’embonpoint et dont il reste une trace dans l’oratoire de l’ouvrage. Le fort lui-même était un gigantesque massif de béton, des milliers de mètres cubes, l’épaisseur moyenne avoisinant les dix mètres. Deux tourelles en acier aux coupoles d’une épaisseur atteignant trois mètres avaient été commandées aux établissement Krupp en la bonne ville de Thyssen, l’une, nommée Duc de Caxias, comportait deux pièces de 305 mm, elles envoyaient un projectile de presque une demi-tonne à plus de 23 kilomètres de distance et étaient dénommées Barroso et Osorio, cette tourelle surplombait celle des 190 mm, dénommée quant à elle André Vidal, les deux tourelles pouvaient tirer sur 360°. Le fort comportait encore deux tourelles barbettes de 75 mm à rétraction latérale situées de part et d’autre de l’éperon et pouvant tirer sur 180°, le reste de l’ouvrage comprenait des casernements pour la troupe, une salle de calcul de tir, une salle des transmissions, des magasins pour les gargousses et les projectiles, des ateliers, une usine électrique et des moteurs de manœuvre, de nombreuses petites dépendances spécialisées et, enfin, le bureau du Comandante [L’ouvrage sera déclassé en 1987 en même temps que seront dissoutes les unités de l’artillerie côtière, il sera alors transformé en musée des Armées.].

Jossaume ceignit son képi, assura son ceinturon et regarda la pendule, bigre, dix-neuf heures, il voulut demander à Almo de lui commander un taxi mais renonça, un peu de marche à pied calmerait sa nervosité ; il prit sa jolie serviette en peau de porc et descendit l’escalier, croisa le premier secrétaire qu’il salua gravement et passa la porte tenue par un agent de sécurité, la traversée du jardin fut simplement perturbée par les sifflets d’admiration des jardiniers, en se retournant Jossaume se rendit compte que le personnel féminin était aligné aux fenêtres et lui faisait de plus des petits signes complices ou peut être même connivents, le prestige de l’uniforme n’est pas un vain mot ! La remontée de l’avenue de l’Atlantique au milieu d’une foule bigarrée de mondains, de badauds et même de baigneurs lui sembla des plus longues, les femmes à Rio ont une façon assez étonnante de manifester leur intérêt en dévisageant intensément l’objet de leur curiosité, au début c’était gênant mais on finissait par s’y habituer, par contre, ce qui le dérangeait, c’était la petite foule qui le suivait… Il pressa le pas jusqu’à ce qu’un léger coup de klaxon lui fasse tourner la tête, une jolie voiture noire à la portière ouverte se porta à sa hauteur, son “collègue” côté Alger, un capitaine en tenue noire d’artilleur, l’invita cérémonieusement à monter, après des débuts laborieux, la conversation devint fort animée.

Morino ne comprit pas, dans un premier temps, ce qui pouvait bien lui arriver, le premier moment de surprise passé, il tenta de tirer sa jambe vers le haut sans y parvenir, quelque chose le retenait et même l’aspirait, il y mit ses deux mains mais sa jambe gauche elle aussi engagée dans le milieu du courant commençait à glisser, puis une douleur atroce le transperça au niveau du genou, il se mit à hurler, Rosario lâcha ses hardes et tenta de courir vers son ami, mais il ne l’avait pas fait depuis longtemps et manqua bien tomber dans l’arroyo, comme il voyait que Morino était entraîné, il fit à tout hasard un tour mort avec la chaîne autour d’une énorme souche, se coinçant malheureusement le bras droit dessous, puis fut rejoint par les autres bagnards qui s’agglutinèrent pour tirer sur la chaîne, rien n’y faisait, Morino hurlait de plus belle et continuait de s’enfoncer, la sentinelle sauva tout, elle avait remonté toute la colonne au pas de course et avait tout de suite remarqué que le détenu ou plutôt sa jambe était environnée d’une nuée rouge qui était assurément du sang, il s’approcha précautionneusement, aligna son fusil sur la jambe du bagnard et tira par trois fois, il y eut trois conséquences majeures, la jambe de Morino fut explosée au niveau du mollet, la chose qui emportait Morino fut blessée et la sentinelle, qui pointait toujours son fusil, vit disparaître quelque chose de très gros qui filait vers la mer dans un énorme remous, elle tira encore deux coups au jugé.

Le Comandante exultait, tout se passait à merveille et comble de félicité, les deux Français étaient arrivés ensemble bien qu’ils eussent passé la porte séparément, le chef de poste lui avait confirmé qu’ils étaient arrivés dans la même voiture, pas de dispute à craindre, il fit un petit discours rapide qui plut beaucoup par sa concision mais qui aurait scandalisé les trois attachés de l’Axe, japonais, italien et allemand, lesquels se seraient sûrement formalisés outre mesure d’une banale allusion aux forces du Mal qui menaçaient le Brésil – mais les pressions américaines sur le régime de Getulio Vargas l’avaient emporté, les relations diplomatiques avaient été rompues en mars, le Comandante pensa très fort à une inéluctable entrée en guerre et proposa une tournée générale de caipirinha avant de passer à table, emportant l’adhésion de l’assemblée ! L’atmosphère se réchauffa dès la première tournée et cette tournée fut suivie par deux autres, la caipirinha est quelque peu traîtresse et les langues commencèrent à se délier, en particulier celle du capitaine artilleur d’Alger qui intercéda pour Jossaume, lequel désirait absolument parler au major, ce qui se dit par la suite ne nous est pas connu mais pesa lourdement sur le déroulement de la soirée. Le Café Columbo, vieil établissement carioca s’il en est, avait détaché un chef de cuisine et six seconds qui s’agitaient sur un énorme gril dans l’angle sud-est de la place d’armes, près des bâtiments d’administration, la table hexagonale était superbement dressée avec des nappes et serviettes blanches, des bougeoirs, la vaisselle armoriée du fort et une très belle série de flûtes à champagne, tout le monde s’assit dans un brouhaha des plus sympathiques et le repas put commencer vers vingt-trois heures de relevée, alors que sautaient les bouchons.

Morino avait toujours eu de la chance, c’était un fait avéré ! Du haut de la terrasse de la relégation, trois hommes à la mine grave avaient contemplé la scène, il s’agissait du directeur du bagne, du gouverneur de l’île et du médecin inspecteur en second de l’administration pénitentiaire, le directeur fit ouvrir la porte basse et transférer Morino et Rosario à l’infirmerie, le médecin inspecteur avait appris son métier à la dure, d’abord du côté de Manaos puis sur le front français, comme volontaire dans une ambulance américaine, il pouvait se targuer d’une bonne pratique car de l’ouvrage il en avait eu ! Il remarqua immédiatement le teint cyanosé du blessé et l’état lamentable de sa jambe, avec ces énormes traces de morsure juste au dessus du genou et de la charpie au dessous, l’autre blessé était mieux mais très choqué, il fit coucher Morino sur la grande table en bois et asseoir Rosario sur une chaise, puis les garde-chiourme maintinrent solidement Morino pendant que le médecin ouvrait sa trousse pour en sortir la scie, l’affaire fut expédiée en quatre minutes, suture du moignon comprise, Morino fut couché dans un lit et Rosario libéré de la chaîne, il ne pouvait rester attaché à un membre sectionné, le médecin s’occupa alors du bras de Rosario puis se racla la gorge en se lavant les mains, il avait décidé de plaider la cause des deux hommes auprès du gouverneur et du directeur, il espérait enlever le morceau rapidement si l’on peut dire.

Le Kapitänleutnant Ulrich Heyse exultait, le message reçu deux jours plus tôt était fort clair, le fort de Copacabana serait incapable de tirer à des distances inférieures à 250 mètres pendant encore soixante-douze heures au moins, il y avait deux ou trois sous-marins de l’Axe en opérations dans la région – l’opération Neuland avait récemment été étendue jusqu’aux abords de Rio grâce aux sous-marins Milchkuh (ravitailleurs), mais son navire, l’U-128, était le plus proche de la capitale brésilienne, 32 milles tout au plus, le soir tombait, il fallait forcer l'allure et on serait en position vers une heure et demie du matin, il y avait plus de cinquante navires des deux côtés de la baie et s’il pouvait en forcer l’entrée, il ferait un massacre.

Le Comandante tenait le livre entre ses mains, il le tournait et le retournait en fixant intensément Jossaume, c’était un très beau cadeau qu’il venait de faire au Brésil et on lui accorderait sûrement l’asile en échange, d’ici là il resterait au fort où il serait hébergé jusqu’à ce que les autorités statuent sur son cas, mais le résultat ne faisait pas l’ombre d’un doute car on ne trouvait pas sous le sabot d’un cheval la copie des clefs de codage d’un gouvernement, même d’un gouvernement très contesté comme celui du NEF, mais d’abord il devait parler d’urgence à l’attaché naval des États-Unis d’Amérique, qui possédaient trois bases au Brésil, peut être que ces fichues patrouilles navales et aériennes allaient donner quelque chose!

Le médecin inspecteur ramena les deux hommes avec son canot à Angra dos Reis où il les confia aux bons soins des sœurs qui tenaient l’infirmerie maritime, ils y furent choyés pendant près d’un an, leurs journées rythmées par les visites quotidiennes d’une part de la police fédérale qui contrôlait leur présence et d’autre part du Padre Antonio, qui se préoccupait plutôt de leurs âmes. Au bout de trois mois la prothèse de Morino fut livrée et il remarcha après six mois d’efforts constants, la prothèse était magnifique, un bois noir tout cerclé de cuivre, la grâce des deux forçats tomba à la date anniversaire de leur incarcération et, sur les conseils du Padre, ils furent dirigés sur une congrégation de Rio où ils se mirent en tête de trouver du travail, il n’en manquait pas en ces temps de forte croissance due à la guerre en Europe, le Brésil exportait à tour de bras depuis 1939 ! Ils tentèrent d’abord leur chance dans le bâtiment, sur le bord de mer les belles maisons de style colonial cédaient inéluctablement la place à des immeubles vertigineux en béton précontraint, mais leurs infirmités diverses s’y opposaient, il en allait de même pour le commerce qui nécessite une certaine mobilité, la restauration ou la limonade étaient déconseillées par le tempérament addictif de Rosario, une fois de plus le Padre les tira d’affaire en les envoyant se présenter au fort de Copacabana, à un certain major Bastos qui recherchait des caserniers, l’affaire fut vite conclue, payés, logés, nourris et habillés de plus, les deux compères plongèrent dans des délices non de Capoue mais pour le moins de Rio.

Le Kapitänleutnant Ulrich Heyse était un homme hardi mais doté, malgré son jeune âge, d’une certaine prudence, à raison : il avait été deux fois repéré par l’aviation américaine les jours précédents. Grimpé seul dans la baignoire, il passa en semi-plongée et en propulsion électrique pour remonter la plage d’Ipanema à bonne distance puis il commença à se rapprocher en abordant l’éperon rocheux, il ne fallait surtout pas être en deçà des 150 mètres, car les récifs ne pardonneraient pas, mais à 200, il serait quand même en deçà de la portée minimale de tir des pièces de 190, quant aux 75, ils ne pouvaient que rester muets faute de freins ! Il avait soigneusement étudié la carte, comme elle l’indiquait, le fort ressemblait à une grosse galette de béton en forme d’antique raquette de tennis posée sur la roche, de faibles lumières rougeoyaient dans l’angle gauche de la deuxième partie, qui abritait les casernements de surface, il sortit ses jumelles de leur étui pour y voir plus clair.

Morino se retournait dans sa couchette, agité par un rêve déplaisant, le médecin inspecteur lui sciait la jambe avec un rictus sardonique et dans un bruit abominable, il se redressa d’un coup, haletant et la sueur aux tempes, il y avait un bruit, une sorte de ronronnement régulier très aigu qui semblait sortir des murs, il passa sa prothèse, monta les 39 marches et il le vit, une sorte de nez de baleine en train d’éventer, on en voyait quelquefois mais ce n’était pas la saison, non, c’était autre chose, il y avait un homme au sommet, nom de D…, un sous-marin, il y avait une très vieille boîte en bois dans l’escalier, trois marches plus bas, Morino l’ouvrit et s’empressa d’appuyer sur le gros bouton rouge, la suite fut plus complexe.
………
La sirène surprit absolument tout le monde mais les réflexes et la procédure reprirent le dessus, l’équipage du fort, bien entraîné, rendit les tourelles battantes en moins de deux minutes, mais l’officier de tir donna des conclusions désespérantes : l’objectif, parfaitement identifié, était en deçà des capacités du fort et les deux tourelles ne pouvait que le suivre sans pouvoir tirer ! Morino courut presque jusqu’à la vieille pièce Hotchkiss aux cinq tubes, il la déverrouilla et enleva la tape de bouche et les protections pendant que Rosario encliquetait le premier chargeur, puis il s’appuya sur l’épaulière en relevant la hausse et Rosario tourna la manivelle.
………
Le plus surpris fut sûrement le Kapitänleutnant, une pétarade incroyable semblait sortir du fort en même temps qu’une abondante fumée grisâtre et l’eau se mit à bouillonner sur l’avant de son navire avec force bruits métalliques, en plein sur la pièce antiaérienne, il hurla ses ordres, surface et propulsion aux diesels, ils étaient repérés, il fallait obliquer vers le nord et présenter l’arrière à ce truc qui leur tirait dessus pour riposter avec son canon de 105.
………
Le major était resté sans voix devant la pétarade de la vieille Hotchkiss, il avait couru jusqu’à la pièce, suivi par la totalité des attachés militaires, et y était arrivé quand Rosario enclenchait le troisième chargeur, la vue du sous-marin qui virait vers le nord et les explication de Morino provoquèrent la formation d’une sorte de noria composée d’officiers le plus généralement supérieurs qui se passaient de main en main des chargeurs de vingt kilos tout au long des 39 marches sur les quelques douze mètres de dénivelé, les deux capitaines avaient remplacé tireur et pourvoyeur et les deux généraux commandaient le feu, l’un d’entre eux, le Chinois, avait tiré son sabre et le pointait vers la cible en criant des choses peu compréhensibles, l’autre, le Portugais, jumelles aux yeux, donnait fort distinctement les hausses avec un détachement glacé, la baignoire fut touchée en plein, le sous-marin virait toujours quand il fut accroché par un feu d’infanterie, le sous-officier chef de poste, le sergent Eusebio, avait rangé ses appelés à l’abri de la rambarde du quai et ouvrait une mousqueterie d’enfer sur la pièce de poupe, le sous-marin allait répliquer quand il fut encadré par de bien hautes gerbes, le fort de Leme venait de se réveiller avec ses 280 courts, le Kapitänleutnant n’insista pas car il arrivait à la ligne des 200 mètres, il passa derechef en plongée et en propulsion électrique, les 190 ouvrirent le feu mais la salve, calculée pour la vitesse en diesel, fut malheureusement trop longue, deux salves du fort de Leme tombèrent, quant à elles, un peu court, gênées par le dégagement de fumée de la vieille Hotchkiss, le sous-marin avait disparu et le Comandante, surexcité, invita tout le monde, y compris les caserniers et le chef de poste, à une tournée générale, cela ne concerna pas Jossaume qui, ayant déjà usé et abusé des divers spiritueux disponibles ce soir là, dormait comme un bienheureux dans une chaise longue, son petit livre serré contre sa poitrine – il n’avait rigoureusement rien perçu des événements.

L’U-128 fut coulé dans la matinée du 22 vers 09h00, par 23° 47’ de latitude sud et 42°57’ de longitude ouest, trois avions avaient mené la traque mais c’est l’Arara du lieutenant Roberto Martin dit Torres, vingt-deux ans, qui porta l’estocade, un destroyer américain repêcha douze survivants sur quarante-neuf hommes, Ulrich Heyse était du nombre. Dans l’après-midi, le Brésil entrait en guerre.




(Fin... Je rappelle que le nom Arara va changer, et peut-être le numéro de l'U-boot)[/i]
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 17:46    Sujet du message: Répondre en citant

Notes de Carthage

Note sur Ilha Grande

Les Brésiliens, sous une apparente nonchalance, sont des gens éminemment pratiques, le bagne Candido Mendes ferma en 1994 accompagnant la disparition de la dictature militaire mais un autre bagne est né, un bagne à touristes, mais l’île pour ces derniers est une sorte de paradis car les voitures privées y sont proscrites, je vous défie de ne pas être émerveillé par la vue qui s’offre à vous quand vous ouvrez au petit matin les volets de votre chambre donnant sur la mer et de ne pas apprécier le petit déjeuner royal qui s’ensuivra, n’oubliez pas de protéger vos tartines contre les singes qui, bien que craintifs, ont parfois toutes les audaces, promenez-vous en bateau taxi pour visiter des plages magnifiques, méfiez vous des courants et, si vous avez l’âme aventureuse, traversez l’île à pied avec un guide mais il vous faudra être en bonne condition physique car le dénivelé est implacable, le reste des trajets possibles est des plus tranquilles mais on ne trouve aucune référence au bagne sur des marquages touristiques pourtant très précis, la jungle a repris ses droits et seuls les restes de la relégation avec ses cellules humides, l’aqueduc dont il subsiste quelques arches et des traces d’un débarcadère attestent qu’il y avait là quelque chose d’abominable.


Note sur le fort de Copacabana

Après le déclassement du fort à la fin des années 80 une garnison y fut maintenue, l’armée brésilienne est composée d’appelés qui montent là une garde vigilante juste perturbée par les flots de touristes et de Brésiliens qui montent à l’assaut tous les jours avec, pour les indigènes, une joie touchante, je vous conseille d’y arriver tôt sur le coup des dix heures de relevée et, après avoir payé un tribut des plus modiques, de passer le portique d’entrée sous la garde imperturbable de soldats en tenue de tradition et d’un sous-officier chef de poste en treillis, orientez-vous immédiatement vers le Café Colombo qui a installé un restaurant tout au long du quai pour y retenir la table où vous vous installerez sur le coup des treize heures puis cheminez tranquillement jusqu’au Museo de Esercito qui possède de bien intéressantes collections et des dioramas de toute beauté, toutes les armes sont authentiques et les mousquets remontent à la conquête portugaise, après une grosse heure vous pourrez gagner tranquillement l’entrée du fort pour en inspecter les profondeurs qui sont spectaculaires et, surtout, pour vous perdre dans un dédale de coursives, à l’époque de sa construction, on avait encore le goût du détail artistique, rien à voir avec l’aridité de la ligne Maginot, après les profondeurs vous gagnerez les dessus du massif et vous vous rendrez compte avec effarement de la taille des deux tourelles blindées, une fois vos photos prises vous redescendrez doucement jusqu’au restaurant où vous serez installés à une table ombragée, commandez de petits beignets au crabe en entrée suivis de Picanha dont vous me direz des nouvelles, au fait, le Brésil a fait de très gros progrès en matière de vin rouge dans des cépages que nous connaissons bien et d’autres que nous avons oubliés! Si vous en avez encore la force, vers les seize heures, n’oubliez pas de jeter un œil sur les pièces d’artillerie qui parsèment le site, bonne digestion tout de même.
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carthage



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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 18:46    Sujet du message: Répondre en citant

J'aimerai ajouter quelque chose sur Jossaume:

Jossaume passa trois mois au fort, le Brésil lui accorda l'asile et le remit tout simplement aux représentants d'Alger, il comparu devant un jury d'honneur qui le lava de toute flétrissure et, comme il connaissait bien les lieux, fut affecté d'autorité à la nouvelle résidence de la France combattante qui succédait dans les mêmes locaux aux éléments du NEF, il termina la guerre, exténue, avec le grade de Capitaine et ne reprit pas son poste au lycée français, il a par ailleurs fait un riche et beau mariage avec une charmante autochtone.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 18:52    Sujet du message: Répondre en citant

Ajouté !
Very Happy
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loic
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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 19:04    Sujet du message: Répondre en citant

Notons aussi que la rupture des relations diplo avec les pays de l'Axe a donc eu lieu le 28 janvier 42 (Pan American States Conference à Rio).
Je m'emploie à trouver le numéro du sous-marin.

Joli récit en tout, ça donne envie de voyager.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 19:28    Sujet du message: Répondre en citant

Très jolis, j'ai eu de la famille au Brésil et j'y ai encore des amis... je suis le très bienvenue... mais le ticket d'avion est au dessus de mes moyens.
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 19:42    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Pourquoi vouloir changer le numéro du sous-marins ?
En OTL, tous les sous-marins de l'Axe, y compris l'U 128, coulés au large des côtes brésiliennes, il y a un italien dans le lot, l'ont été entre janvier et septembre 1943.
Dans tous les cas de figure, la perte, quelque soit le numéro choisi, sera avancée.

Citation:
Deux tourelles en acier aux coupoles d’une épaisseur atteignant trois mètres avaient été commandées aux établissement Krupp en la bonne ville de Thyssen


Trois mètres de blindage ? Je n'a jamais vu une tel épaisseur de blindage sur une tourelle. Bonjour le poids à manœuvrer.

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 22:01    Sujet du message: Répondre en citant

Capu Rossu a écrit:
Pourquoi vouloir changer le numéro du sous-marin ?

Il faut s'assurer que le sous-marin n'a pas déjà été coulé ailleurs FTL... et aussi qu'il est déjà opérationnel (et susceptible d'être engagé dans la région en question) à la date considérée !
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Casus Frankie

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Capu Rossu



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MessagePosté le: Ven Sep 04, 2015 22:25    Sujet du message: Répondre en citant

L' U 128 a effectué sa première mission de guerre au départ de Lorient le 8 janvier 1942, je ne compte pas le transit Kiel - Lorient via la Norvège du 9 au 24 décembre 1941.
Si la FTL ne l'a pas coulé entre temps, c'est un bon candidat.

@+
Alain
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loic
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MessagePosté le: Sam Sep 05, 2015 10:49    Sujet du message: Répondre en citant

À cette époque OTL, le coupable était l'U-507, qui a coulé 6 navires. C'est ce carnage qui a décidé les Brésiliens à déclarer la guerre. Mais :

1) FTL, l'U-507 est au large des côtes africaines en août 1942 (voir la chrono).

Ce point n'est pas gênant, on peut toujours le remplacer par un autre.

2) OTL, à cette période (août 42), aucun sous-marin n'était descendu à hauteur de Rio ; ce n'est qu'à partir de 1943 que certains le feront. L'U-507 a mené ses attaques en août 42 entre Recife et Salvador, soit pratiquement 1000 km plus au nord.

Il faut donc trouver une raison pour que le trafic naval au large de Rio soit attaqué dès août 1942, soit un an plus tôt qu'historiquement.
Ce n'est pas la présence des Milchkuh qui change la donne, ils étaient plutôt utilisés pour permettre aux Type-VII de passer plus de temps au large des USA ou dans les Caraïbes. Sauf à envisager une campagne massive contre le Brésil qui justifierait l'envoi d'une Milchkuh pour ravitailler un groupe de sous-marins, il faut à mon avis rester proche de l'OTL.
Ce n'est pas un problème d'autonomie non plus.
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MessagePosté le: Sam Sep 05, 2015 10:57    Sujet du message: Répondre en citant

Je pense que la raison est évidente - l'importance plus grande de la France Combattante donc de l'AFN courant 1942, avec plus de trafic Brésil - AFN, d'où le désir de la Kriegsmarine d'aller gêner ce trafic.
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