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1940 - La France continue la guerre
 
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Casus Frankie
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Messages: 10135
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Sep 16, 2007 21:41    Sujet du message: Retour au PoD Répondre en citant

Voici le premier épisode entièrement réécrit (merci à tout le monde !). Normalement, c'est validé. Tous le monde est OK ?

Chronologie alternative, dite Fantasque Time Line (FTL)

Juin 1940 (1/5)

… … …

6 juin
Paris
Le Général de Brigade (à titre temporaire) Charles de Gaulle est nommé sous-secrétaire d’État à la Guerre (Paul Reynaud, Président du Conseil, faisant office de Ministre). A 11h00, il rencontre Reynaud au ministère de la Guerre, rue Saint-Dominique. L’évolution des événements sur le front est plus qu’inquiétante et les deux hommes discutent d’abord de la possibilité de constituer un “réduit breton” au cas où la situation continuerait de se dégrader. Le Président du Conseil y croit à ce moment beaucoup, mais si Weygand a confié l’organisation de ce “réduit” au Général Altmayer junior, c’est sans y croire.
Les deux hommes parlent aussi de politique intérieure. « Si nos pires craintes pour la bataille en cours devaient se réaliser, demande De Gaulle, ne pensez-vous pas, Monsieur le Président du Conseil, que la présence du Maréchal Pétain au gouvernement pourrait rendre difficile la prise des mesures qui s’imposeraient pour le salut national ? »
– Il est vrai que le Maréchal a toujours critiqué notre entrée en guerre et qu’une défaite militaire pourrait lui offrir la possibilité de faire prévaloir ses vues sur la politique française. Mais je pense pourtant qu’il vaut mieux l’avoir dedans que dehors, répond Reynaud.

Composition du Gouvernement Paul Reynaud le 6 juin 1940
– Président du conseil :
o Paul Reynaud (AD) (également Ministre de la Défense Nationale et de la Guerre, ainsi que des Affaires Étrangères)
– Vice-présidents du conseil :
o Camille Chautemps (PRS)
o Philippe Pétain
– Ministres :
o Ministre de l’Intérieur : Georges Mandel
o Ministre des Armements : Raoul Dautry
o Ministre des Finances : Yves Bouthillier
o Ministre du Travail : Charles Pomaret (USR)
o Ministre de la Justice : Albert Sérol (SFIO)
o Ministre de la Marine militaire : César Campinchi (PRS)
o Ministre de la Marine marchande : Alphonse Rio (USR)
o Ministre de l’Air : Laurent-Eynac (PRS)
o Ministre de l’Éducation nationale : Yvon Delbos (PRS)
o Ministre des Anciens combattants et des pensions : Albert Rivière (SFIO)
o Ministre de l’Agriculture : Paul Thellier (AD)
o Ministre du Ravitaillement : Henri Queuille (PRS)
o Ministre des Colonies : Louis Rollin
o Ministre des Travaux publics : Ludovic-Oscar Frossard (USR)
o Ministre de la Santé publique et de la Famille Française : Georges Pernot (FR).
o Ministre des Postes, Télégraphe, Téléphone et Transmissions : Alfred Jules-Julien (PRS)
o Ministre de l’Information : Jean Prouvost
o Ministre du Commerce et de l’Industrie : Albert Chichery (PRS)
o Ministre du Blocus : Georges Monnet (SFIO)
o Ministres d’État: Louis Marin (FR) et Jean Ybarnegaray (PSF)
– Sous-secrétaires d’État :
o Sous-secrétaire d’État à la vice présidence du Conseil : Robert Schuman (PDP)
o Sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale : Charles de Gaulle
o Sous-secrétaire d’État aux Travaux Publics : André Février (SFIO)
o Sous-secrétaire d’État aux Affaires Etrangères, secrétaire du Comité à la Guerre : Paul Baudoin
o Sous-secrétaire d’État aux Fabrications de l'Air : Jules Mény

Dans l’après-midi, le gouvernement est réuni pour la traditionnelle photo sur les marches de l’Hôtel Matignon. Malgré l’inquiétude quant à la situation militaire, quelques bouteilles de champagne sont débouchées et Paul Reynaud reçoit les vœux de succès d’Hélène de Portes, sa maîtresse très aimée depuis plusieurs mois. Il a décidé de divorcer pour elle aussitôt que la loi l’y autorisera et la belle Hélène exerce sur lui une influence qui déborde leurs relations personnelles. Quand la jeune femme quitte Matignon, Reynaud lui propose sa voiture, mais le Lieutenant-Colonel Paul de Villelume, qui joue dans son cabinet un rôle important et assure la liaison avec l’Etat-Major, propose de la raccompagner personnellement. « C’est très aimable à vous, Villelume, observe Reynaud, mais n’oubliez pas que nous avons du travail. »
– Je conduirai moi-même, répond Villelume, je ne serai pas long.
Selon les souvenirs d’un autre collaborateur de Reynaud, Villelume aurait en aparté indiqué à Hélène de Portes qu’il souhaitait évoquer avec elle « la personnalité de quelques membres du nouveau gouvernement et notamment d’un certain colonel un peu trop sûr de lui-même… » Comme Charles de Gaulle devait le déclarer par la suite à plusieurs de ses collaborateurs, et en particulier à Geoffroy Chaudron de Courcel, Paul de Villelume était un homme certes brillant, mais irrémédiablement prévenu contre lui. Il n’avait cessé de mener auprès de Paul Reynaud une sourde guerre intestine contre ses idées, ainsi que contre la poursuite des hostilités.
La voiture de Villelume file dans la rue de Varennes, prend à vive allure le boulevard des Invalides. Alors qu’au bout du boulevard, elle tourne à gauche vers l’esplanade, roulant toujours aussi vite, son conducteur en perd le contrôle, pour une raison inconnue. Bien après la guerre, des témoignages ont prétendu qu’une mystérieuse voiture, surgie de la rue de Grenelle, l’aurait percutée à l’arrière… Quoi qu’il en soit, l’automobile heurte brutalement un réverbère et verse sur le côté. Les secours arrivent très vite et les deux occupants, ensanglantés, sont conduits à l’Hôtel-Dieu. Là, on ne peut que constater qu’Hélène de Portes a été tuée sur le coup.

Mort d’une Comtesse (article paru deux semaines plus tard dans Time)
« Les historiens oublient toujours ce que les romanciers n’oublient jamais : les problèmes des hommes d’état ne sont pas exclusivement ceux de l’Etat. C’est ainsi que nous avons appris le 7 juin qu’avait eu lieu en France une tragédie privée qui, tout en n’étant rien à côté de la tragédie vécue par le pays, n’en est pas moins à signaler.
Il y a quelques année, la fille d’un riche négociant du port de Marseille prit dans ses filets un véritable Comte, l’épousa et s’installa à Paris, où elle se mit à tenir salon pour les journalistes et les hommes politiques. Hélène de Portes était petite, brune, nerveuse, jalouse et pas très brillante intellectuellement, mais elle avait apparemment quelque chose capable de faire faire à un Français n’importe quelle folie. Devenue veuve il y a deux ans, elle jeta son dévolu sur un brillant économiste nommé Paul Reynaud. Bientôt Reynaud, qui avait jusque là été un bon père de famille, quitta sa femme. Peu après, la loi sur le divorce fut modifiée et l’économiste put espérer être libre au bout d’un an au lieu de trois.
Le 21 mars dernier, Paul Reynaud devint Président du Conseil. Il s’adapta bien au pouvoir, mais ce dernier monta à la tête de la Comtesse de Portes. Elle commença à se voir jouer le rôle d’une éminence grise et tandis que la situation de la France devenait catastrophique, sa voix importune devenait plus perçante. Elle devint hystérique quand elle sut que l’on murmurait que la fleur de lys française était supplantée par une “fleur de lit” fanée… Début juin, elle se mêlait sans cesse des délibérations gouvernementales, qu’elle prétendait chaque soir ajuster à ses goûts personnels – auxquels la poursuite de la guerre ne convenait pas du tout. C’est alors qu’au coin d’une rue de Paris, les rêves de grandeur de la Comtesse de Portes s’écrasèrent contre un réverbère… »

Reynaud, prévenu, accourt à l’Hôtel-Dieu, accompagné de son directeur de cabinet, Dominique Leca. Devant le corps de sa maîtresse, il s’écroule en larmes : « Je ne pourrai pas continuer, Dominique. Je vais démissionner… »
– Ne faites pas ça, Monsieur le Président du Conseil. La France a besoin de vous ! plaide Leca, qui poursuit (non sans quelque hypocrisie) en désignant la morte : Pensez à elle ! Elle vous aimait, elle se passionnait pour les affaires de l’Etat, elle n’aurait pas souhaité que vous abandonniez votre tâche !
L’argument semble toucher Reynaud, qui se tait et médite, silencieux, quelques minutes. C’est alors que surgit Paul de Villelume. Il n’est que légèrement blessé et arbore sur le crâne un volumineux pansement qui lui donne l’air passablement ridicule. « Monsieur le Président, balbutie-t-il, je suis tellement navré, je… »
Reynaud l’interrompt et s’exclame, avec des sanglots dans la voix : « Comment osez-vous… Vous conduisiez, c’est de votre faute… Disparaissez, je ne veux plus jamais vous voir, jamais ! »

Villelume (Paul de) – (…) Après son renvoi par Paul Reynaud à la suite du décès de la Comtesse de Portes, il resta en France et offrit en octobre 1940 ses services à Pierre Laval. Celui-ci finit par le nommer Ambassadeur de France en Allemagne. En 1944, il tenta de passer en Espagne, mais n’y parvint pas et fut emprisonné. Condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi, il refusa de demander la grâce présidentielle. Il est vrai qu’entre temps, Reynaud était devenu Président de la République et portait toujours, dit-on, le deuil d’Hélène de Portes. (Extrait du Grand Larousse de la Seconde Guerre Mondiale, Paris 1965)

Dans la soirée, après discussion avec Dominique Leca, Reynaud décide d’attribuer les fonctions de Villelume à Roland de Margerie, qui est déjà le responsable de son cabinet diplomatique. « Les jours qui suivront verront Reynaud, affecté mais “libéré” (selon le mot de De Gaulle), laisser Roland de Margerie acquérir une influence croissante, au point de devenir un Président du Conseil bis, au grand dam de la fraction défaitiste du gouvernement. » (Jean Lacouture, De Gaulle, t. II – Le Combattant, Paris, 1984).
Nous avons récemment appris, grâce aux Mémoires de l’Amiral Philippe de Gaulle, combien le Général avait été frappé de la disparition simultanée de la scène de Paul de Villelume et de celle qu’il avait surnommée (en privé) la « mégérie » de Reynaud, compte tenu de sa farouche opposition à la ligne jusqu’au-boutiste. « Cet événement, raconta-t-il à son fils, m’apparut véritablement comme un signe de la Providence. Le destin de la France n’était décidément pas de se laisser aller aux sirènes du désespoir. »

Bordeaux-Mérignac
Certains le prendront comme une sorte de présage… Le Farman 223-4 Jules-Verne, après avoir bombardé les jours précédents les nœuds ferroviaires d’Aix-la-Chapelle et de Maastricht, Middelburg, Flessingue, etc. repart en mission. Après une navigation au-dessus de la Manche, de la mer du Nord et de la Baltique, l’appareil, commandé par le capitaine de corvette Daillière, attaque Rostock avec succès sans être inquiété. Mais son plus fameux exploit est pour le jour suivant.

7 juin
Paris
Alors que la presse parisienne, du Populaire à gauche au journal le Jour à droite, en passant par l’Aube et le Matin, salue avec chaleur la nomination de De Gaulle au gouvernement, celui-ci constitue son propre cabinet. Il se concerte avec De Margerie, dont il constate immédiatement la solidité des convictions jusqu’au-boutiste. Le Général rencontre ensuite Reynaud, qui le charge de porter un message à Churchill pour demander l’engagement à grande échelle de la RAF dans la Bataille de France. Avant de se rendre à Londres, le nouveau sous-secrétaire d’État à la Guerre doit consulter Pétain et Weygand.

Paris
Ayant appris le décès d’Hélène de Portes, Paul-Henri Spaak, ministre belge des Affaires Etrangères, prépare un message de condoléances à l’intention de Reynaud. Mais le Premier Ministre Pierlot, chez qui le juriste pointilleux le dispute au catholique rigoureux, s’étouffe d’indignation : « Une démarche officielle du Gouvernement belge ne peut paraître reconnaître une relation qui n’a aucune espèce d’existence légale, et dont la nature même offense les principes de la morale ! » Cet épisode ne fera qu’ajouter encore quelque piment aux relations déjà difficiles entre les deux chefs de gouvernement. Toutefois, Spaak, ainsi que Jaspar, le ministre de la Santé Publique, lui-même divorcé et remarié, enverront à titre personnel des marques de sympathie à Reynaud.

Berlin
La capitale allemande elle-même est la cible du Jules-Verne ! Arrivant par le nord, le Farman fait mine de vouloir se poser à Tempelhof puis, volant à 100 mètres d'altitude et à 350 km/h, largue sur les usines Siemens huit bombes ainsi que 80 petites bombes incendiaires lancées par le mitrailleur-bombardier Deschamps et le mécanicien Corneillet. L’avion va ensuite se poser sans incident à Orly dans la matinée du 8.


8 juin
Montry (GQG de l’Armée française)
De Gaulle, qui n’a pu rencontrer Pétain aux Invalides comme prévu, se rend à Montry pour rencontrer le Chef d’État-Major, le Général Weygand. La discussion entre les deux hommes est houleuse. Weygand fait un sombre tableau de la situation : « Les hommes sont littéralement épuisés, ils se battent de jour, marchent de nuit et tombent endormis sur leurs nouvelles positions. Nous n’avons plus aucune réserve. La seule chose qui pourrait nous sauver, c’est que l’adversaire soit encore plus fatigué et soit amené à s’arrêter faute de souffle. » Mais il n’y croit visiblement pas et apparaît aux yeux De Gaulle comme « désespéré ». Il qualifie ainsi « d’enfantillage » tout projet de repli sur l’Afrique du Nord. Ses proches collaborateurs ne tiennent pas d’autres propos.

Paris
Sitôt de retour, De Gaulle se rend chez Paul Reynaud. Celui-ci, qui a assisté le matin même à l’enterrement d’Hélène de Portes, est très déprimé. De Gaulle l’adjure de remplacer Weygand, proposant pour ce poste le Général Huntziger. Reynaud hésite, car Huntziger a été l’un des vaincus de l’attaque allemande du 13 mai. Cependant, sous l’influence de De Margerie, qui assiste à l’entretien, il accepte l’idée que Weygand pourrait devoir être bientôt remplacé.
– Au moins, demande De Gaulle, acceptez de rassembler tout ce qui reste de nos unités blindées en un corps unique. Séparées, elles seraient impuissantes. Unies et commandées par un chef capable, elles peuvent encore faire quelque chose.
– Mais quel chef ? demande Reynaud, désabusé.
– Le Général Delestraint. J’avais déjà fait cette proposition à Weygand le 2, il n’en a pas tenu compte. Si vous ne souhaitez pas renvoyer Weygand tout de suite, nommez du moins Delestraint.
De Margerie approuve et Reynaud accepte cette proposition.
En pratique, le Groupement Delestraint ne comprendra que les restes des 2e et 4e DCR, ainsi que certaines CICC issues de DI (le 8 juin, les 2e et 4e DCR ne sont plus sur la Somme, mais se trouvent depuis quelques jours à Marseille-en-Beauvaisis pour récupération et reconstitution). Les DLM continueront à jouer leur le rôle dans la couverture du repli.

Poitiers
Conseil des Ministres du gouvernement belge en exil en France. Le Conseil prend connaissance d’un certain nombre de documents communiqués par le Roi Léopold III concernant la capitulation de l’Armée belge le 28 mai.


9 juin
Londres
A l’aube, le Général de Gaulle quitte Le Bourget pour Londres, où il rencontre Winston Churchill en fin de matinée. Le Premier Ministre se refuse à déployer de nouvelles unités de la RAF en France, expliquant que leur utilité et leur efficacité pour la défense de la Grande-Bretagne sont bien plus grandes que celle qui pourrait résulter de leur emploi en France dans la confusion actuelle. A la fin de l’entretien, rapporte le Général Edward Spears (présent en qualité de représentant de l’état-major britannique auprès des forces françaises), De Gaulle déclare à Churchill : « C’est vous qui avez raison. »
En début d’après-midi, la délégation française voit encore Anthony Eden (alors ministre de la Guerre) et Jean Monnet, qui préside la Commission mixte franco-britannique d’achat de matériel de guerre. Alors que la situation militaire se détériore rapidement, De Gaulle est rappelé d’urgence à Paris, où son avion se pose en fin de journée au Bourget au milieu des cratères de bombes.

Paris
Dans la nuit, une réunion se tient au Ministère de la Guerre. La victoire allemande sur le continent apparaît inéluctable. Soutenu par De Margerie, De Gaulle plaide pour un repli sur l’Afrique du Nord. Dominique Leca, directeur du cabinet de Paul Reynaud, les appuie fermement. Reynaud est alors convaincu d’opter pour ce qui est qualifié par Leca de « solution hollandaise ». Les troupes qui ne seront pas destinées à être évacuées devront se battre en Métropole jusqu’à la limite de leurs possibilités, puis elles se rendront. « Cependant, prévient De Gaulle, il faut que vous sachiez, Monsieur le Président du Conseil, que cette solution se heurtera certainement à l’hostilité de certains. Hélas ! Hélas ! Au premier rang de ces hommes, il y aura le chef de notre Armée, le Général Weygand ! »
Pour organiser l’ultime défense, il est décidé que les autorités politiques et militaires se replieront vers le sud et, dans un premier temps, sur la Loire.


10 juin
Bataille de France
Face aux Allemands, sur tous les fronts, les troupes françaises luttent désespérément. Cependant, les mouvements de repli s’intensifient, sous des bombardements aériens qui ne se heurtent plus à aucune opposition cohérente. Certaines unités trouvent déjà les ponts prématurément coupés devant elles lorsqu’elles atteignent les lignes d’eau qu’elles sont censées défendre.
En Champagne, les blindés allemands s’engouffrent dans la brèche de Rethel et poussent sur la Rethourne. Au sud de l’Aisne est créé un “groupement cuirassé” avec la 3ème DCR et la 7ème DLM, sous le commandement du Général Buisson. Les blindés français parviennent à retarder quelque peu l’avancée du 19ème PanzerKorps.
Sur le front de la VIème Armée, l’ennemi s’infiltre sur l’Ourcq et l’Aisne. Sur le front de la Xème Armée, les Allemands franchissent la Seine en plusieurs points, mais des unités françaises combattent toujours autour de St-Valéry (sur la côte de la Manche) avec les forces britanniques. Une partie du 9ème Corps, isolée, est capturée, l’autre partie se replie sur le Havre, où l’opération “Cycle” permet d’évacuer 11 000 hommes.
Le GQG est transféré à Briare.

Paris
En fin de matinée, le Général Maxime Weygand rencontre à sa demande Paul Reynaud, Président du Conseil, au ministère de la Guerre. Au grand agacement du chef d’état-major, ce dernier est entouré du Général de Gaulle, secrétaire d’Etat à la Guerre, et de Roland de Margerie, conseiller militaire. Weygand remet à Reynaud une note dans laquelle il plaide pour un armistice dans les plus brefs délais. En réponse, De Gaulle lui expose la “solution hollandaise”. Weygand bondit.
– Un abandon du territoire métropolitain serait un enfantillage, un enfantillage dangereux ! Vous rendez-vous compte que vous laisseriez ainsi les mains libres aux communistes ? De Gaulle, vous êtes un soldat, je ne comprends pas que vous acceptiez une sottise pareille. Cette prétendue solution est en réalité une manœuvre pour faire porter à l’Armée, par l’inévitable capitulation des unités restées en Métropole, la responsabilité des fautes du pouvoir politique ! En tant que chef d’état-major, j’exige un armistice !
– La question n’est pas ici de savoir qui porte quelles responsabilités, coupe De Margerie. Général, nous devons savoir si vous exécuterez les ordres du pouvoir républicain, même si ces derniers devaient être contraires à la note que vous venez de nous remettre et à votre opinion !
– Je suis un soldat. J’exécuterai tout ordre conforme à l’honneur de l’Armée, répond évasivement Weygand. Mais la question n’est pas là ! Ce sont les politiques qui ont commencé cette guerre, c’est à eux d’y mettre fin !
Les divergences de vue entre lui et ses interlocuteurs apparaissent définitives. Reynaud décide une courte interruption de séance où il consulte Leca et, par téléphone, Georges Mandel. Puis il revient dans la salle de conférence et, sans même s’asseoir, il tranche : « Général Weygand, j’ai le regret de vous dire que je dois vous retirer la charge de chef d’état-major des Armées. » Weygand, blême, articule : « Vous faites une folie ! » et sort sans ajouter une syllabe. Reynaud s’assied lentement et soupire : « Bien, De Gaulle, c’est fait… Voudriez-vous joindre Huntziger pour lui demander d’accepter le poste, je vous prie… »
– Je vais moi-même me rendre à son QG, Monsieur le Président du Conseil. Mais avant, encore un mot : il faudrait nommer le Général de Lattre, qui vient de se distinguer dans la défense de Rethel, à la tête du camp retranché de Paris.
– Ah pour ça non ! Défendre Paris dans les conditions actuelles provoquerait un nombre considérable de victimes civiles. Paris n’a pas de défense propre, nous devons lui donner un caractère de ville ouverte. Nommez votre De Lattre à la tête d’un groupement combinant les unités encore disponibles en Région parisienne et donnez-lui l’ordre de retarder le plus possible l’ennemi entre la Seine et la Loire, mais pas de défendre Paris.
Reynaud restera inflexible sur ce point. Dans l’intérêt du maintien de l’ordre et de la protection de la population, le Général Héring, qui commande la place de Paris, donnera l’ordre à tous les services publics de rester sur place.

Arcis-sur-Aube (QG du Général Huntziger)
De Gaulle annonce à Huntziger la destitution de Weygand et lui propose de prendre sa succession. Huntziger est si surpris qu’il téléphone à Reynaud pour avoir confirmation de ce que lui annonce le sous-secrétaire d’État à la guerre. L’émotion évidente du Président du Conseil le convainc d’accepter, mais il demande à rencontrer Reynaud pour officialiser sa nomination.

Paris
Après avoir quitté la rue Saint-Dominique, Weygand, ulcéré, s’est rendu aux Invalides. Là, il rencontre Pétain vers 17h00 : « Monsieur le Maréchal, il faut agir. Vous seul pouvez mettre fin à cette folie ! » Pétain, fort mécontent, s’efforce aussitôt de joindre ceux des ministres que lesquels il sait pouvoir compter, tels Chautemps ou Ibarnegaray. Mais de ces discussions bilatérales ne sort pas un plan d’action immédiat, d’autant que chacun se préoccupe de quitter la capitale. Persuadé c’est à Georges que va la succession de Weygand, Pétain réussit à lui téléphoner pour lui intimer de refuser et s’énerve devant les dénégations de Georges, qui n’y comprend rien ! Il se décide alors à téléphoner à Reynaud lui-même pour exiger un Conseil des Ministres (il en a le droit, en tant que vice-président du Conseil). A sa grande fureur, il n’a au téléphone que De Margerie, qui lui explique très poliment qu’il est impossible de tenir un Conseil ce soir-là : « Vous comprenez, Monsieur le Maréchal, le Président Lebrun a quitté Paris vers 18h00, il doit s’installer près de Tours, je ne sais pas exactement où. » (C’est faux, De Margerie sait que Lebrun se rend à Cangé.) « Demain, alors ! » demande Pétain. « Je crains que ce soit également impossible, souvenez-vous que nous devons recevoir M. Churchill et plusieurs de ses ministres pour un Conseil Interallié, qui ne peut évidemment être reporté. Je pense qu’un Conseil des Ministres pourra être organisé le 12, dans la soirée sans doute. » Ecœuré, Pétain raccroche sans commentaires.

Dans la soirée, Reynaud reçoit Huntziger et lui confie « l’une des plus graves, plus tristes et plus nécessaires missions qu’un officier puisse recevoir de son gouvernement : ralentir l’invasion du territoire national par l’ennemi, sans espoir de le repousser, mais seulement de le retarder pour permettre l’évacuation du plus possible de forces et la poursuite de la lutte en exil. » Huntziger comprend bien le but et la nécessité de sa tâche, mais il tient à ce que soit précisé dans l’acte officiel de sa nomination qu’il ne l’accepte que par devoir…
Pourtant, une fois nommé, Huntziger va immédiatement se mettre au travail. Il commence par vérifier où en est l’exécution des ordres qu’il a donnés la veille, dans ses précédentes fonctions. C’est ainsi qu’il apprend que les groupes de transport automobiles n’ont pas encore commencé à déplacer la 3e DI nord-africaine (DINA), qu’il faut redéployer de la ligne Maginot jusqu’au canal de la Marne au Rhin. Furieux, il use de sa nouvelle autorité pour faire accélérer le redéploiement et appelle le Général Mast (3e DINA) pour lui confirmer l’importance de son rôle et lui préciser qu’il entend que sa division se positionne derrière les lignes d’eau pour faire face aux panzers qui arrivent.
Huntziger sait que sa nuit va être longue. Il convoque un Georges ahuri par ces bouleversements pour établir un plan. L’un des points clés de ce plan est d’éviter l’encerclement du GA II, même au prix de l’affaiblissement de la défense de l’est du pays. A ce moment, les troupes allemandes sont encore au nord de la Seine et de la Marne. Mais leurs axes de progression sont maintenant visibles : à l’ouest, Hoth et Rommel visent la Normandie, à l’est, contournant Paris, le mouvement des PanzerKorps de Kleist et Guderian devient visible. Deux priorités sautent aux yeux :
– A l’ouest, dès que la Seine sera franchie par l'ennemi (la confusion généralisée et l’absence de volonté en ce sens de Weygand n’ont pas permis de faire sauter les ponts), la seule résistance possible sera sur une ligne combinant l’Orne et la Sarthe. Compte tenu des forces disponibles, ce ne peut être qu’une ligne de retardement, couvrant le mouvement vers Brest des unités revenues de Dunkerque, qu’il va falloir rembarquer à Brest ou à Nantes. Ce n’est pas le “réduit breton”, mais une tentative d’évacuation en bon ordre, qui implique que les avant-gardes allemandes soient contenues.
– A l’est, il faut gagner de vitesse les Allemands sur le seuil de Bourgogne, où l’encerclement du GA II se dessine. Pour le sortir de là, même provisoirement, il faut démunir les divisions de forteresse de la Ligne Maginot de leurs troupes de couverture, mais c’est un prix acceptable, dans la mesure où l’objectif n’est plus celui de Weygand (conserver le plus possible de territoire dans la perspective d’une négociation d’armistice). Le rôle de Chaumont comme verrou devient évident, tout en retardant les Allemands sur les rivières et canaux (les “coupures humides” en langage militaire).
Par ailleurs, le Général Cartier est nommé à la tête d’un groupement de forces hétéroclites qu’il va devoir créer de toutes pièces afin de protéger le flanc nord de l’armée des Alpes.

Pendant qu’Huntziger prend ses nouvelles fonctions, Reynaud va une dernière fois se recueillir sur la tombe d’Hélène de Portes, au Père-Lachaise (on sait peu que, retrouvant Paris près de quatre ans plus tard, c’est là qu’il se fera conduire avant toute autre chose). Puis, au milieu de la nuit, juste avant de quitter Paris, il télégraphie à Roosevelt pour lui demander de « jeter dans la balance le poids de la puissance américaine afin de sauver la France, sentinelle avancée de la démocratie. » Roosevelt, très ému, confie alors à ses collaborateurs : « Je n’imaginais pas que la situation française était si épouvantable. En lisant les premières lignes, j’ai craint que Reynaud ne m’annonce la capitulation ! Mais le pire est évité, la France continue la guerre. Le monde l’a échappé belle, je crois. » Le Président Roosevelt répondra au message de Reynaud que les Etats-Unis enverront une plus grande quantité d’armement en France et en Angleterre, mais qu’ils ne sont pas disposés à entrer en guerre.

En estimant que le pire est évité, Roosevelt est quelque peu optimiste. De Margerie, pressentant une tentative de coup de force politique du camp défaitiste, organise une réunion privée entre De Gaulle et Léon Blum. Le chef de la SFIO est acquis aux idées de De Gaulle depuis le mémorandum “L’avènement de la force mécanique”, que ce dernier avait fait circuler le 10 janvier 1940. C’est ensemble que les trois hommes quittent Paris vers 23h00, en direction de la Loire. Ils ont été précédés de quelques heures par Georges Mandel, envoyé à Tours pour organiser le repli du gouvernement et qui, avant de partir, a proposé à Reynaud d’arrêter préventivement un certain nombre de “défaitistes”, comme Clemenceau l’avait fait en 1917. Selon les notes de Dominique Leca, le nom de Pierre Laval, qualifié par les Renseignements Généraux de « sénateur aux accointances mussoliniennes » aurait été cité.

Poitiers
Un nouveau Conseil des Ministres du gouvernement belge en exil en France aborde principalement la controverse entre le Gouvernement et le Roi (voir annexe 40-1). Cependant, le remplacement de Weygand par Hutzinger, le vaincu de Sedan, y est également évoqué ; cette décision provoque une certaine perplexité chez les ministres belges – certains croient même y voir un signe que le défaitisme gagne les Français.

Norvège
La campagne prend fin avec l’évacuation des dernières troupes alliées.

Rome
16h30 - Le comte Galeazzo Ciano, ministre italien des Affaires Etrangères, communique à l’Ambassadeur de France, André François-Poncet que « l’Italie se considérera en état de guerre avec la France à partir de demain, 11 juin, à 00h01. » En se retirant, l’ambassadeur prévient : « Vous verrez que les Allemands sont des maîtres exigeants. »
Une déclaration de guerre analogue est remise à l’Ambassadeur de Grande-Bretagne.
Cependant, la décision de Mussolini d’entrer en guerre surprend non seulement la population, mais aussi l’Armée. À l’origine, le Duce n’avait pas prévu d’entrer en guerre avant 1942 ou 1943. Lorsque Hitler lui avait annoncé son intention d’attaquer la Pologne en 1939, il avait été scandalisé et avait adopté une politique de non-belligérance (à défaut de neutralité), allant même jusqu’à autoriser certaines entreprises italiennes (Caproni, par exemple) à vendre de l’armement à la Grande-Bretagne. Il avait commencé à changer d’opinion au mois de mars et décidé en avril d’entrer en guerre. Ciano lui avait pourtant signalé en février que seules dix divisions pouvaient être considérées comme prêtes et que les dépôts de munitions et d’équipement pour l’artillerie étaient à 8% de leur niveau théorique.
Jusqu’à la dernière minute, les généraux italiens ont donc supplié le Duce de repousser sa décision d’au moins deux semaines, si ce n’est quatre, car les forces italiennes ne sont absolument pas prêtes à faire la guerre. Placée devant la perspective d’affronter les Alliés sur deux fronts, l’armée d’Afrique n’a pas le moral. Le taux de disponibilité de ses avions et de ses blindés est très bas (parfois moins de 50%) et une partie des stocks militaires ont été renvoyés d’Afrique du Nord en Italie pour envahir l’Albanie en 1939.
Dans les airs, la Regia Aeronautica souffre de graves faiblesses. Certes, l’intérêt des unités de bombardiers-torpilleurs (Aerosiluranti) pour mener une guerre en Méditerranée a bien été perçu par l’état-major, mais ces unités ne seront pas prêtes avant la fin de l’année.
Seul point positif : la flotte est bien préparée et compte de nombreux navires, mais elle ne fait pas le poids face aux marines britannique et française combinées. La doctrine établie est donc celle d’une fleet in being (flotte “en existence”, exerçant une menace potentielle), qui ne doit mener d’actions offensives qu’avec ses forces légères.
Mais Mussolini, persuadé que l’effondrement de la France est imminent et que les Britanniques ne poursuivront pas la guerre tout seuls, a refusé tout délai. Lorsqu’il a finalement annoncé au Maréchal Badoglio que le pays entrerait en guerre le lendemain, celui-ci a sombrement répondu : « C’est le suicide de l’Italie. »
– Ne soyez pas si inquiet, a rétorqué Mussolini. Au prix de quelques milliers de morts, l’Italie va gagner un siège de premier ordre à la table de la nouvelle Europe !

Mer Rouge
Au petit matin, le vapeur italien Umbria se saborde au large de Port-Soudan.
Lancé en 1911, l’Umbria avait été acheté en 1935 par le gouvernement italien et converti en transport de troupes. Pendant deux ans, il avait assuré l’acheminement de milliers de soldats dans les diverses colonies d’Afrique Orientale. Revendu à une compagnie privée, il continuait à faire l’aller-retour entre l’Italie et divers ports de la Méditerranée et de la Mer Rouge. Au mois de mai 1940, en prévision de l’effort de guerre à venir, il avait embarqué pour l’Afrique Orientale divers équipements et denrées dans les ports de Gênes, Livourne et Naples. 360 000 bombes, 60 caisses de détonateurs et d’autres équipements de même nature, pour un total de 8 600 tonnes, avaient aussi été embarquées, dans le plus grand secret. Arrivé à Port-Saïd le 3 juin, le navire avait été bloqué pendant trois jours par la Royal Navy, avant d’être finalement autorisé à repartir, car l’Italie était encore techniquement neutre.
L’Umbria était arrivé le 9 juin à proximité de Port-Soudan lorsque l’aviso HMS Grimsby, qui l’avait suivi à la trace, l’avait obligé à jeter l’ancre à proximité du rivage. Le croiseur léger HMNZS Leander, arrivé sur place dans l’après-midi, avait dépêché une vingtaine d’hommes pour inspecter le navire, en principe à la recherche de contrebande. Ces hommes avaient passé la nuit sur l’Umbria.
A l’aube du 10 juin, le capitaine italien, écoutant la radio, entend la déclaration de guerre de son pays à la France et à la Grande-Bretagne. Etant le seul à bord au courant de la nouvelle, il réussit à saborder son navire pratiquement sous le nez des marins britanniques.
Après la guerre, une équipe de démineurs examinera l’épave et signalera qu’une éventuelle explosion soufflerait la moitié de Port-Soudan, tout proche. Depuis, l’Umbria n’a pas bougé. Sa cargaison non plus…

Afrique Orientale Italienne
Quatre sous-marins partent immédiatement pour patrouiller devant les ports alliés de la région : le Macallè devant Port-Soudan, le Galvani devant Oman, le Ferraris devant Djibouti et le Galilei devant Aden.
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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 09:58    Sujet du message: Répondre en citant

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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 10:20    Sujet du message: Répondre en citant

Passons donc au deuxième épisode, 11 au 15 juin.

Juin 1940 (2/5)

11 juin
Bataille de France
Face à la Xème armée, les Allemands ont pris Elbeuf et Les Andelys et atteint Louviers. La VIIème Armée se retire sur la position avancée de Paris. Devant la VIème Armée, les blindés allemands ont forcé l’Ourcq et atteint Château-Thierry. Lors des combats de Heunières, la 1ère DLM inflige un coup d’arrêt aux forces allemandes. Malgré quelques contre-attaques de ce genre, la IVème et la IIème Armées doivent se replier pour s’aligner sur la VIème. Les troupes de von Kleist ont franchi la Marne. Reims ne va pas tarder à tomber.

Peu avant midi, les ordres d’Huntziger arrivent au IIème Groupe d’Armées, au grand soulagement de son chef, le Général Prételat, qui réclamait depuis deux semaines l’autorisation d’étudier le repli du GA II et l’abandon de la ligne Maginot. Les meilleures unités du groupe d’armées doivent faire immédiatement mouvement vers une ligne Chaumont-Auxerre pour verrouiller autant que faire se peut le Seuil de Bourgogne – hélas, aucune préparation n’ayant été faite, il faudra des délais pour faire venir les trains et rapprocher les unités des gares afin d’embarquer la 1ère DIP, la 30e DIA et certains BBC des 3e et 5e Armées pour les porter sur la Saône, entre Dijon et Vesoul. La 2e DIP, stationnée à Belfort, a l’ordre de se diriger vers Vesoul et la Saône, pendant que la 67e DI gagne Dijon et que la défense de Belfort est organisée par la 63e DI et le 45e CAF.
Verdun ne doit pas être évacué ; les forts et la ville doivent être défendus, en espérant bloquer l’avance ennemie quelques heures ou quelques jours. De même, les garnisons des ouvrages de la Ligne Maginot restent sur place, ainsi que quelques faibles troupes pour garnir les intervalles (une section par régiment de forteresse).
Le départ immédiat vers le couloir rhodanien des unités motorisées et des services des VI e, VII e et XX e régions militaires doit être organisé. Ce qui ne peut pas être emporté (dépôts, carburant etc.) doit être saboté. On demande à l’Armée de l’Air un effort de couverture de l’est de la France pour protéger le réseau ferroviaire.
Tous ces mouvements ne vont évidemment s’effectuer sans difficulté (les premiers mouvements par rail, concernant la 1ère DIP, n’auront lieu que dans la nuit du 11 au 12 et les départs à pied dans la nuit du 12 au 13), mais au moins les ordres donnés vont-ils dans le bon sens.

A Paris, De Lattre, à peine nommé, ordonne l’incendie de toutes les réserves de carburant de la région qui ne peuvent être évacuées. Il constitue à Vincennes le “Groupement De Lattre”, avec les unités stationnées autour de Paris, une cinquantaine de pelotons de la Garde Républicaine Mobile (GRM) et différentes unités rescapées des combats de Champagne. Son but est de gagner du temps entre Paris et Orléans pour que la Loire puisse jouer son rôle de ligne de retardement, puis d’assurer une couverture de cette ligne. De fait, même en Beauce, il est possible de retarder les Panzers si les forces françaises s'accrochent aux nœuds routiers. Les blindés allemands ont une autonomie réduite et dépendent du train logistique sur camions. La supériorité aérienne allemande n’est pas assez absolue pour risquer des Ju-52 pour transporter du carburant.

Dans le port du Havre, les raffineries incendiées volontairement l’avant-veille brûlent toujours ; les flammes et la fumée créent une atmosphère d’apocalypse que l’on retrouvera à de nombreuses reprises aux quatre coins du monde dans les années suivantes. Cinq navires de commerce qui participent à l’évacuation (dont les Belges Albertville et Piriapolis) sont coulés par les Stukas et un sixième doit s’échouer. Le vieux cuirassé Paris, qui couvre la zone, est également endommagé.
À la frontière franco-italienne, on ne note pour le moment que des reconnaissances aériennes de part et d’autre. Malgré les mauvaises conditions météorologiques, un Fiat BR-20 du 43ème Stormo (basé à Cameri) effectue une mission de reconnaissance sur Toulon et parvient à prendre de nombreuses photographies du port.

Journal de Hans Gruber (rassemblé et enrichi de lettres à sa famille par son petit-fils Markus Gruber, Reutlingen) [Le 11 juin 1940, Hans Gruber, fils d’un officier tombé à Sedan en 1914, est lui aussi officier, dans la 7e Panzerdivision, sous les ordres du Général Erwin Rommel. Il n’a pas participé à la campagne de Pologne. Après un mois de combats presque continuels, il prend enfin un peu de repos.]
« J’ai vu Rommel aujourd’hui. Sa voiture est passée près de notre char pendant que je soufflais un peu avec mes gars. Mon équipage est vraiment merveilleux. Des types remarquables, dévoués et efficaces. Jusqu’ici, par bonheur, nous avons eu étonnamment peu de pertes. Nous avons perdu Jochen Heldmans et son char, incendié par un S-35 il y a deux semaines, et le char de Hannens a été démoli par un 25 mm hier. Pas de remplaçants pour le moment.
Le QG du bataillon vient de nous annoncer que l’Italie était entrée en guerre de notre côté. Leur radio annonce qu’ils ont attaqué dans les Alpes et qu’ils avancent sur tout le front. Attendons un peu pour voir ce qu’il y a de vrai là-dedans. »

Région de la Loire
Les autorités françaises s’installent sur la Loire : Reynaud au château de Chissay, le Président de la République, Albert Lebrun, au château de Cangé (où doivent avoir lieu les Conseils des Ministres), De Gaulle au château de Beauvais et Huntziger au château du Muguet, près de Briare (où doit se réunir le Conseil Interallié). Mandel et le ministère de l’Intérieur s’installent à Tours et les Affaires Étrangères au château de Villandry. Pendant cette installation, De Margerie avertit Reynaud que Paul Baudouin (secrétaire au Comité de Guerre) « a pris langue avec Pétain et Weygand. »
Dans la journée, respectant les formes, la France déclare la guerre à l’Italie, suivie par la Grande-Bretagne et ses dominions, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud.

Poitiers
Réfugié à Poitiers, le gouvernement belge approuve la recommandation de son ministère des Affaires Etrangères de ne se considérer en guerre avec l’Italie qu’à partir du moment où ce pays aura déclaré la guerre à la Belgique ou aura fait contre elle acte de belligérance.
Pendant ce temps, à Rome, le Comte Ciano et son chef de cabinet Filippo Anfuso, prétextant du conflit entre le Gouvernement belge et le roi Léopold III, somment l’Ambassadeur de Belgique, le comte André de Kerchove de Denterghem, de rompre avec le Gouvernement de Poitiers ; faute de quoi, il devra quitter le territoire italien (voir annexe 40-1).


Briare (château du Muguet)
Conseil Suprême Interallié
A 19h00, après bien des péripéties, la délégation britannique, annoncée pour 17h00, arrive enfin. Elle est composée de Winston Churchill, Anthony Eden (ministre de la Guerre), les généraux Sir John Dill (chef de l’état-major impérial), Ismay (Chef d’état-major de l’Armée britannique) et Spears et du capitaine Berkeley. La délégation française comprend Paul Reynaud, Philippe Pétain (en tant que vice-président du Conseil), Charles de Gaulle, le Général Huntziger (à qui Pétain n’adresse pas la parole), le Général Georges (convoqué à la demande d’Ismay et de Churchill) et Roland de Margerie. Pétain, déjà mécontent d’être privé de Weygand, constate avec humeur l’absence de Villelume.
Le début de la réunion est fixé à 22h00, après un dîner où Churchill et de Gaulle ont le loisir de s’entretenir longuement.
Dans le même temps, Reynaud s’absente un moment pour rencontrer Baudouin en compagnie de Leca et de Margerie. Baudouin, qui avait été chaudement recommandé à Reynaud par Hélène de Portes, au point qu’il avait obtenu le poste initialement prévu pour de Gaulle, sent bien qu’en l’absence de sa protectrice et de Villelume, sa position est devenue fragile. Il ne se dérobe pas cependant aux questions que Reynaud et de Margerie lui posent quant à ses contacts avec Weygand et Pétain : « Dans la situation actuelle du pays, j’ai souhaité maintenir un lien avec ces deux grands soldats pour éviter à la France un désastre aux conséquences incalculables. Tous deux m’ont affirmé que la prolongation des combats était inutile, vu la tournure désespérée des opérations. L’obstination ne pourrait que conduire à une paix plus dure, et d’autant plus dure que les combats dureraient. Monsieur le Président du Conseil, je vous en prie, ne vous enlisez pas dans une position stérile ! Seule l’ambition effrénée du Colonel (sic) de Gaulle motive son attitude ! »
– Je vous remercie de votre franchise, répond Reynaud, mais ma décision est prise. Vous savez le deuil qui m’affecte ; cependant, je me dois aujourd’hui à la France et à elle seule. Vous comprendrez que, dans ces conditions, je ne puis vous conserver au poste que vous occupez.
Ainsi prend fin le paradoxe qui avait vu Reynaud, choisi pour son intransigeance quant à la poursuite de la guerre, désigner comme secrétaire du Comité à la Guerre un homme convaincu de l’inutilité de cette dernière. Baudouin présente sa démission, qui est sur le champ acceptée.
Le Conseil commence donc à 22h00. Plusieurs sources (dont le procès-verbal rédigé par le Capitaine Roland de Margerie) nous permettent aujourd’hui de décrire son déroulement avec une certaine précision.
Alors que les deux délégations entrent dans la salle où le Conseil doit se tenir, Margerie annonce au Général de Gaulle qu’il hérite sur le champ des attributions de Baudouin. Le sous-secrétaire d’État ne cille point. Churchill, dont l’ouïe savait, quant il le fallait, ne pas être mauvaise, se tourne vers Spears (qui racontera l’anecdote dans ses Mémoires) et lui dit en français « Voici l’homme du destin ! » Si De Gaulle entend cette remarque, bien digne des sorcières de Macbeth, il n’en laisse rien paraître.
Le Conseil commence par un rapport d’Huntziger sur la situation militaire. Le nouveau commandant en chef des armées françaises, visiblement fatigué (il n’a dormi que deux heures la nuit précédente) dresse un tableau sombre, mais non désespéré : « Notre renseignement sait que les forces ennemies, si elles restent bien plus puissantes que ce que l’Armée française peut leur opposer, ont un besoin urgent de se ravitailler et de combler leurs pertes. Une défense en bon ordre, à condition d’être immédiatement décidée et entreprise, permettrait certainement de gagner plusieurs semaines. »
– Mais où pourriez-vous les arrêter ? demande Churchill. Sur la Loire ? Ailleurs ?
– Je crains, Monsieur le Premier Ministre, précise Huntziger d’une voix assourdie, que nous ne puissions les arrêter qu’au bord de la Méditerranée. L’issue des combats en Métropole, je dois l’avouer, ne peut faire de doute.
Winston Churchill ne cache pas un étonnement qui est peut-être feint : « Ne pourriez-vous conserver une tête de pont sur l’Atlantique, en Bretagne par exemple ? » Il rappelle qu’au printemps de 1918, on était revenu d’une situation que tous croyaient perdue, annonce la mise en route de quatre divisions britanniques et affirme : « Si l’Armée française peut tenir, vingt à vingt-cinq divisions britanniques se trouveront à sa disposition au printemps 1941. »
Pétain réagit violemment : « La Loire ! La Bretagne ! Ce sont des rêveries dangereuses ! A l’époque à laquelle vous faites allusion, lorsque les forces du Maréchal Gough ont été mises en danger par les Allemands, j’ai lancé quarante divisions à leur secours. Où sont vos quarante divisions aujourd’hui ? »
Churchill ne se laisse pas démonter : « S’il est impossible d’établir une ligne de défense classique sur la Loire, la guérilla pourrait ralentir substantiellement l’avance ennemie. » Pétain s’en étouffe presque : « La guérilla ? Vous voulez donc la perte de notre pays ? »
– C’en est assez, Monsieur le vice-président du Conseil ! s’exclame De Gaulle. Il est odieux de vouloir faire porter à nos alliés des responsabilités qui ne sont que trop françaises !
– Des responsabilités françaises ? A qui donc croyez-vous faire allusion ? gronde le vieux maréchal.
– Vous le savez fort bien !
L’hostilité entre les deux hommes est violente et réciproque. Sous les yeux médusés de la délégation britannique, Reynaud doit intervenir pour interrompre l’altercation : « Monsieur le Maréchal, je dois vous demander de songer, quelle que soit votre opinion sur la politique de nos alliés, que nous avons signé le 28 mars avec M. Chamberlain un accord proscrivant toute paix séparée. »
– Si l’Armée française se voyait forcée d’interrompre la guerre, proclame Churchill, l’Angleterre la poursuivra, espérant qu’Hitler sera ruiné par ses victoires mêmes. Dans tous les cas, l’Angleterre poursuivra la lutte, même si elle est envahie et connaît toutes les horreurs de la guerre sur son territoire. Avec son aviation et sa flotte, l’Empire pourra résister des années et imposer à l’Europe le blocus le plus sévère. Ce sera rapidement une guerre de continents. Il est possible que les Nazis dominent l’Europe, mais ce sera une Europe en révolte, et tout ne peut finir que par la chute d’un régime surtout soutenu par la victoire de ses machines. Nous espérons seulement que la flotte française restera à nos côtés.
– La détermination du gouvernement français n’est pas moindre, affirme Reynaud sur le ton le plus solennel possible (bien que sa voix ne l’aide guère). La France combattra, que ce soit en Métropole ou dans l’Empire, et sa flotte continuera à œuvrer en étroite coordination avec la marine britannique. Quel que soit l’aspect militaire de la question, le problème de la continuation de la guerre est d’ordre politique et relève des décisions du gouvernement.
La discussion reprend alors sur un ton plus apaisé, même si la tension est toujours forte.
Le Général Georges réclame une nouvelle fois l’engagement massif d’une grande quantité d’avions britanniques en France. Churchill refuse : « Ce serait une faute de disloquer le seul instrument de combat qui nous reste pour apporter à la bataille de France une contribution insuffisante à modifier le bilan de la situation. »
Huntziger reprend la parole pour exprimer ses doutes quant au le “réduit breton”, mais il n’en condamne pas totalement l’idée. Du moins une défense sur la Vilaine permettrait-elle de procéder à une évacuation en bon ordre des forces situées en Basse-Normandie et en Bretagne.
Reynaud et De Gaulle interviennent à nouveau pour affirmer leur détermination de tout mettre en œuvre pour permettre le passage en Afrique du Nord du maximum de moyens pour continuer la lutte.
Churchill assure alors la délégation française de l’engagement total (« total commitment ») de la Royal Navy pour aider à cette évacuation : « Dès la fin du Conseil, je donnerai aux Amiraux Cunningham et Somerville des instructions en ce sens. Par ailleurs, les forces britanniques restant en France n’hésiteront pas à se battre avec les forces françaises pour retarder l’avance de l’ennemi. »
La séance du Conseil suprême interallié est levée à minuit.

Malte
Dans la nuit du 10 au 11 juin, des avions italiens décollent de Sicile et lancent leurs premières bombes sur Malte. Dans la journée, l’île verra huit autres incursions de l’aviation italienne.

Tunisie
La base aéronavale de Karouba est violemment bombardée par l’aviation italienne, mais aucun appareil n’est détruit.

Athènes
Face aux déclarations agressives de Mussolini, le Général Alexandre Papagos, chef d’état-major de l’armée grecque, assure qu’il fera respecter la neutralité de son pays, si besoin par les armes.

Libye
Premiers raids aériens britanniques. Les jours suivants vont avoir lieu les premières escarmouches à la frontière avec l’Egypte.

Afrique Orientale
L’aviation italienne bombarde Port-Soudan et Aden, pendant que l’aviation britannique effectue des raids sur l’Erythrée.


12 juin
Londres
Le Négus Haïlé Sélassié, en exil à Londres, propose la participation de l’Éthiopie à la guerre contre l’Italie aux côtés des Alliés.

Bruxelles
Sous la pression de la Militärverwaltung (l’administration militaire allemande), qui menace de les mettre hors-jeu, le Collège des Secrétaires Généraux des ministères signe un protocole ayant trait à ses rapports avec les autorités d’occupation, dans l’espoir de conserver un maximum de leviers de décision entre des mains belges (le Parlement avait voté le 10 mai une loi leur déléguant certains pouvoirs exécutifs pour les territoires se trouvant sous occupation ennemie) (voir annexe 40-1).

Brest
L’Emile-Bertin s’élance pour un nouveau trajet Brest-Halifax (son précédent voyage date du 21 mai) avec 254 tonnes de lingots et pièces d’or. C’est un des nombreux convois qui doivent mettre en sécurité l’or de la Banque de France (voir annexe 29).

Bataille de France
Un peu partout en France, Huntziger fait passer des ordres qui signifient – pour qui veut lire entre les lignes – qu’il s’agit de se battre pour retarder les Allemands et non plus dans l’espoir vain de les rejeter. La plupart des commandants d’unités comprennent fort bien et bon nombre d’entre eux retrouvent une justification claire à leurs combats.
Sur les trente divisions tenant la ligne Weygand, 11 ne possèdent plus que 50 % de leurs effectifs, 13 sont réduites à 25 % et les autres ne sont que des débris. Devant la dislocation inéluctable de la dernière ligne de défense, la décentralisation des commandements est organisée pour que Groupes d’Armées et même Armées puissent combattre séparément, sur des axes généraux fixés.
Sur les côtes du Cotentin, le vieux cuirassé Courbet bombarde les troupes de Rommel qui progressent difficilement vers Cherbourg.
St-Valéry est pris. La Xème Armée a perdu définitivement le contact avec le 9ème Corps, dont la majeure partie est capturée, ainsi qu’une grande partie de la 51ème division britannique Highland. Cependant, une flottille d’une trentaine de navires, dont cinq belges, sous le commandement du capitaine de corvette Aubert, parvient à évacuer 1 104 Français et 2 137 Britanniques.
Les trois DLM du corps de cavalerie sont chargées de couvrir la retraite des troupes de la Région parisienne, en retardant notamment le 15ème PanzerKorps. A proximité d’Evreux, la 1ère DLM arrête ainsi la 27e DI allemande, pendant que la 2ème DLM conduit de violents combats de retardement à Jaudrais et Senonches.
La 4ème DLM couvre la VIIème armée, qui retraite d’Epernay vers Meaux. La VIème Armée s’est ressoudée à la IVème sur la Marne, mais les Allemands étendent leur large tête de pont au sud de la Seine.
En Champagne, la 12e Armée allemande prend Reims ; les blindés de von Kleist, filant vers le sud, ont franchi la Marne et roulent vers Provins et Troyes. Le 19ème PanzerKorps de Guderian prend Châlons-sur-Marne sans résistance. Sur sa route, la 3e DINA commence à s’installer derrière le canal de la Marne au Rhin.
Plus à l’est, la IIème Armée recule en combattant. La 6e DIC combat au milieu du camp de Suippes ; à sa droite, la 6e DINA se replie sur la Meuse et la DLB (Division Légère Burtaire, issue des troupes des fortifications de Montmédy) doit en faire autant la nuit suivante. Le Général Freydenberg, commandant la IIème Armée, recule son QG jusqu’à Châteauvillain, à plus de 150 km de Verdun, ce qui rend la liaison avec ses troupes impossible. Apprenant dans la nuit ce recul qu’il assimile à une désertion, De Gaulle, furieux, limoge Freydenberg et le remplace par Flavigny.
Plus à l’est encore, la VIIIème Armée commence à reculer. Le Colonel Duluc (commandant les chars de la VIIIème Armée) est nommé à la tête du Groupement de défense de la Saône, qu’il va devoir créer ! Dans la nuit, les derniers trains emportant la 1ère DIP vers la Saône se mettent en route. La 2e DIP se dirige, comme prévu la veille, vers Vesoul et la Saône, avec l’aide des CAT (compagnies automobiles de transport) 522, 523 et 524. Le Général Laure organise la défense de Belfort autour de la 63e DI (son idée est que, si les Allemands percent, que ce soit par l’ouest ou par l’est, il puisse créer un point de fixation autour de Belfort et du ballon d’Alsace, renforcé le moment venu par l’infanterie de forteresse, 105e DIF et SF).
Les camions et autocars des groupes automobiles de la 5e Armée (CAT 362/49 et 342/20 et véhicules réquisitionnés à Strasbourg) enlèvent la 30e DIA.
Enfin, le Général Prételat déplace le QG du de son GA II à Besançon.

À Angevillers, dans l’Oise, les Allemands fusillent trente soldats sénégalais qui se sont pourtant rendus.
En fin d’après-midi, un des six avions de transport Farman 224 que possède l’Armée de l’Air, non armé et sans escorte, est abattu par deux Messerschmitt Bf-110 ; il s’écrase dans la forêt de Rambouillet.
Un Fiat BR-20 du 7ème Stormo (basé à Milan-Linate) effectue une reconnaissance sur les aérodromes du Cannet-des-Maures, de Cuers-Pierrefeu et d’Hyères et sur le port de Toulon. L’appareil est endommagé par la chasse française, mais il parvient à rejoindre l’aérodrome de Torre-Pallavicino.

Lettre de Hans Gruber
Quelque part en France, le 12 juin 1940
Très chère Maman
Je suis sûre que tu attends avec anxiété des nouvelles de ton fils et je t’écris cette lettre pour te tranquilliser et te dire que je vais bien. Je suis épuisé, mais je crois que c’est normal pour un officier de la Division Fantôme, comme les Tommies et les mangeurs de grenouille nous ont surnommés.
Je n’ai pas beaucoup de temps, car nous repartons bientôt pour une destination gardée secrète, mais je veux te dire que je pense à toi et à toute la famille très souvent. Je prie pour que cette guerre soit vite finie et que je puisse revenir vers vous. Je veux aussi te dire que ton fils est en de bonnes mains. Notre Général, Erwin Rommel est un chef de grand talent et un tacticien expert, je lui fais entièrement confiance. Pardonne ma façon de parler (je suis un soldat maintenant !), mais je le suivrais jusqu’en enfer et retour.
Je dois y aller à présent,
Ton fils affectionné,
Oberleutnant Hans Gruber, 7. Panzerdivision.

Blois
Alors que Reynaud se retire, épuisé de fatigue et de chagrin, pour tenter de trouver un peu de repos, De Margerie organise à Blois une rencontre entre Mandel, Blum et De Gaulle, qui se déroule aux premières lueurs de l’aube. Si Blum a déjà été en relations avec De Gaulle, Mandel connaît peu le nouveau général. Il tient à s’assurer de sa fiabilité : « Nous aurons besoin de vous au prochain Conseil des Ministres, Général. Vous comprenez qu’il faudra, à nos côtés, un soldat, un homme qui sache se battre et qui soit prêt à continuer. Certains d’entre nous viennent de formations politiques qui n’ont peut-être pas votre sympathie, mais devant les périls de l’heure, chacun doit savoir surmonter ses préjugés… » De Gaulle saisit fort bien : « Comme vous l’avez dit, Monsieur le Ministre, il s’agit de se battre. Et aujourd’hui, il n’y a plus de droite ou de gauche, il n’y a plus que ceux qui se couchent et ceux qui se battent. J’avais craint que les premiers fussent majoritaires au gouvernement, mais puisque vous vous battez, je serai à vos côtés. »
Les quatre hommes décident d’unir leurs efforts pour soutenir la résolution de Paul Reynaud de lutter jusqu’au bout et de tout faire pour déjouer les manœuvres du “parti défaitiste”. Ce “pacte du 12 juin”, qui fut dénoncé par les partisans de l’armistice comme la “conjuration de Blois”, inclut la décision de Blum d’engager officiellement la SFIO au gouvernement, en y participant personnellement, si Reynaud en avait besoin . Quant à Mandel, il affirme être prêt à « faire arrêter et mettre hors d’état de nuire tous les défaitistes, comme Clemenceau le fit en 1918. »

Région de la Loire
De Blois, Mandel réussit à joindre Louis Marin (Ministre d’État), Alphonse Rio et César Campinchi (Ministres de la Marine Marchande et de la Marine Militaire) et à s’assurer de leur soutien.
Tandis que De Gaulle part en voiture pour Rennes où, à la demande de Churchill et Reynaud, il doit explorer les possibilités d’une défense de la Bretagne, De Margerie, Blum et Mandel se rendent à Tours. Dans la matinée, ils rencontrent Edouard Herriot (Président de la Chambre) et Jules Jeanneney (Président du Sénat). Les deux hommes acceptent d’adhérer au “Pacte de Blois”, surtout Jeanneney qui, comme Mandel, est un ancien collaborateur de Clemenceau. Herriot est plus hésitant dans son ralliement. Finalement, il se rend aux arguments de Blum, qui lui expose que la SFIO, principale formation de la Chambre, est décidément favorable à la poursuite de la guerre et que, si la Chambre votait, ce serait dans ce sens.
Pendant ce temps, De Gaulle, arrivé à Rennes, consulte les responsables militaires locaux. Il constate que l’option du “réduit breton” est désormais impraticable. Tout au plus peut-on espérer que Brest tienne jusqu’au 22 ou 23 juin, laissant le temps d’évacuer en bon ordre un nombre considérable de troupes. De Gaulle rentre alors au château de Beauvais (à une vingtaine de kilomètres de Tours). Là, une conférence, organisée avec le Général Colson, donne un résultat relativement optimiste : avec l’aide britannique et l’engagement total de la flotte, au moins 500 000 hommes pourraient être évacués des ports de Méditerranée et de la côte Atlantique vers l’Afrique du Nord.
De Margerie l’appelle à ce moment pour l’informer qu’un Conseil des Ministres est prévu pour la soirée au château de Cangé, résidence d’Albert Lebrun. « C’est l’instant crucial, mon Général. Nous allons certainement faire face à une véritable offensive des défaitistes, sous la conduite de Pétain. Nous l’avons privé du soutien de Weygand et il sent que notre position autour du Président du Conseil est de plus en plus solide. Il va donc tenter de forcer le cours des événements, en profitant du fait que le Général Georges, devant l’avance ennemie, vient d’ordonner la retraite générale pour les forces situées sur la Seine et en Normandie. MM. Herriot et Jeanneney nous ont assurés ce matin de leur soutien, mais comment pourrions-nous renforcer encore la résolution du Président Reynaud ? Sans doute, il est de cœur avec nous, mais il est épuisé et vous savez qu’il a été très affecté… Je crains un accès de pessimisme… »
– Conseillez-lui d’appeler le Général Noguès [résident général au Maroc et commandant en chef des troupes en Afrique du Nord], conseille De Gaulle. Je suis convaincu qu’il tiendra le langage de fermeté qui s’impose.
En fin d’après-midi, avant de partir pour Cangé, Reynaud, en compagnie de Margerie et de Leca, arrive à joindre Noguès, auquel il fait part des pressions des « milieux défaitistes qui souhaitent un armistice immédiat. » La réponse de Noguès est en effet des plus fermes : « L’Afrique du Nord toute entière est consternée par une telle perspective. Les troupes demandent à continuer le combat. » Vers 19h00, Noguès envoie un câble chiffré où il confirme ses dispositions et ajoute qu’elles sont partagées par le résident général en Tunisie (M. Peyrouton) et le gouverneur général de l’Algérie (M. Le Beau). Dans la nuit arriveront aussi des messages de Gabriel Puaux (Haut-Commissaire en Syrie) et du général Mittelhauser (commandant des forces françaises au Moyen-Orient), allant dans le même sens que le câble de Noguès.
A 20h00 enfin, au moment de partir pour Cangé, Reynaud reçoit un nouvel appel. C’est Churchill, qui a parlé en fin d’après-midi à De Gaulle : « Un Conseil des Ministres crucial va se tenir cette nuit, lui a dit le Général. Le destin de mon pays est en balance. Mais sachez-le, Monsieur le Premier Ministre, quelle que soit l’issue de cette réunion, la France ne vous abandonnera pas, dussé-je rester son seul porte-drapeau. » Après avoir ressassé deux heures durant la signification des propos d’un De Gaulle visiblement ému, le Premier Ministre sent qu’il doit faire quelque chose : « Je voyais la France capituler, dira-t-il à ses collaborateurs, et De Gaulle arriver à Londres en disant qu’il continuait la guerre tout seul ! Nous aurions été bien avancés ! » C’est pourquoi Churchill appelle personnellement Paul Reynaud pour l’assurer que la Grande-Bretagne soutiendra « fraternellement » tous les efforts du gouvernement français pour continuer la guerre. « Je dis tous vos efforts, en toutes circonstances ! Je sais que la situation de votre pays est dramatique, mais vous ne devez pas lâcher prise ! s’exclame-t-il. Monsieur le Président du Conseil, hold firm ! Tenez bon ! J’en appelle à l’honneur de la France ! » conclut-il, rappelant le mot de Joffre interpellant French au pire moment de l’été 1914. Bien plus tard, Paul Reynaud écrirait dans ses mémoires : « Cet appel me fit une impression profonde. L’épouvantable accent du Premier Ministre anglais donnait à ses propos dramatiques une touche comique qui ne faisait que les rendre plus impressionnants. »
C’est donc un Reynaud en deuil mais déterminé qui se rend à Cangé, emmenant dans sa voiture Margerie, Leca et Jeanneney. Mandel suit dans son propre véhicule de fonction avec Herriot et Blum, auquel s’est joint Jules Moch. Ce dernier les informe qu’il a pu s’entretenir le 3 juin avec l’Amiral Darlan et que ce dernier lui a déclaré : « Si l’on demande un jour l’armistice, je finirai ma carrière par un splendide acte d’indiscipline. Je prendrai le commandement de la flotte et nous rallierons l’Angleterre ! » Mandel informe alors les autres passagers qu’il a pris, de concert avec De Margerie, les dispositions nécessaires pour que « force reste à la légalité républicaine. »
A Cangé, une collation est servie dans le salon du château. Moch peut alors répéter à Reynaud ce qu’il vient de dire à Blum, Herriot et Mandel. Ce dernier s’assure de son côté de la loyauté de Pernot, Queuille et Alfred Julien.
………

Toulouse
Un recensement décompte au total 98 870 recrues dans les trois Centres de Recrutement de l’Armée Belge (CRAB) du Midi de la France. Il faut cependant en retrancher 17 000 recrues envoyées vers le front dans les bataillons de travailleurs. En revanche, on estime à 25 000 le nombre de recrues non recensées (voir annexe 40-1).

Méditerranée Occidentale
Les sous-marins mouilleurs de mines français posent des mines devant certains ports italiens (le Saphir devant Cagliari, le Nautilus devant Tripoli et le Turquoise devant Trapani).

Méditerranée Orientale
Les sous-marins italiens sont très actifs. Le Bagnolini coule le croiseur léger britannique Calypso au sud de la Crète. Plus à l’ouest, le Naiade coule le pétrolier norvégien Orkanger (8 029 GRT). Enfin, le mouilleur de mines Pietro Micca place un champ de mines devant Alexandrie.

Tunisie
La base aéronavale de Karouba est à nouveau bombardée par l’aviation italienne. Cette fois, quatre hydravions Loire-70 de l’escadrille E7 sont détruits et un cinquième endommagé, sur les six que compte l’unité. Des LeO H-257bis seront envoyés pour les remplacer.

Libye
La canonnière italienne Berta est coulée dans le port de Tobrouk par des avions anglais.

Italie du Nord
Turin et Gênes sont bombardés par la RAF.

Rome
L’Italie rompt ses relations diplomatiques avec les Pays-Bas, dont la Reine et le gouvernement sont réfugiés à Londres.

Egypte
Le pays rompt ses relations diplomatiques avec l’Italie.

Mer Rouge
Au début de la nuit, le sous-marin italien Ferraris est surpris en surface par au moins un destroyer britannique. Au cours de la plongée rapide, une fausse manœuvre provoque l’entrée d’eau de mer dans le local des accumulateurs, endommageant gravement les batteries. Le bateau peut cependant rentrer à Massaouah, mais il en a pour deux mois de remise en état. Le Ferraris est le premier, mais non le dernier, navire de la flotte d’AOI à expérimenter la lenteur des moyens de réparation locaux.


Nuit du 12 au 13 juin
Tours – Château de Cangé
Conseil des Ministres
Le Conseil s’ouvre à 22h00 dans une ambiance électrique, en présence d’Albert Lebrun. Pétain demande la parole et lit une longue déclaration. Il critique d’abord les conditions de la déclaration de guerre (pénurie de matériel, faiblesse de l’aviation française) puis attaque avec violence les jusqu’au-boutistes, De Gaulle au premier rang, avant de réclamer un armistice : « La folie ambitieuse de quelques arrivistes, profitant de l’affaiblissement du pouvoir politique, a obtenu de ce dernier une décision inconsidérée et malavisée : le départ du Général Weygand, chef de grand talent, soldat exemplaire, dont le retour immédiat est une nécessité absolue. Ces inconscients ont ainsi détourné le gouvernement de l’urgence actuelle : demander au plus tôt aux autorités allemandes un armistice dans l’honneur. En effet, c’est le cœur serré que je vous l’affirme, mais il serait pire de se leurrer : la France a perdu cette guerre et il faut cesser le combat. Seule la cessation des hostilités pourrait sauver de l’invasion une partie importante du territoire national et maintenir l’ordre et la cohésion dans les troupes décimées et harassées. Il est clair aujourd’hui que la poursuite du conflit serait fatale au pays. »
Ces déclarations provoquent un choc frontal avec Reynaud : « C’est en ma double qualité de Président du Conseil et de Ministre de la Guerre que j’ai décidé librement le renvoi du Général Weygand et c’est en cette double qualité que je l’assume aujourd’hui ! Quant à demander un armistice alors que la France est engagée dans une lutte qui met en jeu l’essence même de notre civilisation, il s’agirait bel et bien d’une forfaiture et je m’y refuse avec la dernière énergie. Je suis scandalisé et profondément attristé d’entendre un tel discours dans la bouche du vainqueur de Verdun, et seul le poids de l’âge peut expliquer un tel défaitisme ! La France est un Empire. Si la Métropole est perdue, l’Empire la sauvera. Les Armées de mer et de l’air combattront aux côtés des forces britanniques. Les Etats-Unis enverront chars et avions. Le gouvernement gagnera l’Afrique du Nord et même l’Afrique Noire pour y attendre les concours qui donneront la victoire. »
– Taisez-vous, crache Pétain, vous n’êtes qu’un civil et vous n’y connaissez rien ! »
De Gaulle se lève brusquement et se dresse de toute sa haute taille : « Monsieur le Vice-Président, dit-il, évitant avec soin de donner à Pétain son titre de Maréchal, comment prétendez-vous vous y connaître vous-même ? Depuis des années, vous n’avez rien fait pour moderniser notre Armée, vous avez tué dans l’œuf toutes les tentatives de développer une doctrine d’utilisation efficace de nos forces dans une guerre moderne ! Le désastre qui nous frappe aujourd’hui, c’est vous et vos affidés qui l’avez préparé ! »
– Jeune insolent ! répond Pétain. Je vous connais depuis longtemps ! Je connais votre ambition effrénée et je sais que vous prenez vos lubies pour la réalité.
– Je sais au moins ce qu’est la parole donnée, répond De Gaulle, et je sais que demander l’armistice serait une trahison de notre allié, à qui la France a donné sa parole il y a moins de trois mois ! [il fait référence à l’accord Reynaud-Chamberlain du 28 mars]
– Les Anglais ont commis bien d’autres perfidies ! proclame le ministre d’Etat Jean Ybarnegaray. Plutôt être une province de l’Allemagne que les esclaves de l’Angleterre !
– Une province de l’Allemagne ! C’est là votre idéal ! grince De Gaulle. Est-ce aussi le vôtre, Monsieur Philippe Pétain ?
Pétain : « Sachez à qui vous parlez, Colonel, je suis Maréchal de France, non “Monsieur” ! »
De Gaulle : « Le Maréchal Pétain est mort en 1925 ! »
Le brouhaha est indescriptible. Camille Chautemps (second vice-président du Conseil) donne de la voix pour soutenir Pétain, avant qu’Albert Lebrun ne parvienne à ramener un peu de calme.
– Monsieur le Président, demande alors Reynaud, il me semble nécessaire, en ces heures difficiles, d’entendre la voix du Parlement. MM. Herriot, président de la Chambre, et Jeanneney, président du Sénat, sont ici, peuvent-ils entrer nous donner leur sentiment ?
Lebrun y consent et les présidents des deux chambres, devant un Pétain et un Chautemps médusés, viennent affirmer le soutien du Parlement à Paul Reynaud. Chautemps est le premier à se ressaisir : « Je proteste contre cette mascarade ! Ces messieurs ne représentent qu’eux-mêmes. Souvenez-vous, Monsieur le Président, que M. Paul Reynaud n’a obtenu l’investiture que d’une seule voix le 22 mars dernier ! »
– Il est vrai, riposte Reynaud, que le soutien du groupe socialiste, le plus important de l’Assemblée, m’avait alors manqué. Mais les choses ont changé. M. Léon Blum vous le dira lui-même, il n’est pas loin.
Lebrun, surpris, hoche à peine la tête et Georges Mandel bondit pour introduire Blum : « Monsieur le Président, explique celui-ci, je suis venu vous assurer que, dans les tragiques circonstances actuelles, les socialistes, tout comme en 1914, feront leur devoir et prendront leurs responsabilités pour la poursuite de la guerre. Vive la France ! » Selon une récente biographie, ce « Vive la France ! » marquait sa revanche sur tous ceux qui l’avaient depuis des années traité de “sale juif cosmopolite”. Quoi qu’il en soit, cette exclamation est reprise par la grande majorité des membres du Conseil : « Vive la France ! ».
Alors que Blum, Herriot et Jeanneney sont ressortis, la séance reprend. Camille Chautemps tente de finasser : « Dans la situation actuelle, il conviendrait néanmoins de s’enquérir auprès de l’ennemi des conditions d’un armistice, quitte à le rejeter sis ses conditions étaient inacceptables. »
Pétain reprend la parole : « Nous venons enfin d’entendre une parole de sagesse, mais je ne puis oublier l’insulte faite à ma personne. J’exige des excuses publiques et la démission ou la destitution de l’insulteur. De plus, encore une fois, c’est folie que de priver le pays du Général Weygand. Il faut le rappeler sur l’heure. »
– Qu’il s’agisse du renvoi d’un membre du gouvernement ou de la nomination du chef d’état-major, de telles décisions n’appartiennent qu’à moi, réplique Reynaud. Monsieur le Maréchal, le gouvernement accepte votre démission de vos fonctions ministérielles.
Alors Pétain : « C’est ridicule ! Vous et vos amis êtes disqualifiés pour conduire le pays. Seul un soldat tel que moi peut encore empêcher un désastre total et obtenir de l’ennemi une paix dans l’honneur. Je suis prêt à faire don de ma personne à la France pour mener ces négociations, puis pour relever notre malheureux pays. Je me propose, Monsieur le Président [il se tourne vers Lebrun], avec votre autorisation, de me mettre à la tâche dès demain. »
« C’est l’instant décisif, le point de rupture. Georges Mandel l’a bien compris. Avant que quiconque ait pu réagir, il se dresse : « Ce discours relève de la haute trahison ! Monsieur le Président du Conseil, il faut agir. Le destin du pays, le destin de la France est entre vos mains ! » Lentement, Reynaud se lève à son tour : « Ce que nous venons d’entendre de votre bouche, Monsieur Pétain, ne peut être qualifié autrement que de haute trahison. Vous en rendrez raison sur le champ. » Un profond silence s’abat sur la salle du Conseil. Cependant, Georges Mandel fait entrer deux policiers.
– Philippe Pétain, déclare Mandel avec froideur, je vous accuse de conspiration et de haute trahison. Messieurs, arrêtez cet homme.
C’est un vieillard affolé qui est emmené, balbutiant « Comment osez-vous… » On sait que Pétain sera frappé quelques heures plus tard par le premier des accidents vasculaires cérébraux qui devaient finir par l’emporter après des mois d’une lente agonie. Dans un geste de propagande condescendante, les Allemands le firent inhumer à Douaumont, où les autorités françaises l’ont laissé reposer après la guerre.
Se rasseyant, Mandel annonce d’une voix calme que ses services arrêteront tous ceux qui se rendront coupables de défaitisme. » (Nicolas Sarkozy, Georges Mandel, Le Moine de la Politique, Paris, 1994)
Il est 00h35, le 13 juin.
Reynaud demande à Lebrun une suspension de séance, pendant laquelle il lui soumet, avec l’approbation de Jeanneney, la liste d’un gouvernement remanié. Lebrun, très choqué par ce qui vient de se passer mais « heureux de voir que les deux chambres soutiennent largement le chef du gouvernement », accepte. Reynaud annonce alors personnellement à Chautemps qu’il ne fait plus partie du gouvernement, au moins temporairement. Celui-ci subit le coup sans mot dire – sans doute craignait-il une sanction plus sévère.
La séance reprend à 01h05.
Reynaud annonce d’abord le remaniement gouvernemental. Outre l’arrestation de Pétain « pour haute trahison et forfaiture » et la démission de Baudouin, Chautemps (vice-président du Conseil), Pomaret (Travail), Prouvost (Information) et Ybarnegaray (ministre d’Etat sans portefeuille) s’en vont. Entrent au gouvernement Léon Blum, Jules Moch, Jean Zay, Roland de Margerie et Philippe Serre. Mandel et Blum sont nommés vice-présidents du Conseil et ministres d’État. Charles de Gaulle devient ministre de la Guerre (fonction que Reynaud cumulait avec celle de Président du Conseil). Jules Moch devient ministre du Travail, Jean Zay remplace Prouvost à l’Information et Philippe Serre devient sous-secrétaire à la Guerre, secrétaire du Comité à la Guerre (fonction que de Gaulle ne peut occuper, devenant ministre en titre), tandis que De Margerie remplace Baudouin comme sous-secrétaire d’État aux Affaires Etrangères.
Reynaud lit ensuite une courte déclaration, rédigée par De Margerie : « (…) Nous ne pouvons pas capituler. Les raisons qui nous l’interdisent sont nombreuses. (…) Enfin, la France doit honorer sa parole envers ses alliés, à commencer par le Royaume-Uni. Il en va de son honneur. La guerre peut et doit continuer, si nécessaire à partir de notre Empire, avec le soutien fraternel de nos alliés ! Elle continuera jusqu’à la victoire. »
Après un instant de silence inquiet, Yves Bouthillier demande la parole : « En tant que ministre des Finances, je ne saurais soutenir le gouvernement sur la voie d’une lutte menée depuis l’Empire. Les ressources financières de l’Empire sont loin d’être à la mesure de la tâche immense qui serait la nôtre si nous devions quitter le territoire métropolitain. L’endettement auprès de nos alliés et des neutres placerait alors la France dans un état de sujétion qui ne serait pas différent de celui que les armes seules pourraient nous imposer. » Sans avoir demandé la parole, De Gaulle lance alors d’un ton sec : « L’honneur, la grandeur et l’avenir de la France ne se mesurent pas à l’aune d’un comptable. » Après un dernier regard à Reynaud, dont il fut un fidèle collaborateur, Bouthillier comprend qu’il ne trouvera aucun appui. Il présente sa démission et son poste est rattaché, provisoirement, à la Présidence du Conseil.
Le Conseil se sépare à 01h35, après que Reynaud eut indiqué qu’un nouveau Conseil suprême interallié se tiendrait dans la journée, à Tours.

Le gouvernement Reynaud du 13 juin 1940
Président du conseil :
o Paul Reynaud (AD) (Ministre des Affaires Étrangères et, provisoirement, Ministre des Finances)
Vice-présidents du conseil :
o Léon Blum (SFIO)
o Georges Mandel (Ministre de l’Intérieur)
Ministres :
o Ministre de la Défense Nationale et de la Guerre : Charles de Gaulle
o Ministre des Armements : Raoul Dautry
o Ministre du Travail : Jules Moch (SFIO)
o Ministre de la Justice : Albert Sérol (SFIO)
o Ministre de la Marine militaire : César Campinchi (PRS)
o Ministre de la Marine marchande : Alphonse Rio (USR)
o Ministre de l’Air : Laurent Eynac (PRS)
o Ministre de l’Éducation nationale : Yvon Delbos (PRS)
o Ministre des Anciens combattants et des pensions : Albert Rivière (SFIO)
o Ministre de l’Agriculture : Paul Thellier (AD)
o Ministre du Ravitaillement : Henri Queuille (PRS)
o Ministre des Colonies : Louis Rollin
o Ministre des Travaux publics : Ludovic-Oscar Frossard (USR)
o Ministre de la Santé publique et de la Famille Française : Georges Pernot (FR).
o Ministre des Postes, Télégraphe, Téléphone et Transmissions : Alfred Jules-Julien (PRS)
o Ministre de l’Information : Jean Zay (SFIO)
o Ministre du Commerce et de l'Industrie : Albert Chichery (PRS)
o Ministre du Blocus : Georges Monnet (SFIO)
o Ministre d’État : Louis Marin (FR)
Sous-secrétaires d’État :
o Sous-secrétaire d’État à la vice présidence du Conseil : Robert Schuman (PDP)
o Sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale : Philippe Serre (PDP)
o Sous-secrétaire d’État aux Travaux Publics : André Février (SFIO)
o Sous-secrétaire d’État aux Affaires Etrangères : Roland de Margerie
o Sous-secrétaire d’État aux Fabrications de l’Air : Jules Mény


Dernière édition par Casus Frankie le Lun Sep 17, 2007 12:22; édité 2 fois
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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 10:44    Sujet du message: Répondre en citant

Une coquille : "Persuadé c’est à Georges que va la succession de Weygand"

=> persuadé que

Par ailleurs, une truc ne colle pas dans les lettres de Hans G. : la date de la chute de Paris.
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 10:50    Sujet du message: Répondre en citant

Autre coquille: "Peu avant midi, les ordres d’Huntziger arrivent au IIème Groupe d’Armées"
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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 11:09    Sujet du message: Répondre en citant

Il semble que les 2 dernières phrases aient été coupées.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 12:18    Sujet du message: Répondre en citant

Et pas que les deux dernières phrases...
Désolé (les merveilles de l'informatique).
J'ai édité l'ensemble du texte, en deux épisodes (ci-dessous, le deuxième).
_________________
Casus Frankie

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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 12:23    Sujet du message: Répondre en citant

13 juin

13 juin
Etats-Unis
Départ de l’Eastern Prince, premier cargo américain transportant des armes américaines destinées aux Britanniques. Roosevelt a en fait contourné les lois américaines sur la neutralité (Neutrality Laws) en ordonnant la “vente” d’armes et d’artillerie (issues des surplus de l’US Army) par son gouvernement à une société spécialisée dans l’acier, qui les a revendues au gouvernement britannique.
Par ailleurs, Roosevelt signe un projet de 1,3 milliard de dollars de constructions navales supplémentaires.

Bataille de France
Les Allemands accentuent leurs progrès sur Montmirail, l’Oise et la Basse-Seine et capturent Le Havre. Juste avant leur arrivée, le sous-marin La Créole, en voie d’achèvement, a été remorqué vers Cherbourg, puis Brest, Lorient, La Rochelle et enfin Swansea en Angleterre. Dans les chantiers navals de la région du Havre et de Rouen, plusieurs sous-marins en construction ont été sabordé ou abandonnés (voir annexe 40-2).
Le front tenu par le GA IV (maintenant commandé par le Général Réquin) est rompu à Reims, Suippes et Châlons. Les Allemands se dirigent vers Evreux et vers Chartres. Leurs éléments avancés occupent Pantin et devraient entrer dans Paris le lendemain. La VIIème Armée se replie sur le Grand-Morin, la VIème sur la Haute-Seine, la IVème Armée de la Seine sur l’Aube.
Paris est officiellement déclarée ville ouverte.
La 6e DIC, qui tente de reculer vers l’Argonne, subit avec courage le choc des 6e et 8e PzD du 31e PanzerKorps.
Un peu plus au sud, la 3e DINA a l’ordre de tenir. La 1ère PanzerDivision, en tête du 19e PanzerKorps de Guderian, se heurte brutalement aux Nord-Africains. Son avant-garde est arrêtée net. Puis la division tente de percer entre Ponthion et Contrisson, mais elle est repoussée ; la 2e PzD ne fait pas mieux à Vitry-le-François. Guderian constate qu’il va lui falloir des moyens de franchissement et un appui aérien important pour avancer.
Les équipages qui garnissent encore les casemates de la Tête de Pont de Montmédy contiennent les Allemands qui ne peuvent se lancer à la poursuite des troupes du SF Montmédy formées en DLB.
Depuis la nuit précédente, le gros des forces du GA II a commencé à se replier vers le sud malgré les bombardements aériens allemands qui commencent à sérieusement désorganiser les mouvements ferroviaires dans la région. Le Général Condé recule le QG de la IIIe armée de Metz au sud de Nancy. Inquiet de la poussée allemande vers Saint-Dizier et craignant de se voir tourné, il regroupe ses Groupes de Reconnaissance (GRDI et GRCA), ses unités mobiles, et les déploie sur sa bordure ouest (Haute Meuse), d’où ils pourront intervenir rapidement. Toutes les unités de la IIIe et de la Ve Armée sont désormais sur les routes, en direction du sud. Les régiments de forteresse ont été formés en six divisions de marche et retraitent péniblement à pied à côté des divisions de ligne (d’ouest en est : 58e DI, 51e DI, Div. Marche Poisot, Div. Marche Besse, 26e DI, Div. Marche De Girval, 52e DI, Div. Marche Dagnan, Div. Marche Chastanet, Div. Marche Senselme, 70e DI).
A la frontière suisse, l’évacuation du Chablais est décidée ; en effet, après l’attaque en Alsace, le risque d’une offensive allemande par la Suisse a disparu et cette zone n’a plus besoin de couverture. L’état-major peut ainsi récupérer quelques troupes (1ère Brigade de Spahis, GRCA 20, des éléments du 141e RR…) qui vont renforcer la défense de Lyon.
La 1ère DIP est en place sur la Saône, autour de Gray.
Les Britanniques ne restent pas inactifs : la RAF reçoit la consigne de continuer à soutenir les armées françaises tant qu’elles se battent (tout en se préparant néanmoins à replier ses unités basées en France vers Nantes ou Bordeaux). Des raids de Battle et de Blenheim sont lancés contre les colonnes allemandes, non sans pertes. Les attaques se poursuivent de nuit et plus de 150 bombardiers lourds du Bomber Command frappent les alentours de Paris. Cependant, la chasse basée en Angleterre se contente de protéger les côtes britanniques.
Dans les Alpes, on ne note que des bombardements sans grands résultats. Les troupes italiennes postées sur la frontière française, commandées par le Prince Umberto de Piémont, chef du Corps Alpin italien, sont pourtant nombreuses : 22 divisions, dont quatre alpines, avec 312 000 hommes et 3 000 pièces d’artillerie. En face, les Français disposent dans ce secteur de six divisions, dont trois de forteresse, et d’unités de chasseurs alpins ; au total 175 000 hommes.
Les Italiens lancent enfin leur offensive aérienne, dont l’objectif est Toulon. Au petit matin, treize BR-20 (non escortés) du 13ème Stormo (Plaisance) sont envoyés contre Toulon. Deux avions italiens sont endommagés par la DCA. Après des vols de reconnaissance sur Toulon et les aérodromes voisins, un autre raid est lancé. Auparavant, une force de bombardiers, précédés par des chasseurs, doit attaquer les aérodromes français pour neutraliser la chasse. Une vingtaine de Fiat CR-42 du 23ème Gruppo (Cervere) s’en prennent à l’aérodrome de Fayence, tandis qu’une attaque similaire est lancée contre l’aérodrome d’Hyères par le 151ème Gruppo (Casabianca). Mais les chasseurs italiens sont en avance et les bombardiers sont en retard. Les chasseurs français décollent donc trop tard pour intercepter les CR-42 (qui sont déjà repartis après avoir mitraillé des avions au sol), mais juste à temps pour tomber sur les bombardiers venus les attaquer. L’escadrille de l’Adjudant Le Gloan (GC III/6 de l’Armée de l’Air) abat deux avions italiens près de Hyères. En revanche, la deuxième partie du plan fonctionne : il n’y a plus de chasseurs français pour intercepter les 19 BR-20 (non escortés) du 13ème Stormo envoyés à nouveau contre Toulon, défendue cependant par une intense DCA. Mais aucun dégât n’est infligé aux navires ancrés dans la rade.

Région de la Loire
Les participants au dramatique conseil de la nuit n’ont dormi que bien peu de temps.
7h30 – Mandel retrouve Reynaud à sa résidence au château de Chissay. Il le persuade de faire lever l’immunité parlementaire des chefs du “parti défaitiste” en utilisant la procédure dont Clemenceau avait usé. Mandel obtient de Reynaud un décret-loi “sur la sécurité intérieure”.
Peu après, on apprend qu’à Bordeaux, informés (sans doute grâce à Chautemps) de ce qui s’est passé dans la nuit à Cangé, Déat, Laval, Bonnet, Bergery et Flandin ont publié un communiqué dénonçant « le coup d’État du tandem Reynaud-Mandel et la honteuse arrestation du Maréchal Pétain. (…) En tout état de cause, les signataires se refuseront à quitter le territoire métropolitain pour on ne sait quelle aventure et à suivre outre-mer un gouvernement de factieux. »
09h00 – Le nouveau Ministre de la Guerre joint au téléphone le Grand Amiral de la Flotte, François Darlan, qu’il informe des événements de la nuit. « Nous ne devons nous bercer d’aucune illusion, Amiral : la bataille sur le territoire métropolitain est bel et bien perdue. La seule issue qui subsiste est d’appliquer les mesures auxquelles nous nous sommes préparés : mener des actions de retardement avec des forces sacrifiées, tandis que les meilleures de nos troupes, celles dotées de l’équipement le plus moderne, seront évacuées en Afrique du Nord. Les unités laissées sur le continent européen combattront jusqu’à la limite de leurs possibilités, puis devront se rendre lorsque leur lutte sera devenue inutile. Dans les semaines qui vont suivre, ajoute De Gaulle, la survie de notre Armée va dépendre de la Marine Nationale. Je sais qu’elle sera à la hauteur de cette tâche immense. » Darlan, quoique très en froid avec De Gaulle, est sensible à cet hommage et réaffirme sa volonté de continuer le combat, tout en faisant de la coopération britannique une condition de la réussite de l’évacuation vers l’AFN.
De Gaulle a moins de chance avec l’Amiral Laborde commandant la flotte de l’Atlantique. Ce dernier refuse de lui parler ; c’est son ordonnance qui répond : « L’Amiral vous fait dire qu’il n’a pas d’ordre à recevoir d’un gouvernement qui s’est déshonoré en renvoyant le Général Weygand et en arrêtant le Maréchal Pétain. » « Et en destituant l’ex-Amiral Laborde, sans doute ! » grince De Gaulle en raccrochant. Il signe sur le champ le décret démettant Laborde de ses fonctions et de son grade et nomme à sa place, sur le conseil de Moch, le Vice-Amiral Emile Muselier (que Darlan avait démis et qui se morfondait à la préfecture du Var).
Muselier aura la tâche difficile d’évacuer toutes les forces non indispensables pour protéger le sud de la France et ses ports et tout le matériel militaire possible vers l’Angleterre ou l’Afrique du Nord. Tout le matériel non évacué devra être détruit. Cette évacuation sera bientôt baptisée “le Grand Déménagement”. L’Amiral Muselier se met immédiatement au travail et ordonne la réquisition « de tout ce qui flotte, y compris les barques de pêche et les yachts de plaisance. »

Tours
10h30 – Mandel envoie un télégramme à tous les préfets encore joignables. Il leur ordonne de « tout mettre en œuvre, de concert avec les autorités militaires, pour assurer la défense la plus prolongée possible du territoire métropolitain et la préparation du transfert en Afrique du Nord des personnels essentiels à la Défense Nationale. (…) Vous combattrez le défaitisme où qu’il se manifeste avec la plus extrême rigueur. (…) Tout manquement à ces obligations se traduirait par une destitution immédiate du préfet fautif. (…) » Ces dispositions musclées ne seront pas appréciées par tout le monde.
« Ce télégramme sera beaucoup reproché à Mandel par les milieux proches de Chautemps, qui accuseront le ministre de l’Intérieur d’avoir inutilement durci les clivages résultant du dramatique Conseil de la nuit du 12 au 13 juin. Il est certain que Mandel agit alors avec brutalité et que certains préfets allèrent même au-delà de ses exigences. Affirmer cependant, comme le fit Laval à son procès, que ce texte fut à l’origine des persécutions antisémites en France entre 1940 et 1944 est loin d’être conforme à la réalité. Les publications de Doriot, de Déat et de l’extrême-droite étaient remplies d’attaques antisémites virulentes depuis 1936. Les militants de Déat ne chantaient-ils pas dès 1939, sur l’air de l’Internationale : “Et s’ils persistent, ces cannibales / A faire de nous des héros / Ils verront bientôt que nos balles / Sont pour Mandel, Blum et Reynaud” ?
Il convient de reconnaître ici que la décision d’arrêter le Maréchal Pétain provoqua un immense choc et un trouble profond dans certains milieux. Le fait de voir se grouper autour de Reynaud Mandel et les socialistes fut, pour certains milieux qui n’avaient jamais accepté le Front Populaire, une véritable déclaration de guerre. Mais les mesures prises par Mandel les 13 et 14 juin, si elles ajoutèrent au ressentiment d’une fraction de la classe politique, eurent l’immense mérite de sortir l’administration française de son attentisme et de la remobiliser autour des objectifs du nouveau gouvernement. Quant au décret-loi sur la sécurité intérieure, lui aussi dénoncé par certains, il faisait partie, depuis 1938, des procédures acceptées de la IIIème République. »
(J. Chapsal et A. Lancelot, La vie politique en France de 1939 à 1944, Éditions Cujas, Paris, 1970).

11h00 – Poitiers (siège du gouvernement belge)
Ayant appris de Pol Le Tellier (Ambassadeur de Belgique auprès du Gouvernement français) l’arrestation de Pétain dans la nuit, le Premier Ministre Hubert Pierlot convoque un Conseil des Ministres impromptu, peut-être le plus dramatique de l’histoire de la Belgique.
Pierlot : « Messieurs, il semble que des événements terribles se soient produits cette nuit au cours du Conseil des Ministres du Gouvernement : pour des raisons qui nous sont encore inconnues, le Maréchal Pétain a été arrêté, sous l’accusation de haute trahison. »
Paul-Emile Janson (ministre de la Justice), bouleversé : « Les Français sont-ils devenus fous ? Après le limogeage incompréhensible de Weygand, voici qu’ils arrêtent l’homme qui les a conduits à la victoire pendant la Grande Guerre ! »
Pierlot : « Il semble que le nouvel homme fort du Gouvernement soit un certain Général de Gaulle, qui était sous-secrétaire d’Etat et qui devient ministre de la Guerre. Il aurait obtenu quelque succès sur le terrain. Qui d’entre vous a des informations sur ce général ? »
Général Henri Denis (Défense Nationale) : « C’est le grand spécialiste français des blindés. On aurait d’ailleurs mieux fait de l’écouter avant la guerre, à juger des victoires allemandes. Il paraît que c’est un jusqu’au-boutiste. »
La discussion se poursuit, chacun y allant de son interprétation plus ou moins inquiète sur le sens des événements de la nuit. Alors que la discussion tourne en rond, un huissier vient annoncer à Pierlot et à Spaak que Le Tellier vient d’arriver et souhaite leur parler immédiatement, car il a « des informations capitales. » Pierlot et Spaak s’éclipsent, puis reviennent quelques minutes plus tard, la mine défaite. « Messieurs, les nouvelles sont extrêmement préoccupantes » annonce Pierlot d’une voix tremblante. « Le Tellier a appris que des instructions sont envoyées à travers toute la France pour préparer un repli de l’ensemble de l’armée française vers l’Afrique du Nord. Ces préparatifs ne peuvent avoir qu’une seule signification : la bataille de France est perdue et les Français prévoient l’invasion de tout leur territoire métropolitain ! »
La foudre tombant au milieu de la table du Conseil n’aurait pas produit plus d’effet. Jusqu’alors, le Gouvernement belge avait axé toute sa politique sur la ferme mais ô combien naïve conviction que l’armée française finirait par rétablir la situation grâce à un nouveau miracle de la Marne. Mandel n’avait-il pas affirmé quelques jours plus tôt que « la France ira[it] vers la victoire, de catastrophe en catastrophe » ? Devant l’abîme qui s’ouvre à leurs pieds, les ministres belges doivent affronter une éventualité qu’ils n’avaient jamais envisagée, même dans leurs pires cauchemars. Au brouhaha qui régnait quelques instants plus tôt succède un silence sidéré.
Surmontant l’abattement qui frappe le Conseil, Pierlot rassemble son énergie et poursuit : « Monsieur le ministre des Affaires Etrangères, quelles sont à votre avis les implications pour la position politique de la Belgique ? »
Paul-Henri Spaak (Affaires Etrangères), reprenant ses esprits : « En toute probabilité, si les Français se replient sur leur empire colonial, ce n’est pas pour capituler. Ils continueront sans aucun doute à se battre en Afrique du Nord. Quant aux Britanniques, ils se battront quoi qu’il arrive, il y va de leur intérêt ! A mes yeux, nous courrions un risque majeur de perdre le Congo si nous nous dissociions des Alliés. »
Camille Gutt (Finances) : « Monsieur Spaak a entièrement raison. Si l’Angleterre continue la guerre et si la France poursuit la lutte d’une façon ou d’une autre, nous devons nous aussi continuer à nous battre. »
Pierlot : « En ce cas, où faudrait-il établir le siège du Gouvernement ? A Londres ?»
Spaak : « Je n’en suis pas sûr. Pouvons-nous partir comme cela, en abandonnant nos collaborateurs réfugiés en France, alors que nous n’avons de toutes façons plus d’armée ? »
Denis : « Plus d’armée ? Dois-je rappeler à Monsieur le ministre des Affaires Etrangères que nous avons près de 100 000 hommes prêts à se battre sous les drapeaux ici en France, et encore au moins autant de jeunes gens dans la Réserve de Recrutement ? »
Spaak : « Vous avez raison, mon Général. Ces hommes sont une raison de plus de ne pas nous dérober à nos responsabilités dans ce qui ressemblerait à une fuite. Peut-être faudrait-il scinder le Gouvernement : une partie des ministres s’en iraient pour représenter la Belgique dans la lutte qui se poursuit, tandis que les autres resteraient pour veiller sur le pays. »
Pierlot : « Cette solution ne saurait m’agréer. Le pouvoir exécutif qui nous est conféré ne peut en aucun cas faire l’objet d’une scission. L’unité de l’action gouvernementale doit être préservée à tout prix ! »
Spaak : « Hélas, contrairement à Bruges [allusion à l’entretien de Wynendaele le 25 mai – voir annexe 40-1], je distingue mal où est notre devoir. »
Sentant le manque de détermination de ses collègues, Pierlot reprend, méthodique : « Si le Roi était ici, devrions-nous alors partir pour l’Angleterre ? » Tous les ministres opinent : « Oui, oui, bien sûr, évidemment… » Pierlot poursuit : « Pourquoi ne pas alors prendre la même attitude maintenant que le Roi n’est pas avec nous ? »
Spaak : « Parce que d’un point de vue belge, le Roi représente plus que les quatorze ministres tous ensemble ! »
Mais Pierlot s’obstine : « Que fera le Gouvernement si le souhait des Britanniques est que nous partions pour la Grande-Bretagne et s’ils attachent de l’importance à cette décision ? »
Spaak : « Cela ne change rien : dès le moment où une partie des ministres rejoignent l’Angleterre, la position politique de la Belgique sera préservée auprès des Alliés, y compris pour ce qui concerne le Congo. »
Denis : « Pour ma part, je ne puis imaginer que nous partions avant d’avoir réglé le sort des réfugiés et des militaires belges en France. De plus, nous risquons de perdre le soutien moral de la population si nous nous établissons en Grande-Bretagne en laissant tout ce monde derrière. »
Soudan (Instruction Publique) : « C’est vrai ! Nous sommes déjà honnis en Belgique parce que nous avons quitté le pays les premiers, et maintenant nous abandonnerions les réfugiés et l’Armée… »
Pierlot, impérieux : « Notre premier devoir est de nous occuper des intérêts politiques du pays et de la colonie. Pour ce qui est des Belges en France, des fonctionnaires peuvent parfaitement s’en occuper. Même si la France devait cesser le combat – ce qui heureusement paraît aujourd’hui entièrement exclu – il faudrait que le Gouvernement dans sa totalité parte pour l’Angleterre ! »
Arthur Vanderpoorten (Intérieur) : « De fait, les Gouverneurs de Province, dont plusieurs se trouvent en France, pourraient s’occuper des réfugiés. »
Denis : « Et l’Armée ? »
Marcel-Henri Jaspar (Santé Publique) : « Et bien, faites donc comme les Français : évacuez les soldats, et la réserve de recrutement tant que vous y êtes ! Nous ne serons pas de trop pour pouvoir rendre les coups aux Allemands. »
De Schryver (Affaires Economiques) : « Enfin, Jaspar ! Comment voulez-vous évacuer autant de monde vers la Grande-Bretagne et l’Afrique du Nord ? C’est tout simplement impossible, soyez réaliste ! »
A. De Vleeschauwer (Colonies) : « Notre flotte marchande est réfugiée en Angleterre et dans les ports français de l’Atlantique, utilisons-la ! Messieurs, nous sommes à l’heure d’un choix crucial pour la patrie, ce n’est pas le moment de faiblir ! Il faut partir pour Londres, avec le plus possible de soldats et de recrues, pour poursuivre la lutte ! »
Gutt (Finances) : « De Vleeschauwer a raison ! Jamais la Grande-Bretagne et son Empire ne failliront. Et la puissance de l’industrie américaine est derrière eux. Le Droit finira par triompher et nous devons préserver les intérêts de la Belgique en attendant. »
Matagne (Travaux Publics) : « Oh, vous, Gutt, vous avez de bonnes raisons de partir [allusion aux origines juives du ministre des Finances]… Mais nous, qu’irions-nous donc faire à Londres ? Aurons-nous les moyens financiers de tenir ? Qui de nous sait même parler l’anglais ? »
Jaspar : « Eh bien, si la race de Monsieur Gutt le rend plus lucide, tant mieux ! Pour ma part, ma décision est prise – je pars pour Londres ! Mon épouse est juive aussi et j’ai visité l’Allemagne d’Hitler plusieurs fois ces dernières années. Devant un régime d’une telle barbarie, nous ne pouvons pas renoncer au combat ! »
Gutt : « Avec l’or évacué, nous aurons tous les moyens financiers nécessaires ! »
De Vleeschauwer : « Et les ressources du Congo, ne les oubliez pas ! »
Janson : « Aussi vrai que du sang français coule dans mes veines, nous n’abandonnerons pas nos compagnons de combat ! A Londres ! »
Devant cette montée d’enthousiasme, les ministres se rallient les uns après les autres à la position déterminée de Pierlot. Denis est chargé de préparer les plans d’évacuation, tandis que Pierlot et Spaak doivent contacter les Gouvernements alliés pour les informer des décisions prises par le Gouvernement belge.
Vanderpoorten, qui sortait d’une convalescence difficile lors de l’attaque du 10 mai, souhaite cependant renoncer au voyage en raison de son état de santé et propose de rester en France pour coordonner les opérations de rapatriement des réfugiés. Pierlot y consent et le remercie pour son dévouement, mais exige alors qu’il remette son mandat de ministre, ce que Vanderpoorten accepte, non sans un pincement de cœur, face au juridisme étroit du chef du Gouvernement.

Tours
11h45 – Reynaud, Mandel, Blum et de Gaulle se réunissent à la mairie de Tours. Il est décidé de préparer le transfert des services du gouvernement vers Toulouse, car Bordeaux est trop éloigné de la Méditerranée et Marseille est peu pratique si on ne veut pas gêner l’évacuation. Le ministre de l’Air, Laurent Eynac, est envoyé à Toulouse par avion en compagnie d’Albert Caquot (Directeur Technique des Industries Aéronautiques) pour préparer l’installation des administrations et accélérer la production dans les usines encore en état de fonctionner, tout en prévoyant le transfert du matériel transportable et la destruction du reste.
12h00 – Le Président de la République, Albert Lebrun, annonce à la radio, dont les bureaux et les émetteurs ont été repliés à Tours, Lyon, Bordeaux et Toulouse, le changement de gouvernement et la « démission pour raisons de santé » de Philippe Pétain. Puis Reynaud, Blum et Mandel prononcent chacun une allocution. Celle de Reynaud est ferme mais terne : « Courage, la victoire sera au bout de nos efforts ! » peut la résumer. Blum surprend tout le monde par un discours bref mais énergique : « Cette guerre, mes chers compatriotes, n’est pas une lutte entre la France et l’Allemagne, mais entre la Liberté et la pire Tyrannie que l’Europe ait jamais connue. Il nous est revenu, à nous Français, d’être les premiers à oser nous dresser sur son chemin. Quels que soient les drames et les obstacles, nous ne faillirons pas à cette mission sacrée. » Enfin Mandel, flamboyant, parvient à ressusciter l’héritage de son mentor Georges Clemenceau, le Tigre, dont le discours d’investiture de 1917 l’inspire : « Une seconde fois en un quart de siècle, nous avons été contraints de nous jeter dans la bataille, et nous n’avons plus qu’une unique pensée : la guerre intégrale et la victoire. Désormais, le gouvernement de la France ne connaît qu’une seule politique : la Guerre. La Guerre sur les champs de bataille, la Guerre que nous soutiendrons de toutes nos forces à l’arrière et depuis nos colonies. Nous en connaissons aujourd’hui la dureté et le malheur, et Paris porte le deuil. Mais un jour viendra où, de Paris délivré au plus humble village, nos étendards à nouveau tordus dans le sang, à nouveau baignés de larmes, à nouveau déchirés des obus, mais à nouveau vainqueurs, seront salués par les acclamations de tout le peuple français ! »
Ces déclarations renforcent l’effet du télégramme de Mandel aux préfets, complété de multiples appels téléphoniques. Enfin, l’administration civile reçoit des ordres clairs qui la remobilisent.
13h00 – Le Comité de Guerre se réunit pour élaborer le plan de l’évacuation vers l’AFN et de la défense sur le territoire Métropolitain.
L’Amiral Darlan étant en retard, le Comité se penche en premier lieu sur la situation de l’aviation. Le transfert des 2 070 officiers et élèves et des 7 500 sous-officiers et élèves des écoles de l’Armée de l’Air vers le Maroc est décidé. Les personnels des Centre d’Instruction suivront, sauf ceux dont le niveau est tel qu’ils pourraient être affectés immédiatement aux unités combattantes. Les 6 855 officiers, sous-officiers et hommes de troupes de la DIAP (Division d’Instruction de l’Aviation Polonaise) stationnés à Lyon-Bron feront mouvement sur Marseille en vue de leur évacuation vers le Maroc. Il en va de même pour les aviateurs tchèques, hollandais et norvégiens stationnés sur le territoire métropolitain. Le cas des militaires belges devra être réglé au plus vite, en accord avec les autorités civiles et militaires. Sur le terrain, la Zone d’Opérations Aériennes Centre (ZOAC) créée le 6 juin, absorbe la ZOA Nord (ZOAN) dont le commandant, le Général d’Astier de La Vigerie, prend alors le commandement de la ZOAC. Enfin, il est décidé que la ZOA Est (commandé par le Général Bouscat) se déploiera sur les terrains de la ZOA Sud pour couvrir le “seuil de Bourgogne”.
En ce qui concerne les forces terrestres, l’ordre donné au 2ème Groupe d’Armées de ne laisser sur la Ligne Maginot que le personnel strictement nécessaire à la défense des ouvrages et au retardement de l’ennemi et de se porter sur une ligne Epinal-Chaumont-Auxerre est confirmé. Les Généraux Huntziger et Georges insistent sur la constitution d’un “bouchon” à Chaumont afin de laisser une possibilité de repli aux armées de l’est. Quant à l’Armée des Alpes, il lui est demandé de prélever sur les forces faisant face à l’Italie (mais sans dégarnir la défense de la côte) de quoi constituer un rideau défensif sur la vallée de la Saône, à partir de Mâcon et Bourg-en-Bresse.
L’Amiral Darlan arrive avec une heure de retard. Presque immédiatement, il a le premier d’une longue série d’accrochages avec De Gaulle . C’est la nomination de Muselier qui fournit le sujet de cette passe d’armes.
Alors que le Comité est en session, le ministre de la Guerre reçoit un télégramme du Colonel Perré (commandant de la 2ème DCR) lui indiquant qu’il démissionne, « ne pouvant servir un régime qui emprisonne le plus illustre de ses soldats. » De Gaulle, après avis d’Huntziger et Georges, décide de nommer le Colonel Sudre à la tête de la 2ème DCR et de combiner ce qui reste de cette unité avec les éléments de la 4ème DCR au sein du nouveau “Groupement Blindé Delestraint”.
15h00 – Reynaud se retire du Comité, dont il laisse la présidence à de Gaulle, pour s’entretenir avec de Margerie et Leca des conséquences diplomatiques de la situation. Dans la matinée, un télégramme chiffré de l’Ambassadeur Labonne (qui vient de prendre son poste à Moscou) lui a suggéré de prendre contact avec le gouvernement soviétique – en dépit des toutes les réticences imaginables de part et d’autres depuis le Pacte Germano-Soviétique et la Guerre d’Hiver entre l’URSS et la Finlande – pour expliquer que les victoires militaires allemandes modifient l’équilibre des forces en Europe et que l’URSS ne saurait manquer d’en éprouver rapidement les effets. Reynaud donne son accord pour cette tentative ; le câble chiffré autorisant Labonne à agir part vers 15h30. Molotov recevra bien Labonne dès le lendemain, pour un entretien de deux heures, mais il ne s’engagera pas.
Une fois le câble envoyé à Moscou, Reynaud a un entretien avec le chargé d’affaires de l’Ambassade américaine, M. Biddle (l’ambassadeur américain, M. William Bullitt, étant resté à Paris). Reynaud informe Biddle de la résolution du gouvernement français de continuer la lutte par tous les moyens et de se replier en Afrique du Nord quand la situation deviendra intenable en Métropole. Il transmet au chargé d’affaires un message invitant à nouveau le Président Roosevelt à reconsidérer sa position de neutralité ou du moins à permettre à la France d’avoir le plus large accès possible à l’industrie américaine pour reconstituer ses forces après l’évacuation. Quand Biddle demande ce que représenteraient les forces françaises à ce moment, Reynaud lance le chiffre de 960 000 hommes. Il semble qu’il ait additionné les 350 000 hommes déjà présents en AFN, les 110 000 évacués de Dunkerque (dont pourtant un grand nombre était déjà revenus en Métropole) et les 500 000 hommes qui représentaient l’effectif total que la Marine espérait à ce moment pouvoir évacuer en Méditerranée.
17h00 – Le Conseil suprême Interallié se réunit à nouveau à la mairie de Tours. La délégation britannique est composé de Winston Churchill, Lord Halifax (Foreign Office), Lord Beaverbrook, les généraux Dill, Ismay et Spears, sir Alexander Cadogan (secrétaire du Foreign Office) et l’Ambassadeur Campbell. La délégation française comprend MM. Reynaud, Mandel, Blum, De Gaulle, Serre, De Margerie, le Général Huntziger et l’Amiral Darlan.
L’essentiel des délibérations porte sur les conditions du repli français en Afrique du Nord et sur les opérations contre l’Italie afin d’assurer aux Alliés le contrôle de la Méditerranée. Le Général Dill présente la situation des forces du Commonwealth en Egypte et au Soudan et le Général Huntziger la situation des forces françaises en Afrique du Nord. Ce dernier confirme aux Britanniques qu’il n’est pas question que soient prélevées sur ces forces des moyens pour les derniers combats en Métropole et demande à ce que les troupes évacuées de Dunkerque et revenant de Norvège soient transférées le plus rapidement possible en Algérie e non en Métropole. Saluant la détermination française à poursuivre la lutte, Winston Churchill annonce l’arrivée le lendemain de sir Dudley Pound, Premier Lord de l’Amirauté, pour concertation avec l’Amiral Darlan.
Après les discussions proprement militaires, Churchill propose de compléter le communiqué Reynaud-Chamberlain par une nouvelle déclaration entre les deux pays sur les buts de guerre. Tandis que De Margerie et Sir Alexander Cadogan sortent pour préparer un texte commun, une « légère collation » (dixit Churchill) est servie. Dans la discussion informelle qui s’ouvre, Churchill, qui n’ignore rien de l’Histoire de France, désigne De Gaulle (alors en pleine discussion avec les généraux Dill, Ismay et Spears de l’autre côté de la table) comme « le Connétable de France ». Le mot restera.
A ce moment, une communication du ministère de la Marine provoque une certaine émotion : elle fait état de la constitution d’un gouvernement communiste à Paris et du désarmement de la police et de la Garde républicaine. Il faut joindre le Général Dentz et le préfet de Police Langeron au téléphone pour apporter un démenti catégorique à cette information.
20h00 – La séance reprend. Le texte élaboré par De Margerie et Cadogan, court, est peu amendé. Sa rédaction finale est la suivante :
« La France et le Royaume-Uni, convaincus de l’absolue nécessité de s’opposer à la guerre d’agression menée par l’Allemagne et l’Italie et de défendre les principes de la démocratie, s’engagent mutuellement à ne jamais signer de paix ou accord d’armistice séparés et à se prêter mutuellement secours par tous les moyens possibles. Elles affirment en ces heures difficiles combattre dans un plein esprit d’union et tout mettre en commun en vue de la victoire finale. Elles affirment qu’il ne saurait y avoir de paix et de sécurité en Europe et dans le monde tant que les forces bellicistes ne seront pas écrasées. Elles appellent toutes les nations éprises de paix et de liberté à les rejoindre et à s’unir avec elles dans cette lutte. »
(Texte cité dans J.B. Duroselle, Au Bord de l’Abîme – 1939-1944, Imprimerie Nationale, Paris, 1982).

La presse américaine, surprise, reste incertaine, comme en témoigne l’article paru le 14 juin dans le New York Times, sous la signature de William “Bill” Clifton, dont nous reproduisons ci-dessous un extrait.
Second souffle ou chant du cygne ?
Tous les indices politiques et toutes les nouvelles du front le laissaient entendre : la France n’en pouvait plus, la France était sur le point de s’effondrer. Son armée rompue, débordée, dépassée, son gouvernement désorienté, sa capitale tombée sans coup férir aux mains ennemies, la France allait capituler : ne disait-on pas que le héros de Verdun, le Maréchal Pétain lui-même, avait reconnu la défaite ? Et puis, surprise : M. Reynaud et son gouvernement se rebellent, ils affirment que la guerre continuera, que la France n’abandonnera pas ses alliés. On annonce que le Maréchal Pétain a démissionné pour une opportune raison de santé. Léon Blum, le socialiste, l’homme du Front Populaire, entre au gouvernement.
Peut-on croire à pareille résurrection ? Les forces françaises semblent bien incapables d’un nouveau miracle de la Marne. Le nouveau gouvernement est-il prêt à s’exiler pour continuer la lutte ? Le peuple français lui fera-t-il confiance ?

Dartmouth
Les petits bâtiments du Corps de Marine belge, réfugiés là depuis les opérations de Dunkerque, appareillent pour rejoindre la France afin de participer à des opérations de déminage.

Méditerranée Occidentale
Deux Cant Z.501 attaquent le sous-marin français Archimède, lançant quatre bombes. Les Italiens revendiquent la destruction du submersible, mais celui-ci sort indemne de l’escarmouche.
Au large du cap Palos, le sous-marin italien Dandolo repère une escadre française composée de trois croiseurs et plusieurs contre-torpilleurs. Il lance deux torpilles contre le croiseur Jean-de-Vienne, qui réussit à les éviter.

Bordeaux-Mérignac
Après une dernière mission sur l’Allemagne trois jours plus tôt (Rostaock), le Farman 223-4 Jules-Verne attaque l’Italie. Il bombarde les raffineries d'essence de Porto Maghera et lâche des tracts sur Rome. La mission se passe sans problème. Les gros paquets de tracts sont même déliassés pour ne blesser personne au sol !

Îles Kerkennah (au large de Sfax, en Tunisie)
Le sous-marin français Morse est perdu après avoir sauté sur une mine, française elle aussi. La date du naufrage n’est pas connue avec précision (probablement entre le 13 et le 16).

Tunisie
Deux terrains d’aviation sont attaqués par des SM-79 italiens venus de Sicile.

Londres
Le gouvernement norvégien, exilé à Londres, rompt ses relations diplomatiques avec l’Italie, sans toutefois lui déclarer formellement la guerre.

Madrid
Le Conseil des Ministres espagnol décide de faire passer l’Espagne de la neutralité à la “non-belligérance”.

Moscou
L’URSS exige de la Lettonie la formation d’un nouveau gouvernement prêt à assurer « l’application du pacte d’assistance » entre les deux pays.
Molotov signale à l’ambassadeur d’Allemagne que l’URSS exigera dans les prochains jours que la Roumanie lui cède la Bessarabie et la Bucovine du nord.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 12:26    Sujet du message: Répondre en citant

14. 15 juin

14 juin
Bataille de France
La Wehrmacht progresse encore aux deux ailes de l’offensive. La Xème Armée est rejetée de la Risle, la VIIème se replie sur la Loire et se préparent à défendre les ponts. En Champagne, les Allemands franchissent l’Aube. La IVème Armée est rejetée sur Troyes.
Dans l’après-midi, les forces allemandes pénètrent dans Paris. Des avant-gardes se heurtent durement au Groupement De Lattre entre Savigny et Brétigny-sur-Orge.
Dans la région de Nevers, ce qui reste de la 7e DLM, qui a perdu la plupart de ses chars et auto-mitrailleuses, tente de se replier vers le sud. Une de ses unités encore en état de combattre, comportant plusieurs side-cars, dix chars et un peloton d’infanterie motorisée, rencontre et écrase facilement quelques éléments de reconnaissance allemands. Mais ceux-ci ne sont que l’avant-garde du 14ème PanzerKorps. L’unité parvient à contenir deux bataillons de chars allemands pendant plusieurs heures, détruisant plusieurs blindés ennemis, avant de succomber. Le sacrifice de ces hommes permet au reste de la 7ème DLM et aux troupes que celle-ci couvre de traverser la Loire en sécurité.
À Damville, deux escadrons de Dragons Portés, soutenus par des chars Somua S-35 de la 3ème DLM, anéantissent une colonne motorisée allemande trop aventurée, bloquant pour plusieurs heures l’avance ennemie.
La IIème Armée continue de reculer vers le sud-est, pressée sur son flanc ouest par la 12e Armée allemande et poursuivie au nord par la 16e Armée.
La 6e DIC, retranchée dans la forêt d’Argonne, subit l’assaut conjoint des 6e et 8e PzD ainsi que de deux DI de la 12e Armée ; elle résiste pied à pied, subissant de lourdes pertes mais en infligeant aussi à l’ennemi.
Plus au sud, face à la 3e DINA, des stosstruppen s’infiltrent pendant la nuit du 13 au 14 à travers le canal de la Marne au Rhin et s’emparent d’un pont mal détruit à Etrepy ; dans la journée du 14, pendant que la 2e PzD et la 29e DI mot. maintiennent la pression sur le front de la 3e DINA, toute la 1ère PzD traverse le canal par cet unique pont et arrive aux portes de Saint Dizier. Cette percée est dramatique. En effet, la liaison est rompue entre les armées de l’est (le GA II et la IIe Armée qui se retrouve isolée) et celles du centre (une partie du GA III et du GA IV). De plus, le nouveau plan de von Rundstedt vient d’être validé par Hitler : au lieu de faire remonter Guderian au nord-est vers Verdun pour encercler la IIe Armée, ce nouveau plan, plus ambitieux, lui ordonne de viser Chaumont, Langres puis la Saône pour encercler la totalité du GA II et ses 500 000 hommes. La mise en œuvre de ce plan provoque le désengagement à la mi-journée du 41e PanzerKorps (ce qui laisse un répit à la 6e DIC), qui se regroupe pour reprendre la route du sud. Le PanzerGruppe von Kleist est, quant à lui, rattaché à la 12e armée et reçoit l’ordre de foncer vers Dijon.
A Montmédy, les Allemands ont réussi à percer et, ne laissant qu’une partie de leurs forces pour s’emparer des fortifications, ont lancé leurs colonnes motorisées à la poursuite de la DLB. Cette dernière, déjà affaiblie (les hommes des régiments de forteresse n’ont pas été entraînés à de si longues marches…), poursuit sa retraite sous le couvert de la 6e DINA qui, plus fraîche, assure l’arrière-garde. Dans la journée, le 136e RIF est enlevé par autobus pour aller renforcer les défenses de Verdun.
A l’ouest de Verdun, la 3e DIC continue de se replier tout en combattant sur les champs de bataille de l’autre guerre.
Apprenant la percée des Allemands sur le canal, le Général Condé (IIIème Armée) ordonne la mise en place de “bouchons” sur leur route. A Chaumont, le 149e RIF s’installe dans l’après-midi avec l’appui d’une batterie du 26e RA (canons de 105 et155) découverte abandonnée sur un train, une partie du 57e bataillon de mitrailleurs et… une batterie de deux canons de 194 mm sur voie ferrée (du V/374e RALVF) ! Un autre “bouchon” est mis en place dans la soirée à Langres avec les éléments motorisés du GRDI 51 et du GRCA 24.
La 30e DIA est en place sur la Saône, autour de Quitteur.
La 67e DI (VIIIe Armée) quitte Belfort pour Dijon.
Les divisions du Rhin, 54e et 62e DI, entament à leur tour leur repli vers l’ouest, d’abord à pied. La 54e doit elle aussi aller défendre Dijon, tandis que la 62e doit se diriger vers la vallée du Rhône.
La ligne Maginot est percée au sud de Sarrebruck par le Groupe d’Armées du Général von Leeb lors de l’opération “Tiger”. Toutefois, la 1ère Armée du Général von Witzleben, en dépit de gros moyens terrestres et aériens (cinq ou six divisions d’infanterie sont engagées), subit de lourdes pertes entre Saint-Avold et Sarralbe. Les Allemands ont plus de 1 000 morts et 3 000 blessés ; la 60e DI est la plus touchée. Cependant, de nombreux défenseurs ayant battu en retraite la veille, ils parviennent à percer et commencent immédiatement leur exploitation vers Nancy et Lunéville. Mais les combats autour des ouvrages encerclés se poursuivront parfois jusqu’en juillet.
Des unités britanniques (Division Evans, deux brigades de la Division Beauman, les débris de la 1ère Division Blindée et la 157ème Brigade de la 52ème Division) combattent avec la Xème Armée française. Les deux autres brigades de la 52ème Division sont débarquées en Bretagne pour aider à freiner les Allemands et faciliter l’évacuation.
L’aviation anglaise continue son effort, malgré le mauvais temps. Dix squadrons de chasse mènent des patrouilles ou des escortes, principalement au sud de la Seine, où se trouvent des troupes britanniques. C’est le plus gros effort mené depuis Dunkerque, mais peu d’avions allemands sont rencontrés. 24 Blenheim bombardent le terrain d’aviation de Merville, tandis que les bombardiers lourds attaquent de nuit des gares de triage en Allemagne et des zones de la Forêt Noire sur les arrières de l’armée allemande ; d’autres bombardiers larguent des mines dérivantes dans le Rhin.
Churchill et l’état-major anglais ont toutefois déjà pris la décision de préparer le repli de leurs troupes et de leurs avions. C’est le début de l’opération Aerial, qui doit évacuer les soldats britanniques sur toute la façade atlantique. Il s’agit aussi d’évacuer les stocks et l’équipement, car les pertes durant la première partie de la Bataille de France ont été très importantes, et de saboter les installations. L’Amiral James, responsable de l’opération, ne dispose pas des escorteurs nécessaires pour organiser des convois, aussi c’est un flot continu de navires de toutes sortes qui convergera vers les ports français, tandis que les quelques navires de guerre disponibles patrouilleront le long des routes de navigation. La Luftwaffe ne peut pas intervenir en force, ce qui est heureux, car certains navires utilisés sont très vulnérables. Elle doit se contenter de larguer des mines devant les ports.
Au-dessus du sud de la France, les conditions météorologiques très défavorables empêchent toute activité aérienne.

Tours
Dans la matinée, le Comité de Guerre, rebaptisé Comité de Défense Nationale pour inclure les éléments économiques, tient une nouvelle séance.
Le Comité décide notamment l’envoi au Général Noguès du câble suivant : « Veuillez organiser, de concert avec les forces britanniques, toutes mesures offensives et défensives nécessaires afin de garantir la sécurité du transfert des forces de Métropole en Afrique du Nord et la réduction des territoires africains sous contrôle de l’ennemi. » C’est l’annonce de la campagne de Libye.
Le Comité décide aussi que les “combattants espagnols” seront intégrés sur simple demande dans la Légion Étrangère.

Châteauroux
En fin de matinée, escorté par une escadrille de Hurricane, l’avion de Dudley Pound se pose à Châteauroux-Deols. Le Premier Lord de l’Amirauté est conduit à la mairie où il rencontre l’Amiral François Darlan. Au bout d’une réunion de deux heures en présence de Sir Alexander Cadogan et de Roland de Margerie, réunion « semblable à la négociation d’un contrat de mariage par-devant notaire » (J. Lacouture, De Gaulle, T-II, op.cit.), le protocole de coopération entre la Marine Nationale et la Royal Navy est signé. Il inclut l’engagement britannique d’envoyer en Méditerranée « dès qu’il sera opérationnel » le porte-avions Illustrious et l’engagement français de mettre à disposition de la Home Fleet une escadre constituée autour du Richelieu, dès que le cuirassé sera lui aussi opérationnel.

Tours
Avant de partir pour Toulouse, Paul Reynaud informe le Président Lebrun d’une nouvelle modification de la composition du gouvernement. Henry de Kérilis remplace Rollin aux Colonies. Deux sous-secrétariats d’État sont créés : l’un à l’Economie, confié à Pierre Mendès-France, l’autre aux Approvisionnements militaires, confié à Pierre Cot, qui remplace le sous-secrétariat aux Fabrications de l’Air, que dirigeait Jules Mény.
Le gouvernement Reynaud du 14 juin 1940
Président du conseil :
o Paul Reynaud (AD) (Ministre des Affaires Étrangères et, provisoirement, Ministre des Finances)
Vice-présidents du conseil :
o Léon Blum (SFIO)
o Georges Mandel (Ministre de l’Intérieur)
Ministres :
o Ministre de la Défense Nationale et de la Guerre : Charles de Gaulle
o Ministre des Armements : Raoul Dautry
o Ministre du Travail : Jules Moch (SFIO)
o Ministre de la Justice : Albert Sérol (SFIO)
o Ministre de la Marine militaire : César Campinchi (PRS)
o Ministre de la Marine marchande : Alphonse Rio (USR)
o Ministre de l’Air : Laurent Eynac (PRS)
o Ministre de l’Éducation nationale : Yvon Delbos (PRS)
o Ministre des Anciens combattants et des pensions : Albert Rivière (SFIO)
o Ministre de l’Agriculture : Paul Thellier (AD)
o Ministre du Ravitaillement : Henri Queuille (PRS)
o Ministre des Colonies : Henry de Kerilis
o Ministre des Travaux publics : Ludovic-Oscar Frossard (USR)
o Ministre de la Santé publique et de la Famille Française : Georges Pernot (FR).
o Ministre des Postes, Télégraphe, Téléphone et Transmissions : Alfred Jules-Julien (PRS)
o Ministre de l’Information : Jean Zay (SFIO)
o Ministre du Commerce et de l'Industrie : Albert Chichery (PRS)
o Ministre du Blocus : Georges Monnet (SFIO)
o Ministre d’État : Louis Marin (FR)
Sous-secrétaires d’État :
o Sous-secrétaire d’État à la vice présidence du Conseil : Robert Schuman (PDP)
o Sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale : Philippe Serre (PDP)
o Sous-secrétaire d’État aux Travaux Publics : André Février (SFIO)
o Sous-secrétaire d’État aux Affaires Etrangères : Roland de Margerie
o Sous-secrétaire d’État à l’Économie : Pierre Mendès-France
o Sous-secrétaire d’État aux Approvisionnements Militaires : Pierre Cot

Tours (bureaux provisoires du ministère de l’Intérieur)
Le journal l’Action Française est interdit à la suite de son numéro du 13 juin (mais connu seulement dans la nuit du 13 au 14) dénonçant « Un Complot Juif et Maçonnique au Gouvernement ». Ce numéro porte en couverture une caricature où Mandel, dépeint sous les traits du Juif “classique” des caricatures antisémites, fuit le regard de Clemenceau, avec la légende « Après le Tigre, la Hyène ».
En revanche, La Dépêche de Toulouse publie in extenso le décret-loi sur la Sécurité intérieure, accompagné d’un article de Georges Mandel titré « Se Battre ! » Le Progrès de Lyon publie un éditorial co-signé par Herriot et Jeanneney, appelant « tous les démocrates et patriotes à soutenir de toutes leurs forces l’œuvre magnifique de redressement entreprise par le nouveau gouvernement Reynaud. »

Tours (studios provisoires de la radio nationale)
A midi, c’est au tour du Général de Gaulle de s’exprimer à la radio. Cet discours sera rediffusé plusieurs fois, en même temps que ceux faits la veille par Reynaud, Blum et Mandel. Pourtant, ce sont bien ces paroles visionnaires qui restent aujourd’hui dans les mémoires, sous le nom d’Appel du Quatorze Juin…

Déclaration radiodiffusée du Ministre de la Guerre, le Général Charles de Gaulle, le 14 juin 1940.
« Des chefs placés depuis de nombreuses années à la tête des armées françaises ont baissé les bras après avoir été incapables de préparer nos forces aux épreuves actuelles. Pourtant, fidèle à l’honneur de la France, à ses engagements internationaux, aux intérêts les plus profonds de la nation et au courage des officiers et soldats qui, sur tout le front, font héroïquement leur devoir, le gouvernement de la République a décidé de se battre jusqu’au bout. Ce que certains ont défait, d’autres pourront le reconstruire.
Certes, nous courons le risque d’être submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous ont fait reculer. Ce sont les chars, les avions et la tactique des Allemands qui ont surpris ceux de nos chefs qui se sont laissé aller à l’abandon, au point de les amener là où ils sont aujourd’hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
La France a perdu une bataille, mais elle n’a pas perdu la guerre.
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui menacent de nous vaincre aujourd’hui nous donneront demain la victoire.
Cette guerre ne fait que commencer. Déjà, tirant les leçons des errements passés, nos forces ont su porter des coups significatifs à l’ennemi. Nous continuerons partout où cela est possible et un jour ces coups le détruiront.
Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule !
Des forces immenses, dans l’univers, n’ont pas encore donné. La France a un vaste Empire derrière elle, d’où elle continuera la lutte quoi qu’il advienne. Elle fait bloc désormais avec l’Empire britannique. Nos flottes, unies et combinées, tiennent la mer. Comme l’Angleterre, la France peut utiliser sans limites la puissante industrie des Etats-Unis.
Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la Bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale.
Les moyens existent qui nous permettront un jour d’écraser l’ennemi. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous vaincrons dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, Général de Gaulle, ministre de la Guerre, j’ordonne à tous les officiers et soldats de faire bloc et de faire front. Chaque pas que l’ennemi fait sur notre territoire, il doit le payer d’un lourd tribut de sang. J’appelle tous les ingénieurs et ouvriers travaillant pour la défense nationale et tous les spécialistes des armements à se mettre immédiatement en contact avec les autorités pour rejoindre l’Empire sans délai afin d’y œuvrer à nos victoires futures. J’appelle tous les Français à un immense effort, grâce auquel la France se redressera pour être au premier rang, le sien, quand viendra le jour de la Victoire !
Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Vive la République ! Vive la France ! »

Poitiers – Tours - Bordeaux
Le ministres des Affaires Etrangères belge, P.H. Spaak, sollicite des moyens de transport auprès du chargé d’affaires britannique, Frank Aveling. Dans les instructions envoyées à l’ambassadeur de Belgique à Londres, le Baron Cartier de Marchiennes, le gouvernement demande, « si possible », d’évaluer avec les Britanniques la possibilité d’évacuer vers l’Angleterre « des formations militaires utiles pour poursuivre la lutte. » La réponse initiale des Britanniques, qui mettent un simple hydravion de 18 places et un petit navire de 300 places à la disposition de Gouvernement, déçoit les Belges .
En réaction, toute la journée, les ministres Pierlot et Denis chercheront à entrer en contact avec le gouvernement français, et plus particulièrement avec le Général de Gaulle, mais en vain. Pendant ce temps, sur la base de rumeurs qui se révèleront fausses, d’autres ministres belges partent pour Bordeaux afin, pensent-ils, d’y rejoindre le Gouvernement français en train de s’embarquer pour l’Afrique du Nord. Ils reviendront dans la soirée, confus et bredouilles.

Londres
Après avoir présenté au Conseil des Ministres les résultats du Conseil suprême interallié du 13 juin, Churchill fait à la BBC une déclaration restée elle aussi fameuse.
« With admirable fortitude, the French Government has reasserted its will to fight till the end and taken the excruciatingly painful decision to leave, if necessary, its homeland for Algiers. Whatever the course of the land war in France, the armies of the French Republic will keep fighting from North Africa and the French Empire.
This has been decided with the cold and firm resolution not to let Britain alone, whatever the price. We shall never forget.
France’s political and military leaders are now displaying, without exception, the utmost gallantry and skills. France, even if wounded, is more than ever alive and will rise again with time in wrath to chastise her enemies.
Even if Mr Hitler’s hordes are to reach Mediterranean shores, they will pay such a hefty price that they will never enjoy their temporary success.
Italy will pay for its treacherous aggression as well, and French and Commonwealth forces are to let Mr Mussolini’s army and navy no safe heaven.
Our two countries have resolved that there shall be no peace until the German and Italian dictatorships are brought down for one and ever. We shall never surrender!
We shall fight side by side as never two old European nations have fought. We shall fight on land, at sea, and in the air; we shall fight in the fields and in the woods, we shall fight in the hills and in the mountains, we shall fight in the deserts…
For now, I can promise nothing but blood, toil, sweat and tears, but in the end Victory. »

« Le gouvernement français a pris avec une admirable force d’âme la décision incroyablement douloureuse de lutter jusqu’au bout et de quitter, si besoin, sa métropole pour Alger. Quelle que soit l’issue de la bataille sur le sol français, les armées de la République française continueront à se battre à partir de l’Afrique du Nord et du reste de l’Empire français.
Cette décision a été prise de sang-froid, avec la ferme résolution de ne pas abandonner le Royaume-Uni, quel qu’en soit le prix. Nous n’oublierons jamais !
La France est à présent dirigée par des chefs de la plus grande bravoure et de la plus haute compétence. La France, quoique blessée, est plus vivante que jamais et, avec le temps, elle se relèvera, pleine d’une juste colère, pour châtier ses ennemis.
Même si les hordes de M. Hitler devaient atteindre les rivages de la Méditerranée, ce serait à un prix tel qu’elles ne pourront jamais jouir de leur succès provisoire.
L’Italie paiera elle aussi pour son agression traîtresse, car les forces de la France et du Commonwealth ne laisseront aucun refuge aux armées et aux navires de M. Mussolini.
Nos deux pays ont résolu qu’il n’y aurait pas de paix jusqu’à ce que les dictatures allemande et italienne soient abattues une fois pour toutes. Nous ne nous rendrons jamais !
Nous combattrons côte à côte comme jamais deux vieilles nations européennes n’ont combattu. Nous combattrons sur terre, sur mer et dans les airs, nous combattrons dans les champs et les bois, nous combattrons dans les collines et les montagnes, nous combattrons dans le désert…
Pour le moment, je ne peux vous promettre que du sang, des peines, de la sueur et des larmes, mais au bout, la Victoire. »

Cette fois, la presse américaine a compris que l’on venait d’assister à un tournant majeur de la guerre. Bill Clifton l’écrit en ces termes le 15 juin dans le New York Times.
France Fights On !
Ce n’est pas avec des mots que les Français et les Anglais arrêteront les Panzers de Hitler. Mais il faut reconnaître que, si des mots avaient pu y parvenir, nul doute que ceux du Général de Gaulle – hier officier inconnu, aujourd’hui âme du sursaut français – nul doute que ceux de M. Churchill – hier politicien marginal, aujourd’hui Premier Ministre flamboyant – y seraient arrivés.
Hélas, l’acier des machines de guerre se moque de la noblesse des proclamations patriotiques. Les chars allemands continuent de ravager la France. Pourtant, la légendaire obstination du bouledogue britannique, grondant par la voix de Winston Churchill, a trouvé un écho que l’on n’attendait plus d’un pays à l’échine brisée par la défaite. Car il est impossible, après avoir écouté la voix vibrante et passionnée de Charles de Gaulle, de mettre en doute un fait qui, hier encore, semblait improbable et avant-hier impossible : quoi qu’il arrive désormais, sur le sol d’Europe ou d’Afrique, sur les mers ou dans les airs, France fights on – la France continue la guerre.

La Rochelle
Une petite escadrille du Corps de Marine belge, constituée du patrouilleur A.6, des chalutiers O.140 et O.348, du bateau-pilote BP.13 et du tender T.1, sous le commandement du capitaine-commandant Van Strydonck, arrive dans la soirée.

Bordeaux
Les forces de police se présentent à l’aube pour arrêter MM. Bergery, Bonnet, Déat, Doriot et Laval. Prévenu par Vladimir Sokolovsky, un de ses amis au 2ème Bureau, Laval réussit à échapper à l’arrestation, tout comme Doriot. Déat est introuvable à l’adresse indiquée (qui se révèle fausse). Seuls Bonnet et Bergery sont arrêtés.

Toulouse
Au matin, le Général de Selliers de Moranville, responsable de la Réserve de Recrutement de l’Armée belge, reçoit l’instruction d’évacuer la ville et le département avec ses services et ses jeunes protégés, afin de faire place au Gouvernement français qui arrivera le lendemain. Les 8 000 garçons qui se trouvent encore dans divers locaux sportifs ou scolaires sont évacués vers des localités du Gers et de l’Ariège. Selliers de Moranville établit son nouveau QG à Villeneuve-sur-Lot. Dans le courant de la journée, de nombreuses familles belges sont également expulsées de leurs chambres et hôtels (la Haute-Garonne est l’un des trois départements français qui avaient été désignés pour la concentration des réfugiés belges).

Méditerranée Occidentale
Une escadre de la Marine Nationale (MN) commandée par l’Amiral Duplat prend la direction de la côte ligure. Les sous-marins Iris, Vénus et Pallas font barrage devant La Spezia, tandis que l’Archimède couvre le passage Gorgone-Capraia. Les escadrilles AB2 et AB4 doivent fournir une protection à distance contre les navires italiens (qui ne se montreront pas), les escadrilles AB3 et HS5 sont chargées de la protection anti-sous-marine, tandis que les escadrilles de chasse AC3 et GC III/6 doivent assurer la couverture aérienne (mais les CR-42 de la 85ème Squadriglia n’interviendront pas).
Au petit matin, quatre Chance-Vought 156F (SB2U Vindicator en dénomination américaine) de l’escadrille AB3 surprennent le sous-marin italien Gondar. Celui-ci navigue en surface vers La Spezia, au terme d’une mission de surveillance des routes d’accès au golfe de Gênes, mission à laquelle participent également les sous-marins Neghelli, Ettore Fieramosca et Mocenigo. Le Gondar, plongeant en urgence, évite quatre bombes.
Le groupe “Gênes” (croiseurs lourds Dupleix et Colbert, contre-torpilleurs Vautour, Albatros, Guépard, Valmy et Verdun) bombarde les installations pétrolières de Gênes, sans grand résultat, mais l’Albatros est endommagé par un obus italien. Le groupe “Vado” (croiseurs lourds Algérie et Foch, contre-torpilleurs Vauban, Lion, Aigle, Tartu, Chevalier-Paul et Cassard) a reçu l’ordre de s’en prendre à d’autres objectifs situés à Vado, Savone, Albissola, Zinola et Quiliano. L’Algérie ouvre le feu à une distance de 14 500 m et touche les réservoirs de combustible de Vado, qui prennent feu, en dégageant une fumée intense, tandis que le Foch vise les industries métallurgiques situées dans cette même ville. Le train armé 120/3/S (4 canons de 120/45 mm), posté à Albissola (entre Savone et Gênes), tire 93 obus sur les navires français. Ses obus et/ou ceux d’au moins une batterie côtière encadrent l’Algérie, très légèrement endommagé par des éclats. L’Aigle intervient pour faire taire la batterie côtière.
Cette opération, sans résultat marquant, dissuade toutefois la Marine italienne de faire sortir ses grands navires pour perturber le trafic français entre les ports du sud de la France et ceux du nord de l’Afrique. Les avions de l’Aéronavale mèneront à bien une attaque de nuit sur Gênes, Vado et Savone et seront pris à partie au retour par des avions italiens.

Méditerranée Centrale
Le sous-marin britannique Odin est coulé au canon et à la torpille dans le golfe de Tarente par les destroyers italiens Strale et Baleno.

Bruxelles
Une adresse au Roi réaffirmant la loyauté de la population belge envers le souverain reçoit la signature de 2 441 bourgmestres (maires).

Italie du Nord
À Turin, devant une foule très importante, Mussolini prononce un discours au cours duquel il proclame que « Nice sera à nous ! » Mais si quelques militants fascistes scandent « Nice, Nice ! », une grande partie des participants couvrent la voix du Duce en criant « Pace, pace ! » (la paix, la paix).

Maroc
Les troupes franquistes occupent la zone internationale de Tanger, au mépris du statut de la ville.

Toulouse
En fin de journée, De Margerie, replié sur Toulouse, est prévenu par un message de Noguès (relayé par De Gaulle) de l’action du gouvernement espagnol à Tanger. Le câble de Noguès signale « suis prêt à prendre toutes mesures pour détruire préventivement éléments militaires au Maroc espagnol. » Soucieux de ne pas précipiter une crise avec l’Espagne, Margerie, avec l’accord de Reynaud, fait répondre au Résident général : « Prenez toutes mesures nécessaires pour assurer la sécurité du Maroc, mais en évitant les mouvements agressifs. »
Une note diplomatique très ferme sera transmise au gouvernement espagnol dans la nuit, suivie d’une note tout aussi ferme de la part du gouvernement britannique. Ces deux messages, soutenus par l’action de l’ambassadeur britannique à Madrid, seront suivis dans la seconde partie du mois de juin des négociations tendues mais sereines, qui aboutiront au modus vivendi qui devait régler les relations entre la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne pendant la plus grande partie de la guerre.
Sans doute aussi quelques “fuites” publiées dans la presse américaine ont-elles joué un certain rôle…
Les forces françaises d’Afrique prêtes à saisir le Maroc espagnol (article de William “Bill” Clifton, correspondant de guerre pour le New York Times , paru le 18 juin 1940)
« D’une source proche de l’état-major de la Marine Nationale française, nous avons appris que la flotte française se préparait à soutenir une opération lancée par les troupes françaises d’Afrique du Nord contre le Maroc espagnol dans les prochains jours. Il s’agirait d’une réplique à la prise de contrôle par l’Espagne de la partie sous statut international de la ville de Tanger. Il est certain que les flottes alliées peuvent sans difficulté couper les communications entre le Maroc espagnol et l’Espagne et que, dans ces conditions, les troupes espagnoles en Afrique auraient du mal à résister à une attaque terrestre. La perte des territoires africains de l’Espagne pourrait provoquer une révolution de palais à Madrid, voire une relance de la guerre civile (il existe encore dans une bonne partie de l’Espagne des foyers de résistance contre le gouvernement du Général Franco). (…) »
Lettre de Bill Clifton à Robin Meyrson (lui aussi journaliste au NY Times, mais resté aux Etats-Unis)
Alger, le 20 novembre 1940
Mon cher Robin
Tes compliments me font toujours plaisir, mais je ne suis pas infaillible. Retiens la leçon de ce qui m’est arrivé. Tu te souviens peut-être qu’en juin, j’étais à Bordeaux. C’est là que le 16, vers midi, au bar de mon hôtel (que ferions-nous, correspondants de guerre, sans les bars des hôtels), tout bruissant des conversations sur le bouleversement ministériel qui venait d’avoir lieu et les discours des ministres annonçant que la France ne se rendrait pas, je reçois une grande tape dans le dos. C’était un officier de marine français, le capitaine de frégate Hervé Lavoie, que j’avais rencontré à New York, peu avant mon départ. Il commandait alors un escorteur.
Autour d’un verre, bien sûr (il semblait en avoir déjà bu plusieurs), il m’a raconté qu’il avait été muté à l’état-major de la Marine Nationale. Mis en appétit, je commence à le questionner : la Marine pourrait-elle transporter outre-mer toute l’Armée française (du moins, toute celle que les Allemands n’avaient pas capturée) ? « Oh, me dit-il, ce n’est pas mon souci. Je travaille à organiser la leçon que nous allons donner à ce salopard de Franco. » J’avais bien sûr entendu parler de l’occupation de la zone internationale de Tanger par les Espagnols. De fil en aiguille, il me raconte que le résident général au Maroc, le Général Noguès, a mis ses forces en alerte, que la flotte française va boucler le Maroc espagnol, bombarder les ports, couler ce qui reste de marine à Franco et que les troupes françaises vont alors s’emparer du dit Maroc espagnol et de tout ce que les Espagnols ont encore comme colonies en Afrique.
Je fais mine de ne pas y croire, mais il s’indigne : « Si tu ne me crois pas, viens me voir demain à 14 heures à l’Hôtel de la Préfecture, où j’ai mon bureau. Je te montrerai le télégramme de Noguès, qui te convaincra ! » avant d’ajouter, en me montrant un galonné au fond de la salle : « Maintenant je file, il y a là un de mes supérieurs qui n’aimerait pas me voir avec un journaliste. » Et il part en me laissant payer les consommations.
Le lendemain, j’arrive à l’Hôtel de la Préfecture, mais le planton me dit qu’il n’y a pas de LV Lavoie ici. Je m’obstine, je m’accroche (tu me connais) et je finis par apprendre que le LV Lavoie a été muté la veille au soir et qu’il est parti le matin même pour… Saïgon. Le tout avec les sous-entendus révélant bien qu’il s’agissait d’une sanction.
D’où le papier que notre vénéré journal a publié le 17, sous le titre « Les forces françaises d’Afrique prêtes à saisir le Maroc espagnol ». Par la suite, comme tu sais, les relations franco-franquistes se sont bien améliorées.
Bon, hier, 19 novembre, à Alger, je tombe sur qui ? Gagné, sur le LV Lavoie. Qui n’était jamais allé à Saïgon. Et qui n’avait sûrement pas été sanctionné. « Tu comprends, m’a-t-il raconté autour d’un verre (qu’il a payé, tout de même), il nous fallait un moyen de faire passer un message de fermeté à Franco sans le lui dire en face, pour ne pas risquer de le voir se draper dans ce qu’il peut avoir d’honneur espagnol et se jeter dans les bras d’Adolf. Pour ça, le New York Times était un bon intermédiaire, non ? Alors, quand j’ai vu que tu étais à Bordeaux, je n’ai pas résisté au plaisir de t’offrir un petit scoop. »
Bref, mon cher Robin, j’avais été manipulé…

Journal de Hans Gruber
14 juin 1940, 22h00
La journée a été très étrange. Nous sommes arrêtés pour réparations (nos chars ont fait beaucoup de chemin depuis un mois, ils ont besoin de repos, tout comme nous) et j’ai travaillé une grande partie de la nuit pour réparer la mitrailleuse coaxiale. C’est peut-être la fatigue qui est responsable de cette impression d’étrangeté. Quand nous avons enfin réussi à réparer, il était onze heures du matin. Nous avons essayé de prendre un peu de repos et quelqu’un a lancé une discussion sur jusqu’où pourraient aller les Français avant de s’effondrer. La plupart des hommes pensent que la fin est proche et qu’on va rentrer à la maison, mais j’ai un drôle de sentiment, je crois que ça ne va pas être si facile. Je ne sais pas d’où ça vient. Peut-être de ces informations en allemand de la BBC que nous avons “accidentellement” captées sur la radio du char. Il semble qu’il y ait eu des changements radicaux en France. J’ai peur que cette guerre ne soit plus longue que nous ne l’espérons.


15 juin
Washington
Un nouveau projet de loi pour la Marine est approuvé. Celui-ci apporte un élargissement important des groupes aériens de l’US Navy, avec 10 000 avions et 16 000 hommes d’équipage supplémentaires.

Bataille de France (front allemand)
Dans la Manche, les premières évacuations de soldats britanniques et canadiens commencent à Cherbourg et Saint-Malo (plus de 50 000 hommes seront évacués par ces ports). Seule la 157ème Brigade se bat encore aux côtés des Français. La Luftwaffe est cependant tenue en respect par les avions anglais ; aucun navire n’est perdu et aucune perte n’est à déplorer.
En Normandie, la Xème Armée doit reculer vers la Dive.
À Ablis, au sud-ouest de Paris, trois compagnies établissent leurs positions afin de stopper l’avance allemande, pour permettre à plusieurs régiments d’infanterie en retraite d’établir une hypothétique ligne de résistance durable sur la Loire. Très vite, les troupes françaises sont soumises à une attaque massive d’engins blindés et d’infanterie. Pourtant, la défense tient jusqu’au lendemain, en particulier le 4ème Régiment de Tirailleurs Tunisiens, qui se bat jusqu’à épuisement de ses moyens en hommes et en munitions.
Le Groupement de Lattre se bat devant Etampes.
Les éléments du 14e PanzerKorps sont accrochés devant Auxerre.
Au nord de la Lorraine, la 16e Armée allemande a fini par contourner les obstacles et destructions de Montmédy pour rattraper l’arrière-garde de la IIe armée : elle presse désormais la 6e DINA qui bat lentement en retraite. Dubuisson, qui commande la place de Verdun, se prépare à une attaque imminente. Ses défenses sont faibles (136e RIF, 1ère DBILA, 21/I RTM), les forts qui avaient permis de remporter la célèbre victoire de 1916 sont à l’abandon depuis la fin du conflit précédent et les travaux des dernières semaines ne peuvent occulter les trous béants dans leurs enceintes…
La IIe armée est aussi pressée en son centre. La 6e DIC, qui a décroché dans la nuit du 14 au 15, a pris un peu d’avance sur l’infanterie de la 12e Armée. Le 41e PanzerKorps s’empare pendant la nuit de deux ponts sur le canal de la Marne au Rhin, avance vers le sud et tombe sur le flanc ouest de la 1ère DIC, bien en place, mais qui n’attendait pas d’attaque venant de cette direction ! La surprise joue pour les Allemands, mais la 1ère DIC leur montre qu’elle peut malgré tout leur opposer une solide résistance : il faut que les deux PzD attaquent à fond pour l’obliger à se replier, dans la nuit, vers le sud-est.
Le 19e PanzerKorps de Guderian transperce complètement la 3e DINA en son centre à la suite de la 1ère PzD, s’empare de Saint-Dizier et poursuit son exploitation par la vallée de la haute Marne. Aucune opposition notable n’est rencontrée jusqu’à Chaumont, où les premiers éléments de la 1ère PzD arrivent dans la soirée. Là, ils sont arrêtés par les barrages mis en place par le 149e RIF et par les tirs de la batterie sur rails de 194 mm. Quelque peu impressionnés par ces derniers et fatigués par les durs combats contre la 3e DINA, ils décident de faire preuve de circonspection et d’attendre les renforts.
Le Général Condé (IIIe Armée), inquiet de voir la retraite de la IIe Armée venir cisailler les axes de retraite de son aile gauche, obtient du GQG que les unités de la IIe Armée qui entreraient dans la zone de son Armée passent sous son commandement. Par ailleurs, ayant constaté que les régiments de forteresse sont en train de se désagréger dans la retraite, il décide qu’il est temps d’arrêter leur repli. Il leur ordonne de se retrancher sur le canal de la Marne au Rhin pour y combattre « sans esprit de recul » : à l’annonce de la fin de la retraite et de la prochaine bataille, le moral des troupes remonte en flèche ! La ligne de défense prévue passe par la Moselle au sud de Nancy, cette dernière ville étant déclarée ville ouverte.
Le 16e PzK se dirige au sud-est, vers Dijon. Mais les ponts coupés sur les fleuves et rivières de la région le ralentissent beaucoup.
La 2e DIP est à son tour en place sur la Saône, à Port-sur-Saône. Les compagnies automobiles de transport 522, 523 et 524 se portent alors au devant de la 67e DI pour la conduire à Dijon, évitant aux hommes de marcher sur la dernière partie du trajet. De la même façon, les compagnies automobiles de la 5e Armée enlèvent la 54e DI pour la conduire entre Dijon et Saône.
Le réseau ferroviaire de l’est de la France est désormais complètement bloqué par les destructions opérées par les bombardements aériens ennemis et par la saturation du réseau par les trains de réfugiés et de troupes… Au nord et au sud de Vesoul, des dizaines de trains sont bloqués en pleine campagne l’un derrière l’autre sur une dizaine de kilomètres ! Les unités qui étaient transportées quittent les trains (où elles laissent souvent leur matériel lourd, impossible à débarquer en pleine campagne) pour s’insérer à la défense de la Saône.
Les attaques contre la ligne Maginot se poursuivent, en Alsace cette fois, avec l’opération “Kleiner Bär”, menée par huit divisions de la 7e Armée à Neuf-Brisach.. Là aussi, l’infanterie de forteresse française résiste avec acharnement. Les Allemands ont plus de 700 tués et leurs assauts sont repoussés, sauf à Rhinau où une attaque initialement de diversion tombe à la séparation des 103e et 104e DIF et réussit à établir une tête de pont sur la rive gauche du Rhin.

Journal de Hans Gruber
15 juin 1940, 4 heures du matin
Paris est tombé hier. J’ai beaucoup pensé à Père en entendant la nouvelle, tout comme, j’en suis sûr, Maman et toute la famille.
J’ai parlé à l’officier de renseignements de la division, un certain Major Hauser. Il m’a confirmé que les Français avaient changé de gouvernement. Apparemment, ils ont écarté Pétain, le général qui commandait leurs troupes à Verdun ! Hauser est très confiant. Il m’a dit que ce genre de disputes était le début de la fin et il m’a même confié que les estimations qu’il avait reçues de l’état-major du Corps le 3 juin faisaient état d’une forte probabilité d’effondrement politique français dans les trois semaines. “Forte probabilité” ? Je ne sais pas quel génie a inventé ça à Berlin, mais il faudrait qu’il vienne faire un tour sur le front. Je ne comprends pas les Français ! D’abord ils nous laissent passer à travers leurs lignes sur la Meuse presque sans effort et maintenant que nous occupons la moitié de leur pays, que nous avons pris leur capitale et que nous avons fait prisonniers la moitié au moins de leurs soldats, les combats se font de plus en plus durs !
On a l’impression qu’ils ont décidé qu’ils ne pouvaient pas se rendre. Pourquoi ?
15 juin 1940, 6 heures du soir.
J’ai entendu en balayant les fréquences sur ma radio un discours du nouveau ministre de la Guerre français, un certain Général de Gaulle. J’ai essayé de rassembler les mots de français que j’ai appris à l’école. Il a dit quelque chose comme « La France n’a pas perdu la guerre » et puis « Elle n’est pas seule » et puis quelque chose sur « la résistance française ».
Mais si je n’ai pas tout compris, j’ai été frappé par le ton de sa voix. Ce type croit ce qu’il dit. Comment peut-il parler ainsi ? N’importe quel pays se rendrait, dans les conditions où se trouve la France. Mais non. La France continue la guerre.

Bataille de France (front italien)
En représailles au raid de la veille sur Gênes et Vado, l’aviation italienne lance une attaque importante sur les aérodromes français.
27 Fiat CR-42 du 150ème Gruppo (Turin-Caselle) attaquent Cuers-Pierrefeu, où les chasseurs français de l’AC3 sont surpris au décollage : deux Bloch MB-151 sont détruits et quatre autres endommagés sérieusement (deux seront réformés), mais l’un d’eux percute alors volontairement un avion italien, tandis qu’un autre CR-42 est obligé d’atterrir suite à des ennuis mécaniques (il sera capturé).
25 CR-42 du 23ème Gruppo (Cervere) couvrent des BR-20 qui s’en prennent à l’aérodrome du Cannet-des-Maures, tandis que 25 autres CR-42 du 18ème Gruppo (Novi-Ligure et Albenga) effectuent quant à eux des missions de chasse libre aux alentours des aérodromes attaqués.
L’Armée de l’Air réagit : une patrouille française de Dewoitine 520 du GC III/6, emmenée par l’Adjudant Le Gloan au-dessus de Saint-Tropez, tombe sur les CR-42 en couverture. Quatre chasseurs italiens, ainsi qu’un BR-20 isolé, sont abattus. Mais sur le terrain du GC III/6, à Luc, un D-520 a été détruit et deux autres endommagés, et six Chance-Vought 156F de l’AB3 ont été détruits au sol à Hyères.

Toulouse
14h30 - De Gaulle reçoit les représentants du Gouvernement belge, Pierlot, Spaak et Denis, qui l’ont enfin retrouvé et souhaitent l’entretenir de la poursuite de la guerre par la Belgique.
Pierlot : « Mon général, nous sommes venus mettre à la disposition de l’effort allié tout ce dont la Belgique dispose encore : son or, ses colonies, sa flotte marchande et ses soldats. Nous aimerions comprendre de votre part comment vous comptez poursuivre la guerre, et comment la Belgique pourra au mieux contribuer à l’effort commun. »
Spaak : « Nous avons entendu votre discours à la radio. Et je dois vous avouer que même moi, qui n’ai jamais douté un seul instant de la détermination de la France, j’ai été électrisé par votre superbe éloquence ! »
Pierlot : « Que comptez-vous donc faire ? Est-il vrai que votre gouvernement s’est résolu à passer en Afrique ? N’y avait-il pas d’autre solution, comme établir une solide ligne défensive derrière la Garonne ? »
De Gaulle : « Monsieur le Premier Ministre, sauf votre respect, la Garonne ne pourra être pour la France de 1940 ce que fut l’Yser pour la Belgique de 1914. Devant les moyens de la guerre moderne, il nous faudra la vaste étendue d’une mer pour arrêter la vague déferlante des armées allemandes. Nous allons évacuer le plus possible de forces vers l’Afrique du Nord, en gagnant le temps nécessaire par des opérations de retardement en France métropolitaine. »
Denis : « Mon général, l’Armée belge dispose encore de nombreuses troupes dans le Midi de la France, sans compter la réserve de recrutement. Nous voudrions solliciter l’aide des Alliés pour en évacuer le plus grand nombre vers la Grande-Bretagne et l’Afrique du Nord, et poursuivre ainsi la lutte à vos côtés. »
De Gaulle : « Vous avez aussi votre 7ème Division d’Infanterie en Bretagne. J’y ai rencontré le Général Van Daele lors de mon passage la semaine dernière. Au total, de combien d’hommes disposez-vous encore ? »
Denis : « Il y environ 100 000 soldats belges en France, dont un tiers encore à l’instruction, mais sans équipement adéquat pour combattre. Les Britanniques vont procéder d’un moment à l’autre à l’évacuation de nos pilotes et du reste de notre Aéronautique Militaire. De plus, nous estimons qu’il reste 80 à 100 000 recrues dans nos centres du Midi. Je dois vous dire que nous attendons encore des nouvelles de 35 000 de nos hommes, engagés dans la malheureuse aventure des bataillons de travailleurs (voir annexe 40-1), et le moral de nos troupes s’en ressent»
De Gaulle : « En tout, plus de 180 000 hommes ! C’est un contingent certes appréciable, et je ne puis que vous encourager dans vos résolutions. En vérité, l’Europe sortira encore une fois bouleversée de cette guerre, sans doute plus encore qu’à l’issue du précédent conflit. La place à laquelle la Belgique pourra prétendre dans cette nouvelle Europe dépendra aussi de sa présence sur les champs de bataille de demain. Il va de soi que la marine marchande belge devra contribuer dans toute la mesure de ses moyens à l’évacuation qui se prépare, et qu’il faudra l’intégrer étroitement dans les opérations alliées. Je vous mettrai en contact avec l’état-major de notre marine pour les aspects pratiques. Mais dites-moi, quelles sont les intentions du gouvernement belge à l’égard de l’Italie ? »
Spaak : « L’attitude de l’Italie envers la Belgique est clairement inamicale, et le Gouvernement belge règle ses rapports avec elle sous l’angle de la réciprocité. Toutefois, en l’absence de faits nouveaux, la Belgique maintiendra vis-à-vis de l’Italie son état de non-belligérance. »
Denis : « Puis-je ajouter, mon Général, que cet état nous sert dans les opérations d’évacuation qui vont nous occuper dans les jours et semaines qui viennent. J’ai encore reçu hier un rapport du Général-major Tapproge indiquant que certains de nos avions qui survolaient la Méditerranée pour rejoindre notre école d’aéronautique évacuée en Afrique du Nord ont été approchés par une escadrille italienne sans être inquiétés. »
De Gaulle : « Je vous entends. On peut gagner du temps, mais ne vous faites pas trop d’illusions cependant. »
Denis : « Mon général, au nom des officiers et soldats de l’Armée belge, j’aurais voulu vous demander une dernière faveur. A la suite de la capitulation de l’armée belge le 28 mai, le gouvernement français a décidé de radier le roi Léopold de la Légion d’Honneur. Cette décision a profondément choqué nos militaires dans leur loyauté au Roi. Nous avons maintenant toutes les assurances que le Roi n’a pas traité avec les Allemands et n’a aucune intention de le faire ; il se considère comme prisonnier de guerre. Le Gouvernement français pourrait-il rapporter la décision prise le 28 mai ? Cela irait droit au cœur de tous les amis belges de la France, déterminés à continuer à se battre à ses côtés ! »
Pierlot et Spaak se tournent alors vers Denis, éberlués. La requête n’avait visiblement pas été concertée.
De Gaulle : « Quelle ironie ! Je viens moi-même d’imposer à l’Armée une prochaine capitulation sur le sol de Métropole, et j’ai même dû limoger pour cela Weygand qui s’y opposait. A bien y réfléchir, vos politiques pourraient être complémentaires : vous serez le glaive, le Roi sera le bouclier. Cet équilibre s’avèrera sans doute instable à la longue, mais il pourrait assurément mobiliser les énergies de vos compatriotes, tout en les rassérénant. Je vais voir si je peux faire quelque chose, mais je crains que les circonstances ne soient guère favorables. Il faudrait attendre qu’un changement des fortunes de guerre nous donne l’occasion de revenir sur une mesure prise dans un moment de désespoir hélas compréhensible. »

Poitiers
11h45 – Le Général Wibier, commandant en chef des Troupes de Renfort et d’Instruction de l’armée belge, sollicité par les Français de mettre des bataillons de travailleurs à leur disposition pour se défendre contre les incursions italiennes, se voit imposer un refus formel de la part du ministre de la Défense Nationale, le Général Denis. Denis invoque notamment le fait que la Belgique n’est pas en état de guerre avec l’Italie…
20h00 – Le Gouvernement belge reçoit l’ordre de quitter la ville dans les 24 heures, pour des raisons militaires. Alors que les ministères préparent leur déménagement, les ministres décident de se rendre tout de suite à Bordeaux, en vue de préparer l’évacuation vers l’Angleterre. Le ministre des Colonies, Albert De Vleeschauwer, les y a précédés et a réquisitionné la malle du Congo Baudouinville pour les accueillir.

Lorient
Arrivée du gros du Corps de Marine belge. Ce sont les patrouilleurs A.4 et A.5, les chalutiers Z.25 De Ruyter, H.75 Gods Genade, Z.8 Théo Nathalie et O.317 Maurice Roger, les remorqueurs Baron de Maere et Graaf Visaart, les bateaux-pilotes BP.3 et BP.16 et les vedettes R.1 et R.2.

La Pallice
Les chalutiers O.140 et O.348 du Corps de Marine belge sont envoyés au Verdon puis à Bordeaux, en vue d’être équipés pour la drague des mines magnétiques.

Bruxelles
Parution du premier numéro de Chut !, journal clandestin qui sera imperturbablement publié jusqu’à la libération de la Belgique. Il est l’œuvre d’un avocat bruxellois de 75 ans, Albert Van de Kerckhove, un récidiviste qui signait déjà du pseudonyme de “Fidelis” dans la Libre Belgique clandestine de 1914-18.
En sens inverse, dans un mémorandum, le chef du V.N.V. (nationalistes flamands), Staf De Clercq, promet la collaboration complète de son parti à l’Allemagne. Il s’y fait l’avocat d’une Grande-Néerlande comprenant la Flandre, les Pays-Bas et la Flandre française, mais également la Wallonie, qui serait colonisée par des Flamands après que ses habitants eurent été déportés vers la France.

Italie du Nord
Raids de l’aviation anglaise.

Mer Rouge
Le petit sous-marin italien Macallè s’échoue près de l’île de Barr Musa Chebir. Le navire est perdu.

Lituanie
Après avoir adressé un ultimatum au gouvernement de ce petit pays, les forces soviétiques occupent Kaunas et Vilnius.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 13:51    Sujet du message: notes Répondre en citant

Principales notes de bas de page entre le 11 et le 15 juin.

De nombreux historiens se sont demandés comment Mandel avait pu trouver des policiers qui ne seraient pas susceptibles d’hésiter au moment d’arrêter une Gloire Nationale telle que Pétain. Une hypothèse souvent évoquée est exacte : Mandel avait pris contact avec le Grand Orient de France, et les deux policiers étaient francs-maçons. En juin 2000, une “tenue blanche” du Grand Orient ouverte au public, organisée à l’occasion du 60ème anniversaire de l’événement, a présenté des témoignages de première main qui ne laissent aucun doute, précisant même que ces policiers, repliés sur la Loire avec le personnel du ministère de l’Intérieur, étaient membres de la loge parisienne La Philosophie Positive. Sans doute certains francs-maçons (tel Camille Chautemps) étaient-ils favorables à l’arrêt des combats et soutenaient-ils Pétain. Mais la grande majorité étaient opposés à la capitulation devant les nazis. Certains se souvenaient aussi que Pétain avait dit : « Je n’aime guère les Juifs, mais enfin, ils sont nés comme ça, ils n’y peuvent rien. Les francs-maçons sont pires, parce qu’ils l’ont fait exprès ! »


Darlan (François) : (…) Grand Amiral en juin 1940. Membre du Comité de Guerre puis du Comité de Défense Nationale. Nommé ministre de la Marine dans le gouvernement d’Alger le 17 septembre 1940 pour permettre la nomination de l’Amiral Lemonnier comme chef d’état-major de la Marine Nationale.
Se heurte régulièrement avec le Général de Gaulle, ministre de la Guerre, dont il conteste les vues et la conduite des forces armées. Après avoir un temps été soutenu par certains socialistes (Jules Moch en particulier), qui voient en lui « un antidote à de Gaulle » il finit par lasser Reynaud, Mandel et Blum. Il est démissionné en janvier 1941 et remplacé par Henry de Kérilis (dont les compétences seront largement limitées à la Marine Marchande).
Nommé le 21 janvier 1941 représentant français auprès de l’état-major impérial britannique, puis de mars 1941 à octobre 1942 co-président (avec l’Amiral B. Ramsay) du Comité naval interallié.
Nommé en octobre 1942 représentant français auprès du général Eisenhower et premier adjoint du SACEUR. À ce titre, prépare, en collaboration avec l’Amiral Ramsay, les débarquements de 1943.
Nommé en janvier 1944 Ambassadeur de France à Washington, puis en janvier 1945 Commandant en Chef des forces françaises du Pacifique et de l’Extrême-Orient et représentant français auprès de l’Amiral Nimitz (CINPAC). À ce titre, il signe l’acte de capitulation du Japon en baie de Tokyo.
Rappelé en France fin 1945, il préside le Comité à la Reconstruction de la Marine.
Nommé Ministre de la Défense en février 1948 dans le cabinet Blum-Moch, puis Moch (après la démission de Léon Blum pour raisons de santé). Démissionne en octobre 1948 sur la question des crédits militaires (en raison des mesures d’austérité exigées par le ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Mendès-France). Nommé en décembre 1948 à l’Etat-Major de l’OTAN, où il restera jusqu’en décembre 1949. Fait alors valoir ses droits à la retraite.
Élu à l’Académie Française en 1951. Meurt en novembre 1953.
Auteur de « Pour une Marine Nationale » (1948), « La France, sa marine et son avenir » (1950), « La Mer et la République – Mémoires » (1953), « Conversations avec Jules Moch » (publié après sa mort en 1954).
(Extrait du Grand Larousse de la Seconde Guerre Mondiale, Paris 1965)
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Benoit XVII



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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 21:49    Sujet du message: Répondre en citant

Pour le 15 juin, je me rends compte qu'il y a encore une petite incohérence de lieu concernant mes Belges. Wibier ne peut parler à Denis à Poitiers à 11h45 si Denis voit de Gaulle à Toulouse à 14h30. Il faudrait donc placer la discussion entre Denis et Wibier à Toulouse. Comme Wibier vient de Montpellier, c'est assez plausible.

Pour l'expulsion du Gouvernement belge de son hôtel à Poitiers, on pourrait rajouter que Paul Bargeton, l'Ambassadeur de France, s'était offusqué de la façon assez cavalière dont avait été traité le Gouvernement belge, et l'avait fait savoir... Je ne sais plus très bien dans quel camp il est tombé OTL d'ailleurs.
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MessagePosté le: Lun Sep 17, 2007 22:06    Sujet du message: Répondre en citant

Merci, Votre Sainteté, je note, je note.
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MessagePosté le: Ven Fév 29, 2008 14:42    Sujet du message: juin 1940 revu et corrigé Répondre en citant

Salut à tous,

Nous sommes plusieurs (ladc51, Pontus, Casus Frankie et moi-même) à revoir la chronologie de juin 1940 suite au changement de POD. En effet, à partir du 12 juin, la percée des Allemands en OTL se fait irrésistible. Si à quelques endroits ils peuvent être contenus, ils avancent souvent sans opposition, ce qui évidemment n'est pas compatible avec une prolongation de la campagne de France. Nous sommes donc en train de revoir la défense française, pour retarder ces grandes chevauchées blindées (Kleist et Guderian, Hoth dans une moindre mesure). ladc51 s'occupe du front est (GA 2), moi-même du centre (GA 4) et Pontus du front ouest (GA 3).

Nous sommes donc partis du principe que le remplacement de Weygand par Huntzinger le 10 juin produit petit à petit ses effets, ce qui conduit à gagner du temps pour que les lignes de défenses suivantes (Saône, Loire) puissent se mettre en place. Bien sûr, chaque ligne finit par craquer au bout de quelques jours, mais ces fronts successifs permettent de simuler la campagne qui dure jusqu'à début août. On finit bizarrement à avoir un peu la même chose qu'en URSS, à échelle moindre bien sûr.

Nous allons donc vous donner progressivement ici le résultat de ces recherches, qui se basent sur les JMO historiques et sur un peu d'imagination Smile

EDIT : dans la mesure du possible, j'indiquerai en rouge les éléments qui diffèrent de l'OTL, en tout cas dans les premiers jours.

EDIT 2 : le cas de De Lattre n'est pas encore définitif, nous pensons en effet qu'il serait mieux placé sur la Loire que vers Paris.
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Dernière édition par loic le Ven Fév 29, 2008 15:11; édité 2 fois
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MessagePosté le: Ven Fév 29, 2008 14:48    Sujet du message: Répondre en citant

10 juin

Champagne-Lorraine
Les blindés allemands s’engouffrent dans la brèche de Rethel et poussent sur la Rethourne. Au sud de l’Aisne est créé le groupement cuirassé Buisson, avec la 7e DLM, la 3e DIM et la 3e DCR (qui compte encore 30 chars B1bis, 50 chars H-39 et 40 chars H-35 ; quelques jours auparavant, le 41e BCC a récupéré les chars du 49e BCC et le 10e BCC a été rattaché à la division). Le groupement parvient à retarder quelque peu l’avancée du 39e PanzerKorps. Mais il reçoit de tous côtés des appels au secours. La 3e DCR attaque en direction de Perthes et de la voie ferrée Rethel-Reims. Sans soutien d’infanterie, plusieurs chars sont détruits par des canons de 47 mm capturés par l’ennemi. Pourtant, la 7e DLM attaque sur La Retourne et fait faire demi-tour aux blindés allemands, permettant à la 14e DI du général De Lattre de reprendre une partie du terrain perdu.
Mais la majeure partie de l’infanterie française, couverte par les cavaliers des GRDI et GRCA, se replie vers la Marne, combattant le jour et reculant la nuit, poursuivie par les 6e et 9e armées allemandes. Au sud de la rivière, on trouve d’ouest en est la 238e DLI (arrivée la veille), les premiers éléments de la 20e DI (qui arrive de l’est) et les restes de la 28e DI Alp. En second rideau, la 7e DI et 27e DI Alp se regroupent, durement éprouvées par les combats des jours précédents. Au nord de la Marne, s’appuyant sur la Montagne de Reims, se trouvent la 45e DI, la 44e DI (qui va se voir confier les éléments de la 28e DI Alp) et la 42e DI qui se replie sur la Vesle, à l’est de Reims, alors que des chars allemands (Guderian) sont déjà dans les faubourgs de la ville. La 82e DIA tient la Montagne de Reims, au sud de la ville. Les 10e et 2e DI (accompagnées du 23e BCC, sur R-35) sont débordées par les blindés allemands. Les restes de la première se réunissent à la 235e DLI, tandis que ceux de la seconde se replient vers le sud. Finalement, il n’y a que la 14e DI qui tient globalement sa position. Mais il faut dire que son chef a su “réquisitionner” des éléments d’appoint précieux, au grand dam de ses collègues : une partie du 3e BCC (sur R-35), ainsi que le 60e GRDI (de l’ex-71e DI) et le 10e GRCA (du 8e CA). Ces groupes de reconnaissance forment, avec le 25e GRDI de la 14e DI, le Groupement Courtois. Dans la nuit du 10 au 11, la 14e DI reçoit finalement l’ordre de repli. La 36e DI fait de même en direction de Vouziers, mais dans cette région l’attaque allemande est faible. Il faut dire que les divisions d’infanterie allemandes dans le secteur de Rethel (et en particulier à Voncq) ont été fortement éprouvées par les combats des jours précédents, avec plusieurs centaines de morts et de prisonniers. Les 6e DI et 1ère DIC ont également très bien résisté sur la rive ouest de la Meuse.
Suite au recul de la VIe Armée et de la IVe Armée par effet domino, l’ordre de retraite générale est en effet donné au GA 4, ainsi qu’à la IIe Armée, qui est à la jonction avec le GA 2.

Briare (GQG français)
Malgré ses états d’âme, Huntziger, une fois nommé, va immédiatement se mettre au travail. Il commence par vérifier où en est l’exécution des ordres qu’il a donnés la veille, dans ses précédentes fonctions. C’est ainsi qu’il apprend que les groupes de transport automobiles n’ont pas encore commencé à déplacer la 3e DINA, qu’il faut redéployer de la ligne Maginot jusqu’au canal de la Marne au Rhin. Furieux, il use de sa nouvelle autorité pour faire accélérer le redéploiement et appelle le Général Mast, qui commande cette division, pour lui confirmer l’importance de son rôle et lui préciser qu’il entend que son unité se positionne derrière les lignes d’eau pour faire face aux panzers qui arrivent.
Huntziger sait que sa nuit va être longue. Il convoque un Georges ahuri par ces bouleversements pour établir un plan. L’un des points clés de ce plan est d’éviter l’encerclement du GA 2, même au prix de l’affaiblissement de la défense de l’est du pays. A ce moment, les troupes allemandes sont encore au nord de la Seine et de la Marne. Mais leurs axes de progression sont maintenant visibles : à l’ouest, Hoth et Rommel visent la Normandie, à l’est, contournant Paris, le mouvement des PanzerKorps de Kleist et Guderian devient visible, avec une menace probable sur les arrières de la ligne Maginot.
Deux priorités sautent aux yeux :
– A l’ouest, dès que la Seine sera franchie par l’ennemi (la confusion généralisée et l’absence de volonté en ce sens de Weygand n’ont pas permis de faire sauter les ponts), la seule résistance possible sera sur une ligne combinant l’Orne et la Sarthe. Compte tenu des forces disponibles, ce ne peut être qu’une ligne de retardement, couvrant le mouvement vers Brest des unités revenues de Dunkerque, qu’il va falloir rembarquer à Brest ou à Nantes. Ce n’est pas le “réduit breton”, mais une tentative d’évacuation en bon ordre, qui implique que les avant-gardes allemandes soient contenues.
– A l’est de la capitale, le principal problème vient de la quasi-absence de réserve si les blindés allemands viennent à percer le front en Champagne sur une grande échelle, pour ensuite exploiter. La nature de l’exploitation n’est pas encore claire : a minima, elle pourrait prendre la forme d’une remontée au nord-est vers Verdun pour encercler la IIe Armée ; une version plus ambitieuse permettrait aux Allemands de foncer vers la Moselle entre Nancy et Epinal (via Saint-Dizier et Chaumont) pour encercler la IIe Armée et prendre de flanc la IIIe. Les plus pessimistes à l’état-major envisagent, au vu du précédent de la course à la mer au début du mois de mai, un encerclement complet du GA 2 en remontant par la haute vallée de la Marne, via Chaumont, Langres puis Besançon. Le rôle de Chaumont comme verrou devient évident, ainsi que la nécessité de retarder les Allemands sur les rivières et canaux (les “coupures humides” en langage militaire). La faiblesse de la ligne Weygand impose de démunir les divisions de forteresse de la Ligne Maginot de leurs troupes de couverture, mais c’est un prix acceptable, dans la mesure où l’objectif n’est plus celui de Weygand (conserver le plus possible de territoire dans la perspective d’une négociation d’armistice). La même question se pose en Champagne : l’exploitation visera-t-elle uniquement l’encerclement et la destruction des VIe et IVe Armées ou une poursuite vers la Bourgogne, voire la Loire ? Dans cette partie du front, qui ne dispose de pratiquement aucune réserve, mis à part celles qui peuvent lui être envoyées du GA 2, la prudence impose de défendre au minimum la Seine.
De Lattre est contacté tard dans la soirée par Huntzinger, puis par De Gaulle. S’il ne peut guère refuser la mission qu’on lui confie, il se préoccupe du sort de sa division et arrache la promesse que les éléments organiques qui lui sont rattachés soient maintenus, sa division s’étant bien comportée. Avant de passer le flambeau à son successeur, il fait clairement comprendre que lorsque (il ne dit pas « si ») le front craquera, tout devra être fait pour éviter que la division ne soit capturée
Par ailleurs, le Général Cartier est nommé à la tête d’un groupement de forces hétéroclite qu’il va devoir créer de toutes pièces afin de protéger le flanc nord de l’armée des Alpes.
Enfin, Huntziger met fin au transfert de troupes d’Afrique du Nord en métropole. Il ordonne même le renvoi de certaines troupes venues des colonies. C’est le début ce qui sera connu comme le “Grand Déménagement”. Les premières troupes renvoyées viennent de débarquer : c’est un régiment de la 83e DIA, le 343e RI – certains de ses hommes vont retraverser la Méditerranée sans avoir eu le temps de mettre pied à terre.

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MessagePosté le: Ven Fév 29, 2008 14:54    Sujet du message: Répondre en citant

11 juin

Champagne
Devant la VIe Armée, les blindés allemands (Kleist) ont forcé l’Ourcq et atteint la Marne à Château-Thierry. La VIe armée allemande commence à forcer le passage du fleuve, pour permettre l’avancée du 16e PzK. Le 14e PzK, quant à lui, achève de panser les plaies de la bataille de la Somme (après laquelle il n’avait plus que 45% de chars opérationnels).
Devant eux, la 27e DI Alp et la 238e DLI se replient sur Montmirail, entraînant la 7e DI qui se tenait en second échelon. Plus à l’est, le front doit reculer sur la Marne (IVe et IIe armées), pour s’aligner sur la VIe armée. Le gros de la 20e DI, débarquée entre Dormans et Epernay, est engagé en pagaille avant d’être rassemblé. La 45e DI s’organise à Verneuil. La 44e DI (avec les restes de la 28e) finit de se repositionner derrière la Marne, la 42e DI et la 82e DIA continuent leur repli, tandis que le groupe 235e DLI/2e DI/10e DI poursuit son recul vers Châlons-sur-Marne. La 14e DI, qui récupère une partie des éléments de la 2e DI, se replie en bon ordre, grâce notamment à ses groupes motorisés. Au soir, le 3e BCC se regroupe pour être mis à la disposition du 8e CA, bien qu’en pratique il reste aux côtés de la 14e DI, qui non seulement assure l’arrière-garde, mais maintient pour l’essentiel sa cohésion.
De son côté, le Groupement Buisson a éclaté. La 3e DCR reste seule. La 3e DIM couvre le repli des 36e et 14e DI entre Suippes et le nord de l’Argonne, face à Guderian. La 7e DLM mène des combats d’arrière-garde (détachement Grévy) dans le secteur de la 14e DI, sur le trajet des blindés de Guderian qui franchissent la Suippe. Elle reçoit l’ordre de se déployer légèrement au sud d’Epernay, position qu’elle atteint dans la soirée, pour étayer le flanc gauche du 23e CA qui doit évacuer Reims le lendemain.
En effet, Reims ne va pas tarder à tomber, des chars allemands du PanzerGruppe de Guderian sont dans les faubourgs depuis la veille.
La 53e DLI, venant de Mailly, s’installe entre Châlons-sur-Marne et Outrepont (sur le canal de la Marne au Rhin, à l’est de Vitry-le-François). Mais elle doit tenir un front de cinquante kilomètres avec ses deux régiments… Elle se concentre donc sur les ponts.
Les ordres d’Huntziger arrivent au QG du GA 4, où le général Requin a pris sa succession. Il s’agit surtout de contenir l’avancée des blindés allemands de Kleist pour les empêcher de franchir la Seine et l’Aube trop rapidement. Les seules grandes unités en position de le faire sont les 59e et 240e DLI. Ces deux divisions viennent à peine d’être formées, mais l’état-major n’a guère le choix. Il est impératif de renforcer les unités locales chargées de la défense des ponts pour permettre le repli d’autres unités, tout en se préparant à faire sauter les ponts pour retarder l’ennemi.
La 240e DLI (général Boucher), qui se trouve à Bar-sur-Seine, reçoit l’ordre de se porter, toujours sur la Seine, dans la région de Nogent. La distance à couvrir n’est pas négligeable, mais l’aviation allemande se concentre surtout contre la défense française sur la Marne. Par contre, le 42e RIC, toujours en cours de formation, ne suit pas pour le moment le mouvement de sa division. Egalement rattachée à cette division, la 10e Brigade Blindée Polonaise du général Maczek a été formée en catastrophe début juin dans la région parisienne. Cette unité, rescapée de la Campagne de Pologne (où elle avait été surnommée la “Brigade Noire” à cause des vestes en cuir noir portées par ses soldats) n’a de blindée que le nom, car elle attend toujours ses deux bataillons de chars (ceux-ci se replieront vers le sud-ouest et la Loire aux côtés de la 85e DIA). La brigade a été envoyée précipitamment sur la Marne à l’ouest d’Epernay, où elle doit arriver le 12. Il va donc falloir l’extraire en urgence du front !
La 59e DLI (général Lascroux) a quitté sa zone de regroupement au nord de Laheycourt (au nord-ouest de Bar-le-Duc) pour être redéployée entre Montmirail et Sézanne. Alors que les trains se trouvent dans les environs de Troyes, ordre lui est donné de débarquer à Romilly, pour défendre la Seine et son confluent avec l’Aube, entre Romilly et Arcis-sur-Aube.
Néanmoins, l’état-major sait que cette barrière ne tiendra pas très longtemps. Les blindés allemands, une fois la Seine franchie, pourront s’emparer des ponts sur l’Aube et enfermer définitivement l’infanterie française. Tenir la ville de Troyes sera une condition essentielle pour permettre le repli des unités derrière la Seine.

L’état-major ordonne également la destruction de l’important nœud ferroviaire de Laroche-Migennes (un peu au nord d’Auxerre). Mais, faute de moyens, la destruction ne sera que partiellement effectuée.

Lorraine
Ici aussi, peu avant midi, les ordres d’Huntziger arrivent au GA 2, au grand soulagement de son chef, le Général Prételat, qui réclamait depuis deux semaines l’autorisation d’étudier le repli de son groupe d’armées et l’abandon de la ligne Maginot. Les meilleures unités doivent faire immédiatement mouvement vers une ligne Chaumont-Auxerre pour verrouiller autant que faire se peut le Seuil de Bourgogne – hélas, aucune préparation n’ayant été faite, il faudra des délais pour faire venir les trains et rapprocher les unités des gares afin d’embarquer la 1ère DIP, la 30e DIA et certains BCC des IIIe et Ve Armées pour les porter sur la Saône, entre Dijon et Vesoul. La 2e DIP, stationnée à Belfort, a l’ordre de se diriger vers Vesoul et la Saône, pendant que la 67e DI gagne Dijon et que la défense de Belfort est organisée par la 63e DI et le 45e CAF.
Verdun ne doit pas être évacué ; les forts et la ville doivent être défendus, en espérant bloquer l’avance ennemie quelques heures ou quelques jours. De même, les garnisons des ouvrages de la Ligne Maginot restent sur place, ainsi que quelques faibles troupes de couverture pour garnir les intervalles (une section par régiment de forteresse).
Le départ immédiat vers le couloir rhodanien des unités motorisées et des services des VI e, VII e et XX e régions militaires doit être organisé. Ce qui ne peut pas être emporté (dépôts, carburant etc.) doit être brûlé ou saboté. On demande à l’Armée de l’Air un effort de couverture de l’est de la France pour protéger le réseau ferroviaire.
Tous ces mouvements ne vont évidemment pas s’effectuer sans difficulté (les premiers mouvements par rail, concernant la 1ère DIP, n’auront lieu que dans la nuit du 11 au 12 et les départs à pied dans la nuit du 12 au 13), mais au moins les ordres donnés vont-ils dans le bon sens.

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