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Des prélats très politiques

 
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Auteur Message
Casus Frankie
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Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10127
Localisation: Paris

MessagePosté le: Sam Juin 20, 2015 12:47    Sujet du message: Des prélats très politiques Répondre en citant

Tyler adore des "à-côté" originaux et souvent instructifs...
Comme cet ajout à la Chrono Diplomatique de mai 42.


19 mai 1942
Des prélats très politiques
Paris
– Alors que les armées hitlériennes et leurs alliés s’abattent sur l’Union Soviétique, c’est une autre nouvelle qui va néanmoins secouer ce qu’il est encore de bon ton, pour certains, d’appeler le Tout Paris. Le cardinal et académicien Alfred Baudrillart, 83 ans, vient de mourir. C’est une personnalité influente de la communauté catholique qui vient de disparaitre, et cela entraine aussi de façon beaucoup plus profane une redistribution des cartes politiques, car le gouvernement Laval vient de perdre un de ses principaux interlocuteurs.
En effet, depuis le Grand Déménagement, l’ancien sénateur du Puy-de-Dôme avait eu de nombreux entretiens avec le cardinal. L’expérience Chevalier comme ministre du NEF ayant tourné court, Laval, en fin tacticien politique, avait continué à rencontrer ostensiblement Baudrillart afin de ne pas se mettre à dos la communauté catholique française, qui n’était plus représentée au sein du gouvernement du NEF, dont la composition pouvait l’inquiéter. Les anticléricaux de tout bord y étaient nombreux, à commencer par Doriot, qui avait failli, quelques années plus tôt, occuper la place de Thorez ! Laval avait assez facilement mis dans le cardinal de son côté. Bien sûr, ce dernier gardait des réticences envers l’Allemagne, mais tant qu’il maintenait sa confiance dans le NEF et qu’il restait relativement critique envers le gouvernement d’Alger, cela suffisait.
………
Vatican – Passé quelques minutes de tristesse et quelques instant de prière, la nouvelle de la mort du cardinal Baudrillart plonge le cardinal secrétaire d’Etat Luigi Maglione dans les affres de l’incertitude : qui pourrait bien prendre la succession du prélat parisien comme représentant autorisé (mais officieux) du Vatican auprès du chef du Nouvel Etat Français ? Il faut pour cela quelqu’un de fiable et surtout de discret. Car depuis deux ans, la division en deux de la France pose au Saint-Siège de délicats problèmes d’équilibre, le temporel n’ayant de cesse de peser sur le spirituel.
Pour l’instant, il y a à Alger un nonce apostolique, l’archevêque Valeri, mais il n’est pas envisageable d’en envoyer un autre à Paris, auprès du régime dit de Matignon, sous peine de sembler reconnaître le régime mis en place par les Allemands. A l’époque de ce qu’on avait très vite appelé le Grand Déménagement, Maglione avait redouté une pression de la part des Italiens et des Allemands pour que le Saint-Siège s’alignât sur leur vision de la “Nouvelle Europe” maintenant que l’Angleterre était repliée dans son île et que le gouvernement de la République française, cette République qui avait osé séparer l’Eglise de l’Etat, se retrouvait hors-jeu de l’autre côté de la Méditerranée. Mais assez rapidement, Maglione, expert en diplomatie (il avait représenté le Pape à la Société des Nations en 1918 avant d’être nonce apostolique pendant six ans en Suisse et pendant neuf ans en France) avait compris qu’il n’avait rien à craindre.
Les Italiens n’avaient aucune sympathie pour le NEF, entité politique créée de bric et de broc et qui, de leur point de vue, les empêchait surtout d’annexer Nice et la Savoie. Les Allemands, quant à eux, ne s’étaient vraiment manifestés qu’une seule fois à ce sujet auprès du Saint-Siège, par un courrier de leur représentant, le baron Von Bergen. Encore cette intervention, si l’on en lisait bien les termes, avait-elle été assez molle. Rien à voir avec le discours qui avait choqué les cardinaux en 1939, aux obsèques de Pie XI : profitant de sa position de doyen du corps diplomatique auprès du Saint-Siège (il était en poste au Vatican depuis 1915 – pour le compte, à l’époque, du royaume de Prusse), Von Bergen avait enjoint au prochain conclave d’élire « un successeur qui [aiderait] l’Allemagne et ses alliés à construire un monde nouveau sur les ruines de l’ancien, dont l’existence, pour bien des raisons, ne se [justifiait] plus ». Onctueux, comme il se doit, Maglione était resté assez vague dans sa réponse au vieux Prussien.Néanmoins, s’il était plus que raisonnable de ne pas nommer de nonce apostolique auprès du NEF, Maglione tenait énormément à maintenir un lien étroit avec l’entité politique qui gouvernait le territoire métropolitain de la « fille aînée de l’Eglise ». Assez naturellement, il avait pu passer par le cardinal Baudrillart. A partir de l’automne 1940, ce dernier avait eu avec Pierre Laval plusieurs entretiens rassurants quant au devenir des catholiques et de l’épiscopat dans un pays aux mains d’anciens gauchistes (Déat, ex-socialiste, Doriot, ex-communiste), qui ne faisaient pas mystère de leur attrait pour le régime pas très catholique du Führer. Il n’avait pas été difficile de convaincre Baudrillart que, pour le plus grand bien de l’Eglise et ad majorem Dei gloriam, il serait opportun de rapporter aux services du Secrétariat d’Etat le contenu de ses entrevues auprès de Laval et des autres autorités du NEF qu’il pourrait être amené à rencontrer. C’est ainsi que, depuis un an et demi, par la “valise apostolique” (sinon diplomatique), Baudrillart toutes les semaines, faisait parvenir au Vatican un rapport hebdomadaire d’une trentaine de pages. Rien d’étonnant pour quelqu’un qui, depuis le déclenchement de la Première Guerre Mondiale, avait noirci chaque jour une bonne dizaine de pages de ses Carnets, retraçant tous ses faits et gestes.
Certains s’étaient étonnés de la cordialité des relations du vieux cardinal avec plusieurs gros bonnets du NEF. En effet, l’ancien condisciple de Durkheim, Jaurès et Bergson à Normale Sup’ s’était fait remarquer avant-guerre par ses prises de position des plus énergiques contre l’Allemagne nazie, dont il qualifiait le régime de « barbarie renouvelée du paganisme ». Lors de l’annexion de la Bohème-Moravie, après Munich, il avait déclaré : « Hitler s’est emparé de tout. Malheur à celui qui a cru à sa parole », avant d’affirmer : « C'est un monstre peu ordinaire. Anglais et Français ne sont pas habitués à traiter avec de telles canailles. Il est bien malheureux que la mise hors la loi, avec sa conséquence extrême, la mise à prix de certaines tètes criminelles, n’existe plus ! ». Mais voilà, comme beaucoup, dont feu Pie XI et plus encore Pie XII, Baudrillart redoutait la propagation du bolchevisme en Europe. Et la désastreuse campagne de France n’avait fait qu’alimenter sa peur que les bolcheviques au couteau entre les dents s’installent dans les décombres du pays battu. Le Grand Déménagement l’avait laissé dubitatif : s’il respectait la volonté du gouvernement légal de continuer la lutte contre les Nazis, il regrettait qu’elle ait pour conséquence d’exciter l’une comme l’autre « les deux France ». Il craignait la guerre civile, encore traumatisé par les tueries de la Commune, qui l’avaient, jeune adolescent, obligé à fuir la capitale. Influencé par l’opinion de Pie XI sur Pierre Laval (« Nul homme d’Etat n’avait produit sur moi une plus profonde impression de sagesse et de clairvoyance, mais aussi de sincérité »), il avait fini par considérer avec indulgence la politique de collaboration, le principal étant que le bolchevisme soit maté sur la terre de France et ce, peu importe par quel moyen… Gravement malade, devenu pratiquement aveugle, le cardinal avait continué à faire parvenir à Maglione ses rapports hebdomadaires, même s’ils étaient de plus en plus courts, mais il avait délaissé ses carnets. Qu’a-t-il bien pu penser de l’attaque allemande contre l’URSS, se demande Maglione.
Enfin, peu importe ! Il faut maintenant trouver un nouvel interlocuteur pour maintenir le contact avec le NEF. Un nom, puis un deuxième, lui viennent rapidement à l’esprit.
Tout d’abord, Monseigneur Jean de Mayol de Lupé. Celui-ci est issu par sa mère d’une famille princière napolitaine, tout comme Maglione, né dans la province voisine de Casoria. Le secrétaire d’Etat a côtoyé ce personnage atypique à l’époque où il était nonce apostolique en France et surtout, il y a quelques années, il l’avait chargé d’une mission de la plus haute importance pour la chrétienté : convaincre l’ancien président Joseph Caillaux de se marier religieusement avec Henriette Renouard ! Mission que Mayol de Lupé avait mené à bien sans mal. Particulièrement combatif, n’ayant quitté l’Armée que quand son âge lui eût interdit d’en faire partie, Mayol de Lupé est aussi un ami d’Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich en France, qu’il sollicite souvent. En effet, après avoir tenté en vain de rejoindre l’Armée en tant qu’aumônier ou brancardier en 1939 (à 66 ans passés !), Monseigneur, un moment tenté de rester en dehors des événements du printemps et de l’été 1940, avait dû quitter son refuge du Maine-et-Loire à la demande de la princesse de Polignac. Il s’agissait de sauver le prince, son époux, prestement condamné à mort au mois d’août, après que des soldats allemands se baignant dans le lac de la propriété soient tombés sur des caisses de munitions immergés par des soldats français en retraite quelques semaines plus tôt. Les bonnes relations de Monseigneur avec Abetz avaient permis de sortir rapidement le prince des geôles allemandes. Depuis, il avait multiplié les interventions auprès de l’ambassadeur, au gré des arrestations et autres panades dont il devait tirer les membres des nombreuses grandes familles dont il était proche. Mais avoir des relations n’est pas sans inconvénient et Maglione se met à craindre qu’Otto Abetz et son adjoint Julius Westrick demandent à être récompensés de leurs bons offices...
Tiens, pourquoi n’a-t-il pas pensé d’abord au deuxième nom ? Le cardinal archevêque de Paris, Emmanuel Suhard ! Une grande expérience. Des qualités certaines. Il a déjà eu affaire aux autorités d’Occupation allemandes et au NEF pour tenter d’éviter plusieurs exécutions d’otages. Il a aussi cherché – sans résultat – à négocier des accords pour que des écoles privées catholiques soient financées par l’Etat. C’est un candidat plus que respectable pour représenter discrètement le Saint-Siège auprès du régime de Matignon et, comme Baudrillart, informer le Secrétariat d’Etat sur ce qui se passe en France occupée. Alors, pourquoi hésiter ? Luigi Maglione serait-il assailli par le péché d’envie parce qu’à la fin du siècle dernier, à l’Université Grégorienne, c’est le jeune Suhard qui avait obtenu la Médaille d’Or, la distinction suprême, aux dépens de Maglione (et de Pacelli, le futur Pie XII) ? Il ne serait pas convenable de s’abandonner à une telle bassesse…
Le secrétaire d’Etat soupire et passe en revue les six cardinaux français présents au Conclave de 1939. Deux morts, Verdier, en 1940, et Baudrillart, à présent. Gerlier, à Lyon : il en a vexé plus d’un au sein du NEF en disant que « les droits de l’Etat, même Nouveau, ont des limites » et Maglione a ouï dire qu’il était très conciliant, sinon plus, avec les réseaux de passeurs des Juifs traqués. Liénart, à Lille : on l’a parfois surnommé le Cardinal Rouge, du fait de son rôle de négociateur lors des grandes grèves d’Halluin en 28-29 – alors qu’une lutte à mort vient de commencer entre l’Allemagne et l’URSS, ce n’est peut-être pas le meilleur candidat. Tisserand : il est au Saint-Siège, où il presse tous les jours le Pape de manifester publiquement la mauvaise opinion qu’il a du régime nazi. Bref, si l’on doit écarter de Lupé, il vaut mieux vaut choisir un cardinal, et il ne reste que Suhard…
Au diable la Grégorienne ! grimace Luigi Maglione, avant de se signer bien vite. C’est dit : le cardinal Suhard sera chargé de devenir l’interlocuteur privilégié de Laval.
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delta force



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MessagePosté le: Sam Juin 20, 2015 14:01    Sujet du message: Répondre en citant

savoureux....
mais...l'orthographe de tisserand ne serait elle pas tisserant ? Very Happy
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Juin 20, 2015 14:30    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, zut, tu as raison, bien entendu, le vérificateur d'orthographe trouve ça très bien et moi, en toute fin de texte, je n'ai pas été attentif.
_________________
Casus Frankie

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Anaxagore



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MessagePosté le: Sam Juin 20, 2015 17:08    Sujet du message: Répondre en citant

19 mai "Laval avait assez facilement mis dans le cardinal de son côté" plutôt Laval avait assez facilement mis le cardinal de son côté (dans sa poche ? Laughing )"
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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frere brun



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Localisation: Carcassonne

MessagePosté le: Sam Juin 20, 2015 17:16    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Quel sort pour Mayol de Lupé ?
Le même qu'OTL ?
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Abraham



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Messages: 527
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MessagePosté le: Sam Juin 20, 2015 17:38    Sujet du message: Répondre en citant

Intéressant,à l'image d'autres pays le Vatican a deux ambassadeurs: l'un à Alger auprès du gouvernement légal et l'autre à Paris auprès du NEF pour protéger au maximum les catholiques de France,non?
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Casus Frankie
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Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10127
Localisation: Paris

MessagePosté le: Sam Juin 20, 2015 18:03    Sujet du message: Répondre en citant

@ Anaxagore : oui. Embarassed

@ frère brun : je laisse répondre TYLER.

@ Abraham : tout juste.
_________________
Casus Frankie

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le roi louis



Inscrit le: 13 Mar 2009
Messages: 193

MessagePosté le: Dim Juin 21, 2015 01:08    Sujet du message: Répondre en citant

petite faute d'accent sur tetes : ici circonflexe plutôt qu'aigu sinon on se retrouve avec le verbe téter Laughing
Citation:
Il est bien malheureux que la mise hors la loi, avec sa conséquence extrême, la mise à prix de certaines têtes criminelles
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Tyler



Inscrit le: 11 Oct 2008
Messages: 578

MessagePosté le: Dim Juin 21, 2015 11:21    Sujet du message: Répondre en citant

frere brun a écrit:
Bonjour,

Quel sort pour Mayol de Lupé ?
Le même qu'OTL ?


Oui, je pense. Son age gênera toujours le fait qu'il puisse monter au feu avec la Charlemagne. Il s'installera donc du coté de Munich et sera fait prisonnier par les Alliés à ce moment là. Procès. Prison. Et mort dans les années 50. La seule variation FTL pourrait être qu'il ne bénéficie pas d'une libération anticipée et meurt donc en prison...
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