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Janvier 1943 - Méditerranée
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Tyler



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MessagePosté le: Dim Jan 04, 2015 14:26    Sujet du message: Répondre en citant

Benoit XVII a écrit:
Appel à l'équipe : a-t-on déjà prévu qui serait l'ambassadeur de France auprès du Saint-Siègé à l'été 1942 dans la FTL ?

Merci


Celui nommé en mai 40 par Reynaud ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Wladimir_d%27Ormesson

A priori, il n'y a pas de raisons qu'il soit déjà révoqué deux ans plus tard...
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patrikev



Inscrit le: 28 Mai 2010
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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 11:04    Sujet du message: Répondre en citant

La suite des péripéties dans les Balkans.

1er janvier 1943
Reggio de Calabre (résidence du Roi et du gouvernement Badoglio)
– Les informations transmises par le duc d’Acquarone sont reçues plutôt fraîchement par l’entourage du Roi. Il faut plus de trois heures au maréchal Badoglio et au général Ambrosio, accouru de Rome, pour expliquer à Sa Majesté que ces nouvelles ne sont pas aussi désastreuses qu’il semblerait et que les Alliés laissent une porte ouverte à l’Italie pour s’intégrer progressivement dans leur coalition. Le général Ambrosio en profite pour réclamer que le plus possible de forces italiennes puissent reprendre le combat au plus vite, puisque de leur comportement au combat dépendra le statut de l’Italie.

Le point le plus critiqué par l’entourage du souverain est la clause de dé-fascisation des administrations, qui est vue comme une attaque masquée contre la monarchie. Quant aux militaires, ce sont plutôt les conditions du rééquipement italien qui les font grincer des dents. Il est cependant convenu que le général Ambrosio et un collaborateur du ministre des Finances se rendront à Alger dès le lendemain pour négocier le rachat du matériel italien capturé (ils ignorent que ce matériel a en grande partie été expédié aux Chinois) et l’achat des chars que les Français semblent disposés à céder, car le rééquipement des troupes italiennes est une nécessité urgente.

Le Roi et ses ministres font alors le point sur la situation des troupes italiennes dans les Balkans. Le sort le plus tragique semble avoir été réservé au XVIIe Corps d’Armée : les officiers de la 131e Division cuirassée Centauro et de la 14e DI Isonzo ont été massacrés. Une tentative de résistance du 7e Régiment de Cavalerie Lanciere di Milano a abouti au massacre de la totalité des officiers et de la plupart des hommes. Les hommes de la 1ère Division Rapide Eugenio di Savoia ont eux aussi tenté de résister et beaucoup d’entre eux ont été exécutés ; en revanche, une partie de l’encadrement s’est ralliée aux Allemands. Les nouvelles sont meilleures à l’ouest du Péloponnèse : la 4e DI Alpine Cuneense et la 53e DI de Montagne Arezzo ont réussi à faire leur jonction avec les troupes alliées et peuvent être considérées en sécurité, même si les pertes en équipement ont été importantes. En revanche, la moitié seulement de la 18e DI Messina (qui se trouvait en retrait du front) a pu se sauver, le reste a été capturé. Le repli des troupes allemandes du Péloponnèse est, semble-t-il, en cours.

Certaines des divisions d’occupation de la Yougoslavie et la plupart des troupes stationnées en Albanie semblent être en mesure de résister aux Allemands. D’autres se sont ralliées au nouveau gouvernement national-fasciste. Les autres ont été désarmées sans trop de mal par leurs anciens alliés. La plus grande confusion règne encore en bien des points.
Le Conseil des ministres envisage alors quel soutien aérien peut être accordé, avec l’accord des Alliés, aux troupes qui résistent aux Allemands. Dans ce but, les éléments de la Regia Aeronautica qui ont pu échapper à la destruction ou à la capture sont en voie de concentration sur les aéroports de Cosenza, Monserrato et Tarente. L’ordre est donné d’effacer toutes les marques fascistes des appareils, qui devront désormais adopter les couleurs nationales et la Croix de Savoie.

Enfin, pour soutenir les troupes d’Albanie, le Conseil décide de demander aux Alliés d’autoriser certains des navires de la Regia Marina à reprendre les opérations en Adriatique.

La campagne des Balkans
Dalmatie –
La plupart des 3 000 déportés juifs de l’île de Rab, libérés quelques jours plus tôt par les Partisans titistes, ont pu être évacués vers le continent à bord de barques de pêche et petits caboteurs réquisitionnés, ébauche d'une marine des Partisans. Top affaiblis, 204 déportés resteront sur place. Aucun ne survivra.

Parmi ceux qui ont pu rejoindre le continent, trois cents, les moins épuisés, ont rejoint les rangs des Partisans, mais que faire des autres ? L’officier de liaison français, le capitaine Malec (dans le civil, le Père Natlacen) envoie à Alger un message demandant des moyens exceptionnels pour les mettre hors de portée des Allemands et de leurs auxiliaires oustachis, tout aussi partisans de la « solution finale du problème juif ».

Salonique – Le colonel-général Löhr, commandant en chef du secteur Sud-est, prépare son plan de campagne dans les Balkans. Sur sa carte s’étalent de vastes territoires insoumis : en Bosnie, au Monténégro, en Grèce centrale… Le plus préoccupant est l’Albanie avec Tirana : il n’est pas acceptable qu’une capitale européenne, même d’un petit pays obscur, échappe à la domination du Reich. C’est déjà assez d’avoir perdu Rome !

La 173. JägerDivision (Division de Chasseurs) du lieutenant-général Heinrich von Behr est à Graz (Autriche), prête à partir pour l’Albanie dès que possible. Le 329e Régiment d’Infanterie, formé de transfuges musulmans de l’armée soviétique, à l’entraînement en Croatie, devrait la rejoindre bientôt. Behr achève le siège du château de Trujak en Slovénie. Pour transporter ces deux unités, Löhr hésite encore entre la voie terrestre, pleine de dangers, et la voie maritime, qui ne vaut pas mieux.
_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
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Dernière édition par patrikev le Sam Jan 31, 2015 11:19; édité 1 fois
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patrikev



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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 11:12    Sujet du message: Répondre en citant

2 janvier 1943
Forteresse assiégée
Durazzo/Durrës (Albanie) –
Le général Gotthard Frantz est officiellement nommé commandant de la Festung Durazz0, la forteresse de Durrës, fonction qu’il occupe en fait depuis le 25 décembre. Frantz, grâce au butin récolté à Tirana, arrive à échanger du ravitaillement en relative abondance. Cependant, dans son QG, Hitler, informé de ce qui ressemble à un encerclement, ordonne au Reichsmarschall Göring d’organiser un pont aérien vers Durrës, ou plutôt vers le petit secteur au sud de la ville tenu par les Allemands et quelques unités italiennes fidèles à l’Axe.

Comme Frantz appartient à la Luftwaffe et que Göring ne veut pas porter seul le chapeau en cas de défaite, il obtient que l’attaché naval allemand à Tirana, le capitaine de frégate Asmus, soit nommé chef de la Défense maritime de l’Albanie. Sa flotte se réduit à trois barques !

La campagne de Grèce
Trahisons et contre-trahisons
Igoumenitsa –
Le 98e Régiment de la 1. Gebirgs-Division atteint la Mer Ionienne. En six jours de marche forcée depuis qu’il a traversé le golfe de Patras, il a connu plusieurs accrochages avec les maquisards grecs pro-Anglais (du moins sont-ils armés et financés par Sa Majesté) de l’EDES. Mais dans la région, le général Mario Gamaleri, fasciste fidèle et chef du XXVIe CA italien, chargé de contrôler le secteur, a décidé de se rallier à la République Sociale proclamée par Mussolini en Italie du Nord, avec le général Mario Guassardo et sa 37e DI de Montagne Modena. Du coup, le Generalleutnant Walter Stettner von Grabenhofen, qui commande la 1. GD, a décidé d’accorder à ses hommes quelques jours de repos avant le prochain mouvement : la reconquête du sud de l’Albanie.

Dans l’après-midi, Stettner reçoit la visite d’un groupe d’officiers italiens, fascistes convaincus, de la 36e Légion de Chemises Noires d’Assaut Cristoforo Colombo (de la 37e DIM), qui le persuadent de modifier ses plans. Selon leurs renseignements (incertains), la garnison italienne de Corfou, grossie par des troupes venues d’Albanie, serait prête à se rallier à la RSI. En gage de bonne foi, ces lointains épigones de Christophe Colomb présentent plusieurs petites embarcations, caboteurs ou barques de pêche plus ou moins aménagés, avec lesquelles ils se disent prêts à franchir le détroit. Une fois sur l’île, avec un minimum de soutien armé, ils se font forts de rallier la garnison à leur cause.

Stettner écoute favorablement leur offre. Contrairement à la plupart des généraux allemands, il est loin de mépriser les Italiens : il a gardé en mémoire leurs combats communs dans le Péloponnèse. La météo annonce du gros temps pour le lendemain, mais, dès que possible, il enverra sur l’île un détachement de Chemises Noires renforcé par un nombre égal de Chasseurs de montagne allemands.

3 au 27 janvier 1943
Massacres dans la Yougoslavie occupée et démembrée
Slavonie (est de la Croatie)
– Le basculement italien a obligé les Allemands à annuler le plan Weiss (Blanc) qui prévoyait l’anéantissement des Partisans yougoslaves pendant l’hiver. En liaison avec la Croatie d’Ante Pavelic, ils se contentent d’une série d’opérations collatérales contre plusieurs petits maquis, dangereux par leur proximité de Belgrade et des voies de communication allemandes. Les opérations Ferdinand (du 5 au 7 janvier), Winter I (du 6 au 8 janvier), Arnim (du 20 au 23 janvier) et Winter II (du 25 au 27 janvier) entraînent la dispersion des maquisards. La population serbe de cette région subit les représailles des Oustachis croates – malgré le fait que beaucoup de Partisans sont eux-mêmes croates.

4 janvier
La campagne d’Italie
L’honneur des Borghese

La Spezia – Au siège du commandement de la Xa Mas, le drapeau tricolore flotte toujours, mais en son centre, à la place de l’écusson royal de Savoie, il n’y a plus qu’un trou béant. Le CC Borghese a reçu la visite d’un officier de la Kriegsmarine ; ensemble, ils rédigent, paraphent et publient le texte suivant :

« La Spezia, le 4 janvier 1943
1. La Decima Flottiglia MAS est une unité appartenant à la marine militaire italienne, avec une autonomie complète dans la logistique, l’organisation, la justice, la discipline et l’administration.
2. Elle est alliée aux forces armées allemandes avec parité de droits et de devoirs.
3. Elle bat pavillon de guerre italien.
4. Le droit d’utiliser toutes les sortes d’armes est reconnu à tous ceux qui en font partie.
5. La Xa MAS est autorisée à récupérer et à armer, avec équipages et pavillon italiens, les unités italiennes qui se trouvent dans les ports italiens. Leur emploi opérationnel dépend du commandement de la marine allemande.
6. Le commandant Borghese en est le chef reconnu, avec les droits et les devoirs inhérents à sa charge.
(signé)
Capitaine de corvette Junio Valerio Borghese, lieutenant de vaisseau Max Berninghaus »


Entre la fidélité à ses supérieurs et la fidélité à ce que lui dictait sa conception de l’honneur, Borghese a choisi. Aujourd’hui, il franchit le Rubicon… Alea jacta est !

La campagne de Grèce
A l’assaut !
Péloponnèse –
La pluie persiste sur toute la presqu’île. Néanmoins, les Alliés continuent d’avancer. A l’est, les Grecs, ayant nettoyé l’Argolide (d’où tous les défenseurs allemands ont été évacués vers Le Pirée), tentent de déboucher vers Corinthe. A l’ouest, les Français de la 3e BMLE, poussés par leur chef, le général Le Couteulx de Caumont, percent vers Patras sur la route côtière.

Kriegsmarine en Mer Egée
Ekali (Attique) –
Les carrières de marbre du mont Pentélique, au nord-est d’Athènes, ont fourni les pierres du Parthénon et de bien d’autres monuments. La relative fraîcheur de ces hauteurs boisées en a fait une résidence appréciée de la bourgeoisie athénienne. Aujourd’hui, elles servent d’abri à l’état-major des forces occupantes. Le vice-amiral Erich Förste, qui exerce la fonction délicate d’Admiral Ägäis, amiral de la mer Egée, fait le compte des quelques moyens dont il dispose.

Avant la défection italienne, il lui fallait se contenter de quelques petites unités prises aux Yougoslaves et aux Grecs, dont l’entretien mécanique demande des trésors d’habileté, d’une série de petits transports tels que des ferries Siebel, plus ou moins bien adaptés à leurs missions, et de caraques locales armées en mouilleurs de mines et transports de troupes. Depuis la fin de l’année 1942, il peut fièrement y ajouter une douzaine de navires italiens saisis au Pirée.

Son navire amiral sera bientôt le destroyer Freccia – un bâtiment moderne qui est devenu le ZI-5 Pfeil. S’y ajoutent les dragueurs de mines RD-35 et 38, les vedettes rapides MAS-530, 533, 571 et 574 et les vedettes ASM/dragage Lombardi, Manca, Marcomeni, Nioi et Satta. Tous ces navires seront remis en service par la Kriegsmarine, mais dragueurs et vedettes (rapides ou ASM) se contenteront d’un matricule.
Ah, il y a aussi les mini-sous-marins CB-1, 6, 10 et 12. Förste songe que les Italiens ont parfois des idées bizarres, on croirait des engins japonais ! Bien sûr, ses hommes tenteront de remettre en service ces bizarres submersibles, mais il est pessimiste – il n’a aucune envie de perdre du monde, pour un bénéfice douteux, en s’escrimant à utiliser ces engins.
Quoi qu’il en soit, depuis la trahison italienne et sans aucune aide, ses minuscules forces ont réussi à permettre la prise de contrôle de Salamine et de l’Eubée et le débarquement d’un corps de troupes à Samothrace. Surtout, l’évacuation du Péloponnèse de la presque totalité du PanzerGruppe Griechenland sera chose faite dans quelques jours – un réel exploit, compte tenu de l’écrasante supériorité navale des Franco-Britanniques.
Mais il sera difficile de lancer de nouvelles opérations.

A l’ouest, les puissantes batteries d’Antirion empêchent les flottes ennemies d’entrer dans le golfe de Corinthe, mais les quelques bateaux qui y restent sont pratiquement bloqués : depuis la prise de Zanthe par les Français, toute sortie en mer est extrêmement périlleuse. Tant pis – ce sera aux navires basées en Adriatique de venir gêner l’ennemi, notamment en allant, par exemple, semer des mines vers les îles Ioniennes.

Au sud, la prise d’Andros par les Français – encore eux ! – a rendu encore plus compliquée la défense de l’Attique. Seules les batteries du mont Laurion empêchent les flottes ennemies d’entrer dans la rade du Pirée. La reconquête de l’Eubée fait heureusement obstacle à un débarquement ennemi en Grèce centrale, mais Volos, le meilleur port de Thessalie, est toujours tenu par des Italiens à la loyauté plus que douteuse.

En attendant que la Heer prenne le contrôle du port par voie de terre, le vice-amiral a l’ordre d’empêcher ces traîtres de s’enfuir par mer pour rejoindre le félon Badoglio. Avec quels moyens ? Förste a été capitaine de sous-marins pendant l’Autre Guerre et il sait qu’un petit navire résolu peut infliger de sérieux dégâts à une puissance navale trop sûre d’elle. C’est dans le labyrinthe d’îles et de détroits qui s’étend devant Volos qu’il va faire patrouiller les vedettes rapides prises aux Italiens, sitôt qu’il les aura réarmées (cela ne devrait plus demander que quelques jours, les équipages venus d’Allemagne s’entraînent déjà). Ces MAS sont du très bon matériel, aussi étonnant que cela puisse paraître ! Si les Franco-Britanniques envoient des transports à Volos, ils ne reviendront pas tous à bon port.

Enfin, au nord-est, la SturmBrigade NordÄgäis a réussi son débarquement à Samothrace, mais elle y est pratiquement prise au piège. Comme à Limnos, un an plus tôt. Le mauvais temps donne un prétexte honorable pour ne plus lui envoyer de renforts, mais Förste sait que, de toute façon, ils seraient coulés avant d’atteindre l’île. Mieux vaut préserver les navires de la 11e Flottille de Von Richthofen pour la défense de la côte nord, de Salonique à la frontière turque.

5 janvier
La campagne de Grèce
Iles Ioniennes –
Le temps s’étant quelque peu amélioré sur la mer Ionienne, les Français débarquent sans opposition à Céphalonie un corps expéditionnaire improvisé composé des éléments de la 13e DBLE conservés en réserve sur l’ordre de Dentz lors de l’opération Ciseaux et de quelques fusiliers marins. C’est le colonel-prince Amilakhvari, venu d’Andros, qui commande l’opération.

Dès son arrivée à Argostoli, principal port et capitale de l’île, Amilakhvari reçoit un appel à l’aide du général Luigi Mazzini, chef de la 33e DI de Montagne Acqui. A son QG, Mazzini s’avoue débordé par l’afflux de militaires italiens et de civils grecs qui franchissent le détroit sur toutes les embarcations possibles. Il lui faut de toute urgence du ravitaillement et des moyens de transport pour conduire tout ce monde en Italie – et pour y rapatrier ses hommes dès que possible. De plus, Mazzini demande à avoir un bref entretien en particulier avec Amilakhvari. Il lui explique alors qu’il faudrait envoyer des hommes pour désarmer le 19e Bataillon de Chemises Noires, dont l’allégeance politique reste incertaine. Le commandant Robert Détroyat, des Fusiliers marins, est envoyé remplir cette mission délicate ; les Chemises Noires se rendront sans trop de difficultés.

Tandis que Détroyat part en expédition, Mazzini reste à discuter avec Amilakhvari. Comptant sur les sentiments philosémites supposés des Français, Mazzini met en valeur la façon dont il a protégé la communauté juive des îles Ioniennes, « des vrais Italiens, d’ailleurs, qui parlent le meilleur dialecte vénitien… » Amilakhvari éclate de colère et lance, avec une bordée d’injures à peine traduisibles : « Vous voulez que je vous dise comment vos compatriotes ont traité les Juifs ? » Et il sort de sa poche une note du SR français qu’il vient de recevoir et qui reprend le récit du capitaine Malec sur la situation tragique des Juifs de Rab.

Mazzini est atterré. Vieil officier à la veille de la retraite, il a réellement de bons rapports avec la communauté juive (et, dit-on, n’est pas totalement insensible au charme d’une certaine veuve juive de Corfou). Il se rend compte aussi que ce traitement criminel de la « question juive » par le régime fasciste pourrait coûter cher à son pays dans les discussions avec les Alliés.

« Colonel, dit-il, nous avons ici bon nombre de bateaux qui étaient destinés en priorité à évacuer nos soldats d’Albanie. Mais ces malheureux en ont encore plus besoin que nous : ils sont seuls et désarmés face aux représailles allemandes. Si la France leur fournit du carburant, ces bateaux sont à votre disposition. »

Amilakhvari se calme et réfléchit. Il est trop tard dans la journée pour appareiller, et une pareille traversée ne s’improvise pas, mais il court-circuite la hiérarchie pour appeler [à choisir, le plus haut possible dans le cercle de relations d’Amilakhvari] à Alger et lui dire de « se démerder » pour trouver des bateaux d’urgence.

Ce message tombe à Alger en pleine agitation alors que le gouvernement (…)
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patrikev



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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 11:26    Sujet du message: Répondre en citant

6 janvier
La campagne de Grèce
Thessalie –
Cavalcades au pays des Centaures. A quelques jours de quitter son poste, le général allemand Hans Juppe, à la tête de la 104. Infanterie-Division, a repris pratiquement sans coup férir la ville de Larissa. La plus grande partie de la garnison italienne était partie pour Volos d’où elle espérait bien rembarquer pour l’Italie. Seul le 6e Régiment de cavalerie Lancieri di Aosta (colonel Giuseppe Berti) est décidé à continuer la lutte sur le sol grec. Ayant combattu les Allemands à Larissa le 25 décembre, cette unité sait qu’elle n’a pas de quartier à attendre en cas de capture. Le colonel Berti est parti vers Karditsa où une partie de la 11e DI Brennero se tient toujours retranchée face aux maquisards communistes de l’ELAS. Berti espère convaincre les jusqu'au-boutistes de la Brennero, en partie des Italiens germanophones du Haut-Adige, de rejoindre le camp allié. Les kapetanos Vassilis Samariniotis , chef de l’ELAS pour le sud-ouest de la Thessalie, et Aris Velouchiotis, qui commande en Eurytanie un peu plus au sud, ouvrent des pourparlers avec Berti et acceptent un cessez-le-feu.

7 janvier
Soldats italiens perdus à Split
Split/Spalato, Dalmatie –
Depuis dix jours, la tension est à son comble dans la capitale dalmate. Les partisans ont pris le contrôle de la ville et du port dès le 26 décembre, en concluant un accord avec les soldats italiens de la 15e DI Bergamo, qui ont regagné leurs quartiers, imités dès le 30 décembre par ceux de la 12e DI Sassari. Le commandement italien a multiplié les appels à Rome réclamant une évacuation navale, tandis que les rumeurs inquiétantes se succédaient. D’une part, les Partisans envisageraient de rompre leurs engagements, car des officiers italiens et des civils yougoslaves compromis dans des « opérations de maintien de l’ordre et de lutte contre la guérilla » – opérations de répression sauvage, disent les Partisans – se sont réfugiés dans les casernes italiennes. D’autre part, les forces allemandes et croates seraient en train d’organiser une offensive contre Split et la côte dalmate. Dans ce climat, beaucoup redoutent (et d’autres espèrent) qu’un incident mette le feu aux poudres. Aussi les demandes d’évacuation du général Alfonso Cigala Fulgosi, commandant la place de Spalato, deviennent-elles de plus en plus angoissées et insistantes…

En pleine nuit, Cigala Fulgosi est réveillé par son ordonnance : enfin des nouvelles de Rome ! Un nageur de combat vient d’arriver pour renouer en toute discrétion le contact avec la garnison italienne : il annonce que, dès le lendemain, une flottille d’évacuation entrera dans le port si le général pense qu’elle peut le faire sans danger.

Une fois les informations les plus urgentes échangées et les mots de code transmis par radio pour signaler que la voie est libre et que les navires sont espérés avec impatience, le nageur de combat peut raconter son parcours.
Réfugié à Tarente avec les membres de la Decima Mas restés fidèles au Roi, il piaffait d’impatience depuis dix jours, désireux d’agir pour aider ses compatriotes. Le 6 janvier à midi, l’autorisation d’intervenir est tombée. Sans plus attendre, ses coéquipiers et lui ont mis en œuvre les actions étudiées et préparées les jours précédents. A bord de la vedette MAS-563, lui et un autre nageur ont d’abord gagné Bari, où ils se sont arrêtés pour refaire le plein de carburant – un exploit en soi dans ce port contrôlé par les Britanniques : l’officier de liaison de la Royal Navy, d’abord vu par l’équipage comme un intrus voire un espion, y a gagné le titre de membre d’honneur de la Regia Marina ! Puis, ils ont traversé l’Adriatique jusqu’au large de Split. Les deux nageurs se sont mis à l’eau en pleine mer et ont pénétré à la nage dans le port dont ils ont pu reconnaître l’état et les défenses ; tandis que l’un d’eux repartait vers la MAS-563 communiquer ces informations, l’autre abordait pour tenter de gagner les casernes italiennes…

La campagne de Grèce
Les Quarante Jours de Trikala
Trikala et Karditsa
L’ouest de la Thessalie semble provisoirement oublié par les Allemands, qui ont d’autres soucis plus urgents. A Trikala, Henri Van Effenterre, conseiller français de l’AAA (“Combat-Renouveau-Indépendance”), principal mouvement de résistance de la région, peut confier d’épais rapports et de nombreux documents destinés au professeur Picard au Lysander qui va discrètement rallier Kalamata .

« Notre accord de co-belligérance avec le général Soldarelli et la 6e Division d’Infanterie Cuneo tient toujours, malgré d’inévitables frictions. Le 8e Régiment d’Infanterie Cuneo a un bon moral. Le 7e Régiment d’Infanterie Cuneo est en voie de reconstitution. Fin décembre, il nous est arrivé de Gomfoi, où il tenait garnison, dans un état désastreux et avec un moral très bas. Les maquisards grecs de l’ELAS, qui tiennent cette partie de la Thessalie, l’avaient désarmé et dépouillé de son matériel de façon expéditive et beaucoup de ses hommes avaient dû marcher jusqu’à Trikala en chaussures de gymnastique, les Elassis leur ayant retiré leurs chaussures de marche. Seuls les Italiens qui acceptaient de joindre les rangs de l’ELAS ont échappé à cette humiliation, de sorte que le régiment nous est arrivé dépouillé de ses éléments les plus combatifs.
Aujourd’hui, nos avant-postes nous ont annoncé que le général Licurgo Zannini s’était décidé à nous rejoindre avec ce qui restait de la division Brennero, c’est-à-dire le 232e RI Avellino et une partie de son artillerie. A vrai dire, ses unités ont déjà perdu une bonne moitié de déserteurs qui sont partis pour Volos.

La première rencontre entre nos chefs militaires a été plutôt orageuse. Zannini est convaincu qu’il pourra rallier ses régiments perdus et jouer un rôle de premier plan dès que les Alliés auront débarqué à Volos. Du fait de son ancienneté et de son grade supérieur , il prétend donner des ordres à Soldarelli, lequel s’y refuse en mettant en valeur sa qualité de "commandant des forces cobelligérantes dans cette partie de la Thessalie". Le colonel Sarafis, en tant que chef de l’AAA, a tranché la dispute en rappelant qu’ils étaient sur le sol grec et que son accord de commandement a été conclu avec le seul général Soldarelli : il ne se sentait pas du tout obligé de le partager avec un autre général italien. Sans vouloir me mêler d’affaires très au-dessus de mon grade et de ma compétence, le Regio Esercito nous rendrait un signalé service en rappelant en Italie le plus gradé des deux.

Du reste, le colonel Sarafis, bien que le plus léger en galons, s’est bien imposé comme le patron du secteur. Ses “Trialphates” (triple A) ont obtenu le partage des entrepôts italiens qui, dans ce pays pauvre, font figure de caverne d’Ali Baba. La discipline des différents corps est assez relâchée et les uniformes très hétéroclites, les hommes portant des effets grecs, italiens ou civils selon l’humeur et l’occasion. Les Trialphates se reconnaissent à leur brassard bleu marqué d’un A rouge , les soldats de la Cuneo à leur brassard violet . Ceux de la Brennero n’ont pas encore choisi leurs couleurs. Les communistes de l’ELAS, qui viennent en visiteurs, arborent bien entendu des brassards rouges.

Les échanges avec Karditsa sont devenus plus réguliers, mais la situation est singulièrement complexe. La partie de la division Brennero qui n’a pas voulu suivre le général Zannini tiennt toujours un quartier au sud de la ville, dans le secteur de la gare. D’après nos informations, ces hommes détestent à peu près également les Rouges de l’ELAS et le général Zannini : ils sont prêts à se donner aux Allemands ou au diable pour ne pas tomber aux mains des uns ou de l’autre. Les combattants l’ELAS entrent le moins possible dans Karditsa pour ne pas donner de prétexte aux représailles allemandes, mais leur appareil politique y règne sans partage. Cette ville ouvrière, centre de l’industrie du tabac, était déjà avant la guerre un bastion du Parti communiste. Le secrétaire général du Parti, Georgios Siantos, est natif de Karditsa et le caractère communiste du secteur est beaucoup plus marqué que dans les autres régions tenues par des maquis “elassis” que nous avons pu découvrir. Les femmes y participent aux réunions et une grande inscription sur la mairie, surmontée de la faucille et du marteau, proclame que « la femme doit être l’égale de l’homme ». Les stocks de tabac de Karditsa constituent une précieuse monnaie d’échange en cette époque de pénurie. L’autre jour, les “andartes” (maquisards) ont arrêté un sergent italien qui se rendait à Karditsa avec une valise pleine de journaux fascistes. Après enquête, il ne s’agissait pas de propagande mais simplement de commerce : l’ELAS est à court de papier à cigarette.

Notre priorité est l’établissement de lignes de défense contre la probable offensive allemande. A Trikala, le colonel Sarafis a renoncé à fortifier la ville elle-même et à y déployer des unités en armes, là encore pour éviter des représailles contre la population civile. La route de Kalambaka, au nord-ouest, conduit vers la Macédoine et l’Epire ; elle est montagneuse et relativement facile à défendre : les Trialphates ont déjà repoussé une tentative d’incursion allemande le 27 décembre. La route de Larissa, à l’est, paraît beaucoup plus vulnérable. Elle traverse une région relativement plate (dans la mesure où une région de Grèce peut être plate) et permettrait le passage des blindés, comme cela a été constaté en 1941. Cependant, il semble peu probable que les Allemands utilisent leurs précieux panzers contre un objectif périphérique comme Trikala. Nous avons échelonné plusieurs lignes de défense le long de la rivière Neochôritis, affluent de rive gauche du Pinios (voir carte en annexe). Les unités italiennes les plus sûres, notamment le 27e Régiment d’artillerie Legnano, et quelques unités grecques y sont affectées par roulement. La rive droite du Pinios devrait être défendue en commun par nos forces et celles de l’ELAS ; la direction elassi y est favorable dans le principe, mais réclame en échange des livraisons de matériel, ce qui me paraît raisonnable.

En cas d’attaque allemande limitée, nous serions en mesure de tenir pendant au moins une semaine et sans doute plusieurs. Un ravitaillement par avion, surtout en munitions et en matériel médical, serait hautement souhaitable. En cas d’attaque massive, le colonel Sarafis prévoit une dispersion dans les montagnes ; des réserves de vivres et de matériel sont en cours de préparation.

Selon nos renseignements, les Allemands sont en train de constituer des réserves à Larissa et de remettre en état la base aérienne endommagée par les bombardements de décembre. Nous ignorons si leur objectif à court terme est Trikala, Karditsa ou Volos. »


(Rapport du commandant Henri Van Effenterre au 2e Bureau français, service Grèce, 7 janvier 1943)

Volos (Thessalie) – Principal port de la région malgré les destructions causées par les combats du printemps 1941, Volos fait figure de porte de sortie pour les Italiens, tous désireux d’évacuer au plus vite le pays… mais beaucoup le voient aussi comme une possible porte d’entrée pour les Alliés : l’Armée d’Orient ? La 8e Armée ? Les paris sont ouverts entre ceux qui écoutent (en se cachant de moins en moins) les émissions en italien de la BBC ou de Radio-Alger.

Le colonel Cesare Corvino, qui commande la garnison par intérim, n’exerce qu’une autorité de façade. Les soldats italiens entassés dans la ville n’ont pas grand-chose à faire, à part trafiquer au marché noir, fumer leurs dernières cigarettes Milit ou boire un ersatz de café à base d’astragale (une plante courante dans la région), en gémissant : « Le Duce nous a envoyé conquérir l’Ethiopie et nous n’avons même plus un café convenable ! » Les disputes sont fréquentes et les injures volent bas entre Italiens du Nord et du Sud : les premiers traitent les seconds de « culs-terreux, pouilleux, Abyssins » et les seconds répliquent par des « cornards, culs jaunes ». Le retour du beau temps, après plusieurs jours de tempête, fait espérer la venue de navires alliés – les plus optimistes parlent même de bâtiments de la Regia Marina.

Dans la matinée, un petit avion survole la ville. Mais c’est un Fieseler Storch allemand.
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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 11:56    Sujet du message: Répondre en citant

8 janvier 1943
Soldats italiens perdus à Split
Split (Spalato), Dalmatie –
Très tôt dans la matinée, le général Cigala Fulgosi a repris contact avec Ivo Lola Ribar, le chef des Partisans, pour le prévenir que ses troupes évacuaient enfin. Les discussions ont été longues et difficiles, mais les deux hommes sont arrivés à un accord : les Italiens laisseront dans leurs casernements tout leur armement collectif intact, avant de gagner le port en fin de matinée ; ils bénéficieront en échange d’un sauf-conduit pour eux et « les personnes qui souhaiteront les accompagner ». En tout, près de dix mille hommes (et quelques femmes), mélange désordonné de soldats encore dotés de leur armement individuel, de soldats sans armes et de civils, attendent avec angoisse dans le froid et sous la pluie, tandis que passent les heures.

Vers 15h00, enfin, trois gros cargos et le vieux destroyer San Martino entrent dans le port, accostent et commencent à embarquer les Italiens. A 18h00, tout est terminé et les navires quittent le port abrité de Split pour rejoindre le large, où patrouille la corvette Procelaria. Bien vite, la houle forcit et la plupart des passagers commencent à souffrir d’un abominable mal de mer, mais ce n’est rien à côté de la crainte d’une attaque aérienne ou navale allemande. Par bonheur, la nuit se passe sans mauvaise rencontre et les navires atteignent Bari le lendemain sans encombre.

Tir ami
Vlorë (Albanie) –
Après l’affaire de Céphalonie et de Corfou, le commandant Détroyat a été chargé d’examiner la situation dans le port de Vlorë, vers lequel de nombreuses troupes italiennes convergent en désordre dans l’espoir d’embarquer vers l’Italie. La situation dans toute l’Albanie est des plus confuses : Italiens pro- et antifascistes, milices albanaises et gangs d’allégeances diverses. Pour y voir clair, la MAS-564 a donc déposé sur ces rivages incertains Détroyat et un petit groupe d’hommes « débrouillards » (selon sa propre expression), bien armés et bien pourvus en moyens de liaison radio.

Dans la soirée, alors qu’il tente de s’interposer dans une altercation entre Italiens et Albanais, Détroyat est tué d’une rafale de mitraillette. Les Italiens n’ont pas de mitraillettes et les Sten employées par les Français sont connues pour partir un peu trop facilement. L’enquête menée après la guerre établira que Détroyat, selon toute vraisemblance, a été tué accidentellement par un de ses propres hommes – triste fin pour un officier qui, avant les campagnes de Grèce, s’était illustré dans les combats de Sardaigne.

9 janvier
La campagne de Grèce et des Balkans
Rester ou partir ?
Vlorë (Albanie) –
Le capitaine de corvette Jean des Moutis hérite de la mission de Détroyat. Il penche pour demander l’évacuation rapide des Italiens, mais à cause de la confusion et des rumeurs de trahison nées de la mort de Détroyat, puis du retour du mauvais temps, celle-ci ne pourra être organisée avant l’arrivée de la flottille italienne mobilisée par De Courten. De plus, les états-majors alliés hésitent encore : ne vaudrait-il pas mieux conserver la tête de pont de Vlorë en vue des prochaines opérations dans les Balkans ?

10 janvier
Opération Mer Rouge
Côte dalmate –
Alors que le soleil se couche sur l’Adriatique, une foule dépenaillée voit arriver deux modestes navires arborant le pavillon italien, et, pour faire bonne mesure, ceux de la France et de la Croix Rouge. Les dragueurs de mines sont l’avant-garde de toute une flotte, entièrement italienne, qui se présente à la nuit faite devant le petit port de Senj, mouillage en eau (relativement) profonde où les déportés juifs de Rab se sont rassemblés les jours précédents. Très surpris de voir leurs persécuteurs de la veille venir à leur secours, les 2 500 hommes, femmes et enfants ne tardent pas à se précipiter dans le plus grand désordre dans toutes les chaloupes disponibles. Après plusieurs heures d’activité frénétique que le capitaine Malec s’efforce désespérément d’organiser un peu, les onze bâtiments (six vieux destroyers et cinq escorteurs modernes) et leurs 2 500 passagers mettent le cap sur Bari, où ils parviendront sans incident. Les marins italiens, émus par l’état des malheureux qu’ils ont sauvés, baptiseront cette mission « opération Mer Rouge ».
(…)
Massacres dans la Yougoslavie occupée et démembrée
Sandjak (Yougoslavie) –
Dans cette région aux confins de la Serbie et du Monténégro, Pavle Djurišic, commandant local des Tchetniks, a entrepris d’élargir son domaine. Hier allié circonstanciel des Italiens, il a tenté, avec leur aide, de détruire les Partisans de Tito au passage de la Neretva en novembre. Fin décembre, il a profité de la dislocation des forces italiennes pour prélever son butin en armement et en provisions. A présent, il veut élargir son fief montagnard en éliminant son autre adversaire local : la milice musulmane du Sandjak. Cette unité créée en 1941 par le prédicateur Osman Rastoder, d’abord sous la tutelle de l’Etat Indépendant de Croatie, puis de l’Italie fasciste, cherche maintenant la protection du Reich allemand. Les Tchetniks, dans une campagne brève et sanglante, ont tué 400 miliciens musulmans et un millier de femmes et d’enfants. Et ce n’est qu’un début.

Grèce – Proclamation de l’ELAS ordonnant de traiter les soldats italiens désarmés à égalité avec les combattants grecs, notamment pour ce qui est du ravitaillement.
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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 12:05    Sujet du message: Répondre en citant

11 janvier 1943
La campagne des Balkans
Monténégro –
Du fait de l’évacuation de Split, les Allemands ont annulé l’opération Geiserich, la prise d’assaut de la ville, supposée tenue par les Italiens et les Partisans yougoslaves. Ils se contentent d’occuper la cité sans combat et de fusiller ou de déporter quelques centaines d’habitants supposés favorables à la cause alliée.

L’opération Geiserich II, visant à la prise de Kotor, est en revanche maintenue et même renforcée. Le général Löhr, commandant en chef de la zone Balkans, y engage ses maigres moyens aériens. Sous le commandement du général Karl Eglseer, un vétéran de Corse, des éléments de la 114. Jäger Division et de la Division SS Prinz Eugen attaquent les fortifications dans la matinée, sous le hurlement des Stukas. Le 120e RI Emilia, qui n’a pu être évacué le 9, oppose une résistance farouche.
Les Italiens ont demandé vainement un soutien aérien des Alliés : la gravité de la situation dans les Abruzzes et à Samothrace ne permet pas à la RAF, responsable de la zone, d’intervenir sur Kotor.

C’est seulement vers 15 h que trois avions italiens du 96° Gruppo Tuffatori (96e Groupe de bombardiers en piqué) obtiennent l’autorisation de décoller de Lecce dans les Pouilles. Un Air Commander britannique, soucieux de l’entraînement de ses pilotes, les avait demandés deux jours plus tôt comme remorqueurs de cibles. Surgissant d’un plafond nuageux plutôt bas, les appareils encore marqués de l’emblème fasciste font de rapides piqués le long des falaises et lâchent leurs bombes sur les lignes allemandes. Leur présence sème une certaine confusion dans les esprits car il s’agit de Ju 87, autrement dit des Stukas, frères jumeaux de ceux que le général Löhr envoie contre les Italiens. Le mauvais temps et la distance, à la limite de leur rayon d’action, ne leur permettent d’effectuer que deux attaques avant la nuit. L’un d’eux, touché au premier assaut, se pose sur le stade de football de Podgorica (Monténégro) où il arrive trop endommagé pour être encore utilisable.

Dans l’après-midi, une flottille italienne prend la mer pour tenter d’évacuer les défenseurs, mais un avis de tempête l’oblige à faire demi-tour : le port est d’accès incommode, et pour les navires qui auraient pu y pénétrer, la présence de forces allemandes l’aurait transformé en souricière.

Albanie – Une partie de la ville de Durrës, le principal port, est toujours aux mains des Allemands du général Gotthard Frantz, renforcés par quelques éléments albanais et italiens pro-Axe, notamment le 231e RI Avellino. Celui-ci était détaché de la 11e DI Brennero qui se trouve donc segmenté en trois corps, un en Albanie et deux en Grèce, et dans deux camps opposés.

A Tirana, les intrigues militaires et politiques vont bon train. Les deux plus hauts gradés italiens d’Albanie, les généraux Camillo Mercalli (9e Armée) et Lorenzo Dalmazzo (IV 4e Corps d’armée) étant prisonniers des Allemands, ce sont les deux chefs de division, Etelvoldo Pascolini (156e DI Territoriale Vicenza) et Francesco Zani (23e Division d’Infanterie de Montagne Ferrara), qui se partagent le commandement. Le Premier ministre d’Albanie désigné par le gouvernement fasciste, Mustafa Merlika-Kruja, a démissionné le 26 décembre précédent. Les militaires italiens parviennent, non sans mal, à former un nouveau gouvernement dirigé par Eqrem Libohova, ancien militaire ottoman et ancien chancelier du roi Zog, en exil à Londres. Eqrem-Bey, comme il se fait encore appeler, a été formé à l’Académie militaire de Bruxelles, ce qu’il n’a pas manqué de faire valoir auprès de la princesse belge Marie-José, épouse du prince Umberto d’Italie : il a donc des liens avec les deux dynasties, celle de Savoie et celle des Zoguides. L’homme fort de ce gouvernement faible est le ministre de la Défense, Prenk Pervizi, le seul général albanais de l’armée italienne. Il a obtenu un semblant d’obéissance des différentes milices albanaises qui se partagent la capitale et un semblant de neutralité des royalo-communistes du LNC qui tiennent les montagnes au nord et à l’est de la capitale.
Un peu plus au sud, à Elbasan, le général italien Gavino Pizzolato s’est proclamé « commandant de toutes les forces italiennes et albanaises en Albanie pour le salut du royaume ». Son autorité se limite à son unité, la 80e DI La Spezia, et à quelques unités moindres dont le régiment de cavalerie Cavaleggeri Guide qui tient la route d’Elbasan à Tirana. La 80e DI, qui s’est illustrée dans la reconquête de la Sardaigne deux ans plus tôt, est probablement l’unité italienne la plus cohérente et disciplinée d’Albanie. Au plan politique, il s’efforce de gagner à sa cause l’ancien Premier ministre Shefqet Vërlaci, qui réside à Elbasan et qui, en tant que plus riche propriétaire d’Albanie, jouit d’une influence non négligeable.
Au nord du pays, le LNC maintient son « comité de libération nationale » à Krujë, remettant à plus tard la libération de la capitale : il préfère rassembler ses forces autour de Durrës, sachant que la chute de ce bastion allemand lui vaudrait la reconnaissance des Alliés. Mais le colonel Abaz Kupi doit gérer des dissensions et querelles de clans à n’en plus finir, aussi bien avec les Kryezu, ses alliés très conditionnels, qu’avec les Pervizi – la famille du général – à Kurbin. Un autre allié incertain est provisoirement à l’écart du jeu : le petit Parti communiste albanais d’Enver Hoxha, relégué dans l’est du pays.

Encore plus au sud, à Berat, l’autorité principale est le « comité de salut national » dominé par le Balli Kombëtar (Front national). Il est dirigé par un politicien, Mid’hat Frashëri, mais il dispose aussi de trois chefs de guerre résolus : un militaire, le major Spiro Moisiu, ancien subordonné du général Pervizi ; un révolutionnaire, Mehmet Shehu, ancien des Brigades internationales d’Espagne ; et un proviseur de lycée, Safet Butka, qui n’est pas le moins combatif. Les « ballistes » viennent de subir une sérieuse défaite à l’est où l’armée royale bulgare, alliée des Allemands, vient de leur enlever les villes macédoniennes disputées de Struga et Kiçevo. Le Balli Kombëtar espère redorer son blason en s’emparant de Korçe, tenue par une des innombrables milices albanaises et revendiquée, en outre, par les Grecs.
Enfin, au sud-ouest, la ville de Vlorë/Valona, principal port encore aux mains des Italiens, sert de point de ralliement aux unités qui souhaitent quitter le plus vite possible ce pays rocailleux « où le Diable déchirerait ses savates » et où on devine un fusil chargé derrière chaque buisson. Encore faudrait-il avoir que l’évacuation soit décidée, ce qui n’est pas encore définitif.

12 janvier
La campagne des Balkans
Kotor (Monténégro) -
L’opération Geiserich II tire à sa fin. Les Allemands achèvent d’encercler les derniers combattants italiens qui seront fusillés au cimetière de Gruda, à l’ouest de la ville. Avant d’être fusillés, ils doivent creuser leur fosse sous une pluie battante, de sorte que le trou se remplit d’eau en même temps que de cadavres.
Les soldats croates, auxiliaires des Allemands, assurent le bouclage de la zone à l’ouest et abattent sommairement les fugitifs. Mais le général Eglseer, pour des raisons politiques, n’a pas permis aux Croates de se déployer en territoire monténégrin au nord et à l’est, de sorte qu’un certain nombre d’Italiens peuvent s’enfuir et rejoindre les maquis. Ils retrouvent des éléments des garnisons de l’intérieur qui ont d’ores et déjà choisi le camp des Partisans.

Intrigues albanaises
Vlorë/Valona -
La situation à Vlorë devient intenable. Des attentats à la bombe incendiaire ont frappé les cinémas et cafés fréquentés par les militaires italiens. Lele Koçi, préfet albanais de Vlorë, qui tentait de rencontrer les maquisards ballistes pour négocier un cessez-le-feu, est abattu dans des circonstances incertaines. Un tué de plus ! Cause principale de cette agitation : la rumeur court que les Italiens veulent conserver Vlorë, car la ville leur avait été attribuée par le traité secret de Londres en 1915. L’envoyé français, le capitaine Jean des Moutis, cherche à calmer les esprits. Pour cela, il demande un rendez-vous avec un des chefs de la guérilla locale.

14 janvier 1943
La campagne des Balkans
Grèce –
L’ELAS a manqué son coup. Par sa proclamation du 10 janvier promettant de ravitailler les soldats italiens, elle espérait obtenir un soutien plus appuyé des Alliés. Mais la réaction négative du gouvernement grec de Knossos a confirmé les Britanniques dans leur politique : soutenir le moins possible le communistes de crainte qu’ils ne prennent le pouvoir à l’issue de la guerre. D’autre part, ce geste a provoqué de fortes protestations chez les Grecs, tant maquisards que civils, qui ont le plus grand mal à se ravitailler eux-mêmes. L’ELAS doit faire marche arrière : une nouvelle proclamation confie les soldats italiens désarmés aux milices de village. S’ils veulent manger, ils devront le gagner par leur travail. En fin de compte, seuls ceux qui rejoignent les groupes combattants sont sûrs d’un ravitaillement régulier.

16 janvier
La campagne d’Italie
Promotions –
L’OKW procède à une série de mutations : pour renforcer l’encadrement des fronts méditerranéens, il y envoie quelques-uns des officiers qui se sont « distingués » à l’Est, entendez qui ont donné un coup d’arrêt à la débâcle sur le front russe. Entre autres, le général Rainer Stahel, qui commandait la 4. Luftwaffe-Infanterie-Felddivision , est nommé gouverneur militaire de Milan. Le général Hartwig von Ludwiger reçoit le commandement de la 704. InfanterieDivision, fraîchement rebaptisée 104. JägerDivision (Division de Chasseurs) déployée dans le nord de la Grèce, entre Salonique et Larissa.

18 janvier
La campagne de Grèce
Les captifs de Volos
Volos (Thessalie) –
Après l’évacuation réussie de Split, sur l’Adriatique, les soldats italiens bloqués à Volos attendaient l’arrivée d’une flotte de secours sur la mer Egée. Hélas, cette évasion se heurte au triple courroux de Poséidon, qui maintient le mauvais temps pendant plusieurs jours, du gouvernement grec, toujours mal disposé envers son « agresseur » de 1941, et de Montgomery, qui n’a nulle envie d’engager des navires alliés dans une aventure aléatoire pour épargner la captivité en Allemagne à des soldats italiens.

Peu avant l’aube, ce sont les Allemands du général Hartwig von Ludwiger qui font irruption dans la ville. Les Italiens, mal organisés, se rendent après deux heures de combat à une force ennemie deux fois moins nombreuse. La gare de Volos, construite un demi-siècle plus tôt par l’ingénieur italien Evaristo de Chirico, voit partir un nouveau convoi de captifs italiens vers le Reich.

La « difesa di Volo », ou plutôt la grave insuffisance de la défense de la ville, sera après la guerre l'un des chefs d’accusation lors du procès du colonel Cesare Corvino. Il est vrai que celui-ci, ulcéré par l’inertie des Alliés, sera passé entretemps au service de la République Sociale Italienne, avec le grade de général.

Opération Communication
Londres –
La lecture de l’interview de Giraud transmise par Auchinleck déclenche immédiatement une protestation officielle. Celle-ci est envoyée non seulement à Léon Blum et à Georges Mandel (en tant que remplaçants de Paul Reynaud), mais aussi à Charles de Gaulle (…)
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Dernière édition par patrikev le Sam Jan 31, 2015 12:40; édité 1 fois
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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 12:27    Sujet du message: Répondre en citant

19 janvier
La campagne des Balkans
Intrigues albanaises

Sud de l'Albanie - Dans le village de Gjormi, près de Vlorë, l’officier français Jean des Moutis rencontre Mehmet Shehu, chef local des maquisards ballistes. La conversation se passe en français : Shehu, ancien combattant des Brigades internationale, interné en France en 1939, parle convenablement cette langue. Il n’est pas pour autant disposé aux concessions. Des Moutis tente de le convaincre de laisser passer les forces italiennes qui doivent évacuer l’Albanie et, peut-être, reprendre le combat contre les Allemands en Italie. Shehu réplique : « Si les Italiens veulent combattre les Allemands, ils les trouveront ici, sur nos frontières du nord et de l’est. Qu’ils nous rejoignent avec leurs armes s’ils veulent combattre. S’ils ne songent qu’à se cacher dans Vlorë pour y manger ce qu’ils ont volé à notre peuple, qu’ils abandonnent leurs armes et leur matériel à ceux qui se battent ! » Et comme des Moutis a le malheur de parler de « cobelligérance », Shehu explose : « Allez en parler au général fasciste Pizzolato qui fusille les Albanais à Elbasan et qui fait la fête avec le pantin féodal Shefqet Vërlaci ! En Espagne, j’étais l’ami des Italiens brigadistes et l’ennemi des Italiens fascistes. Je n’ai pas changé : il faut qu’ils soient avec nous ou contre nous ! »

Des Moutis promet de rencontrer Pizzolato et d’essayer de le convaincre de rallier le camp de Badoglio, mais il lui faut un sauf-conduit à travers le territoire insurgé pour lui et pour un émissaire italien de rang suffisant.

20 janvier
La campagne de Grèce
Les Quarante jours de Trikala
Trikala et Karditsa –
"Les mauvaises nouvelles n’ont pas manqué ces jours-ci. La violente tempête du 16 janvier a fait déborder les fleuves et provoqué de grands dégâts dans les villages de la région. Radio-Alger a confirmé la nouvelle de la capitulation de Volos, ce qui nous ôte tout espoir de débarquement allié en Thessalie. Tout le monde pense qu’après Volos, les Allemands et ceux des Italiens qui les ont rejoints vont se tourner contre Trikala. Nos préparatifs de lutte se poursuivent, mais l’envoi de matériel paraît de plus en plus urgent.

Nous avons enfin pu avoir des nouvelles sûres du colonel Giuseppe Berti, chef du 6e Régiment de cavalerie Lancieri di Aosta. Voici quelques jours, il s’était rendu à Karditsa avec une petite escorte pour chercher à rallier la partie de la division Brennero qui était toujours retranchée dans cette ville. Il a été retenu par les gens de l’ELAS qui ont su se montrer convaincants : il a accepté de rejoindre leurs lignes avec le reste de son régiment. Satisfaits de cet arrangement, les Elassis ont accepté que les hommes de la Brennero partent pour Larissa, moyennant la promesse de ne plus combattre en Thessalie ni en Grèce centrale où ils pourraient se retrouver en face de leurs anciens compagnons du
232e régiment Avellino. Cet échange d’unités n’est sans doute pas réglementaire, mais il vaut mieux n’avoir avec nous que des unités sûres en laissant partir les plus douteuses.

Le régiment des Lanciers d’Aoste est réduit en fait à deux escadrons de cavalerie, ses éléments motorisés ayant depuis longtemps été transférés au régiment frère, le 7e Régiment de Cavalerie Lanciere di Milano, lourdement éprouvé dans le Péloponnèse. Inutile de dire que les Lanciers d’Aoste ont appris avec la plus extrême indignation le massacre de leurs frères qui, à Kalavryta, avaient refusé de se soumettre aux Allemands. Ils représentent une force de 800 cavaliers expérimentés, auxquels se sont ajoutés 200 transfuges d’autres unités. Une partie des forces italiennes se trouve donc intégrée à un maquis « rouge », du fait de leur arrangement avec le kapetanos Vassilis Samariniotis , chef de l’ELAS pour le secteur de Karditsa. Nous n’avons pas à nous en plaindre dans la mesure où l’ELAS est un mouvement allié et combatif.

(Rapport du commandant Henri Van Effenterre au 2e Bureau français, service Grèce, 7 janvier 1943)

21 janvier
Larissa et Volos (Thessalie) -
Les bombardiers B25 de la 8th Air Force, décollant de Foggia en Italie du sud, atteignent leurs cibles en début de matinée : Larissa et Volos. Les chasseurs de la RAF, basés à Mytilène, sont pile au rendez-vous pour les couvrir. La chasse allemande venue de Salonique, arrivant trop tard avec des équipages peu expérimentés, perdra deux appareils en échange d’un chasseur australien endommagé qui s’écrase sur le mont Pelion ; son pilote sera recueilli par les maquisards de l’ELAS. Les bombardiers repartent pour l’Italie, sauf un qu’une avarie oblige à se poser à Araxos dans le Péloponnèse. Cette opération est surtout destinée à améliorer l’entraînement des pilotes américains avant une campagne d’Italie qui s’annonce difficile, mais elle apporte aussi un soutien apprécié aux forces alliées, régulières ou irrégulières, qui combattent en Grèce.

Les dégâts causés à la base aérienne de Larissa et au port de Volos sont moins importants que prévus, mais retardent leur remise en état. La gare de Volos a aussi reçu son lot de bombes, causant la mort de 40 prisonniers italiens en attente d’embarquement.

Les troupes allemandes, en partie en cours de déplacement dans la région, sont peu touchées par cette attaque.

23 janvier 1943
Les Quarante Jours de Trikala
Larissa (Thessalie)
- Le général von Ludwiger fait le compte de ses unités. Le 634e Régiment d’Artillerie est employé à garder le port de Volos, à remettre en état le matériel confisqué aux Italiens et à réparer les dégâts du bombardement du 21 janvier sur la gare – ou plutôt à les faire réparer par les prisonniers italiens. Le 734e Régiment de Chasseurs fait le même travail à Larissa où la base aérienne, elle aussi endommagée, ne sera pas en service avant plusieurs semaines. Le commandant allemand ne dispose donc que d’un régiment d’infanterie, le 724e, et deux compagnies de reconnaissance à peine motorisées pour réduire les villes rebelles de Trikala et Karditsa, si possible avant la fin de l’hiver. Le QG de Salonique n’a rien voulu savoir pour engager ses rares unités blindées : pour une fois qu’on a un terrain plat qui se prêterait bien à la manœuvre des Panzers… Le fleuve Pinios est en période de hautes eaux, de même que ses affluents, le Neochôritis au nord, le Farsalitis et le Soraditikos au sud, et les ponts, s’il en reste, sont sûrement minés : il serait impossible d’assurer la communication entre les deux rives, il va falloir choisir entre Trikala, au nord, et Karditsa, au sud.

Von Ludwiger a donc choisi une troisième option : contourner les vallées par le nord en traversant le massif du Mamalos qui culmine à 1 424 mètres. Ses vétérans ont l’expérience du combat contre les Partisans et Tchetniks yougoslaves, adversaires plus coriaces, pense-t-il, que ces Italiens amollis. Le bombardement anglo-saxon leur a sans doute inspiré une confiance trompeuse et ils ne s’attendent pas à une attaque de ce côté. Il faudra se frayer un chemin de Verdikousa, sur le versant nord, jusqu’à Agrelia, village de chevriers sur le versant sud. Des convois de mules assureront le ravitaillement. Une colonne de reconnaissance avec quelques moyens motorisés fera diversion vers le Neochôritis, avec un équipage de pont pour le cas où le 724e Régiment réussirait sa percée. En tout cas, Agrelia fera une bonne base pour les opérations suivantes.

24 janvier 1943
Les Quarante Jours de Trikala
Mont Mamalos (Thessalie) –
« Aeria ! » – « All’arme ! » En milieu de matinée, les Allemands du 724e Régiment de Chasseurs, progressant lentement dans les forêts de hêtres du mont Mamalos, sont complètement surpris par l’attaque qui frappe l’arrière de leur colonne – et tout autant par le mélange des cris de guerre grecs et italiens . Les Chasseurs doivent se replier en désordre dans la neige, laissant des dizaines de prisonniers et ayant perdu une bonne partie de leurs bagages, de leurs mules et de leurs mortiers.

Les Allemands se vengent sur les paysans de Verdikousa. Les plus suspects sont fusillés, les autres expulsés dans le froid et leurs maisons brûlées, sauf quelques-unes qui serviront de poste de guet.

25 janvier 1943
Soldats italiens perdus (et retrouvés) en Albanie
Kuç près de Berat (Albanie) -
Le capitaine Jean des Moutis a trouvé un homme : le lieutenant-colonel Emilio Cirrino, chef du bataillon cycliste du 129e Régiment de la 151e DI Aéroportée Perugia, un Calabrais têtu que les autres Italiens considèrent comme à peu près fou. Alors qu’il était déjà évacué à Corfou, il a insisté pour revenir sur le continent pour partir à la recherche des hommes de sa division encore éparpillés dans le sud de l’Albanie. Des Moutis le persuade de se joindre à lui dans sa mission : rallier à la cause des Alliés le général Pizzolato, dans sa citadelle d’Elbasan. Ils ont obtenu un sauf-conduit du chef maquisard Mehmet Shehu qui a tout de même posé quelques conditions : des armes, du ravitaillement (la dernière récolte a été mauvaise), un radio-émetteur, une presse à imprimer et un journaliste : « Petro Marko, un camarade d’Espagne. Aux dernières nouvelles, il était à la prison de Regina Coeli à Rome. Votre général Lattre ou un autre ne devrait pas avoir de mal à le trouver ». Les voitures et même les chevaux étant introuvables, ils feront la route sur un véhicule inattendu : un mototricycle. Cet engin robuste et peu exigeant, d’usage courant dans l’armée italienne, transporte tout juste trois personnes : c’est l’aide de camp de Cirrino, le lieutenant Vincenzo Rago, qui tient le guidon.

A Kuç, près de Berat, le trio tombe en pleine bataille : les balles et les obus sifflent dans tous les sens, des centaines de paysans affolés se bousculent sur les routes et cherchent à fuir vers Berat. Alors qu’ils tentent aussi de gagner la ville, ils sont encerclés par des hommes en uniforme italien. Cirrino reconnaît l’insigne noir et bleu de la division La Spezia. Les trois envoyés, malgré leurs protestations se voient confisquer leurs papiers et leurs armes ainsi que leur mototricycle. La seule explication qu’on leur donne est qu’il faut les protéger des « bandits » et que le « commandante il Albania » a ordonné de les veiller sur eux. Ils sont enfermés dans une ferme proche, tous volets clos. Quelques échos de détonations leur indiquent que le combat se prolonge.

Les Quarante Jours de Trikala
Mont Mamalos (Thessalie) –
Les Allemands ayant appris que l’église Saint-Démétrios, sur la rive ouest du Neochôritis, avait servi d’hôpital aux andartes (maquisards) grecs lors du combat de la veille, lui tirent quelques obus d’artillerie sans résultat. Les Grecs ne manquent pas d’attribuer cet échec à la protection de saint Demetrios le Skevophylaxe, gardien des vases et objets sacrés.

Le retour du mauvais temps, dans les jours suivants, interrompt les opérations en Thessalie.

26 janvier 1943
Soldats italiens perdus (et retrouvés) en Albanie
Kuç, près de Berat (Albanie) –
Dès l’aube, le capitaine des Moutis, le lieutenant-colonel Cirrino et le lieutenant Rago sont placés sur des petits chevaux et conduits sous bonne escorte vers le nord. Le « commandante il Albania » les recevra quand il le jugera opportun, leur expliquent les hommes de la Division La Spezia qui les encadrent. Des Moutis prend cette mésaventure avec un sang-froid très maritime, mais le jeune lieutenant est furieux de ce traitement et son chef doit le calmer : « Patience, c’est lui que nous voulions voir, et on nous y emmène tout droit ! »
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patrikev



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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 12:37    Sujet du message: Répondre en citant

28 janvier
Politique dynastique
Reggio de Calabre –
Par des voies impénétrables puisque divines (ou du moins cléricales) [1] , Marie-José de Belgique, épouse du prince héritier Umberto d’Italie, reçoit une longue lettre rédigée en français dans un style fleuri et signée « Eqrem Bey Libohova, Premier ministre du Royaume d’Albanie ». Le Bey (titre honorifique ottoman : contrairement à son compatriote Mehmet Shehu, Libohova goûte beaucoup les titres de cour) commence par la féliciter des heureuses nouvelles concernant son beau-frère. Les radios de Londres et d’Alger ont enfin confirmé la survie du général comte Giorgio Carlo Calvi di Bergolo, époux de la princesse Iolanda d’Italie et chef de la 136e Division Blindée Centauro, capturé par les Allemands dans le Péloponnèse pendant la dramatique journée du 25 décembre : les rumeurs les plus contradictoires avaient circulé à son sujet, les uns le disant fusillé, les autres passé au service du Reich. En fait, il est simplement interné dans un château en Autriche. Insistant sur la renommée guerrière du général, le Premier ministre demande respectueusement s’il ne serait pas possible de négocier sa libération en vue de lui offrir la couronne du Royaume indépendant d’Albanie ! A défaut, le jeune Giorgio Calvi di Bergolo (le fils du général) ou un autre membre de la maison royale d’Italie pourrait être pressenti. Libohova propose même de confier la régence à un militaire belge, donc à un compatriote de la princesse : « le glorieux général Maurice Keyaerts, dont la renommée ne tardera pas à éclipser celle d’autres généraux européens ».

Marie-José est à la fois amusée et perplexe. Elle sait que son beau-père Victor-Emmanuel III continue de se présenter comme « roi d’Italie et d’Albanie » et qu’il s’agit donc d’une question de politique dynastique, domaine qu’elle affectionne, mais qu’elle sait explosif. Dans le doute et compte tenu de sa grossesse avancée, qui la handicape quelque peu, elle préfère ne pas donner suite à cette requête inhabituelle.

29 janvier
Politique dynastique
Reggio de Calabre – C
omme chaque jour, la reine-mère de Belgique, Elisabeth, vient rendre visite à sa fille, la princesse Marie-José, pour s’enquérir de son état – la princesse doit en effet accoucher très bientôt de son quatrième enfant. Marie-José, qui n’a pas de secret pour sa mère, lui montre la lettre d’Eqrem Libohova. La réaction de la reine-mère est immédiate : « C’est un signe de la Madone du Bon Conseil, s’exclame-t-elle d’une voix passionnée. Depuis que nous nous sommes réfugiées au couvent de Genazzano, Elle veille sur nous ! Tu te souviens de la fresque venue miraculeusement d'Albanie ? De plus, dans ton état, Elle doit t’accorder une attention toute particulière ! Hâte-toi de répondre à ce… Biborova… En tout cas, prends contact dès que possible avec le général Keyaerts ».

Sans être aussi enthousiaste que sa mère, la princesse décide alors de rencontrer le « glorieux général » Keyaerts, qui se trouve être le commandant en chef des forces belges en Méditerranée. Pour ce faire, elle fait venir l’une de ses suivantes, la baronne Grenier, d’origine belge et ancienne dame d’honneur de la reine Elisabeth. La baronne, une habituée des missions délicates, doit transmettre au général que la Princesse « accueillerait favorablement une demande d’audience de sa part »
Il va cependant s’écouler quelque temps avant que la rencontre puisse être organisée. D’abord, Keyaerts réside habituellement à Alger, ce qui ne le rend pas facile à joindre pour une personne de l’entourage de la famille royale italienne (ou italo-belge). Ensuite, il faut évidemment que Victor-Emmanuel III, qui n’est pas dans les meilleurs termes avec sa bru, ne soit au courant de rien pour éviter tout incident, ce qui ne facilite pas les démarches… D’autant plus que le sujet de l’Albanie est délicat : les Alliés ont fini par remarquer qu’il n’était pas très cohérent que le régime « cobelligérant » du roi d’Italie continue d’afficher sa souveraineté (même théorique) sur un pays envahi par le régime fasciste en 1939, et les pressions diplomatiques se multiplient pour faire disparaître cette anomalie.
Enfin, les délais inévitables vont être nettement allongés par les impératifs de la loi naturelle… La princesse doit en effet accoucher dans quelques jours, ce qui, à son grand dépit, l’empêchera – momentanément, certes ! – de se mêler autant qu’elle le souhaiterait aux intrigues politiques de son pays d’adoption.

30 janvier
Sentiments monarchistes
Salonique –
Le colonel-général Löhr, commandant en chef des forces allemandes dans les Balkans, trouve un général italien inférieur en grade mais peu docile. Le général comte Cesare Lomaglio n’est que maggior generale , et encore, de fraîche date (ses documents de nomination, qui auraient dû partir de Rome après le 25 décembre, ne sont jamais arrivés), mais il a une haute idée de sa dignité ; en outre, son unité, la 1ère Division rapide Eugenio di Savoia, s’est illustrée dans le Péloponnèse. Il s’est rallié aux Allemands pour éviter des représailles contre ses soldats et il pense que le roi Victor-Emmanuel III, prisonnier du « communiste Badoglio », n’est plus libre de ses mouvements, mais il est fidèle à la dynastie dont sa division porte le nom. Pas question pour lui de prêter serment à un autre chef d’Etat, fût-il le Führer, ni de porter un uniforme autre qu’italien. Ni de combattre d’autres Italiens, en l’occurrence ceux de la 6e DI Cuneo, toujours insoumis et alliés aux « bandits » des maquis grecs. Löhr, Autrichien et parfois nostalgique des Habsbourg, comprend assez bien ces scrupules monarchistes. Il est finalement convenu que Lomaglio mettra ses hommes « à la disposition » du Reich en leur permettant de servir dans d’autres unités italiennes sous des officiers plus coopératifs. Ils participeront aux actions contre les « bandits rouges » en Grèce centrale sans rencontrer leurs compatriotes de la Cuneo. Dès que les circonstances le permettront, ils seront transférés à travers la Yougoslavie (« l’ancienne Yougoslavie », précise Löhr) jusqu’à Sussak en Croatie, près de Fiume. Ils contribueront à la défense du littoral et de la frontière italienne sans avoir à se mettre sous les ordres de la soi-disant République sociale de Mussolini.

.......
Note
1 - La transmission de ce courrier aurait été assurée par Mgr Mikel Koliqi, vicaire général de Shkodër en Albanie, par l’intermédiaire de son ancien camarade d’études et responsable du Bureau d’informations du Vatican, Mgr Giovanni Battista Montini, le futur pape Paul VI. Jörg Ernesti, « Paul VI.: Der vergessene Papst », Fribourg-en-Brisgau, 2012.
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JPBWEB



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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 15:23    Sujet du message: Répondre en citant

maggior generale
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 16:48    Sujet du message: Répondre en citant

Et la dernière date devrait être en 1943 et non en 1942. Un décalage temporel?
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patrikev



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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 18:44    Sujet du message: Répondre en citant

Corrigé. Un autre point qui m'avait échappé, au 1er janvier: "(ils ignorent que ce matériel a en grande partie été expédié aux Chinois) ". Il faudrait préciser qu'il s'agit du matériel saisi depuis 1940 sur les différents fronts. Sinon, le lecteur va se dire qu'entre le 25 décembre et le 1er janvier, les Français ont fait de l'envoi rapide.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Sam Jan 31, 2015 18:50    Sujet du message: Répondre en citant

( si vous voulez envoyer en Indochine le matériel saisis après en Italie, j'ai des preneurs )
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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patrikev



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MessagePosté le: Mar Juil 14, 2015 21:38    Sujet du message: Répondre en citant

Décidément, je perds tout... Plusieurs textes que je croyais avoir envoyé pour relecture et qui se sont perdus dans le tri... Je crois qu'il y avait un doute sur la 8th Air Force, à vérifier. La suite en février.

1er janvier 1943
La campagne de Grèce et des Balkans
Salonique –
Le colonel-général Löhr, commandant en chef du secteur Sud-est, prépare son plan de campagne dans les Balkans. Sur sa carte s’étalent de vastes territoires insoumis : en Bosnie, au Monténégro, en Grèce centrale… Le plus préoccupant est l’Albanie avec Tirana : il n’est pas acceptable qu’une capitale européenne, même d’un petit pays obscur, échappe à la domination du Reich. C’est déjà assez d’avoir perdu Rome ! La 173e JägerDivision (Division de Chasseurs) du lieutenant-général Heinrich von Behr est à Graz (Autriche), prête à partir pour l’Albanie dès que possible.

Le 329e Régiment d’Infanterie, formé de transfuges musulmans de l’armée soviétique (1), devrait bientôt le rejoindre dès qu’il aura achevé le siège du château de Trujak en Slovénie . Pour transporter ces deux unités, Löhr hésite encore entre la voie terrestre, pleine de dangers, et la voie maritime, qui ne vaut pas mieux.

Paramythia (Epire) – Le général Umberto Ricagno, chef de la 3e Division Alpine Julia, est furieux. Il a quitté précipitamment sa garnison d’Igoumenitsa pour se porter au secours des Chams (Albanais d’Epire) prétendument menacés de massacre par les Grecs, et il se rend compte que cette menace a été inventée de toutes pièces par deux chefs de milice locale, les frères Nuri et Mazar Dino, désireux d’obtenir une aide en armes et en ravitaillement. « Je devrais vous faire fusiller, mais les Grecs s’en chargeront ! » lance-t-il aux deux frères. Pour ne rien arranger, la neige se met à tomber et son unique poste de radio est en panne : il n’arrive à joindre ni Igoumenitsa, ni l’état-major du XXVIe Corps d’Armée à Ioaninna.

2 janvier
La campagne de Grèce et des Balkans
Trahisons et contre-trahisons
Igoumenitsa (Epire) –
Le 98e Régiment de la 1. Gebirgs Division atteint la Mer Ionienne. En six jours de marche forcée par la route côtière, depuis qu’il a traversé le golfe de Patras, il a connu plusieurs accrochages avec les maquisards grecs pro-Anglais (du moins sont-ils armés et financés par Sa Majesté) de l’EDES. Mais dans la région, le général Mario Gamaleri, fasciste fidèle et chef du XXVIe CA italien, chargé de contrôler le secteur, a décidé de se rallier à la République Sociale proclamée par Mussolini en Italie du Nord, avec le général Mario Guassardo et sa 37e DI de Montagne Modena. A Igoumenitsa, les choses auraient pu mal tourner pour les Allemands, car le général Ricagno, chef de la 3e Division Alpine, n’avait aucune intention de se rallier au Reich. Mais, en son absence, le lieutenant-colonel Molinari n’a pas voulu courir le risque d’une bataille. Il a permis aux hommes qui le souhaitaient de rejoindre Ricagno dans les hautes terres, et il s’est rendu aux Allemands avec le reste de son unité. Satisfait, le Generalleutnant Walter Stettner von Grabenhofen, qui commande la 1. GD, a décidé d’accorder à ses hommes quelques jours de repos avant le prochain mouvement : la reconquête du sud de l’Albanie.
Dans l’après-midi, Stettner reçoit la visite d’un groupe d’officiers italiens, fascistes convaincus, de la 36e Légion de Chemises Noires d’Assaut Cristoforo Colombo (de la 37e DIM), qui le persuadent de modifier ses plans. Selon leurs renseignements (incertains), la garnison italienne de Corfou, grossie par des troupes venues d’Albanie, serait prête à se rallier à la RSI. En gage de bonne foi, ces lointains épigones de Christophe Colomb présentent plusieurs petites embarcations, caboteurs ou barques de pêche plus ou moins aménagés, avec lesquelles ils se disent prêts à franchir le détroit. Une fois sur l’île, avec un minimum de soutien armé, ils se font forts de rallier la garnison à leur cause.
Stettner écoute favorablement leur offre. Contrairement à la plupart des généraux allemands, il est loin de mépriser les Italiens : il a gardé en mémoire leurs combats communs dans le Péloponnèse. La météo annonce du gros temps pour le lendemain, mais, dès que possible, il enverra sur l’île un détachement de Chemises Noires renforcé par un nombre égal de Chasseurs de montagne allemands.

3 au 27 janvier 1943
La campagne de Grèce et des Balkans
Slavonie (est de la Croatie) –
Le basculement italien a obligé les Allemands à annuler le plan Weiss (Blanc) qui prévoyait l’anéantissement des Partisans yougoslaves pendant l’hiver. En liaison avec la Croatie d’Ante Pavelic, ils se contentent d’une série d’opérations collatérales contre plusieurs petits maquis, dangereux par leur proximité de Belgrade et des voies de communication allemandes. Les opérations Ferdinand (du 5 au 7 janvier), Winter I (du 6 au 8 janvier), Arnim (du 20 au 23 janvier) et Winter II (du 25 au 27 janvier) entraînent la dispersion des maquisards. La population serbe de cette région subit les représailles des Oustachis croates – malgré le fait que beaucoup de Partisans sont eux-mêmes croates.

20 janvier 1943
La campagne de Grèce et des Balkans
Plaka (Epire) –
Le général Ricagno n’est pas venu pour admirer l’arche du magnifique pont ottoman. Il vient pour rencontrer le colonel Napoleon Zervas, chef de la Ligue nationale républicaine grecque (EDES) dont le caractère « républicain » (demokratikos en grec) est de plus en plus sujet à caution. La présence des envoyés britanniques, le colonel Eddie Myers et le capitaine Alexander (Xan) Fielding, lui confirme ce qu’il soupçonnait : l’EDES est financée et armée par Sa Majesté britannique et ne fera rien qui porte préjudice à Sa Majesté hellénique. Son attitude envers la maison de Savoie est plus incertaine. Zervas, avec verve et bonne humeur, se fait fort de ravitailler la Division Alpine Julia – une division qui, entre les pertes et les défections, ne dépasse pas l’effectif d’un gros régiment. C’est sous le nom de Brigade Julia que l’unité italienne conclut un accord de soutien mutuel avec l’EDES. Les objectifs stratégiques de cette alliance sont encore mal définis.

23 janvier
La campagne de Grèce et des Balkans
Podgora (Dalmatie) -
Le petit port de pêche de Podgora, entre Split et Dubrovnik, voit la création officielle du premier détachement de la marine des Partisans yougoslaves. Il est commandé par Strecko Manola, officier de la marine marchande et ancien des Brigades internationales d’Espagne. Ses forces se composent du vapeur Europa et de six voiliers récupérés sur les Italiens. L’Europa, rebaptisé NB 1-Partizan, devient le navire amiral de cette petite force, le plus grand des voiliers devenant le NB 2-Pionir (NB pour Narodni Brod, navire national). Comme souvent chez Tito, il y a une bonne part d’effet d’annonce (1) : avant comme après cette « création », les missions de ces unités se limitent à des tâches de transport (certains ont participé à l’évacuation des juifs de Rab quelques semaines plus tôt) et de déminage. Les mines italiennes récupérées sont vidées de leur charge d’explosif qui sert à faire des bombes artisanales, tout à fait utilisables, mais à l’humeur dangereusement imprévisible.

26 janvier
La campagne de Grèce et des Balkans
Opatija/Abbazia (Istrie) -
Le vice-amiral allemand Joachim Lietzmann, amiral commandant l’Adriatique, installe son quartier général au bord de la mer qu’il est censé contrôler. Il était jusque-là établi à Belgrade, à 300 km de la côte, position peu commode pour un amiral. Il obtient de l’amiral Dönitz la cession d’une partie des unités italiennes saisies après le « Noël de sang » (2). L’Etat indépendant de Croatie, qui a récupéré sa façade côtière au lendemain de la capitulation italienne, réclame une partie de ces coques pour constituer sa propre marine nationale. Le Reich ne se presse pas de satisfaire à sa demande ; il accepte toutefois d’enrôler des marins croates dans ses forces navales.

29 janvier
La campagne de Grèce et des Balkans
Vis/Lizza (Adriatique) -
L’île de Vis (en italien : Lizza) passe sous commandement interallié et principalement français. Cette île yougoslave à une cinquantaine de kilomètres de la côte dalmate, occupée par la marine italienne, était restée du côté du roi et de Badoglio en décembre, mais les clauses de l’armistice obligent Supermarina à l’évacuer. Elle se trouve au centre d’un imbroglio diplomatique puisque revendiquée à la fois par le gouvernement du roi Pierre, réfugié à Blida en Algérie, et par celui de Tito. Les Alliés, soucieux de ne pas envenimer les relations inter-yougoslaves, laissent dans l’incertitude le statut politique de l’île.
____

(1) Le 329e RI dépendait à l’origine de la 162. Infanterie-Division, reconstituée après Smolensk, mais les deux régiments d’infanterie « allemands » de cette division, plus avancés dans leur entraînement, avaient été envoyés en urgence dans le secteur de Pescara (Italie centrale).

(2) Effet d’annonce qui sera encore renforcé après la guerre quand la création de la marine des Partisans sera antidatée au 10 septembre 1942 : c’est cette date qui est commémorée jusqu’à nos jours devant le monument des « Ailes de mouette » à Podgora. Voir Jovan Vasiljevic, « Les actions maritimes des Partisans yougoslaves » in La Guerre en Méditerranée, 1939-1945, CNRS, 1971.
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MessagePosté le: Mer Juil 15, 2015 06:38    Sujet du message: Répondre en citant

attention aux abbréviations : je n'ai pas compris au premier passage que GD ne voulait pas dire GrossDeutschland
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Juil 15, 2015 14:35    Sujet du message: Répondre en citant

Notes Chrono récupérées (ainsi que celles de février).
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