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Texte intégral Asie-Pacifique Décembre 42
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ladc51



Inscrit le: 17 Oct 2006
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MessagePosté le: Mar Avr 08, 2014 12:28    Sujet du message: Répondre en citant

Excellent, bravo Applause
On attend la suite avec impatience... Cool
_________________
Laurent
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Jubilé



Inscrit le: 03 Jan 2013
Messages: 690

MessagePosté le: Mar Avr 08, 2014 12:30    Sujet du message: Répondre en citant

Bravo Applause

Et courage à Parmenion pour ses problèmes personnels.
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dado



Inscrit le: 12 Nov 2013
Messages: 1006
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MessagePosté le: Mar Avr 08, 2014 17:21    Sujet du message: Répondre en citant

Toujours passionnant!
En souhaitant à Parménion la résolution des ses problèmes Smile
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Parmenion



Inscrit le: 20 Juin 2013
Messages: 216

MessagePosté le: Mar Avr 08, 2014 21:30    Sujet du message: Répondre en citant

Merci à tous, et en particulier à Casus, qui oublie toujours de rappeler qu'il relit, complète et améliore largement les textes que je lui soumets.
Et désolé de mettre tout le monde en retard Embarassed
_________________
Parmenion
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Casus Frankie
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Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10077
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mer Avr 16, 2014 21:55    Sujet du message: Répondre en citant

La suite... L'essentiel est de Parmenion, mais il y a de vrais morceaux de Loïc dedans et un peu de moi-même. Wink


14 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Pour la première fois de son existence, le capitaine Onishi doute de la victoire du Japon. Cette pensée fugace se dissipe presque immédiatement, mais Onishi sait que le seul fait de se poser la question est coupable et qu’il en gardera à tout jamais une marque indélébile, une souillure honteuse que ses ennemis ne manqueront pas de repérer et de retourner contre lui. Le cœur serré, il ferme les yeux et adresse une prière muette à l’Empereur, le suppliant de pardonner à son serviteur ce bref instant d’égarement. Puis il regarde autour de lui, et sent sa résolution vaciller une seconde fois.
En se dirigeant vers le Seahorse, Onishi pensait rejoindre une unité de l’Armée Impériale. Mais dès son arrivée, il s’est rendu compte qu’il avait conduit ses hommes au beau milieu d’un ramassis de soldats pour la plupart malades, provenant d’unités décimées, brisés par des échecs répétés et commandés par un encadrement qui vit dans l’espoir fou d’une impossible relève. Les positions sont mal organisées, les hommes qui les occupent font preuve de plus de nervosité que de rigueur et la discipline est inexistante – pour des Japonais, s’entend.
Alors qu’il est arrivé depuis plusieurs jours, Onishi n’a toujours pas été reçu par le commandant de la position. Cette impolitesse l’a d’abord agacé, mais il a rapidement compris qu’en fait, personne ne commande réellement sur le Seahorse : les hommes du détachement Oka ou les survivants de la 2e DI ne suivent que leurs ordres de leurs chefs directs et ces derniers n’éprouvent guère le besoin de se concerter ; chacun vaque à ses occupations et ne demande qu’une chose à ses collègues : la tranquillité. L’arrivée inattendue d’Onishi a soulevé une foule de questions pourtant bien simples : pour savoir qui devait recevoir le nouvel arrivant, il fallait décider qui aurait autorité sur lui, donc qui devrait armer et nourrir son squelettique détachement et qui serait responsable de ses actions ! Finalement, les différentes parties se sont entendues pour… ne rien décider. On a trouvé (non sans mal) des munitions (un peu) et de quoi manger (très peu) pour les hommes d’Onishi, on leur a bien volontiers laissé une place en première ligne et on a délégué un officier qui avait dû déplaire à ses supérieurs pour expliquer au capitaine qu’il n’avait pas intérêt à en demander davantage ! Toute exigence de sa part pourrait perturber l’équilibre péniblement construit entre les différentes unités qui tiennent le Seahorse grâce à mille petits compromis avec les règlements…
C’est cet officier qu’Onishi a présentement devant lui : un commandant qui a marmonné son nom en faisant son possible pour rester incompréhensible. La tente sous laquelle ils sont installés se trouve à quelques mètres des latrines et les odeurs pestilentielles qui s’en échappent (sans parler des bruits qui laissent peu de place à l’imagination) ont bien failli faire vomir à Onishi le mauvais riz qu’il mange depuis quatre jours. Soucieux de sa dignité, le meilleur officier de sa division a calmé son estomac par la seule force de sa volonté, tout en gardant un sourire permanent et les manières dignes et souriantes d’un véritable officier japonais. Mais au fond de lui, il fulmine, la rage au cœur, devant l’insulte assurément calculée qui lui est faite : ce commandant sans bataillon est non seulement assez grossier pour ne pas se présenter dans les formes et pour le recevoir à deux pas d’un trou plein de merde, mais il pousse la provocation jusqu’à se présenter avec une barbe de plusieurs jours ! Aussi Onishi n’écoute-t-il que d’une oreille le discours de son supérieur et ses avertissements sur les subtils arrangements entre unités et officiers. Il n’en retient qu’une chose : aucun des officiers du Seahorse n’a accepté de le prendre sous son commandement ! Ce qui veut évidemment dire qu’ils le méprisent profondément, sans doute parce que lui, Onishi, est sorti du rang à la force du poignet !
A la fin de cette épreuve, Onishi s’incline avec la raideur réglementaire et retourne dans ce qui lui sert de quartiers retrouver la vingtaine d’hommes que compte à présent son détachement. Après tout, à quelque chose malheur est bon : si personne ne commande vraiment ici, cela signifie qu’il est libre de se comporter comme il le souhaite ! Dans ces conditions, il va pouvoir montrer aux officiers du Seahorse ce dont est capable un officier de Sa Majesté Impériale sorti du rang.


15 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal, 06h30
– Le Seahorse est le théâtre d’un événement devenu rarissime : une troupe de soldats défile au pas, en uniforme impeccable, sous l’œil vigilant de leur officier. Onishi ne se contente pas d’un seul passage devant les autres unités éberluées ; au contraire, il répète encore et encore l’exercice, jusqu’à perfection. Le capitaine aurait aimé disposer d’uniformes de parade pour cette démonstration, mais il semble que rien de tel n’existe sur cette île maudite. C’est pourquoi, l’exercice achevé, lui et ses hommes se dirigent au pas de course vers le secteur défensif attribué à son détachement.
Le reste de la matinée et le début de l’après-midi se passent en travaux de terrassement, bien nécessaires pour améliorer des positions souvent établies en dépit du bon sens. Onishi est obligé de reprendre complètement le plan de feu de son secteur : jusqu’à présent, personne ne s’en était préoccupé. Lorsque ses hommes, épuisés, ont fini de s’installer, le capitaine leur annonce qu’ils devront dorénavant procéder à deux patrouilles quotidiennes, le matin et l’après-midi, et que la moitié d’entre eux viennent d’être désignés volontaires pour la première, qui se mettra en route dans quinze minutes.
Cette patrouille tourne au désastre : les hommes sont bruyants, ne respectent pas ou, pire, ne connaissent pas les consignes, manquent de se tirer dessus. Furieux, Onishi impose a tout son détachement un cours de rattrapage accéléré qui se prolonge jusqu’à la nuit. En envoyant ses hommes se coucher, Onishi les prévient qu’ils devront être prêts le lendemain à 06h30, pour un nouvel exercice, et que ces défilés se poursuivront jusqu’à ce qu’ils fassent honneur à l’Empereur.
………
Guadalcanal – Les Américains en ignorent la cause, mais la décision des Japonais d’évacuer l’île se traduit immédiatement par une recrudescence des raids de bombardement lancés contre Henderson Field. L’objectif est, bien entendu, d’induire l’ennemi en erreur et de l’inciter à rester sur la défensive jusqu’au moment où la plupart des soldats de Kawagushi seront hors d’atteinte. Il faut dire que, malgré des pertes toujours sensibles, les aviateurs japonais mettent du cœur à l’ouvrage pour rendre crédible ce scénario. En début d’après-midi, de nombreux et épais nuages permettent aux assaillants venus de Rabaul d’échapper aux Wildcat, mais non de repérer l’aérodrome !
En revanche, à travers une trouée, les pilotes japonais découvrent en bordure de jungle un amoncellement de caisses, visiblement à peine débarquées – elles ont en effet été apportées deux jours plus tôt par les transports de Sidewalk. Tout autour se pressent de nombreux soldats, petites fourmis affolées par la menace qui plane au-dessus d’eux. Flairant une cible de choix, les G4M, pressés de prendre le chemin du retour, bombardent cet objectif. Les Américains réagissent avec tout ce dont ils disposent, DCA, mitrailleuses, fusils, pistolets – un témoin affirmera après la guerre avoir vu un cuistot lancer un couteau de cuisine vers un avion – en vain : plusieurs bombes touchent de plein fouet leur cible, allumant un violent incendie et criblant d’éclats les défenseurs restés à découvert. Et les équipages des Betty de se congratuler, sur le chemin du retour, sur le succès de leur raid du jour…
Sur Guadalcanal, les soldats du 132e RI voient avec consternation une partie de leur ravitaillement se consumer. Certains tombent à genoux, d’autres hurlent des insultes en tendant le poing vers le ciel. Les bombes du Mikado viennent en effet de réduire en cendres, entre autres approvisionnements d’intérêt militaire variable, tout le stock de savon et de sucreries du régiment. Si le savon ne sera – à tort – pas vraiment regretté (bizarrement, l’article n’est en rupture dans aucun des dépôts aménagés sur l’île…), la perte des sucres d’orge, des barres chocolatées et des chewing-gums porte un sérieux coup au moral des hommes de l’Americal, déjà bien entamé par une semaine passée à charrier des cadavres japonais à moitié pourris.
Pire encore, le régiment se retrouve la cible des quolibets des Marines encore présents sur l’île : en effet, le major Banner, incrédule, voit arriver dans son dispensaire une demi-douzaine d’hommes blessés par des éclats de verre et des shrapnels de… noisettes, qu’il mettra des heures à extraire ! Les éclats de verre proviennent de bouteilles d’une boisson brune, sucrée et gazeuse déjà très populaire aux Etats-Unis et dont le fabricant approvisionne les unités US jusqu’en première ligne. Cette humiliation poussera les hommes du 132e RI à se venger des « singes jaunes » en menant des patrouilles particulièrement agressives à l’ouest de Pointe Cruz.

Tokyo – La veille au soir, l’amiral Nagano a été informé du résultat de la conférence de Rabaul par un jeune capitaine de corvette envoyé en urgence de Rabaul par Yamamoto. Nagano n’a pu qu’approuver les initiatives du commandant de la Flotte Combinée, qu’il s’agisse d’avoir obtenu (enfin) que l’Armée accepte le « redéploiement » des troupes bloquées sur l’île (pas question, bien entendu, d’évoquer la moindre « retraite ») ou de lui avoir fait transmettre cette information par porteur et non par radio. D’après les renseignements recueillis sur l’épave du Prince of Wales, les Américains se montrent très habiles dans l’art du déchiffrage des codes japonais. Il semble que ceux de la Marine leur aient mieux résisté que les autres, mais une petite dose de paranoïa n’a jamais fait de mal et, quoi qu’il en soit, il vaut mieux ne pas induire en tentation les opérateurs radios de l’Armée…
Dans l’après-midi, devant le Quartier Général Impérial, Nagano n’a aucune peine à convaincre tous les participants que c’est en vainqueurs, suivant une stratégie mûrement réfléchie, que les Japonais se lancent dans une nouvelle phase de conquêtes – et de victoires. Evidemment, le fait que personne ne semble se souvenir du discours prononcé le 4 juin précédent par le même Nagano devant la même assemblée lui facilite beaucoup la tâche…
« Nous avons infligé des pertes considérables à l’ennemi ces derniers mois, conclut-il. Ses forces ont été sérieusement entamées, mais, en raison des défaillances de nos alliés Allemands et Italiens, il a pu bénéficier de puissants renforts en provenance de Méditerranée. Aussi est-il temps de resserrer notre dispositif sur les excellentes positions que nous avons renforcées dans tout le Pacifique Sud et Central et de préparer la destruction complète des forces de nos adversaires. Nous lancerons dans les semaines qui viennent des opérations importantes dans l’Océan Indien et dans le Pacifique Nord, qui prendront totalement l’ennemi par surprise, maintenant que nous l’avons fixé au fin fond du secteur stratégiquement sans intérêt des Iles Salomon. Puis, dans le courant de l’année 1943, avec une Flotte Combinée réorganisée et renforcée, nous imposerons aux Américains et à leurs alliés une bataille décisive et écraserons définitivement leur corps de bataille. »


16 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Le CC Iishi est obligé de s’asseoir pour relire le message que vient de lui faire parvenir Rabaul. Alors qu’il attendait de nouveaux personnels, des pièces de rechange et des torpilles pour poursuivre ses harcèlements nocturnes, on lui envoie l’ordre de redéployer son escadrille aux Shortland le plus rapidement possible !
De fait, Yamamoto n’a pas voulu perdre de temps après avoir obtenu ce qu’il voulait lors de sa conférence avec Hyakutake. Iishi et ses hommes expérimentés sont bien trop précieux pour être gaspillés sur Guadalcanal alors que l’île va être abandonnée.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Iishi ordonne immédiatement à ses équipages de commencer leurs préparatifs et, en premier lieu, de réviser à fond les moteurs des huit vedettes dont il dispose : trois vedettes lance-torpilles lourdes – G-352, G-353 et G-354, quatre légères – G-1, G-3, G-10 et G-11, et la canonnière H-15.

Truk – Le sous-marin I-21 entame une série de tests avec du matériel arrivé du Japon. En effet, les missions de ravitaillement de Guadalcanal menées depuis un mois ont révélé la vulnérabilité des submersibles pendant leur déchargement ou lorsqu’ils remorquent une barge Daihatsu. Les barges étanches fixées sur le pont donnent satisfaction, mais seuls les sous-marins I-5 et I-6 en sont équipés – d’autres systèmes vont donc être essayés.
Pour le premier test, de petits conteneurs étanches en caoutchouc sont fixés sur le pont. Ils doivent être relâchés sous l’eau de façon à être repêchés, une fois remontés à la surface. Pour la seconde expérimentation, un conteneur nettement plus volumineux sera fixé sur le pont du sous-marin ; il devra être décroché une fois arrivé à destination et remorqué jusqu’à la côte par les embarcations déjà sur place. Au sein de l’état-major de Komatsu, il se murmure que d’autres projets sont à l’étude au Japon, notamment un conteneur tracté par le sous-marin et même un conteneur autopropulsé.
Il se murmure aussi que les efforts de ravitaillement de Guadalcanal devraient bientôt prendre fin… Mais les techniques à l’essai trouveront sûrement un emploi ailleurs dans le vaste Pacifique.


17 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Sur le Seahorse, pour la troisième session d’exercices matinaux qu’il impose à ses hommes, Onishi a la satisfaction de croiser, pour la première fois, une section de la 2e DI qui s’efforce de défiler au pas avant d’entamer une série d’exercices, sous la direction d’un jeune lieutenant maladroit mais plein de bonne volonté. Onishi le gratifie d’un salut impeccable, tout en notant que le 28e de Reconnaissance se montre bien plus efficace – constatation qu’il ne manquera pas de porter à la connaissance de ses hommes, et qui fera beaucoup pour leur moral.


18 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Un bruit métallique retentit et la main d’Onishi se lève avec autorité. Aussitôt, les cinq hommes qui le suivent se figent, aux aguets, prêts à bondir. Onishi constate avec satisfaction qu’ils exécutent ses ordres avec promptitude et précision : le laisser-aller qui régnait au Seahorse avant son arrivée n’est plus de mise, et il sait que ses efforts et son exemple y sont pour beaucoup. Le cœur rempli du sentiment qui s’approche le plus, pour lui, du bonheur, le capitaine bombe le torse, rectifie la position de sa casquette et adresse une prière silencieuse à l’Empereur. Même s’il s’est mis une nouvelle fois à dos ses camarades officiers, Sa Majesté peut être fière de lui.
Onishi se demande s’il serait inconvenant d’écrire à Tokyo pour relater ses actions depuis son arrivée sur Guadalcanal et dénoncer l’aveuglement de certains gradés de l’armée impériale. Pas à l’Empereur lui-même, bien entendu, Sa Majesté n’a que faire d’un vermisseau comme lui, mais le ministre de la Guerre serait sûrement heureux de connaître la réalité du terrain et de prendre des mesures en conséquence. Watanabe, l’un des hommes qui crapahutent derrière lui, est particulièrement doué pour la calligraphie et le dessin. Il pourrait orner la lettre de motifs de son cru, lesquels, à n’en pas douter, seraient appréciés du ministre…
Mais tout cela attendra la fin de la patrouille. L’esprit d’Onishi revient à ce bruit métallique, entendu quelques secondes plus tôt. Provient-il des six hommes qu’il a envoyés une heure plus tôt vers l’ouest et qui le rejoignent à présent, conformément à leurs ordres, ou d’un Américain sur le point de surgir de la ravine qui court sur sa droite, à quelques mètres ? Onishi parcourt mentalement l’équipement standard des fusiliers nippons, et arrive à la conclusion qu’aucun de ses éléments n’est susceptible de provoquer un son aussi clair. Il se dirige donc sans bruit vers la droite, suivi de près par ses hommes. D’une pression du pouce gauche, il fait légèrement glisser son sabre dans son fourreau.
Quatre secondes plus tard, il se retrouve face à un Marine qui écarquille les yeux. La suite ne dure que quelques instants. Le sabre étincelle dans la main droite d’Onishi sans même qu’il ait conscience de l’avoir dégainé, et s’abat sur la tête de l’Américain. Par réflexe, ce dernier lève son fusil à deux mains et bloque le coup de justesse. Quelques étincelles jaillissent dans la jungle moite, mais Onishi a déjà anticipé cette réaction : son pied gauche, moulé dans une botte de cuir noir parfaitement entretenue, quoique présentement couverte d’une boue répugnante, jaillit et vient fracasser la rotule de son adversaire. Le Marine hurle de douleur, baisse sa garde et la lame d’Onishi s’abat une seconde fois, cette fois en travers, pour lui dessiner un large sourire. Entraîné par son mouvement, Onishi traverse la gerbe de sang qui jaillit du cou de sa victime et évite ainsi la baïonnette d’un second Américain, surgit de derrière son camarade, laquelle vient embrocher la cuisse du caporal Ido, laissé à découvert par la danse mortelle de son capitaine. Onishi termine son tour sur lui-même et abat une troisième fois sa lame, décapitant à moitié le second Marine. Une brève fusillade s’engage, puis le calme revient. Les Marines ont fui, abandonnant leurs deux morts. Le caporal Ido se vide de son sang, l’artère fémorale sectionnée et le ventre perforé par une balle.
Onishi nettoie soigneusement sa lame avant de la ranger, et peste sur le sang impie qui macule à présent son uniforme. A ce moment, le reste de son détachement le rejoint, comme prévu, et il donne l’ordre de rentrer au Seahorse après avoir achevé le caporal Ido d’une balle dans la tête. Sur le chemin du retour, il appelle auprès de lui le soldat Watanabe et lui expose longuement son projet de lettre au ministre…


19 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Inquiet de la recrudescence de l’activité japonaise dans le secteur du Seahorse, Vandegrift décide de le renforcer : le II/164e reçoit l’ordre de se positionner en soutien du 6e Marines. Sans le savoir, Onishi a rendu un fier service à son général en soulageant indirectement le front de la Matanikau. Les patrouilles et les tirs d’artillerie US connaissent une décrue sensible, mise à profit par Kawagushi pour préparer progressivement le retrait de ses hommes.
………
Guadalcanal – Le CC Iishi n’est pas surpris par les rapports qu’il reçoit sur l’état de ses vedettes. Deux d’entre elles, les petites G-1 et G-3, sont à bout de souffle après plus de six mois d’opération dans ce climat pourri – au propre : l’humidité a fait plus de mal que les balles ennemies, qui n’ont pourtant pas manqué. Iishi décide de les saborder sur place, après avoir récupéré toutes les pièces de rechanges susceptibles de prolonger le service des G-10 et G-11. L’opération est d’ailleurs un mal pour un bien : les équipages des vedettes d’Iishi ont eu plus que leur part de blessés et de malades, passer de huit à six bâtiments permettra d’armer plus correctement les six restants.
Les G-352 et G-353 sont en meilleur état et les mécaniciens sont confiants : elles pourront faire le voyage des Shortland. Iishi n’a aucune envie d’arriver là-bas de nuit – il connaît très mal les abords de son nouveau nid et, l’expérience de Guadalcanal aidant, il a appris à ne pas se fier aux cartes marines des Salomon dont dispose la flotte. Il décide donc d’attendre un moment favorable pour quitter définitivement (pense-t-il) ces eaux où il a remporté de très belles victoires.

Truk – L’équipement adéquat étant enfin arrivé, la Marine Impériale tente de renflouer le sous-marin I-33, qui a sombré accidentellement dans le lagon le 26 septembre. La coque est placée en surpression et le sous-marin émerge rapidement. Mais quelques instants plus tard, une écoutille cède sous la pression et l’I-33 sombre à nouveau. Une seconde tentative, dix jours plus tard, sera la bonne.


20 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– L’opération Tinklebell se déroule sans incident. Les dernières composantes de l’Americal, soit le 182e RI et l’artillerie et les services divisionnaires, débarquent sans encombre sur Red Beach. Cependant, la portée de l’opération va bien au-delà de l’arrivée des derniers éléments de la 23e DI-US. Tinklebell marque en effet le passage de relais symbolique entre les Marines et l’Armée sur Guadalcanal, puisque l’état-major du XIVe Corps est également du voyage et que débarque à sa tête le major-général Alexander Patch, désigné en novembre pour remplacer Vandegrift.
Les Marines et les soldats qui vont se retrouver sous son commandement l’ignorent, mais Patch est un protégé de longue date de George Marshall. Les deux hommes se sont rencontrés en France pendant la Première guerre mondiale. Alors membre de l’état-major du général Pershing, Marshall avait remarqué les qualités de ce jeune officier et ses brillants résultats d’instructeur. Devenu chef d’état-major de l’US Army, Marshall, qui ne l’avait pas oublié, promut Patch brigadier-général et le chargea de l’instruction des troupes à Fort Bragg.
Début 1942, devenu major-général, Patch avait été chargé d’organiser en catastrophe la défense de la Nouvelle-Calédonie, qui apparaissait alors comme l’une des cibles les plus probables de l’expansion japonaise. D’un ramassis d’unités disparates, il a réussi à faire en quelques mois une véritable DI américaine, la 23e DI-US, plus connue sous le nom de Division Americal, la seule de la guerre formée hors du territoire national. A travers les pressions du général Arnold pour lui faire obtenir la succession de Vandegrift, c’est bien la marque de Marshall, désireux de renforcer l’expérience et la notoriété de son protégé en vue des futures opérations en Europe, qu’il faut deviner.
A la tête du XIVe corps, Patch dispose, en plus de sa division, de l’équivalent d’une division de Marines. La 25e DI-US (major-général J. Lawton Collins) doit arriver de Pearl Harbour début janvier pour compléter cet ordre de bataille, dont font techniquement partie les troupes australiennes occupant Tulagi et les îles voisines (même si, dans les faits, elles conservent, comme sous le commandement de Vandegrift, une très large autonomie). Avec trois divisions et près de 50 000 combattants, Patch s’est engagé à bouter les Japonais hors de l’île en moins de trois mois, pour peu que la Navy parvienne à les empêcher de renforcer leurs troupes. Il ignore évidemment que les forces du Soleil Levant vont lui faciliter la tâche en décidant de se retirer définitivement de « cette île perdue du Pacifique Sud ».


21 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– C’est un Vandegrift visiblement épuisé qui informe Patch des derniers développements sur l’île. Il est obligé de s’interrompre à plusieurs reprises, et même le légendaire bourbon dont il raffole ne semble lui être d’aucune aide. C’est avec soulagement qu’il cède le commandement à son remplaçant. Ne voulant bénéficier d’aucun traitement de faveur, il aurait souhaité embarquer la veille avec les hommes des 2e et 11e Marines, aux côtés desquels il se bat depuis cinq mois et qui quittent sans regret Guadalcanal sur les navires qui ont amené le 182e RI-US et l’artillerie de la Division Americal. Mais Patch a insisté pour le rencontrer en personne et faire un dernier tour d’horizon avec lui, et Vandegrift ne peut lui en vouloir, sachant trop bien que les rapports et mémos ne suffisent jamais à se faire une idée claire de la réalité d’une situation. Aussi s’efforce-t-il de lui offrir tous les conseils et toutes les suggestions qui lui viennent à l’esprit, en espérant que Patch saura faire le tri… et qu’il n’exposera pas pour rien les trois régiments de Marines (les 6e, 7e et 8e) qui restent encore dans l’île ! En fin de journée, c’est en B-17 que Vandegrift décolle en direction de la Nouvelle-Calédonie, pour deux semaines de repos bien mérité avant de retourner aux États-Unis.

Truk – Le vice-amiral Komatsu reçoit de l’amiral Yamamoto l’ordre de prévoir la fin des opérations de ravitaillement de Guadalcanal par sous-marins à la fin du mois. Les bâtiments de la 6e Flotte vont récupérer leur canon de 140 mm et leur réserve de torpilles. Mais Komatsu sait fort bien ce que cela veut dire : Guadalcanal est décidément perdue et il faut l’accepter.


22 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Alexander Patch réunit ses commandants de division et de régiment et leur expose les grandes lignes de son plan. D’ici la mi-janvier, le Mont Austin et le front sud devront être définitivement sécurisés grâce à l’expulsion des Japonais de leurs positions du Seahorse. Dans le même temps, on accueillera la 25e DI-US, qui prendra progressivement la place des trois régiments de Marines. A partir du 15 janvier commencera l’offensive vers Cap Espérance, la progression le long de la côte étant facilitée par des opérations de débarquement sur les arrières ennemis, « comme les Anglais et les Français l’ont fait en Sicile » précise Patch, qui s’est tenu au courant de ce qui se passait de l’autre côté du globe.
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ladc51



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MessagePosté le: Jeu Avr 17, 2014 07:25    Sujet du message: Répondre en citant

Excellent !

On imagine que la fin de la bataille de Guadalcanal va encore amener son lot de rebondissements et de surprises... je suis impatient !

Et bravo pour cette belle introduction de Patch... qu'on pourrait retrouver en Europe ensuite (il faudra me dire sous quel délai pour que je l'intègre dans la valse des chefs en Europe) ?
_________________
Laurent
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loic
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MessagePosté le: Jeu Avr 17, 2014 10:10    Sujet du message: Répondre en citant

Je pense qu'il faudrait modifier la mention du Pacifique Nord dans ce passage et celui du 13 décembre. Il faudrait citer plus explicitement Midway voir Hawaï, car Pacifique Nord peut faire penser aux Aléoutiennes et rien n'est prévu par les Japonais dans ce coin (ce qui ne veut pas dire qu'il ne va rien se passer).

Très très bien, sinon.
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Jubilé



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MessagePosté le: Jeu Avr 17, 2014 13:02    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, on va avoir droit à un Midway FTL finalement ?
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Alias



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MessagePosté le: Jeu Avr 17, 2014 13:04    Sujet du message: Répondre en citant

Onishi est un personnage réel, imaginaire ou inspiré de personnages réels?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Avr 17, 2014 13:58    Sujet du message: Répondre en citant

@ Loïc - en fait, sous couleur de respect du secret, Yamamoto reste flou et parle de Pacifique Nord sans avoir encore de projet très précis (même si ça ne tardera pas).
Pour Onishi, je laisse répondre Parménion.
Enfin, il reste 9 jours avant fin de 1942 et soyez tranquilles, Guadalcanal ne va pas nous quitter comme ça.
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
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delta force



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MessagePosté le: Jeu Avr 17, 2014 16:59    Sujet du message: Répondre en citant

interessant :
"ainsi est-il temps de resserrer notre dispositif sur les excellentes positions que nous avons renforcées dans tout le Pacifique Sud et Central et de préparer la destruction complète des forces de nos adversaires. Nous lancerons dans les semaines qui viennent des opérations importantes dans l’Océan Indien et dans le Pacifique Nord, qui prendront totalement l’ennemi par surprise, maintenant que nous l’avons fixé au fin fond du secteur stratégiquement sans intérêt des Iles Salomon."

il y a à la fois des intentions défensives "resserrer notre dispositif" et offensives "opérations importantes".

Guadalcanal OTL comme FTL s'est traduite par une bataille d'attrition chose dont ne voulait surtout pas (dans son planification stratégique) le GQG impérial .

Compte tenu des pertes navales du Japon depuis décembre 1941 (en FTL plus sur les grands navires que les PA) , l'IJN a t elle encore les moyens de prendre l'initiative dans le pacifique début 1943 ? Surtout que les 1er navires de "la flotte des 2 océans" entrent en service opérationnel (dont à 2 à 3 Essex début 1943). De plus en Océan Indien la RN est toujours là et relativement proche des précieux champs de pétrole des indes néerlandaises.

Donc avec des moyens usés l'IJN va se retrouver écartelée ; je vois mal d'autre choix pour elle que celui historique pour 1943 : défense stratégique du périmètre extérieur lointain établi en 1941 (via les Mariannes/ les carolines et le reste des Salomon jusqu’à détroit de Malaca) et parier sur la lassitude des alliés (et donc garder la flotte combinée en réserve centrale pour la "bataille décisive").
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Anaxagore



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MessagePosté le: Jeu Avr 17, 2014 17:17    Sujet du message: Répondre en citant

Les Japonais vont essayer, ils n'ont pas le choix. S'ils restent sur la défensive, ils perdent la guerre et le savent. Le temps joue contre eux et pour l'ennemi.

Ils ne peuvent affronter leur ennemi s'il réunit toute ses forces en un point, ils seraient écraser. Donc ils sont bien obligé de l'entraîner dans une bataille sur son terrain (en défensive ils peuvent contenir pour un temps l'adversaire). Mais de l'autre main, il leur faut pousser une offensive sur un point, réunir assez de force pour rompre l'adversaire et l'écraser rapidement. L'écraser rapidement avec peu de pertes et le rompre dans le détail en plusieurs affrontements rapides et victorieux.

Là c'est la théorie mais en fait, il faudrait que les combats défensifs soient victorieux et que les offensives permettent réellement de battre rapidement l'ennemi...
Le gros problème c'est que la stratégie japonaise n'est pas en adéquation avec sa tactique sur le terrain. L'IJA est trop agressive pour avoir une doctrine de la guerre d'usure efficace. Le courage du soldat est le cœur de sa doctrine. le soldat qui charge courageusement l'ennemi... joli sur le papier. Les guerres modernes ne sont plus remportées par des charges à la baïonnettes. Lorsqu'il s'agit de combats défensifs c'est encore pire... "charge suicide" et "résistance jusqu'au dernier homme sans esprit de recul" ne cadre pas non plus avec l'idée d'une défense prolongée.

En offensive, les Japonais ne sont pas mieux logés. Ils attendent à ce que leur ennemi réagisse comme eux, en fait. Or, les Américains ne cherchent pas "la bataille décisive" surtout si les Japonais l'imposent ! Ils cherchent à éroder la puissance japonaise dans l'ensemble de la guerre du Pacifique.

Si un amiral américain se trouve pris à parti par une force japonaise visiblement supérieure, il va surtout songer à ramener ses navires le plus intact possible. L'opinion publique américaine ne lui permettrait jamais d'avoir sacrifié des "boys" pour sa gloriole personnelle. Quand à l'état-major, il n'accepterais pas plus que des navires soient perdus sans profit.
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Parmenion



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MessagePosté le: Jeu Avr 17, 2014 22:17    Sujet du message: Répondre en citant

@ ladc51 : pour Patch, soit on le fait revenir en Europe dès la mi-43 pour participer à Dragon (et dans ce cas, il ne peut guère prétendre à plus qu'au commandement d'un CA US), soit il ne revient qu'à la mi-44, pour Overlord. J'ai une préférence pour la première solution, plus cohérente avec la mention du fort soutien de Marshall, mais je ne sais pas si les rôles ont déjà été attribués pour Dragon Very Happy

@ Alias : Onishi est un personnage imaginaire inspiré d'un faisceau d'éléments plus ou moins réels. Il s'inspire directement de l'histoire d'un officier japonais isolé derrière les lignes US à Guadalcanal, qui parvint à rejoindre son camp après plusieurs jours d'errance au milieu des Marines (histoire lue il y a 20 ans dans un mauvais livre sur la bataille de Guadalcanal). Son caractère un peu... décalé (hum...) s'inspire (sans prétention aucune) de celui d'un personnage du 1Q84 de Murakami (les vieux Grecs ont des lettres, hein Wink ). Casus a imaginé qu'il était issu du rang (on a décidé de le laisser tel quel malgré la faible vraisemblance d'une telle promotion, comme l'ont bien signalé plusieurs membres du forum) et qu'il avait combattu en Chine, mais vous allez découvrir d'autres aspects de la personnalité et du passé d'Onishi dans la suite de la chrono de décembre... En tout cas, je suis heureux que le personnage plaise ou attire l'attention ! Je m'incline devant votre grandeur
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ladc51



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MessagePosté le: Ven Avr 18, 2014 08:52    Sujet du message: Répondre en citant

@ Parmenion : a priori les postes clés de l'US Army en Méditerranée en 1943 sont "staffés" (avec Bradley pour Dragoon). Si Patch peut encore oeuvrer dans le Pacifique au premier semestre 43 (reconquête des Salomons ?) on peut le faire revenir en Europe à l'été ou l'automne 43 pour commander un corp d'armée ou une armée US se préparant en Angleterre en vue d'Overlord...

Pour ne pas poluer ce fil sur le Pacifique, je te propsoe de continuer le cas échéant ce volet de la discussion dans un autre fil (ou par mp ou email).

Amitiés,
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Laurent
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Avr 26, 2014 16:38    Sujet du message: Répondre en citant

Toujours par Parmenion (mais j'avoue mon intervention prédominante sur le 25 décembre, je me suis offert un petit cadeau de Noël).

23 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Kawagushi reçoit – enfin – de Rabaul l’ordre qu’il espérait depuis la “bataille de la Boîte” : ses troupes doivent se préparer à évacuer Guadalcanal ! Enfin, Hyakutake leur ordonne de se préparer à se redéployer sur un autre théâtre d’opérations pour mieux servir l’Empereur. L’évacuation, non, le redéploiement est prévu pour la nuit du 28 au 29 décembre, à partir de Tassafaronga. Le général commence immédiatement ses préparatifs, car l’opération nécessite un minutage parfait : la résistance à l’ouest de la Matanikau ne doit pas trop faiblir, afin de ne pas mettre la puce à l’oreille des Américains, sans pour autant empêcher le décrochage des survivants des 30e et 36e RI.
Afin de donner le change, Kawagushi choisit de sacrifier le Seahorse : ce point d’appui n’a-t-il pas été fortifié justement pour ralentir les Américains, fin novembre ? De toute façon, la plupart des défenseurs sont malades ou blessés, et leur utilité dans de futurs combats apparaît bien faible : mieux vaut que leur sacrifice leur offre une mort honorable et serve les intérêts de l’Empereur – c’est-à-dire de l’Armée. Afin de détourner l’attention des Marines, Kawagushi demande même aux défenseurs de la position d’essayer d’infiltrer le dispositif ennemi autour du Gifu.
Quant à la défense du front de la Matanikau, Kawagushi la confie au 28e Régiment du Génie, soit environ 800 hommes, auxquels il laisse tout ce qui lui reste d’artillerie. Après le 29 décembre, ces hommes devront se retirer lentement vers Cap Espérance, en utilisant les nombreux cours d’eau comme autant de lignes de défense. Lorsque toute résistance sera devenue impossible, des destroyers viendront récupérer ceux qui n’auront pas eu la joie de donner leur vie pour l’Empereur.
Ces dispositions prises, Kawagushi ordonne aux 30e et 36e Régiments d’Infanterie d’entamer immédiatement leur… redéploiement, de nuit bien entendu. Ils doivent se concentrer autour de Tassafaronga.
………
Guadalcanal – De son côté, Patch est arrivé à la même conclusion que son homologue japonais : la géographie de cette fichue île offre à l’adversaire une succession de lignes de défense solides, qu’il serait long et coûteux de forcer par la voie terrestre. Aussi a-t-il prévu de progresser vers l’ouest grâce à une succession d’opérations amphibies qui permettront de sauter ces lignes les unes après les autres. La première de ces opérations est programmée pour début janvier, afin de profiter des moyens navals mobilisés pour l’arrivée des premiers éléments de la 25e DI (le 35e RI, qui doit remplacer le 7e Marines). Considérée comme un coup d’essai, elle n’a qu’un objectif modeste : obliger l’ennemi à abandonner les positions qu’il occupe depuis début décembre à l’ouest de Pointe Cruz et s’emparer de Kokumbona.
Cependant, avant de se lancer dans cette succession d’offensives qu’il espère décisives, Patch estime indispensable de se débarrasser des Japonais qui occupent le Seahorse, véritable épine dans son flanc sud. Aussi ordonne-t-il aux I/164e et III/164e de rejoindre le 6e Marines et le II/164e et de nettoyer le secteur aussi rapidement que possible.
………
Guadalcanal – Iishi note avec satisfaction le départ des navires alliés qui ont débarqué leurs derniers renforts. La baie devenait un peu trop fréquentée à son goût ! A présent que les eaux sont de nouveaux libres, il présume que la vigilance des Américains va se relâcher quelque peu, d’autant que Noël approche (même un officier aussi avisé qu’Iishi s’est laissé abuser par la propagande qui présente les adversaires du Japon comme plus soucieux, à Noël, d’ouvrir leurs cadeaux décadents et de se déguiser en Santa Klaus que de combattre). Il fixe donc le départ de sa flottille aux petites heures du 25. Ne connaissant pas bien les abords de sa nouvelle base des Shortland, il a été obligé de programmer une arrivée – donc une partie du voyage – de jour, mais il espère que le Père Noël sera aussi généreux avec lui qu’avec les Yankees.


24 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal, sur le Seahorse, 07h30
– Tous les officiers des divers éléments occupant les retranchements ont été rassemblés pour assister à la lecture des derniers ordres de Kawagushi. Regroupés par unité, ou ce qu’il en reste, ils écoutent le général leur demander « une action de diversion de la plus haute importance » permettant « le redéploiement du gros des troupes » vers « un secteur de plus grande importance stratégique ». Chacun comprend que ce modeste « redéploiement » est une évacuation et que les hommes du Seahorse vont devoir accomplir l’ultime sacrifice, pour la plus grande gloire de l’Empereur.
Parmi les officiers, Onishi brille à la fois par son isolement (c’est le seul officier survivant du 28e de Reconnaissance, et c’est volontiers qu’il se tient à l’écart des autres), par sa tenue immaculée et par son calme. Dans l’assistance, certains visages se crispent à mesure que le plan de Kawagushi est exposé, d’une voix monocorde, par un capitaine dont les lunettes ont été rafistolées avec du fil de pêche. Le message a beau affirmer qu’après la réussite certaine de leur mission, les troupes seront « prises en charge » par la Marine Impériale en différents atterrages de la côte ouest de l’île, chacun soupçonne qu’après l’évacuation du gros des troupes, le sort des derniers défenseurs de Guadalcanal risque de ne pas beaucoup préoccuper ni la Marine, ni même la XVIIe Armée. Pire encore, il est évident que, pour bénéficier de la « prise en charge », il faudra avoir survécu…
Onishi l’a immédiatement compris. Il l’accepte sans difficulté et même, non pas avec plaisir, mais assurément avec sérénité : qu’est-ce qu’un officier japonais, sinon le fidèle exécutant de la volonté de son Empereur ? Aussi est-il complètement pris au dépourvu, comme la plupart de ses collègues, lorsque, à quelques pas de lui, un jeune lieutenant, visiblement malade, épuisé et à bout de nerfs, commence à crier puis à hurler qu’on les sacrifie et qu’ils vont tous mourir pour permettre à Kawagushi de s’enfuir ! Le choc est tel que l’assemblée entière se fige. Comme le moment s’éternise, que nul ne réagit et que les hurlements du lieutenant continuent de déshonorer ses ancêtres et sa famille, Onishi écarte sans ménagement quelques silhouettes pétrifiées et se plante devant le lieutenant. Il saisit le revers crasseux de sa veste d’uniforme de la main gauche – réprimant une grimace de dégoût devant tant de saleté – pendant que, du plat et du revers de la main droite, il lui assène négligemment une série de gifles sur chaque joue. Pour finir, il envoie au sol le pantin désarticulé, lequel, effaré, a cessé de crier.
Laissant éclater derrière lui un puissant brouhaha, Onishi s’éloigne en direction des quartiers du 28e de Reconnaissance. Il doit prévenir ses hommes de leur nouvelle mission et leur rappeler d’écrire une dernière lettre à leur famille. Au fond de lui, il ne regrette qu’une chose: il n’aura pas le temps de finir son rapport au ministre de la Guerre…
………
Guadalcanal, au pied du Seahorse, 15h00 – Le colonel Bryant E. Moore, commandant le 164e RI, arrête son plan pour prendre le Seahorse : après trois heures de pilonnage intensif par l’aviation et l’artillerie du 10e Marines, placée sous ses ordres par Patch, une attaque de diversion sera lancée depuis le Gifu, pendant que l’assaut décisif, confié au III/164e du lieutenant-colonel Hall (positionné de l’autre côté de la rivière qui sépare le Galloping Horse du Seahorse), devra enfoncer le flanc ouest de la position et la couper en deux. Malgré les avertissements du colonel Gilder Jackson, commandant le 6e Marines chargé de soutenir le 164e et qui souligne le raidissement de la résistance japonaise observé depuis plusieurs jours, Moore est optimiste : il espère nettoyer le Seahorse en trois jours. Pour préserver le moral de ses hommes (et pour s’assurer au préalable des points de passage nécessaires sur les cours d’eau qui protègent le Seahorse au nord, à l’est et à l’ouest), il décide que l’on fêtera (presque) normalement Noël et que l’attaque attendra le 26 décembre.
………
Guadalcanal, sur le Seahorse, 19h00 – Un coup de feu isolé retentit sur les pentes. Une silhouette portant un uniforme de lieutenant japonais s’effondre dans le no man’s land. Complètement humilié, le pauvre lieutenant n’a trouvé personne pour accepter même de l’assister dans un seppuku traditionnel et y a renoncé. A défaut de mourir comme un samouraï, une balle dans la bouche l’a arraché à ses tourments, mais ne lui a pas rendu son honneur.


25 décembre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal, 03h00
– Le CC Iishi jette un dernier regard aux coques des G-1 et G-3 qui s’enfoncent lentement dans l’eau, les flancs défoncés par des charges d’explosifs, avant de donner le signal du départ. La petite flottille, à présent composée de trois vedettes lance-torpilles lourdes – G-352, G-353 (sur laquelle Iishi a pris place) et G-354 – des deux dernières vedettes légères – G-10 et G-11 – et de la canonnière H-15, s’éloigne aussi discrètement que possible de Guadalcanal, à petite vitesse. Dès qu’elle s’engage dans le Slot, Iishi fait monter à 20 nœuds, direction les Shortland.
Mais la chance n’est pas avec lui. Peu après l’aube, au nord des îles Russell, les vedettes sont repérées par un PBY de Tulagi qui vient de commencer sa patrouille. Certain que d’autres avions américains ne vont pas tarder à arriver, Iishi ordonne de monter à 25 nœuds malgré le fait que les vedettes soient très chargées (elles emmènent toutes quelques hommes du personnel d’entretien de l’escadrille) et il fait mettre le cap sur la Nouvelle-Géorgie. Il espère se réfugier près du rivage.
Mais le Catalina ne lâche pas prise. Apparemment, son pilote a un compte à régler avec les vedettes lance-torpilles : il a en effet décidé de guider jusqu’à elles les appareils qui ont décollé d’Henderson Field.
………
Henderson Field – Des vedettes rapides ! Ce n’est pas un gibier courant pour les avions d’attaque de la Cactus Air Force. Désireux de conserver un maximum d’avions pour assurer une bonne préparation de l’offensive contre le Seahorse, ou en prévision du repérage d’une cible plus juteuse, l’officier chargé de l’organisation des raids a décidé d’envoyer huit Dauntless, faisant confiance à la précision des bombardiers en piqué, couverts par quatre Wildcat. Au dernier moment, il décide de remplacer quatre des Dauntless par quatre P-39. Un jeune sous-lieutenant pilote l’a en effet convaincu qu’un canon pourrait bien être une meilleure arme anti-vedettes rapides qu’un chargement de bombes.
Aux commandes de l’un des P-39, le sous-lieutenant en question, un nommé Ostric ! Il ne s’agit bien entendu pas du célèbre Miha Ostric, qui se trouve au même moment très occupé en Mer Egée, mais de Rudolph Ostric, une sorte de tête brûlée qui s’est déjà fait une réputation de risque-tout dans cette île qui n’en manque pas. Rudolph est un vrai Américain : venant de Belgrade, son père est arrivé aux États-Unis en 1919, il y a épousé l’année suivante une Italienne et notre sous-lieutenant est né à New York en 1921. Rudolph tient son prénom de l’admiration que vouait sa mère à feu Rudolph Valentino. Le dit prénom lui a valu d’être surnommé “Tino” dans son escadrille, d’où une série de bagarres homériques. Le jeune homme a pratiquement appris par cœur les articles que Donald Lincoln, dans le New York Herald, a consacré à Miha Ostric, dont Rudolph est convaincu d’être un cousin. Cependant, ce cousinage revendiqué, s’il lui a valu quelques succès féminins, lui a surtout rapporté les sarcasmes des autres pilotes, prompts à lui rappeler que, malgré son ardeur combative et la précision de son tir, son tableau de chasse compte plus de jeunes filles en fleur que d’avions japonais – il est vrai que, depuis l’arrivée de son squadron sur Guadalcanal, il a le plus souvent été chargé de missions d’attaque au sol. Aussi, entendant dire qu’on avait repéré des vedettes rapides, Rudolph a supplié qu’en guise de cadeau de Noël, on l’envoie sur place prouver au monde entier que l’attaque de ces petits navires est bien une tradition familiale !
………
Au large de la Nouvelle-Géorgie – Guidé par le PBY, le raid venu d’Henderson Field n’a aucune difficulté à repérer les bateaux d’Iishi, d’autant que ces derniers laissent derrière eux de superbes sillages. Alors que les Wildcat restent à l’affut d’éventuels chasseurs japonais, les Dauntless piquent sur les petits navires, mais ceux-ci virevoltent follement tout en tirant de toutes leurs pièces et les SBD doivent se contenter de cribler d’éclats la G-352, qui a plusieurs morts mais n’est pas gravement touchée.
Sur ce, surviennent une demi-douzaine d’A6M2-N “Rufe”, mais les Wildcat font bonne garde et les repoussent, non sans en avoir abattu deux.
Dans la confusion, Rudolph Ostric pique tout seul, comme son prétendu cousin, sur la vedette H-15 (qu’il a repérée parce que c’est elle qui a la plus forte DCA !). Il affirmera plus tard n’avoir pas entendu son leader s’égosiller à la radio pour le rappeler. Appliquant la recette décrite avec précision par Donald Lincoln, Ostric multiplie les passes de loin, hors de portée de la DCA de sa cible, mais parvient à mettre au but une série d’obus de 37 mm, incendiant le petit bâtiment. Une explosion finit par déchiqueter la H-15, lançant Rudolph Ostric dans une série de tonneaux victorieux !
Pendant ce temps, lassé de vouer son équipier aux gémonies, le leader des P-39 a conduit les autres appareils à l’attaque de la malheureuse G-352, qui avait le malheur de fumer un peu après avoir été ratée de peu par une bombe. Secouée par de nombreux impacts, la vedette perd de la vitesse et se laisse distancer par le reste de la flottille avant de succomber. Mais l’attaque des trois P-39, si elle a été brutale et décisive, a été menée sans souci de la DCA et l’un des attaquants se retrouve à l’eau (le pilote sera repêché par le Catalina qui avait repéré les vedettes).
De son côté, Iishi, avec les quatre dernières vedettes, parvient à s’échapper à la faveur d’un grain. Il va trouver refuge près de la côte de Nouvelle-Géorgie.
Rudolph Ostric sera cité pour son exploit, qui lui vaudra de payer une gigantesque tournée à tout son squadron et d’écoper de quinze jours d’arrêts de rigueur pour indiscipline flagrante (ce qui, sur Guadalcanal, n’était pas une punition trop sévère, vu le quotidien des pilotes…). Mais le service de presse de la Navy, souvent bien peu soucieux de ce qui fait la force principale des armées [la discipline, pour ceux de nos lecteurs les moins connaisseurs de la chose militaire], ne manquera pas de donner une large publicité à la victoire d’Ostric-le-cousin-américain. Un journaliste facétieux intitulera même l’un de ses articles : « Why are there so many Ostriches in the Air Force ? »
Cet humour douteux aurait sans doute laissé de marbre Iishi, dont les quatre dernières vedettes ont atteint les Shortland en fin de journée, s'il en avait eu connaissance. Il ne semble pas non plus que l’autre Ostric, de son côté de la planète, ait eu vent de l’affaire – il est vrai qu’il avait alors bien d’autres sujets de préoccupation !


Dernière édition par Casus Frankie le Sam Avr 26, 2014 19:18; édité 1 fois
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