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Texte intégral Asie-Pacifique Octobre 42
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sting01



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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 02:30    Sujet du message: Répondre en citant

Donc mes observationsetaient fondees, merci pour cela.

LE texte est bon.

Perso, je verrais les moines se rendre chez les Thais (fellow boudhist), et negocier avec eux une entree dans la ville , par un mouvement rapide est decisif, au nez et a la barbe des allies japonais. Le tout contre un respect des lieux saints de la ville, et un depart rapide des populations civiles.

Donc, la ville est sauve, les civiles peuvent decampes, les japonais sont ramenes a leur niveau exacte (des troupes de soutient pour les glorieuses armees thais, du moins ce sera ainsi que Pittbull le comprendra), les troupes francaises pouvant une fois de plus pratiquer l'art complexe du repli par echelon retroactif face a des troupes japonaises certes plus nombreuses, mais fatiguees.

De toute maniere, mes felicitations, car je pensais que seulement 2 options etaient ouvertes, et tu as trouve une 3eme qui est tout a fait possible
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sting01



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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 02:32    Sujet du message: Répondre en citant

Et desoler pour le retard, et le peu de lecture, le nouveua iOs7 a complement fait foirer notre 'google map' qui comporte plus de 1200 markers (1 par hotel dans une ville) pour certaines citees; et je suis pret a me faire sepuku car je ne trouves pas de solutions Sad Sad Sad donc l'esprit ailleur ce dont je vous prie de m'excuser.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 09:17    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Sting.
Bon, disons que les moines auraient voulu aller voir les Thaïlandais, mais que les officiers français ont râlé qu'on n'allait pas tout lâcher sans se battre, et aux Thaïs en plus, et que les Laotiens ont dit que les Thaïs n'étaient même pas digne de (etc) Wink
Et puis les moines se sont dit qu'il y avait aussi des bouddhistes chez les Japonais : pourquoi pas le général Nobory ?...
Encore merci !
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 09:35    Sujet du message: Répondre en citant

28 octobre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
« Depuis trois jours, les Japonais ont réussi à installer une batterie d’artillerie lourde (du 155 sans doute) à portée d’Henderson Field. C’est bien gênant – par bonheur, ils ne doivent pas avoir beaucoup de munitions [en effet, les obus arrivent jusqu’aux canons littéralement au compte-gouttes] et on ne voit tomber qu’un obus toutes les dix à quinze minutes. Les Marines ont surnommé ces canons Pistol Pete. Le chiendent, c’est que dans cette jungle, on n’arrive pas à les repérer pour les faire taire. Heureusement, les Seabees arrivent à réparer intégralement la piste en moins de quarante minutes après un impact de 155. Mais ça les perturbe un brin d’entendre qu’on leur tire dessus au canon alors qu’ils sont en plein boulot. « C’est pas grave, m’a dit un de leurs officiers, le tout est d’entendre la détonation et de se tirer vite fait avant que l’obus arrive – comme il suit une trajectoire en cloche, il met un petit moment. Mais c’est un jeu que n’apprécierait pas votre compagnie d’assurances. » Il va quand même falloir régler ce problème assez vite. » (Y. Lagadec, op. cit.)
………
Ironbottom Sound – Deux MTB américaines interceptent un petit convoi japonais au large de la côte ouest. Une attaque “selon le manuel” leur permet d’envoyer par le fond, en ne dépensant que deux torpilles, un ex-chalutier de 250 GRT, avant de s’échapper sans être vues.


29 octobre
Campagne de Nouvelle-Guinée
Région de Buna
– Depuis huit jours, Vasey travaille à faire franchir par les brigades de sa 7e Division AMF les crêtes des chaînes Owen Stanley, dont Hydrographer’s Range.
Quand elles atteignent enfin la plaine côtière, c’est pour trouver les Japonais regroupés autour de Buna (sur la côte de la Mer des Salomon, loin au sud de Lae) dans un périmètre allant de Gona (sur la côte, au nord-ouest de Buna) à Soputa (à l’intérieur, au sud-ouest de Buna) et à Dobodura (près de la côte, au sud-est de Buna). Le 144e Régiment (maintenant commandé par le colonel Yazawa) a beaucoup souffert, mais il reste l’élément principal de la défense japonaise. Il est soutenu par le 41e Régiment, qui a construit des dépôts de ravitaillement et développé les bases japonaises sur la côte de Papouasie. Chaque garnison possède de petites embarcations qui assurent les communications entre elles avec la principale base japonaise en Nouvelle-Guinée, à Lae. Les Japonais manquent d’artillerie – mais moins que les Australiens. Par contre, ils manquent d’hommes.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– De fortes pluies réduisent les deux camps à prendre leur mal en patience dans la boue. Même les obus des canons lourds japonais s’enfoncent dans la boue à l’arrivée et font peu de dégâts.

La guerre sino-japonaise
Les premiers pas de la nouvelle Chine
Chungking (Tchoung-king)
– Wendell Wilkie, le battu des élections présidentielles de 1940, a été envoyé par Roosevelt faire le tour du monde pour rendre visite aux alliés de l’Amérique, au nom de l’union sacrée qui doit régner aux Etats-Unis. Son arrivée en Chine marque l’accomplissement des réformes politiques entreprises par Tchang Kai-chek depuis plus d’un mois, avec l’aide énergique de T.W. Sung.
L’évolution la plus visible pour le quotidien des Chinois est cependant l’amélioration des infrastructures locales de transport et de communications obtenue grâce aux efforts entrepris par les Alliés dès le printemps 1942. Ces infrastructures sont encore très limitées, mais comme elles n’existaient pas, ou presque, auparavant, la plus petite amélioration a un effet hors de proportion avec sa taille.
Encore plus important, mais pour l’instant moins visible : le programme de stabilisation du yuan a commencé. T.W. Sung a convaincu Tchang Kai-chek qu’il était dangereux de faire appel sans limite à l’émission monétaire – dangereux et inutile : les Japonais ont imprimé cent milliards de Yuans pour aggraver l’inflation chinoise et les billets imprimés par le KMT n’ont plus aucune valeur. Après s'être dit très surpris par cette révélation, Tchang a accepté le programme de stabilisation monétaire et de ralentissement de l’inflation. La transformation d’une grande partie des avoirs chinois aux Etats-Unis en yuans d’argent a permis la création d’une devise de référence stable et respectée impossible à contrefaire en pratique. Bien entendu, les monnaies d’argent resteront rares et le taux d’échange yuan d’argent contre papier monnaie très élevé, mais dès sa mise en circulation, la seule existence du yuan d’argent va rassurer les acteurs économiques chinois.
L’Armée Nationale Révolutionnaire est évidemment l’une des principales cibles du programme de réformes. Dans le cadre du programme anti-corruption, il est maintenant interdit aux soldats de rançonner les paysans pour leur prendre leurs stocks de nourriture. De nombreux officiers ont en effet pris l’habitude d’aller bien au-delà des réquisitions pour nourrir les troupes, afin de revendre les surplus d’aliments aux paysans eux-mêmes, voire aux Japonais ! Tchang Kai-chek avait interdit à plusieurs reprises cette pratique – mis au pied du mur par les Américains, il se résout à faire appliquer ses directives ; des dizaines d’officiers seront fusillés pour cette seule raison.
Le nouveau chef d’état-major, le général Chen, a décidé d’interrompre la conscription sans discrimination des paysans. Il a expliqué à ses subordonnés que le très bon comportement des forces des 9e et 10e Zones de Guerre a démontré sans doute possible que les conseils dispensés par les missions militaires… allemandes dans les années 1930 étaient corrects. Ces conseils avaient d’ailleurs été approuvés à l’époque par Tchang Kai-chek, ce qui permet au Généralissime (il a conservé jalousement ce titre) de se prévaloir d’avoir eu raison avant tout le monde, Occidentaux compris.
En résumé, l’ANR a besoin de moins de troupes, mais mieux équipées et mieux entraînées. Le général Chen entame ce que W.H. Donald décrira comme « une décompression explosive ». En tout, cinq cent mille conscrits de fraîche date seront renvoyés à leurs villages. Très souvent (mais malheureusement pas dans tous les cas, loin de là), ils vont même pouvoir y retourner avec quelque chose, et non comme des réfugiés sans le sou et affamés. Dans quelques villages, ceux reliés par radio à un centre important (et leur nombre augmente peu à peu), une partie des hommes démobilisés sont rassemblés par les autorités locales en unités de milice pour lutter contre les bandits. La nouvelle que ces miliciens ont droit à quelques armes et reçoivent même parfois une paie (en nature le plus souvent) va vite se répandre et les milices locales se révéleront bientôt comme un agent stabilisateur précieux. Elles permettront d’accueillir les troupes démobilisées par les seigneurs de la guerre, qui, en pareil cas, formaient en général pour survivre des bandes de brigands.
« Au fur et à mesure des réformes allait apparaître un fossé entre les forces de l’ANR et celles des seigneurs de la guerre. Ceux-ci, n’ayant que peu ou pas accès aux armes livrées par les Occidentaux, n’eurent pas d’autre choix que de faire passer leurs troupes sous le commandement de l’ANR et/ou d’en réduire le nombre. Cette réduction ne nécessita d’ailleurs, bien souvent, qu’une meilleure comptabilité. Ainsi, le seigneur de la guerre du Sé-Tchouan (Sichuan), un homme qui redoutait qu’on l’assassine au point de faire inspecter les melons qu’il mangeait pour y rechercher des traces d’injection de poison, affirmait disposer de 350 000 hommes – mais il apparut vite que ses forces n’en comptaient que 200 000, car lui-même et ses officiers gonflaient leurs rôles pour obtenir davantage d’argent. Comme, pour ces 200 000 hommes, il n’avait que 75 000 fusils disparates et vingt pièces d’artillerie dignes d’un musée, il dut accepter de transformer son armée de 350 000 fantômes en une milice de 75 000 hommes (démobilisant au passage 125 000 hommes). Une telle force devait largement suffire à entretenir sa réputation comme gouverneur de province, mais les prébendes qu’elle lui valait étaient réduites d’autant et ses capacités combatives étaient dépassées chaque jour davantage par celles des unités de l’ANR du gouvernement central.
Au départ, Tchang Kai-chek rejetait cette évolution. C’était un Chinois traditionaliste, il avait peu de temps pour écouter les étrangers et il était fermement convaincu qu’en matière de soldats (comme le dirait un peu plus tard Staline) « la quantité a une qualité qui lui est propre ». Néanmoins, il commença à changer d’avis quand il constata que disposer d’un nombre relativement restreint de troupes de meilleure qualité modifiait considérablement l’équilibre établi entre lui et les seigneurs de la guerre. Ces derniers n’y pouvaient rien. Les “diables étrangers” ne leur donnaient aucun matériel, tout était confié au gouvernement central. Et chaque fois qu’un officiel du KMT était pris à voler du matériel pour le vendre à un seigneur de la guerre, Tchang Kai-chek était conduit à faire respecter par de lourdes sanctions ses décisions prises quinze ans plus tôt : en effet, un tel délit n’était pas seulement une violation de ses ordres, mais une menace directe pour le contrôle de plus en plus marqué que son gouvernement exerçait sur la Chine et sur ses possibilités d’action. »
(D’après Jack Bailey, Canberra University Press : Birth of Modern China, 1996)


30 octobre
Campagne de Birmanie
Opération Fauconneau / Falconet
Ile d’Elphinstone, face à la côte sud-est de la Birmanie
– Rapport mensuel du colonel d’Astier de la Vigerie.
Installations – Les reconnaissances côtières nous ont permis de repérer plusieurs cours d’eau au débit suffisant pour que nos bateaux de pêche puissent les remonter sur une bonne distance. Nous envisageons à terme d’installer des camps pour accueillir d’autres équipes Fauconneau, capable de ravitailler des équipes d’action ou des mouvements de résistance structurés. Nous pouvons d’ores et déjà prévoir d’y enterrer quelques munitions et tester la sûreté des sites en question.
Contacts – La population locale est agitée par des histoires de plus en plus fréquentes concernant le comportement de la soldatesque japonaise. On parle de paysans ou de pêcheurs rançonnés, d’autres décapités au sabre pour avoir tenté de résister au pillage. Des filles auraient été enlevées dans des villages et envoyées dans un bordel réservé aux Japonais – ces derniers affirment évidemment que les pensionnaires de l’établissement sont volontaires, mais cela n’empêche pas la naissance de tensions.
Activités japonaises – Si la population locale s’agite quelque peu, les soldats de la garnison semblent s’installer dans la routine. Peut-être pour donner le change, des affiches ont fait leur apparition en ville, vantant la coopération avec l’empire nippon pour un avenir radieux, et proposant aux jeunes hommes de s’enrôler dans une milice moyennant des avantages substantiels. Par ailleurs, il semble que les éléments de la 33e Division qui occupaient la région aient été remplacés par des éléments de la 27e DI. La 33e serait partie vers le nord, sans autre précision (il peut s’agir aussi bien de la Birmanie que de l’Indochine ou de la Chine). Les effectifs sont inchangés.
Pas de changement dans le rythme des patrouilles côtières. Les équipes de reconnaissance sont à peu près toujours des marins, dont les patrouilles sont des plus succinctes.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Région de Buna
– Pendant que les 18e et 21e Brigades AIF travaillent à améliorer les passages sur la Kumusi et à créer un réseau de dépôts de ravitaillement (à Popondetta notamment), une partie des hommes de la 25e Brigade chemine jusqu’à Kokoda par voie de terre, mais les autres ont de la chance : ils sont transportés par avion jusqu’à Abel’s Field, 100 km environ au sud d’Oro Bay, au nord-est des Owen Stanley . Cette partie de la brigade et quelques Papuan Rifles forment de petits groupes qui vont occuper la péninsule du cap Nelson, tâche qui va leur demander une quinzaine de jours. Ils couvrent ainsi le flanc sud de la 7e Division, lui permettant de consacrer l’essentiel de ses forces à réduire les défenseurs de Buna.
Mais du côté de Buna même, il faudra encore des semaines avant de vraiment lancer les opérations.

Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Le plan japonais semble fonctionner comme prévu.
Les tirs de l’artillerie lourde nippone sont rares – un obus toutes les quelques minutes. Les munitions sont comptées et il n’y a que six pièces disponibles, mais ces quelques obus gênent sévèrement l’activité d’Henderson Field.
Malgré les reconnaissances aériennes et l’utilisation d’appareils de détection du son, la jungle rend tout repérage précis impossible. « Il va falloir aller chercher ces foutus canons ! » grogne le colonel Puller (qui n’a pourtant pas l’air trop fâché d’être ainsi conduit à prendre l’offensive). L’attaque démarrera le 1er novembre à l’aube.


31 octobre
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Poursuite des activités de patrouilles.

La guerre sino-japonaise
Rubrique People à la chinoise
Chungking (Tchoung-king)
– Wendell Willkie a été soigneusement informé sur la situation en Chine, à Washington d’abord, à Rangoon ensuite, lors de réunions organisées par l’ambassadeur Gauss (et parfois réservées aux Américains). Il a notamment rencontré le général Wavell et le général Stillwell (lequel, mis sur la touche en Chine, a exprimé librement sa rancœur contre les dirigeants du pays). L’ancien candidat des Républicains n’a donc pas été impressionné par la cérémonie de bienvenue organisée à Chungking, avec ses milliers d’enfants agitant des drapeaux et son défilé militaire. Même la participation soigneusement orchestrée du fils adoptif de Tchang n’a pas eu l’effet espéré par le Généralissime.
A Chungking, Willkie rencontre Chennault – celui-ci est surveillé de près par Washington, notamment en raison de l’état catastrophique des aérodromes et des autres infrastructures, qu’il lui a bien fallu admettre lorsque le gouvernement américain lui a enfin envoyé les avions qu’il réclamait depuis si longtemps. Le scandale du trafic de carburant a aussi fait douter de sa crédibilité dans tout autre rôle que celui de pilote. A l’arrivée de Willkie, Chennault et son état-major logistique sont en état de guerre froide : lui déteste cette équipe, qu’il considère comme une bande de bureaucrates que Washington lui impose et dont le seul but est de lui mettre des bâtons dans les routes ; eux le regardent comme un aviateur doué, mais « à peu près aussi compétent qu’un cactus en matière de logistique et de ravitaillement ». Par bonheur, à la suite d’une série de violentes disputes, tous ont compris que personne ne pourrait poursuivre la guerre sans l’autre camp. De plus, tous ont affaire aux Chinois, ce qui minore fortement, par contraste, l’ampleur de leurs désaccords.
Mais Willkie n’a pas spécialement l’occasion de s’entretenir avec Tchang. En revanche, il a dès son arrivée dans la capitale du Kuo-Min-Tang fait la connaissance de Madame Tchang : Meiling. Celle-ci considère la visite de cet homme politique américain de premier plan comme l’occasion rêvée d’accroître son influence dans les sphères dirigeantes des Etats-Unis. Les Chinois n’ont-ils pas surnommés les trois sœurs Sung « Celle qui aime la Chine (Chingling), celle qui aime l’Argent (Ailing) et celle qui aime le Pouvoir (Meiling) » ?
Deux jours après l’arrivée de l’envoyé américain, l’ambassade organise une grande réception. Gardner Cowles, éditeur du magazine Look et grand ami de Willkie, l’a accompagné en Chine et il est bien sûr de la fête. A la tombée de la nuit, Willkie lui demande de le remplacer auprès des invités, sans lui cacher qu’il désire « s’isoler un moment » avec Meiling. Une heure plus tard, l’éditeur rentre à la résidence qu’il partage avec Willkie, à côté de l’ambassade. Cowles racontera la suite dans ses mémoires, dont la véracité est parfois contestée – mais dont l’éventuelle inexactitude ne semble pas pouvoir être démontrée.
« Peu après neuf heures, il y eut un grand vacarme dans la cour d’entrée. Le Généralissime fit son entrée, visiblement furieux. Il était accompagné de trois gardes du corps, chacun armé d’une mitraillette. Vibrant de rage contenue, il s’inclina froidement et je lui rendis sa courbette avec la courtoisie de rigueur. Tchang demanda où était Willkie, je répondis que je l’ignorais et je lui offris du thé. Nous bûmes dans un silence de cathédrale, puis le généralissime répéta sa question, à laquelle je répondis comme la première fois. Soudain, il se rua dans la maison, suivi par ses trois hommes. Il se mit à fouiller chaque pièce, ouvrant tous les placards et regardant sous tous les lits avant de s’en aller dans avoir rouvert la bouche.
Je décidai de ne pas me coucher, mais j’abandonnai le thé pour le Scotch.
A quatre heures du matin apparut un Willkie enchanté, frétillant – à 50 ans ! – comme un lycéen qui vient de coucher avec la plus belle fille de sa classe. Il m’expliqua qu’il avait passé le début de la nuit « avec Meiling », dans un appartement qu’elle avait en haut du bâtiment de l’hôpital des femmes et des enfants, sous la protection des gardes du corps personnels de Madame. Après m’avoir raconté en détails (et avec des soupirs ravis) ce qui s’était passé entre eux, il conclut qu’il lui avait proposé de repartir pour Washington avec nous ! J’étais horrifié. « Wendell, lui dis-je, tu n’es qu’un fichu imbécile ! C’est vrai, Meiling est sûrement l’une des femmes les plus belles, les plus intelligentes et les plus… sexy, oui, que j’aie jamais vues, mais tu es un homme politique. Tu dois être discret. Toute la ville doit déjà en parler et le Généralissime lui-même se doute de quelque chose, ou pire. » Il me traita de jaloux et de divers autres noms, puis alla se coucher. J’espérai que quelques heures de sommeil le calmeraient, mais au petit déjeuner, il n’avait pas changé d’idée. Une furieuse dispute suivit. A bout d’arguments, je lui dis qu’il ne pourrait jamais plus être candidat à la Présidence s’il avait une liaison avec Meiling. Il finit par se laisser fléchir, mais il me demanda d’aller expliquer à Madame Tchang qu’il leur était impossible de retourner ensemble aux Etats-Unis. »

Selon les historiens qui ajoutent foi à ce témoignage, cet épisode digne d’un vaudeville est responsable de la crise aiguë qui va survenir les jours suivants dans les relations entre Tchang Kai-chek et les Occidentaux.
« Quelques heures avant son départ, Wendell Willkie signa avec Tchang Kai-chek une série d’accords dont la plupart étaient prévus de longue date, mais dont l’un venait d’être ajouté à la liste. Selon ce traité, les Etats-Unis d’Amérique renonçaient à tous leurs droit territoriaux en Chine, abandonnaient leurs concessions et promettaient d’agir auprès de leurs alliés britanniques et français pour que ces derniers en fassent autant au plus vite – ce qui fut le cas quelques semaines plus tard. Sans doute l’abandon des concessions n’eut-il pas d’effet concret sur le moment (toutes étaient occupées par les Japonais), mais c’était un geste diplomatique propre à calmer un amour-propre écorché.
Britanniques et Français obtinrent cependant un codicille confirmant leur bail de 99 ans (jusqu’en 1999) pour deux territoires situés près de Canton (Guangzhou) : Hong-Kong pour le Royaume-Uni et Kouang-Tchéou-Wan pour les Français. Pour les Britanniques, il était même prévu que le bail serait renouvelable tous les dix ans, sous réserve d’une rente annuelle versée au gouvernement chinois en bon argent-métal par la Couronne (les Français auraient, semble-il, souhaité en faire autant, mais ils n’étaient pas en fonds…). Les versements anglais commencèrent immédiatement, soit avec un demi-siècle d’avance – cet artifice devait permettre au Royaume-Uni de soutenir financièrement le KMT sans provoquer de protestations à la Chambre des Communes. »
(D’après Jack Bailey, Canberra University Press : Birth of Modern China, 1996)
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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 10:02    Sujet du message: Répondre en citant

Elles permettront d’accueillir les troupes démobilisées par les seigneurs de la guerre, qui, en pareil cas, formaient en général pour survivre des bandes de brigands.

Phrase inutilement longue et compliquée, avec plusieurs sujets.
Elles permettront d’accueillir les troupes démobilisées par les seigneurs de la guerre. Évitant, que ces hommes - pour survivre-ne rejoignent les bandes de brigands.

Citation:
« Au fur et à mesure des réformes allait apparaître un fossé entre les forces de l’ANR et celles des seigneurs de la guerre. Ceux-ci, n’ayant que peu ou pas accès aux armes livrées par les Occidentaux, n’eurent pas d’autre choix que de faire passer leurs troupes sous le commandement de l’ANR et/ou d’en réduire le nombre. Cette réduction ne nécessita d’ailleurs, bien souvent, qu’une meilleure comptabilité. Ainsi, le seigneur de la guerre du Sé-Tchouan (Sichuan), un homme qui redoutait qu’on l’assassine au point de faire inspecter les melons qu’il mangeait pour y rechercher des traces d’injection de poison, affirmait disposer de 350 000 hommes – mais il apparut vite que ses forces n’en comptaient que 200 000, car lui-même et ses officiers gonflaient leurs rôles pour obtenir davantage d’argent. Comme, pour ces 200 000 hommes, il n’avait que 75 000 fusils disparates et vingt pièces d’artillerie dignes d’un musée, il dut accepter de transformer son armée de 350 000 fantômes en une milice de 75 000 hommes (démobilisant au passage 125 000 hommes). Une telle force devait largement suffire à entretenir sa réputation comme gouverneur de province, mais les prébendes qu’elle lui valait étaient réduites d’autant et ses capacités combatives étaient dépassées chaque jour davantage par celles des unités de l’ANR du gouvernement central.
Au départ, Tchang Kai-chek rejetait cette évolution. C’était un Chinois traditionaliste, il avait peu de temps pour écouter les étrangers et il était fermement convaincu qu’en matière de soldats (comme le dirait un peu plus tard Staline) « la quantité a une qualité qui lui est propre ». Néanmoins, il commença à changer d’avis quand il constata que disposer d’un nombre relativement restreint de troupes de meilleure qualité modifiait considérablement l’équilibre établi entre lui et les seigneurs de la guerre. Ces derniers n’y pouvaient rien. Les “diables étrangers” ne leur donnaient aucun matériel, tout était confié au gouvernement central. Et chaque fois qu’un officiel du KMT était pris à voler du matériel pour le vendre à un seigneur de la guerre, Tchang Kai-chek était conduit à faire respecter par de lourdes sanctions ses décisions prises quinze ans plus tôt : en effet, un tel délit n’était pas seulement une violation de ses ordres, mais une menace directe pour le contrôle de plus en plus marqué que son gouvernement exerçait sur la Chine et sur ses possibilités d’action. » (D’après Jack Bailey, Canberra University Press : Birth of Modern China, 1996)


Au passage, pour se débarrasser des Seigneurs de la guerre, Tchang peutr s'inspirer de Charles VII. Il les envoie attaquer une importante position japonaise sous le commandement d'un de ses généraux. Le général a -secrètement- l'ordre d'échouer et de perdre la plus grande partie de ses hommes. Au retour, Tchang fait juger les seigneurs de la guerre pour l'échec de l'offensive et les faits exécuter. Il récupère ensuite les troupes survivantes - forcément les meilleurs - et les incorpore à l'armée. C'est comme ça que Charles VII s'est débarrassé des Écorcheurs ces mercenaires/brigands qui terrorisaient la France.
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 10:30    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Merci Sting.
Bon, disons que les moines auraient voulu aller voir les Thaïlandais, mais que les officiers français ont râlé qu'on n'allait pas tout lâcher sans se battre, et aux Thaïs en plus, et que les Laotiens ont dit que les Thaïs n'étaient même pas digne de (etc) Wink
Et puis les moines se sont dit qu'il y avait aussi des bouddhistes chez les Japonais : pourquoi pas le général Nobory ?...
Encore merci !


En apparte, donc n'en tient pas compte pour ta redaction, ton raisonement est tres cartesien, trop meme dirais je. Et ne tient pas compte des relations personels existant entre les Laotiens (anciens colonises par les Thais) et les Thais (qui sont en grande majorite soit d'ascendance kmehr soit d'ascendance laotienne; ce que nous definissons come Thai-thai a ce jour est en fait la minorite thai-chinoise).

Donc, meme si je n'aime pas mon cousin au 3eme degre, je prefererai faire affiare avec lui, qu;avec un parisien venant avec son grand bec et ses bottes (du moins c'est ainsi que nous autres franc comtois nous raisonons et c'est ainsi que les Laotiens, et les thais , raisonnent).

Le concept de discussion entre boudhistes est un simple sauvetage de face , offert aux japonais (au nom de l'Amour e Boudha, au nom de la difference culturelle et le respect des membres de la grande Asie ...). En fait , les moines vinrent avec 1/3 des cloches (en or) des temples, et les offrirent afin de decorer le palais royale, et les pagodes s'y tenant (A visiter cela vaut le coup d'oeil), et afin de faire un ensemble avec le boudha de jade).
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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 10:49    Sujet du message: Répondre en citant

Merci de vos toujours précieux commentaires, qui vont nous permettre de réclamer une subvention du ministère de la Culture pour la FTL... Cool
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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 12:13    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Chennault et son état-major logistique sont en état de guerre froide : lui déteste cette équipe, qu’il considère comme une bande de bureaucrates que Washington lui impose et dont le seul but est de lui mettre des bâtons dans les routes


"dans les roues", plutôt?

Ou c'est encore une de ces expressions françaises absconses que tout le monde écrit faux? Cool
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MessagePosté le: Mer Oct 09, 2013 18:26    Sujet du message: Répondre en citant

Non, c'est juste une de ces coquilles (ne pas oublier le q...).
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Casus Frankie

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sting01



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MessagePosté le: Jeu Oct 10, 2013 02:07    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Merci de vos toujours précieux commentaires, qui vont nous permettre de réclamer une subvention du ministère de la Culture pour la FTL... Cool


Dois je noter une certaine ironie Razz

Plus serieusement, il me semble que les dits commentaires furent demandes par l'auteur, j'ai simplement essaye de les justifier. Les gens dependant de l'endroit ou ils vivent, et de la culture de la place, vont avoir des reactions tres differentes de celles du francais moyens, voire meme completement irrationels pour une personne empreinte de cartesiansime; alors que la dite reaction ou decision sera en fait pleinement logique pour les natifs du cru.

Le plus simple pour verifier est d'aller dans un village de Franche Comte, du genre Ivrey, ou Onay, voir meme Aiglepierre, exotisme garanti, depaysagement complet, choc des cultures assures! ET avec un peu de chance, vous chercherez la route nationale pour les 5 prochaines annees (une blague eculee, mais qui fait toujours rires les gosses).

Donc ecrire sur les relations au milieu des rizieres d'Asie, implique un minimum de comprehension sur la maniere de penser et de vivre que les locaux ont depuis des milenaires (ces zones sont habites depuis au moins 3000 ans par les memes populations que celles d'aujourdhui).
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La can can-can, cancouillote,
c'est pas fait pour les francois.

Anscarides je suis ne,
heritier de la Comte je serai.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Oct 10, 2013 06:44    Sujet du message: Répondre en citant

Mais non, Sting, pas la moindre ironie, sinon dans le fait que je doute fort d'obtenir une subvention ministérielle - malgré que nous la méritions.
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MessagePosté le: Jeu Oct 10, 2013 21:34    Sujet du message: Répondre en citant

Au 3 octobre
Citation:
Sur le terrain, les officiers de la 24e Division, enhardis par leur supposé succès de la veille, sont convaincus de pouvoir rejeter les Yankees à la mer.

C'est la 2ème division qui est sur place, la 24e est en route au 6 octobre.

Question : OTL, c'est la 38e division qui arrive pour seconder la 2ème. La 24ème quant à elle se trouve au Manchukuo. Pourquoi ces différences ?
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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MessagePosté le: Jeu Oct 10, 2013 23:21    Sujet du message: Répondre en citant

Désolé pour la coquille.
Pour la question : Hmmm, c'est plutôt ancien... Je ne parlerai qu'en présence de Cracou...
Rectifions : Coquille, bis. Le 24e Rgt d'artillerie lourde a contaminé d'une part l'endroit que tu as signalé, où "24" a remplacé "2", d'autre part l'identité de l'unité envoyée, qui devait être la 28e ("24" au lieu de "28"), comme c'est déjà écrit dans Novembre.
Bon, à présent pourquoi la 28e ?
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MessagePosté le: Jeu Déc 12, 2013 10:38    Sujet du message: Répondre en citant

Vous avez dû noter qu'en octobre et novembre, "Asie-Pacifque" présentait quelques trous.
Parménion nous a fourni quelques complément pour combler agréablement ces vides (octobre aujourd'hui, novembre bientôt)...
et attendre l'intégrale Asie-Pacifique de Décembre (un gros boulot, ce qui fait que d'ici là, nous aurons d'autres sujets d'intérêt).
Bonne lecture (en précisant que la première "note Chrono" ci-dessous n'est pas de Parménion, mais de Loïc !)


2 octobre
Campagne du Pacifique Sud
Iles Ellice (aujourd’hui Tuvalu)
– Le croiseur lourd Chester et les destroyers Buchanan, Farenholt et Duncan débarquent sur l’atoll de Funafuti une partie du 5th Marine Defense Battalion, une unité du génie de la Marine et quatre hydravions OS2U Kingfisher de reconnaissance. Des canons anti-aériens de 20 mm ainsi que des projecteurs doivent être livrés dans quelques jours, l’armement lourd (des canons de 90 mm) suivra plus tard.
La décision d’occuper préventivement l’atoll a été prise en urgence, après les survols répétés d’avions japonais vraisemblablement basés à Nauru, à la fin du mois de septembre. Ce sont ainsi un millier d’Américains qui vont cohabiter avec les quatre cents autochtones de cette colonie britannique (îles Gilbert et Ellice).

14 octobre
Campagne du Pacifique Sud
Guadalcanal
– Le ravitaillement débarqué la veille du malheureux Zane réserve une surprise de belle taille aux Marines chargés de son débarquement : quatre énormes caisses de bois renforcées et imperméabilisées, qui semblent chacune peser une tonne. Transbordées à grand peine sur le débarcadère en troncs de cocotiers qui sert de dock de fortune, elles s’enfoncent immédiatement, dès qu’elles atteignent la plage, dans le sable mou et humide. Au repos non loin de là, Chester Puller et ses camarades raiders sont sollicités pour les dégager et les porter en terrain moins meuble. Plusieurs heures d’efforts vont être nécessaires pour parcourir une centaine de mètres, mais les raiders ne rechignent pas à l’effort. Une telle protection, un tel poids, cela ne peut qu’être le signe d’une cargaison exceptionnelle ! Et les suppositions d’aller bon train : un nouveau type de mitrailleuse ? Des obus capables de perforer les bunkers des Japs ? Les amateurs de pulps évoquent même, à moitié sérieux, un rayon de la mort spécialement mis au point pour les Marines par E. E. Smith en personne…
Aussi, lorsque la première caisse est ouverte à coups de pied de biche, quelle n’est pas la surprise des Marines de se retrouver face à… des livres, des livres par centaines, qui se répandent sur le sol de la jungle. Et pareil dans les trois autres ! Incrédules, les raiders constatent non seulement qu’il s’agit d’un seul et même livre, mais qu’en plus il n’y a pas la moindre image. Puller raconte la suite de cette cocasse aventure :
« – Bordel, c’est quoi cette embrouille ?, s’exclama Drake, un petit jeunot pas forcément très futé mais qui, sur ce coup, résumait bien l’état d’esprit de tous les gars qui s’étaient crevés le cul à trimballer ces fichues caisses. Des bouquins ? Des putains de bouquins !
– Et même pas une seule photo de Mae West, geignit Mc Coy. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Nous apprendre à lire ?
– Nan, Mc Coy, c’est sûrement pas ça, tout le monde à Washington sait qu’il y a autant de chance que t’apprennes à lire que de voir Hiro Hito serrer la louche à Roosevelt à Pearl Harbour ce Noël, répliqua Lehnscherr.
C’est finalement Summers, un binoclard qu’on n’entendait pas souvent, mais qui était si bon tireur, le genre à glisser une balle dans la narine gauche d’un Jap à deux cents mètres, que personne ne l’embêtait, qui nous expliqua le truc.
– Il y a une lettre, là, dit-il.
– Pas possible, Summers, tu sais parler ? demanda Lebeau, un cajun de la Nouvelle-Orléans, l’air sincèrement surpris.
– Ta gueule, Lebeau. Alors, elle dit quoi, cette lettre, Summers ?
Il s’avéra que les caisses contenaient deux cent cinquante exemplaires des quatre volumes de l’édition de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse, publiée entre 1919 et 1923 chez Putnam. C’était un cadeau d’une association de professeurs des universités de l’Ivy League (1), désireux (disait la lettre) « d’aider nos braves soldats qui endurent les pires épreuves » en leur apportant le soutien et les leçons du « plus grand livre jamais écrit sur la Guerre ».
L’accueil réservé à ce cadeau oscillait entre le dégoût et l’admiration. Enfin, pour être exact, tout le monde tirait la gueule, sauf Summers, qui avait l’air positivement ravi et feuilletait déjà avec délectation les quatre volumes.
– Quand je pense qu’on aurait pu récupérer des munitions, de la bouffe, même des médocs, quoi, et qu’on se retrouve avec cette merde, soupira Drake. Et d’abord, c’est qui ce… Two-See-Die ?
– Thucydide, rectifia Summers, sans lever le nez de ses bouquins. Un très grand historien. Grec. Mort il y a longtemps. Puis il soupira à son tour. Dommage qu’ils n’aient pas également envoyé l’Anabase…
– Ola, qu’est-ce que j’entends ? Une base ? Ça parle de base-ball, tes bouquins, Summers ? demanda Lehnscherr, l’air soudainement intéressé.
– Pas vraiment, répondit Summers, mais le général dont il est question là-dedans, Alcibiade, c’est un peu le Babe Ruth de l’époque (2).
– Pas possible, contra Murdock, personne n’est aussi bon que le Babe. Ton Thucydide, il peut toujours essayer de battre le Babe et ses Yankees, aucune chance. Dans quelle franchise il jouait, cet Alcibiade ? Les Giants ? Les Red Sox ?
– Il n’y avait pas de franchises à l’époque, mais c’était le meilleur stratège de son temps. Et il était doué pour les discours.
– Alors lis-nous un de ses discours, je te parie que ça n’arrive pas à la cheville d’un discours du Babe, lança Murdock, bien décidé à défendre son favori.
– Comme tu veux, répondit Summers. Puis : Voilà, j’ai trouvé, c’est un chef-d’œuvre, écoutez bien : « Les pires ennemis d’Athènes ne sont pas ceux qui, comme vous, lui ont parfois fait du mal parce qu’ils se trouvaient en guerre avec elle, mais les gens qui ont contraint ses propres amis à devenir ses ennemis. L’amour de mon pays, que j’éprouvais lorsque je jouissais en sécurité de tous mes droits de citoyen, je ne l’éprouve plus lorsque je suis victime de l’injustice. J’ai le sentiment que la cité à laquelle je m’attaque n’est plus ma patrie et que je cherche plutôt à reconquérir un bien que j’ai perdu. Le véritable patriotisme ne consiste pas à s’abstenir de marcher contre sa patrie, quand on nous l’a injustement ravie, mais à la regretter au point d’être prêt à tout pour la recouvrer. » (3)
À la fin de cette tirade, on avait tous la gueule d’un Marine auquel le médecin-chef vient d’annoncer qu’il a chopé la chtouille après une fréquentation trop assidue des putes locales, et que la seule solution est de lui couper les couilles séance tenante, sans anesthésie.
– Aaah, gémit Murdock, je peux pas imaginer le Babe raconter un truc pareil...
– Si, moi j’ai compris, reprit Lehnscherr. Le Babe, il va faire ce genre de discours dans le vestiaire des Dodgers avant leurs matches, c’est pour ça que ces mauviettes ne gagneront jamais les World Series !
Suivit évidemment une bagarre générale entre partisans des Yankees et des Dodgers (4). »
(Chester D. Puller, op. cit.)
………
Il est difficile d’estimer l’impact de l’œuvre de Thucydide sur la conduite des opérations à Guadalcanal. La publication, à la fin des années 70, d’une lettre de Vandegrift à son épouse Mildred, dans laquelle il déclarait que « pendant les nuits d’insomnie, Thucydide était [son] seul réconfort », a conduit plusieurs historiens à réétudier les opérations sur l’île à la lumière des enseignements de l’historien grec. Cependant, cette théorie est abandonnée depuis que de nouvelles lettres de Vandegrift ont montré que la lecture vespérale de quelques lignes de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse faisait chez lui l’effet d’un puissant somnifère.
Quant aux Marines eux-mêmes, il est au moins avéré que Thucydide, dans une édition de qualité, a considérablement adouci leurs visites aux feuillées…


16 octobre
Campagne du Pacifique Sud
Guadalcanal, Red Beach
– Après leur déconvenue de l’avant-veille, Chester Puller et ses camarades sentent la chance tourner lorsqu’ils découvrent, échoué sur la plage, un bidon scellé couvert de caractères japonais, sans doute perdu lors d’une opération de transport nocturne.
« – Au moins, avec les Japs, on risque pas de tomber sur des bouquins, lança Lebeau, plein d’espoir.
– Et pourquoi pas ? répondit Summers le plus sérieusement du monde. Peut-être qu’il s’agit d’une traduction de Mein Kampf en japonais, qu’ils envoient pour motiver leurs troupes ?
D’un commun accord, on décida de motiver ce rabat-joie de Summers en lui confiant la corvée de chiottes du jour. En plus, Summers avait tort : le bidon contenait des bouteilles de saké, et la plupart étaient encore en bon état ! Elles circulèrent largement dans le bataillon, surtout qu’on venait d’apprendre qu’on embarquait le lendemain pour la Nouvelle-Calédonie, loin des moustiques, des balles des Japs et des obus de leurs mortiers.
Bon, au bout du compte, ce ne fut pas forcément une bonne idée d’avaler cette gnole. Le saké devait être frelaté, car on a tous passé les trois jours suivants à se tordre de douleur. Enfin, tous, sauf Summers… »
(Chester D. Puller, op. cit.).


18 octobre
Campagne du Pacifique Sud
Entre Red Beach et Henderson Field
– L’emploi du temps du lieutenant-commander Blundon, commandant le 6th Naval Construction Battalion, est, comme toujours, bien chargé. Ce soir, il doit en plus présenter son unité et les procédures qu’elle suit aux officiers du 6e Régiment de Marines, débarqué la veille. Devant ces jeunes gens tout neufs, à l’uniforme encore impeccable (enfin, autant qu’un Marines en opération peut espérer l’être sans abandonner le légendaire laisser-aller qui semble figurer en tête des exigences des recruteurs du corps), Blundon ne peut s’empêcher d’éprouver une pointe de jalousie et d’envier les douches chaudes dont vont abuser sous peu, en Nouvelle-Calédonie, les Raiders et les Paras qui viennent d’embarquer sur les transports qui ont amené le 6e Rgt. Il se console (un peu) en se disant que si ces bataillons de durs-à-cuire, fiers comme des coqs et vantards comme pas deux, n’ont pas totalement été anéantis par les assauts conjugués de la marine de Yamamoto, de l’armée de Tojo et des forces aériennes ennemies basées dans les Salomon, Zéro, Betty et moustiques, c’est en grande partie grâce au dévouement de ses hommes.
En regardant les petits nouveaux du 6e Marines, il lit dans leurs yeux un respect sincère, et il constate que l’attention qu’ils portent à ses paroles n’est pas feinte. Blundon retient un sourire : à n’en pas douter, leurs collègues de la 1re Division les ont affranchis sur l’intérêt de se concilier les bonnes grâces des Seabees !
Il n’en a pas toujours été ainsi. Ses hommes, souvent des anciens de la Première Guerre (la moyenne d’âge du bataillon est de 37 ans, mais quelques vétérans ont dépassé la cinquantaine !), ont d’abord été pris de haut par ces gamins convaincus d’avoir triomphé de l’enfer et peu respectueux de leurs aînés : « Papy » a sans doute été le surnom le plus sympathique dont ils ont été affublés à leur arrivée début septembre. Quelques dents cassées et le labeur inlassable du CB ont remis les choses en ordre.
Tout en débitant son discours, Blundon ne peut s’empêcher de penser au rapport qu’il doit terminer dans la journée et envoyer au contre-amiral Ben Morrell, Chief of the Bureau of Yards and Docks et Chief of Civil Engineers of the Navy. Le fondateur des CB suit avec attention les premiers pas de sa progéniture au combat (même si les premiers bataillons de construction avaient été déployés dans les Salomon dès le printemps), et il n’a, honnêtement, que des motifs de fierté.
Cependant, Blundon sait que la situation de son bataillon n’est pas aussi bonne qu’il le souhaiterait. Si les morts ont été rares, et le plus souvent le fait de bombardements ou d’accidents, les blessés et les malades sont nombreux. La moitié des hommes composant les compagnies A et D (présentes sur l’île depuis début septembre) ont déjà été évacués ou sont à l’hôpital. Quant aux autres, même s’il lui en coûte de l’avouer, il doit bien reconnaître qu’ils récupèrent de plus en plus difficilement de leurs efforts dans ce climat débilitant ; en tout cas, plus difficilement que les jeunes Marines… Aussi va-t-il officiellement demander que son bataillon soit rapidement relevé, en novembre si possible, par un autre bataillon de construction ou par le 1st Marine Aviation Engineers, qui vient d’arriver en Nouvelle-Calédonie et serait parfaitement adapté à la réalisation des projets d’extension des pistes d’aviation sur l’île. Mais avant cela, il doit terminer ce fichu discours et préparer la mise en place d’un nouveau chantier, dès le lendemain. Le 6th Naval Construction Batallion n’en a pas encore fini avec Guadalcanal…


19 octobre
Campagne du Pacifique Sud
Guadalcanal
– Le génie américain ouvre une piste entre Aola et Tetere. Elle ne permet encore que le passage de petits véhicules, qui s’embourbent souvent. Cependant, à présent que les travaux des pistes d’aviation ont bien avancé, les Seabees disposent de davantage de temps et de matériaux à consacrer au réseau routier. Les pistes sommairement tracées dans la jungle sont progressivement recouvertes d’argile et de gravier. Jusqu’à son départ de l’île, le 6th Naval Construction Batallion ouvrira ainsi un total de 24 miles de routes.


26 octobre
Campagne du Pacifique Sud
Guadalcanal
– Comme il dispose d’un peu de temps, le général Vandegrift met de l’ordre dans les papiers qui commencent à encombrer son bureau. La paperasse ne cesse jamais de poursuivre les militaires, même à Guadalcanal ! Alors qu’il déplace une pile de dossiers à l’équilibre incertain, il a la surprise de tomber sur un document dont il avait complètement oublié l’existence – et qu’il n’a, en fait, jamais lu : le plan d’évacuation qu’il avait secrètement demandé à son officier des opérations, le lieutenant-colonel Twining, quelques semaines plus tôt. Le plan prévoyait l’abandon progressif des environs de la pointe Lunga et un repli vers l’est sous la protection d’actions de retardement dans les collines entre la Lunga et le Tenaru. Signe que la situation a bien évolué, c’est sans remords que le général déchire le document, en pensant à juste titre que Twining ne souhaite pas garder le souvenir du plan d’une opération qu’il décrit comme « une catastrophe assurée »


31 octobre
Campagne du Pacifique Sud
Guadalcanal
– Pour accompagner l’offensive de Puller, les Seabees construisent trois nouveaux ponts en pièces détachées. Ces structures, faites de bidons d’essence vides maintenus en place par une armature en bois, doivent être installées juste avant le début de l’attaque, pour ne pas attirer l’attention des Japonais. De taille modeste, ces ponts sont avant tout destinés à faciliter le passage de l’infanterie… tant que les nombreuses crues qui surviennent régulièrement en cette saison ne les emportent pas.


Notes
1- L’Ivy League est un groupe de huit universités privées du nord-est des Etats-Unis, qui comptent parmi les plus anciennes du pays. Elles comptent notamment Yale, Harvard, Princeton et Cornell.
2- George Herman “Babe” Ruth Jr (1895-1948) est considéré comme le plus grand joueur de base-ball américain de tous les temps. Actif de 1914 à 1935, il remporta quatre World Series (le championnat de base-ball des Etats-Unis) avec le club des New York Yankees.
3- Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, VI, 92.
4- Les Yankees, les Giants et les Dodgers étaient les trois grandes équipes de base-ball de New York, chacune dotée de supporters inconditionnels.
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MessagePosté le: Jeu Déc 12, 2013 11:34    Sujet du message: Répondre en citant

uppositions d’aller bon train : un nouveau type de mitrailleuse ? Des obus capables de perforer les bunkers des Japs ? Les amateurs de pulps évoquent même, à moitié sérieux, un rayon de la mort spécialement mis au point pour les Marines par E. E. Smith en personne

Very Happy Doc Smith à la rescousse !!!

Cela dit j'ai lu la Guerre des Grecs de Thycidide, j'ai même fait une analyse du siège de Platée, et je le préfère à Doc Smith.
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