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La LVF au front
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juin 11, 2013 12:06    Sujet du message: La LVF au front Répondre en citant

En guise d'entr'acte (en attendant que deux des lapins blancs... heu, des contributeurs les plus talentueux de la FTL me permettent de terminer Octobre 1942), voici le début d'un chapitre de TYLER. Vous noterez, à la fin, des XXX, VVV, ZZZ, etc... Les chers lecteurs (LADC, Patrikev...) pourraient-ils compléter ? Merci !


5 mars 1943
Nach Osten !
Berlin
– L’OKH décide d’affecter le régiment de volontaires français issu de la LVF au Groupe d’Armées Sud. Le chef du GA Sud, le général XX XX, pourra l’incorporer à la division de son choix.


6 mars 1943
De si bons Français
Camp d’entraînement de la LVF, Deba (Gouvernement Général de Pologne)
– Alors que des rumeurs selon lesquelles « on partirait enfin » commencent à poindre parmi les légionnaires, quelle n’est pas leur surprise de recevoir la visite d’un ministre du NEF ! Encore un, diront certains. D’autres pousseront plus loin leurs commentaires, critiquant amèrement Laval et sa mollesse dans le recrutement des forces anti-bolcheviques. Enfin, certains gouailleurs, comme on en trouve dans tous les régiments de toutes les armées, se demanderont (loin des oreilles des gradés) si le gouvernement du NEF n’envisagerait pas de s’installer à l’est de Paris, « des fois qu’ils devraient faire comme Mussolini »
Le ministre en question est assez peu connu des troupiers. Il s’agit de Gaston Bergery, ministre des Affaires Etrangères du NEF. Il faut dire que depuis près de trois ans que le NEF existe, ses maîtres allemands lui ont amplement démontré que les Affaires en question devaient lui rester Etrangères… Bergery a cependant eu l’insigne honneur de rencontrer Ribbentrop (ministre des Affaires Etrangères du Reich) à Berlin deux jours plus tôt et Frank (gouverneur général de Pologne) à Cracovie la veille. Aujourd’hui, il vient visiter les légionnaires pour assurer le soutien complet du Président Laval à « ces Bons Français si loin de chez eux », sous la forme d’une longue lettre du dit Président, dont Bergery donne lecture après avoir passé la troupe en revue. La lettre en question ne manque pas de faire ricaner Darnand et Doriot, tous deux présents pour surveiller la mise sur pied du régiment. Les deux ministres connaissent en effet fort bien l’opinion de Laval sur la LVF et se souviennent qu’il avait freiné des quatre fers lors de la création de la Légion, l’été précédent…
La visite d’ajourd’hui va tout de même servir à quelque chose. Darnand, lassé de marquer Doriot “à la culotte” (à moins que ce soit l’inverse) profitera le lendemain de l’avion de Bergery pour rentrer à Paris, un peu étonné quand même que son ennemi intime tienne à rester encore dans ce trou perdu.


9 mars 1943
En route mauvaise troupe !
Camp d’entraînement de la LVF, Deba (Gouvernement Général de Pologne)
– Au mess des officiers, le déjeuner s’achève. Le colonel de Planard se rassied après avoir porté un toast quelque peu laborieux, mais ses hommes ne lui en tiennent pas rigueur. Peut-être n’en ont-ils rien à faire de son toast. Peut être le soutiennent-ils de toute façon – c’est un chef apprécié. Peut-être sont-ils, comme lui, pensifs après les nouvelles reçues aujourd’hui… On part !
Enfin ! clament certains. Déjà ! songent d’autres (qui pensent, avec quelque raison, qu’on ne fait pas en quelques mois une troupe efficace à partir de militants politiques se tirant dans les pattes, d’aventuriers, de prisonniers de guerre affamés, d’idéalistes romantiques et de clochards plus ou moins poussés au volontariat par les divers polices du NEF.
Direction : Khmelnytskyï (à vos souhaits), en Ukraine. En Ukraine ? Pourtant, quelques semaines auparavant, l’officier de liaison allemand du régiment s’était rendu à une conférence fixant les conditions d’acheminement de la Légion (entre autres unités) vers la zone des opérations, et il en était revenu avec une information : la LVF allait être dirigée vers le Groupe d’Armées Nord. Quelques officiers se sont émus de ce revirement, grognant qu’on les prenait vraiment pour des bouche-trous et que décidément rien n’avait changé, que les Boches méprisaient toujours autant les Français qu’en 70 et en 14 (malgré leur choix politique, beaucoup de légionnaires cultivent encore un fort ressentiment anti-allemand) et qu’on leur faisait payer les victoires des Africains. D’autres officiers, dont beaucoup de PPF, se sont au contraire réjouis du grand honneur d’être envoyés se battre dans la région où, malgré les prodiges accomplis par la propagande allemande, on sait bien que le Reich a subi peu de mois plus tôt un sévère échec.
Planard, comme toujours, n’est « ni pour ni contre, bien au contraire » – une “qualité” qui lui a fait obtenir sa place et la lui a conservée, malgré quelques intrigues florentines ourdies ces derniers mois au sein de la Légion par quelques officiers aux dents longues transposant le conflit Darnand-Doriot, voire Deloncle, jusqu’à l’autre bout de l’Europe. Mais le colonel pense que si ce départ est aussi précipité, aussi inattendu, c’est que la situation devient on ne peut plus critique pour les Allemands. L’affaire d’Ukraine, à la fin de l’année passée, semble bien avoir été catastrophique. Il ne faudrait pas rééditer trop souvent ce genre de plaisanterie si l’on voulait encore croire à la victoire… Mais ça, Planard se garde bien de l’exprimer à voix haute devant son ordonnance, le fameux lieutenant Doriot, officier quelconque se faisant poussivement à la chose militaire, mais bête politicienne d’une efficacité redoutable.
Tant pis, après tout, ce soir, la seule préoccupation du colonel, c’est « sa » Légion. Elle se compose pour l’heure d’une compagnie d’état-major régimentaire et de deux bataillons. A la tête de la première se trouve le capitaine Henri Poisson, un quinquagénaire, officier de réserve du train et comptable dans le civil, muté à ce poste en remplacement d’un capitaine renvoyé en France quelques semaines plus tôt pour trafic d’effets réglementaires ! Le chef du 1er bataillon est le capitaine Henri Lacroix, 49 ans, vétéran de l’Armée d’Orient de 14-18, lieutenant de réserve, rappelé en 39 au 13e R.I. puis affecté en raison de son âge à l’Etat-Major de le 5e Région Militaire à Lyon, où il a été fait prisonnier sans avoir tiré un coup de feu. Le 2e Bataillon, enfin, est conduit par le commandant André Girardeau, un quinquagénaire dont le grade a été acquis dans la réserve, mais qui avait mérité la Légion d’Honneur pendant l’Autre Guerre. Dans la soirée, l’état-major (avec les officiers de liaison allemands) et la compagnie régimentaire vont quitter Deba. Le lendemain suivra le bataillon Lacroix et le surlendemain le bataillon Girardeau.
Ce départ est finalement une bonne chose, pense le colonel en montant dans le train. L’unité, qui patientait depuis bientôt six mois en Pologne, commençait à gronder de plus en plus fort, notamment parce que les promesses faites par les autorités allemandes, selon lesquelles tout engagé volontaire français devait voir libérés ses proches parents prisonniers de guerre, n’avaient pas été tenues (ou si peu, pour le tournage d’un film de propagande). Des cas d’insubordination, voire des défections se sont produits. Fin février, une petite centaine d’hommes ont dû être rapatriés en France – parmi eux, de nombreux indésirables purgés par Planard pour raisons militaires, mais aussi de nombreux « insoumis » qui avaient refusé de prêter serment à Adolf Hitler.
[Ces derniers n’ont dû subir que le mépris allemand. Par la suite, un tel refus vaudra le cachot, puis la cour martiale…]

11 mars 1943
Ubu dans la LVF
Camp d’entraînement de la LVF, Deba (Gouvernement Général de Pologne)
– Alors que le bataillon Girardeau s’apprête à partir pour Khmelnytskyï arrive de Paris un contingent de volontaires : trois officiers et 191 sous-officiers et légionnaires. Qu’à cela ne tienne : ils sont immédiatement habillés, équipés et expédiés vers le front avec le bataillon Girardeau… Sans avoir tiré un seul coup de feu et sans avoir suivi le moindre entraînement ! Et ce n’est que la première d’une série d’absurdités…
Les deux jours suivants, d’autres éléments de la Légion suivront leurs compagnons, en terminant par la 5e Compagnie (normalement partie intégrante du 2e Bataillon, son voyage a été décalé pour pouvoir embarquer la bleusaille tout juste arrivée !).


14 mars 1943
Au boulot !
QG du Groupe d’Armées Sud, XXX
– Présenté au général YYY, chef du GA Sud, le colonel de Planard lui assure que « la Légion est prête à rendre à l’Allemagne l’honneur qu’elle lui fait en lui permettant de combattre à ses côtés ». Il apprend par la même occasion que le « 638e Régiment d’Infanterie » est affecté à la ZZZ. ID. Dans le contexte de la vaste contre-attaque allemande en préparation, cette division doit être déployée au nord de Vinnitsa afin de couper court à toute tentative de contre soviétique sur l’entrée nord de la ville et, si tout va bien, de repousser les Soviétiques au delà du Boug oriental.
Un peu plus tard, le général VVV, commandant la ZZZ. ID, informe Planard que la LVF est affectée près de Bruslynivka, avec pour mission de sécuriser le cours des affluents du Boug oriental. Dans ce secteur d’accès difficile, à la fois forestier et marécageux, des éléments soviétiques défaits semblent commencer à se réorganiser afin de s’opposer à l’avance allemande. La LVF doit faire mouvement dans les plus brefs délais, alors que la 5e Compagnie est toujours dans le train et n’a pas encore rejoint Khmelnytskyï !
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Juin 12, 2013 11:05    Sujet du message: Répondre en citant

Pas de proposition pour les divisions et généraux allemands cités ? ça viendra...
Ci-après, la suite des mésaventures de la LVF.



21 mars 1943
La LVF au pied du mur
Bruslynivka
– C’est par pure coquetterie (et pour montrer aux happy few que, pour être soldat, il n’en est pas moins amoureux des Belles-Lettres) que le colonel de Planard s’est installé avec son état-major dans l’ancienne propriété d’Ewelina Hanska, comtesse polonaise connue pour avoir été l’épouse de Balzac. Les derniers éléments du bataillon Lacroix sont arrivés, bien qu’ils aient dû faire à pied la route de Khmelnytskyï à Bruslynivka ! Quelques mauvaises langues ont affirmé que Planard avait voulu, en faisant marcher ses hommes, se donner des airs napoléoniens (la comparaison avec la Grande Armée est toujours vivace dans la LVF, même si nul n’a encore entrevu la Bérézina, Borodino ou Moscou). En fait, il est probable que les problèmes de logistique de l’armée allemande expliquent la nécessité de cette marche. Quoi qu’il en soit, le bataillon Lacroix est au complet (moins une vingtaine de soldats perdus en route, exténués ou… envolés). Quant au bataillon Girardeau, il s’est déjà mis en route de Khmelnytskyï et devrait arriver dans les prochains jours, lui aussi à pied.
La LVF a déjà fait la veille ses premières victimes et ses premiers prisonniers : quelques soldats soviétiques abattus au cours d’un accrochage aux environs de Bruslynivka et une poignée d’hommes hébétés et affamés, récupérés lors d’une autre patrouille. Mais c’est de l’ordre de l’anecdote.
Or, le colonel de Planard s’impatiente, car il ne veut pas faire attendre le général VVV. Il faut attaquer. Et maintenant ! Les escarmouches ne suffisent pas. Sa LVF se doit de prendre sa part de la bataille, sur les pas de la Grande Armée rêve-t-il parfois (même si elle en est bien loin, à tous points de vue). C’est pourquoi, dès demain, le bataillon Lacroix devra faire route à travers bois le long de la rive nord d’un affluent du Boug oriental en direction de Supruniv, localité contrôlée par les Allemands située au sud de l’affluent et 3 km à l’est de Bruslynivka.


22 mars 1943
Morts pour qui ?
De Bruslynivka à Supruniv
« En avant ! Rejetez-les dans le Boug ! Faisons-en la Bérézina des Rouges ! » transmet personnellement le colonel de Planard (qui n’a pas oublié son passé cagoulard) au chef de bataillon Lacroix. Celui-ci a échelonné dans les bois sa 1ère et sa 2e Compagnies, la 3e restant en réserve tandis que les mortiers et mitrailleuses de la 4e sont répartis entre les unités de fusiliers-voltigeurs.
Le 1er Bataillon s’élance donc et la première étape se déroule selon les plans. L’aile gauche est au contact des éléments d’une autre division allemande qui avance au sud de Matyashivka à travers les mêmes bois et en direction du même Boug. Mais vers midi, la LVF entre en guerre. Les premiers accrochages avec les Soviétiques se produisent, et ils sont très violents ! Jusqu’à la fin de l’après-midi, une série d’embuscades infligent aux Français des pertes assez sévères – une trentaine de morts et plus de cinquante blessés sérieux. Certes, les hommes de la 1ère Compagnie, en pointe, rendent aux Rouges la monnaie de leur pièce et plus de la moitié du chemin menant à Supruniv a été parcouru. Néanmoins, Lacroix commence à douter que les Soviétiques soient en aussi mauvaise posture que l’ont affirmé les Allemands.


23 mars 1943
Morts pour qui ?
De Bruslynivka à Supruniv
– La 2e Compagnie de la LVF vient prendre en pointe le relais de la 1ère, passablement éprouvée par les accrochages de la veille. La progression en direction de Supruniv continue, face à un ennemi acharné. Certes, on découvre de nombreux cadavres soviétiques et on fait quelques prisonniers – en général des blessés graves – mais les Soviétiques sont toujours aussi combatifs, alors que les pertes s’accumulent côté français, et que les Rouges s’accrochent au terrain aux abords de Supruniv.


24 mars 1943
Morts pour qui ?
De Bruslynivka à Supruniv
– La 3e Compagnie, encore intacte, est engagée au nord de l’affluent du Boug sur ordre direct de Planard, malgré les protestations de Lacroix. Elle doit opérer plus au nord que le gros du bataillon pour nettoyer la forêt des éléments soviétiques qui subsistent dans ce secteur. « Il faut forcer le destin ! » ne cesse de répéter le colonel – dans son propre état-major, quelques mal-pensants (dont le nombre croît régulièrement), faisant allusion à la météo pluvieuse de ce début de printemps, estiment finement que « le cerveau du colon a pris l’eau ».
Mais Planard ne cesse de presser ses hommes de « repousser les Russes jusqu’au Boug ». Disposant enfin du bataillon Girardeau, il l’engage au sud de Supruniv pour éradiquer les derniers francs-tireurs soviétiques qui harcèlent les éléments allemands dans le secteur et se rabattre vers le nord pour encercler la petite ville. La tâche semble des plus faciles pour le bataillon Girardeau, mais la traversée du pont de Supruniv, qui devait être une formalité, se paye au prix fort. Néanmoins, en fin de journée, le 2e Bataillon rejoint la 3e Compagnie : la LVF a formé une (petite) poche dans les bois autour de Supruniv, où elle espère avoir pris au piège un grand nombre de soldats soviétiques.


25 mars 1943
Morts pour qui ?
De Bruslynivka à Supruniv
– Après une journée de rudes combats, la poche de Supruniv est enfin réduite, mais à quel prix ! Les Soviétiques qui se battent ici n’ont rien à voir avec les affamés faits prisonniers quelques jours plus tôt. Ils font de chaque bosquet, de chaque buisson un Camerone – si l’on ose ici cette comparaison avec une autre Légion… Au soir, la ville est aux mains de la LVF, mais celle-ci a perdu en trois jours plus de 400 hommes (morts et blessés graves). Pire encore : il a fallu demander aux Allemands un soutien d’artillerie – une requête certes modeste, mais qui a été rapportée avec beaucoup d’insistance au général VVV.


26 mars 1943
Morts pour qui ?
Supruniv
– Les bataillons Lacroix et Girardeau reçoivent l’ordre de s’emparer de Mizyakiv, localité située 4 km à l’est de Supruniv. Planard semble vraiment vouloir repousser les Rouges jusqu’au Boug oriental, et à n’importe quel prix !
Les deux bataillons sont redéployés, Lacroix sur la rive nord de l’affluent du Boug, Girardeau sur la rive sud. Ils s’ébranlent à la mi-journée, mais progressent difficilement, les Soviétiques ayant l’avantage du terrain. Au nord de l’affluent, la forêt laisse place à des champs plus ou moins inondés ; sur ce terrain plat et nu, le moindre nid de mitrailleuses devient un obstacle redoutable. Sur la rive sud, le bataillon Girardeau doit traverser plusieurs petits cours d’eau dont chacun est une “coupure humide” judicieusement mise à profit par les Soviétiques qui, sans subir de grosses pertes, peuvent retarder considérablement les Français. Au soir, si le bataillon Lacroix est aux portes de Mizyakiv, le bataillon Girardeau est toujours empêtré dans le franchissement des ruisseaux.
L’état-major de la LVF doit faire un constat décevant : la qualité très inégale des hommes – officiers, sous-officiers et hommes de troupe – est responsable d’une désorganisation des actions de la LVF, qui se traduit par des pertes qui auraient pu être évitées.


27 mars 1943
Morts pour qui ?
Mizyakiv
– Dans la matinée, le bataillon Lacroix entre dans Mizyakiv par le nord après d’âpres combats. Peu après midi, le bataillon Girardeau pénètre lui aussi dans la localité, cette fois par le sud. Mais les éléments de l’Armée Rouge encore présents dans la ville font payer cher chaque bâtiment, chaque intersection, chaque bout de terrain. A la nuit tombée, Mizyakiv est encore disputée.
La performance des Français, apparemment médiocre, doit cependant être réévaluée : en effet, ils n’ont bénéficié d’aucun appui aérien ou d’artillerie (en dehors des mortiers de la LVF). Cette fois, Planard n’a demandé aucune aide de ce genre ; cette bataille, c’est la sienne et il la mène seul – même s’il n’a pas bougé de son QG, dans l’ancienne propriété Hanska, depuis le début des combats. Au contraire, son ordonnance, le lieutenant Doriot, suit les combattants comme le ferait un commissaire politique et interroge tant les légionnaires blessés conduits à l’arrière que les prisonniers soviétiques.


28 mars 1943
Morts pour qui ?
Mizyakiv
– En fin de matinée, le nettoyage de la localité est achevé. Le colonel de Planard fait porter par son ordonnance un message aux deux chefs de bataillon : pourchasser les Soviétiques en retraite et border le Boug oriental avant la fin de la journée pour faire un exemple de cette bataille. Ce serait en effet un coup d’éclat : dans ce secteur, aucune unité allemande n’est encore parvenue jusqu’au fleuve – il est vrai qu’aucune n’a subi des pertes aussi lourdes.
Après un déjeuner frugal, les bataillons Lacroix et Girardeau reprennent donc leur marche en avant, mais les forces soviétiques qui ont évacué Mizyakiv se sont retranchées sur la rive ouest du Boug, qu’elles n’ont pas la moindre envie de traverser, et plusieurs vagues d’assaut françaises se cassent les dents sur les défenses soviétiques. Peu à peu, ce sont même les Soviétiques qui prennent le dessus. Sous le choc des contre-attaques, plusieurs sections de la LVF se disloquent alors que d’autres résistent vaillamment et rejettent leurs assaillants vers le Boug. Mais au fil des heures, les légionnaires commencent à craquer, bien qu’ils bénéficient encore de la supériorité numérique. Dans la soirée, l’intervention d’un régiment allemand venant de Pavlenky (plus au sud) sauve la situation. C’est ce régiment qui, avec l’aide des derniers Français qui se battent encore, va éliminer les derniers soldats soviétiques de la rive ouest du Boug Oriental. A Mizyakiv, les officiers de la LVF vont passer la nuit à rameuter leurs hommes pour tenter de rendre au « 638e Régiment d’Infanterie » l’allure d’une formation de combat.


29 mars 1943
Morts pour qui ?
Rive ouest du Boug Oriental, près de Mizyakiv
– Alors que Français et Allemands achèvent de sécuriser la rive du Boug, le 1er Bataillon est relevé. Il doit « dans un premier temps » retourner à Bruslynivka.
C’est un bataillon totalement désorganisé dont le chef se présente devant Planard, ses compagnies décimées et mélangées entre elles n’existant plus que sur le papier. Il est décidé de le renvoyer à son cantonnement de Khmelnytskyï. Le bataillon Girardeau, lui, a été moins éprouvé et s’est mieux comporté. Il doit rester encore quelques jours au front pour aider les éléments allemands à éradiquer les dernières poches de résistance soviétiques le long du Boug, au nord de Vinnitsa.


10 avril 1943
Morts pour qui ?
Khmelnytskyï
– Les deux bataillons de la LVF sont maintenant regroupés. Un inventaire rapide a permis de se rendre compte de l’étendue des pertes. Ce premier engagement a vu la LVF perdre au feu près de 40 % de ses éléments en moins d’une semaine. De nombreuses défaillances, tant collectives qu’individuelles, sont apparues au grand jour. Plus de 10 % des effectifs de départ, de l’officier à l’homme de troupe, ont déjà reçu l’ordre de rentrer en France pour « manque de combativité ». Du coup, la LVF est réduite de moitié par rapport à la force qui a quitté la Pologne un mois plus tôt. Ce qui reste de ses deux bataillons doit rejoindre prochainement la Slovaquie pour une restructuration complète.
Pendant ce temps, le chef du Bureau des Opérations de la ZZZ. ID rédige son rapport sur « la performance du 638. Infanterie Regiment ». Il ne mâche pas ses mots : « La Division ayant été chargée de repousser l’ennemi de l’autre côté du Boug Oriental et de lui interdire la route nord menant à Vinnitsa, le 1er Bataillon devait nettoyer les bois au nord de l’affluent du Boug oriental près de Supruniv. Le bataillon a rempli sa mission, mais il faut noter que, du fait d’une déficience du commandement, les armes collectives ont été peu ou mal utilisées.
Le 24 mars, le 2e Bataillon, après avoir relevé des éléments du XZ. IR au sud de Supruniv, a tenté d’encercler les éléments ennemis occupant cette localité en coordination avec le 1er Bataillon. Cette manœuvre a réussi, mais seulement grâce au soutien de l’artillerie du XZ. IR.
Trois jours plus tard, Mizyakiv a été pris avec un certain élan, mais il s’est avéré impossible de réaliser la même manœuvre qu’à Supruniv pour empêcher les défenseurs de la ville de décrocher et de se rétablir sur les bords du Boug.
Le 28 mars, des éléments du XZ. IR ont dû porter secours au 638. IR, dont le 1er Bataillon perdait pied. Plusieurs éléments avaient pris la fuite et le chef de bataillon avait annoncé qu’il ne pouvait plus tenir la position.
Il faut rappeler qu’au cours de la montée au front, des éléments du 638. IR ont connu des retards inadmissibles. Certain ne sont jamais arrivés à destination ! Rien d’étonnant qu’au cours du repli, après les combats sur la rive du Boug, des signes encore plus nets de décomposition soient apparus.
Les hommes font en général montre de bonne volonté, mais sont insuffisamment formés sur le plan militaire. La plupart des sous-officiers (du moins de ceux qui restent à ce jour) sont de bonne qualité, mais ne peuvent le manifester du fait que le commandement est déficient à l’échelon supérieur. La plupart des officiers sont en effet à peuprès incapables, ayant été désignés exclusivement selon des critères politiques. Or, s’il est évidemment certain que ces critères sont d’une grande importance, la fiabilité politique ne peut compenser l’absence de tout talent d’organisation, l’ignorance de la minutie allemande, et même l’incompréhension totale de la nécessité d’entretenir méticuleusement les armes et le matériel et de soigner avec attention les chevaux.
La ZZZ. ID a été un moment soulagée par la présence du 638. IR, qui lui a permis d’envoyer des unités au repos. Mais les secours ininterrompus qu’il a ensuite fallu lui apporter ont transformé cette unité en une véritable charge !
En l’état, le 638. IR n’est pas apte à être engagé. Son redressement ne peut être obtenu que par le renouvellement du corps des officiers et par une instruction militaire approfondie. »

[Cité par Jean Mabire et Eric Lefèvre, in La Légion Perdue, J. Grancher éd., 1995.]


22 juillet 1943
On jette le masque…
Hôtel Matignon
– Jacques Doriot, dont le sourire ne s’est pas effacé depuis son coup de force réussi quelques semaines plus tôt, finit de relire le document que lui a apporté il y a quelques minutes son directeur de cabinet. Ce dernier lui tend ostensiblement son stylo, couperet attendant pour tomber que le Président Doriot se décide à signer le texte de loi portant création de la SS française. Signature. Coup de tampon. La chose est actée. Doriot prend le papier d’une main tout en balayant du regard la longue table du Conseil des ministres. Relégué à l’autre bout comme un mauvais élève, voire un obscur sous-secrétaire d’Etat, est assis le Président Laval, chef déchu relégué au rang de potiche avec un titre de Président du NEF aussi ronflant que creux. Une potiche que les PPF et les francistes du gouvernement prennent un malin plaisir à exhiber, tant elle symbolise pour eux cette Troisième République qu’ils ont mis à bas… Au nord de la Méditerranée, du moins.
La SS française ! Une loi de cette importance symbolique pourrait, pour le principe, comporter les signatures des deux Présidents, celui du Conseil et celui du NEF. Mais non, Doriot tend le papier à son ministre de l’Intérieur, Victor Barthelemy, pour en porter lecture. Connaît-il l’opinion de Laval concernant cette SS française ? Cherche-t-il une énième occasion d’humilier son adversaire déchu ? Rien de tout cela. Pour Jacques Doriot, l’obstacle Pierre Laval est tout simplement loin derrière lui, à présent, il n’a pas le temps de se retourner, il doit aller de l’avant pour réaliser les projets qu’il a pour la France dans cette Europe Nouvelle que construisent les Nazis !
Barthelemy s’éclaircit la gorge et commence la lecture :
« Article Premier – Tout citoyen français peut contracter un engagement volontaire pour combattre le bolchévisme hors du territoire national dans les formations militaires allemandes ouvertes aux anti-bolcheviques non allemands (Waffen-SS). Ils y seront regroupés dans une unité française spécifique.
Article II – Ceux qui, appartenant à cette unité, combattront effectivement hors du territoire national, bénéficieront des avantages prévus par les lois et règlements relatifs à la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme.
Article III – Le présent décret sera publié au Journal Officiel et exécuté comme loi du Nouvel Etat Français. »

Dans la soirée, Doriot reçoit un coup de téléphone très amical. Au bout du fil, Heinrich Himmler, le chef de la SS en personne. Ce dernier a soutenu Doriot dans son coup de force, fin juin, et il est ravi de la rapidité avec laquelle le nouveau Président du Conseil lui exprime toute sa gratitude…
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Mer Juin 12, 2013 13:26    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Citation:
La plupart des officiers sont en effet à peu près incapables,


@+
Alain
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patzekiller



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MessagePosté le: Mer Juin 12, 2013 16:26    Sujet du message: Répondre en citant

avec cette lvf déjà en juillet 43 alors que le debarquement est prevu pour septembre octobre, m'est avis qu'il va y avoir une neutralisation rapide du corps par les teutons
_________________
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Juin 12, 2013 18:08    Sujet du message: Répondre en citant

Non, je ne pense pas... au contraire. Elle va même connaître une brusque inflation de ses effectifs lorsque tous les membres des diverses polices du NEF fuyant la France vont la rejoindre. Hélas... ils ne recevront guère de renforts par la suite.
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Mer Juin 12, 2013 19:49    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Citation:
Non, je ne pense pas... au contraire. Elle va même connaître une brusque inflation de ses effectifs lorsque tous les membres des diverses polices du NEF fuyant la France vont la rejoindre. Hélas... ils ne recevront guère de renforts par la suite.


Ca va peut-être augmenter les effectifs mais sûrement pas la valeur militaire.

@+
Alain
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Juin 12, 2013 19:57    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne dis pas le contraire...
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Chabert



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MessagePosté le: Mer Juin 19, 2013 21:04    Sujet du message: Répondre en citant

Il faut peu à peu mettre en place une dimension lyrique, romantisme allemand sauce Goethe parce que ça finit mal, sans doute.
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Collectionneur



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MessagePosté le: Mer Juin 28, 2017 23:07    Sujet du message: Répondre en citant

Je remonte le topic, car concernant les effectifs de la LVF, je viens de lire dans le tome 1 de la BD ODESSA de Peka et Dufranne qu'au premier jour d'enregistrement des volontaires a Versailles le 27 août 1941, sur 1679 postulants, 800 seront éliminés dont 70 % pour problèmes dentaires Shocked

En FTL, on pourrait avoir des règles moins strictes dès le début car il y a moins de volontaires.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Jeu Juin 29, 2017 06:43    Sujet du message: Répondre en citant

Ils avaient donc un beau sourire... on a du considéré que c'était important pour défiler à Moscou !
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Collectionneur



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MessagePosté le: Jeu Juin 29, 2017 07:11    Sujet du message: Répondre en citant

Tu ne croit pas si bien dire Laughing Un des personnages dit que les russes sont superstitieux et que le jour ou des français défileront de nouveau à Moscou, cela sonnera la fin de la Russie.
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Merlock



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MessagePosté le: Jeu Juin 29, 2017 10:41    Sujet du message: Répondre en citant

Collectionneur a écrit:
Tu ne croit pas si bien dire Laughing Un des personnages dit que les russes sont superstitieux et que le jour ou des français défileront de nouveau à Moscou, cela sonnera la fin de la Russie.


Les gars du Normandie-Niémen n'ont pas défilé ?
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Archibald



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MessagePosté le: Jeu Juin 29, 2017 10:50    Sujet du message: Répondre en citant

Le texte rend bien le coté pathétique et pitoyable de la LVF. Finalement on est pas vraiment triste de les voir se faire démolir par les Soviétiques...
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Wardog1



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MessagePosté le: Jeu Juin 29, 2017 11:17    Sujet du message: Répondre en citant

Petite question, le s soldats de la LVF qui "s'évaporent" en chemin, s'agit il de français ayant saisi l'occasion de rejoindre es alliés, via la Russie?
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MessagePosté le: Jeu Juin 29, 2017 13:46    Sujet du message: Répondre en citant

Wardog1 a écrit:
Petite question, le s soldats de la LVF qui "s'évaporent" en chemin, s'agit il de français ayant saisi l'occasion de rejoindre es alliés, via la Russie?


S'ils ont l'uniforme de la LVF et qu'ils tombent dans les pattes des Soviétiques, on est pas prêt de les revoir...
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