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1940 - La France continue la guerre
 
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Intégrale "Politique" Septembre 1942

 
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Mar 20, 2013 17:29    Sujet du message: Intégrale "Politique" Septembre 1942 Répondre en citant

Septembre 1942
3 – La lutte politique
Les Françaises voteront

5 septembre
Un communiste à l’Assemblée
Alger
– Charles Tillon est nommé à la commission de l’Air de l’Assemblée Nationale. Ce membre important du Parti Communiste s’est fait remarquer durant l’été 1940 en lançant plusieurs appels à la résistance contre l’occupant. Il réside en Algérie depuis 1941 : le PCF l’y a envoyé pour tâcher de maintenir un contact officieux avec le gouvernement légal (et pour ne pas l’avoir dans les jambes en Métropole). Dès le 5 juin 1942, à la suite de l’attaque de l’URSS par l’Allemagne, il a vu sa condamnation à la prison (datant de 1939) officiellement annulée. Le 2 septembre, bénéficiant de ses prises de position de l’été 1940, il a retrouvé son siège de député avec quelque avance sur ses camarades de parti. Sa nomination à la commission de l’Air s’est faite à l’instigation de De Gaulle, qui a appris que l’aviation était le domaine d’activité préféré de Tillon.
Peu après, il sera chargé d’une mission considérée comme sans intérêt : vérifier le bon usage des crédits alloués à la formation des femmes pilotes. C’est à cette occasion que, constatant la vigueur du sentiment patriotique de ces femmes, il aura l’idée de constituer une escadrille de chasse féminine au sein de l’Armée de l’Air. Certes, il s’inspire de ce qui a été fait en URSS, mais il évitera autant que possible de se servir de cet exemple…


15 septembre
Vive les femmes
Alger, Assemblée des élus de la République
– Pour toute la presse, c’est « le jour du Vote » : le mot mérite bien une capitale, puisqu’il s’agit d’un vote sur un vote – celui des femmes. Le gouvernement au grand complet est présent et les caméras des Actualités Pathé vont filmer les débats [C’est la première fois qu’une telle session est filmée (il a fallu pour cela un débat préalable). Certains commentateurs se demandent toujours si la teneur des débats n’a pas été influencée par la présence de « ce curieux œil opaque ».]. Après les interventions des élus partisans ou adversaires du statu quo, le président du Conseil prend la parole. [Nous reproduisons ici une partie des minutes des débats.]
.........
M. le Président [Edouard Herriot] : Dans le débat à l'ordre du jour concernant la ratification du décret du 14 juin 1942 sur le droit de vote et l’éligibilité des femmes, la parole est à Monsieur le président du Conseil.
M. Paul Reynaud, président du Conseil : Messieurs, entreprendre de démontrer, à une Assemblée composée exclusivement de représentants du sexe masculin, que la stricte application des principes démocratiques sur lesquels est fondée la République l'oblige à accorder désormais aux femmes la capacité politique pourrait sembler audacieux. C'est qu'en effet nos pères et nous-mêmes nous sommes réclamés de ces principes, que nous pensons même les avoir appliqués dans notre droit public, sans que jusqu'à présent nos institutions politiques accordassent le moindre droit de suffrage aux femmes. En France, les revendications du suffrage universel se sont bornées jusqu'ici aux demandes des hommes et il semblait à nos illustres prédécesseurs qu'avoir étendu le droit de vote aux électeurs masculins, même infirmes et même illettrés, cela suffisait et que point n'était besoin d'y appeler les femmes.
[…]
Cependant, voici que, depuis quarante ans, autour de notre démocratie peut-être fatiguée et vieillissante, de toutes parts, les femmes ont été appelées à jouer un rôle actif dans la vie politique. C'est la Norvège, la Suède, le Danemark, ce sont les États de l'Amérique du Nord, c'est l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Finlande qui, les premières, ont appelé les femmes à la vie publique. Puis, et surtout depuis que la Grande Guerre a bouleversé la quiétude du monde, nous restons à ce jour avec la Suisse, la Bulgarie et la Yougoslavie l’un des rares pays européens à ne pas avoir accordé le droit de vote aux femmes.
[…]
Ne croyez-vous pas que ce serait perpétuer une grande injustice, que de leur refuser de faire entendre directement leur voix dans les affaires publiques ?
Je sais bien qu'on oppose à cette tendance plusieurs raisons. Les voici : on craint que la femme n'apporte dans la discussion des affaires politiques la dictature du sentiment, on craint son incapacité intrinsèque à prendre part à la vie politique et on redoute que son idéalisme, socialiste pour les uns, religieux pour les autres, ne compromette la République. Je ne répondrai pas au premier argument parce que nous pourrions entreprendre une discussion qui serait purement académique et qui a assez duré. En ce qui concerne les arguments essayant de démontrer l'incapacité de la femme à prendre part à la vie politique, Messieurs les Elus de la République, sur quoi les fait-on reposer ? Sur la différence de mentalité ou sur les préjugés. Mais, par quel système reconnaît-on chez les électeurs hommes le genre de mentalité qui est nécessaire pour bien voter ? Vous avez peur qu'elles votent mal ! Qu'est-ce que voter mal ? (Très bien ! Très bien !)
Remarque dans l’hémicycle : C'est voter pour l'adversaire ! (Sourires)
M. le président du Conseil : Quant à savoir si les femmes voteront demain pour les cléricaux, pour les socialistes ou pour les partis du centre , j'avoue franchement que je n'en sais rien et que je me soucie peu de le savoir. Il me paraît, en effet, inadmissible que nous puissions combiner de telle sorte les principes démocratiques sur lesquels nous fondons les uns et les autres la fortune des partis politiques auxquels nous appartenons, avec l'application de ces principes, de telle sorte que nous en différions l'application toutes les fois que l'intérêt électoral de notre parti le commande. (Très bien ! Très bien !)
[…]
Messieurs les Elus de la République, quand il s’est agi de jeter les femmes dans le creuset de la guerre, est-ce que nous avons attendu ? Sera-t-il dit toujours que nous exigerions de nos compagnes l’égalité devant l’effort et la peine, devant le sacrifice et le courage, jusque devant la mort sur le champ de bataille – et que nous mettrions des réticences au moment d’affirmer cette égalité ? Je réponds non, le gouvernement répond non et, je le crois, le pays tout entier répond non ! Il n’est plus possible de faire obstacle à une réforme nécessaire et juste, et par votre vote aujourd’hui, vous aller appeler les femmes à siéger sur ces bancs... (Mouvements divers)
Remarque dans l’hémicycle : Elles n'y seront pas déplacées !
M. le président du Conseil : ... et leur concours n’y sera pas inutile. Si certains adversaires du suffrage féminin étaient tentés de reprendre l’ancienne objection, qui a traîné partout et a beaucoup vieilli, que pour le bonheur de l'humanité, la grâce et la douceur féminines doivent être réservées à bercer les rêves des enfants, panser les plaies de l'homme mûr et rasséréner les angoisses du vieillard, je vous montrerais qu’il ne faut pas se voiler la face : la France sortira meurtrie de cette guerre et toutes les bonnes volontés seront nécessaires pour la ressusciter. Oui, ce peuple de France qui aujourd'hui tend tous ses espoirs, au delà de la Victoire de nos armes, vers un avenir social meilleur et un renouveau républicain, ce peuple aura besoin des femmes ! (Vifs applaudissements)

………
A la surprise de bien des observateurs, le vote qui suit est un triomphe pour Reynaud : plus des deux tiers des Elus de la République l’approuvent. C’est dit, les Françaises voteront.


16 septembre
Vive les femmes (bis)
Alger
« Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes » : c’est le gros titre, avec quelques variantes, de la majorité des journaux. On peut lire également qu’après un débat « d’une haute tenue » (n’est-ce donc pas toujours le cas ?…) les Elus de la République ont ratifié à une très large majorité le décret du gouvernement publié en juin dernier. Et les journalistes s’interrogent : quand verra-t-on des EluEs de la République dans ce que l’on continue d’appeler l’Hémicycle ? Et qui seront-elles ?
Mais ce n’est pas leur seul sujet de perplexité.
Disons-le, la relative facilité avec laquelle anciens députés et anciens sénateurs ont accepté le vote des femmes n’a pas manqué de soulever, dès ce jour-là et depuis lors, d’autres questions. Différentes explications ont été avancées. Selon des sources d’une fiabilité incertaine, tout était en réalité bouclé dès le 14 au soir, à la faveur d’une réunion dans le bureau de Paul Reynaud, réunion si secrète qu’aucune trace écrite n’en a été conservée. Le récit qui suit a été reconstitué à partir de témoignages souvent de seconde main, mais il a pour lui une certaine vraisemblance.
………
Le 14 septembre au soir, Edouard Herriot et Jules Jeanneney, président et vice-président de l’Assemblée nationale, entrent dans le bureau du Président du Conseil, qui a demandé à les voir. A leur surprise, ils sont introduits par Margerie, non par un huissier, et Margerie lui-même disparaît aussitôt ! A leur plus grande surprise – car ils se doutent que « la question des Femmes » va être au menu – seuls sont présents, autour de Reynaud, Léon Blum et Charles de Gaulle. On sait Blum très féministe ; quant à De Gaulle, le grand nombre de femmes engagées dans la Résistance l’a décidé, dit-on, à soutenir leur cause. Mais l’un est aux Affaires Etrangères, l’autre à la Guerre et à la Défense. Qu’ont-ils à voir dans cette affaire ? Reynaud va le leur apprendre très vite. En termes brefs mais impressionnants, il évoque le projet Concorde et ses enjeux : au premier rang, une bombe si destructrice qu’elle garantirait la victoire au camp qui la possèderait. « Il est évident, précise Reynaud, que la France joue tout son rôle, grâce à ses scientifiques, dans la mise au point de cette arme terrible. Mais les maîtres d’œuvre sont les Américains, et nombre d’entre eux sont réticents à partager ce savoir avec nous. Il faut sans cesse batailler pour ne pas être écartés du cœur du projet. »
C’est au tour de Blum : « Jusqu’à présent, la valeur de nos chercheurs – dont, dois-je vous le rappeler, Madame Irène Joliot-Curie – a garanti leur participation. Mais tout peut être remis en cause, et le serait effectivement si nos alliés dans la place cessaient de nous soutenir. Or, le meilleur de ces alliés est une alliée : vous savez que Mme Roosevelt joue dans la politique américaine un rôle qui dépasse de beaucoup celui de l’épouse du Président. »
Herriot et Jeanneney ont compris : « Voudriez-vous dire, articule le premier, que Mme Roosevelt nous… lâcherait si le vote de demain était… négatif ? »
Alors De Gaulle, d’une voix d’outre-tombe : « Précisément, Messieurs. Ainsi, vous comprendrez qu’au delà de considérations à la fin des fins futiles sur le sexe des Elus de la République, il y va, en cette affaire, de la Grandeur de la France ou de son Effacement définitif ! »
Après un instant de silence horrifié devant cette sinistre perspective, Reynaud conclut : « Nous comptons sur vous, Messieurs, pour le faire comprendre aux membres de l’Assemblée nationale. Il va sans dire que Monsieur le ministre des Affaires Etrangères vous y aidera, pour ce qui concerne la SFIO. »


20 septembre
Sacrée Union
Alger
– En ce dimanche, une messe solennelle réunit en la cathédrale d’Alger presque tous les membres du gouvernement et du Parlement français. Les connaisseurs de la politique intérieure française s’amusent à constater que tous les députés du Parti Communiste, récemment réhabilités, assistent à la cérémonie, alors que de nombreuses figures du Parti Socialiste (SFIO) et du Parti Radical-Socialiste font ostensiblement les cent pas sur le parvis de la cathédrale. Tout juste si certains n’arborent pas leurs insignes du Grand Orient ! Ils expliquent à qui veut les entendre que le succès du débarquement en Sicile ne dépend pas d’une messe.
D’un point de vue plus militaire, le gouvernement se réunit dans l’après-midi pour entendre le ministre de la Défense présenter un premier rapport sur le débarquement en question.
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