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Texte intégral, Asie-Pacifique, Août 1942
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Jan 15, 2013 11:04    Sujet du message: Répondre en citant

Les Combat Groups de l’USMC et de l’AMF et leurs missions

1ère Division de l’US Marine Corps
(général Alexander Vandegrift)

Combat Group A (colonel Hunt, sur l’American Legion)
5e Rgt de Marines : débarquer sur Red Beach et sécuriser la tête de pont.

Combat Group B (colonel Gates, sur le Barnett)
1er Rgt de Marines : débarquer à H + 120 minutes, traverser le Combat Group A et avancer en direction du Mont Austen et de l’aérodrome.

Raider Group (colonel Edson, sur le Colhoun)
1er Bataillon de Raiders : débarquer à Pointe Cruz et s’emparer du petit port.
Bataillon Parachutiste : renforcer cette position à H + 1 heure et avancer vers l’aérodrome par l’ouest.

Groupe de Soutien (colonel Del Valle, sur le Hunter Liggett)
Débarquer sur Red Beach, installer l’artillerie et la DCA et assurer la défense de la tête de pont.

Réserve (colonel Arthur)
2e Rgt de Marines.

………………

28e Brigade de l’AMF (Australian Military Force, “Militia”)
13e Bataillon : débarquer à Gavutu, s’emparer de Gavutu et Tanambogo.
17e Bataillon : débarquer à Halavo et Halita, sur Florida.
18e Bataillon : débarquer sur Blue Beach (Tulagi) et s’emparer de l’île.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Jan 15, 2013 11:09    Sujet du message: Répondre en citant

La participation australienne
D’après B. Marcus, Les Forces armées australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale.

La présence des forces australiennes lors de Watchtower peut sembler paradoxale et ne s’explique qu’en prenant en considération la situation politique entre les Alliés. En effet, le Premier ministre australien John Curtin percevait parfaitement l’ampleur de la menace japonaise et le risque de se retrouver coupé de la Grande-Bretagne. Son fameux message du 26 décembre 1941 (6) ouvrait la voie à plus de coopération avec les USA – sans certitude aucune, d’ailleurs, d’être entendu. Il provoqua un émoi certain à Londres comme à Washington. Autant cette annonce irrita Churchill, autant Roosevelt lut fort bien la crainte et la panique entre les lignes. Et l’élimination de la flotte alliée lors de la bataille de Mer de Chine Méridionale, quelques jours plus tard, ne fit qu’ajouter à cette panique.
Néanmoins, l’état d’esprit des Australiens n’influa pas sur la décision américaine de confier la gestion du théâtre Pacifique à l’US Navy (décision confirmée quelques mois plus tard lors de la mort de Douglas MacArthur, seul général qu’il aurait été envisageable de nommer commandant en chef de tout le théâtre). Curtin comprit fort bien que ce choix risquait de faire passer l’Australie au troisième rang des préoccupations alliées.
La première solution fut d’intégrer vaille que vaille des forces australiennes, même de taille réduite, dans les premières opérations offensives, pour affermir le moral des civils et repositionner le pays sur l’échiquier diplomatique. Evidemment, cela n’alla pas sans mal car les habitants de Darwin craignaient que le départ de ces forces ne laisse le pays – et en particulier leur région – démuni face à une invasion directe.
Par ailleurs, les partisans les plus extrémistes de la “White Australia Policy” critiquaient l’arrivée sur le territoire australien des premières unités de construction américaines, composées en grande partie de Noirs. Curtin lui-même soutenait cette attitude (7), mais il lui fallait bien donner des gages à Washington. Aussi les Noirs américains débarquèrent-ils en Australie, et les Blancs australiens aux Salomon.
………
Dès le mois de mai 1942, la 1ère Division de l’AMF (QG à Sydney) fut chargée de former d’urgence une brigade destinée à participer à la campagne des Salomon. Il restait très peu de temps pour créer et entraîner une unité amphibie. Pendant que trois croiseurs auxiliaires étaient retirés de leurs missions d’escorte de convois et hâtivement convertis en transports d’assaut, les troupes choisies furent entraînées à Sydney.
Désignée pour cette tâche, la 28e Brigade n’avait que deux bataillons (le 17e et le 18e) ; un troisième (le 13e) lui fut ajouté, emprunté à la 1ère Brigade. On renforça aussi la brigade avec le 9e Bataillon d’Artillerie, RAA (25 pdr), une compagnie du génie (1ère Field Company, RAE) et une Compagnie Blindée Mixte. Cette dernière fut formée avec des chars et des équipages du 4e Armoured Battalion de la 2e Division de Cavalerie de l’AMF, renforcés de vétérans évacués de Malaisie. La compagnie blindée comptait cinq chars Valentine, trois Matilda I, deux petits Mk VI, plus deux Covenanter (ou Cruiser V) et un Covenanter poseur de pont, qui avaient trouvé le chemin des quais de Melbourne (Cool. On ajouta (pour éviter le chiffre treize, prétendirent de mauvaises langues) deux modèles de pré-production du nouveau char Sentinel (ou “Australian Cruiser”), équipé d’un canon de 25 livres. On pensait tester au combat ce blindé, mis au point avec l’aide de l’ingénieur français Perrier, dans ces conditions que l’on espérait relativement peu sévères. La compagnie comptait donc en tout quinze véhicules.
La grande variété de véhicules était moins gênante qu’il n’y paraissait. Elle résultait du fait que tous les camps d’entraînement et dépôts britanniques avaient été priés d’expédier aux Antipodes leurs blindés plus ou moins dépareillés. Si certains responsables n’avaient envoyé que des rebuts inutilisables, la plupart avaient compris que des hommes pourraient bien voir le feu dans ces engins d’occasion. En général, les véhicules arrivaient donc dûment révisés, avec leur dossier d’entretien en trois exemplaires dans une sacoche accrochée au siège du conducteur et un caisson de pièces détachées sanglé au pont arrière. Ils étaient donc prêts au combat dès leur arrivée. Les chars américains, quoique neufs, avaient moins bonne réputation que les exilés britanniques, parce qu’ils arrivaient le plus souvent dépourvus de composants essentiels et du moindre manuel technique.
Les unités de la 28e Brigade commencèrent à s’entraîner en juin. Le 7 août, elles étaient loin d’être parfaitement formées ou équipées pour leur tâche, mais elles étaient simplement la meilleure force disponible.
Les trois AMC de la Royal Australian Navy, les Kanimbla, Manoora et Westralia, furent donc convertis en transports d’assaut. Ils conservèrent leurs canons de 6 pouces, tout en se voyant équipés de bossoirs lourds et de LCVP pour débarquer les troupes.
Le cargo Iron Chieftain, spécialisé dans le transport du minerai de fer et doté de grues puissantes et de ponts renforcés, fut transformé pour transporter des véhicules et des chars, ainsi que des pontons plats construits à la hâte, afin de pouvoir d’abord débarquer les chars, puis former un quai flottant doté de grues légères.
La RAN fournit aussi deux ravitailleurs auxiliaires d’hydravions, le Zealandia et le Nairana. Ce dernier avait été modifié selon des plans datant de la Première Guerre, lors de son service dans la Royal Navy. Grâce à de frénétiques demandes auprès de Londres, ils transportaient vingt-quatre hydravions : 16 Spitfire hydravions surnommés Floatfire (dont quatre démontés, en caisses) (9), six Swordfish à flotteurs et deux des ubiquitaires amphibies Walrus, d’allure préhistorique mais toujours très utiles.
Enfin, il faut rappeler la contribution la plus puissante de la RAN : l’Australia, seul croiseur lourd du dominion depuis la perte du Canberra.


Notes
6 - “We look for a solid and impregnable barrier of the Democracies against the three Axis powers, and we refuse to accept the dictum that the Pacific struggle must be treated as a subordinate segment of the general conflict. By that it is not meant that any one of the other theatres of war is of less importance than the Pacific, but that Australia asks for a concerted plan evoking the greatest strength at the Democracies' disposal, determined upon hurling Japan back. The Australian Government, therefore regards the Pacific struggle as primarily one in which the United States and Australia must have the fullest say in the direction of the Democracies' fighting plan. Without any inhibitions of any kind, I make it clear that Australia looks to America, free of any pangs as to our traditional links or kinship with the United Kingdom. We know the problems that the United Kingdom faces. We know the dangers of dispersal of strength, but we know too that Australia can go and Britain can still hold on. We are, therefore, determined that Australia shall not go, and we shall exert all our energies towards the shaping of a plan, with the United States as its keystone, which will give to our country some confidence of being able to hold out until the tide of battle swings against the enemy.”
7 - “This country shall remain forever the home of the descendants of those people who came here in peace in order to establish in the South Seas an outpost of the British race.”
8 - La plupart de ces chars et notamment les trois Covenanter avaient été fournis par les Britanniques, au titre d’un programme d’aide d’urgence décidé au moment de la bataille de la Mer de Corail. L’engin poseur de pont était en général considéré comme le résultat d’un exercice de chargement pour grutiers britanniques ivres ayant affreusement mal tourné, ou comme un acte de vengeance commis par l’un de ces mêmes grutiers dont la femme aurait été séduite par un Australien servant en Grande-Bretagne.
9 - En fait des Spitfire V, prélevés parmi ceux qui venaient d’être remplacés par des Spitfire IX et XII dans les Wings de la RAF, et convertis par Folland Aircraft avec des flotteurs fabriqués à la hâte (les appareils du même genre déployés à Port-Blair étaient des Spitfire I modifiés).
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MessagePosté le: Mar Jan 15, 2013 11:13    Sujet du message: Répondre en citant

8 août
La campagne du Pacifique Sud – Opération Watchtower
Secteur de Tulagi
– Tulagi

L’avance reprend à 07h00, les trois chars australiens perçant peu à peu les défenses japonaises. A 09h30, le Covenanter est immobilisé par un coup heureux de 37 mm et détruit par une charge explosive d’une équipe-suicide antichar. Les petits Matilda, en dépit d’innombrables impacts de 37 mm, restent en pointe. A midi, l’un d’eux perd sa chenille droite lors de l’explosion d’une charge placée par une nouvelle équipe-suicide, mais il termine la bataille comme nid de mitrailleuses blindé.
A 14h30, toute résistance organisée a cessé. Les Australiens ont fait six prisonniers japonais (plus la plupart des travailleurs coréens). Les pertes de l’AMF se montent à 98 morts et 200 blessés. Le nettoyage de l’île va continuer, mais à J+4, il n’y aura officiellement plus un seul Japonais sur l’île.
Tanambogo
La journée se passe en préparation d’artillerie. Les tirs continuent toute la nuit, pour couvrir les patrouilles de reconnaissance envoyées examiner la jetée reliant les deux îlots.
………
Red Beach (Guadalcanal)
Les Marines reprennent vers 07h00 une avance précautionneuse le long de la côte, à partir de l’embouchure du Tenaru. Ils ne rencontrent d’abord aucune résistance, en dehors du feu de tireurs isolés qui les ralentit. Les Stuart mènent la progression sur un front d’environ 600 mètres, à travers la cocoteraie de Tenaru. Moins d’un km à l’ouest du Tenaru, un ruisseau sans nom se jette dans la mer. Là, les Japonais ont installé deux petits retranchements, l’un avec une mitrailleuse lourde, l’autre avec une mitrailleuse légère. Les Stuart réduisent la position en miettes. Les Japonais laissent douze hommes dans cette escarmouche, qui ne retarde les Américains que de 40 minutes. Les Marines s’enhardissent et progressent un peu plus vite.
Environ 500 m plus loin, la cocoteraie fait place à une jungle épaisse, le long d’un nouveau ruisseau que les Américains surnomment “Black Creek” pour sa couleur. La 5e SNLF a installé à cet endroit un point de résistance plus sérieux : une cinquantaine d’hommes, avec une mitrailleuse lourde et un canon de 25 mm, soigneusement nichés dans des abris en troncs de cocotier. Quand les chars s’avancent sur la plage, les Japonais, soigneusement camouflés, les laissent traverser avant de s’en prendre à l’infanterie qui suit. Avant que les blindés comprennent ce qui se passent, reviennent en arrière, localisent les nids de résistance japonais et les éliminent, les Marines ont subi des pertes sensibles.
Les Japonais ont installé leur principale ligne de défense à l’embouchure de l’Ilu. Les Marines, qui s’emparent sans mal du petit village de Tenaru, se doutent qu’il y aura là un nouvel obstacle, mais estiment qu’ils commencent à connaître les tactiques adverses. Il est donc prévu pour le jour suivant de lancer le III/5e à l’attaque sur cette bande de sable avec le soutien de plusieurs chars, de s’emparer de la position qui la couvre, puis de nettoyer la rive ouest de l’Ilu avant d’avancer vers l’aérodrome, 1 700 m plus loin.
Plus au sud, dans l’intérieur de l’île, le 1er Marines progresse en lançant en avant de nombreuses patrouilles. Celles-ci ne trouvent rien. Personne à l’intérieur des terres. Une superbe occasion d’éliminer les Japonais est perdue, un peu parce que les Américains ne peuvent pas imaginer que leurs ennemis ne soient pas plus nombreux (ils ont des renseignements précis sur le nombre d’hommes sur place, mais prennent les 1 800 Coréens pour des combattants), beaucoup à cause de la jungle, qui se retourne contre les Marines comme elle l’avait fait contre les Japonais. La progression est ralentie non tant par la végétation que par un terrain boueux, parsemé de marigots et de ruisseaux fangeux. Il est presque impossible de déplacer des armes plus lourdes que les mortiers de 60 mm et les infirmiers font état des premiers cas de coups de chaleur (dans cette atmosphère saturée d’humidité, la sueur ne s’évapore pas et rafraîchit donc peu l’organisme). Les 1er et 3e bataillons avancent lentement, pendant que le 2e reste en arrière pour élargir les pistes.
………
Devant Guadalcanal
Les Japonais ont encore à Rabaul 14 G4M1 (Betty) et 17 A6M2 (Zéro) opérationnels, plus 9 D3A1 (Val). Ces derniers pourraient attaquer le secteur de Guadalcanal à condition de se poser ensuite à Tenaru pour y ravitailler. Sans aucune garantie que la piste sera praticable, le commandement japonais décide de prendre le risque .
Vers midi, les 40 appareils japonais attaquent les cargos en plein déchargement, mais les radars américains les détectent et dirigent vers eux les patrouilles de Wildcat mises en place par les porte-avions, qui continuent de couvrir efficacement le convoi tout en restant eux-mêmes hors de portée. Les bombardiers qui leur échappent se heurtent ensuite à une DCA très dense et efficace. Les combats aériens et la DCA font neuf victimes chez les Betty et cinq chez les Zéro, qui abattent huit Wildcat. Ces derniers ont payé le prix, mais le bombardement est un échec complet !
Après avoir abattu un Wildcat, Saburo Sakaï, qui commande les chasseurs japonais, se retrouve isolé, mais décide quand même d’attaquer ce qu’il croit être trois Wildcat sans méfiance. Il se place dans leur queue et les rattrape rapidement, quand il découvre que, trompé par leurs ailes anguleuses, il a pris pour des Wildcat trois Avenger (un type d’avion qu’il n’a jamais rencontré), en mission d’appui au sol et dont les mitrailleuses lourdes arrière l’ajustent avec ensemble. Grièvement blessé, le pilote japonais parvient malgré tout à poser son avion criblé de balles sur ce qui reste du terrain de Tenaru. Il sera évacué dans la nuit par un H6K demandé spécialement pour lui.
C’est alors que surgissent les Val, surprenant la chasse américaine. Les bombardiers en piqué touchent gravement le grand transport George F. Elliot. En perdition, celui-ci doit être échoué sur la plage. Deux D3A1 sont abattus par la DCA ; les sept autres ont la désagréable surprise de constater que le terrain de Tenaru est loin d’être opérationnel. Trois sont détruits à l’atterrissage sur une piste semée de trous d’obus, les autres ne pourront être ravitaillés avant d’être détruits par un bombardement effectué sans opposition par des Avenger dans l’après-midi.
Malgré les médiocres résultats de l’attaque et les lourdes pertes subies par les Japonais, le rythme des déchargements a été notablement ralenti. Ses navires ayant besoin de ravitailler en carburant, Fletcher décide de se retirer la nuit suivante avec ses porte-avions aux alentours de Rennell. Il compte revenir le lendemain à portée de patrouille de chasse.
Par ailleurs, les avions qui rentrent à Rabaul (5 Betty et 12 Zéro) décrivent la flotte alliée. La description est assez correcte, sauf sur un point : dans la chaleur du combat, plusieurs équipages, avertis que des cuirassés ont bombardé Tenaru la nuit précédente, ont en toute bonne foi cru les apercevoir dans la Baie – il s’agissait sans doute de certains des croiseurs lourds américains. Ce renseignement erroné est transmis à Tanaka, ce qui aura quelques heures plus tard des conséquences importantes.
………
L’Escadre des Mers du Sud (au milieu des Salomon)
La journée s’annonce belle et claire. Des hydravions sont lancés à la recherche des navires alliés dans le Slot et les trois fractions de l’Escadre (2e Escadrille de Destroyers, 6e et 18e Divisions de Croiseurs) sont séparées pour moins donner l’éveil en cas de repérage par des avions alliés.
De fait, à 10h26, l’un des trois Hudson de la RAAF lancés de Milne Bay à la recherche de navires japonais aperçoit des navires. Le rapport du sergent Bill Stutt est capté et retransmis par Milne Bay. Stutt suit l’escadre japonaise pendant vingt minutes, puis s’éloigne. Tanaka décide alors de rebrousser chemin pendant une heure, pour échapper à une éventuelle attaque. Peu après, à 11h00, un autre Hudson repère les Japonais. Le F.O. Wilman signale son observation à Port Moresby et lâche deux bombes sur le Furutaka, sans l’atteindre. Son rapport indiquant que l’escadre japonaise a fait demi-tour ne fait que confirmer les préjugés de Turner, qui n’imagine pas qu’une simple force de croiseurs et destroyers s’aventure aussi loin que Guadalcanal.
A midi, l’escadre remet le cap au sud-est et l’Akitsushima s’éloigne vers Rekata Bay avec ses escorteurs.
A 13h00, Tanaka ordonne de monter à 24 nœuds et entre dans le Slot.
Vers 17h30, il donne ses derniers ordres d’attaque (qui, pour les deux autres contre-amiraux, sont présentés comme des « propositions »). Les croiseurs lourds de Goto doivent se placer en avant-garde et jouer le rôle du bélier, en éliminant l’écran ennemi probablement positionné au sud de Savo pour permettre aux deux groupes de navires torpilleurs d’atteindre les cuirassés (dont les renseignements reçus de Rabaul font croire à Tanaka qu’ils guettent au large de Red Beach). La 2e Escadrille, menée par le Jintsu, et le groupe du Kitakami attaqueront alors les navires de ligne à la torpille, par une manœuvre en tenaille classique. Il sera temps ensuite de s’occuper des croiseurs patrouillant au nord de Savo puis, éventuellement, des transports.
La formation entrera dans la baie par le passage sud, entre Guadalcanal et Savo. Les vedettes rapides japonaises basées à Guadalcanal ont reçu l’ordre de surveiller ce secteur. Pour éviter toute méprise, les navires japonais devront porter un panneau blanc d’un mètre sur sept de chaque côté de la passerelle comme marque de reconnaissance. Mais pour plus de précautions, Tanaka décide que ses navires ressortiront par le passage nord, entre Savo et Florida.
Quand le soleil se couche, à 18h16, tous les navires sont prêts à l’action.
Vers 23h15, trois E13A1 sont lancés. Ces hydravions doivent lancer des fusées éclairantes pour marquer les passages et illuminer ou silhouetter les navires ennemis.
………
Sur les navires alliés (entre Guadalcanal et Florida)
Quelques jours plus tôt, prenant le commandement d’une escadre de croiseurs et de destroyers tous américains, en dehors de son propre navire, le vice-amiral Crutchley a voulu donner à ses officiers une sorte d’avertissement. Rappelant les combats de Mer de Chine, il s’est exclamé : « Nous savons maintenant que le Jap aime le combat de nuit et qu’il dispose de navires et d’armes efficaces, servis par des marins bien entraînés. L’enseignement principal des combats de décembre dernier est qu’il ne faut pas perdre un instant pour le frapper. Une action rapide et décidée est essentielle pour espérer triompher. Cognez vite et fort sans tergiverser. » Les Américains l’ont écouté poliment. Certains ont-ils pensé : « Pusillanimité d’un amiral du Vieux Continent ne disposant que de navires médiocres ! » ?
Quoi qu’il en soit, comme la veille, Crutchley a affecté ses navires à leurs zones de patrouille. Les CA Astoria, Quincy et Vincennes, avec les DD Henley et Monssen, croisent dans le passage nord derrière le DD Ralph Talbot en “piquet radar”. Avec son CA Australia, le CA Wichita, le CLAA San Juan et les DD Bagley et Patterson, Crutchley lui-même surveille le passage sud, et c’est le DD Blue qui joue le “piquet radar”. De son côté, le CL Leander, au large de la Pointe Lunga, envoie à intervalles irréguliers quelques obus sur l’aérodrome « pour empêcher les Japs de dormir ».
Enfin, les DMS, les autres DD et le CL Jeanne d’Arc (amiral Turner) gardent les transports.
De l’autre côté de la baie, les deux ravitailleurs d’hydravions australiens sont ancrés près de Tulagi, avec les trois croiseurs auxiliaires.
Vers 19h30, l’Australia quitte sa place pour conduire Crutchley sur la Jeanne d’Arc, où Turner l’a convoqué pour 20h30, avec Hill et Vandegrift. Ce dernier, épuisé, arrive à 22h00 pour entendre Turner expliquer qu’il a reçu un message de Fletcher. Celui-ci indique qu’il doit éloigner ses porte-avions, pour éviter d’être mis en mauvaise posture par l’arrivée probable de la Flotte Combinée (il semble que des problèmes de transmission aient quelque peu brouillé le message, donnant l’impression que Fletcher s’enfuyait plus qu’il ne s’éloignait). « Ce salaud-là nous laisse le cul à l’air ! » s’exclame Crutchley – qui, comme tout le monde, craint davantage, à ce stade, de nouvelles attaques aériennes qu’une attaque navale. Les Américains se taisent, mais leur silence vaut approbation. Tout ce que peut faire Turner, outre pester intérieurement, c’est promettre à Vandegrift davantage d’hommes pour débarquer les approvisionnements afin de permettre aux transports de quitter au plus vite – dès la fin de la journée du 9, autant que possible – ces parages malsains. La discussion se prolonge jusqu’à minuit, puis Crutchley retourne vers l’Australia, qui s’apprête à rejoindre la force sud.
Le temps se gâte un peu – nuages bas, brume, quelques grains.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– La Force Kanga compte maintenant plus de 30 blessés. Les blessés légers ont besoin de deux personnes, les “Fuzzy-Wuzzy Angels” pour les aider à marcher, et dans le “pays de Baum”, il faut jusqu’à douze brancardiers qui se relaient pour porter les blessés sur civière. Les hommes de la Force Kanga doivent pourtant continuer à couvrir les civils, les malades et les blessés qui battent en retraite à une vitesse d’escargot dans une contrée sauvage, par une piste à peine marquée.
L’officier valide le plus gradé, le capitaine Minchin (2/5e Compagnie Indépendante), rassemble alors ses hommes les plus en forme – environ 150 – et leur explique la situation : « La Force Kanga doit se replier en combattant pour couvrir les civils, les malades et les blessés, mais les hommes qui seront chargés de ralentir les Japonais doivent savoir qu’ils ne pourront compter que sur eux-mêmes s’ils sont blessés. Chacun de vous a donc le choix : rester en arrière-garde ou escorter le gros de la troupe. » Jusqu’au dernier, les cent cinquante hommes décident de rester en arrière-garde. Un coureur est envoyé avertir la tête de la colonne principale de leur décision, et lui demander de déposer des réserves de munitions et de nourriture à différents endroits convenus.
A l’aube, la position sur le gué de la Bulolo est abandonnée et les hommes se replient le long de la piste de Bulldog jusqu’à une autre position devant Kudjeru, près de la piste d’aviation.
………
Piste de Kokoda – La perspective de voir arriver de vrais bombardiers en piqué est une chose, mais en attendant, les hommes de Wootten doivent faire avec ce qu’ils ont. Le Brigadier demande à la RAAF un effort maximum au crépuscule, pour favoriser une attaque terrestre dans la nuit. Ce bombardement est programmé pour le 10.
………
Milne Bay – Huit A6M2 de Lae, volant à basse altitude le long de la côte, débouchent à ras du sol par surprise et mitraillent la piste de Turnbull. Trois précieux C-47 et quatre Beaufort de la RAAF sont détruits. Les Japonais s’échappent sans peine.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de Sydney
(opération Oni, phase 3d) – Le caboteur hollandais Boorden (750 GRT, réfugié des Indes Orientales Néerlandaises) saute sur une mine (sans doute du I-121) et coule. On croit à ce moment qu’il a été torpillé. De la même façon, on croira à un torpillage le 14 août, quand le caboteur Shadrack (300 GRT, en route de Wollongong à Sydney avec du charbon), sera coulé par une mine (probablement posée par l’I-123).
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Jan 16, 2013 14:04    Sujet du message: Répondre en citant

9 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest – Opération Watchtower
Bataille de Savo (ou “Savo-1”)
00h10
– Un hydravion, tous feux de position allumés, est aperçu par des marins américains au-dessus de Savo. D’autres hydravions seront signalés par intermittence jusqu’à 00h55. Ils seront tous considérés comme amis, notamment en raison de leurs feux allumés.
00h35 – La flotte de Tanaka est en vue de l’île de Savo.
00h40 – Les vigies japonaises aperçoivent à tribord un destroyer isolé. C’est le Buchanan, qui rejoint Nouméa après quelques réparations provisoires. Ignorant que ses radios sont détruites et pensant que l’Américain peut avoir vu ses navires, Goto ordonne au Furutaka de lancer quatre torpilles, qui manquent toutes leur cible ! En réalité, personne à bord du navire américain ne semble avoir remarqué la menace et il s’en tire sans une égratignure.
00h50 – Le Kitakami (ainsi que les deux croiseurs légers qui l’accompagnent) ralentit quelques minutes, le temps de mettre à l’eau ses deux bateaux de débarquement Daihatsu. Ceux-ci vont débarquer à Cap Espérance plus de quinze tonnes de ravitaillement en tout ; ils se mettront ensuite à la disposition du commandement des troupes de la Marine sur Guadalcanal.
00h58 – L’Aoba, en tête des navires japonais, aperçoit à 11 000 mètres le DD Blue, patrouillant à l’ouest du passage entre Savo et Guadalcanal. Avant que les croiseurs japonais n’ouvrent le feu, ils le voient virer de bord et s’éloigner. A bord du Blue, le radar ne signale rien d’anormal. La relative nouveauté du système explique cette absence de réaction : les opérateurs, encore peu expérimentés, ont le plus grand mal à distinguer les échos noyés dans les parasites générés par l’ile de Savo et les grains de pluie. De plus, ils sont, comme le reste de l’équipage, épuisés par deux jours d’activité intense et d’attaques aériennes. Devant l’état de grande fatigue de ses hommes, Crutchley a d’ailleurs été obligé d’accepter de mettre les navires en condition II pour la nuit – la moitié de l’équipage est au repos.
01h00 – Goto ordonne de venir au 150 et d’accélérer à 26, puis à 30 nœuds, alors qu’il se rapproche du groupe de « deux croiseurs lourds et deux légers » signalé par ses hydravions. D’autres rapports ont indiqué aux amiraux japonais qu’un navire hôpital brillamment éclairé est ancré à l’est de la baie. Un autre point de repère leur est fourni par un feu allumé à la demande de Tanaka en haut du Mont Austen.
01h25 – Les navires du groupe sud (Wichita, San Juan, Bagley, Patterson, dans cet ordre) sont aperçus par les vigies japonaises, puis silhouettés par une fusée lancée par un hydravion.
01h30 – Les quatre croiseurs lourds japonais lancent chacun quatre torpilles de 24 pouces à 7 000 mètres, de leurs tubes bâbord. Elles doivent courir pendant 4 minutes. Selon les ordres et la doctrine d’emploi, les canons visent l’ennemi, mais restent silencieux en attendant que les torpilles touchent, pendant que les navires continuent à se rapprocher de leurs adversaires jusqu’à 3 500 mètres.
01h32 – Le Patterson aperçoit les Japonais et accélère à 20 nœuds en mettant le cap sur l’ennemi pour une attaque à la torpille, émettant un avertissement pendant que les hommes sont appelés aux postes de combat.
01h34 – Le Bagley est touché par une Longue Lance et se brise en deux, coulant immédiatement. Le Wichita et le San Juan, alertés, ont vite leurs propres ennuis. Le croiseur lourd est frappé deux fois de suite – la première torpille expose au niveau des cheminées, noyant la salle des machines avant ; la seconde frappe un peu en arrière. Tout de suite après, les quatre croiseurs japonais ouvrent le feu, ensevelissant le malheureux navire sous les obus – les officiers survivants rapporteront que 40 à 50 impacts ont été dénombrés en deux minutes. Incapable de riposter, le Wichita est vite stoppé, en flammes et prenant l’eau. Un incendie a éclaté sous le pont-hangar arrière. Pourtant, le navire montre la qualité de sa construction : malgré les dégâts, il ne se brise pas en deux et reste à flot.
Derrière le Wichita, le San Juan change de cap et engage l’ennemi, mais très vite, les croiseurs lourds reportent leur tir sur lui. Touché à de nombreuses reprises, le croiseur est secoué par plusieurs détonations, puis une grande boule de feu s’élève dans le ciel. La tourelle A vient de disparaître dans les flammes et le navire s’enfonce fortement par l’avant. Malgré les dommages, il répond aux croiseurs japonais de tous ses canons de 5 pouces (une dizaine sur seize sont encore opérationnels), sans pouvoir entamer le blindage de ses adversaires mais laissant perplexes les Japonais, étonnés par le nombre de départs de tir et qui croient même avoir affaire à deux navires. Attirant le feu des quatre croiseurs japonais, il s’embrase sous les obus qui pleuvent sur lui. En quelques minutes, le petit croiseur devient un bûcher dont la lueur aveugle les vigies japonaises en les privant de leur vision nocturne pendant quelques minutes cruciales.
Le Patterson se prépare à lancer ses torpilles, mais il est pris pour cible par le Jintsu et ses cinq destroyers. Dix-sept obus le laissent en flammes, tournant lentement en rond sur bâbord, hors de combat mais toujours à flot. Il réussit à lancer quatre torpilles, sans résultat apparent.
01h45 – A ce moment, l’Australia n’est qu’à 12 000 mètres. Ses vigies découvrent, silhouettés par l’incendie du San Juan, les croiseurs de Goto qui, leurs premiers adversaires anéantis, foncent droit vers l’est et ont pris une certaine avance sur le reste de l’escadre japonaise. Le croiseur australien met aux postes de combat et Crutchley signale « Ennemi en vue – Engageons le combat », persuadé que le groupe nord est déjà en train de se précipiter. Le croiseur abat brutalement sur tribord pour ouvrir ses arcs de tir et barrer le T des Japonais, qui ne l’ont pas repéré – effet rémanent, sans doute, de la flamboyante disparition du San Juan.
01h48 – L’Australia, juste en face du premier navire de la ligne japonaise, ouvre le feu à 6 000 mètres. Sa cible est l’Aoba et celui-ci est vite sévèrement touché, la tourelle B hors de combat et la passerelle endommagée. Le croiseur japonais vire brutalement sur bâbord pour démasquer ses canons arrière et ses tubes tribord. Au même instant, l’Australia lance ses torpilles bâbord avant d’effectuer un demi-tour sur tribord pour démasquer ses tubes tribord. Le Kinugasa, qui suit l’Aoba, abat sur bâbord et commence à engager l’Australia au canon tout en lançant lui aussi ses torpilles tribord. L’Australia dirige alors son tir sur lui, tout en effectuant un nouveau demi-tour, cette fois sur bâbord, qui lui permet d’éviter les Longues Lances.
Tanaka, avec son Jintsu et ses cinq destroyers, suivis par les Kitakami, Tatsuta et Yûbari, quitte sa place dans la ligne japonaise, espérant contourner l’action devant lui par tribord. La formation japonaise est donc divisée en deux.
Pendant ce temps, le Kinugasa donne, mais aussi reçoit des coups sévères. Les obus australiens touchent le hangar à hydravions et allument un violent incendie. Pire, une torpille (probablement de celles destinées à l’Aoba) le frappe au niveau de la tourelle Y et sa vitesse tombe à 22 nœuds ; il quitte alors la ligne de combat, se repliant vers le sud-ouest. Le Kako et le Furutaka, qui continuent un instant de le suivre, perdent contact avec le croiseur australien.
01h56 – L’Australia a été durement touché par les obus de l’Aoba et du Kinugasa. Les deux tourelles avant sont hors de combat, la cheminée avant est détruite et la passerelle est ravagée. Crutchley est tué et le commandant du croiseur, le Captain Farncomb, est gravement blessé (il faudra l’amputer du bras gauche). Néanmoins, il ne perd pas tout de suite connaissance et ordonne de décrocher vers le nord-est en faisant de la fumée pour éloigner l’ennemi des transports.
02h00 – Au bout de douze minutes d’empoignade, la fumée interrompt le combat. L’Australia blessé se replie vers le nord-est, cependant que le Kinugasa décroche vers le sud-ouest. L’Aoba endommagé, qui a ralenti, est rattrapé par les deux autres croiseurs lourds japonais.
………
Cependant, le groupe du Jintsu et du Kitakami a filé droit vers l’est et les supposés cuirassés ennemis… Or, Tanaka, s’aidant du point de repère représenté par le feu allumé sur le mont Austen, constate qu’il n’a plus devant lui que le Sealark Channel, entouré de récifs d’autant plus traîtres que l’obscurité les dissimule. Les cuirassés ont disparu ! Les aurait-il croisés dans l’obscurité ? Il ordonne alors de faire demi-tour et de marcher vers le sud-ouest : il est sûr, du moins, de trouver les transports.
………
Le groupe nord, dirigé par le commandant du Vincennes, le Captain Fred Riefkohl, a perçu le bruit du massacre du groupe sud, puis reçu le message de Crutchley « Ennemi en vue – Engageons le combat ». Cela voulait-il dire qu’il fallait abandonner la position et marcher au canon ? Après de longues minutes de tergiversation inquiète, Riehkohl décide de mettre le cap au sud-est, à 18 nœuds, après avoir transmis au Ralph Talbot, laissé en arrière en piquet radar, de redoubler de vigilance. Les destroyers Monssen et Henley sont en tête, suivis par les croiseurs lourds Astoria, Quincy et Vincennes.
………
02h15 – Les croiseurs lourds japonais (Aoba, Kako et Furutaka) aperçoivent les cinq navires de Riefkohl qui s’approchent par le nord-ouest, sur une route parallèle. Goto donne l’ordre d’attaquer à la torpille, mais seul le Kako a encore des Longues Lances.
A cet instant, le DD Monssen signale des navires ennemis par tribord avant. Pourtant, des secondes vitales sont perdues lors d’un échange confus en phonie jusqu’à ce que le commandant du Monssen, le Commander Roland Smoot, accède à l’immortalité d’un surnom célèbre en hurlant : « Smoot says f*ck everybody – Attack ! » (1) Il abat brutalement sur tribord et ouvre le feu sur les navires ennemis maintenant bien visibles.
Le Monssen lance ses torpilles vers la ligne japonaise, qu’il contourne dans son élan par l’arrière.
Au même moment, deux des torpilles du Kako trouvent leur cible : l’Astoria est frappé deux fois juste en avant de la tourelle Y, pratiquement au même endroit. Le quart arrière du navire se détache et coule instantanément, mais la partie avant reste à flot ! La chaufferie centrale ne présente en effet que de légères voies d’eau. A bord du Quincy et du Vincennes, les commandants hésitaient à ordonner le tir de crainte de toucher des alliés, mais les hautes colonnes d’eau jaillissant sur le flanc de l’Astoria lèvent leurs doutes.
Zigzaguant pour dépasser de qui reste de l’Astoria, les croiseurs américains rendent obus pour obus aux Japonais – même si les tirs de leurs adversaires sont plus précis. Le Vincennes affronte l’Aoba, le Quincy fait face au Kako… mais le petit Henley se fait matraquer par le Furutaka, qui l’a pris pour un croiseur léger. C’est alors au tour du Kako d’être torpillé : un des engins du Monssen a fait mouche ! Mais le grand croiseur supporte bien l’impact et il poursuit le combat.
Au moment ou les deux lignes adverses achèvent de se croiser, un obus (peut-être venu de l’Astoria, dont les tourelles avant tirent toujours) frappe la passerelle de l’Aoba. L’amiral Goto est touché. Sérieusement blessé (un bras cassé, plusieurs plaies profondes), sachant que le Kako a reçu une torpille, que le Kinugasa a disparu et qu’il n’a plus de Longues Lances, il ordonne, comme prévu au départ, de se replier par le nord de Savo.
………
Le Kinugasa, sévèrement atteint par l’Australia un peu plus tôt, est tombé de Charybde en Scylla en se repliant.
En effet, le Leander, qui s’est rendu compte qu’il se passait quelque chose du côté de Savo, a entrepris prudemment d’aller voir ce qu’il en était et n’a trouvé que des épaves. Repartant en sens inverse, il aperçoit un croiseur en flammes au large de la Pointe Cruz. C’est le Kinugasa, qui se replie en luttant contre les incendies allumés par l’Australia. Le Leander confirme qu’il s’agit d’un navire ennemi puis ouvre le feu à 4 000 mètres, et met très vite de nombreux coups au but. Le Japonais se défend cependant et parvient à placer trois obus sur le Néo-Zélandais : l’un perce la ceinture et démolit une chaudière, un autre met hors service la tourelle X, le dernier explose dans l’infirmerie, tuant plusieurs membres de l’équipe médicale et provoquant un incendie. Mais le Leander lance ses torpilles, dont deux frappent son adversaire : l’une lui arrache la poupe, l’autre touche sous la passerelle, provoquant des dommages catastrophiques. Le Leander s’approche et achève le Kinugasa de plusieurs salves à courte distance.
………
De son côté, Tanaka a fait route vers les transports, mais l’escorte de celui-ci lui a réservé une mauvaise surprise : il y a encore là le croiseur léger Jeanne d’Arc, cinq destroyers (Dewey, Helm, Hull, Jarvis, Wilson), cinq dragueurs (Hopkins, Hovey, Southard, Trever, Zane) et quatre APD (Colhoun, Gregory, Little, McKean), et ils sont tout sauf surpris. Les neuf DMS et APD tendent un épais rideau de fumée d’où les destroyers émergent par intermittence pour lâcher une bordée. Turner ordonne à la Jeanne d’Arc de soutenir ses destroyers et va s’installer sur la passerelle, où il déclare au commandant du croiseur : « Captain, this ship is yours, please fight as you see fit. » (Commandant, ce navire est le vôtre, veuillez combattre comme vous l’entendez). Puis il se place en retrait et ne dit plus un mot. Le croiseur va se montrer à deux reprises à la pointe du combat.
La première fois, la Jeanne surgit de l’obscurité fuligineuse à quelques centaines de mètres de l’Hayashio. Les vigies de ce dernier, sidérées, ne reconnaissent pas le bâtiment français et, dans la crainte d’une erreur, le Japonais n’ouvre pas le feu ! Les autres bâtiments de la ligne de Tanaka, passablement dispersés par leur jeu de cache-cache avec les escorteurs américains et ignorant où se trouvent au juste leurs propres croiseurs légers, imitent leur équipier, et la Jeanne replonge majestueusement dans le brouillard artificiel après une seule bordée, qui frôle l’Hayashio et le secoue sévèrement.
La seconde fois, c’est le Jintsu qui est le navire ennemi le plus proche et cette fois, plusieurs salves sont échangées. La confusion japonaise est portée à son comble par un immense drapeau orné de fleurs de lys et de saintes effigies, à l’image de l’étendard de la Pucelle. C’est le lieutenant de vaisseau “shipard” (2) de la Jeanne d’Arc, monarchiste convaincu et catholique pratiquant, qui a fait déployer cet attribut folklorique d’habitude réservé à la fête de la sainte célébrée par les élèves officiers : il est persuadé que se placer sous ce patronage est la seule chance de salut du croiseur. On découvrira après guerre que la Jeanne d’Arc, en tant que navire-école, avait été classée par la Marine Impériale parmi les bâtiments qu’il était hautement improbable de rencontrer au combat, d’où la perplexité “miraculeuse” des vigies japonaises…
L’épisode sera quelques mois plus tard immortalisé au mess des officiers de la Jeanne par un tableau allégorique dans le style pompier flamboyant, Sainte Jeanne d’Arc préservant le Convoi de la Fureur des Nippons. Le tableau (aujourd’hui exposé dans un coin discret du Musée de la Marine à Paris) montre la sainte toute armée, coiffée d’une auréole éblouissante. Accrochée d’une main au mât du croiseur où flotte son étendard, elle repousse de son épée des hordes de navires ornés du Soleil Levant dans un geste plein d’autorité (mais qui n’en dévoile pas moins un sein généreux, surgi d’une improbable échancrure de l’armure).
Quoi qu’il en soit, les équipements de conduite de tir très perfectionnés de la Jeanne lui permettent de placer deux obus sur le Jintsu tout en lançant son unique torpille tribord, avant de replonger dans l’obscurité. Frayeur japonaise : la torpille frôle le croiseur amiral – alors qu’il est bien connu que les croiseurs américains n’ont pas de torpilles.
Dans la confusion et la fumée, le combat se prolonge de longues minutes sans coups au but notables – à plusieurs reprises cependant, un Japonais, croyant avoir une bonne solution de tir, lance une demi-salve de Longues Lances. Aucune de ces torpilles ne trouve la cible prévue, mais deux vont va frapper des transports, loin derrière : le Neville doit être échoué (il sera perdu après avoir été vidé de ce qu’il contenait encore) et le Crescent City est gravement touché à la poupe (il ne sombre pas mais est incapable de se mouvoir).
Enfin, Tanaka, désespérant de trouver la faille, voyant l’heure passer, l’aube se rapprocher et avec elle, de prévisibles attaques aériennes américaines, envisageant aussi un possible retour de cuirassés américains qui, cette fois, ne seraient pas pris par surprise, ordonne le repli.
Sur la Jeanne d’Arc, le calme revient. Le convoi est sauvé. Turner sort alors de son silence : « Well done, gentlemen. »
02h40 – Alors que les navires de Tanaka, encore plus ou moins en ligne (témoignage de la qualité de l’entraînement de leurs équipages), filent vers le nord-ouest, un destroyer isolé surgit de l’obscurité et se dirige à toute vitesse vers la ligne japonaise. C’est le Monssen ! Craignant une salve de torpilles, l’Amatsukaze abat brutalement sur tribord. Son adversaire, toujours plein d’ardeur combative, tente de l’éperonner. Il échoue, mais passe si près que Smoot lui-même sort son pistolet pour tirer sur la passerelle du destroyer japonais, dont le capitaine riposte de la même manière ! Pour couronner le tout, le pistolet Taisho de l’officier japonais s’enraye et, furieux, il jette en direction du destroyer américain ce qu’il a sous la main – sa casquette. Celle-ci atteint son but – la distance entre les deux navires ne dépassant guère trois mètres à ce moment – et deviendra la coiffure de Smoot jusqu’à la fin de la guerre. Le Monssen endommage au canon son adversaire, mais souffre terriblement en retour (exclamations farouches mises à part, Smoot recevra la Médaille du Congrès pour ses actions de cette nuit-là) (3).
02h50 – Peu après cette péripétie, Tanaka aperçoit devant ses bâtiments deux grands croiseurs silhouettés par un incendie. Ce sont les Quincy et Vincennes, éclairés par les flammes qui dévorent le pauvre Henley. Ils vont payer pour les frustrations endurées par les Japonais face au convoi. Le Kitakami lance une salve tribord et les navires de la 2e Escadrille une demi-salve chacun, soit 32 Longues Lances en tout. Frappés par deux à quatre torpilles chacun, les trois Américains sont balayés de la surface de l’eau. Tanaka peut rentrer à Rabaul triomphant !
Il s’en va, comme prévu, par le nord de Savo, tirant au passage quelques obus sur le Ralph Talbot, qui a la sagesse de s’esquiver.
………
Le dernier mot de la nuit restera à l’inimitable lieutenant Iishi. Il a croisé pendant des heures le long de la côte nord, à l’affût. Quand il reçoit un message en clair indiquant que Tanaka s’est éloigné, il intervient. Avec les G-1 et G-2 (la G-3 a un problème de moteur), il file vers le malheureux Wichita. La G-2 lance et une de ses torpilles frappe le croiseur, qui sombre immédiatement. Iishi, très satisfait de son ouvrage, rentre dans sa tanière fluviale – mais après avoir réarmé ses trois vedettes, il ne lui restera plus aucune torpille de réserve.
………
Quand le jour se lève, Turner, assommé par l’importance des pertes, fait le compte de la faible escorte qui lui reste : un croiseur léger, sept destroyers et divers petits bâtiments, ainsi qu’un croiseur lourd (l’Australia), un léger (le Leander) et un destroyer (le Monssen) endommagés mais encore capables de naviguer. Pourtant, il n’est pas question d’évacuer la zone immédiatement, il y a encore trop d’hommes à la mer et trop de matériel attendant d’être débarqué. Il faut rester, mais jusqu’à quand ?
L’Astoria est remorqué jusqu’à la Baie de Tulagi et amarré, ainsi que le Crescent City. Aucun d’eux ne peut être évacué, mais ils restent utiles, le transport comme entrepôt et le morceau de croiseur lourd comme batterie côtière (il lui reste six canons de 8 pouces) et comme batterie de DCA couvrant les ravitailleurs d’hydravions Zealandia et Nairana. La présence de l’Astoria (vite rebaptisé Asto, au motif qu’il lui manque visiblement quelque chose) aide à contrôler chez les Australiens la colère soulevée par la mort du contre-amiral V.A. Crutchley VC, Royal Navy.
« Aux yeux des Australiens, les Américains étaient presque aussi coupables que les Japonais de la mort du contre-amiral et des graves dégâts infligés à leur dernier croiseur lourd : ceux du groupe sud s’étaient fait tirer comme des canards posés malgré les avertissements de Crutchley ; ceux du groupe nord avaient lamentablement tardé à intervenir avant de se faire détruire. Et bien sûr, les cuirassés avaient déserté le champ de bataille avant le combat ! Le commandant de l’Australia, le Captain Farncomb, avait survécu. Son récit, plus tard, décrivant un navire australien se battant seul contre toute la flotte japonaise, ne ferait rien pour calmer l’amertume de ses compatriotes. » (B. Marcus, op. cit.)
« La bataille de Savo fut un désastre pour les Alliés. Ils avaient perdu quatre croiseurs lourds (car il était peu probable de pouvoir réparer un jour l’Astoria amputé de sa poupe), un croiseur anti-aérien, trois destroyers et deux transports, sans parler du destroyer et du transport perdus auparavant, plus un croiseur lourd, un léger et deux destroyers plus ou moins sévèrement touchés. En face, les Japonais s’en tiraient avec un croiseur lourd coulé, un sérieusement endommagé et d’autres bâtiments plus ou moins touchés. Le déroulement de la bataille confirmait que les marines alliées avaient beaucoup à apprendre en ce qui concernait le combat de nuit. C’était la deuxième fois que l’US Navy rencontrait Tanaka de nuit, et pour la deuxième fois, elle avait subi une lourde défaite, en dépit de la grande bravoure de ses marins. Les unités de l’Empire britannique avaient fait un peu mieux, et la pertinence du concept européen d’armer les croiseurs de torpilles avait été démontrée, mais il s’agissait sans doute de la plus modeste des leçons de Savo. L’assimilation de ces leçons commença immédiatement. » (Jack Bailey, Un Océan de Flammes – La Guerre Aéronavale dans le Pacifique)
………
Au sud de Guadalcanal et dans le Slot
Les porte-avions du vice-amiral Fletcher ont commencé à se retirer vers le sud-est dès 16h40 le 8 août. Ce mouvement sera très critiqué, à la lumière du raid de Tanaka contre les forces de Crutchley et Turner. De fait, Fletcher n’a pas reçu d’ordre en ce sens de Ghormley. Il affirmera plus tard avoir estimé que rester à portée de raid de Rabaul rendait sa position risquée et que ses destroyers devaient ravitailler. Le second point n’est pas confirmé par les journaux de bord des navires, mais il est certain que Fletcher était douloureusement conscient que sa force était la seule dans la région capable d’affronter le Kido Butai, et qu’il n’avait pas le droit de l’exposer sans nécessité. Ses hésitations se lisent sur la carte des mouvements de ses navires. Peu avant minuit, il fait mettre le cap au sud-ouest, puis à 01h00 le 9, il ordonne de prendre un cap nord-nord-ouest.
03h00 – Fletcher reçoit un bref rapport signalant « Violente action de surface dans la zone Tulagi-Guadalcanal. » Et à 03h30, un message de Ghormley, à Nouméa (message sans lien avec ce qui se passe devant Guadalcanal) lui demande de « Suspendre tout mouvement de repli. »
Or, le groupe aérien du Wasp a reçu un entraînement pour des actions de nuit. Entre 03h00 et 04h30, le commandant du Wasp, le Captain Forrest P. Sherman, qui a lu le rapport de 03h00, demande par trois fois au contre-amiral Noyes l’autorisation de foncer vers Guadalcanal pour fournir à Crutchley et Turner tout l’appui possible. Noyes transmet cette proposition à Fletcher, mais n’obtient aucune réponse et refuse par trois fois.
04h30 – La flotte se trouve entre San Cristobal et Rennell, par 161°10’ E et 11°10’ S. En l’absence de toute précision, Fletcher décide alors de retourner vers le sud.
Mais à 04h51, il reçoit un message confus du contre-amiral Turner, indiquant « Presque tous les vaisseaux de l’écran gravement endommagés ou coulés. » Ce message emporte la décision.
05h05 – La proposition de Sherman est acceptée et le Wasp repart vers le nord à 30 nœuds, seulement escorté par quatre destroyers (Aaron Ward, Laffey, Lang, Sterett). Le reste de la flotte suit à plus faible vitesse, afin de pouvoir défendre le Wasp tout en restant hors de portée des bombardiers-torpilleurs basés à terre.
07h20 – Le Wasp est au sud-ouest de Guadalcanal et commence à lancer ses avions. D’abord, ce sont 12 SBD-3 de la VS-71. Les “Speedy-three” (4) se déploient à la recherche de Tanaka, suivis à 08h05 par 12 SBD-3 de la VS-72, sept TBF-1 de la VT-7 et une escorte de vingt F4F-4 de la VF-71.
09h35 – La flotte japonaise est découverte, remontant le “Slot” à grande vitesse. Tanaka a demandé une couverture de chasse à Rabaul, mais les quelques A6M2 disponibles ne pourront le rejoindre avant 11h00. Les bombardiers en piqué de la VS-72 se concentrent sur les croiseurs lourds, qu’ils prennent pour des croiseurs de bataille. Le Furutaka et le Kako reçoivent chacun une bombe, et la vitesse du second tombe à 20 nœuds. Les TBF-1 de la VT-7 lancent leurs torpilles d’assez près, mais leurs cibles, rapides et manœuvrantes, esquivent. L’un des Dauntless de la VS-71 réussit à toucher le DD Oyashio, mais sans faire de gros dégâts. La DCA japonaise est peu efficace, d’autant plus que les hommes sont épuisés et que les navires effectuent des manœuvres serrées, et aucun avion n’est abattu.
10h17 – Le dernier avion américain quitte la scène.
11h50 – Tous les avions sont récupérés par le Wasp et Noyes remet cap au sud.
13h45 – Noyes retrouve Fletcher et la flotte réunie se dirige alors vers Port-Vila (Nouvelles-Hébrides) pour ravitailler et renforcer les groupes aériens. Tous les officiers sont convaincus que le raid de Tanaka n’est que le prélude à de plus grandes batailles.
En fin de journée, n’ayant pas rencontré d’autres difficultés, Tanaka décide de rejoindre Rabaul. Goto le suit, car plusieurs de ses croiseurs sont chargés de blessés (dont lui-même) et il n’y a pas d’hôpital à leur base de Kavieng.
Cependant, Tanaka ordonne au petit convoi transportant le 128e RI de se réfugier aux Shortland le temps que la situation s’éclaircisse.
………
Secteur de Tulagi
– Tanambogo

Dans la nuit, ignorant tout de ce qui se passe sur mer, de petits groupes d’Australiens montés dans des embarcations se sont engagés dans le chenal de chaque côté de la jetée, s’assurant qu’aucun Japonais ne l’occupe ou ne la surveille.
A l’aube, les chars foncent le long de la jetée et sur l’extrémité plate de Tanambogo. L’infanterie suit, par la jetée et par la mer. Une pluie d’obus de 37 mm est sans effet, mais un 75 mm AA, jusque là camouflé, se démasque et détruit deux Valentine avant qu’un Sentinel ne lui règle son compte. Les deux Sentinel s’installent alors sur la partie plate de l’île, dont ils prennent le contrôle. Travaillant en collaboration pendant que l’infanterie protège leurs flancs contre d’éventuelles équipes-suicides, ils commencent à démolir systématiquement les bunkers et autres fortifications en tirant au 25 livres, à bout portant ou presque. Les 37 mm sont rapidement détruits, ainsi que les principaux bunkers. Le Matilda I et le dernier Valentine achèvent le travail à la mitrailleuse derrière les Sentinel (le Valentine n’utilisant jamais son 2 livres inutile), fauchant l’infanterie japonaise obligée de se risquer à découvert. En moins d’une heure, la moitié de l’île est conquise, au prix de légères pertes australiennes.
A 10h15, cependant, l’un des Sentinel reste coincé sur une souche de cocotier. Quatre Japonais se ruent vers lui, trois sont abattus, mais le dernier parvient à accrocher un bidon de 20 litres d’essence sur l’arrière du char avant d’être tué. Le chef de char tente d’aller le décrocher, mais il est lui-même abattu en passant l’écoutille du véhicule. Les balles japonaises percent le bidon, l’essence s’écoule dans le compartiment moteur, s’enflamme immédiatement, et le char prend feu. Seul le pilote, gravement brûlé, peut s’en tirer. Cet épisode interrompt temporairement l’offensive australienne. Un périmètre de sécurité est établi sur la partie de l’île occupée.
………
Guadalcanal
La nuit du 8 au 9 a été calme… à terre.
Au matin, l’amiral Turner décide de rester encore deux jours pour finir au plus vite de décharger ses transports, mais il avertit Vandegrift qu’il devra partir le lendemain soir. Par bonheur, le mauvais temps devrait un peu préserver la flotte des attaques aériennes, mais on ne peut espérer qu’il se maintiendra longtemps.
Comment accélérer le déchargement des navires ? Vandegrift fait reconnaître la baie de Tetere, 12 km à l’est de Red Beach. La région est plate, sablonneuse, et le seul établissement humain dans le secteur semble être une léproserie tenue par un vieux prêtre britannique. Comme on n’y trouve aucun Japonais, Vandegrift et Turner décident de débarquer sur cette plage l’essentiel du 2e Régiment de Marines et une grande partie du matériel restant dans les transports.
Sur le front, la progression se poursuit, mais avec de grandes précautions – prudence excessive, mais il est difficile aux Américains de le savoir.
La rivière Ilu débouche sur une lagune à marée de moins de 70 mètres de large, fermée par une bande de sable de 50 à 80 mètres de profondeur, dominant la rivière de trois mètres. Depuis deux jours, les Japonais s’y retranchent fiévreusement. Deux canons de 37 mm antichars, trois 25 mm et trois mitrailleuses lourdes ont été positionnés dans des mini-fortins pour couvrir la bande de sable.
Le III/5e, chargé de s’emparer de cette position, est soutenu par six chars légers Stuart. Le plan américain est tout simplement une attaque frontale. Plus au sud, le II/5e progresse prudemment et le I/5e se tient en réserve.
A l’intérieur des terres, le 1er Régiment doit continuer d’avancer vers l’ouest, malgré la jungle et des tireurs isolés. En fin de journée, il borde le cours supérieur du Tenaru (la rivière coule du sud-ouest au nord-est).
A 09h30, la compagnie la plus en pointe du III/5e s’engage sur la barre de sable, escortée par les six chars. Quelques minutes plus tard, l’infanterie est prise sous un intense tir d’armes automatiques, tandis que les 37 mm entament avec les Stuart un duel incertain, car si les canons sont très bien protégés, leur efficacité est limitée. Un seul canon est détruit par un coup heureux dans l’embrasure du bunker en sable et troncs de cocotier qui le protège, mais deux blindés brûlent sur le sable et les quatre autres se replient, croyant que les Japonais ont encore plusieurs canons. L’infanterie est clouée au sol et quand une autre compagnie avance pour la dégager, elle est la cible de tirs des canons de 25 mm, subissant elle aussi des pertes sévères.
A 10h30, le 11e Rgt d’Artillerie des Marines entame un bombardement de couverture, sans grand effet sur les Japonais bien retranchés.
Mais vers midi, à l’intérieur des terres, les premiers éléments du II/5e approchent de l’Ilu, 2 800 mètres au sud-ouest. Les Japonais comprennent que leur position va être tournée et, sous le couvert de la jungle, la majeure partie de la 2e compagnie décroche.
A 14h00, les Américains repartent à l’attaque. Cette fois, les petits bunkers abritant les 37 mm et les 25 mm sont bien repérés et éliminés l’un après l’autre, ainsi que la centaine d’hommes laissée en arrière.
A 16h00, l’action est terminée. Le cours de l’Ilu est nettoyé. La jungle s’éclaircit aux abords de l’aérodrome et Vendegrift prévoit de s’emparer de celui-ci le lendemain.
………
“Ironbottom Sound”
Toute la journée, les restes de l’escorte alliée s’activent à détruire les épaves et à récupérer les survivants, guidés par les hydravions Swordfish et les Walrus. A Tulagi, les ravitailleurs d’hydravions australiens ont en effet achevé d’établir une hydrobase. Les 16 Spitfire V gréés en hydravions (“Floatfire”) vont être les jours suivants la seule couverture aérienne des Marines.
Apprenant la destruction de l’escorte, les 25e et 26e Koku Sentai, à Rabaul, décident de lancer un raid contre les transports avec les avions survivants. Néanmoins, le mauvais temps empêche les G4M1 de trouver leurs cibles.
Ce mauvais temps coûte aussi au Nairana un de ses Floatfire, dont le pilote évalue mal sa hauteur au moment d’arrondir et brise son flotteur gauche. Le Floatfire coule par petit fond, mais il est repêché vers 16h00.
Dans la soirée, le lieutenant Iishi fait une nouvelle sortie, cette fois avec ses trois vedettes. Le temps est médiocre, mais les grains de pluie réduisent la phosphorescence des eaux, permettant aux petits navires d’accélérer à 6 nœuds. Après la Pointe Lunga, il se rapproche de la côte, confortablement blotti dans l’ombre.
A cette date, il bénéficie encore d’un avantage inestimable : les Alliés ne redoutent pas la présence de vedettes rapides japonaises. Ils supposent que toute petite embarcation aperçue dans le secteur appartient à la flotte d’invasion, et de fait, c’est le plus souvent exact. Même les marins des petits bateaux raisonnent de cette façon – aussi, quand Iishi se jette dans un groupe de bateaux Higgins au large de Red Beach, personne ne lui tire dessus. Le Japonais se garde bien de déclencher les hostilités.
………
Etats-majors alliés (Pearl Harbor et Nouméa)
Averti cinq heures après la fin de la bataille par un rapport incomplet mais non moins sombre, le COMCINPAC – l’amiral Chester Nimitz – ordonne à la TF-17, autour du CV Hornet, de quitter immédiatement Pearl Harbor pour aller aider Fletcher.
A Nouméa, Ghormley est informé en début d’après-midi que la TF-17 (5) a quitté Pearl et qu’elle atteindra les îles Santa Cruz le 15 dans la soirée. Peu après, il apprend que le CVE Long Island, chargé d’avions de renfort, atteindra Port-Vila avec son escorte dans la matinée du 20 (6).
A 16h00, un peu réconforté par la perspective de l’arrivée de deux porte-avions, un cuirassé, sept croiseurs et dix destroyers, Ghormley rencontre le contre-amiral Thierry d’Argenlieu. Les deux hommes décident de concentrer des forces à Efate et d’y envoyer rapidement davantage de carburant, grâce à un petit pétrolier français qui doit faire chaque semaine la navette avec Espiritu Santo. Deux squadrons des Marines basés à Efate (VMF-223, Captain John L. Smith, avec 18 F4F-4, et VMSB-232, Major Richard C. Mangrum, avec 17 SBD-3) remettront leurs avions et une partie de leurs pilotes (dont le Major Lofton Henderson) aux groupes aériens de Fletcher pour compenser les pertes subies jusqu’alors (une quinzaine d’appareils en tout).
Les deux unités de l’Aéronavale (l’AC-20, avec 19 Hawk-87 [P-40E] et l’AB-8, avec 15 DB-73M [7 x M1 et 8 x M2]) iront renforcer la défense d’Efate, où une partie de l’AC-20 est déjà déployée. Le L.V. Yvon Lagadec est de la partie : « Les ordres sont arrivés dans la soirée du 9, en même temps que des rumeurs sur une épouvantable défaite subie par les Américains. J’avais cru que Nouméa était le bout du monde, j’allais changer d’avis en arrivant à Port-Vila. Mais Efate, cette île perdue, était en quelque sorte sur le front, ou tout près, et toute la flottille frémissait à l’idée de faire quelque chose, alors que certains avaient craint qu’on nous fasse patrouiller autour du Caillou jusqu’à la fin des temps. » La décision d’envoyer l’AC-20 à Port-Vila laisse la Nouvelle-Calédonie sous la seule garde des P-400 de l’USAAF, mais avec la mise hors d’état de nuire de l’aérodrome de Tenaru, la menace d’une attaque de Betty s’est dissipée.
Il faut aussi rassembler des avions d’attaque aux Nouvelles-Hébrides, pour soutenir les porte-avions de Fletcher si les Japonais arrivent par les Salomon Orientales – s’ils passent par les Salomon Occidentales, Fletcher pourra compter sur les avions de Port-Moresby et d’Australie. Le 11e Heavy Bombardment Group de l’USAAF (colonel La Verne Saunders) doit être redéployé à Efate avec tous les B-17 disponibles aux Fidji, soit neuf B-17E/F seulement, mais quinze autres sont attendus des Etats-Unis vers le 15. Le 69e Bombardment Squadron (colonel Clyde Rich) suit le même chemin, avec six bombardiers-torpilleurs B-26 seulement, mais douze autres doivent rapidement le renforcer, venant des Fidji.
Les PBY basés à Espiritu Santo tendent un filet de reconnaissance jusqu’au nord-ouest de Bougainville. Ils peuvent en effet utiliser une base temporaire installée par le ravitailleur américain McFarland (AVD-14, ex DD-237) à Ndeni, aux îles Santa Cruz. Enfin, six Hudson de la RNZAF doivent se déployer à partir du 11 à Efate pour renforcer les possibilités de reconnaissance et le potentiel ASM de la région.
Mais d’autres forces encore sont disponibles.
Avant même le début de Watchtower, le vice-amiral Ghormley avait demandé d’établir un double écran de sous-marins. Les petits Type-S de l’US Navy doivent se concentrer autour de Rabaul et de Kavieng, tandis que Truk doit être couvert par les USS Greenling et Drum (venant de Pearl-Harbor) ainsi que par les MN Pascal et Le Tonnant. Les patrouilles dans la région de Rabaul et Kavieng sont épuisantes pour les équipages des Type-S, mais les sous-marins de plus grande taille sont seuls à pouvoir opérer dans le secteur de Truk. A la suite du raid de Tanaka, Ghormley ordonne au Bévéziers et au Sfax de quitter immédiatement Brisbane. Ils appareillent à 18h00 et se dirigent d’abord vers le nord-est, à 12 nœuds, avant de prendre la direction de Truk. Si la flotte japonaise quitte Truk vers le sud-est, ils devraient être bien placés pour l’intercepter dans les eaux des Salomon Orientales.
………
Etat-major japonais (Truk)
A Truk, où se trouve l’amiral Isoroku Yamamoto, les rapports de Tanaka et Goto ont d’abord été lus avec un peu d’incrédulité. A 07h45, un J1N1-C est envoyé en reconnaissance. Comme il signale de nombreux navires en feu près de Tulagi, un second appareil est envoyé à midi recueillir davantage d’informations. Cependant, le mauvais temps empêche de prendre de bonnes photos en restant à haute altitude. Le pilote ose descendre à 3 000 pieds, persuadé qu’il ne risque rien, mais il est surpris lors de son second passage par deux Floatfire du Nairana et abattu au large de la pointe Lunga.
Néanmoins, les renseignements déjà recueillis et les détails fournis dans la journée par Tanaka sont plus que suffisants pour décider Yamamoto à déclencher immédiatement l’opération KA, prévue à l’origine pour les derniers jours du mois d’août. Il s’agit de détruire les bases d’Efate, d’Espiritu Santo et de Nouméa et de couvrir un débarquement à Efate (Port-Vila). On pourra ainsi mettre fin plus facilement à la tentative américaine de reprendre Guadalcanal, gêner gravement les échanges entre les Etats-Unis et l’Australie et – du moins, c’est l’espoir de l’état-major de la Marine Impériale – imposer aux Américains une “bataille décisive” où leur flotte affaiblie sera éliminée par la Flotte Combinée.
Le plan prévoit qu’une force commandée par le vice-amiral Takeo Takagi et construite autour du porte-avions léger Hiyô et des cuirassés Mutsu et Nagato, frappera les installations alliées à Tulagi et Guadalcanal le 13 en début de journée, couverte par les quatre grands porte-avions de l’amiral Nagumo.
Les renforts terrestres prévus seront débarqués par la suite. Le premier convoi en route pour Guadalcanal a en effet été détourné dans la matinée en apprenant l’attaque des avions du Wasp contre la flotte de Tanaka ; ces navires (dont celui qui porte le colonel Ichiki, furieux de ce retard) doivent aller se réfugier aux Shortland, dont le mouillage est déjà en état de défense.
Cette opération ne peut que provoquer une forte réaction alliée. Les porte-avions américains s’attaqueront à l’escadre de Takagi, servant d’appât, et seront détruits par les avions de la Flotte Combinée. Au cas où la flotte alliée n’aurait pas encore été détectée le 14, Nagumo et Takagi exécuteront une variante de l’opération KA : les avions de Nagumo iront écraser Espiritu Santo et Efate pendant que Takagi ira bombarder Nouméa, pour couper de leurs bases les forces alliées débarquées à Guadalcanal et Tulagi. Ils attendront ensuite la réaction alliée pendant deux ou trois jours.
Yamamoto ordonne à Nagumo et Takagi d’appareiller de Truk à midi le lendemain 10 août. Cependant, cette décision inquiète le précautionneux Nagumo : « N’est-ce pas agir avec trop de précipitation ? En dehors des deux unités qui patrouillent actuellement dans cette zone (et qui ne vont pas tarder à devoir rejoindre leur base), les sous-marins de la 6e Flotte n’auront pas le temps d’aller prendre position entre les Nouvelles-Hébrides et les Santa-Cruz pour nous avertir de l’arrivée des forces adverses. » Mais Yamamoto réfute l’argument : « Ces sous-marins de reconnaissance n’ont pas jusqu’alors montré une bien grande efficacité ! Pour déséquilibrer l’ennemi, il nous faut agir avec promptitude. Prenez exemple sur Tanaka ! » Nagumo n’est pas convaincu : « Tanaka avait avec lui la fleur de la Marine, des hommes d’une grande expérience. Hélas, si les pilotes et les équipages de nos avions sont toujours aussi courageux, leur qualité moyenne a baissé depuis le début des opérations. Nos groupes aériens ont subi de lourdes pertes, et le nouveau programme d’entraînement accéléré nous envoie des jeunes gens pleins de fougue, mais d’un niveau technique moindre qu’auparavant… »
– Justement,
tranche Yamamoto. Il faut donc frapper sans attendre. C’est maintenant ou jamais !

Campagne de Nouvelle-Guinée
Milne Bay
– En réponse au raid de la veille, six Beaufort du Sqn 100 bombardent Lae. Les nuages empêchent d’observer les résultats, mais si trois A6M2 accrochent les bombardiers au retour, aucun n’est abattu.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Orientale de l’Australie, 20h30
(opération Oni, Phase 3e) – L’I-57 repère le convoi OC-23 (huit cargos et quatre escorteurs) au large de Newcastle. Le convoi ne marchant qu’à 11 nœuds et les escorteurs n’étant pas équipés de radar, le sous-marin parvient à le dépasser et à se mettre dans une position de tir idéale. Il tire une salve complète, huit torpilles type 95.
Cette salve est très efficace. Le Hollandais Palembang (Rotterdamsche Lloyd NV, 7 070 GRT, 13,5 nœuds, allant de Liverpool à Melbourne et Newcastle avec un chargement partiel de tissus, de whisky et de matériel minier) est foudroyé par deux torpilles et coule en quelques minutes. L’American Builder (American Pioneer Line, 6 834 GRT, 14 nœuds, allant de Panama à Melbourne et Brisbane avec du matériel militaire et de construction) est touché au milieu par une torpille. Il coule lentement mais inexorablement. La salve fait une troisième victime, le Norvégien Santos (A/S Ivarans Rederi, 4 639GRT, allant de Whyalla à Newcastle avec du minerai de fer). Sans doute touché par deux torpilles, le bateau disparaît en quelques secondes sans laisser de survivants.
Quoique pourchassé et légèrement endommagé, l’I-57 peut s’échapper. Cette salve de torpilles restera la plus destructrice de la campagne Oni, avec trois navires coulés totalisant 18 543 GRT.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.

La guerre sino-japonaise
L’USAAF en Chine
Port Arthur
(Chine du Nord) – Sept B-25 venus de la région de Yan’an approchent du port à très basse altitude et pilonnent les quais et les entrepôts voisins. Les dommages sont assez considérables, l’entrepôt de peinture et de bois d’œuvre est incendié, il brûlera jusqu’au lendemain.

Notes
1 - Ce que le traducteur ne peut rendre en respectant la décence que par : « Ici Smoot, allez tous vous faire f… – Attaquez ! »
2 - Officier de manœuvre, instructeur en navigation… et terreur des midships (élèves officiers).
3 - La tradition des forces légères de l’US Navy maintient que la passerelle du Monssen fut en réalité carbonisée par l’intensité de la furie guerrière du commandant, “F*ck Everybody’ Smoot”. Pour parler poliment, ce dernier était désigné sous le nom de “FE Smoot”, ou simplement “FE”. Interrogé par la suite sur la bonne distance pour engager un destroyer japonais, Smoot répondit : « A peu près à une portée de casquette ! », propos qui entra aussitôt lui aussi dans la légende.
4 - Jeu de mots entre la prononciation du sigle SBD-3 et de l’expression “Speedy-3”, “Rapide-3” – le SBD-3 Dauntless était rien moins que rapide.
5 - La TF 17 comprend le CV Hornet, protégé par le BB South Dakota, les CA Pensacola et Salt-Lake City, le CL Honolulu, les CLAA Juneau et San Diego et le ComDesRon 2 (DD Anderson, Barton, Hughes, Mustin, Russel).
6 - Le CVE Long Island est escorté par le CA Louisville, le CL Nashville et la Desdiv 11 (Cdr Frederick Moosbrugger – DD Gilmer, Gridley, Humphreys, McCall).
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MessagePosté le: Jeu Jan 17, 2013 11:17    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 2
1ère bataille de Savo (9 août 1942) : les forces en présence

Navires détruits – Navires endommagés°

Les Japonais : l’Escadre “des Mers du Sud”

– 2e Escadrille de Destroyers (contre-amiral Renzo Tanaka)
CL Jintsu° (amiral)
Destroyers Amatsukaze°, Hatsukaze, Hayashio, Kuroshio et Oyashio (classe Kagerô).
– Détachement pour entraînement après rééquipement
Croiseur lance-torpilles Kitakami
– 6e Division de Croiseurs (contre-amiral Aritomo Goto)
CA Aoba°, Furutaka°, Kako° et Kinugasa
– 18e Division de Croiseurs (contre-amiral Mitsuharu Matsuyama)
CL Tatsuta et Yûbari


Les Alliés : le convoi et son escorte

1 – Task Force de Transport (contre-amiral Turner, secondé par le contre-amiral Scott, à bord du MN Jeanne d’Arc)
– Groupe de Transports X-Ray
Transdiv A : American Legion, Bellatrix, Fuller
Transdiv B : Barnett, George F. Elliot, Libra, McCawley
Transdiv C : Alchiba, Betelgeuse, Fomalhaut, Hunter Liggett
Transdiv D : Alhena, Crescent City, President Adams, President Hayes
– Groupe de Transports Yoke
Transdiv E : Heywood, Neville, President Jackson, Zeilin
Transdiv 12 (DD convertis en transports ou APD) : Colhoun, Gregory, Little, McKean

– Groupe de la Royal Australian Navy
AMC convertis Kanimbla, Manoora, Westralia
Transport Iron Chieftain
Ravitailleurs d’hydravions auxiliaires Nairana, Zealandia
Navire hôpital Wanganella

– Ecran
CL Jeanne d’Arc
DD Dewey, Helm, Hull, Jarvis, Mugford [coulé avant la bataille de Savo 1], Wilson
DMS Hopkins, Hovey, Southard, Trever [coulé après la bataille de Savo 1], Zane

2 – Task Force de couverture (contre-amiral Crutchley, à bord du HMAS Australia)
CA Australia°, Astoria, Quincy, Vincennes, Wichita
CL Leander°
CLAA San Juan
DD Bagley, Blue, Buchanan°, Henley, Monssen°, Patterson, Ralph Talbot
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MessagePosté le: Jeu Jan 17, 2013 11:20    Sujet du message: Répondre en citant

10 août
Campagne du Pacifique Sud – Opération Watchtower
Ironbottom Sound, 00h25
– Au centre de la baie, le lieutenant Iishi aperçoit une forme blanche en V devant lui – il lui faut quelques instants pour comprendre qu’il s’agit de la lame d’étrave d’un navire rapide, vue de face. Les deux vedettes lancent leur moteur principal et s’écartent rapidement, évitant de justesse le navire de tête d’une colonne de trois DMS, les Hopkins, Hovey et Southard. Ceux-ci aperçoivent les bateaux japonais, mais les prennent pour des chaloupes rapides de l’US Navy, qui leur ressemblent un peu (les MTB américaines sont très différentes).
Iishi s’arrête quelques minutes plus tard pour réfléchir. Il est à présent 2 000 mètres derrière les DMS, qui filent 12 à 15 nœuds. Pour les attaquer, il lui faut les suivre et les dépasser en allant, peu discrètement, à 25 nœuds environ. Iishi n’hésite pas, d’abord sur une route divergente, puis sur un cap parallèle, puis en revenant vers leur position supposée. Mais les DMS ont changé de cap et ralenti. Ne les voyant pas apparaître, Iishi va les chercher. Au bout d’une heure et demie, il détecte deux bâtiments du même type – non pas les trois DMS qu’il a déjà aperçus, mais deux autres, les Trever et Zane.
01h20 – Après une lente approche, Iishi ordonne de lâcher les torpilles, avant de se détourner dix secondes plus tard. Inconscients du danger, les deux DMS patrouillent lentement. Les sillages des six torpilles ne sont pas détectés, car les engins arrivent de l’est, où les marins américains pensent qu’il n’y a que des bateaux alliés. A 01h22, les hommes de quart sur le Trever voient une torpille passer juste devant la proue, puis une autre frappe leur navire au niveau de la passerelle, et dix secondes plus tard, une troisième touche la poupe. Le Trever coule rapidement, pendant que tous les navires alliés dans le secteur mitraillent nerveusement dans toutes les directions, croyant le plus souvent tirer sur des périscopes fantomatiques. Indemne, Iishi remet le cap sur sa base, satisfait de sa nuit… mais il n’a plus une seule torpille.

Secteur de Tulagi
– Tanambogo

Dans la nuit, les Japonais lancent plusieurs petites attaques, et peu avant l’aube, ils déclenchent une attaque en vague humaine, débordant une partie du périmètre. L’AMF riposte par deux charges à la baïonnette et, après de féroces combats au corps à corps, les Japonais sont rejetés. Les pertes sont lourdes dans les deux camps, mais du côté japonais, on ne compte que des morts.
L’avance australienne reprend le jour venu. La combinaison Matilda I, Sentinel et infanterie se montre extrêmement efficace. Les deux types de chars se complètent parfaitement dans ces conditions, et les Japonais n’ont aucune réponse à leur opposer. Deux Valentine s’efforcent d’en faire autant en travaillant avec les deux Mk VI pour nettoyer le terrain, mais les 37 mm japonais détruisent rapidement les deux petits engins. De leur côté, les Valentine se révèlent moins utiles que le Matilda Mk I, car ils n’ont qu’une mitrailleuse légère, bien moins efficace que la Vickers de .50 du Matilda, et les obus pleins de leurs 2 livres sont inefficaces contre les bunkers. Cependant, toute résistance organisée cesse dans la soirée. Il n’y a que deux prisonniers japonais, tous deux blessés. En tout, la 28e Brigade a perdu plus de 500 hommes (200 morts et 300 blessés).
« L’étude du réseau défensif montra une redoutable fortification, avec de nombreux fortins reliés par des tunnels. Selon les vétérans de la Première Guerre, l’îlot aurait été pratiquement impossible à prendre d’assaut sans les chars Sentinel, Matilda et Valentine et sans l’artillerie lourde (25 livres).
L’aptitude du Sentinel à encaisser les tirs antichars japonais et à détruire d’un seul coup les bunkers fut chaudement applaudie. Le Sentinel survivant portait les traces de plus de 150 impacts.
Les Matilda Mk I étaient devenus fort rares. La 28e Brigade n’en avait reçu que par hasard. Les Matilda II étaient eux-mêmes assez rares, et très appréciés.
En revanche, les Valentine étaient disponibles en nombre. L’étude de l’utilisation des blindés dans cette bataille ayant montré que le Sentinel avait besoin d’un engin complémentaire pour protéger ses flancs, c’est sur cette base que fut développé le “Valentine Echidna”, un Valentine doté d’une mitrailleuse lourde Vickers à la place de son canon de 2 livres, et pourvu d’une épaisseur de cuirasse supplémentaire. Les Echidna étaient lents, mais complétaient parfaitement les Sentinel pour ce genre de combat. »
(B. Marcus, Les Forces armées australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)
………
Guadalcanal – Au matin, les Marines sont prêts à enlever l’aérodrome. Précédés par une douzaine de Stuart, les II et III/5e doivent attaquer respectivement du nord-est et de l’est, tandis que le I/5e restera en réserve. Au sud, le 1er Rgt doit couronner la crête de Tenaru. Du côté de Tetere, le 2e Rgt doit explorer la partie est de l’île – il constatera finalement l’absence totale de Japonais dans cette région.
Pendant que le 1er Rgt lutte contre les pièges de la nature et du relief local sur les pentes de la crête de Tenaru, le 5e donne l’assaut, précédé par le premier vrai barrage d’artillerie de la campagne. Les artilleurs, trop heureux de viser des cibles clairement identifiées, matraquent littéralement la défense. Les cibles les plus visibles, comme les pentes des collines et les tranchées repérées, sont couvertes d’obus de 75 mm et de 155 mm. Pourtant, malgré l’effet de choc, les pertes réelles sont faibles, car les Japonais se sont bien enterrés. Néanmoins, leur artillerie souffre, surtout les redoutables mais encombrantes pièces de 75 mm de DCA (bien protégées contre les avions, mais non contre l’artillerie). Pendant ce temps, les Marines profitent des conduites de drainage et des trous d’obus pour s’infiltrer à travers la piste. Malheureusement, dès le barrage levé, c’est la catastrophe. Trois des douze Stuart sont foudroyés par les 75 mm AA qui ont survécu et de plus fortes pertes ne sont évitées que grâce à l’étroitesse de l’angle de tir des pièces installées dans des bunkers improvisés. Quant à l’infanterie d’accompagnement, elle est visée par les tirs des mortiers de 50 mm et des canons de 25 mm survivants. Les hommes qui parviennent aux positions japonaises tombent sur un millier de combattants bien retranchés. Heureusement pour les Américains, les défenseurs sont loin d’être parfaitement entraînés, puisque composés d’un mélange d’hommes de la 5e SNLF, d’artilleurs de la Marine et d’ouvriers de la 11e unité de construction. Les pertes du II/5e sont cependant sensibles.
D’abord sidéré par la solidité des défenses japonaises, Vandegrift se ressaisit. Il commence par remettre en jeu son artillerie, dont le tir est réglé par les hommes du 1er Rgt, qui sont parvenus à atteindre le sommet de la crête et dominent l’aérodrome. En fin de matinée, trois hydravions Swordfish du Nairana accomplissent des vols d’observation des positions japonaises, lâchant de petites bombes anti-personnel et réglant le tir de l’artillerie de la Jeanne d’Arc, dont les obus de 56,5 kg, qui peuvent porter à 21 600 m, sont très efficaces.
De plus, Vandegrift fait avancer son bataillon parachutiste, qui, débarqué à Pointe Cruz le 7 en fin de journée, a prudemment progressé vers Tenaru les deux jours suivants sans rencontrer d’opposition. Il doit prendre à revers les défenses du terrain.
A 15h30, nouvel assaut. Le I/5e remplace le II/5e et cette fois, les chars sont en seconde ligne, intervenant spécifiquement contre les 25 mm et les mitrailleuses, tandis qu’on fait appel à l’artillerie chaque fois qu’un 75 mm est repéré. L’avance est lente et difficile, avant-goût de ce que seront les assauts des trois années suivantes, mais l’arrivée des parachutistes d’une direction que les Japonais n’attendaient pas emporte la décision.
Au soir, les défenseurs survivants sont fragmentés en petits noyaux de résistance, mais aucun ne songe à se rendre. Le Lt-colonel Naga est mort.
………
Ironbottom Sound, 10h35 – Les cinq derniers G4M1 de Rabaul tentent d’attaquer les transports à basse altitude, escortés par huit Zéro. Leur arrivée est annoncée par les coastwatchers et ils sont interceptés par des Floatfire, qui surprennent les Zéro et abattent deux Betty, avant de perdre deux d’entre eux sous les coups des escorteurs japonais. Le bombardement est inefficace.
17h30 – Deux E13A1 basés à Rekata attaquent le mouillage de Tulagi, endommageant un Swordfish. En revanche, les Floatfire ne ratent pas un autre petit hydravion, qui tombe au large de Red Beach.
Dans la journée, le contre-amiral Turner est parvenu à débarquer l’essentiel du matériel qui restait sur ses navires. La 1ère Division des US Marines est à pied d’œuvre avec 55 à 60 jours de ravitaillement. Mais Turner est convaincu qu’il serait imprudent de rester un jour de plus.
23h50 – Toute la flotte lève l’ancre et reprend la route de Nouméa. Les seize transports encore en état de naviguer n’ont plus pour escorte que la Jeanne d’Arc, sept destroyers intacts (Blue, Dewey, Helm, Hull, Jarvis, Ralph Talbot, Wilson), 4 DMS et 4 APD. Le destroyer Monssen, le croiseur lourd Australia et le croiseur léger Leander sont tous plus ou moins endommagés (le DD Buchanan est reparti seul deux jours plus tôt). Les trois AMC et le transport australiens se joignent à l’exode.
Restent sur place le “morceau de croiseur lourd” Astoria et le cargo Crescent City, non coulés mais incapables de naviguer, les ravitailleurs d’hydravions Nairana et Zealandia, camouflés avec soin à Tulagi, et le navire-hôpital Wanganella. “L’Asto” est condamné, et Turner s’est assuré qu’il n’est plus servi que par des volontaires. Mais en jouant le rôle de “chèvre”, le croiseur amputé attirera de nombreuses bombes japonaises qui pourraient, sinon, viser les ravitailleurs d’hydravions australiens ou des dépôts de matériel vitaux. Sa DCA pourrait bien être aussi très utile – et il est de toute façon impossible de le remorquer…
………
Etat-major allié (Nouméa) – Le vice-amiral Ghormley s’attendait au départ de Turner – sans escorte ni appui aéronaval, il ne pouvait rester longtemps sur place. C’est pourquoi il revoit le contre-amiral d’Argenlieu pour lui demander s’il lui paraît possible d’utiliser les croiseurs Emile-Bertin et Lamotte-Picquet pour ravitailler Guadalcanal. L’idée paraît bonne : les deux navires peuvent facilement joindre Port-Vila à Tulagi ou Guadalcanal en 24 heures, débarquer leur chargement de nuit et repartir assez vite pour être hors de la zone dangereuse à l’aube. A eux deux, ils peuvent transporter 650 tonnes, et un aller-retour tous les trois jours semble possible.
Les deux croiseurs représenteront un appoint considérable pour les “destroyers de transport” américains déjà sur place, les APD Colhoun, Gregory, Little et McKean.
Contactée, la marine australienne propose la participation d’un destroyer ancien, le HMAS Stuart, utilisé pour l’entraînement et l’escorte locale ASM depuis que son équipage de vétérans a été envoyé servir sur un navire moderne. Il est décidé de lui enlever deux canons et ses tubes lance-torpilles avant de l’envoyer se joindre aux croiseurs français et à la force de transport rapide de l’US Navy ; son arrivée est prévue dans une semaine.
22h15 – La flotte de Fletcher arrive à Port-Vila et commence à se ravitailler en carburant et munitions.
23h30 – Fletcher signale à Ghormley qu’il prévoit de quitter Port-Vila le jour suivant à midi, après avoir reconstitué ses groupes aériens avec des avions des Marines – il a perdu huit Wildcat en combat aérien et quatre Avenger et deux Dauntless abattus par la DCA.
………
Etat-major japonais (Rabaul), 07h40 – L’escadre de Tanaka arrive à Rabaul, où l’attend un message de Yamamoto : « J’apprécie la lutte ferme et courageuse de chacun des hommes sous votre commandement. Je sais que vous accomplirez de nouveaux exploits et que vous n’épargnerez aucun effort pour soutenir les forces de l’Armée Impériale, qui sont aujourd’hui engagées dans une lutte désespérée. » Comme le notera plus tard l’historien américain S.E. Morison, il s’agissait d’une figure de style : ni Tanaka ni Yamamoto ne savaient à ce moment combien la lutte serait effectivement désespérée – encore que, si l’on en croit ses fameux Mémoires, Yamamoto l’ait soupçonné dès cette époque.
Cependant, le raid a coûté à Tanaka tous ses croiseurs lourds : un seul a été coulé, mais les trois autres ont besoin de réparations plus ou moins longues, au Japon. Le Jintsu (avarié par les obus de la Jeanne d’Arc) est hors de combat pour quelque temps, mais sera réparé à Rabaul. L’Amatsukaze, qui a reçu une rafale d’obus de 5 pouces du Monssen, a lui aussi besoin de réparations. Enfin, l’Hayashio (ébranlé par les obus de la Jeanne d’Arc) et l’Oyashio (qui a reçu une bombe américaine) ne sont pas dans leur meilleure forme, mais ils vont quand même devoir retourner très vite au combat.
Par ailleurs, les officiers du service du ravitaillement en munitions sont consternés : en une nuit, l’Escadre des Mers du Sud a consommé 136 exemplaires (tirés ou détruits) de l’efficace mais coûteuse torpille de 24 pouces Type-93. Et il va falloir maintenant réarmer d’urgence le Kitakami et les quatre destroyers intacts ou peu gravement atteints, ce qui représente 88 torpilles !
………
Truk, 12h00– Takagi et Nagumo commencent à appareiller. Cette énorme concentration de navires ne peut passer inaperçue. L’USS Greenling et le MN Pascal s’efforcent tous deux de se mettre en position de tir, mais doivent plonger profondément pour éviter les nombreuses patrouilles aériennes.
20h08 – Le Pascal peut signaler à Nouméa : « Grand nombre de navires ennemis quittant Truk, cap au sud-est. » Ghormley et D’Argenlieu n’ont aucun doute sur les intentions ennemies et préviennent immédiatement Turner et Fletcher. Les systèmes d’écoute radio du Yamato ont détecté le message du Pascal et l’amiral Yamamoto sait que la sortie de ses flottes a été signalée, mais d’une certaine manière, cela favorise son plan : provoquer la bataille décisive !
Néanmoins, l’amiral est préoccupé par les pertes subies par les flottilles aériennes maintenant basées à Rabaul et ordonne de leur envoyer des renforts. Ce sont 22 A6M3 mod. 32 tout neufs et dix G4M1-Kai (13).
………
Washington – L’amiral King rencontre le Président F.D. Roosevelt pour l’informer des pertes subies lors de la bataille de Savo. Les deux hommes tombent d’accord pour étouffer l’information concernant cette sévère défaite jusqu’à ce que l’US Navy puisse revendiquer un nombre raisonnable de succès.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Trois cents Japonais environ rejoignent près de Kudjeru les 150 hommes de l’arrière-garde de la Force Kanga. Leur premier assaut est repoussé, et le commandement japonais ordonne de faire venir en première ligne un canon de 70 mm et trois mortiers.

Piste de Kokoda – Peu avant le coucher du soleil, 16 Wirraway, accompagnés de cinq Boomerang chargés de mitrailler la DCA japonaise et couverts par quatre Hurricane, arrivent au dessus de Myola. Les Wirraway doivent plonger par dessus les positions australiennes, suivre la ligne de crête, lâcher leurs bombes sur les bunkers de la zone découverte devant le village, puis tenter de sortir de leur piqué dans la vallée tout en virant à droite pour suivre le cours de la rivière et éviter de percuter l’une des montagnes voisines. Réussir la manœuvre est un véritable exploit, et il faut l’accomplir dans un avion lent et vulnérable, sous le nez de la DCA japonaise. Une DCA d’autant plus à craindre que chaque avion à son tour doit suivre exactement le même chemin, à quelques mètres du sol, au dessus des troupes ennemies. Les pilotes des Wirraway sont tous volontaires, et ils ont jusqu’au dernier interdit à leurs mitrailleurs de participer à la mission.
Les Boomerang “travaillent” les positions japonaises au canon et à la mitrailleuse, pendant que le premier Wirraway commence son approche. Le largage des bombes est quasi parfait et l’avion s’enfuit en rasant le village, dépasse l’éperon opposé, redresse juste au dessus de l’eau et s’échappe en suivant le torrent – mais il a réveillé les défenses. Le deuxième des seize avions dépose ses bombes droit sur sa cible, dépasse le village, bascule sur une aile et percute de plein fouet la paroi montagneuse. Le troisième réussit à traverser le rideau de feu qui s’élève, mais il est endommagé et doit aller se poser sur le ventre à Myola. Le quatrième explose au dessus du pont, le cinquième prend feu en survolant le village et s’écrase au milieu des positions japonaises, près du torrent. La confusion qui s’ensuit permet au sixième de survivre, mais dans un tel état que lui aussi doit se poser à Myola, réduit à l’état d’épave. Le septième réussit à passer. En revanche, les quatre suivants sont tous abattus par des tirs de plus en plus précis, mais non sans avoir lâché leurs bombes selon le protocole. L’impact de ces bombes crée une telle fumée que les servants de la DCA sont aveuglés et que les cinq derniers Wirraway vont passer – mais l’un va s’écraser sur la montagne et un autre va enrichir la collection d’épaves posées à Myola. Au total, sur les 16 Wirraway, cinq seulement, dont quatre criblés de balles, rentrent à Jackson’s Field. Huit pilotes sont morts.
Les hommes de l’AIF ont d’abord observé avec joie le premier Wirraway s’aligner pour sa passe, sachant que cette artillerie volante pouvait leur épargner de nombreuses pertes. Puis, voyant chaque appareil suivre exactement le chemin du précédent en dépit du destin de la plupart, la joie a fait place à un éloge amer du courage des pilotes. Dès que le dernier avion a parcouru son chemin de croix, tous les mortiers disponibles bombardent le village et ses alentours durant trente minutes, pendant que le bref crépuscule tropical fait place à la nuit. Alors les hommes s’élancent.
Les Japonais luttent énergiquement, mais leurs positions ont été très entamées par les bombes et les trois compagnies chargées de l’attaque les submergent. La plupart des défenseurs des bunkers se font tuer sur place. Au contraire, ceux du village sont mis en déroute par une véritable grêle de grenades à main. Ils s’enfuient vers le torrent, où la moitié se noient. A minuit, la saillie rocheuse où ne se trouvent plus que les restes du misérable hameau d’Eora est à nouveau aux mains des Australiens.


Note 13 - Le G4M1-Kai est une variante du Betty équipée d’un modèle primitif de réservoir auto-obturant, réduisant son autonomie de 6 000 à 5 400 km.
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Joukov6



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MessagePosté le: Jeu Jan 17, 2013 12:48    Sujet du message: Répondre en citant

C'est très bien. Very Happy

Et c'est vrai que y a pas mal de modif, Watchtower est ici bien moins sévère pour les Alliés que dans la version précédente où les avions alliés se font décimer par les zéros, où la marine alliée (dont les cuirassés) se fait décimer par les destroyers japonais et où les marines US sont à la limite de se faire rejeter à la mer. On peut savoir ce qui a motivé ces changements? Personnellement je trouvais également que les pertes américaines étaient un peu exagérées (supérieures à OTL) et je ne voyais pas bien pourquoi.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Jan 17, 2013 13:59    Sujet du message: Répondre en citant

Guadalcanal est l'une des raisons pricnipales du "divorce à l'amiable" (amicable, en anglais) dans la FFO entre la FTL et l'APOD.
Par exemple, la FTL (je parle de FTL et de APOD pour ne pas en faire ne question de personnes) a considéré que, comme OTL, la Marine japonaise ne communiquait pas à l'Armée qu'elle avait un aérodrome à Tenaru et qu'il n'y avait donc pas des forces de l'Armée assez importantes sur ce bout de terre qui était territoire de la Marine avant que les Alliés n'aient attaqué.
La participation (surtout comme cibles !) de deux vieux cuirassés à Watchtower a paru mons vraisemblable qu'un raid nocturne de deux cuirassés rapides, qui se replient ensuite sans demander leur reste (la baie de GDC a tout d'un piège).
L'attaque aérienne japonaise sur les transports donne des résultats proches d'OTL, et même en fait meilleurs qu'OTL (où les avions japonais, au prix de très lourdes pertes, n'avaient pas réussi à couler le moindre pédalo).
Pour Savo 1, le fait que l'escadre japonaise a trois têtes (la plus futée étant la moins gradée...) a été plus pris en compte.
etc.
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Wil the Coyote



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MessagePosté le: Jeu Jan 17, 2013 15:04    Sujet du message: Répondre en citant

J'apprecie les changements par rapport à l'ancienne chrono (étant nostalgique des Big Gun par rapport au PA je l'avais mauvais que les japonnais en aient coulés 2). J'attend avec impatience la suite Razz Razz
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MessagePosté le: Jeu Jan 17, 2013 17:33    Sujet du message: Répondre en citant

Wil the Coyote a écrit:
J'apprecie les changements par rapport à l'ancienne chrono (étant nostalgique des Big Gun par rapport au PA je l'avais mauvais que les japonnais en aient coulés 2). J'attend avec impatience la suite Razz Razz


Elle arrive, elle arrive. J'espère que vous avez constaté que je mettais un point d'honneur à vous livrer une bonne tranche de lecture chaque jour ! Very Happy
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MessagePosté le: Ven Jan 18, 2013 12:11    Sujet du message: Répondre en citant

11 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest – Bataille des Salomon Orientales

« La bataille des Salomon Orientales eut toutes les caractéristiques de ce que les historiens militaires appellent une “bataille de rencontre”. Le haut commandement de la Marine Impériale avait prévu une série de mouvements dans le Pacifique Sud destinés à couper le lien entre les Etats-Unis et l’Australie et à forcer la flotte alliée à affronter le Kido Butai en position désavantageuse, ou à laisser l’initiative stratégique aux mains des Japonais. Mais ce plan soigneusement ourdi se trouvait menacé par l’opération Watchtower. L’invasion de Guadalcanal et de Tulagi était une surprise qui obligeait l’amiral Yamamoto à réagir vite.

Les plans
L’amiral Chester Nimitz, commandant en chef américain dans le Pacifique (CINCPAC) avait donné son accord à Watchtower car il avait compris qu’on ne pouvait laisser Guadalcanal devenir, au mieux, une base aérienne puissante menaçant les convois entre les Etats-Unis et l’Australie et permettant aux Japonais de contrôler la Mer de Corail, et au pire, le point de départ d’une prochaine offensive contre les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie. Mais ni l’obstination des défenseurs de Guadalcanal-Tulagi, ni la violence et l’efficacité de la réaction navale japonaise n’avaient été prévues. Les planificateurs américains avaient espéré déployer des avions sur le terrain de Tenaru entre J+3 et J+5 (soit entre le 10 et le 12 août) pour soutenir les opérations de leurs porte-avions et contrebalancer ainsi l’avantage numérique japonais. Mais le 10, il était clair que ce déploiement serait plus tardif et que la Marine japonaise pourrait réagir à grande échelle avant que Guadalcanal puisse servir de point d’appui aux opérations alliées.
Quand les navires de Turner eurent quitté ce que l’on n’appelait pas encore Ironbottom Sound, la Baie au Fond de Ferraille, la situation des hommes de Vandegrift apparut si difficile qu’il fallut envisager une opération de soutien massive. Certains ont pu affirmer que le départ prématuré de Fletcher de sa position le 8 août avait facilité le succès du raid de Tanaka – mais quelle que soit la validité de cet argument (et les défenseurs de Fletcher ont pu énumérer de nombreuses bonnes raisons expliquant pourquoi les porte-avions américains devaient retourner vers Efate au soir du Cool, le problème devait changer radicalement peu de jours plus tard avec la sortie du Kido Butai. Une fois connu le fait que la Flotte Combinée était sur le sentier de la guerre, il était évident qu’il fallait faire quelque chose pour empêcher les porte-avions de Nagumo d’infliger de graves dommages aux positions stratégiques alliées dans le Pacifique Sud.
Les instructions de Nimitz à Fletcher étaient parfaitement claires. Les tâches de Fletcher étaient de protéger les troupes alliées à Guadalcanal, d’empêcher la flotte japonaise de détruire les bases alliées vitales de la région (Efate et Nouméa) et d’infliger le plus possible de pertes à l’ennemi pour lui interdire de lancer une offensive majeure, ou au moins pour retarder cette offensive. Du point de vue stratégique, la mission de Fletcher était donc défensive, même si Watchtower était offensive du point de vue tactique. Dans sa Lettre d’Instructions spéciale, délivrée à Efate le 11 août, Nimitz écrivait : « En exécutant la tâche qui vous a été assignée (…) vous serez guidé par le principe du risque calculé, que vous interpréterez comme vous imposant d’éviter d’exposer votre force à l’attaque de forces ennemies supérieures sans avoir la perspective d’infliger, ce faisant, des dommages supérieurs à l’ennemi. »
………
Les instructions de Yamamoto aux amiraux Nagumo et Takagi étaient en réalité une variante de l’opération KA, prévue pour fin août et dont la préparation avait été désorganisée par Watchtower. Le groupe du vice-amiral Takeo Takagi devait frapper la zone Guadalcanal-Tulagi au matin du 13 août, soutenu par les avions basés à Rabaul et avec les porte-avions de Nagumo à 90 nautiques derrière lui. Cette frappe devait amoindrir les forces alliées dans l’archipel et préparer une contre-offensive une fois que les hommes et l’équipement d’un convoi de renforts auraient été débarqués, sous la protection de l’escadre de Tanaka, dans la nuit du 13 au 14. Surtout, l’attaque de Takagi devait attirer la riposte des porte-avions américains, permettant à Nagumo de les détruire à son aise avec la force combinée de ses quatre porte-avions.
Si l’ennemi ne réagissait pas à l’attaque de Takagi, celui-ci répèterait l’opération le 14 puis se dirigerait vers Port-Vila. Le 16 et le 17, il pilonnerait à nouveau l’ennemi, avec l’aide de ses deux cuirassés, afin de détruire un lien important entre Guadalcanal et les principales bases alliées. Si l’ennemi choisissait de ne pas se battre, Takagi, toujours soutenu par Nagumo, lancerait de puissants raids de neutralisation contre Nouméa pour détruire toutes les installations militaires de Nouvelle-Calédonie. Les forces adverses débarquées à Guadalcanal seraient ainsi complètement isolées, assurant un succès rapide à la contre-offensive des unités terrestres japonaises, et cette victoire aurait un impact politique significatif sur l’Australie. La flotte américaine allait donc devoir combattre dans des conditions très défavorables et être écrasée, ou fuir jusqu’à Pearl Harbor, abandonnant les Australiens à leur sort.

Les moyens
Le plan japonais semblait ambitieux, à la mesure de la très forte position de la Marine Impériale. Cependant, l’opération était loin de ressembler tout à fait à l’opération KA telle qu’elle avait été soigneusement planifiée et que Yamamoto espérait mener à bien à partir du 30 août. Il manquait un porte-avions au Kido Butai (le Shôkaku achevait ses réparations au Japon, après les dommages subis en Mer de Corail). La 2e Flotte du vice-amiral Kondo, retenue devant Singapour, ne pouvait lancer l’opération de diversion prévue aux Aléoutiennes. Les pertes du Shôhô et du Zuikaku se faisaient ainsi douloureusement sentir tandis que la résistance obstinée des troupes du Commonwealth en Malaisie et à Singapour, surpassant encore celle des Américains aux Philippines et des Français en Indochine, imposait de terribles contraintes aux forces japonaises. Rabaul, ne disposant que des survivants de la flottille envoyée à Guadalcanal et de quelques renforts, était à court d’avions (Yamamoto avait espéré y déployer au moins 68 bombardiers bimoteurs et 72 chasseurs à la fin du mois d’août).
En revanche, le Kido Butai bénéficiait de l’introduction et de la diffusion de la technologie radar obtenue grâce à l’assistance allemande (et à la complaisance soviétique). Yamamoto mettait beaucoup d’espoirs dans cette nouvelle technologie. Il avait cependant probablement sous-estimé l’ampleur des problèmes d’assimilation qu’elle posait. D’abord, les systèmes développés à partir des appareils allemands étaient soit des radars embarqués mais destinés à la détection de navires, d’intérêt marginal pour un affrontement aéronaval, soit des radars de veille aérienne, mais mis au point pour un système intégré basé à terre. Au contraire, les systèmes équipant les navires alliés étaient des dispositifs spécifiquement destinés à être embarqués pour la veille aérienne. Ensuite, la Marine Impériale rencontrait de sérieux problèmes pour intégrer ces appareillages dans son système général de commandement et de contrôle. Certes, quelques jeunes officiers avaient été expédiés au Département de Physique appliquée de l’Université de Tokyo pour y recevoir une formation accélérée, et quelques étudiants fraîchement diplômés de ce Département avaient été en hâte revêtus d’un uniforme. Mais la Marine Impériale n’avait rien qui ressemblât à un officier de Direction de la Chasse formé à l’emploi du radar, comme ceux de la Royal Navy ou même de l’US Navy. Troisièmement, pour la plupart des officiers supérieurs de la Marine Impériale, cette technologie restait une étrange nouveauté, qui jurait notamment avec la confiance qu’ils faisaient aux yeux de leurs vigies, ou qui revêtait un caractère un peu magique. Peu d’entre eux étaient conscients des réelles capacités – ou, à l’inverse, des limites, des systèmes radars mis en service en toute hâte depuis quelques mois. Quatrièmement enfin, même si les combats de Mer de Chine et la traduction rapide de la documentation récupérée sur l’épave du Prince of Wales avaient révélé à la Marine Impériale l’importance du radar, elle ne possédait encore aucune doctrine d’emploi pour cet instrument.
Il faut reconnaître que même dans l’US Navy, où les radars étaient utilisés en opérations depuis le début de 1940, certains officiers supérieurs n’avaient pas encore une idée vraiment précise des possibilités de ces systèmes, dont la doctrine d’emploi commençait seulement à se développer. Le fait que deux ans n’aient pas suffi à donner à l’US Navy une parfaite compréhension de la technologie radar doit être souligné pour mesurer l’importance du défi technologique et doctrinal que devait relever la Marine Impériale – et que certains de ses officiers, à commencer par son chef, semblent avoir sous-estimé.
………
En face, la situation à la veille de la bataille paraissait très sombre. La flotte de Fletcher était inférieure en nombre à la flotte japonaise, avec seulement trois porte-avions d’escadre contre quatre plus un porte-avions léger, sans parler du soutien des avions basés à Rabaul. Pourtant, depuis le mois de juin, d’importants changements avaient eu lieu, qui corrigeaient un peu le tableau. D’abord, le vieux et très vulnérable bombardier-torpilleur Devastator avait été remplacé par le TBF-1 Avenger, plus rapide, plus robuste et ayant un plus long rayon d’action. Ensuite, les unités de chasse des porte-avions avaient reçu une variante du F4F dotée d’un vrai blindage et de réservoirs auto-obturants. Mieux encore, les tactiques de ces chasseurs s’étaient considérablement améliorées avec l’introduction de la manœuvre Beam defence (défense en rayon, dite aussi Thach weave, “tissage” Thach), qui permettait au Wildcat de mieux faire face à l’agilité du Zéro. Enfin, l’armement anti-aérien de l’US Navy était très supérieur à celui des navires japonais. Les bâtiments américains protégeant les porte-avions pouvaient produire un volume de feu anti-aérien très supérieur à celui de leurs homologues nippons (sur lesquels de nouveaux canons de DCA navals de moyen calibre ne seraient pas déployés en nombre significatif avant 1943).
Le système de défense des task-forces américaines comportait malgré tout encore de sérieuses déficiences. La doctrine de l’US Navy prévoyait que les porte-avions devaient opérer séparément. En dépit des avis répétés de la Royal Navy sur les avantages du regroupement des porte-avions, la flotte américaine allait affronter le Kido Butai aux Salomon Orientales organisée en task-forces indépendantes. Second et grave défaut : la discipline radio américaine était très médiocre. Une fois l’action commencée, les divers canaux radio étaient encombrés par les cris et le bavardage des pilotes, empêchant la direction de la chasse d’agir avec efficacité. »
(Jack Bailey : Un Océan de Flammes – La guerre aéronavale dans le Pacifique)

Pacifique Sud-Ouest – Fletcher quitte Port-Vila à midi et file nord-nord-ouest afin de se trouver à l’est de Malaita au matin du 13, en position d’intercepter la flotte japonaise, que celle-ci décide d’attaquer Guadalcanal ou qu’elle se dirige vers les Nouvelles-Hébrides ou vers la Nouvelle-Calédonie. Les Catalina du contre-amiral John S. McCain doivent couvrir une ligne allant de 160°E/0° jusqu’au sud de Rabaul afin pouvoir avertir très tôt des mouvements japonais.

Guadalcanal – Pendant toute la journée, les hommes de Vandegrift vont nettoyer le secteur de l’aérodrome. Au soir, les combats cessent enfin. Les Américains ont fait 650 prisonniers… dont six Japonais, les autres sont des Coréens terrifiés (les Japonais leur ont dit que les Américains allaient les massacrer pour les dévorer).
Si le nettoyage de Tenaru provoque des corps à corps acharnés, la journée est étrangement calme autour de l’île, en l’air ou sur l’eau. Les hydravions Swordfish du Nairana appuient les Marines, en faisant du réglage de tir ou en attaquant les positions japonaises avec des bombes légères. Mais au contraire de la veille, aucun avion japonais ne se montre, sauf un hydravion de reconnaissance, qui évite l’interception par les Floatfire en courant se cacher dans les nuages. Pour tous, il est clair que c’est le calme avant la tempête.
Cependant, ce 11 août au soir, le général Vanderift peut envoyer un communiqué victorieux : « Tout l’est de Guadalcanal est occupé. Nous tenons solidement la région de l’aérodrome jusqu’à Pointe Cruz. » A Tenaru, les opérations de réparation des dégâts provoqués au terrain par les bombardements aériens, navals et terrestres peuvent commencer.

Pacifique Sud-Ouest – Les coastwatchers australiens signalent un convoi de transports qui arrive à Rabaul avant midi et repart au crépuscule. C’est le groupe de renfort, qui emporte 1 500 hommes : le 3e Bataillon, le reste du 1er bataillon et l’artillerie régimentaire du 28e Rgt d’Infanterie ainsi que le général Kawaguchi, qui devra prendre le commandement de toutes les troupes de l’Armée Impériale sur Guadalcanal. Tant que d’autres forces ne seront pas arrivées, c’est le colonel Ichiki (qui se trouve sur le Saigon Maru, en attente aux Shortland) qui assurera le commandement effectif.
Les quatre transports (Aikoku Maru, Boston Maru, Daifuku Maru, Kinryû Maru) sont escortés par quatre des navires de l’escadre Tanaka (DD Kuroshio, Hayashio, Oyashio et Hatsukaze), la 30e Division de Destroyers (DD Mutsuki, Uzuki et Yayoi) et quatre patrouilleurs. Tanaka a mis son pavillon sur le Kuroshio, car le Jintsu, endommagé par la Jeanne d’Arc à Savo, sera en réparations jusqu’à fin septembre.
Par Port Moresby et Melbourne, le signal des coastwatchers, à peine erroné – « Deux croiseurs légers, huit destroyers et plusieurs transports » – est bientôt relayé à Ghormley à Nouméa, Vandegrift à Guadalcanal et Fletcher en mer. Avec le signal envoyé la veille par le sous-marin Pascal, l’information semble apporter la preuve que la flotte japonaise a quitté Truk pour soutenir une opération majeure de renfort destinée à repousser les troupes alliées débarquées à Guadalcanal. A 23h30, Ghormley signale à Fletcher que les grands bâtiments aperçus par le Pascal font sans doute partie d’un groupe de bombardement naval et aérien dont la cible est représentée par le ravitaillement débarqué par Turner à Guadalcanal.
Sur les porte-avions américains, la nuit se passe à préparer les avions et à instruire les équipages des avions des Marines embarqués à Efate sur les tactiques à utiliser lors de la bataille qui se profile.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Bulldog
– Les Japonais de la Force Horito, soutenus par le tir de leurs canons de 70 mm et de leurs mortiers, repartent à l’attaque. Bombardés et débordés, les hommes du capitaine Minchin sont obligés de se replier. Les deux camps ont perdu 20 à 25 hommes.
Pour Minchin et ses soldats, la prochaine étape est le lieu-dit “Dead Chinaman”, un petit col situé à 20 heures de marche, où des positions de défenses doivent être préparées.

Piste de Kokoda – Au lever du jour, Wootten peut examiner le champ de bataille. L’armée japonaise est encore là en force, et occupe des positions solides. La compagnie C du 2/9e a tenté de déborder l’ennemi par la “piste du jardin” qui double la piste principale, mais elle a été arrêtée net sur la rive de l’affluent de l’Eora à moins de 500 mètres au dessous du village. En fait, les Australiens se sont emparés d’un saillant triangulaire au milieu des forces ennemies. Et dès l’aube, les canons de montagne, les mortiers et les mitrailleuses des Japonais commencent à harceler ce saillant.
La journée se passe à nettoyer les anciennes positions japonaises et à trouver des abris contre l’arrosage incessant qui tombe des montagnes entourant le village. Les bunkers japonais fournissent un couvert de bonne qualité, et une piste contournant la zone découverte devant le village est établie pour permettre aux hommes d’aller des arrières australiens aux bunkers sans être pris pour cibles. Les Australiens constatent que les bunkers ne contiennent guère d’approvisionnements, peu de nourriture notamment, ce qui veut dire que les Japonais ont de sérieux problèmes logistiques pour se ravitailler aussi loin à l’intérieur des terres. Le terrain de Myola apparaît bien comme un atout capital et même stratégique.

Milne Bay – Les coastwatchers du cap Nelson aperçoivent un convoi de petits navires. Huit Beaufort et quatre Wirraway (armés de bombes), accompagnés de six Boomerang et escortés par neuf Hurricane, décollent pour s’en occuper. Il s’agit de la force d’appui venant de Lae, dont les huit péniches de débarquement et leurs six petits escorteurs sont vite en très mauvaise posture. Les Beaufort, bombardant à moyenne altitude, coulent un chasseur de sous-marins et stoppent deux péniches. Les Wirraway attaquent à basse altitude et coulent un dragueur de mines et deux péniches, mais perdent deux appareils. Les canons de 20 mm des Boomerang font presque un massacre : ils incendient les deux péniches stoppées, plus une troisième, et font de gros dégâts à un autre chasseur de sous-marins et au second dragueur.
Alors que ces avions rentrent à Milne Bay, un Hudson signale deux autres convois ennemis, sans pouvoir préciser leurs positions avant d’être abattu. Peu avant le coucher du soleil, un autre Hudson repère les deux convois.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Côte Orientale de l’Australie, 15h00
(opération Oni, phase 3e) – En plein jour, l’I-56 attaque au canon le caboteur hollandais Fakfak (800 GRT), 60 nautiques au nord de Tweed Heads. Sa cible incendiée, le sous-marin s’enfuit en plongée. Le caboteur brûlera quatre heures avant de sombrer. En réponse, le commandement aérien de la côte est multiplie ses patrouilles, avec des Anson et des Botha de la RAF et des Dornier Do 24 de la NEIAF.
D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman.

La guerre sino-japonaise
Le Japon attaqué !
Hiroshima
– Huit B-17F de l’USAAF, après une escale dans la région de Yan’an, attaquent les casernements du port japonais (leur cible principale, l’usine d’aviation voisine, est masquée par des nuages). Le raid est peu précis en raison de la météo, mais fait plus d’un millier de morts et blessés dans le personnel de l’Armée Impériale.


12 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest – Opération Watchtower
Guadalcanal
– Les Marines s’organisent et entreprennent les réparations de l’aérodrome.
En l’air, la journée est à nouveau calme en dehors du passage d’un E13A1, venu comme la veille de la baie de Rekata, en reconnaissance – mais sa chance ne tient pas et il est expédié à 09h57 par deux Floatfire.

Bataille des Salomon Orientales
Pacifique Sud-Ouest, 10h34
– Un PBY-5A de la VP-11 sur la ligne de patrouille, un peu à l’est de la Nouvelle-Irlande, signale qu’il a détecté de fortes émissions radar ennemies.
11h28 – Un appareil de la VP-23, 90 nautiques plus à l’est, confirme. Les deux hydravions passent le reste de leur patrouille à tenter d’identifier avec précision les émissions… Mais ils restent très prudents : le temps est assez beau au large de Bougainville et les équipages des PBY savent combien leurs avions sont vulnérables à une interception.
A partir de 12h50, les hydravions pistent à distance la flotte japonaise. Il s’agit de l’escadre de Takagi, en avant et un peu à l’ouest de Nagumo. Les officiers de Fletcher estiment que, si la force ennemie conserve le même cap et la même vitesse, les porte-avions alliés pourront l’attaquer dès les premières heures du lendemain 13 août.
A bord du croiseur lourd Maya, le vice-amiral Takagi est informé qu’il semble que le radar du Mutsu ait détecté un avion ennemi à 12h05 à 80 nautiques de l’écran de son escadre, et un autre à 14h25, à 60 nautiques. Le Mutsu utilise un Type 2 Modèle 2 de la Marine Impériale de conception japonaise, qui a reçu un transmetteur allemand GEMA identique à celui utilisé par le Freya et a une portée théorique de 90 nautiques. En fait, les deux échos ont été obtenus à la limite de portée pratique du système, et la possibilité d’échos fantômes ne peut être éliminée. En venant du Japon, où le navire a été équipé de son radar, l’officier radariste a fait l’expérience du “channeling”, phénomène qui multiplie par trois la portée de détection pendant quelques minutes. Il a pu ainsi s’apercevoir que les systèmes fonctionnant en VHF pouvaient être très influencés par les conditions météo. Dûment mis au courant, Takagi refuse de rompre le silence radio pour informer Nagumo ou Yamamoto, jugeant que si les échos étaient de véritables avions ennemis, ceux-ci ne l’ont pas détecté, puisqu’ils ne se sont pas approchés de sa flotte.
………
Dans le Slot, 13h55 – Un Hudson de la RAAF basé à Milne Bay signale le groupe de Tanaka en route vers Guadalcanal. Pour les états-majors alliés, les différentes parties du puzzle se mettent en place.
15h00 – Tanaka, ayant indiqué à Rabaul qu’il a été détecté par un avion ennemi, change de cap et se dirige vers le nord-ouest pour tromper les Alliés sur ses futurs mouvements.
17h45 – Un autre Hudson de Milne Bay survole le Slot, mais ne trouve plus trace des transports et navires de guerre japonais signalés auparavant. Fletcher est informé une heure plus tard que le convoi japonais semble avoir rebroussé chemin.
………
Pacifique Sud-Ouest – L’après-midi passe vite dans les deux camps, où les préparatifs pour la journée du lendemain vont bon train. Cependant, le temps commence à se gâter. Un vent de sud-est pousse à 20 nœuds un front de nuages qui inquiète beaucoup Fletcher. En effet, sa flotte navigue sous un ciel mitigé, avec des grains épars, qui ne peut cacher ses porte-avions mais pourrait dissimuler des avions japonais.
De leur côté, les PBY de McCain continuent à pister l’escadre de Takagi, cap au sud-est. Après s’être informé sur le niveau de carburant dans les soutes de ses destroyers, Fletcher décide de garder son cap et sa vitesse, pour pouvoir frapper les Japonais avant qu’ils ne soient à portée de Guadalcanal.
20h30 – Une nouvelle information arrive sur la passerelle du Saratoga. Un PBY français a détecté une source de puissantes émissions radar, 100 nautiques environ au nord de ce que les Alliés appelaient jusque là la flotte japonaise et qui devient à présent le “premier groupe”.
21h35 – Le premier message est confirmé : il y a bien un “deuxième groupe”. L’état-major américain doit revoir ses prévisions. Certains officiers pensent que ce groupe pourrait être un second convoi, avançant sous la protection du premier groupe, et dont la mission serait de débarquer sur la côte nord de Florida. Un tel débarquement mettrait en danger les forces occupant Tulagi et, combiné à l’envoi de renforts à la garnison de Guadalcanal, menacerait toute l’opération Watchtower. Pour d’autres, il s’agit d’un autre groupe de combat, peut-être chargé de protéger le premier, comme au mois de mai, en Mer de Corail.
Il faut prendre une décision. Les instructions reçues par Fletcher stipulent qu’il doit avant tout protéger les forces débarquées à Guadalcanal et Tulagi. Mais elles précisent qu’il doit agir en prenant des risques calculés. Fletcher sait qu’après la tombée de la nuit, les hydravions de reconnaissance pourront tenter de s’approcher des forces japonaises pour les identifier “en visuel”. Espérant qu’il obtiendra ainsi des informations suffisantes, il ordonne néanmoins en phonie au contre-amiral Leigh Noyes de préparer un raid contre le “premier groupe”. Les avions du Wasp seront lancés à 04h00 (en pleine nuit), suivis une heure plus tard (avant le lever du soleil, à 05h30) par une demi-frappe du Saratoga. L’Enterprise et le Saratoga prépareront leurs autres avions soit pour une troisième frappe contre le “premier groupe”, soit pour attaquer le “deuxième groupe”.
22h45 – Fletcher ordonne à sa flotte de monter à 25 nœuds.
23h35 – Un PBY de la VP-23 repère les navires de Takagi sous la lumière d’une demi-lune et signale « Au moins deux porte-avions, trois cuirassés et quatre croiseurs lourds » avant de devoir plonger dans les nuages pour éviter les tirs d’une DCA lourde assez précise.
Mais pour Takagi, cet hydravion est la confirmation qu’il a bien été repéré. Le vice-amiral le signale aussitôt à Yamamoto, puis met le cap à l’est pendant une heure, avant de reprendre la direction de la côte de Malaita.
Peu avant minuit, Yamamoto signale à Nagumo de réduire la distance entre ses porte-avions et Takagi, pour pouvoir frapper dès que possible. Yamamoto ordonne aussi aux hydravions basés à Rabaul d’étendre leurs recherches pour trouver la flotte américaine. A ce moment, les amiraux japonais pensent que le PBY aperçu dans la nuit est le premier à avoir repéré l’escadre de Takagi. Pour eux, si des forces américaines protègent Guadalcanal, ces navires ne peuvent pas être à minuit au nord de San Cristobal, et seront donc incapables d’attaquer Takagi avant midi. Cela lui laisse le temps de frapper, comme prévu, Guadalcanal et Tulagi, avant de se préparer à repousser l’attaque ennemie.
………
Brisbane – Le destroyer hollandais HrMs Isaac Sweers, remis à neuf en Angleterre après une dure carrière sur l’Atlantique, rejoint l’escadre hollandaise reconstituée (CL Tromp, DD Van Ghent, Van Nes et Witte de With). Le vieux destroyer Evertsen, mis à la retraite, sera utilisé comme une source de pièces détachées pour les autres navires.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– L’AIF se retranche sur les pentes de la colline d’Eora, patrouillant activement tout autour pour repérer les limites des positions japonaises. Celles-ci sont étendues, avec un point fort sur une petite hauteur située de l’autre côté de l’affluent, à 450 mètres du village, et que les Australiens baptisent le Knoll (la Butte). De nombreux postes de tir bordent l’affluent et couvrent la “piste du jardin”.
………
Milne Bay – Les efforts frénétiques des Australiens pour retrouver les convois ennemis sont gênés par un temps très nuageux. Ce n’est qu’en milieu d’après-midi qu’un Hudson les repère.
Les premiers à attaquer sont neuf B-17 du 19e BG, basé à Mareeba. Ces avions ont fait escale à Port Moresby et ont tourné au-dessus de Milne jusqu’à ce que l’ennemi soit signalé. Cette patience n’est pas récompensée ; très gênés par les nuages, les quadrimoteurs ne mettent aucun coup au but. Pire : quatre chasseurs lourds J1N abattent un des B-17 et endommagent gravement un second, qui ramène son équipage sain et sauf à Port Moresby, mais devra être ferraillé après son atterrissage. Ce sont ensuite neuf Beaufort qui attaquent à la torpille – la première attaque du genre menée par le Sqn 100. Deux avions sont abattus, mais une torpille frappe le Nana Maru, qui stoppe puis coule (la plupart des soldats transportés pourront être récupérés par l’AC Iwade avant que le transport ne sombre). Viennent enfin huit Wirraway, qui attaquent en piqué avec détermination. Leurs bombes de 250 livres endommagent l’AC Yakumo et le transport Nankai Maru, mais la DCA abat trois bombardiers et deux autres sont victimes de deux hydravions de chasse A6M2-N du Kunikawa Maru. Ce dernier s’est en effet installé dans une baie isolée de l’île Normanby.
Le dernier rapport des Hudson indique que le convoi s’éloigne de Milne Bay vers le détroit de Vitiaz. Les Australiens croient à un repli, mais les navires cherchent seulement la protection d’un grain. Ils entrent dans la baie au début de la nuit.
Les destroyers qui couvrent le convoi repèrent alors l’aviso HMAS Yarra, escortant les transports Anshun et Anking. Ceux-ci transportent le 60e Bataillon de la 15e Brigade, du ravitaillement et quatre chars Valentine. C’est la présence de ces derniers et le rapport erroné évoquant un repli japonais qui ont conduit l’état-major à prendre le risque d’ordonner aux transports de continuer vers Milne Bay, malgré l’arrivée des Japonais. Ils sont à huit nautiques de Gili-Gili quand ils sont attaqués par les croiseurs Ôi et Tama et les DD Minekaze, Okikaze et Sawakaze. Le Yarra est pris sous un feu violent, auquel il répond de son mieux tout en émettant un rideau de fumée. A un contre cinq (tous plus puissants que lui), il tient vingt minutes avant d’être cassé en deux par une paire de torpilles du Tama. Les trois destroyers se jettent alors vers les transports. L’Anking est rattrapé par le Minekaze et coulé à 400 mètres de Waga Waga, sur la rive nord de la baie ; les deux tiers des hommes qu’il transporte réussissent à atteindre la terre. L’Anshun s’échoue volontairement devant les défenses du 53e Bataillon, à Swinger Bay, et la moitié des hommes des deux compagnies qu’il transporte peuvent descendre à terre grâce à des filets jetés sur les flancs du navire avant que l’Okikaze repère celui-ci ; les autres s’efforcent alors de s’échapper sous une grêle d’obus, avec plus ou moins de succès.
Les troupes du 53e tentent de couvrir les naufragés avec leurs mitrailleuses et leurs mortiers, ce qui n’a d’autre efficacité que d’attirer sur leurs positions le feu des destroyers et des croiseurs légers, bientôt regroupés. Puis, au bout d’une heure, les tirs navals se font plus intenses : les trois antiques croiseurs cuirassés sont arrivés sur les lieux et commencent à préparer le terrain pour le débarquement.
La force d’invasion compte six mille hommes, plus une surprise. Les Japonais débarquent simultanément en deux points : d’une part, presque sans opposition, devant la Mission K.B., cinq km à l’est de Turnbull, d’autre part 800 mètres à l’ouest de ce même terrain, dans Swinger Bay. A cet endroit, les Japonais innovent. Alors que les bateaux de débarquement du Shinshu Maru commencent à mettre l’infanterie à terre, les Koryu Maru n°1 et n°2 approchent de la plage. Pendant que l’infanterie engage les défenses du 53e, ces deux bateaux s’échouent, leurs panneaux de proue déjà ouverts. De chacun jaillissent sur la plage douze chars (très) légers HA-GO, suivis par 300 soldats.
Le 53e, à court d’entraînement et composé de recrues au moral fragile, craque. Le bataillon se désintègre complètement, en dehors de quelques hommes qui meurent à leurs postes. Les soldats s’enfuient, jetant leurs armes et leurs paquetages, mais ils sont massacrés par les Japonais qui les poursuivent. Ces derniers envahissent les deux tiers de la piste de Turnbull avant d’être bloqués par une contre-attaque déterminée menée par le 57e Bataillon de la 15e Brigade. Les “Victoriens”, bien qu’affaiblis par le paludisme, affrontent les Japonais et les repoussent de 200 mètres après une demi-heure d’un sanglant corps à corps. Manquant d’armes antichars, ils tentent d’utiliser des “bombes collantes” contre les petits chars japonais, qui font des ravages dans leurs rangs, mais l’humidité tropicale a rendu ces bombes inutiles, car des moisissures ont poussé sur la colle ! Les équipes au sol de la RAAF participent à la lutte pendant que les Beaufort stationnés sur la piste brûlent. Leurs deux 40 mm sont d’un grand secours : ils détruisent quatre chars HA-GO, mais sont finalement submergés par l’infanterie. A H+3, vers minuit, Turnbull est aux mains des Japonais, en dehors de son extrémité ouest, où s’accroche obstinément ce qui reste du 57e.
Pendant ce temps, le reste de la force japonaise s’est emparé d’un des deux ponts sur Wehuria Creek et avance presque jusqu’à Gili-Gili, s’emparant des appontements et de quelques dépôts. Ils sont arrêtés près du village et repoussés par une contre-attaque improvisée par la 7e Brigade. Les chars légers japonais montrent à nouveau leur valeur (en l’absence de toute opposition digne de ce nom) en brisant la contre-attaque des hommes de Field. Un HA-GO est quand même détruit par un fusil antichar et deux par des canons de 25 livres qui font feu en tir direct – il en reste dix-sept.
Le journal de Field résume cette nuit en quelques mots furieux : « Au diable le 53e ! Les Japs ont débarqué en plein sur leurs positions de défense et ces salopards ont filé comme des lapins. Du coup, ma 7e et la 15e ont été séparées et les Japonais se sont facilement emparés de Turnbull. Ils n’ont pas cédé face à ma contre-attaque et ils ont massacré la 15e. Et nous voici maintenant en train de défendre Gili-Gili pour couvrir Gurney, pendant que la 15e est repoussée. »
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MessagePosté le: Ven Jan 18, 2013 12:15    Sujet du message: Répondre en citant

Appendice 3
Bataille des Salomon Orientales (13 au 15 août 1942)
Les forces en présence


Forces alliées


Task Force 61
Vice-Amiral Frank J. Fletcher
Tous les bâtiments sont de l’US Navy, sauf mention contraire.

Task Force 11 – V.Am. Frank J. Fletcher
CV Saratoga (A) (Capt. DeWitt C. Ramsey)
Air Group 3 – Cdr Harry D. Felt
VF-5 (LtCdr Leroy C. Simpler) 21 F4F-4
VB-3 (LtCdr Shumway) 12 SBD-3
VS-3 (LtCdr Louis J. Kirn) 11 SBD-3
VT-8 (Lt Harold H. “Swede” Larsen) 9 TBF-1
Plus un F4F-7 de reco photo.
Ecran (et Pacific Squadron de la Royal Navy) – Amiral J.G. Crace, RN
BC Renown (A) (RN)
CA Shropshire (RN)
CL Brisbane (RAN)
Destroyer Squadron 1 – Capt. Samuel B. Brewer
DD Phelps (LtCdr Edward L. Beck)
Destroyer Division 2 – Cdr Francis X. McInerney
DD Dale (LtCdr Anthony L. Rorschach)
DD Farragut (Cdr George P. Hunter)
DD MacDonough (LtCdr Eric V. Dennet)
DD Worden (LtCdr William G. Pogue)

Task Force 16 – C.Am. Thomas C. Kinkaid
CV Enterprise (A) (Capt. Arthur C. Davis)
Air Group 6 – LtCdr Maxwell F. Leslie
VF-6 (Lt Louis H. Bauer) 24 F4F-4
VB-6 (Lt Ray Davis) 12 SBD-3
VS-5 (Lt Turner F. Caldwell) 10 SBD-3
VT-3 (LtCdr Charles M. Jett) 10 TBF-1
Plus un F4F-7 de reco photo.
Ecran – C.Am. Mahlon S. Tisdale
BB North Carolina (Capt. George H. Fort)
CA Portland (Capt. Laurence T. DuBose)
CA Minneapolis (Capt. Frank J. Lowry)
CLAA Atlanta (Capt. Samuel P. Jenkins)
Destroyer Squadron 6 – Capt. Edward P. Sauer
DD Benham (LtCdr Joseph M. Worthington)
DD Balch (LtCdr Harold H. Tiemroth)
DD Ellett (LtCdr Francis H. Gardner)
DD Maury (LtCdr Gelzer E. Sims)
Destroyer Division 22 – Cdr Harold R. Holcomb
DD Grayson (LtCdr Frederick J. Bell)

Task Force 18 – C.Am. Leigh Noyes
CV Wasp (A) (Capt. Forrest P. Sherman)
Air Group 7 – LtCdr Wallace M. Beakley
VF-71 (LtCdr Courtney M. Shands) 25 F4F-4
VS-71 (LtCdr John Eldridge, Jr) 11 SBD-3
VS-72 (LtCdr Ernest M. Snowden) 13 SBD-3
VT-7 (Lt Harry A. Romberg) 7 TBF-1
Plus un Dauntless et un J2F de réserve.
Ecran
BB Washington
CA San Francisco (Capt. Charles H. McMorris)
CA Duquesne (MN)
Destroyer Squadron 12 – Capt. Robert G. Tobin
DD Aaron Ward (LCdr Orville F. Gregor)
DD Farenholt (LtCdr Eugene T. Seaward)
Destroyer Division 14 – Capt. William W. Warlick
DD Lang (LCdr John Wilfong)
DD Stack (LCdr Alvord J. Greenacre)
DD Sterett (Cdr Jesse G. Coward)
Destroyer Squadron 4 – Capt Cornelius W. Flynn
DD Selfridge (Cdr Carroll D. Reynolds)


Avions basés à terre

Tulagi (Salomon Orientales)
RAN et RAAF
14 hydravions Spitfire Type 355 “Floatfire” (13 opérationnels)
6 hydravions Swordfish
2 hydravions Walrus
(Ravitailleurs Nairana et Zealandia)

Efate (Nouvelles-Hébrides)
Task Force 63 – C.Am. John S. McCain
– USMC
Marine Air Group 23 – Col William J. Wallace, USMC
VMF-223 (Capt. John L. Smith) 18 F4F-4 : tous les avions et une partie des pilotes ont été transférés aux porte-avions de la TF 61 pour compenser leurs pertes.
VMSB-232 (Maj. Richard C. Mangrum) 17 SBD-3 : tous les avions et une partie des équipages ont été transférés aux porte-avions de la TF 61 pour compenser leurs pertes.
– USAAF
11e Heavy Bombardment Group (Col. La Verne Saunders) 9 B-17E/F (dont 8 transférés des Fidji). En attente de 15 autres avions arrivant des Etats-Unis.
69e Bombardment Squadron (Col. Clyde Rich) 6 B-26 (gréés en bombardiers-torpilleurs).
– RNZAF : 6 Hudson.
– Aéronavale
AC-20 : 19 Hawk-87 (P-40E)
AB-8 : 7 DB-73M1 et 8 DB-73M2

Espiritu Santo (Nouvelles-Hébrides)
Groupe de reconnaissance (36 PBY)
VP-11 : 16 PBY-5A
VP-14 : 2 PBY-5A
VP-23 : 12 PBY-5A
VP-72 : 3 PBY-5
E-24 (Aéronavale) : 3 PBY-5
Le ravitailleur léger USS McFarland est stationné à Ndemi (îles Santa-Cruz) pour y créer une base avancée.

Nouméa (Nouvelle-Calédonie)
USAAF : 29 P-400 (P-39)
RNZAF : 6 Hudson (en patrouilles ASM)

Iles Fidji
USMC : 6 F4F-3
USAAF : 12 B-26 (prêts à se redéployer en cas de besoin vers Efate ou Nouméa).
RNZAF : 3 Short Singapore ; 9 Vincent

Total : 168 avions et hydravions (y compris les 22 de Tulagi).


Forces japonaises
Les navires dont les noms sont suivis d’un # sont équipés d’un radar de veille aérienne.

Flotte Combinée
Amiral Isoroku Yamamoto

Elément principal de la Force de Soutien (à l’ancre dans le lagon de Truk)
BB Yamato# (A)
CVE Taiyo
– 2e Division de Destroyers – Capt. Masao Tachibana
DD Harusame (Cdr Masao Kamiyama)
DD Samidare (Cdr Takisaburo Matsubara)

Force de Couverture – V.Am. Takeo Takagi
– Détachés de la 1ère Division de Cuirassés
BB Mutsu#
BB Nagato
– 5e Division de Porte-Avions
CVL Hiyô (23 A6M2, 21 D3A1, 10 B5N2)
– 5e Division de Croiseurs
CA Haguro (Capt. Tomoichi Mori)
CA Maya (Capt. Shunsaku Nabeshima)
CA Myoko (Capt. Teruhiko Miyoshi)
CA Takao (Capt. Bunji Asakura)
– 4e Escadron de Destroyers – C.Am. Tomatsu Takama
CL Yura (Capt. Shiro Sato)
– 9e Division de Destroyers – Capt. Yasuo Sato
DD Minegumo (Cdr. Yasuatsu Suzuki)
DD Natsugumo (Cdr. Moritaro Tsukamoto)

Groupe de renforts pour Guadalcanal
– Force de transport
Aikoku Maru (transportant un bataillon indépendant d’artillerie lourde, soit 4 x obusiers de 155 mm et 8 x canons de campagne de 105 mm)
Boston Maru, Daifuku Maru et Kinryû Maru (transportant le 3e Bataillon du 124e Rgt d’Infanterie et les unités régimentaires du régiment, soit 1500 hommes en tout)
Patrouilleurs n° 1, n° 2, n° 34 et n° 35.
– Ecran
30e Division de Destroyers – Capt. Shiro Yasutake
DD Mutsuki (Cdr. Hatano)
DD Uzuki
DD Yayoi
Détachement de l’Escadre des Mers du Sud – C.-am. Tanaka
DD Kuroshio (A)
DD Hayashio
DD Oyoshio
DD Hatsukaze (détaché)

Force de frappe aéronavale – V.Am. Chuichi Nagumo
– 1ère Division de Porte-avions – V.Am. Nagumo
CV Akagi# (A) (21 A6M2, 21 D3A1, 21 B5N2)
CV Kaga# (30 A6M2, 23 D3A1, 30 B5N2)
– 2e Division de Porte-avions – C.Am. Tamon Yamaguchi
CV Hiryu# (21 A6M2, 21 D3A1, 21 B5N2)
CV Soryu# (21 A6M2, 19 D3A1, 2 D4Y1-C, 21 B5N2)
– Ecran – C.Am. Hiroaki Abe
11e Division de Cuirassés – C.Am. Abe
Hiei# (A) (Capt. Masao Nishida)
3e Division de Cuirassés
BC Haruna#
BC Kirishima
8e Division de Croiseurs
CA Tone#
CA Chikuma
Détachement du 10e Escadron de Destroyers
10e Division de Destroyers
DD Akigumo (Cdr. Shohei Soma)
DD Akizuki
DD Kazagumo (Cdr. Masayoshi Yoshida)
DD Makigumo (Cdr. Isamu Fujita)
DD Yugumo (Cdr. Shigeo Semba)
11e Escadron de Destroyers – C.Am. Satsuma Kimura
CL Nagara (Capt. Toshio Naoi)
4e Division de Destroyers – Capt. Kosaku Ariga
DD Maikaze (Cdr. Seiji Nakasugi)
DD Tanikaze (Cdr. Motoi Katsumi)
DD Tokitsukaze (Cdr. Giichiro Nakahara)

6e Flotte (sous-marins) – V.Am. Teruhisa Komatsu
A Truk ou en mer dans le secteur des Salomon

1er Escadron sous-marin – C.Am. Shigeaki Yamazaki
I-9 (A) (Cdr. Akiyoshi Fujii)
2e Division de Sous-marins – Capt. Hiroshi Imazato
I-17 (Cdr. Kozo Nishino)
I-19 (Cdr. Takaichi Kinashi)
4e Division de Sous-marins
I-26 (Cdr. Minoru Yokota)
15e Division de Sous-marins
I-31
I-33

7e Escadron sous-marin – C.Am. Setsuzo Yoshitomi, sur le ravitailleur Jingei, à Truk (sera déployé fin août de Rabaul)
13e Division de Sous-marins – Capt. Takeharu Miyazaki
I-121 (LtCdr. Yasuo Fujimori)
I-122 (LtCdr. Sadatoshi Norita)
21e Division de Sous-marins – Cdr. Tsutau Fujimoto
RO-34 (LtCdr. Masahiko Morinaga)

3e Escadron sous-marin – Capt. Hanmazu Sasaki
I-11 (Cdr. Tsuneo Shichiji)
11e Division de Sous-marins
I-174
I-175


Avions basés à terre
11e Flotte Aérienne (Rabaul) – V.Am. Nishizo Tsukahara
– 25e Koku Sentai ou 5e Force d’Attaque Aérienne – C.Am. Sadayoshi Yamada
Groupe aérien de Tainan (Zéro)
2e Groupe aérien (Zéro)
4e Groupe aérien (Betty)
Groupe aérien de Yokohama (Mavis)
Détachement du 14e Groupe aérien (Emily)
– 26e Koku Sentai ou 6e Force d’Attaque Aérienne – V.Am. Seizo Yamagata
Détachement du 6e Groupe aérien (Zéro)
Groupe aérien de Misawa (Betty)
Groupe aérien de Kisarazu (Betty)

Force approximative le 13 août au matin
– Avions :
34 Zéro (12 A6M2 et 22 A6M3 mod.32, ceux-ci arrivés le 12),
13 Betty (3 G4M1 et 10 G4M1-Kai, ceux-ci arrivés le 12),
5 J1N1-C Irving.
– Hydravions :
8 H6K4 Mavis, 3 H8K1 Emily (dont deux équipés de radar), 3 Aichi H9A1 ASM,
11 E13A1 Jake (dont 4 à Rekata), 5 A6M2-N Rufe (à Rekata), 6 F1M2 Pete (dont 4 à Rekata).

Total : 113 avions et hydravions (y compris les 13 de Rekata).
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Jan 19, 2013 11:17    Sujet du message: Répondre en citant

13 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest – Bataille des Salomon Orientales
Le choc des porte-avions (premier round)
02h10
– Les radars de Nagumo détectent ce qui semble bien être un avion de reconnaissance ennemi. Mais à ce moment, l’escadre passe sous un grain violent et aucun contact visuel n’est établi. Il s’agit en réalité d’un PBY de la VP-11, qui s’efforce de confirmer la détection radar de l’hydravion de l’E-24. Les conditions météo empêchent tout repérage visuel, mais l’existence de plusieurs sources radar est confirmée.
04h20 – Les task-forces de Fletcher atteignent une position par 162°10’E et 9°20’S et le Wasp commence à lancer ses avions. D’abord, ce sont six SBD-3 armés d’une seule bombe de 500 livres, chargés d’éclairer la route de la formation principale. Ils sont suivis par quinze autres SBD-3 et sept TBF-1 escortés par huit F4F-4. Au moment où les 36 avions s’éloignent, Takagi se trouve à 240 nautiques au nord de Fletcher, par 160°25’E et 4°55’S.
05h15 – C’est au tour du Saratoga de lancer : une demi-frappe, avec neuf SBD-3 et neuf TBF-1 escortés par six F4F-4.
05h30 – Alors que le Saratoga achève de lancer ses avions, Fletcher reçoit un message du PBY n°2 de l’E-24, donnant la composition du “deuxième groupe” japonais : « Trois porte-avions, trois cuirassés, nombreux autres navires de guerre / » Le message est brutalement interrompu : l’intrus a été signalé par radar et des A6M2 du Kaga, lancés avant l’aube, sont à sa recherche.
05h35 – Fletcher demande à l’Enterprise de lancer six SBD-3 de reconnaissance et de préparer un raid avec tous les avions disponibles.
05h45 – Nagumo ordonne aux Tone et Chikuma de lancer leurs hydravions en reconnaissance selon un plan couvrant le secteur au sud-est de Takagi. Même si le vice-amiral pense encore que les forces américaines sont bien plus au sud que ce n’est le cas, il se sait vulnérable dès lors qu’il a été repéré.
06h00 – Fletcher change d’avis et retient le raid de l’Enterprise, car sa flotte n’a pas encore été repérée. Dans ces conditions en effet, il semble raisonnable de récupérer les avions lancés contre le “premier groupe” pour exécuter une attaque plus puissante contre ce qui apparaît être la principale escadre japonaise.
06h10 – Le radar du Mutsu détecte le raid américain, 50 nautiques au sud de l’escadre de Takagi. « Si tôt ? » s’exclame celui-ci, très surpris. Le Hiyô lance rapidement 15 de ses 23 A6M2 (quatre sont déjà en l’air). Cependant, la nébulosité est de 4/10 au-dessus des navires japonais et le directeur de la chasse du porte-avions n’a pas de radar : il dépend des messages du Mutsu. C’est ainsi que les chasseurs japonais se concentrent sur les six SBD qui arrivent en éclaireurs ; ils en abattent trois mais n’interceptent que trop tard la formation principale. Tandis que les Zéro se retrouvent entraînés dans un combat avec les Wildcat de l’escorte, la plupart des Dauntless exécutent un piqué parfait sur leur cible. Quatre bombes de 1 000 livres frappent le paquebot transformé. Les TBF arrivent à ce moment et réussissent une attaque “en marteau et enclume” du style de celles qui ont condamné le Lexington et le Yorktown en Mer de Corail. Le Hiyô, en flammes, manœuvre pourtant désespérément, mais reçoit deux torpilles et stoppe.
Pendant ce temps, le combat aérien s’achève. Désespérés par le destin de leur porte-avions, les Zéro abattent trois autres SBD, trois F4F-4 et deux TBF, mais perdent six des leurs (dont deux victimes des mitrailleuses dorsales des bombardiers). A 06h55, les avions du Wasp sont repartis.
07h25 – Alors que treize Zéro tournoient encore au-dessus de la flotte, les avions du Saratoga entrent en scène. Les torpilleurs s’acharnent sur le Hiyô immobilisé, mais les SBD se jettent sur le Mutsu et le Haguro. Le cuirassé n’est pas atteint, mais le croiseur lourd perd sa tourelle Y, frappée par une bombe de 1 000 livres. Un SBD et un F4F sont abattus par les Zéro, qui perdent deux avions, tandis que la DCA du Mutsu détruit un autre bombardier. Les avions du Saratoga repartent à 07h52, annonçant triomphalement : « Scratch one flat-top ! » (le Hiyô a chaviré à 07h41).
07h30 – Alors que Fletcher apprend les bonnes nouvelles du raid, on lui signale que le radar a détecté un intrus. Celui-ci, un gros hydravion quadrimoteur Kawanishi E8K1 “Emily”, a été abattu peu de temps après par la patrouille à 15 nautiques de la flotte, mais il émettait depuis quelques minutes un message radio. Fletcher craint aussitôt d’avoir été repéré et signalé. Il a raison, quoiqu’il ignore pourquoi – en fait, l’Emily était équipé de l’un des deux radars allemands air-surface FuG-200 Hohentwiel arrivés d’Allemagne par le train au début de l’année. (1)
07h40 – Fletcher ordonne au Saratoga et à l’Enterprise de lancer tous les avions d’attaque disponibles contre le “deuxième groupe” japonais avant même d’avoir reçu les informations recueillies par les éclaireurs lancés à 06h00. L’Enterprise lance alors 15 Dauntless et 9 Avenger escortés par 8 Wildcat et le Saratoga envoie 12 Dauntless sans escorte. A 08h10, le raid est en route, mais sous la forme de groupes séparés. A ce moment, Fletcher espère récupérer les avions du Wasp à 09h00 et ceux du Saratoga à 09h40, pour lancer une seconde vague à 10h30.
07h45 – Deux avions éclaireurs D4Y1-C Judy décollent du Soryu. Nagumo vient d’être informé du repérage de l’escadre américaine, 300 nautiques au sud de sa position, en même temps que de l’attaque de l’escadre de Takagi. Le plan de Yamamoto semble fonctionner à la perfection ! La Flotte Combinée passe à l’attaque.
07h50 – Une première vague décolle, avec 63 D3A1 (18 de l’Akagi, 18 du Kaga, 15 de l’Hiryu, 12 du Soryu), escortés par 36 A6M2 (9 pour chaque porte-avions).
08h45 – La seconde vague, escortée par 9 A6M2 du Kaga, comprend 15 D3A1… et pas moins de 81 B5N2.
09h08 – Le Wasp commence à récupérer ses avions.
09h25 – Les D4Y1 arrivent au-dessus des navires de Fletcher. Echappant aux Wildcat de couverture grâce à leur vitesse, ils commencent à guider la première vague.
09h58 – Retour des avions du Saratoga. Sur le pont et dans le hangar du porte-avions, comme sur le Wasp, les équipes de ravitaillement se hâtent de réapprovisionner et de réarmer les appareils.
Poussé par un léger vent de sud, le raid américain atteindra son objectif à 10h15. La première vague japonaise tombera sur les Américains vers 10h30.
………
Le choc des porte-avions (deuxième round)
10h15 – Les six SBD lancés en éclaireurs ont effectué des attaques individuelles sans résultat et deux ont été abattus. Les chasseurs de l’Enterprise couvrent les neuf Avenger, mais les Dauntless, volant plus haut, se séparent du reste de la formation en route, au hasard de la traversée des couches nuageuses. Ceux du Saratoga forment un troisième groupe.
Alertés par leurs radars, les Japonais ont fait décoller 26 A6M2, s’ajoutant aux 9 qui sont déjà en l’air. Cependant, les opérateurs n’ont aucun moyen direct de déterminer l’altitude des échos qu’ils captent et n’ont pas encore l’entraînement nécessaire pour essayer de la déduire en utilisant les lobes des faisceaux radar. Plus d’une fois, les échos qui disparaissent (ce qui arrive quand un avion quitte un lobe et avant qu’il rentre dans un autre) sont même considérés comme de faux signaux. Enfin, une couverture nuageuse de 5/10 ne facilite pas la tâche de la direction de la chasse.
Volant plus bas, les TBF-1 sont aperçus les premiers et attaqués par neuf A6M2, puis par une vingtaine d’autres – les pilotes japonais ont tendance à se précipiter en masse sur les premières formations ennemies identifiées. Les huit Wildcat d’escorte font de leur mieux : ils détruisent quatre Zéro au prix de trois des leurs et surtout, ils empêchent la plupart des Japonais de se jeter sur les Avenger. Ces derniers ont tout de même affaire à une dizaine de chasseurs ; ils perdent trois avions mais abattent en retour deux Zéro, dont l’un est visiblement surpris par la mitrailleuse ventrale d’un TBF, luxe rare sur les avions de porte-avions. Cependant, le leader de la formation, sachant que bien d’autres chasseurs le guettent, comprend qu’il n’atteindra jamais les porte-avions et lance ses appareils contre les croiseurs de bataille. Le Haruna échappe de justesse à une torpille. Un autre Avenger est abattu par la DCA et trois, endommagés, rentreront mais devront se poseront en mer près d’un destroyer américain.
Les SBD du Saratoga arrivent juste après et sont assaillis par neuf Zéro quand ils émergent des nuages au-dessus de la flotte japonaise. Quatre Dauntless et un Zéro sont abattus, et les huit bombardiers survivants piquent sur la cible la plus proche, le croiseur de bataille Kirishima, qui reçoit une bombe de 1 000 livres entre ses tourelles Y et Z, voit son arbre d’hélice extérieur bâbord gravement endommagé par une bombe qui explose tout près et doit ralentir à 20 nœuds. Sa DCA touche un SBD, qui s’abat dans les flots peu après être sorti de son piqué.
Quand les quinze Dauntless de l’Enterprise se présentent, seuls neuf Zéro du Kaga peuvent tenter de les intercepter, mais sans pouvoir les empêcher de piquer sur le Kaga et l’Akagi. Ce denier reçoit une bombe juste derrière son ascenseur de poupe et ses turbines sont durement secouées par une bombe qui frôle la coque. Le Kaga est plus gravement touché : trois bombes de 1 000 livres le frappent en succession rapide, détruisant son pont d’envol et allumant un violent incendie. L’équipage tente de contrôler les flammes, mais malgré tous les efforts, le feu s’étend inexorablement.
En revanche, le pont d’envol de l’Akagi est rapidement réparé, lui permettant de récupérer ses avions. Cependant, l’ascenseur arrière est bloqué, et le cycle de ravitaillement des appareils est fortement ralenti. Quatre SBD ont été abattus par des Zéro, dont certains ont osé piquer en même temps qu’eux, et un autre a été détruit par la DCA.
10h18 – A 80 nautiques de distance, le radar CXAM de l’Enterprise détecte la première vague japonaise. Fletcher ordonne au Wasp et au Saratoga de lancer immédiatement leurs avions, mais seuls ceux du Wasp sont prêts – le porte-avions lance entre 10h24 et 10h31 quinze SBD, quatre TBF et quatre F4F-4 d’escorte. Le Saratoga n’a pas le temps de lancer plus que cinq TBF et trois SBD avant que les coups ne tombent – en fait, les deux derniers SBD quittent le pont alors que l’attaque japonaise a déjà commencé. La décision de Fletcher d’ordonner au commandant du Saratoga de continuer à lancer sera vivement discutée par la suite. Néanmoins, l’analyse du Naval War College justifiera en partie cette décision : la probabilité de survie du porte-avions était de toute façon réduite étant donné l’intensité de l’attaque, alors que chaque bombardier supplémentaire lancé pouvait compter.
10h30 – La formation japonaise commence à attaquer, toujours guidée par les deux D4Y1-C à haute altitude. Un grave problème se pose alors à la direction de la chasse. Comme l’écrirait l’historien naval S.E. Morison : « A 10h23, une section de chasse au nord-ouest hurla un avertissement à la radio : 36 bombardiers et une forte escorte. C’était le raid de l’Akagi et du Kaga. Ce fut un moment crucial pour les directeurs de chasse, ruisselants de sueur : s’ils agissaient vite et intelligemment, ils pouvaient détruire le raid avant qu’il n’arrive au-dessus de la task-force. Les deux officiers firent de leur mieux, mais le circuit radio était si encombré de “Tally-ho” et d’échanges inutiles entre les pilotes de Wildcat qu’il devint très vite sans espoir d’envoyer des directives précises aux intercepteurs. (…) L’écran radar devint bientôt un mélange confus d’échos amis et non identifiés à des altitudes et relèvements variés. »
Les chasseurs de couverture attaquent bien la formation des Akagi et Kaga, mais en petit nombre, et la plupart des Val réussissent à percer. Trente piquent sur le Saratoga et son écran. L’ex-croiseur de bataille converti en porte-avions reçoit sept coups directs et trois bombes le frôlent ; il est bientôt en flammes. Trois SBD chargés de bombes explosent à l’arrière du pont, arrosant la passerelle d’éclats. Le vice-amiral Frank J. Fletcher et le Captain DeWitt C. Ramsey sont sérieusement blessés. Le HMS Renown esquive trois bombes, dont une explose moins de dix mètres de son flanc bâbord, brisant le blindage de son bossage anti-torpilles. Cependant, la formation japonaise paie le prix : elle perd 19 Val et six Zéro. Au moins huit bombardiers sont à mettre à l’actif de la DCA, la chasse s’adjugeant les autres, mais après leur attaque. Six Wildcat sont abattus par les Zéro.
La formation des Hiryu et Soryu se divise en deux pour attaquer l’Enterprise et le Wasp, 8 nautiques séparant les deux navires. Les chasseurs de l’Enterprise entament sérieusement le groupe des bombardiers avant qu’il puisse prononcer son attaque, abattant sept Val sur les douze du Soryu, plus trois Zéro d’escorte, au prix de cinq Wildcat. Les cinq derniers D3A1 sont accueillis par une DCA très violente qui en abat trois, mais une bombe touche le porte-avions, détruisant le canon de 5 pouces bâbord avant et tuant ses servants.
Moins heureux, les chasseurs du Wasp perdent de vue la formation de l’Hiryu dans les nuages et ne peuvent la rattraper avant son attaque. Neuf D3A1 piquent sur le porte-avions et six sur le cuirassé Washington, près d’un mille derrière. Le Wasp reçoit deux bombes de 250 kg, l’une en plein milieu, l’autre, juste après, sur l’ascenseur arrière. Un violent incendie éclate et le porte-avions ralentit à 22 nœuds, mais sa survie ne semble pas en danger. Le Washington, légèrement ébranlé par deux bombes qui le ratent de peu, contribue puissamment à la destruction de neuf Val durant l’attaque, tandis que trois sont abattus par les Wildcat qui les attendent à la sortie de leur piqué. Contre les Zéro d’escorte, les Wildcat perdent trois avions et abattent deux chasseurs japonais.
11h04 – Au départ de la première vague japonaise, la situation est sombre. Le Saratoga, toujours à flot, est mourant, la coque secouée par des explosions internes. Le Wasp brûle, mais semble pouvoir être sauvé. Seul l’Enterprise est opérationnel. Mais durant les minutes suivantes, une question hante les marins américains : où sont ces terribles bombardiers-torpilleurs ? Ils auront bientôt la réponse, mais durant la courte accalmie entre les deux attaques, le croiseur lourd Shropshire et le destroyer Phelps s’approchent du Saratoga agonisant pour porter secours à son équipage. Le Phelps sauve Fletcher, blessé et gravement brûlé, mais conscient. Le commandant de la task-force ordonne au contre-amiral Thomas C. Kinkaid, sur l’Enterprise, de prendre le commandement opérationnel, puisque son navire semble encore en un seul morceau.
11h22 – La seconde vague est détectée par le radar de l’Enterprise et huit chasseurs sont dirigés sur les avions qui approchent, pendant que le porte-avions récupère à la hâte le plus possible de chasseurs et les fait redécoller au plus vite, réarmés et ravitaillés en essence. Côté japonais, cette seconde vague ne bénéficie pas du même guidage que la première, car les deux D4Y1-C, à court d’essence, ont dû s’en aller.
Le groupe venu de l’Akagi et du Kaga est à nouveau le premier à arriver. Il est intercepté à 25 nautiques de la task-force. Les neuf Zéro d’escorte ont du mal à freiner l’élan des huit Wildcat qui se précipitent, et qui sont bientôt renforcés par quatre autres. Sept B5N-2 et quatre Zéro sont victimes des agressifs “chats sauvages”, qui perdent quatre des leurs. Mais il y a trop de bombardiers, et beaucoup passent.
Attirés par les flammes du bûcher funéraire du Saratoga, dont la colonne de fumée noire s’élève jusqu’à 5 000 mètres d’altitude, les avions japonais se jettent sur le grand navire et sur son écran. Le Saratoga, qui n’avance plus qu’à 6 nœuds, reçoit bien vite trois torpilles à bâbord et une à tribord. Il chavire, brûlant toujours, et coule à 11h54.
Les navires du contre-amiral Crace et les destroyers américains se débattent eux aussi contre les avions torpilleurs. Le Renown est la cible de 15 Kate et de trois Val isolés. Gouverné de main de maître par son commandant, il évite tous les projectiles sauf une torpille, qui le frappe à bâbord, au niveau de la tourelle B, détruisant une salle de générateur et une d’hydraulique. Le vaisseau embarque 1 300 tonnes d’eau et la tourelle est bloquée par le choc, mais le vieux guerrier garde sa place, donnant toujours 28 nœuds. Les croiseurs Brisbane et Shropshire utilisent même leur armement principal contre les groupes d’avions volant au ras des flots ; tous deux évitent plusieurs torpilles. Sept autres B5N-2 sont abattus par la DCA.
Les bombardiers de l’Hiryu et du Soryu attaquent à nouveau les groupes du Wasp et de l’Enterprise. Déjà endommagé, le Wasp reçoit deux torpilles et une nouvelle bombe. Il stoppe, avec 15° de gîte sur tribord. A 11h48, l’évacuation est ordonnée. L’Enterprise repousse toutes les attaques, ses chasseurs aidés par les survivants du Saratoga. Deux bombes et une torpille passent tout près, mais aucune ne le touche. Dans ces deux batailles, les attaquants perdent 19 B5N2, quatre D3A1 et quatre A6M2, en échange de cinq Wildcat. Un tiers des pertes japonaises peuvent être attribuées à la DCA, et notamment à celle des cuirassés North Carolina et Washington, qui révèlent ici leur intérêt majeur dans un rôle capital.
11h52 – Le dernier avion japonais s’en va.
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Le choc des porte-avions (troisième round)
12h00 – Le contre-amiral Kinkaid évalue la situation. Elle est grave, mais non sans espoir. La task-force alliée a perdu deux de ses porte-avions, car le Saratoga vient de sombrer et le Wasp n’en a visiblement plus pour longtemps (il faudra le saborder vers 16h30). En revanche, le seul autre navire assez sérieusement endommagé, le HMS Renown, est encore plus ou moins en état de combattre. Le porte-avions de Kinkaid, l’Enterprise, a perdu de nombreux avions, mais en a récupéré du Wasp et du Saratoga, et va voir arriver à partir de 12h20 les survivants du premier raid (Enterprise/Saratoga) contre les porte-avions de Nagumo.
12h45 – Le groupe aérien de l’Enterprise est remonté à 21 F4F-4, 16 SBD-3 et trois TBF-1 en état de combattre… et on attend avec anxiété les résultats du deuxième raid (Wasp/Saratoga), lancé sous les bombes.
12h50 – Sans le savoir, les avions américains de ce deuxième raid approchent de la flotte japonaise en même temps que les survivants japonais de la première vague, car ceux-ci, débarrassés de leurs projectiles, volent plus vite. Tous ces échos désorientent complètement les opérateurs radar de Nagumo.
12h51 – Le Soryu est en train de récupérer ses avions, ainsi que certains de ceux du Kaga, quand un officier à la vue particulièrement perçante signale « Douze ou quinze avions suspects à 14 000 mètres. » Ce sont les bombardiers en piqué du Wasp. Les quinze Dauntless plongent sur leur proie avant que quiconque puisse intervenir et placent trois bombes de 1 000 livres sur le Soryu, détruisant son pont d’envol et provoquant un violent incendie dans son hangar. Un SBD est abattu par la DCA pendant l’attaque, et trois autres par les Zéro juste après. L’alarme générale est donnée.
Peu après, le Haruna signale « Avions suspects par bâbord avant » et ouvre le feu. Ce sont les quatre TBF-1 du Wasp, escortés par quatre F4F-4. Ils foncent vers « un énorme porte-avions, qui semble touché mais continue sa route. » C’est le Kaga, qui ne donne plus que 8 nœuds et traîne un énorme panache de fumée. Les quatre Avenger lancent à moins de 500 mètres sur cette cible facile et l’une de leurs torpilles va au but ! Puis ils filent à ras des vagues pour s’échapper. Neuf Zéro les attaquent, mais sont coiffés par les quatre Wildcat, qui ont pris de l’altitude pendant que les torpilleurs attaquaient. Chaque F4F-4 abat un Zéro avant que six autres surviennent, détruisant deux Américains et forçant les autres à s’enfuir.
Alors arrivent les avions du Saratoga. Les trois SBD se dirigent vers un porte-avions mais sont interceptés par six A6M2, qui en abattent deux ; le troisième s’enfuit, endommagé (il va réussir à retrouver la flotte américaine et à se poser sur l’eau près du DD Phelps, qui recueillera l’équipage). Les cinq TBF-1 de la VT-8, voyant les chasseurs ennemis vrombir autour de leurs porte-avions, attaquent un grand bâtiment qui traîne derrière l’écran. C’est le Kirishima, qui ouvre un feu précis, abattant un avion torpilleur, mais les autres lancent à 700 mètres, avant de fuir en rase-vagues. Le croiseur de bataille aurait sans doute réussi à éviter les torpilles, sans les dommages subis plus tôt dans la journée. Trois sillages sont esquivés, mais la quatrième torpille frappe au niveau de la salle des turbines avant. Les bossages anti-torpilles sont partiellement brisés et la vitesse tombe à 16 nœuds.
14h45 – L’agonie du Kaga a été longue, mais il est à présent certain que le navire ne pourra être sauvé. Nagumo se résigne à ordonner de l’achever à la torpille, ce qui sera fait vers 15h00.
15h15 – L’Enterprise commence à récupérer les survivants, et son groupe aérien passe à 23 F4F-4, 27 SBD-3 et 7 TBF-1.
15h30 – Les dernières attaques ont stupéfait et irrité le vice-amiral Nagumo. Des rapports de ses deux vagues d’attaque, il avait conclu que deux des porte-avions américains étaient détruits ou près de couler, et que le troisième était gravement endommagé. A présent, il ne peut imaginer que les avions qui viennent de l’attaquer de façon si surprenante viennent de porte-avions défunts. « Les Américains doivent avoir dans le secteur un autre porte-avions, que nous n’avons pas encore repéré ! Il faut le trouver ! » Cependant, le commodore Fuchida, chef de l’aviation du Kido Butai, n’est pas du même avis : « Mes hommes sont pleins de courage et d’adresse, Amiral, mais leur enthousiasme est parfois excessif et je ne suis pas convaincu qu’ils aient vraiment détruit ou réduit à l’impuissance les trois porte-avions ennemis que nous avons identifiés. Je ne sais que trop bien que, dans la chaleur du combat, chacun a naturellement tendance à exagérer les résultats obtenus. A mon avis, il est nécessaire de lancer une nouvelle attaque avant de s’inquiéter d’un éventuel autre porte-avions ennemi. »
Mais l’organisation du raid pose un problème majeur : étant donné la distance à laquelle se trouve la flotte ennemie, les avions japonais (qu’il n’est guère possible de lancer avant 16h00) n’auront peut-être pas le temps de la trouver avant le crépuscule, et il est d’avance certain que tous vont se perdre au retour, ne pouvant apponter de nuit, ni même sans doute retrouver la flotte !
Or, le Kaga est coulé, le Soryu hors de combat (l’incendie ne sera contrôlé qu’à 16h05 – le navire a bien failli subir le destin du Kaga) et les pertes en avions ont été effrayantes. Après avoir récupéré tous les survivants des deux vagues d’attaque, il s’avère que la force de frappe du Kido Butai est sérieusement réduite. L’Akagi compte 21 A6M2, 17 D3A1 et 19 B5N2 ; il peut lancer et récupérer ses avions, mais il ne peut plus les ravitailler que lentement, en raison de la destruction d’un ascenseur. L’Hiryu, intact, possède 20 A6M2, 22 D3A1 et 21 B5N2. Les deux D4Y1-C Judy ont été perdus sur le Soryu. Peu désireux de perdre à coup sûr tous les avions qu’il enverrait contre l’ennemi, Nagumo décide de ne pas lancer d’autre raid dans la journée. En revanche, les hydravions du Tone et du Chikuma, récupérés après leurs reconnaissances infructueuses de la matinée, sont renvoyés en direction du sud-est. Nagumo ordonne également aux navires endommagés dans la journée, les Soryu et Kirishima, de retourner à Truk, escortés par la 4e Division de Destroyers (DD Maikaze, Tanikaze et Tokitsukaze).
De son côté, Yamamoto nourrit les mêmes inquiétudes que Nagumo, puisqu’il ordonne aux hydravions basés à Rabaul de participer à la recherche d’un autre porte-avions américain. De plus, en prévision d’une possible bataille de surface la nuit suivante ou le lendemain, il ordonne à Takagi, qui n’est qu’à 30 nautiques au sud-est, de joindre ses forces à celles de Nagumo. Les deux flottes seront réunies au crépuscule.
15h45 – Le contre-amiral Kinkaid fait le point. Ses attaques ont donné des résultats honorables et il sait que les Japonais ont perdu un grand nombre d’appareils, mais la nuit tombe. Un raid lancé à ce moment serait un gaspillage, bien que les navires américains soient équipés de radiobalises et de matériel pour permettre un appontage de nuit : les avions (qui décolleraient vers 16h30) arriveraient pendant le crépuscule nautique et ne verraient guère que des sillages !
Kinkaid ordonne donc à sa formation de faire demi-tour et de s’éloigner de l’axe d’attaque japonais, tout en regroupant autour de l’Enterprise tous les navires des trois formations. Après une brève conversation en phonie avec le vice-amiral Fletcher (transféré à l’infirmerie du North Carolina), il décide d’éviter un engagement de nuit avec la flotte japonaise et de se retirer vers le sud-est, pour être au matin à portée des avions basés à Efate.
Il se retire malgré tout avec le sentiment qu’une partie de la mission assignée par Nimitz a bien été remplie. Guadalcanal et Tulagi ont été épargnées et la flotte japonaise a été significativement amoindrie – un porte-avions léger coulé à coup sûr, deux grands porte-avions hors de combat (le naufrage du Kaga n’est pas encore certain). De plus, les groupes aériens japonais ont subi d’énormes pertes en avions et surtout en équipages : 31 pilotes de Zéro, 37 équipages de Kate et 48 équipages de Val ! L’US Navy a payé le prix fort, mais aux deux porte-avions coulés ne s’ajoutent “que” 21 pilotes de Wildcat, 20 équipages de Dauntless et six équipages d’Avenger (les pertes en appareils sont cependant supérieures). Parmi les morts, le Major L.F. Henderson (USMC), qui avait embarqué sur le Saratoga avec son Dauntless et a été le dernier à décoller du porte-avions, sous les bombes…
Pendant ce temps, le groupe du Hornet arrive à 25 nœuds. Il sera là le 15, pour assurer la défense des Nouvelles-Hébrides et de la Nouvelle-Calédonie.
Mais la bataille des Salomon Orientales n’est pas finie…
Le contre-amiral Hiroaki Abe et le vice-amiral Takeo Takagi aimeraient la conclure par une victoire dès la nuit suivante. Deux cuirassés, deux croiseurs de bataille, quatre croiseurs lourds, un léger et trois destroyers, formés en une large ligne de front précédée d’hydravions, vont balayer la mer jusqu’à l’aube à 24 nœuds, mais la flotte alliée se replie à 26 nœuds. La poursuite japonaise est donc vaine. Néanmoins, les navires de ligne de la Marine Impériale vont bien entrer dans la nuit en contact avec l’ennemi, mais ce ne sera pas celui qu’ils espèrent.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Une patrouille menée par le Sgt Carson (un vétéran de la Première Guerre) trouve un passage contournant les positions japonaises qui bordent l’affluent de l’Eora Creek et se replie immédiatement sur la pointe des pieds. Entre 23h00 et minuit, Carson guide un groupe de 18 volontaires derrière les positions de tir japonaises et, avec douze d’entre eux, commence à les mitrailler et à les grenader par derrière, les prenant totalement par surprise. Une vingtaine de Japonais se précipite le long d’une piste qui descend du Knoll, mais cette piste a été repérée par Carson et les Japonais sont accueillis par les six autres hommes de son groupe, qui se sont embusqués là et les massacrent – trois Japonais seulement peuvent s’échapper.
Au bout d’un quart d’heure, le groupe de Carson a nettoyé les positions situées le long de l’affluent. A ce moment, d’autres éléments du 2/12e traversent l’affluent et se glissent jusqu’aux positions japonaises autour du Knoll.

Milne Bay – A l’aube, le front de la 7e Brigade s’est plus ou moins stabilisé le long d’un ruisseau à mi-chemin entre Gili-Gili et Wehuria Creek. La position australienne à ce moment est désastreuse. Les défenseurs ont été coupés en deux par l’effondrement du 53e : la 15e Brigade, durement éprouvée, est accrochée entre les unités japonaises débarquées à la Mission K.B., à l’est, et celles occupant Turnbull, qui parviennent peu à peu à faire lâcher prise aux hommes du 57e. Plus à l’ouest, la 7e Brigade, en grande difficulté, tente de regrouper ses trois bataillons pour rouvrir la route de Stephen’s Ridge et reprendre contact avec la 15e, sous les obus des trois croiseurs cuirassés japonais.
Tandis que les combats se poursuivent au sol, les 8 Hurricane, 6 Boomerang et 5 Wirraway qui ont survécu au bombardement de Gurney et de Turnbull tentent de décoller. Dès que les premiers appareils quittent le sol, ils sont repérés et l’Iwade tourne à nouveau ses canons vers la piste de Gurney. Les autres décollent au milieu des obus, mais deux Wirraway et un Boomerang sont détruits en essayant. Les seize survivants se jettent sur les plages où débarquent les Japonais, mitraillant et bombardant à bout portant les soldats et les barges de débarquement encore pleines de ravitaillement. Leurs munitions épuisées, ils se reposent aussitôt à Gurney, où ils réarment en laissant tourner leurs moteurs et repartent aussitôt. Le Yakumo se joint alors au bombardement de Gurney, et deux des derniers Wirraway l’attaquent avec leurs bombes de 250 livres. L’un d’eux l’encadre et s’enfuit, filant mitrailler les plages. L’autre est touché par la DCA et prend feu ; ses bombes ratent leur cible, mais le Wirraway agonisant s’écrase sur l’arrière du vieux croiseur, déclenchant un incendie. Le Yakumo fait une violente embardée et s’éloigne vers les grains de pluie à l’est de la baie. Il est 07h30.
………
La bataille de Mission Point (extrait de B. Marcus – Les Forces Armées Australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)
« En comptant les détours nécessaires pour passer entre les nombreux écueils, la distance entre Port Moresby et l’entrée de Milne Bay est d’un peu moins de 300 nautiques, par le Détroit de Chine (China Strait). Quand Port Moresby reçut les rapports sur les convois japonais approchant de Milne, la seule force navale disponible était les cinq destroyers de la Force L : quatre vieux bâtiments fatigués (HMS Thracian, HMAS Vampire, Vendetta, Voyager) et un tout neuf, à peine rodé (HMAS Warramunga). C’était en réalité plutôt une force anti-sous-marine, destinée à l’escorte de convois et dont le rôle anti-surface, très secondaire, n’avait jamais été envisagé. Les équipages de ces cinq navires étaient frais émoulus de l’école navale – les pertes de la Royal Australian Navy avaient été lourdes et les vieux bateaux étaient excellents pour l’entraînement.
Quand l’alerte fut donnée, les cinq bâtiments étaient occupés à de toutes autres tâches, mais ils ravitaillèrent et expédièrent la réparation des problèmes les plus urgents avant d’appareiller et de mettre le cap sur le détroit de Chine à 24 nœuds – ce que les plus vieux d’entre eux pouvaient donner de mieux pendant une longue durée. Après une nuit d’un voyage sans incident, l’aube se leva sous un ciel très couvert et vide d’avions japonais. De nombreux grains bouchaient la vue, réduisant même la visibilité à zéro quand les navires y pénétraient. Chacun se prépara à l’action avant de passer le détroit de Chine, mais aucune opposition ne se manifesta. En entrant dans Milne Bay, la radio commença à grésiller des cris furieux et désespérés des avions de la RAAF qui tournoyaient au-dessus des plages. Mais les rives nord et ouest de la baie étaient complètement dissimulées par une ligne de grains.
Le Warramunga pénétra sur la fréquence radio des avions et s’identifia, à la stupéfaction des aviateurs (mais aussi des Japonais chargés des écoutes radio) et fut rapidement informé de la situation et de la localisation des navires ennemis. Les destroyers montèrent à 29 nœuds, tout ce que pouvaient faire les pauvres classe V.
A 07h40, la force aperçut un navire ennemi qui se dirigeait vers elle, à environ 15 nautiques de Gili-Gili. De ce bâtiment s’élevait une épaisse fumée venant de ce qui semblait être un incendie à l’arrière. C’était le Yakumo, en train d’éteindre l’incendie déclenché par le Wirraway qui l’avait percuté. Le Japonais, voyant les destroyers approcher, commença par présumer qu’ils étaient de la Marine Impériale, mais finit par les interroger en arrivant à 8 000 mètres. La réponse fut une salve du navire de tête, le Warramunga. Encadré par les gerbes, le croiseur donna immédiatement l’alarme tout en répliquant et en s’efforçant de s’échapper vers le nord à pleine puissance – soit, malheureusement pour lui, à 15 nœuds seulement. Contre les cinq destroyers, le Yakumo n’avait pas la moindre chance, mais les grains n’étaient qu’à 4 nautiques.
A 07h50, le Japonais réussit à toucher le Warramunga d’un obus de 8 pouces, mettant hors service sa tourelle X (un jumelage de 4,7 pouces) et tuant les servants. Mais les destroyers l’accablaient d’obus de 4,7 et de 4 pouces et la distance était tombée à 4 000 mètres. Pour en finir, le Thracian accéléra à 32 nœuds et lança trois torpilles.
A 08h05, au moment où il atteignait l’abri des grains, le Yakumo fut touché à l’arrière par une de ces torpilles. Il courut sur son erre pendant plusieurs minutes et coula à 08h17, à moins d’un demi-nautique du rivage, la pointe de ses mâts émergeant tout juste des vagues.
Pendant ce temps, atteint à la chaudière avant par un des derniers obus de 6 pouces du croiseur coulé, le Thracian devait ralentir à 20 nœuds. Il commença à rebrousser chemin vers le détroit de Chine.
A 08h15, les destroyers pouvaient apercevoir quelques transports, mais aussi le Tama, l’Ôi et les cinq destroyers japonais, suivis par les Izumo et Iwade, arrivant pour les affronter. Les deux camps ouvrirent le feu à longue portée pour leurs armes – 12 000 mètres environ. Il s’ensuivit une action prolongée, violente et sinueuse, où les deux adversaires tendaient des rideaux de fumée et serpentaient entre les grains, à la recherche d’une bonne occasion pour lancer leurs torpilles. En tête de file des deux flottes adverses, le Warramunga et le Tama s’observaient et se cherchaient avec obstination. Le vieux croiseur léger, dont l’artillerie était plus puissante que celle de son adversaire, lui infligea une vraie punition, ses obus frôlant et secouant une douzaine de fois la coque de l’Australien, qui fut touché à quatre reprises. Mais une demi-douzaine d’obus du destroyer firent de nombreuses victimes sur les ponts du Japonais. Ni l’un ni l’autre ne purent mettre une torpille au but.
A 09h15, c’est le Voyager qui gagna le gros lot : lancée à 6 000 mètres de distance, une de ses torpilles Mk VIII frappa le Fuyô en plein milieu. Le petit destroyer se cassa en deux et coula très vite.
A 09h30, après plus d’une heure de combat, les Alliés n’avaient plus beaucoup de torpilles, guère plus d’obus, et ils savaient qu’ils n’atteindraient pas les transports. Le Warramunga ordonna alors à tout le monde de décrocher vers le détroit de Chine. Ils avaient au moins forcé les Japonais à dépenser leurs munitions et avaient donné aux fantassins trois heures de répit sans bombardement naval.
Ayant récupéré au passage le Thracian, les navires alliés rentrèrent à Port Moresby, où ils arrivèrent au soir du 13. Tous étaient endommagés, en particulier le Warramunga. Les canons arrière du Voyager étaient inutilisable et le navire avait une voie d’eau à bâbord. Le Vendetta avait perdu un canon avant et une salve de 8-pouces de l’Iwade (le seul coup au but du vieux bâtiment) l’avait mitraillé d’une grêle d’éclats. La passerelle du Vampire était durement touchée et sa cheminée arrière était décapitée.
Les cinq destroyers ravitaillèrent et se soignèrent comme ils purent. Les Australiens recrutèrent des volontaires sur le Thracian pour compenser leurs pertes et prirent les torpilles restant sur le navire anglais pour se les répartir. Avec les quelques torpilles en stock à Moresby, chaque bâtiment eut droit à une demi-charge. En revanche, il y avait à peu près ce qu’il fallait d’obus pour regarnir leurs soutes.
A l’aube du 14, les quatre Australiens étaient repartis, cette fois pour une attaque nocturne, pendant que le Thracian, clopinant et sans la moindre torpille, allait déposer cent soldats et des munitions à Dahuni Bay, à l’ouest de Milne. L’état-major de Port Moresby organisait en effet jusqu’à ce petit village côtier une noria d’embarcations légères, avec du ravitaillement et de quoi installer des dépôts et un appontement. »

………
Revenons à Milne Bay, le 13 août.
A midi, tous les avions de Gurney ont été détruits ou sont allés se réfugier à Port Moresby. Cependant, leur action et celle des destroyers a offert à l’armée plusieurs heures d’un répit très utile et très bien employé.
Dans l’après-midi, plusieurs attaques sont menées par des Beaufort de Port Moresby. Ignorant la situation sur le terrain, ils se contentent de bombarder sans grande efficacité les bateaux en mer. Deux d’entre eux sont perdus.
Au crépuscule, six des derniers Fairey Battle opérationnels sur ce théâtre (et même dans le monde) mènent une attaque désespérée. Déjà démodés en 1939, les Battle n’en conduisent pas moins un bombardement précis des plages, détruisant quatre péniches de débarquement et faisant de nombreuses victimes chez les Japonais. Ils sont malheureusement surpris par une paire d’A6M2 venus de Lae en ravitaillant à Buna. Les pilotes sont le jeune as Toshio Ota (un disciple de Saburo Sakai) et son ailier, un novice. Ota, qui laissera un Journal de Guerre d’autant plus précieux qu’il sera interrompu par sa mort dans les derniers jours du conflit, raconte : « Des Fairey Battle ! Je cherchai une escorte, mais je n’en vis aucune – les pilotes de ces bombardiers démodés, terriblement sous-motorisés, étaient des braves. Quand nous arrivâmes, ils bombardaient et mitraillaient les plages à très basse altitude, malgré une DCA nourrie. Mon ailier et moi, nous plongeâmes sur eux comme des faucons pèlerins sur de maladroits pigeons. J’incendiai le premier avec mes mitrailleuses ; il tomba en mer tout près du rivage dans une gerbe d’eau. Les autres nous virent, j’en suis sûr, mais ils poursuivirent leur attaque – des braves, en vérité. Je touchai un deuxième appareil avec mes mitrailleuses ; je le vis se traîner vers son terrain, tout près, pour s’y poser en catastrophe, en flammes – je me souviens avoir espéré que le pilote s’en tirerait. Un troisième apparut devant moi ; je sélectionnai les canons et mes obus lui arrachèrent la queue ; l’appareil bascula sur le côté et piqua dans les flots. Son mitrailleur avait touché mon Reisen, mais sans gravité. J’assaillis un quatrième, qui dégagea brutalement sur la droite, juste sous les canons de mon ailier, qui le fit exploser d’une longue rafale…
Ce soir, à Lae, nous avons célébré la première victoire de mon ailier. Il était ravi, bien sûr, mais je lui rappelai qu’il devrait se souvenir toute sa vie de la bravoure des hommes que nous venions de tuer. Ils n’avaient même pas esquissé une tentative de fuite ; ils avaient combattu jusqu’au bout, pour terminer leur bombardement. Il reconnut volontiers qu’il fallait admirer un tel sens de l’honneur guerrier, et qu’il était en vérité honorable d’affronter de tels adversaires. »


La guerre sino-japonaise
Le Japon attaqué !
Nagoya
– Douze B-17F de l’USAAF venus de la région de Yan’an attaquent les usines d’aviation Mitsubishi n° 3 et 5. Ils ont dû descendre à moins de 11 000 pieds en raison de l’épaisse couverture nuageuse au-dessus de cette altitude. De ce fait, le bombardement est très précis et relativement destructeur malgré le faible nombre de bombardiers. Cinq pour cent des bâtiments visés sont démolis et 10% très endommagés ; vingt-quatre machines-outils sont détruites ou endommagées ; il y a 464 morts et blessés et 325 000 heures de travail sont perdues.
Peu après le bombardement, les assaillants sont interceptés par huit A6M2 Zéro de la Marine et cinq Ki-44 de l’Armée, guidés par un radar de l’Armée. C’est la première interception conjointe effectuées par les deux armes, mais elle n’était pas préméditée : les opérateurs radar ont simplement diffusé les données sur les bombardiers sur une fréquence commune à l’Armée et à la Marine. Ils ont guidé les chasseurs de l’Armée et ce n’est qu’après que le leader des avions de la Marine ait requis leur assistance que les opérateurs radar l’ont “conseillé”. Les Zéro arrivent donc trop tard, alors que les B-17 ont déjà regagné l’abri des nuages. Les Ki-44 ont cependant réussi à endommager gravement l’un d’eux, qui s’écrase peu après sur les montagnes du centre du Japon, alors qu’il tentait sans doute de rejoindre l’URSS. Il n’y a aucun survivant. A 25 000 pieds, les chasseurs, redirigés (ou “re-conseillés”) par radar, parviennent à retrouver les bombardiers. Bien entraînés et bien commandés, les B-17 réussissent à abattre deux Zéro et un Ki-44 (deux pilotes tués), car les Japonais, novices dans l’art d’attaquer ce genre de bombardiers, gaspillent leur forces dans des attaques en petits groupes, par l’arrière. Finalement, les dix chasseurs restants effectuent une passe frontale à peu près simultanée, avec ce qui leur reste de munitions. Ils abattent alors deux B-17, tout en perdant un Zéro de plus, dont le pilote, gravement blessé, parvient à sauter.
A court de carburant, les neuf chasseurs se posent tous au même endroit, sur une base de l’Armée, à la grande consternation du commandant local. La nuit empêchant les pilotes de la Marine de rentrer “chez eux”, ils fraternisent (en dépit des règles) avec leurs collègues de l’Armée et sont toujours là lorsque neuf survivants des deux derniers B-17 abattus, faits prisonniers, sont conduits sur l’aérodrome. A la demande des pilotes de la Marine, le commandant de la base accepte de leur “céder” quatre des prisonniers, choisis au hasard. Ces derniers survivront à la guerre, mais leurs camarades seront exécutés par l’Armée au moment où l’offensive aérienne alliée contre le Japon prendra de l’ampleur.

Note
1 - Le coup est rude pour les Japonais, qui ont eu du mal, malgré les bleus industriels et l’aide de techniciens allemands, à fabriquer les lampes nécessaires au FuG-200. Il est vrai que les Allemands avaient tout autant de mal ! Ensuite, il a fallu travailler d’arrache-pied pour installer le radar à bord du quadrimoteur en corrigeant les interférences dues à la structure de ce dernier. L’envoi du gros hydravion avec la Flotte Combinée était un coup d’essai – pour l’assurer, un technicien allemand malchanceux avait même pris place à bord…


Dernière édition par Casus Frankie le Dim Jan 20, 2013 12:12; édité 1 fois
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MessagePosté le: Sam Jan 19, 2013 11:25    Sujet du message: Répondre en citant

Vous remarquerez que la maison, ne reculant devant aucun sacrifice, vous a offert DEUX batailles navales pour la même journée, une petite et une grande. Et là encore, avec quelques changements par rapport aux premières versions.
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MessagePosté le: Dim Jan 20, 2013 12:02    Sujet du message: Répondre en citant

Alors, personne n'a repéré les changements ? Wink




14 août
Campagne du Pacifique Sud-Ouest – Bataille des Salomon Orientales
La nuit des Catalina

Dans les bases alliées, on a commencé à préparer la suite dès la soirée du 13. A 20h30, le contre-amiral John S. McCain a ordonné au ravitailleur MacFarland de quitter Ndeni et de se réfugier à Espiritu Santo. De son poste de commandement sur Efate, il signale à l’unité de B-26 basée aux Fidji de se redéployer à Efate dès 06h00 le 14, et met toutes ses unités en alerte maximum. « Grand branle-bas dans la nuit du 13 au 14. Apparemment, la flotte japonaise a encore une fois démontré aux Américains que ses victoires de décembre n’étaient pas dues à la faiblesse des flottes du Vieux Continent. Toutes les unités de bombardement basées à terre sont averties d’être prêtes à lancer dès l’aube des attaques contre les forces ennemies qui approchent. Quant à notre Flottille AC-20, elle doit avant l’aube mettre en l’air une patrouille de quatre avions, pour éviter un coup en douce mené par des avions japonais volant à basse altitude, sous la couverture radar. » (Y. Lagadec, op. cit.)
De plus, après avoir discuté avec l’officier commandant le Groupe de Reconnaissance d’Espiritu Santo, McCain ordonne d’organiser une attaque nocturne par les unités équipées de PBY. Peu après, il quitte Efate sur un Grumman G21 de liaison et arrive à Espiritu Santo à 22h55 le 13. Là, il passe en revue les préparatifs d’attaque et adresse quelques mots d’encouragement aux équipages des hydravions avant de repartir pour Efate, où son G21 arrive à 03h00 le 14.
Les équipages des PBY ont été toute la journée du 13 aux premières loges pour suivre la bataille, pistant constamment les forces japonaises hors de portée des moyens de détection directe. Ils savent que la task-force alliée a subi de lourdes pertes et que l’ennemi avance. Ils sont sans illusion sur la vulnérabilité de leurs gros hydravions, mais chacun, à Espiritu Santo comme à Efate, est saisi par une sorte d’amère détermination. Pour ce raid de nuit, treize Catalina américains et un français sont réunis, considérant les besoins de l’entretien des appareils et le fait qu’il faut continuer de pister la flotte japonaise pendant la nuit. Les équipes au sol accrochent alors une torpille Mk 13 sous l’aile gauche des quatorze appareils retenus.
00h00 – Le premier PBY-5 équipé d’une torpille quitte Espiritu Santo. Les autres hydravions suivent, en quatre sections de trois et une de deux (celle-ci comprenant le seul PBY de l’E-24). Les appareils doivent conserver leurs feux allumés jusqu’à ce qu’ils soient à portée de radar de la flotte japonaise, afin de maintenir la formation et de pouvoir mener une attaque coordonnée. Cependant, à 120 nautiques d’Espiritu Santo, ils entrent dans un large front nuageux (l’arrière de celui qui a un peu influé sur la bataille de la veille et s’éloigne lentement vers le nord-ouest). Le silence radio étant obligatoire, la cohésion des sections se dégrade vite, et les Catalina vont attaquer seuls ou par groupes de deux.
03h45 – Les premiers à atteindre la ligne de bataille japonaise sont deux PBY de la VP-11. Guidés par les émissions radar japonaises, ils attaquent ce qu’ils pensent être « un croiseur de bataille classe Kongo ». En fait, il s’agit du croiseur lourd Maya, à l’extrême gauche de la ligne japonaise et dont les vigies ne détectent que très tard les deux hydravions, qui arrivent lentement et très bas. Mais les deux torpilles manquent leur but et leurs lanceurs s’échappent, vainement poursuivis par la DCA. Les tirs de celle-ci, et notamment les obus traçants de 25 mm, attirent le troisième appareil de la section, qui a conservé le même cap que les deux autres. Son approche passe elle aussi inaperçue jusqu’au dernier moment, et le pilote ne lance qu’à 500 mètres. Le Maya doit virer sèchement sur bâbord pour esquiver. L’équipage a tout juste le temps de commenter cette surprenante attaque, quand une vigie aperçoit un appareil solitaire par bâbord arrière. Le commandant du Maya fait immédiatement venir sur tribord pour prendre une route parallèle à celle de la torpille et les tubes de la DCA aboient sauvagement en direction de l’intrus, qui disparaît dans les nuages. Mais cette fois, le croiseur ne risquait rien : l’équipage du PBY, un appareil de la VP-23, rapportera que la torpille s’est brisée en deux en touchant l’eau.
03h54 – Le croiseur léger Yura, 7 nautiques à bâbord du Maya, est attaqué par deux PBY (ce sont les deux autres membres de la section du dernier appareil à avoir attaqué le Maya). Le navire esquive sans mal les deux torpilles, lancées à plus de mille mètres.
03h58 – Le Hiei, à l’extrême droite de la formation japonaise, est attaqué par deux PBY-5, arrivant par bâbord avant. Ils sont détectés quelques secondes avant de lancer et le croiseur de bataille ouvre un feu nourri mais inefficace contre ses agresseurs. Les deux hydravions de la VP-11 s’échappent dans la nuit, mais ils ont lancé de trop loin pour vraiment inquiéter le Hiei.
Le feu de la DCA attire cependant deux autres PBY, le troisième de la section de la VP-11 et un appareil de la VP-14 (qui fait équipe avec deux de la VP-23). Celui-ci ose lancer à moins de 400 mètres, obligeant le croiseur de bataille à abattre rudement sur tribord ; la torpille explose dans son sillage, à moins de 50 mètres de sa poupe. Le moteur gauche du PBY est endommagé par des éclats de 5 pouces et le Catalina blessé s’enfuit au ras de l’eau. Il devra se poser sur la base avancée de Ndeni (Santa Cruz) pour réparer.
Une minute plus tard, le PBY de la VP-11 lance, cette fois à 700 mètres, et le Hiei évite aussi cette torpille. Mais le pilote fait l’erreur de tenter de s’échapper en grimpant dans les nuages, dont la base est à 500 mètres. Avant d’y parvenir, son PBY est touché par la DCA et incendié ; il tombe à 2 500 mètres par bâbord avant du Hiei.
04h09 – Les deux autres Catalina de la VP-23 attaquent le croiseur Myoko, 8 nautiques à tribord du Hiei. Mais ils lancent à 800 mètres et l’équipage du Myoko, en alerte, évite sans mal les torpilles – en revanche, il constate que les PBY fuyant dans le noir quelques mètres au-dessus de l’eau sont des cibles très difficiles !
04h16 – L’avant-dernière attaque est effectuée par un PBY de la VP-72 contre le cuirassé Mutsu. Malheureusement, la torpille se brise en heurtant l’eau. Le Catalina échappe à une DCA furieuse avec de légers dommages.
04h16 – Enfin, l’unique PBY de l’E-24 attaque le Tone. Il lance à 500 mètres, mais le croiseur esquive, pendant que le Français s’échappe en rase-vagues.
Pendant les trois quarts d’heure qui suivent, les navires japonais vont ouvrir le feu de temps en temps sur des ombres d’avions torpilleurs… Mais il n’y aura plus d’autre attaque. A 05h05, le signal de fin d’alerte est donné.
Si les hydravions alliés n’ont pu atteindre une seule fois leur cible, leur attaque a stupéfait Takagi et son état-major. Aucune action de ce genre n’était attendue, et les tactiques utilisées différaient totalement de la doctrine de la Marine Impériale concernant les attaques de nuit à la torpille. Takagi soupçonne cependant qu’il s’agit d’une diversion, point de vue partagé par Nagumo, informé à 04h30. A 05h00, les deux amiraux décident néanmoins que la force de Takagi doit interrompre son avance et se laisser rattraper par les deux porte-avions. A ce moment, Takagi se trouve par 164°E et 10°30’S ; Nagumo est un peu plus au nord, par 163°30’E et 9°S.
A 05h10, Nagumo informe Yamamoto de sa décision. Mais le commandant de la Flotte Combinée ne semble pas très satisfait, car à 06h10, il ordonne par radio à Nagumo « Engagez la force ennemie à plus courte distance et détruisez-la complètement. » Nagumo n’en décide pas moins de réorganiser ses forces après avoir rejoint Takagi, avant de repartir vers Espiritu Santo et Efate. Il a fait lancer à 05h30 deux hydravions du Tone pour rechercher « les restes de la flotte ennemie » et il y ajoute à 06h30 deux B5N-2 de l’Hiryu et un de l’Akagi.
………
Tanaka s’inquiète
Si la nuit a été animée pour Takagi, la matinée promet pour Tanaka. La veille au soir, à 20h00, il a fait remettre le cap au sud-est, vers Guadalcanal. Mais trop de temps a été perdu pour pouvoir espérer décharger de nuit, et il avertit Rabaul que ses navires n’atteindront pas Tassafaronga avant 09h00. Il réclame un raid aérien sur Tulagi pour prévenir toute interférence ennemie lors du débarquement des hommes et du matériel qu’il apporte.
………
La charge des avions basés à terre
Alors que les PBY s’éloignent de la flotte ennemie, l’aérodrome d’Efate (Nouvelles-Hébrides) bourdonne d’activité.
04h10 – Les neuf B-17E du 11e BG(H), menés par le colonel La Verne Saunders, décollent.
04h55 – C’est au tour des 15 DB-73M français, qui vont être guidés par un Hudson de la RNZAF. Yvon Lagadec est là : « Les sept DB-73M1 (A-20A1) et deux des huit M2 (A-20A2) emportent chacun une torpille britannique Mk.XII, les six autres M2 doivent jouer le rôle d’escorte. Tous ont un réservoir supplémentaire dans la soute à bombes. Le contre-amiral McCain a décidé de lancer les avions de l’AB-8 d’abord, parce que les B-26 basés au Fiji n’arriveront pas à Efate avant 05h30 et ne pourront être lancés avant 06h30. De toute façon, les caractéristiques des deux types d’avions sont trop différentes pour qu’ils puissent voler au sein d’une même formation… Et puis, nos pilotes préfèrent décoller le plus tôt possible, alors que l’air est encore (très relativement) frais, donc plus porteur. C’est un point d’autant plus capital que les M1 porteurs de torpilles vont devoir décoller à 350 kg de plus que le PMAD (poids maximum autorisé au décollage). Je constaterai sous peu qu’ils avaient raison.
J’ai le cœur serré en voyant s’envoler les quinze élégantes machines. Nos P-40 ayant les pattes trop courtes, je ne peux que les regarder partir se jeter dans la gueule du loup ! »

Alors que le dernier Douglas s’éloigne, les B-26 venant des Fidji entrent dans le circuit d’atterrissage. Dès que chacun d’eux atteint sa place de dispersal, les hommes des équipes d’entretien du 69e BS se jettent sur eux pour les ravitailler en carburant et accrocher sous leur ventre une torpille américaine Mk.XIII. Pendant ce temps, la patrouille de quatre P-40E de l’AC-20 tourne à 5 000 mètres, huit autres avions restant en alerte, avec leurs pilotes déjà à bord.
06h25 – Le ravitaillement est achevé et 18 B-26 (les six survivants du 69e BS et les douze des Fidji) s’alignent et commencent à décoller, sous les yeux de Lagadec. « Le ciel est clair et le soleil monte, réchauffant déjà l’atmosphère… Dix avions s’envolent sans mal, mais le moteur droit du onzième baisse subitement de régime peu après le décollage. Lourdement chargé, le bombardier décroche dans l’air chaud et explose en heurtant le sol. Une affreuse boule de feu s’épanouit un peu plus loin que le bout de piste. A côté de moi, un mécano du 69e BS grogne : “Saloperie ! C’est un excellent zinc, pourtant, plein de qualités, mais il ne pardonne rien…” Comme si rien ne s’était passé, les sept autres B-26 s’alignent à leur tour et s’en vont tenter de venger la mort de leur camarade. »
………
Des surprises pour les Japonais
06h30
– Suivant les indications du Catalina de faction, les neuf B-17 arrivent au-dessus des navires de Takagi. A la différence d’Efate, le ciel est loin d’être clair. A moyenne altitude, une couverture nuageuse de 7/10 masque l’ennemi. Le colonel Saunders tourne un quart d’heure avant de décider d’attaquer à basse altitude, malgré le risque énorme qu’il fait prendre ainsi à ses gros appareils. Les bombardiers émergent des nuages à moins de 1 500 mètres pour trouver les Japonais, avertis plus de trente minutes plus tôt par leurs radars, dans leur formation de défense anti-aérienne habituelle. Les neuf B-17, accueillis par un mur de feu, attaquent les plus gros navires en vue : le Mutsu et le Nagato, entourés par le Myoko, le Maya et les trois destroyers de la 9e Division. A cette altitude, les B-17 font de belles cibles et deux sont détruits avant de pouvoir bombarder, mais les autres s’obstinent. Des bombes encadrent le Mutsu et le Maya et l’une frappe la catapulte du Nagato, allumant un incendie spectaculaire mais peu dangereux. Deux autres bombardiers sont touchés par la DCA quand arrivent neuf Zéro envoyés par l’Hiryu protéger les navires de Takagi. Ils avaient commencé par chercher les B-17 à haute altitude, lorsqu’ils ont été frénétiquement appelés plus bas ! Les chasseurs poursuivent les bombardiers en retraite dans les nuages et parviennent à abattre les deux appareils endommagés, mais ils s’éloignent ainsi de la flotte de Takagi.
06h53 – Voici les DB-73M. Les Français sont passés à basse altitude dès que le Hudson néozélandais a pu leur donner un cap précis vers les navires japonais grâce aux émissions radar de ces derniers.
Les neuf porteurs de torpilles se séparent en deux formations de cinq et quatre pour attaquer les grands bâtiments japonais, dont l’un émet un épais panache de fumée noire, et les six autres grimpent pour pouvoir plonger sur les navires de l’écran, afin de faire taire leur DCA grâce à leurs quatre canons de 20 mm. La plupart des servants de la DCA ont fait l’erreur de suivre la poursuite des B-17 par les Zéro et ils ne détectent que tardivement l’arrivée des bimoteurs à très basse altitude. Les canons se déchaînent d’autant plus violemment, le Maya et le Myoko allant jusqu’à tirer des obus de 8 pouces dans l’eau, espérant que les gerbes vont perturber le parcours des attaquants. Mais les neuf torpilles sont tirées de 500 mètres, contre le Mutsu et le Nagato. Malgré l’incendie qui brûle sur son pont, le Nagato évite toutes les torpilles qui lui sont destinées – en revanche, le Mutsu est frappé à deux reprises à bâbord : au niveau de la passerelle et juste en arrière la tourelle Y (qui est bloquée). La vitesse du navire tombe à 18 nœuds, mais le vaisseau n’est pas en danger et conserve sa position.
Yvon Lagadec a recueilli les récits de la bouche des acteurs : « Les chasseurs japonais, qui avaient été pris en défaut par l’arrivée furtive de nos avions, accourent alors pour prendre leur revanche, mais ils font l’erreur de confondre les M2 de couverture et les bombardiers, et de se lancer dans une attaque frontale. Deux d’entre eux se font déchiqueter par les tirs des 20 mm des bimoteurs – “Il s’est déchiré devant moi comme une maquette en carton !” me dira l’un des pilotes vainqueurs. Malheureusement, les autres reviennent de leur surprise et réussissent à abattre l’un des nôtres. Le reste de la Flottille disparaît alors dans les nuages et file vers Efate. Incroyable : ils sont encore quatorze. Mais les miracles n’ont lieu qu’une fois. »
07h30 – Les escadres de Nagumo et de Takagi sont réunies. Les attaques répétées qu’elles ont subies, même si elles n’ont pas eu grand succès, inquiètent au plus haut point les deux amiraux. Sous une solide patrouille de chasse, la Flotte Combinée reprend le cap sud-est, mais à 18 nœuds, puis à 20, car le Mutsu ne peut aller plus vite.
08h28 – Une autre formation ennemie est détectée par le radar du Tone.
08h35 – Le gros écho disparaît de l’écran du Tone. Le directeur de la chasse de l’Hiryu en conclut avec pertinence que les avions ennemis sont passés à basse altitude et ordonne à deux sections de neuf chasseurs de patrouiller des deux côtés de l’escadre.
08h45 – Les 17 B-26 du colonel Clyde Rich arrivent à bâbord des navires japonais, visant l’Akagi. Les B-26A sont bien protégés et assez rapides à basse altitude. Leurs tourelles abattent deux Zéro (quoique les tireurs en aient revendiqué sept) pendant que deux bombardiers tombent, un autre, endommagé, devant renoncer. Les quatorze torpilles restantes sont lancées au bout de deux minutes, mais hélas, à une vitesse trop élevée pour les Mark XIII. Les mitrailleurs de queue, désespérés, voient au moins six d’entre elles se briser en heurtant l’eau, et le chiffre réel est sans doute plus élevé, car les vigies de l’Akagi ne voient que cinq sillages, dont deux viennent de torpilles qui marsouinent et que les 25 mm de la DCA détruisent sans trop de peine. Manœuvrant énergiquement, le gros navire parvient à éviter les trois dernières torpilles, dont une ne passe qu’à une vingtaine de mètres de son flanc tribord. En se repliant, les Zéro et la DCA abattent deux autres appareils. A 08h50, les treize survivants regagnent l’abri des nuages.
………
Les états d’âme de Nagumo
Cette nouvelle attaque choque profondément Nagumo. L’ennemi a visiblement des forces considérables qui guettent à Efate ou en Nouvelle-Calédonie, alors que ce qui reste de ses propres groupes aériens est insuffisant pour bombarder efficacement une base ennemie bien équipée, tout en détruisant un porte-avions américain et en protégeant la Flotte Combinée. Ses avions et hydravions de reconnaissance ont échoué à repérer ce qu’il continue à appeler officiellement « les restes de la flotte américaine », mais ils ont signalé que le temps était clair au moins jusqu’à 150 nautiques au sud. « L’ennemi connaît notre position, mais nous n’avons aucune information positive sur les forces navales adverses. Nous exposerions la Flotte à un trop grand danger en continuant plus au sud. » conclut Nagumo.
Fuchida n’est pas tout à fait du même avis. « Le danger n’est pas si grand ! Si un porte-avions américain opère encore dans la région, il est seul [en quoi il se trompe, ou plus exactement se trompera dès le lendemain !]. S’il tente de nous attaquer, nous le repérerons et nous le coulerons. Sinon, profitons-en pour saisir l’occasion de détruire les bases ennemies qui soutiennent les troupes débarquées à Guadalcanal ! »
En revanche, d’autres officiers d’état-major sont prompts à soutenir l’opinion du vice-amiral. Ils soulignent qu’en quelques heures, la flotte a été la cible de pas moins de quatre attaques par des avions basés à terre. Même si les bombardiers-torpilleurs ennemis n’ont pas l’efficacité de leurs homologues de la Marine Impériale, il faut prévoir qu’ils reviendront, et ils pourraient avoir de la chance. De plus, les bases ennemies sont certainement gardées par des chasseurs, sans doute nombreux, à en juger par le nombre des bombardiers qui ont attaqué !
« Je n’exposerai pas la Flotte à un danger certain pour un gain sans doute mineur » tranche Nagumo. A 09h55, il ordonne de remettre le cap au nord-nord-ouest.
………
La dernière carte de McCain
Cependant, à Efate, le contre-amiral McCain ignore les états d’âme de Nagumo. Il sait en revanche que les attaques de ses bombardiers n’ont pas jusqu’ici eu beaucoup de succès. Les pilotes français ont affirmé avoir touché deux cuirassés (il semble que les gerbes soulevées par le tir de l’artillerie lourde japonaise pour décourager les torpilleurs aient été prises pour l’explosion d’une torpille sur le Nagato), mais les deux porte-avions ennemis paraissent intacts. En attendant le retour de ses bombardiers, McCain ordonne aux appareils qui espionnent l’escadre japonaise (deux PBY-5 et un Hudson) de lui donner des précisions sur les porte-avions.
A 09h15, les B-17 du 11e BG reviennent – cinq sur neuf du moins, et encore, l’un d’eux doit se poser sur le ventre.
Peu après rentrent les avions de l’AB-8. L’un est irréparable et deux sont plus légèrement endommagés, mais les onze autres DB-73M (six M1 et cinq M2) vont immédiatement se faire ravitailler et réarmer. Malheureusement, il n’y a plus à Efate que six torpilles Mk.XII, qui sont attribuées aux six DB-73M1. Les cinq M2 sont répartis en une section de bombardement de trois avions, avec des bombes de 250 kg (des type-K de la Marine Nationale, qui peuvent être emportées dans la soute à bombes à côté du réservoir supplémentaire) et une section de couverture de deux avions.
Pendant ce temps, le Hudson “Y for Yoke” de la RNZAF a signalé que les deux porte-avions faisaient route au 337. Ce cap les éloigne d’Efate, mais il n’est peut-être que provisoire. McCain se trouve devant un dilemme. Il sait que les équipages français ont obtenu de bons résultats durant leur première mission, mais l’ennemi est maintenant en alerte et aucune escorte ne peut être fournie aux DB-73M. L’AB-8 est cependant la seule unité sur laquelle il puisse vraiment compter pour attaquer des navires de guerre en haute mer – au contraire des groupes de l’USAAF, elle est spécialisée dans ce rôle. Le fait que tous les bimoteurs d’assaut américains soient capables de transporter une torpille ne suffit pas à transformer un Bomber Squadron en une unité anti-navires performante, comme l’a montré l’attaque du 69e BS. Il y faut plus d’entraînement et d’expérience opérationnelle, et la flottille française est la seule formation alliée présente à avoir les deux. Si Efate était la seule cible de l’ennemi, il serait possible d’attendre que la flotte japonaise soit à portée des chasseurs, mais que faire si les porte-avions ont décidé de frapper Guadalcanal ?
Yvon Lagadec a couru au dispersal de l’AB-8 pour accueillir les équipages. « A 10h20, nous voyons arriver le contre-amiral McCain avec son état-major. Il a demandé à être accompagné d’un interprète pour être sûr d’être parfaitement compris, et fait une drôle de tête. Et pour cause : il vient demander au commandant de l’AB-8 de lancer une nouvelle attaque ciblant spécifiquement les porte-avions, tout en expliquant qu’aucune escorte ne peut être assurée. Il est même impossible de coordonner l’attaque qu’il demande avec un raid des B-26, car ces derniers ne rentreront pas à Efate avant 11h15 et, le temps de les ravitailler, il est très possible que le contact avec la flotte ennemie soit perdu. “C’est pourquoi, termine McCain, toujours assisté de son interprète, je vous demande de n’envoyer pour cette mission que des volontaires.”
“Qu’est-ce qu’il croit, l’Amiral ?” marmonne près de moi un ancien de l’AB-4. Et le commandant Fauroux, qui dirige l’AB-8, répond directement en anglais, peut-être pas en très bon anglais, mais histoire d’être sûr que l’Amiral pige bien : “You know the situation of France, Admiral. If we are here, so far from home, it is because we are all volunteers.” (Vous connaissez la situation de la France, Amiral. Si nous sommes ici, aussi loin de chez nous, c’est que nous sommes tous volontaires.)
Je grince des dents de frustration. Certains des hommes qui remontent dans leurs bimoteurs étaient en 1940 dans les bombardiers en piqué Loire-Nieuport LN-401 des Flottilles AB-2 et AB-4 qui sont partis attaquer Berlaimont en mai 1940. Et les voilà qui repartent pour une mission aussi désespérée, alors que moi, pour la seconde fois de la journée, je ne suis que spectateur ! »

A 10h40, les onze Douglas surchargés quittent Efate, à nouveau guidés par un Hudson de la RNZAF. Vers midi, un PBY de la VP-11 observe que Nagumo se retire effectivement à 15 nœuds, cap au 340, ce qui veut dire que Guadalcanal sera épargné, mais son message ne sera transmis à McCain qu’à 13h00, alors que l’attaque a déjà commencé.
…………
Le sacrifice de l’AB-8
12h17
– Le Hudson “Y for Yoke” (surnommé “Y for Mistress”), qui a jusque là réussi à esquiver les Zéro, envoie un dernier message donnant la position des porte-avions avant d’être gravement endommagé par trois chasseurs japonais (qui ont déjà abattu un PBY de la VP-23 PBY sorti des nuages trop près de la flotte). Blessé, le pilote néozélandais peut rejoindre Espiritu Santo, mais doit se poser dans l’eau de Segond Channel.
A ce moment, le commandement japonais, alerté par la présence constante d’avions de reconnaissance ennemis autour de la flotte, s’attend à une nouvelle attaque. Sur l’Hiryu, le lieutenant Tomonaga, qui dirige la couverture de chasse, a disposé ses patrouilles avec soin, car la nébulosité est encore de 6/10 et les nuages s’étendent de 1 200 à 6 000 mètres. Tomonaga a placé deux groupes de six avions de chaque côté et conserve un troisième groupe de six au-dessus des porte-avions, attendant de se jeter sur tout attaquant. L’Akagi et l’Hiryu ont chacun sur leur pont trois autres A6M2 prêts à décoller.
12h32 – Les avions de l’AB-8 arrivent à 90 nautiques des bâtiments de Nagumo et plongent sous la couverture radar.
12h33 – Le radar de l’Hiryu détecte ce qui ressemble à un écho très lointain, et qui s’efface très vite.
12h57 – La formation française descend à trois cents mètres et aperçoit bientôt un grand nombre de navires, cap au nord-nord-ouest. Mais l’AB-8 arrive sur la flotte ennemie par tribord arrière. Ce n’est pas une bonne position tactique, aussi le commandant Fauroux ordonne à ses avions de remonter dans les nuages, à 1 500 mètres, pour atteindre sans se faire voir une position sur l’avant de la flotte ennemie. Mais ce faisant, les DB-73 apparaissent sur les écrans radar japonais. Rétrospectivement, il peut sembler futile d’essayer d’organiser une attaque contre une formation aussi bien défendue avec aussi peu d’avions, mais le seul autre choix serait d’attaquer la queue de l’escadre japonaise, et il n’y a là aucun porte-avions. Or les ordres sont clairs : ce sont les porte-avions qu’il faut viser.
13h02 – Les avions de l’AB-8 émergent des nuages. Cette fois, bien en vue devant eux, leurs cibles : l’Akagi et l’Hiryu. Le dernier acte sera plus tard narré par un conteur passionné : « Presque immédiatement, douze A6M2 coiffent la formation. Les deux DB-73M2 de couverture sont vite massacrés – encore ont-ils attiré la moitié des Zéro. Les neuf avions d’attaque plongent sur leurs cibles, limiteurs de puissance débrayés et mitrailleurs dorsaux tirant comme des fous (ils réussiront à abattre un Zéro). Le piqué de 1 500 mètres au niveau des vagues a entraîné les avions à près de 500 km/h. Les six porteurs de torpilles doivent ralentir un peu pour ne pas dépasser la vitesse de lancement, mais les trois bombardiers foncent de tous leurs chevaux vers le plus gros des porte-avions.
Tous trois lâchent leurs bombes Type-K sur l’Akagi à hauteur de mât. Un des DB-73, touché de plein fouet par un obus de DCA, explose et percute la mer, les deux autres s’échappent. Sur les six bombes, l’une frappe à tribord, juste sous l’étrange cheminée recourbée vers l’arrière et explose dans une chaudière. Une autre touche près de l’encorbellement de DCA tribord arrière ; l’explosion est peu destructrice mais tue beaucoup de monde. Une troisième touche entre les casemates de 8 pouces que les Japonais ont voulu conserver sur l’ex-croiseur de bataille, pénètre dans le premier magasin à munitions et fait détonner quelques charges, qui à leur tour mettent le feu à des munitions de DCA. Un violent incendie se déclenche.
Cependant, sous les tirs des chasseurs japonais, deux des six DB-73 torpilleurs s’abîment dans les flots. Deux autres traînent un long panache de fumée noire ; ils sont perdus, mais ils ne renoncent pas, et quatre torpilles sont lancées à courte distance contre le grand Akagi. Une chaudière endommagée, la pression baisse dans les machines du porte-avions et il ne répond que lentement aux ordres de son commandant, qui tente d’esquiver. Enfin, une torpille frappe, au niveau de la chambre des machines avant. Le bossage anti-torpilles est endommagé et le navire embarque 900 tonnes d’eau, plus 600 que le commandant est contraint de laisser entrer à bâbord pour rééquilibrer son bâtiment. L’Akagi ralentit jusqu’à 23 nœuds. Il faudra plus de trois heures pour contrôler l’incendie à tribord.
Quatre avions plus ou moins endommagés sont tout ce qui reste des onze attaquants. Les anciens de Berlaimont sont tous au nombre des morts. Ont-ils seulement eu la certitude que leur sacrifice serait moins inutile que celui de leurs camarades, deux ans plus tôt ? »
(Pierre Clostermann, Feux du Ciel, chapitre L’Aéronavale : sous le ciel des Sept Mers)
………
Le Kido Butai recule
Cette attaque et surtout son résultat confirment les craintes du vice-amiral Nagumo. Les capacités opérationnelles de l’Akagi sont maintenant quasi nulles et seul l’Hiryu conserve la possibilité d’assurer la défense aérienne de l’escadre. « Vous voyez, Fuchida ! lâche-t-il, amer. J’aurais dû décider plus tôt le repli de la Flotte. »
A 13h35, le Hudson qui a guidé la formation française et a pris le relais de “Y for Yoke” pour pister les Japonais signale « Un porte-avions ennemi est en flammes. » Ce n’est qu’à 18h10 qu’un autre Hudson indique que les deux porte-avions japonais font encore route ensemble, mais qu’ils sont visiblement en train de se retirer. Le contre-amiral McCain peut alors affirmer que ses forces ont sérieusement réduit le potentiel offensif japonais, et considérer que le sacrifice de l’AB-8 (les quatre survivants sont rentrés à Efate à 17h25) n’a pas été vain.
Et, c’est vrai, Nagumo se replie vers Truk à 15 nœuds. Dans la nuit, ses navires équipés de radar détectent encore des avions de reconnaissance ennemis, mais assez loin. Les avions alliés ne s’approchent pas à moins de 30 nautiques de l’escadre – pourtant, il est clair qu’ils sont capables de pister la Flotte Combinée. Inquiets, plusieurs officiers de Nagumo en déduisent que les avions américains doivent être équipés d’un radar plus puissant que le FuG-200 offert par les Allemands. « C’est une très mauvaise nouvelle, commente Fuchida. Il est évident qu’il nous faut des chasseurs de nuit sur nos porte-avions. »
………
Tanaka perd ses transports
Pendant qu’Américains et Français affrontent les porte-avions de Nagumo, d’autres combats se déroulent au-dessus de Guadalcanal et Tulagi.
08h40 – Treize G4M1/1-Kai venant de Rabaul, escortés par quinze A6M2/3, attaquent les positions alliées (les forces japonaises ont reçu l’avant veille 10 G4M1-Kai, ainsi que 22 A6M2 – tous les renforts disponibles dans la région). Les Betty, volant à 6 000 mètres, sont interceptés par six Floatfire, qui ont vite des ennuis avec l’escorte. Ils perdent quatre avions, en échange de deux Zéro. La formation de bombardiers se divise alors en deux. Neuf appareils attaquent Tulagi, où “Asto” (ce qui reste de l’Astoria) joue à merveille son rôle de chèvre et se fait légèrement endommager. Les autres attaquent Red Beach, ne faisant que peu de dégâts.
08h54 – Alors que les avions s’éloignent, les transports escortés par Tanaka mouillent devant Tassafaronga et commencent à décharger avec l’aide de la 13e Unité de Construction Navale, ravie de voir arriver des renforts, comme s’ils étaient en baie de Tokyo. Cette illusion leur est enlevée moins d’une heure plus tard.
09h50 – Trois Swordfish et quatre Floatfire tombent sur les transports en plein déchargement, et qui n’envisageaient aucune opposition aérienne. Pendant que les Floatfire mitraillent l’escorte, les bombes de 500 livres des Swordfish endommagent le patrouilleur n°34 et surtout incendient le cargo Aikoku Maru, qui transporte l’artillerie. Cependant, comme il est clair que ces faibles moyens ne suffiront pas à perturber l’opération, Tulagi appelle McCain à l’aide.
13h00 – Les B-26 survivants ont rejoint Efate entre 11h20 et 11h50. Neuf seulement sont encore opérationnels. Le stock de torpilles étant presque épuisé et le B-26 n’ayant pas fait la preuve de ses qualités de torpilleurs, ces neuf avions sont ravitaillés et armés de bombes de 500 livres. Et lorsque McCain apprend la réussite du raid de l’AB-8 et la retraite des Japonais, il décide de donner un coup de main à Tulagi.
13h45 – Les neuf B-26 s’envolent vers Guadalcanal.
16h25 – Les avions du 69e BS attaquent à basse altitude les cargos ancrés devant Tassafaronga. La DCA, maintenant alertée, endommage trois appareils, dont un devra se poser sur le ventre et un autre se jeter à l’eau près de Gavutu. Mais les B-26 se montrent bien meilleurs bombardiers que torpilleurs. Le Kinryû Maru est coulé sur le coup, pendant que les Daifuku Maru et Boston Maru, gravement atteints, doivent être échoués, brûlant furieusement. Les soldats japonais (le 1er bataillon et 300 hommes du 3e bataillon du 28e RI) ont tous pu débarquer, mais se retrouvent obligé de patauger dans la boue du rivage pour tenter de sauver ce qui peut l’être – et l’eau de mer comme les flammes ne font aucun bien aux sacs de riz ni aux caisses de munitions. Quant à l’artillerie régimentaire, elle est en fort mauvaise posture – et le général Kawaguchi est furieux. Réquisitionner les survivants des équipages des cargos détruits pour repêcher tout ce qui peut être sauvé comme canons, munitions et nourriture, ne le calme pas.
19h00 – Alors que les soldats du 28e font connaissance avec les moustiques de Guadalcanal (dont la taille et la férocité sont fameuses), c’est un Tanaka fort mécontent qui s’éloigne de Tassafaronga. Il va chercher les deux transports qui, avec leur escorte, se sont réfugiés aux Shortland. Ces navires ont quitté leur mouillage à 16h00. Tanaka doit les retrouver à minuit au large de la Nouvelle-Georgie et les escorter jusqu’à Tassafaronga.
21h00 à l’aube – Les moustiques ne sont pas les seules bestioles volantes à perturber le sauvetage des cargaisons japonaises. Toutes les heures, deux Swordfish décollent de Tulagi pour harceler les soldats japonais. Les biplans se laissent glisser de 2 500 mètres, moteur plein ralenti, et lâchent de 1 000 mètres ou moins des bombes de 500 livres ou des projectiles à fragmentation. L’un des Walrus se joint même à la fête, ravi de jouer enfin un rôle militaire actif !
………
Les Alliés reprennent leur souffle
Le crépuscule n’interrompt l’activité ni à Efate, ni à Espiritu Santo, ni à Nouméa.
18h00 – Le repli japonais est affirmé par les hydravions de reconnaissance. Comme la possibilité d’une diversion subsiste et que l’état du porte-avions touché par les hommes de l’AB-8 est encore incertain, le contre-amiral McCain ordonne de bien disperser les avions survivants, de ravitailler et d’armer les B-17 et B-26 pour une possible attaque à l’aube et de faire observer par les P-40 de l’AC-20 le même schéma de patrouille, avec quatre avions en l’air dès 05h00 et huit en alerte instantanée.
20h30 – A Nouméa, Ghormley et son état-major discutent les dernières nouvelles. La flotte japonaise a subi des pertes supplémentaires et le vice-amiral estime avec raison qu’aucune attaque contre les Nouvelles-Hébrides ou la Nouvelle-Calédonie n’est à redouter dans les jours qui viennent. En revanche, il est très inquiet pour les troupes alliées du secteur Guadalcanal-Tulagi. En dehors du groupe du Hornet, qui doit arriver dans les eaux de Santa Cruz vers midi le 15 août, le soutien aérien qu’on peut leur apporter est très réduit. L’US Navy a perdu deux porte-avions et si le troisième n’est que légèrement endommagé, son groupe aérien est désorganisé (il est composé de survivants des trois porte-avions). Kinkaid doit retourner à Pearl Harbor avec l’Enterprise, escorté par le BB North Carolina, les CA Portland et Minneapolis et les DD Benham, Balch, Grayson, Ellett et Maury (1). Le BC Renown (qui a lui aussi besoin de réparations) se joindra à eux. Il faudra quelques semaines au porte-avions pour être à nouveau pleinement opérationnel.
Pour opérer en compagnie de la TF-17 (CV Hornet, BB South Dakota, CA Pensacola, CLAA Juneau, San Diego et DD Anderson, Barton, Hughes, Mustin, Russel), Ghormley doit se reposer sur les autres navires de l’escadre de Fletcher, confiés au contre-amiral Norman Scott. Ils forment malgré tout une puissante task-force de surface (un cuirassé moderne, cinq croiseurs et onze destroyers) (2), et Scott hérite aussi des survivants opérationnels de Watchtower (un croiseur léger et sept destroyers). Ces navires vont avoir la tâche de protéger les communications entre Guadalcanal et Nouméa.
22h00 – Ghormley signale à Mitscher de positionner sa TF-17 au large de San Cristobal le 16 au matin. Au même moment, il ordonne aux croiseurs français Emile Bertin et Lamotte-Picquet, qui ont été pré-positionnés à Port-Vila (Efate) et ont déjà embarqué le plus urgent du ravitaillement demandé par Vandegrift, de partir pour Guadalcanal.
23h00 – Les deux croiseurs français, qui n’attendaient que la fin de la bataille, lèvent l’ancre. Ils devraient atteindre l’île à 00h00 le 16, après 25 heures de trajet.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– A l’aube, le Knoll est entouré de trois côtés par les Australiens. Le 2/12e commence alors à se retrancher. Inquiets, les Japonais envoient en renfort, par la piste du jardin, des troupes de leurs positions principales, au bord d’Eora Creek. La compagnie C du 2/12e va devoir repousser, dans les 48 heures suivantes, une douzaine d’attaques déterminées mais mal coordonnées. Pendant ce temps, les compagnies A et B se préparent à attaquer le Knoll tandis que les deux autres bataillons envoient chacun une compagnie dans la dépression, le “Bowl”, entre le Knoll et Eora Creek, pour tenir en respect le reste des forces japonaises.
Arrosée par une batterie de mortiers lourds et une batterie de canons de montagne de 70 mm, la 18e Brigade subit des pertes, mais les résultats vont être au rendez-vous.

Milne Bay – A l’est, la 15e Brigade fait un effort énergique pour se frayer un chemin jusqu’à Stephen’s Ridge, mais sa progression est arrêtée lors d’un furieux combat sur Diura Creek. L’attaque pourrait cependant réussir, sans l’apparition de péniches de débarquement et d’un croiseur cuirassé, l’Iwade, dans Swinger Bay. Une unité japonaise débarque et, avec le soutien des canons du croiseur, menace l’aile gauche de la 15e, l’empêchant de consacrer tous ses efforts à son offensive.
Pendant ce temps, à l’ouest, la 7e Brigade contre-attaque violemment à partir de Gili-Gili, pour reprendre les appontements et les dépôts et écarter les Japonais de Stephen’s Ridge. Les Australiens utilisent les quelques chars dont ils disposent, mais ce sont de vieux Mk VI, l’un des rares engins blindés au monde auxquels le HA-GO japonais puisse se comparer favorablement… Les HA-GO s’opposent aux Mk VI et détruisent deux d’entre eux au canon (alors que les malheureux Mk VI n’ont que des mitrailleuses…). L’infanterie japonaise s’accroche et, bien soutenue par les canons de l’AC Izumo, repousse les Australiens sur leur ligne de départ. Pire : Field aperçoit trois bateaux de débarquement qui se dirigent vers Gaba Gabuna Bay, au sud de ses positions. De là, même des forces légères pourraient le prendre à revers. Cette menace l’oblige à retirer sa brigade vers Gili-Gili et à envoyer ses uniques réserves dans la zone de la Mission Ladava. Celles-ci rencontrent les Japonais débarqués peu avant et les arrêtent le long d’un ruisseau au nord de Gaba Gabuna Bay. Cependant, les Japonais restent maîtres du pont qui enjambe le cours d’eau, et les 25 livres doivent dépenser de précieuses munitions pour le détruire.
A la tombée de la nuit, Clowes et le commandement de la 15e Brigade décident que celle-ci va décrocher et marcher vers le nord pour franchir la crête qui domine sa position actuelle. Elle obliquera ensuite vers l’ouest, puis redescendra vers le sud pour rejoindre la 7e. La Brigade n’a pas d’autre choix : à cours de munitions, elle serait vouée à la destruction si elle ne se déplaçait pas. Ce parcours représente 25 km sur la carte. Au sol, il va s’avérer beaucoup plus long…

La guerre sino-japonaise
Plus au niveau…
Moukden (Corée)
– Six B-26 escortés par huit P-38 attaquent la gare de triage, provoquant d’importants dommages. Ils sont interceptés par huit Nakajima Ki-27 Nate (Clint), de l’aviation du Mandchoukouo (dont les pilotes sont pour la plupart japonais). Les petits engins à train fixe se jettent bravement sur les Américains, mais les P-38, beaucoup plus rapides, évitent la charge avant de revenir les balayer sans leur laisser la possibilité de rattraper les bombardiers. Quatre Nate sont abattus, sans perte pour les Lightning – suprême humiliation : un Japonais tente de se jeter sur son adversaire et n’y parvient même pas !
Le commandement de l’aviation de l’Armée Impériale sera violemment critiqué pour avoir laissé des pilotes aller au combat dans des avions tout juste bons pour l’entraînement. La chasse mandchoue y gagnera son rééquipement avec des Ki-43 Hayabusa (Oscar) construits par Mansyu et quelques Ki-44 Shoki (Tojo) pour protéger les centres industriels.

Notes

1 - Le CLAA Atlanta a été laissé à la disposition de Ghormley.
2 - BB USS Washington ; CA USS San Francisco, HMS Shropshire, MN Duquesne ; CL HMAS Brisbane ; CLAA USS Atlanta ; DD USS Aaron Ward, Dale, Farenholt, Farragut, Lang, MacDonough, Phelps, Selfridge, Stack, Sterett, Worden.
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