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Texte intégral, Asie-Pacifique, Juillet 1942
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Déc 02, 2012 20:07    Sujet du message: Texte intégral, Asie-Pacifique, Juillet 1942 Répondre en citant

Juillet 1942
2 – La guerre en Asie-Pacifique
“Pedestal”, Philippines, Nouvelle-Guinée : sacrifices

1er juillet
Bataille de Singapour – III
Malaisie
– Un calme précaire règne sur le front.
Les troupes du Commonwealth qui tiennent Singapour et le sud de l’état de Johore sont toujours isolées, mais leur position reste très forte. En face, l’armée japonaise monte peu à peu en puissance, non sans difficultés. Les restes des cinq divisions qui ont donné l’assaut en avril (5e, 9e, 18e, 27e et Garde Impériale) sont chaque jour renforcés et réorganisés. Deux autres divisions (33e et 56e) sont venues les rejoindre et une autre (la 71e) les soutient dans le nord de la Malaisie. Elles peuvent s’appuyer sur l’armée thaïlandaise (dont la 2e DI se trouve en Birmanie et deux autres divisions au Cambodge et au Laos) et sur d’autres troupes japonaises déployées en Asie du Sud-Est : en Thaïlande (12e DI), en Birmanie (55e DI), en Cochinchine et Annam (23e DI et les deux tiers de la 7e) ainsi qu’au Tonkin (22e et éléments d’autres unités).
Surtout – et c’est toute la différence qui fait que les troupes japonaises prennent petit à petit l’avantage : elles sont ravitaillées, en nourriture comme en armes et en munitions. Au contraire, à Singapour, Lord Gort a déjà été informé qu’avant fin septembre, les provisions seraient épuisées, pour les troupes comme pour la population civile.
« Les Britanniques tenaient une ligne de front est-ouest allant approximativement de Kota Tinggi sur la côte est jusqu’à Layang Layang par la rivière Johore – la zone de plantations jusqu’au Sungei Sayong – le carrefour d’Ayer Hitam – le carrefour et le terrain de la RAF à Yong Peng – le carrefour du défilé du Bukit Penlandok – le port de Batu Pahat et le terrain de la RAF – le phare de Batu Pahat sur la côte ouest.
En dehors des unités d’artillerie de forteresse et d’unités de garnison disparates (celles-ci pour la plupart chargées de couvrir celles-là), l’essentiel des forces de Lord Gort se résumait à cinq divisions.
– 21e DI britannique (Scottish) : 63e (Highlands) Brigade, 1ère Brigade de Malaisie, 1ère et 3e Brigades de Singapour .
– 25e DI britannique (Western) : 137e (Staffordshire) Brigade, 138e (Lincoln & & Leicester) Brigade, 64e (Lancashire) Brigade, 2e Brigade de Singapour.
– 9e DI Indienne : 21e et 22e Brigades indiennes, 1ère Brigade Chinoise.
– 11e DI Indienne : 15e et 28e Brigades indiennes, 2e Brigade Chinoise.
– 17e DI Indienne : 12e, 44e et 45e Brigades indiennes.
Il ne faut évidement pas négliger les éléments de la 1ère Armoured Division AIF répartis entre ces forces selon les besoins (trois bataillons… ou ce qui en restait), ni bien sûr les compagnies d’éclaireurs chinois de la légendaire Dalforce.
Du point de vue de la qualité, ces troupes allaient des vétérans redoutablement efficaces, mais souvent fatigués, aux volontaires inexpérimentés. Les opérations de mai-juin en Johore avaient cependant permis de leur assurer une certaine homogénéité.
………
En face, la 25e Armée japonaise tenait toute la Malaisie au nord de l’état de Johore, le couloir de la voie ferrée et de la route principale jusqu’à Kluang, le couloir de Kluang à Jemaluang et Mersing, le triangle Mersing-Endau-Bukit Langkap et le couloir de Jemaluang à la région Mawai/Sedili Besar.
Pour éviter d’avoir à se soucier d’une éventuelle opération britannique dans le nord de la région, la défense des lignes de communications arrière de la 25e Armée (routes, voies ferrées, ports et aéroports, équipements militaires et civils nécessaires au ravitaillement) fut confiée à la 7e Armée (12e, 55e et 71e Divisions), en coopération avec les forces du royaume de Thaïlande. Après l’échec subi en mars-avril sur le Sittang, la 55e Division était installée dans la partie occupée de la Birmanie, le long de la Salween, avec la 2e DI thaïlandaise. Ces unités furent renforcées par la 12e Division, venant de l’Armée du Kwantung, avec deux régiments d’artillerie et un régiment blindé, qui se déploya en Thaïlande, tandis que la 71e Division, arrivant également de Chine, était progressivement déployée dans le nord de la Malaisie, dans la région Perak/Kedah et en couverture contre des actions britanniques à partir de l’île de Penang.
Les lourdes pertes subies à Singapour en avril-mai, auxquelles s’ajoutaient celles subies en Johore en mai-juin (voir appendice 1), avaient obligé les Alliés à dissoudre ou à réorganiser de nombreuses unités.
Les Japonais avaient au contraire maintenu les unités vétérans de la 25e Armée en y incorporant la plus grande partie des unités non-divisionnaires arrivées en Malaisie par Endau-Mersing. Cela se traduisit par le maintien face aux troupes du Commonwealth des cinq divisions d’infanterie de l’ordre de bataille original (5e, 9e, 18e, 27e et Garde) et de la 1ère Brigade Blindée, renforcées par les 33e et 56e Divisions d’Infanterie.
Après la trêve de Singapour, les 5e et 18e Divisions, ainsi que la plupart des unités de soutien, avaient été repliées dans le centre de la Malaisie pour se reposer, se réorganiser et se rééquiper. C’était les meilleures divisions de Yamashita et les terribles pertes subies à Singapour avaient été durement ressenties. Depuis, les combats en Johore avaient permis aux troupes novices envoyées en renfort d’acquérir quelque expérience du combat. Le retour progressif dans chaque division de 2 000 hommes environ, vétérans blessés lors des batailles de la frontière et qui avaient achevé leur convalescence, avait été le bienvenu. Au 1er juillet, ces deux divisions avaient retrouvé leur dotation nominale en hommes et l’amalgame se faisait entre les renforts et les vétérans, pour la plupart les moins téméraires et les moins ambitieux des hommes et officiers qui composaient les deux divisions sept mois plus tôt.
Les trois autres divisions ayant attaqué Singapour et la 1ère Brigade Blindée avaient bénéficié d’un traitement du même genre et leur personnel avait été à peu près reconstitué (en dehors de la Garde et de la Brigade Blindée, qui n’avaient que 75% de leur personnel). Au total, toujours au 1er juillet, les forces japonaises se préparant à repartir à l’attaque de Singapour totalisaient 203 000 hommes, contre 144 000 hommes du côté allié (chiffres globaux incluant la totalité des personnels, combattants ou non).
Mais l’aspect matériel était une autre question. Les cinq divisions qui avaient attaqué Singapour avaient perdu pratiquement toute leur dotation initiale en canons, chars, transports et autres équipements lourds. Au 1er juillet, la moitié de cette dotation avait été reconstituée, en dehors des unités d’artillerie lourde et du génie, qui n’avaient encore rien retrouvé de leur matériel. Les stocks de munitions étaient au mieux partiellement reconstitués et la réorganisation des lignes arrière était loin d’être achevée. L’importance de l’appui naval et aérien mis en place avec le concours de la Marine Impériale ne pouvait compenser ces manques. C’est pourquoi il n’était pas question de lancer une nouvelle offensive avant plusieurs semaines.
Parallèlement, des efforts particuliers étaient consacrés à l’amélioration des services médicaux et du ravitaillement en nourriture. En effet, l’étude des pertes japonaises dans la première partie de la campagne avait montré que la qualité de l’alimentation avait été un facteur majeur du taux élevé de maladie et du faible taux de guérison. N’ayant pu s’emparer de stocks importants de rations britanniques, les troupes avaient dû se contenter de riz bouilli ou vapeur, avec fort peu de viande, de poisson ou de légumes frais. Les tentatives de les alimenter avec de grandes quantités d’ananas et de noix de coco cueillis sur place avaient certes permis de varier les menus et d’apporter certaines vitamines, mais avaient aussi provoqué de pénibles troubles intestinaux. Pire : la consommation de la viande de chevaux malades, si elle avait apporté des protéines, avait été responsable de nombreux cas d’infections bactériennes ou parasitaires. Ces problèmes avaient empiré sur l’île de Singapour, lorsque les cuisines des unités et leurs postes de soins avaient dû s’installer dans des zones insalubres. Rarement relevés, les hommes, mal nourris et souvent malades, avaient perdu leurs qualités combatives. Alors que leur état général s’altérait, les exigences toujours plus grandes du commandement avaient été responsables d’une mortalité massive. A la fin des combats et au début de la trêve, de nombreuses armes avaient été abandonnées, non parce que les hommes s’enfuyaient, mais parce qu’ils n’étaient plus capables de les porter, et que la plupart des chevaux de trait et de bât avaient été tués.
Enfin, aucune attaque contre Singapour n’était possible avant le remplacement des embarcations perdues. C’est pourquoi, dès son retour après sa blessure, Yamashita s’était lancé dans une réquisition générale de tout ce qui flottait dans la région et jusqu’en Indonésie et en Indochine ! »

(D’après Guerre et Paix en Asie du Sud-Est, par Pascal Nguyen-Minh, op. cit.)

Opération Pedestal (préparatifs)
Trincomalee (Ceylan)
– Arrivée du convoi Pedestal, avec son escorte et des renforts destinés à l’Eastern Fleet britannique.
Une telle concentration de vaisseaux et d’hommes ne peut passer inaperçue. L’état-major de Sommerville a donc organisé des pseudo-fuites contradictoires, évoquant soit une opération de ravitaillement de Port-Blair et Sabang, soit un convoi pour Darwin destiné à ravitailler « d’extrême urgence » les forces australiennes contre un possible débarquement japonais. Des nouvelles concernant des attaques aériennes japonaises contre Darwin sont largement diffusées, permettant d’expliquer l’entraînement intensif aux procédures anti-aériennes et d’interception aérienne.
En effet, pendant ce temps, les porte-avions de l’Eastern Fleet effectuent une sortie pour un exercice de lutte AA, utilisant des Blenheim du Sqn 211 pour simuler les bombardiers bimoteurs de l’aviation de la Marine japonaise. Après une journée d’entraînement, quelques leçons utiles se dégagent sur le contrôle aérien à l’intérieur de l’espace aérien de la flotte. Pour éviter la perte de chasseurs abattus par la DCA amie, il est décidé que les avions amis approchant le convoi devront voler en ligne de file, en venant du côté opposé au soleil. A 5 nautiques du centre du convoi, la formation doit faire un cercle complet pour permettre un “épouillage” radar et visuel (il s’agit de s’assurer que les avions partis en mission n’ont pas été suivis par des indésirables). Ce n’est qu’en pleine poursuite que ces règles pourront être négligées. Les bords d’attaque des ailes et les gouvernes de queue des avions seront peints en jaune pour fournir une marque d’identification bien visible.
Cette journée confirme aussi que le “vieux” radar d’alerte aérienne Type-79B est plus performant pour déterminer l’altitude d’un intrus que le Type-281, dont la portée est plus grande. Les Type-281 des croiseurs anti-aériens doivent être utilisés pour l’alerte avancée et les Type-79B pour préciser les données.
………
Port Blair – Seize Wellington du Sqn 223 de la RAF arrivent de Colombo, pour soutenir l’opération Pedestal.
………
Sabang – Neuf Ki-21 tentent de répliquer aux attaques nocturnes des Wellington en bombardant Sabang durant la nuit. Mais le Flight B du Sqn 27 de la RAF est basé sur l’île, et ses Defiant NF-II abattent deux des attaquants.

Campagne des Philippines
Corregidor
– Après un bombardement d’artillerie massif durant toute la journée, les défenseurs de Malinta Hill n’ont pas d’autre solution que d’évacuer la colline, qui tombe dans la nuit aux mains des Japonais.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda, bataille d’Eora Creek
– Les Japonais approchent d’Eora. Une colonne descendant de la crête au nord du village est aperçue. Au moment où elle débouche en terrain plat, elle est prise sous le feu d’armes légères venant du côté opposé d’Eora Creek, que les pluies ont transformé en torrent. Les Japonais subissent quelques pertes et se dispersent dans la jungle.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Les troupes du général Yueh atteignent la rive ouest du lac Po-yang et se dirigent aussitôt vers la ville de Juchang, sur le Yang-Tsé. La prise de ce port interdirait le trafic japonais sur le fleuve, amoindrirait leur contrôle sur le Wuhan et condamnerait définitivement les forces d’Anami.


2 juillet
Opération Pedestal (préparatifs)
Sabang
– Neuf Wellington du Sqn 40 arrivent de Rangoon au crépuscule, ravitaillent puis attaquent Kuala-Lumpur dans la nuit.
………
Penang – Deux MTB à moteur diesel (les MTB 502 et 503) relient Penang à Singapour dans la nuit.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda, bataille d’Eora Creek
– Pour franchir le torrent, les Japonais ont déployé pendant la nuit 300 à 500 hommes sur le terrain plat devant le pont. Dans la brume froide du petit matin, cette force lance une attaque directe pour prendre le pont d’assaut.
Les Australiens leur font chèrement payer cet orgueilleux excès de confiance. Les attaquants sont taillés en pièces par les mitrailleuses, appuyées par les mortiers et les armes légères. Pris en enfilade alors qu’ils traversent le pont, hachés par les mortiers aux deux extrémités de celui-ci, harcelés par les armes individuelles, les Japonais sont repoussés avec environ 50% de pertes.
Stoppés net pour la journée, les Japonais font venir des renforts d’infanterie et font monter de l’artillerie en première ligne. Ils installent une batterie de canons de 70 mm et quelques mortiers lourds sur une crête à 900 mètres environ d’Eora. Pendant ce temps, leurs reconnaissances se heurtent aux postes avancés de la compagnie A/49e, qui bloque la piste des jardins. Sachant ce que ces premières escarmouches annoncent pour le lendemain, le commandant de cette compagnie enterre ses deux mitrailleuses Vickers sur sa droite dans de vrais petits bunkers, solidement protégés et appuyés par des hommes abondamment équipés en grenades. Les servants ont des ordres stricts et des champs de tir prédéterminés. Le gros de la compagnie se déploie sur la gauche, dans la jungle, pendant que les éclaireurs des Papuan Volunteer Rifles repèrent les points où les Japonais se concentrent pour l’attaque du lendemain.

La guerre sino-japonaise
Union sacrée ?
Chungking (Tchoung-king)
– Le général Chennault, chef de la CATF, signe avec des envoyés des forces communistes chinoises commandées par Mao Tsé-toung et Chou En-lai un accord aux termes duquel l’USAAF va baser au Yunnan (sur deux grands terrains et plusieurs petits) un certain nombre de bombardiers moyens et de chasseurs. Les Américains prévoient d’envoyer, au maximum, une quarantaine de bombardiers B-25, une vingtaine de chasseurs à long rayon d’action P-38 pour les escorter et une trentaine de P-40 pour la défense des terrains. Cet accord ne concerne pas la ROCAF (seuls quelques CB-17 de transport chinois seront utilisés pour le ravitaillement des avions américains).
Officiellement, le KMT est heureux de cette coopération contre les Japonais, mais en réalité, il est furieux – l’accord s’est en effet conclu malgré les protestations véhémentes de Tchang Kai-chek, car il ouvre une ligne de communications dont vont profiter les Rouges. Il est vrai que Tchang n’a pas été tenu au courant de certains objectifs de l’opération, car les Américains savent parfaitement que le KMT est farci d’agents communistes.
L’intention de l’état-major US n’est pas d’obtenir des résultats directs, d’autant plus que les difficultés d’approvisionnement en carburant (celui-ci doit être acheminé par avion) n’autoriseront que des attaques épisodiques contre les forces japonaises dans la région de Nanchang, occupée depuis peu, qui sont la cible affichée de l’opération. Mais les terrains du Yunnan pourront aussi servir de relais pour les bombardiers en route vers le Japon. Et surtout, les activités des B-25 et des P-38 basés sur place devraient attirer l’attention de l’Armée Impériale et la distraire du déploiement de forces qui se prépare dans le sud, région bien plus importante pour la grande stratégie alliée.


3 juillet
Opération Pedestal
Trincomalee (Ceylan) –
Dès l’aube, le groupe de dragueurs de mines quitte Trincomalee pour Port-Blair, où les 24 Fairmile-B devront se ravitailler avant de rejoindre le convoi. Ils sont accompagnés par huit escorteurs de plus grande taille : les six vieux DD/MS de classe S, Sabre, Saladin, Sardonyx, Scimitar, Shikari, Skate et les deux torpilleurs/drageurs français, Tempête et Trombe. Les petits Fairmile ont tous reçu à Trincomalee deux bouteilles de tétrachlorure de titane pour produire des écrans de fumée (les vieux destroyers n’ont pas besoin d’un tel équipement, leurs machines fatiguées n’émettant que trop facilement une grande quantité de fumée). Outre ces bouteilles et leurs apparaux de dragage de mines, ils possèdent un 3 livres Hotchkiss (ou parfois un 6 livres), un à trois Œrlikon de 20 mm et six grenades ASM, non tant pour lutter contre des sous-marins que pour les lâcher sous le nez d’un poursuivant.
Toute la journée, la tension monte dans la flotte principale. Les équipages sont maintenant consignés à bord et tous les officiers et matelots, en particulier sur les navires qui seront les plus exposés, ont été dûment informés de la nature de l’opération, des risques impliqués et de la nécessité stratégique de faire parvenir même une quantité limitée de ravitaillement à Singapour. Ces explications ont levé les doutes semés les jours précédents par l’état-major de l’amiral Sommerville.
Celui-ci a dû composer avec des ordres quelque peu contradictoires, lui demandant d’une part d’acheminer des transports jusqu’à Singapour, d’autre part de ne pas exposer ses précieux porte-avions à « un risque excessif ». L’organisation de l’opération est donc relativement complexe.
Le convoi lui-même – Breconshire, Denbeighshire, Glenartny, Glenorchy, Glenroy et Priam – sera sous la protection directe des 30 vedettes (24 Fairmile et 6 SGB) et des huit destroyers dragueurs de mines, ainsi que des DD de classe Emergency Obdurate, Opportune, Onslaught et Porcupine et du CT français Lynx.
Un écran AA composé du vieux CLAA Coventry et des cinq DE de classe Hunt-II du Cdr C.T. Jellicoe, les Blankney, Eridge, Croome, Farndale et Grove accompagnera les transports jusqu’au dernier soir avant l’arrivée à Singapour.
L’escorte éloignée sera assurée par une grande partie de la flotte britannique de l’Océan Indien : BB Nelson et Rodney, CV Indomitable et Illustrious , CL Fiji, Gloucester, Mauritius, Sheffield, Trinidad, CLAA Charybdys, Phoebe et DD Quadrant, Quality, Queenborough, Quentin, Quiberon, Quickmatch, Quilliam, Raider, Napier, Nestor, Jervis, Ashanti, Eskimo.
Dans le même temps, un petit convoi de diversion se dirigera vers Port-Blair : c’est l’opération “Green Tea”. Les cargos Pampa et Talabot seront escortés par les CA London et Sussex et les DD Encounter, Onslow, Partridge, Westcott, Wishart, Wrestler, et les avisos Flamingo et Pelican.
Quatre petits sous-marins de la Xe Flottille, qui ont quitté Port-Blair dans la matinée, ont été répartis le long de la côte de Malaisie et doivent atteindre leurs zones d’opération le 6 juillet à 00h00 : HMS Unique (Lt A.F. Collett) au large de Phuket ; HMS Utmost (Lt-Cdr R.D. Cayley) au large de Medan ; HMS Urge (Lt E.P. Tomkinson) au large de Kuala Salangor et HMS Upholder (Lt-Cdr Wanklyn) au large de Port Dickson. Ils devront servir de guetteurs et attaquer les navires ennemis tentant de barrer la route du convoi. Pour éviter tout risque d’erreur d’identification, ils ne devront pas opérer à l’intérieur de la courbe des 6 brasses de profondeur, sauf cas d’extrême urgence. C’est le HMS Upholder qui sera le plus exposé, tout près de cette limite.
Sommerville a demandé au contre-amiral Bérenger (commandant des maigres Forces françaises de l’Océan Indien) de faire patrouiller trois des sous-marins français basés à Fremantle, les Aurore, Pascal et Le Tonnant, entre Singapour et l’île de Bangka (au sud-est de Sumatra) pour attaquer des navires ennemis entrant dans le détroit de Malacca par le sud.
Bérenger, associé depuis le début à la préparation de Pedestal, a toujours soutenu énergiquement les projets de Sommerville et a fait tous ses efforts auprès d’Alger pour favoriser autant que possible l’opération. C’est ainsi qu’a été élaborée l’opération Coucou/Cuckoo, destinée à réduire la menace aérienne japonaise. Six DC-3 français doivent remorquer autant de planeurs Hotspur jusqu’aux abords de l’aérodrome d’Alor Setar, où ils exécuteront un posé d’assaut surprise le 6, à 23h00. Les 72 paras-commandos détruiront le plus possible d’avions japonais, et les survivants se replieront vers la côte, où ils seront récupérés par les deux grands sous-marins HMS Clyde et Otway, basés à Colombo, qui sont déjà en route vers le point convenu.
« A 20h30, sur le Nelson, alors que Sommerville dirige les derniers préparatifs, il n’est pas peu surpris de voir Bérenger, qui devait retourner à La Réunion, monter à son bord. Le Français a une requête fort simple : “Amiral, les hommes de Pedestal vont avoir besoin de chefs d’expérience. Or, je suis l’officier le plus haut gradé de l’Océan Indien à avoir affronté les Japonais en surface, et de nuit. Je demande donc à prendre le commandement de l’escorte rapprochée, qui ira jusqu’à Singapour. Je vous propose de mettre mon pavillon sur le Lynx.”
– Mon cher ami, répond Sommerville, vous savez qu’il faudrait, pour vous donner mon accord, que je prenne contact avec Londres ou Alger, et même avec les deux, de préférence. Et vous savez que je n’en aurai jamais le temps, nous partons dans deux heures !
Dès l’appareillage, le convoi plongera en effet dans le silence radio le plus total.
– Je suis navré de vous mettre dans l’embarras, Amiral, répond Bérenger d’un air très sérieux. Je ne m’étais pas rendu compte qu’il était si tard.
– Vous… Ah, j’y suis, vous avez sans doute regardé votre montre avec votre œil borgne, grogne Sommerville, faisant à Bérenger le plus bel éloge que puisse faire un Anglais à un marin (et à un marin français, qui plus est).
A 21h00, après une résistance symbolique, Sommerville accepte et Bérenger se précipite vers le Lynx, où flotte bientôt sa marque.
– Vous savez, bien sûr, observe Sommerville au commandant du Nelson, quelle est la plus haute décoration qu’ait reçue l’homme dont ce navire porte le nom.
– Oui, Sir : l’Ordre du Bain. En récompense de son grand courage.
– Pas exactement. Une récompense comme la Victoria Cross couronne un acte de courage extraordinaire, accompli sous le feu. Mais l’Ordre du Bain est décerné pour une décision exemplaire, prise de sang-froid et témoignant du sens du devoir le plus exceptionnel.
Malheureusement, continue Sommerville en baissant la voix, si bien que seul son aide de camp, tout près de lui, parvient à l’entendre, je ne sais pas si l’Ordre du Bain peut être décerné à titre posthume.
Quatre-vingt dix minutes plus tard, le HMS Quilliam commence à bouger. Pedestal est lancé. »
(Jack Bailey, Singapore’s Light Brigade – The inside story of Operation Pedestal, Londres, 1969)

Opération D
Océan Indien
– L’hydravion du sous-marin éclaireur de la 8e escadre, l’I-30, a constaté que les cargos navigant isolément avaient pratiquement disparu, au profit de convois escortés, depuis le début de l’opération D. Faute de mieux, l’I-30 attaque un convoi de sept transports. Il torpille et coule le cargo Everleigh (5 222 GRT), mais il est contre-attaqué par deux dragueurs de mines sud-africains qui le grenadent sévèrement. Assez gravement endommagé, l’I-30 est obligé de faire surface au début de la nuit, mais réussit à s’échapper.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda, bataille d’Eora Creek
– Peu avant l’aube, les clairons japonais annoncent l’attaque, et la compagnie A n’attend pas d’autres ordres. Les hommes jaillissent de leurs positions et se jettent sur le flanc droit des Japonais qui commencent à monter à l’attaque. Ces derniers, stupéfaits par la férocité de la charge, pris en sandwich entre les Australiens furieux et les tirs des mitrailleuses postées de l’autre côté du ruisseau, lâchent pied et s’enfuient. Mais ils sont alors fauchés par les Vickers nichées dans leurs bunkers. Un moment plus tard, deux fusées bleues sont tirées et les mitrailleuses cessent le feu, permettant à la compagnie A de pourchasser sur 200 mètres les Japonais éparpillés, avant de se regrouper et de se replier. Aucun prisonnier n’a été fait. Les blessés ont été abattus ou passés au fil de la baïonnette comme les autres, car nul n’a demandé ni n’a fait de quartier. Cent morts japonais restent sur le terrain, alors que les pertes australiennes sont très légères.
Cet échec n’empêche pas les Japonais de commencer à bombarder vigoureusement Eora et les positions le long du ruisseau. Ils continuent aussi d’acheminer des renforts et, dans la soirée, ils disposent de près de 2 000 hommes.
La nuit tombe, glaciale, sous une pluie continue et pénétrante, et c’est tout juste si le ruisseau ne charrie pas des blocs de glace. Sur tout le front, par petits groupes, les Japonais harcèlent les Australiens. Au début de la nuit, la pression augmente sur les positions de la A/49e, que des infiltrations forcent à se replier vers le sommet de Bare Ridge. Plus bas, face aux positions de la compagnie C, les Japonais traversent Eora Creek à la faveur de l’obscurité : grâce aux restes du pont et aux rochers qui émergent, un homme acceptant de risquer sa vie peut traverser, or les Japonais ne manquent pas d’hommes de ce genre. Owen réalise qu’il n’a pas assez d’hommes pour arrêter ses adversaires partout à la fois, et sait que plus le temps passe, plus il risque, au moment de l’inéluctable repli, d’avoir trop de blessés pour ses porteurs.


4 juillet
Opération Pedestal

La flotte de l’opération Pedestal file vers l’est, sous un ciel chargé d’épais nuages.

Campagne des Philippines
Corregidor – Bataille de San José

En ce Quatre Juillet, les forces japonaises sont incapables d’enlever le dernier bastion des forces du général MacArthur sur Corregidor.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille d’Eora Creek

Vers 01h00, les Japonais attaquent sur trois fronts.
Sur la piste du Jardin, la compagnie A/49e est meurtrie par quatre heures d’un combat sauvage. Le 39e doit alléger ses positions pour lui prêter main-forte.
La deuxième attaque tente de traverser le ruisseau au-dessous du village. Les Japonais grimpent vers les maisons, se jettent sur les positions du 39e mais sont pris de flanc par la B/49e. Un brutal combat au corps à corps se prolonge jusqu’à l’aube, et à un moment, Owen lui-même prend part à la lutte.
La troisième attaque remonte le ruisseau de son point le plus bas pour prendre la C/49e par le flanc nord. Dans la nuit, le corps à corps est d’une terrifiante intensité – mais il n’y a rien à faire pour envoyer des renforts à la compagnie C. Cependant, tous les mortiers disponibles tirent pour l’appuyer, et l’attaque japonaise est plus ou moins brisée.
A l’aube, les Japonais, eux-mêmes fatigués et souvent malades, commencent à être à court de munition. Ils font une pause et prennent un peu de recul. Owen évalue la situation et conclut qu’il faut que ses hommes épuisés se replient vers une nouvelle position défensive préparée quelques km à l’arrière. Même en l’absence de renforts, c’est une bonne position défensive et surtout, on y trouve une abondante provision d’obus de mortiers ainsi qu’une sorte d’objet d’art : un inestimable canon de 25 livres, laborieusement démonté, chargé dans l’unique Handley-Page Harrow du théâtre d’opérations, transporté par les airs et remonté sur place. De plus, les appels au secours répétés lancés par Owen ont fini par décider l’état-major à faire transférer les troupes disponibles (des éléments de la 18e Brigade de l’AIF) à Myola, dont l’aérodrome démontre pleinement sa grande valeur stratégique.
Les troupes australiennes commencent donc à lever le camp. Le 39e n’a plus que 180 hommes valides, et il n’en reste que 350 au 49e. Celui-ci a payé son manque d’entraînement au prix le plus élevé et son moral est très bas. Fort heureusement, les survivants du 39e, enchantés d’avoir repoussé les Japonais au milieu de la nuit, ont le moral assez haut pour tous, et redonnent le goût du combat aux hommes du 49e. L’humeur de ceux-ci s’améliore encore quand ils apprennent que, non seulement les “Fuzzy Wuzzy Angels” vont aider à évacuer les blessés, mais encore qu’à Myola, un pont aérien emportera ces blessés.
Bien loin, à Port Moresby, les hommes de l’AIF regardent les infatigables équipages des avions de transport emporter des munitions et ramener des hommes émaciés, épuisés, gravement blessés. Leur dédain pour les “soldats en chocolat” (chocolate soldiers) de l’AMF s’efface rapidement, et disparaît tout à fait quand ils voient les blessés s’échapper de l’hôpital pour tenter de rejoindre leurs unités et quand ils écoutent ces hommes leur décrire les tactiques des combattants japonais dans la jungle et la montagne.
Dans la région, les seules unités américaines sont des troupes du génie qui devaient à l’origine aller à Milne Bay. Quelques éléments sont restés près de Port Moresby pour prolonger la route (ou plutôt le chemin, praticable essentiellement en jeep) aussi loin que possible sur le trajet de la piste de Kokoda. Certains de ces Américains ont été envoyés, avec une poignée de collègues australiens et une provision de barbelés, jusqu’au “Crossing” pour y construire des retranchements de campagne. Ce lieu va bientôt être rebaptisé du nom de l’infatigable et très respecté capitaine Sam Templeton…

La guerre sino-japonaise
La China Air Task Force
Chungking (capitale de la Chine non occupée)
– Les contrats des pilotes de l’AVG (mieux connus sous le nom de “Tigres Volants”) expirent aujourd’hui. Le chef de l’AVG, le général Claire Chennault, est nommé ce même jour commandant de la China Air Task Force (CATF), qui devient le bras armé de la Xe Air Force de l’USAAF et dont un des groupes absorbe l’AVG. Il installe son QG à Chungking, pendant que le général Brereton, chef de la Xe AF, retourne au QG de Delhi travailler à maintenir l’acheminement des avions de la CATF et leur ravitaillement. Ce n’est cependant qu’en octobre que la CATF comptera quatre groupes de combat opérationnels, un de bombardement moyen et lourd, un de bombardement moyen et deux de chasse (voir Annexe C B1).


5 juillet
Opération Pedestal

A 23h00, en approchant du Passage du Dixième Parallèle, entre les Iles Andaman, au nord, et les Nicobar, au sud, les escadres se séparent. Le convoi “Green Tea” s’apprête à s’éloigner vers Port Blair. Les dragueurs de mines qui ont fait escale à Port Blair rejoignent les six transports destinés à Singapour, le reste de l’escorte rapprochée et le groupe anti-aérien.
Le lendemain 6 juillet, le convoi doit traverser la Mer des Andaman et passer à minuit la ligne Phuket - Banda-Aceh. Si tout va bien, il ne devrait pas encore avoir été détecté à ce moment.
Le 7, le convoi entrera dans la partie la plus large de la “bouteille” dessinée par le détroit de Malacca. Il devrait s’agir de la journée la plus dangereuse du point de vue du risque d’attaques aériennes. A midi, le convoi devrait franchir la ligne “Bleue”, entre Medan et Taiping. Il sera temps pour l’escorte à distance de s’éloigner vers le nord à 20 nœuds, laissant les transports sous la protection de l’escorte rapprochée et du groupe anti-aérien. Les chasseurs des porte-avions pourront encore protéger le convoi, aidés par la balise Rooster du Coventry, et les chasseurs de la RAF basés à Sabang pourront leur fournir un peu d’aide. Le Commandement de la RAF dans l’Océan Indien a aussi accepté d’accentuer les raids de nuit contre les aérodromes ennemis pendant cette période cruciale. Au crépuscule, le convoi devrait avoir atteint la ligne “Noire”, au large de Port Swettenham. Ce sera alors à l’escorte anti-aérienne de s’en retourner pour rejoindre à toute vitesse le gros de la flotte, sous le couvert de la nuit. Le convoi et son escorte rapprochée – 30 petites vedettes (24 Fairmile et 6 SGB [MGB à vapeur]) et 13 destroyers plus ou moins fatigués – seront alors livrés à eux-mêmes et fileront le plus vite possible vers Singapour, à travers le “goulot” du Détroit.
Si tout se passe comme prévu, le convoi devrait entrer à Keppel Harbour à l’aube du 8 juillet…

Campagne des Philippines
Corregidor
– Les dernières unités alliées organisées sur l’île sont écrasées à San José, mais le général MacArthur échappe à la capture et décroche avec moins de cent cinquante hommes.

Campagne du Pacifique Sud
Rabaul
– Remorqué par le Futugami, le DD Kikuzuki arrive dans l’après-midi à Rabaul, où la 24e Flotille Aérienne commence à se concentrer avant de se déployer à Guadalcanal.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille de Templeton’s Crossing

« Par une de ces ironies dont l’Histoire est coutumière, le capitaine Sam Templeton, du 39e bataillon de l’Australian Militia Force, ne mourut pas à l’endroit qui immortalise sa mémoire. Né à Belfast avant 1901, Templeton fut refusé par l’AIF en 1941 sous prétexte qu’il avait les pieds plats et s’engagea dans l’AMF, se rajeunissant presque certainement de plusieurs années pour y parvenir. Surnommé dans le Bataillon “le Vieux” ou “Tonton”, il était partout, toujours le premier à reconnaître les positions ennemies, en pointe de chaque attaque, le dernier à se replier. Il ne laissa jamais un seul de ses hommes en arrière, mort ou vif. Son sort exact est inconnu, mais il tomba entre Eora et le Crossing, dans une des innombrables actions d’arrière-garde livrées contre les poursuivants japonais. Quand le 39e et le 49e bataillons atteignirent le Crossing, ses camarades donnèrent son nom au lieu de leur prochain et dernier combat et le Lt-colonel Owen émit son fameux “Ordre au 39e Bataillon du Queensland” : “Le 39e se formera en hérisson sur les retranchements avancés de Templeton’s Crossing. Le Bataillon restera sur ces positions, car, tant qu’elles seront tenues, Myola ne pourra être pris et Port Moresby ne pourra être menacé. C’est ici que le 39e résistera. Le Bataillon tiendra cette position. Que ses hommes soient vivants ou morts est sans importance.” » (B. Marcus, Les Forces armées australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)
L’effectif du bataillon remonte à près de 200 hommes quand les blessés (relativement) légers attendant l’évacuation à Myola rejoignent spontanément pour aider à tenir la position, avec la plus grande partie du stock de grenades de Myola – environ 6 000 projectiles.
Le 49e reçoit l’ordre de tenir une position à 1 500 mètres de là environ, avec les mortiers, le 25 livres et le reste du ravitaillement, au point d’où part la piste de Kagi, c’est à dire à Templeton’s Crossing même. C’est la dernière ligne de défense. Le 49e doit détacher 80 hommes pour bloquer une piste latérale que la position avancée du 39e ne couvre qu’en partie. Cette piste contourne Templeton’s Crossing et rejoint la piste principale à moins de 3 km de Myola 1.
En pratique, le 39e garde le point qui permettrait de déborder et de prendre Templeton’s Crossing, pendant que le 49e garde celui qui permettrait de déborder et de prendre le secteur de Myola et son aérodrome.
Il n’y a pas de réserves. Une météo atroce (mais typique) rend Myola impraticable et ce sera le cas pendant près de deux semaines, en dépit des efforts surhumains des Hollandais qui pilotent les Lodestar de transport.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 17:23    Sujet du message: Répondre en citant

La bataille de Templeton's Crossing et l'opération Pedestal sont deux de mes meilleurs souvenirs FTL. Merci (respectivement) à Mark Bailey et à Fantasque. A lire ou à relire.

6 juillet
Opération Pedestal
00h50
– L’aérodrome d’Alor Setar est bombardé par 17 Wellington des Sqn 14 et 104. Les résultats sont limités et deux bombardiers sont endommagés par la DCA.
01h40 – Cinq Blenheim IV du Sqn 60, basés temporairement à Sabang, bombardent le terrain de Medan. Là encore, les résultats sont négligeables, en dehors du fait que ces attaques agacent considérablement le commandement japonais.
03h15 – Les dragueurs de mines prennent position autour des six transports. Les six DD/MS de classe “S”, les quatre DD de classe Emergency et les deux Français forment deux colonnes de six, de chaque côté de la colonne des transports. Le Lynx précède l’ensemble et les 24 Fairmile suivent. La mer est peu agitée, le vent est léger, et la couverture nuageuse de 3/10.
08h25 – Les nuages, qui ont commencé à s’épaissir après le lever du soleil, n’empêchent pas un J1N1-C de reconnaissance rapide du 7e Kokutai de survoler Port Blair à haute altitude. Ni les Supermarine-Folland 355 (“Floatfire”) ni les Spitfire II ne peuvent l’intercepter et l’équipage, rentré à Ipoh, rapporte que plusieurs grands bâtiments sont mouillés à Port-Blair. Les photos montrent au moins deux croiseurs lourds et deux gros transports – ce sont les navires de “Green Tea”. Ces observations, transmises au contre-amiral Kurita, sont cohérentes avec l’augmentation du trafic radio allié. « Il semble, estime le compte-rendu des services de renseignements de la Marine Impériale, qu’une nouvelle opération de ravitaillement des Andaman et sans doute une prochaine tentative d’un navire rapide destiné à Singapour provoquent une intense activité ennemie. »
16h00 – Le temps se gâte d’heure en heure. Kurita ordonne à la 1ère Division de Torpilleurs de patrouiller dans le Détroit, dans le faible espoir d’accrocher l’un des rapides forceurs de blocus que la Royal Navy envoie ravitailler Singapour. Peu après, devant le flot de messages radios venant de Penang et de Sabang, il décide d’envoyer les quatre torpilleurs siamois opérant de Telok Anson patrouiller au nord de la 1ère Division de Torpilleurs.
17h00 – Le temps se détériore de plus en plus. Au-dessus du convoi, qui file vers le sud-est, la couverture nuageuse est de 8/10 et les stations météo de Colombo et de Port-Blair avertissent Sommerville que l’aggravation se poursuivra durant la nuit, pendant qu’une dépression très active traversera la région du sud-ouest au nord-est. Le temps devrait cependant s’améliorer peu à peu dans la journée du 7, autorisant de possibles opérations aériennes ennemies.
19h30 – Kurita transmet à Kondo le rapport de ses services de renseignements. A ce moment, l’escadre de Kondo se trouve à 200 nautiques au sud de Mako. Rien n’indique qu’il y ait autre chose en préparation qu’une nouvelle course d’un forceur de blocus rapide, et Kondo continue à faire route à 15 nœuds vers la baie de Kuching avec ses deux cuirassés et ses deux porte-avions légers.
Kurita décide d’avertir aussi le QG de Yamashita, et de mettre son escadre en alerte à trente minutes. L’Armée a observé les jours précédents un niveau élevé d’activité aérienne ennemie, et Yamashita envisage la possibilité d’une opération plus importante qu’une simple course vers Singapour, peut-être un convoi de renforts pour Sabang. Il ordonne alors au 10e Hikodan, à Sumatra, d’effectuer des raids de neutralisation de Sabang le jour suivant.
22h00 – Alors que le convoi approche de l’entrée du détroit de Malacca, la couverture nuageuse atteint les 10/10, avec des coups de vent jusqu’à 80 km/h. Le Commandement de la RAF en Birmanie avertit Sommerville que l’opération Coucou/Cuckoo doit être annulée, car le temps interdit tout vol de planeur au-dessus de la Malaisie.
23h00 – Le radar de l’Armée japonaise situé à Taiping détecte l’habituel hydravion allié se dirigeant vers Singapour, puis celui arrivé la veille, qui suit le trajet inverse. Pour les techniciens de Taiping, c’est la routine. Ne disposant d’aucun chasseur de nuit, les Japonais ne peuvent rien faire contre ces allers-retours, et les opérateurs radar se contentent d’utiliser ces échos pour calibrer leurs appareillages.
23h30 – Le temps est abominable. De violents orages noient la partie ouest de la Malaisie, de la côte ouest à Kuala-Lumpur. Sur la Mer des Andaman, le temps est tout aussi détestable. Trois vedettes Fairmile sont endommagées et la ML-138 doit même être sabordée. La flottille B est dispersée et ne pourra rejoindre le convoi que dans la matinée du 7.
24h00 – Les torpilleurs siamois souffrent aussi dans la tempête. Ils restent à leur poste, mais ne voient absolument rien. Kurita commence à se demander si l’hypothétique forceur de blocus a jamais existé, ou s’il est déjà passé. Il ordonne quand même à la 25e Flottille aérienne de préparer des reconnaissances pour le jour suivant, lorsque le temps s’améliorera, puis il va se coucher.
A cette même heure, le convoi passe la ligne Phuket - Banda-Aceh.

Campagne des Philippines
Corregidor
– MacArthur cède par radio le commandement des forces alliées dans l’archipel philippin à Wainwright, qui se trouve en relative sécurité à Mindanao. Furieux de ne pouvoir l’obliger à ordonner une reddition générale, les Japonais tentent malgré tout de le capturer.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille de Templeton’s Crossing

Les éléments de reconnaissance japonais arrivent dans la zone du “Crossing”.
Alors que la bataille va s’engager à Templeton’s Crossing, la 18e Brigade de l’AIF (7e Division) progresse à marche forcée le long de la Piste. Au départ, le Brigadier Wootten ne croyait pas les récits des blessés de l’AMF évacués sur Port Moresby à propos des difficultés de la marche dans la jungle des montagnes de Nouvelle-Guinée, mais il est vite détrompé. Les hommes de l’AMF n’exagéraient pas, c’est presque le contraire…
Pendant que les trois bataillons de la 18e Brigade (2/9e, 2/10e et 2/12e) s’étirent sur la piste, des éléments de la 3e Division de l’AMF arrivent à Port Moresby, mais peu à peu, en raison du manque de transports. La plupart des troupes de cette grande unité doivent aller renforcer la faible garnison de Milne Bay.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie – Phase 3c
Au large de Brisbane (Coffs Harbour)
– Par mer calme, le sous-marin japonais I-31 lance son hydravion E14Y1 “Glen”. Celui-ci repère à 100 nautiques au sud un convoi cap au sud, mais rien qui se dirige vers Brisbane. L’hydravion parvient à revenir au sous-marin et même (fait peu fréquent) à être récupéré intact. C’est le début de la phase 3c de l’opération Oni.
Le sous-marin éclaireur I-31 et les 27e et 33e Divisions de Sous-Marins ont été choisis pour évaluer l’intérêt des tactiques allemandes d’attaque en groupe contre le trafic maritime allié sur la côte est de l’Australie, car les sous-marins anciens semblent inaptes à la tâche prévue – affaiblir la flotte de surface alliée avant la bataille décisive.
– La 27e Division est commandée par l’I-5 (classe J1M, 24 000 nautiques d’autonomie). Trois sous-marins anciens de classe L4, les Ro-61, Ro-62 et Ro-63, l’accompagnent. L’I-5 a été modifié pour pouvoir ravitailler les Ro à la mer par temps calme. Il emporte du carburant, de la nourriture, du matériel et 14 torpilles destinées aux Ro, le tout stocké là où se trouvait auparavant logé un petit hydravion.
– La 33e Division est commandée par l’I-6 (classe J2, 20 000 nautiques d’autonomie), qui a été modifié comme l’I-5. Il est accompagné des Ro-64, Ro-65 et Ro-67.
– L’I-31 est un sous-marin récent qui accompagne les deux divisions pour leur servir d’éclaireur et repérer les navires ennemis – ce qui est le rôle de la classe B1, à laquelle ce sous-marin appartient. Comme prévu, il arrive avec un peu d’avance.
Le plan général est de balayer la côte australienne vers le sud à partir de Brisbane, les Type Ro précédés par les Type I.
(D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Après une course folle de 80 km, les forces chinoises du général Hsueh arrivent à Cha-Heje, 10 km au sud de Juchang. Là, des troupes japonaises se sont retranchées entre la chaîne de Lu Shan à l’est et une zone de collines à l’ouest.


7 juillet
Opération Pedestal
02h00
– Le temps sur la Mer des Andaman reste très mauvais, avec des vents toujours aussi violents, qui font beaucoup souffrir les petits bâtiments.
04h30 – Les vents commencent lentement à perdre de leur violence, mais il continue de pleuvoir à torrents sur la plus grande partie du Détroit et la visibilité est très médiocre.
05h15 – Sous une pluie battante, les six SGB envoyés ravitailler à Penang rejoignent le convoi.
06h00 – Le centre de la dépression se déplace rapidement vers le nord-est et les orages commencent peu à peu à se calmer.
06h30 – Le temps est si mauvais que le 25e Koku Sentai retarde le décollage de ses avions de reconnaissance jusqu’à 09h00.
06h40 – Ecœurés par les orages, les torpilleurs siamois et ceux de la 1ère Division japonaise se rapprochent de la côte pour s’abriter.
07h45 – Les torpilleurs japonais retournent à leur poste au milieu du Détroit.
08h24 – Les quatre petits navires sont détectés par l’asdic opérant en mode passif du HMS Urge, qui a un peu dérivé sous les orages. « Nous avions passé une nuit atroce, racontera le Lt Tomkinson, commandant du sous-marin, et nous avions envie de nous venger sur quelqu’un. »
08h39 – L’Urge lance une salve de quatre torpilles à longue distance.
08h43 – Le torpilleur Manazuru est touché en avant de la chaudière par une torpille et commence à couler rapidement. Les Chidori et Tomozuru se lancent à la recherche du coupable et demandent une assistance aérienne pendant que le Hatsukari recueille les survivants du Manazuru.
09h49 – Tomkinson signale à Port-Blair (qui retransmet à Sommerville) qu’il a attaqué quatre destroyers et en a coulé un.
09h45 – Un hydravion H9A1 ASM arrive sur les lieux, mais ses recherches sont vaines.
09h50 – Deux D4Y1 de reconnaissance du 7e Kokutai quittent Ipoh, avec près d’une heure de retard en raison du mauvais temps. L’un se dirige vers Singapour, l’autre va parcourir le Détroit. Il semble que Kurita ait supposé que son hypothétique forceur de blocus rapide avait échappé aux torpilleurs et atteint Singapour.
10h25 – Les Chidori et Tomozuru reprennent leur patrouille pendant que le Hatsukari retourne à Port-Swettenham avec les survivants du Manazuru.
10h30-10h45 –Répondant aux ordres de Yamashita, l’état-major du 3e Hikoshidan a décidé une puissante opération contre l’île de Sabang. D’abord, un petit raid doit être effectué par les avions du 10e Hikodan partant de Medan. Suivra quarante minutes plus tard un raid de grande envergure du 7e Hikodan lancé de Kuala-Lumpur. Les chasseurs de la défense sont censés se concentrer sur le premier raid et être au sol lors de l’arrivée du suivant, permettant à cette puissante formation de détruire l’objectif.
Toute l’opération a dû être décalée de deux heures en raison des pluies torrentielles de la nuit et du début de matinée.Ce n’est donc que vers 10h30 que 54 bombardiers moyens Ki-21 du 7e Hikodan décollent de Kuala-Lumpur, et vers 10h45 que les avions du raid-appât, 9 Ki-21 et 9 Ki-30 escortés par 15 Ki-43, décollent de Medan (ils ne sont qu’à une heure 15 de vol de Sabang, alors que les avions du 7e Hikodan en sont à 2 heures 10).
11h00 – La météo s’améliore sur le Détroit : la couverture nuageuse n’est plus que de 6/10. L’Indomitable et l’Illustrious maintiennent chacun une patrouille (CAP) de 4 Martlet 10 000 pieds au-dessus du convoi, pendant que 8 Sea-Hurricane de l’Indomitable et 12 Martlet de l’Illustrious sont prêts à décoller en urgence.
11h19 – Le radar Type-281 du Phoebe détecte « un énorme raid venant de Kuala-Lumpur, droit sur le convoi ! » Les radars du Charybdys et de l’Indomitable confirment rapidement l’arrivée d’un raid de 50 à 70 avions. Ce sont les avions du 7e Hikodan, en route pour Sabang en deux groupes de 27, mais l’escorte du convoi n’a aucun moyen de le savoir ! Quant au raid du 10e Hikodan (l’appât), il fait route tranquillement vers Sabang…
Les deux porte-avions lancent tout de suite ce qu’ils ont de prêt et préparent en hâte d’autres avions. Le Directeur de la Chasse du Phoebe dirige les 12 Martlet de l’Illustrious vers le raid qui approche, conservant les 8 Sea-Hurricane au court rayon d’action comme dernière ligne de défense.
11h33 – Les 8 Martlets de la CAP engagent la formation ennemie, attaquant de face le premier groupe. Les 12 Martlet de l’Illustrious entrent peu après dans la danse. L’interception est une épouvantable surprise pour les équipages japonais. En moins de cinq minutes, 15 Ki-21 sont abattus, dont deux par le fameux Danny Potter (qui porte son total à 19, reprenant la tête dans la compétition qui l’oppose à Yvon Lagadec), plus six bombardiers endommagés. Les chasseurs ne perdent qu’un seul Martlet (dont le pilote est d’ailleurs récupéré par un destroyer, alors qu’il ne semble pas y avoir eu de survivants chez les équipages des bimoteurs japonais). La formation se disperse pendant que les bombardiers tentent de se cacher au milieu des nuages.
11h40 – A Medan, l’officier du 10e Hikodan chargé du contrôle de la double mission, débordé par les appels au secours, comprend que quelque chose se passe affreusement mal. A la même heure, les Sea-Hurricane se jettent dans la mêlée, détruisant pour leur compte sept Ki-21 de plus. Dans l’ivresse de la victoire, l’un des chasseurs, en revenant sur l’Indomitable, ira d’ailleurs s’écraser sur l’îlot du porte-avions après avoir raté les brins d’arrêt.
11h42 – Un appel du 10e Hikodan demandant à Kuala-Lumpur où ils ont envoyé leurs avions est également reçu par la permanence radio de la Marine japonaise.
11h59 – Le QG du 25e Koku Sentai signale à Kurita que « de nombreux chasseurs ennemis semblent opérer au-dessus du détroit de Malacca. » A ce moment, les officiers de l’état-major de la Marine soupçonnent un piège tendu par des chasseurs à long rayon d’action de la RAF.
12h00 – En marge de ces événements, le raid du 10e Hikodan contre Sabang se déroule comme prévu. Les Hurricane de la petite île abattent deux Ki-21, deux Ki-30 et un Ki-43 au prix de deux des leurs, avant de se poser pour ravitailler.
12h35 – Des informations commencent à percer à travers les messages désespérés envoyés par les bombardiers, et un officier du 7e Hikodan indique à l’état-major de Kurita que « Des chasseurs monomoteurs ennemis opèrent en grand nombre au-dessus du détroit de Malacca. » La signification de cette information est évidente. Seuls des chasseurs de porte-avions peuvent être responsables d’une interception aussi dévastatrice. En outre, les services d’interception radio de la Marine comme de l’Armée japonaise commencent à capter des signaux émanant de navires ennemis. De fait, Sommerville a interprété ce qu’il croyait être un raid majeur contre Pedestal comme la preuve qu’il a été détecté, sans doute dans la matinée, et il a allégé le silence radio. Il a de toute façon fallu un certain trafic radio pour récupérer les chasseurs après la bataille – sans doute le plus beau succès de l’histoire de la FAA, dont les chasseurs revendiquent 39 victoires (en réalité 22, plus 14 avions endommagés) pour deux avions perdus (et aucun pilote).
Cependant, l’état-major japonais pourrait dès ce moment connaître, non seulement l’existence, mais bien la position des deux porte-avions grâce au radar Freya installé à Taiping. Les opérateurs de celui-ci suivent en effet avec une certaine précision les mouvements des chasseurs britanniques depuis midi et peuvent en déduire l’emplacement des porte-avions. Mais en dépit des efforts frénétiques des officiers de l’Armée sur place pour faire remonter l’information le long de la chaîne de commandement, leur rapport n’atteindra le QG du 25e Koku Sentai, à Ipoh, qu’un peu après 17h30…
12h40 – Les deux D4Y1 envoyés en reconnaissance reviennent sans avoir rien vu (l’un a survolé Singapour, l’autre le Détroit, mais au sud du convoi). Les avions ravitaillent à la hâte.
12h51 – Trois E13A1 quittent Port-Swettenham pour reconnaître le Détroit, et deux raids sont préparés : à Ipoh, 18 G3M2 et 27 D3A1 escortés par 18 A6M2 ; à Alor Setar, 21 B5N2 escortés par 12 A6M2.
13h05 – Yamashita est parvenu à la même conclusion que les officiers de la Marine : il y a des porte-avions ennemis dans le Détroit. Mais il l’interprète du point de vue de l’Armée : l’escadre ennemie est évidemment en train de couvrir une opération amphibie ! C’est pourquoi il appelle aussitôt Kurita : « Si une force d’infanterie bien entraînée et appuyée par des blindés débarque dans le dos de nos unités engagées au sud de la Malaisie et les coupe de leurs communications logistiques avec la Thaïlande tandis que les troupes de Singapour attaquent, ce sera un désastre ! Il faut que vous quittiez immédiatement Palembang pour intercepter l’ennemi et empêcher ce débarquement. » Kurita est très réservé : « Au mieux, mon escadre ne pourra pas être au large de Port Swettenham avant 08h00 demain. De jour, affronter toute la flotte anglaise de l’Océan Indien avec mes seuls croiseurs et destroyers serait un désastre naval. Cependant, nous allons lever l’ancre aussi vite que possible et patrouiller dans le sud du Détroit la nuit prochaine. De plus, j’ordonne à toutes nos unités dans le Détroit d’attaquer l’ennemi sans tenir compte des pertes. Mais, Général, il faut que vous compreniez que seule la 2e Flotte de l’amiral Kondo a les moyens de faire face à des forces ennemies aussi puissantes que ce que vous redoutez avec des chances raisonnables de succès. » Ces propos ne rassurent pas Yamashita, qui fait mettre toutes ses unités en alerte.
A ce moment, Kondo est encore en train de faire route au sud, vers la Baie de Kuching, par 111°07’ Est et 9°04’ Sud.
13h08 – Enchanté par la facilité avec laquelle ses chasseurs ont repoussé le raid japonais, Sommerville vient seulement de donner l’ordre à l’escorte à distance de rebrousser chemin, avec plus d’une heure de retard.
13h20 – Les deux D4AY redécollent, cette fois en quête d’une flotte entière.
13h24 – L’Illustrious envoie 8 Martlet, guidés par le Coventry, veiller sur le convoi, qui continue vers le sud-est à 18 nœuds.
13h35 – Mis au courant des craintes de Yamashita et de la position de Kurita, Kondo fait venir au sud-ouest et accélère à 24 nœuds (le mieux que puissent faire ses deux cuirassés). Il pourra être au large de Singapour à 16h30 le jour suivant. En attendant, il décide d’envoyer à Port Swettenham un de ses officiers, avec l’un des hydravions de l’Atago, qui sera catapulté moins d’une heure plus tard.
14h00 – Sur les navires du convoi, la plupart des officiers et matelots sont optimistes, car ils ont vu de nombreux appareils ennemis se faire abattre. Leur seule inquiétude est liée au fait que les nuages disparaissent rapidement du ciel. La nébulosité n’est plus que de 2/10. Port-Blair annonce l’arrivée d’une nouvelle dépression, mais elle n’atteindra pas le sud du Détroit avant les premières heures du 8.
14h05 – Le 25e Koku Sentai lance ses deux raids, d’Ipoh et d’Alor Setar.
14h22 – L’un des E13A1 de Port-Swettenham repère le convoi. Il a le temps de signaler « Deux croiseurs lourds et quatre croiseurs légers, nombreux destroyers et transports » avant d’être expédié par les Martlet de l’Illustrious.
15h10 – Sommerville et son escadre sont repérés par l’un des deux D4Y1. Le rapide monomoteur piste un moment la flotte qui se replie, échappant assez aisément aux interceptions, à la grande consternation des pilotes des Martlet et des Sea-Hurricane, un peu trop lents.
15h15 – Les croiseurs de Kurita quittent leur mouillage à l’embouchure de la Musi.
15h27 – Le premier raid approche du convoi, les Val et leur escorte de Zéro précédant les G3M2, plus lents. Bien dirigés par le directeur de chasse du Coventry, les 8 Martlet surprennent la formation japonaise, détruisant 5 bombardiers en piqué dès leur première passe, avant de devoir se défendre contre 18 A6M2 furieux. Trois Martlet et autant de Zéros sont abattus – Dany Potter inscrivant dans ces combats ses troisième et quatrième victoires de la journée (un Val et un Zéro). Très professionnels, les 22 Val restants prennent le temps de se regrouper et piquent à travers une DCA nourrie. Le Glenartny est touché par une bombe, mais poursuit sa route, quoique sa vitesse diminue. C’est l’escorte qui est le plus sévèrement attaquée. Le Porcupine et le Trombe encaissent chacun deux bombes et plusieurs autres explosent tout près. Les deux vaisseaux, en flammes, commencent à couler ; le contre-amiral Bérenger ordonne de les saborder, et les petits Fairmile de la Flottille A recueillent les survivants. Le DE Croome reçoit lui aussi deux bombes et stoppe. Avant que les navires aient le temps de souffler, les 18 G3M2 (12 armés de torpilles et 6 de bombes) attaquent le convoi, dont la DCA se venge de son manque de réussite sur les Val en descendant pas moins de sept bimoteurs. Mais le Glenroy reçoit deux torpilles et coule rapidement. Le Coventry est encadré par des bombes, mais s’en sort bien. D’autres navires doivent manœuvrer sec pour éviter des sillages menaçants, mais la DCA des DE de Jellicoe et du Coventry ont désorganisé l’attaque, évitant le pire. A 16h09, le dernier Japonais renonce. A 16h17, le Croome est achevé par une torpille de l’Onslaught, car le remorquer serait bien trop dangereux. Le convoi reprend sa route vers Singapour à 18 nœuds. Il a pris une heure de retard, et le Glenartny, incapable de donner plus de 16 nœuds, est laissé en arrière, sous la garde des sept petits Fairmile de la Flottille B.
15h47 – Le second raid (25 Kate et 12 Zéro), venu d’Alor Setar, a beaucoup moins de réussite. Repéré à 15h13 par le radar du Phoebe au large de Penang, il est intercepté par 16 Martlet du Sqn 806 et de l’ AC-2, qui abattent neuf B5N2 et cinq A6M2 au prix de cinq Martlet (trois britanniques et deux français). Les Kate restants sont obligés de se délester de leurs torpilles pour se sauver.
16h30 – Kurita et les officiers du 25e Koku Sentai commencent à mieux percevoir la situation. Le fait que les grandes unités britanniques aient été aperçues en train de se replier indique qu’aucune grande opération amphibie n’est en route. La plupart des officiers de la Marine tombent d’accord pour estimer que l’opération n’est qu’un convoi de ravitaillement pour Singapour. Néanmoins, Yamashita conserve des doutes, et ne fera lever l’état d’alerte de ses troupes qu’à minuit.
17h00 – Les croiseurs de Kurita et leur escorte entrent dans le détroit de Berhala.
17h18 – Le sous-marin L’Aurore aperçoit les quatre croiseurs lourds et les six destroyers, mais de trop loin pour attaquer. Il les signale à Port-Blair à 17h47. Le message est rapidement relayé à Sommerville et Bérenger. « Voyons les choses du bon côté, dit celui-ci. Tant qu’ils sont là, ils ne sont pas en train d’embêter la Jeanne à Nouméa. »
17h54 – La 1ère Division de Torpilleurs, qui a vu revenir l’Hatsukari de Port-Swettenham, arrive en vue de l’avant-garde du convoi, qu’elle a reçu l’ordre de suivre, mais de ne pas attaquer avant d’avoir reçu le renfort de la 2e Division, qui arrive de Port Dickson et sera là en début de nuit. Le temps s’est mis au beau, en dehors d’une légère brume de chaleur.
17h59 – Le Lynx et l’Onslaught commencent à échanger des tirs avec les trois torpilleurs, et le commandant japonais décide de s’écarter après avoir vu le Chidori encadré à plusieurs reprises par les 130 mm du Lynx, lents mais précis.
18h30 – Dans les ombres du crépuscule, le convoi est encore à une heure de route de la ligne Noire, et le Glenartny et ses Fairmile sont 4 nautiques derrière. Comme la menace d’une nouvelle attaque aérienne paraît avoir disparu, Bérenger rend leur liberté au Coventry et aux quatre DE survivants.
18h56 –¬ Les cinq navires anti-aériens font demi-tour en emmenant les survivants des quatre navires coulés, non sans avoir souhaité bonne chance au convoi par projecteur. Autour des cinq cargos restent un CT, trois DD et sept DD/MS, six canonnières rapides et 23 vedettes Fairmile.
19h27 – L’avant-garde du convoi double Port Swettenham. Les radars de l’Onslaught (type-272) et de l’Obdurate (type-291) détectent des navires ennemis en limite de portée.
19h44 – L’Onslaught ouvre le feu, bientôt imité par le Lynx, dont le radar type-285 a été installé en avril. Les torpilleurs japonais s’éloignent aussitôt vers la côte, ce qui rend la détection difficile, et le feu cesse à 19h53.
20h00 – Bérenger revient vers le convoi avec le Lynx et signale à ses destroyers que « (…) l’écran utilisera l’émission de fumée et des attaques à la torpille pour dissuader d’éventuelles grandes unités ennemies de s’en prendre au convoi. Les unités légères seront écartées par une défense agressive. » Cette agressivité sera bientôt nécessaire.
21h00 – La nuit devient de plus en plus sombre, car les nuages se font plus épais. Comme le convoi double Batu Laut, le radar de l’Onslaught détecte un groupe de navires par tribord avant, sur un cap réciproque, mais perd rapidement le contact au milieu des échos de la côte. Bérenger ordonne au convoi de venir sur bâbord un moment pour éviter de possibles torpilles, et demande aux Fairmile de la flottille A de faire de la fumée pour masquer ce changement de cap. De son côté, le Lynx charge l’ennemi avec l’Obdurate, l’Onslaught et l’Opportune. Les vigies aperçoivent bientôt six navires, puis un septième, qui tentent de contourner l’escorte.
21h07 – Bérenger ordonne de venir au 270, pour démasquer tous les canons et tubes lance-torpilles.
21h09 – Le Lynx ouvre le feu, vite suivi par les trois destroyers britanniques. Les torpilleurs japonais répondent une minute plus tard au canon de 4,7 pouces/40, et une bataille confuse commence, où l’ennemi n’est guère plus qu’une silhouette fantomatique parfois illuminée par un éclair de départ ou par un incendie.
21h11 – Le commandant japonais, qui a d’abord cherché à économiser ses torpilles (les TB de classe Tomozuru n’en ont que deux, et les Otori trois), finit par donner l’ordre de lancer sur les destroyers alliés, alors que le convoi est masqué par un écran de fumée. A ce moment, les 4,7-pouces de l’Onslaught ont sévèrement touché l’Hatsukari, tandis que le Lynx a placé deux obus de 130 sur le Chidori. La distance diminue rapidement et même les 4 pouces de l’Obdurate et de l’Opportune commencent à marquer des points. Les canonniers japonais ne sont pas inactifs : le Lynx, touché quatre fois, a perdu sa pièce IV ; l’Onslaught et l’Opportune ont reçu deux obus chacun. Mais les destroyers alliés, plus gros, sont de bien meilleures plate-formes de tir. Les torpilles japonaises se perdent et l’Hatsukari, à nouveau touché par l’Onslaught, quitte la ligne de bataille, brûlant furieusement. Bérenger ordonne à ses navires de venir au 330.
21h15 – Une explosion déchire l’obscurité en arrière du convoi. C’est le Glenartny, qui traînait de plus en plus la patte et a reçu deux, voire trois torpilles. Ce coup de grâce vient de mini-sous-marins japonais : les douze petits engins se sont placés en embuscade et l’étroitesse du Détroit est telle qu’il était presque impossible au convoi de leur échapper. Cependant, Bérenger l’ignore : craignant que des torpilleurs japonais aient pu venir se placer derrière le convoi, il ordonne aux trois destroyers britanniques de continuer à tirer sur les navires ennemis engagés et se précipite vers le nord avec le Lynx.
21h17 – Le Saladin, en queue de la colonne bâbord des escorteurs, est à son tour touché par une torpille d’un mini-sous-marin. Sa vieille coque n’y résiste pas et il coule rapidement. Cette perte jette le convoi dans la plus grande confusion, d’autant plus que quelques Fairmile, ayant correctement jugé que la destruction du Saladin était due à un sous-marin, lancent quelques grenades ASM, dont l’explosion inquiète les capitaines de certains cargos. Il faut toute l’autorité du Commodore du convoi, le Captain C.A.G. Hutchinson (sur le Breconshire), pour regrouper les navires.
21h23 – Le convoi fait de nouveau route vers Singapour. Sur douze mini-sous-marins japonais, neuf ne rentreront pas, sans doute plus en raison du mauvais temps que des grenades ASM alliées.
21h25 – A tribord du convoi, la lutte se poursuit. Le Chidori et l’Otori sont durement touchés. L’Onslaught lance deux torpilles, l’Opportune et l’Obdurate quatre chacun. Puis l’Obdurate est gravement touché par des obus du Tomozuru (et/ou du Kasasagi).
21h27 – Deux torpilles britanniques vont au but : l’Hayabusa se casse en deux et disparaît.
21h39 – N’ayant vu aucun navire japonais derrière le convoi, Bérenger a laissés les Fairmile recueillir les survivants du Glenartny et revient vers le convoi, filant au 150 à 33 nœuds. Il trouve l’Obdurate stoppé par trois obus de 4,7 pouces dans la chaudière et les torpilleurs survivants qui se replient vers la côte de Sumatra. Le Lynx les pourchasse quelques instants, touchant à plusieurs reprises l’Hiyodori, dont il détruit les deux canons arrières et les tubes lance-torpilles (vides). Le capitaine de l’Obdurate signale que son bateau ne pourra pas bouger avant plusieurs heures, et Bérenger n’a pas d’autre choix que de lui ordonner de se saborder après avoir transféré son équipage sur l’Onslaught et l’Opportune.
21h53 – Le Lynx et les deux destroyers anglais ont repris leur place à l’avant du convoi, rejoints par la Tempête. Avec ses tubes lance-torpilles et ses deux canons de 130, celle-ci sera plus utile à cette place que comme dragueur de mines.
23h00 – Le convoi double le cap Rachado, au sud de Port Dickson. Il est maintenant clair qu’il n’atteindra pas Singapour avant 08h00 ou 08h30. La seule bonne nouvelle est que les vedettes Fairmile libérées par la destruction du Glenartny peuvent être utilisées pour couvrir le reste des cargos. « Les croiseurs qui ont quitté Palembang vont sans doute essayer de nous tomber dessus un peu avant l’aube, indique Bérenger à ses officiers. Le Lynx et les trois destroyers vont donc se placer trois nautiques sur l’avant du convoi, à tribord de sa route, couverts par les cinq SGB intacts . Les dragueurs restent autour des cargos, trois à tribord, deux à bâbord. Les 15 Fairmile des flottilles B et C couvriront le convoi à tribord, les 8 de la flottille A et le dernier SGB à bâbord. A présent, Messieurs, nous devrions avoir droit à quelques heures de calme. Que chacun en profite de son mieux. »

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille de Templeton’s Crossing

Les forces japonaises se rapprochent. Dans la soirée, le 39e bataillon AMF est encerclé dans ses retranchements. La suite des événements de ce côté est très mal connue car, dans les deux camps, très peu d’hommes ont survécu à la guerre. Les seuls récits cohérents dont nous disposons aujourd’hui sont le témoignage des hommes du 49e qui, à ce moment, voient arriver vers eux d’autres troupes ennemies…


8 juillet
Opération Pedestal

La bataille connaît une trêve de quelques heures. Peu après minuit, la météo commence à se détériorer et de lourds nuages d’orage s’amassent dès 02h30, tandis que des grains se mettent à défiler sur les Détroits.
03h40 – Le sous-marin Upholder, informé par Port Blair de l’escarmouche entre le convoi et les torpilleurs japonais et de la retraite de ceux-ci vers la côte de Sumatra, trouve les six bâtiments longeant lentement le Sulat Rupat. Une gerbe de quatre torpilles touche le Chidori et l’Hiyodori. Malgré de graves dommages, le Chidori réussit à s’échouer. L’Hiyodori, touché à la chambre des machines, se casse en deux et sombre.
L’Upholder signalera son succès à 06h30, mais ce sera son dernier message. Il est possible que le Tomozuru, qui devait s’acharner à grenader pendant trois heures, ait finalement réussi à couler le sous-marin, à moins que le responsable ne soit un hydravion H9A1 en mission ASM, qui devait revendiquer la destruction d’un sous-marin à faible profondeur dans la matinée, vers 09h30, 12 nautiques au nord de Sulat Rupat.
03h50 – Le convoi double Tanjong Tohor quand le radar de l’Onslaught détecte des navires, comme prévu, par tribord avant. Bérenger n’a guère de doute quant à leur identité. « Demandez aux “classe S” de faire de la fumée pour masquer le convoi. Pour nous, c’est simple : cap sur l’ennemi. » Puis il reprend : « Assurez-vous que la Tempête et nous arborons la flamme de guerre, et transmettez aux Anglais qu’ils peuvent en faire autant. » L’Onslaught et l’Opportune s’empressent d’imiter les navires français et hissent la White Ensign. Les quatre navires foncent alors vers le sacrifice.
03h54 – Le SGB-4, qui précède les destroyers, signale un contact visuel avec un deuxième groupe de navires, plus à bâbord, « Des gros ! » estime-t-il. Ce sont effectivement les croiseurs lourds de Kurita.
03h55 – L’amiral japonais est perplexe devant les informations transmises par le radar Type 2.2 Mod.2 dont son navire, le Mogami, a été équipé. Le dispositif est une copie du FuMo 22 allemand, qui utilise une antenne rotative manœuvrée à la main. Travaillant à 355-430 MHz, il a du mal à distinguer les vaisseaux du retour d’écho de la côte. Par ailleurs, les détecteurs de radar installés sur les DD Hagikaze et Hibiki ont détecté des signaux radars (venant probablement du Type-285 du Lynx). Cependant, avec l’orage qui arrive, les interférences sont fortes et les indications d’azimut très difficiles à obtenir. La présence d’un radar ennemi confirme néanmoins Kurita dans sa supposition qu’il a trouvé le convoi, et quand les vigies de l’Hagikaze détectent la lame d’étrave du Lynx, il ordonne à ses destroyers, qu’il a détaché en avant des croiseurs, d’attaquer à la torpille. Les six navires visent la position probable du convoi et lancent.
03h56 – Le radar du Lynx a lui aussi du mal à distinguer les navires sur le fond de terre et seul le radar centimétrique de l’Onslaught donne des informations précises. Bérenger ordonne quand même d’attaquer à la torpille le premier groupe détecté – les Lynx et Tempête lancent chacun trois torpilles, l’Onslaught une et l’Opportune quatre – avant de décider d’abattre à bâbord et de monter à 30 nœuds pour reconnaître les navires détectés par le SGB-4.
03h57 – Le radar du Mogami détecte des vaisseaux se rapprochant sur bâbord avant, mais leurs échos se confondent très vite avec ceux de ses destroyers. Kurita doit alors attendre une détection visuelle.
04h00 – Les navires de Bérenger plongent dans un grain violent, au moment où la Tempête, qui ferme la marche, aperçoit l’éclair d’un impact de torpille sur l’arrière.
04h01 – Une vigie du Mogami aperçoit enfin les navires alliés, mais non sans mal, car un grain masque en partie le secteur bâbord des croiseurs. Peu après, il devient clair que ces navires se rapprochent rapidement et Kurita ordonne d’abattre de 90° sur bâbord, pour éviter d’éventuelles torpilles et démasquer tous ses canons. A cet instant, il apprend que l’Asashio vient d’être touché par une torpille.
Le destroyer japonais a été frappé juste au niveau de la tourelle avant. Le choc est terrifiant, la proue est brisée et la tourelle projetée contre la passerelle, où plusieurs hommes sont tués et le capitaine est grièvement blessé. Celui-ci a pourtant la présence d’esprit d’ordonner « Arrière toute ! ». Le navire ralentit rapidement, soulageant les cloisons internes de la pression de l’eau, puis stoppe, alors que les équipes de réparation se précipitent vers l’avant.
La ligne des destroyers est mise en désordre. Les Michishio et Arashio, qui ont ouvert le feu sur la Tempête, l’ont perdue dans le grain. Bérenger peut se croire débarrassé d’une des deux formations ennemies.
04h03 – Les quatre croiseurs ouvrent le feu de toute leur artillerie sur les quatre navires alliés qui émergent du grain. Bérenger ordonne à nouveau d’abattre à bâbord, venant ainsi au 140°, et tous ses navires commencent à émettre de la fumée. Tout en virant de bord, les Lynx et Tempête lancent leurs dernières torpilles malgré l’obscurité, le vent et la pluie, mais sans succès. De plus, le rapide changement de cap n’empêche pas les deux derniers de la file, l’Opportune et la Tempête, d’être atteints à plusieurs reprises par des obus de 5 pouces de l’artillerie secondaire des croiseurs.
04h06 – Les cinq destroyers japonais intacts se reforment. Leur salve de torpilles a été gaspillée, car ils ont tiré entre les destroyers alliés et le convoi. Dans l’obscurité, ils se remettent à chercher leur cible, quand ils découvrent, surgissant des rafales de pluie tiède qui se succèdent sur le Détroit, une escouade de petits navires rapides qui foncent vers eux en émettant de la fumée. Ce sont les cinq SGB qui avaient couvert les destroyers alliés, et les vigies japonaises prennent ces grosses canonnières pour des torpilleurs. Les destroyers ouvrent le feu, mais dans la nuit noire, encore obscurcie par les écharpes de fumée artificielle tordues par le vent, il est très difficile de viser les canonnières qui zigzaguent. Le commandant des destroyers ordonne alors de venir sur bâbord pour éviter d’éventuelles torpilles.
04h08 – Victimes des mêmes problèmes, les croiseurs de Kurita cessent le feu.
04h10 – De l’autre côté de la fumée, se repliant vers le convoi, Bérenger réalise que la situation est très inquiétante. Ses quatre destroyers ont tiré toutes leurs torpilles pour un seul coup au but, deux d’entre eux sont endommagés, et la Tempête ne peut plus donner que 23 nœuds. Pourtant, il a un avantage : il sait où est l’ennemi, alors que celui-ci semble ne pas avoir une idée précise de la position du convoi. Les messages des SGB lui indiquent que les destroyers japonais se sont éloignés vers le nord-ouest, et sont à peu près au niveau du convoi. Quant aux croiseurs, ils ont viré sur bâbord. « Il y a un trou de souris près de la côte malaise, s’exclame Bérenger. Transmettez au convoi de serrer la côte au plus près. Que les flottilles B et C se portent sur tribord avant des cargos. S’ils rencontrent l’ennemi, qu’ils fassent de la fumée en simulant une attaque à la torpille. Nous, allons nous occuper des destroyers japonais, les canonnières doivent se fatiguer. »
04h15 – Les cinq destroyers japonais ont viré à tribord, se jugeant à l’abri des torpilles (imaginaires) des SGB, qui ont disparu dans la nuit. Leurs vigies avaient aperçu les lueurs des canons de Kurita, mais depuis quelques minutes, l’orage s’est déchaîné et les éclairs illuminant la mer ajoutent à la confusion, donnant l’impression que les tirs continuent du côté des croiseurs. Les cinq navires ralentissent à 16 nœuds pour faire le point et se demander où est l’ennemi.
04h18 – La réponse est apportée par les gerbes soulevées par les 130 mm avant du Lynx, qui encadrent l’Hagikaze. La formation japonaise vient au 320 pour démasquer ses canons, mais l’Hagikaze encaisse deux obus de 130 et l’Hibiki deux de 4,7 pouces de l’Onslaught.
04h20 – Les Japonais répliquent et leurs 5 pouces font des dégâts sur le Lynx et l’Onslaught. Bérenger ordonne un demi-tour, tout en continuant à faire de la fumée. A ce moment, l’Opportune est touché à trois reprises, perdant ses 4 pouces arrières, mais la Tempête, qui suit avec peine, échappe pour cette fois aux obus.
04h21 – Averti par ses destroyers que l’ennemi est au nord-ouest, Kurita fait venir au 320, pensant trouver le convoi, quand les vigies du Mogami signent plusieurs petits navires rapides (les sept Fairmile de la flottille B) qui sortent de l’obscurité à courte portée et se précipitent vers les croiseurs. A ce moment, le radar du navire amiral ne donne qu’un affreux mélange d’échos incompréhensibles, ses opérateurs insultent les ancêtres des concepteurs allemands jusqu’à la centième génération et Kurita comprend qu’à si courte distance, il est impossible de distinguer amis et ennemis. Il ordonne de virer sèchement à bâbord pour éviter les torpilles (toujours inexistantes) que sont évidemment en train de lancer les vedettes rapides ennemies, pendant que ses canonniers font de leur mieux pour atteindre les petits bâtiments qu’ils ne voient que par intermittence. Un peu par chance, ils parviennent pourtant à toucher les Fairmile ML-132 et 133, qui doivent stopper et vont devoir se saborder.
04h25 – Apprenant que la flottille B a rencontré les croiseurs, qui sont donc redevenus la menace la plus immédiate pour le convoi, Bérenger remet le cap au sud-est, laissant à la flottille C le soin d’éloigner les destroyers. Les huit vedettes s’en sortent bien, émergeant de la fumée en faisant mine de lancer des torpilles, puis replongeant dans l’obscurité pour en ressortir un peu plus loin. Un moment, les destroyers tentent d’en finir en fonçant droit sur les vedettes, mais celles-ci s’esquivent en lâchant quelques grenades ASM dont l’explosion spectaculaire dissuade leurs poursuivants de se rapprocher assez pour comprendre que leurs petits ennemis sont presque inoffensifs.
04h32 – Le radar de l’Onslaught détecte à nouveau les croiseurs de Kurita. Pendant que la Tempête, trop ralentie pour suivre la nouvelle “attaque” des autres destroyers, reste en arrière avec les SGB-8 et 9, retrouvés en chemin, le Lynx, l’Onslaught et l’Opportune, tout en continuant d’émettre de la fumée, manœuvrent comme s’ils s’apprêtaient à lancer des torpilles ; les deux Anglais utilisent même de petites charges pour simuler les départs de torpilles. Les croiseurs lourds japonais se détournent vers le sud-ouest puis vers le sud pour éviter ces simulacres, mais les trois destroyers continuent à monter à l’assaut alors que l’orage se fait de plus en plus violent, sous un fort vent du sud-ouest qui fait défiler à toute vitesse une succession de grains. Une pluie chaude et dense noie les passerelles et les télémètres, gênant la visée, mais les 8 pouces et les 5 pouces des croiseurs tirent rageusement sur leurs insolents adversaires.
04h59 – Au bout de plus de vingt minutes de combat, la chance du Lynx tourne lorsque deux obus de 8 pouces le frappent près de la passerelle, tuant ou blessant tous les hommes présents. Pendant trois minutes, le contre-torpilleur file tout droit, avant que le troisième officier puisse reprendre le contrôle à partir du poste de commandement arrière. La distance avec les croiseurs tombe rapidement et plusieurs autres obus atteignent le navire.
05h04 – La vitesse du Lynx tombe à 20 nœuds alors qu’il tente de s’éloigner des croiseurs vers le nord-est. L’Onslaught et l’Opportune se jettent à nouveau sur les Japonais, parvenant à les distraire un peu, mais l’Onslaught y laisse sa pièce A de 4,7 pouces.
05h06 – Pendant que les croiseurs japonais et les destroyers alliés d’une part, les destroyers japonais et la flottille C d’autre part, jouent au chat et à la souris, le convoi est parvenu au niveau de Rengit, nettement au sud du lieu des combats. Il est précédé sur tribord avant par les huit Fairmile de la flottille A, pendant que les survivants de la flottille B tentent de se regrouper sur l’arrière.
05h08 – C’est à ce moment que Kurita commence à soupçonner qu’il ne combat qu’un leurre et que le convoi s’est éloigné. Il ordonne à ses croiseurs de venir au nord-est et de longer la côte malaise, passant entre le Lynx et les deux Anglais. L’Onslaught et l’Opportune exécutent une nouvelle feinte de torpillage, mais Kurita se contente de commander d’accélérer.
05h10 – Par tribord avant du Mogami surgit le Lynx, dont le dernier canon continue à tirer. Le contre-torpilleur ne cherche plus à faire croire qu’il va torpiller, il cherche visiblement la collision. Le Mogami et sa suite abattent brutalement au nord-ouest pour l’éviter, et leurs 5 pouces laissent le Lynx agonisant, sombrant lentement par la proue.
05h13 – C’est alors que les vigies des croiseurs aperçoivent à bâbord d’autres ennemis : un destroyer et deux torpilleurs, en fait la Tempête et les SGB-8 et 9. Kurita ordonne un nouveau 90° vers bâbord et, à courte distance, les canons japonais logent quatre obus de 5 pouces et un de 8 pouces dans les superstructures de la Tempête, balayant ses cheminées et ravageant son arrière ; la vitesse du malheureux navire tombe à 13 nœuds.
05h15 – Profitant de ce que les croiseurs s’intéressaient à d’autres cibles, l’Onslaught et l’Opportune ont contourné l’obstacle et se dirigent vers le sud. Ne pouvant joindre Bérenger, le capitaine de l’Onslaught, le Lt-Cdr William H. Selby, prend le commandement de l’escorte.
05h17 – En fait, Bérenger est à ce moment en train de mourir de ses blessures sur la passerelle du Lynx. Les survivants sont récupérés tant bien que mal par la SGB-3, qui a “marché au canon” de la bataille contre les croiseurs. « Depuis que notre attirail de dragage de mine avait cassé, racontera son capitaine, nous ne servions plus à grand-chose, alors, quand j’ai entendu que ça chauffait, j’ai décidé d’aller voir si nous pouvions nous rendre utiles… »
05h20 – Continuant de fouiller la nuit du haut de la passerelle du Mogami, Kurita se demande toujours où est passé le convoi. Soudain, il se tourne vers le commandant du croiseur lourd : « Le navire qui a tenté de nous éperonner n’était pas anglais, n’est-ce pas ? »
– Non, c’était un de ces petits croiseurs français. Je ne sais pas ce qu’il faisait là, le rapport envoyé par le Ministère en novembre disait pourtant que les Occidentaux ne s’entraideraient pas pour sauver leurs colonies respectives.
– Oui. Et il disait aussi que les marins occidentaux étaient incompétents et manquaient d’esprit combatif. Faites-moi penser à signaler à l’amiral Yamamoto que les faits semblent montrer que ce rapport est un peu… optimiste.
05h23 – Kurita ordonne à ses destroyers de balayer la zone jusqu’à la côte malaise. L’orage perd de sa force, mais les nuages de fumée émis par les navires alliés traînent sur l’eau, poussés par le vent vers la côte. Les capitaines des destroyers avancent avec précautions, car des vedettes rapides ennemies jaillissent à intervalles réguliers de la fumée, semblant rechercher une bonne position pour lancer des torpilles. Pressés par le contre-amiral, les destroyers tentent de reprendre l’initiative et engagent l’ennemi à courte distance. L’Arashio éperonne et coule la ML-212, puis incendie la ML-219. L’Hibiki coule la ML-220 au canon, mais le Mitsishio, poursuivant la ML-218, est brutalement secoué par deux grenades ASM qui explosent en eau peu profonde, moins de 25 mètres devant sa proue. Le choc coince la tourelle de 5 pouces A et tord l’avant de la coque, provoquant une voie d’eau.
06h05 – Les destroyers signalent à Kurita qu’il n’y a plus au nord de leur position aucun navire ennemi, en dehors de quelques vedettes. L’escadre japonaise met alors le cap au sud-est et monte à 28 nœuds.
06h07 – Le convoi double Ayer Bahru. Il se trouve alors à 38 nautiques des navires de Kurita.
06h15 – Kurita demande un soutien aérien au QG du 25e Koku Sentai, à Ipoh, en signalant que le convoi pourrait approcher de Singapour. Mais à Ipoh, il pleut à verse, et aucun avion ne peut prendre l’air pour le moment.
06h21 – Aux premières lueurs du jour, une vigie du Mikuma aperçoit par tribord « un grand destroyer et deux petits ». Ce sont la Tempête et ses deux SGB. Les croiseurs ouvrent le feu et le Mogami comme le Mikuma lancent des torpilles. Les SGB-8 et 9 accélèrent et se replient dans un nuage de fumée, mais la pauvre Tempête ne peut en faire autant et elle est rapidement réduite à l’état d’épave en flammes.
06h31 – Cette fois, c’est la malchance qui frappe le convoi. Le Priam fait exploser deux mines à quelques instants d’intervalle, et le Sardonyx une autre. Le vieux destroyer stoppe, mais le cargo réussit à se traîner à 6 nœuds. Le Commodore Hutchinson ordonne aux SGB-4, 5 et 6 de rester avec le Priam et au Shikari de récupérer les hommes du Sardonyx avant de saborder le bateau. Il transmet aux autres – trois transports, quatre vieux destroyers-dragueurs et quelques vedettes – de filer vers Singapour à vitesse maximale… Les navires sont censés avoir déjà atteint cette vitesse, mais le message du Commodore est en “langage de marin” et ses propos énergiques semblent stimuler le convoi, qui gagne près d’un nœud.
06h52 – A bord des navires de Kurita, les hommes font aussi de leur mieux. Les nuages de l’orage nocturne commencent lentement à se déchirer et la nébulosité est encore de 8/10, quand le jour qui se lève révèle deux destroyers par tribord avant. Ce sont l’Onslaught et l’Opportune, qui sont volontairement restés bien en arrière du convoi. Rapidement encadrés par des gerbes de 8 pouces, ils commencent pourtant à manœuvrer pour se placer en position de lancement de torpilles ! Kurita ne peut ignorer cette menace, car il lui semble que les deux navires viennent de l’escorte rapprochée du convoi et qu’ils sont donc encore relativement frais. Une nouvelle fois, les croiseurs changent de cap.
06h59 – Les conditions de tir sont bien meilleures que durant la nuit et deux obus de 8 pouces touchent à la chambre des machines l’Opportune, qui doit stopper.
07h02 – L’Onslaught est touché à son tour, perdant d’abord ses canons arrières, puis son gouvernail. Le courageux destroyer continue pourtant de tirer avec sa pièce B de 4,7 pouces.
07h14 – Frappé par deux nouveaux 8 pouces et quatre 5 pouces, l’Onslaught est lui aussi stoppé. Mais Kurita n’a pas le temps d’achever les deux Anglais. Un hydravion E13A1 de Port Swettenham l’a survolé, puis lui a signalé que le convoi ennemi s’est divisé en deux tronçons. L’un fait route assez rapidement vers Singapour, mais l’autre marche à petite vitesse. Il est sans doute trop tard pour rattraper les premiers navires, qu’il faudra laisser à l’aviation, mais les autres sont une proie possible. Les croiseurs abandonnent alors à leur sort les destroyers britanniques, stoppés et muets, et foncent vers Singapour.
07h15 – Le raid aérien réclamé par Kurita décolle enfin d’Ipoh : 15 D3A1 escortés par 18 A6M2, bientôt suivis par 12 G3M2. Avertis de la présence des croiseurs, les avions doivent se concentrer sur le premier groupe.
07h55 – Kondo, qui a suivi toute la nuit les efforts peu fructueux de Kurita, lance de sa propre initiative 33 D3A1 (21 du Junyo et 12 du Ryujo) escortés par 18 A6M2 (neuf de chaque porte-avions), alors qu’il est encore à 210 nautiques de Singapour (il n’a pas d’avions torpilleurs, ses groupes aériens étant “optimisés” pour l’appui au sol).
07h45 – L’équipage de l’Onslaught réussit à tendre une antenne radio provisoire, qui lui permet d’avertir Singapour de la situation des deux destroyers.
08h12 – La SGB-4 aperçoit au nord-ouest des fumées puis des mâtures. Ce sont les croiseurs japonais. Les trois canonnières se mettent aussitôt à tendre un écran de fumée pour masquer le Priam, qui continue à marcher à 6 nœuds, avec une gîte de 7° à bâbord.
08h19 – Un peu gênés par la fumée, les croiseurs ouvrent le feu, lentement pour mieux ajuster leur tir. Les SGB-4 et 6 miment une attaque à la torpille, mais sont repoussées par l’artillerie secondaire des croiseurs.
08h27 – Touchée à la machinerie par des éclats de 5-pouces, la SGB-6 stoppe. L’équipage est secouru par la SGB-4, pendant que les croiseurs concentrent leur tir sur le cargo et la SGB-5, qui continue d’émettre de la fumée.
08h33 – Atteint par plusieurs obus, le Priam stoppe, en flammes. La SGB-5 tente de recueillir son équipage, mais elle est touchée à son tour, et commence à brûler. Peu après, les deux bâtiments doivent être abandonnés et sombrent, entraînant une grande partie de leurs équipages.
08h35 – Les Val et les Zéro d’Ipoh arrivent au-dessus du convoi, quand ils sont attaqués par des fantômes : la chasse de Singapour, quinze Hurricane reconstruits avec amour par les mécaniciens de l’île à partir des restes de nombreuses machines détruites au sol et manœuvrés par des pilotes envoyés de Rangoon par hydravion. Le premier combat aérien au-dessus de Singapour depuis des mois se termine par la destruction de quatre Val, trois Zéro et cinq Hurricane. Les onze D3A1 restants attaquent, mais leur cohésion a été perturbée. Le Breconshire, raté de peu trois fois, s’en tire. Le vieux DD/MS Skate, touché par une bombe de 250 kg, stoppe.
08h41 – Les douze G3M2 effectuent un bombardement horizontal à 10 000 pieds. Le Glenorchy est atteint deux fois, mais maîtrise un début d’incendie et poursuit sa route. A bout de carburant, les dix Hurricane survivants se replient, mais les quinze Zéro s’acharnent, une fois leurs bombardiers sur le chemin du retour. Ils mitraillent les navires survivants, mais perdent un des leurs sous le feu des Bofors du Breconshire sans obtenir de résultat notable. Ils se tournent alors vers les vedettes, incendiant les ML-117, 120 et 122. Celles-ci se défendent désespérément et parviennent à abattre l’un de leurs tourmenteurs.
09h30 – Singapour est en vue ! Mais c’est à ce moment qu’arrivent les avions de Kondo. Et il n’y a rien d’autre pour les gêner que la fumée émise par les vedettes rapides. Le DD/MS Shikari, touché trois fois, chavire. Le Breconshire est lui aussi touché à trois reprises. Le Captain Hutchinson, après avoir dirigé la navigation du convoi puis le tir de ses canons anti-aériens, prend personnellement la barre de son navire agonisant sous les mitraillages des Zéro qui tuent ou blessent grièvement toute l’équipe de la passerelle. Quoique lui-même blessé, il réussit à échouer le Breconshire dans de bonnes conditions, ce qui permettra la récupération d’une grande partie de sa cargaison.
09h35 – Le Glenorchny est touché de nouveau, et douloureusement secoué par deux bombes qui le frôlent. Le cargo parvient malgré tout à s’échouer tout près du port.
09h38 – Le Denbeighshire encaisse une bombe, mais contrôle des dégâts sans trop de mal et entre dans Keppel Harbour, seul des six cargos à y parvenir. Il est suivi des DD/MS Sabre et Scimitar, de la canonnière SGB-4 et de trois Fairmile de la flottille A.
09h39 – Le pauvre Skate reçoit le coup de grâce et sombre. Mitraillés, les ML-115 et 118 sont laissées en flammes.
09h41 – De hautes colonnes de fumée signalent à Kurita que les raids aériens ont réussi où il a échoué. Selon les rapports des pilotes, qui lui sont retransmis, tout le convoi est au fond de l’eau, et le contre-amiral décide de rebrousser chemin et de se consoler en coulant les deux destroyers qu’il a laissés immobilisés.
09h43 – Les vigies des croiseurs aperçoivent un petit navire filant vers le sud, mais ce dernier parvient à s’échapper en zigzaguant à 35 nœuds. C’est la SGB-3, avec les survivants du Lynx. La vedette se glisse entre les îles du Détroit et entre à 11h30 dans Keppel Harbour.
09h58 – Les SGB-8 et 9 n’ont pas autant de chance. Chargés des survivants de la Tempête, elles sont surprises par six E13A1, qui les attaquent en demi-piqué. Les hydravions n’ont que des bombes légères, mais les éclats de celles-ci sont mortels pour la fragile machinerie des vedettes. En panne, les deux bâtiments vont s’échouer près de Pontian Kechi.
10h30 – Deux des vedettes de la flottille B, les ML-125 et 134, sont victimes de Zéro en maraude entre l’île de Rangsang et Singapour. Les autres (ML-136, 152 et 154) réussissent à trouver refuge le long de la côte de Sumatra.
11h40 – Lorsque les croiseurs retrouvent l’Onslaught et l’Opportune, Kurita a la déception de constater que les deux destroyers ont été sabordés et coulent. Leurs équipages ont été recueillis par les vedettes de la flottille C (ML-214, 215, 218, 222 et 223), que Singapour a dirigées sur les lieux. Les cinq vedettes s’échappent à l’arrivée des croiseurs et vont se cacher jusqu’à la nuit près de la côte de Rangsang.
………
22h15 – Après avoir vu défiler tout près d’elles trois destroyers japonais, qui recherchent visiblement des éclopés, les cinq vedettes de la flottille C parviennent jusqu’à Keppel Harbour.
23h35 – Sous le couvert de la nuit, les trois vedettes survivantes de la flottille B entrent dans Keppel Harbour. Ce sont les derniers bâtiments de Pedestal à y parvenir.
………
A l’heure du bilan chiffré, pour faire parvenir à Singapour environ 35% de la cargaison embarquée en Angleterre (sur six cargos, un a atteint le port, un s’est échoué sur l’île de Singapour et un autre sur la côte de Johore), les Alliés ont perdu trois autres cargos en plus des deux échoués, un contre-torpilleur, six destroyers anciens, quatre vieux DD/MS, un DE, un sous-marin, treize vedettes Fairmile et quatre canonnières SGB, plus 17 avions (9 Martlet et 8 Hurricane et Sea-Hurricane) et huit pilotes . Les pertes japonaises sont bien inférieures : trois torpilleurs coulés (plus trois autres, et quatre destroyers, plus ou moins gravement endommagés), neuf mini-sous-marins détruits, mais surtout 63 avions perdus (24 Ki-21, deux Ki-30, un Ki-43, onze A6M2, neuf D3A1, neuf B5N1, sept G3M2), avec presque tous leurs équipages.
Cependant, ces chiffres ne disent pas tout, et les conséquences tactiques, stratégiques et même politiques de Pedestal, à court, moyen et long terme, seront considérables.
………
« Pas moins de neuf Victoria Cross furent attribuées lors de Pedestal : pour des officiers et matelots de l’Onslaught (dont son capitaine, W.H. Selby), de l’Opportune et de plusieurs vedettes, mais aussi pour un civil, le Captain Hutchinson, du Breconshire, qui fut l’un des trois sur les neuf à ne pas être décoré à titre posthume. Comme Sommerville l’avait prévu, le roi George VI approuva l’attribution de l’Ordre du Bain à l’amiral Bérenger – avec la restriction de rigueur disant que l’Amiral, n’étant pas sujet de Sa Majesté, ne pouvait porter le titre de chevalier. La France fit Bérenger Compagnon de la Libération, Grand-Croix de la Légion d’Honneur et vice-amiral. De plus, le Lynx et la Tempête furent eux aussi nommés Compagnons de la Libération, puisque cette décoration pouvait être attribuée à une unité, donc à un navire. » (Jack Bailey, Singapore’s Light Brigade – The inside story of Operation Pedestal, Londres, 1969)
Enfin, on dit que c’est aux hommes du Lynx et de la Tempête que pensait André Malraux lors de son fameux discours de réception des cendres de Jean Moulin au Panthéon, en prononçant la phrase « Entre ici, Jean Moulin, au nom de tous ceux qui ne le pourront pas, car leurs dépouilles reposent sous les flots, bien loin du sol de France… »

Campagne des Philippines
Corregidor
– MacArthur tombe au milieu de ses derniers fidèles. Les Japonais vont l’enterrer à l’endroit même de sa mort, dans un grand déploiement d’honneurs militaires (voir Annexe C B2).

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille de Templeton’s Crossing

Dans la nuit du 7 au 8, les positions du 49e subissent quatre violentes attaques, mais les Japonais ne cherchent pas à effectuer d’enveloppement. Malgré leur brutalité, ces actions sont limitées et visiblement destinées à faire tenir tranquille le 49e. Dans la journée, les Japonais font une tentative pour passer par la piste qui contourne le Crossing ; cette tentative est repoussée par le détachement du 49e qui tient le secteur, il n’y en aura pas d’autre.
Mais le grondement du combat venant des positions du 39e ne cesse pas, et ne cessera pas pendant près de quatre-vingts heures. Et le tir des armes lourdes que protège le 49e ne cessera pas, lui non plus. Les seules communications entre les deux bataillons sont des fusées Very, mais c’est bien suffisant.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de Brisbane
– La bataille du GP-19 (Opération Oni, Phase 3c)
Les 27e et 33e Divisions de Sous-Marins ont rejoint sur zone l’I-31. Celui-ci, toujours au large de Coffs Harbour, lance à nouveau son hydravion. L’appareil repère un convoi à 60 nautiques environ au sud de l’I-31 et le signale mais, malheureusement pour lui, le convoi est escorté par un Avro Anson. Celui-ci repère le Glen, s’approche pour l’identifier et, reconnaissant les insignes japonais, se débarrasse de ses bombes ASM et passe aussitôt à l’attaque. Ce qui suit sera le plus étrange duel aérien jamais vu dans la région. L’Anson va bien plus vite que l’E14Y1 (188 mph contre 153), mais le lent monomoteur est bien plus manœuvrable et tous deux ont un armement dérisoire. Au bout de dix minutes d’évolutions en vue du convoi, le mitrailleur de l’Anson est tué par un coup heureux de l’observateur japonais, mais peu après, le pilote de l’Australien réussit enfin à aligner son adversaire dans son viseur et l’abat d’une longue rafale de son unique mitrailleuse tirant en chasse (une Vickers K de .303). Le Glen s’écrase à 5 nautiques du convoi ; un des escorteurs récupèrera une aile et un flotteur.
Ce convoi est le GP-19, un convoi côtier “double”, avec dix petits cargos (3 500 GRT en moyenne, se traînant à 8 nœuds) et quatre escorteurs. Ces escorteurs sont les Moresby, Doomba, Armidale et Castlemaine. Les deux premiers sont déjà des vétérans, mais les deux autres, de classe Bathurst, sont tout neufs et leurs équipages sont novices. Les Bathurst ont un Asdic type 128A (un Type 12 fabriqué en Australie), alors que les Moresby et Doomba ont un Type 123, un peu plus ancien. Aucun ne possède de radar, ce qui sera pour eux un handicap notable.
(D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Les blindés de la 200e Division chinoise réussiss
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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 17:29    Sujet du message: Répondre en citant

Les blindés de la 200e Division chinoise réussissent, non sans de lourdes pertes (au combat et par casse mécanique) à déborder par l’ouest les lignes ennemies, obligeant les Japonais à se replier.
Pendant ce temps, le général Anami ordonne à toutes ses troupes coupées de leurs arrières par la ruée chinoise de se regrouper à l’est du lac Po-Yang. Les 13e et 34e Divisions y parviennent sans trop de mal, à la différence des forces encerclées dans Nas-Cheng, qui vont devoir se frayer un chemin sous un harcèlement continu.
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MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 19:07    Sujet du message: Re: Texte intégral, Asie-Pacifique, Juillet 1942 Répondre en citant

On le lit et le relit en effet avec plaisir.

Casus Frankie a écrit:
La guerre sino-japonaise
Union sacrée ?
Chungking (Tchoung-king)
– Le général Chennault, chef de la CATF, signe avec des envoyés des forces communistes chinoises commandées par Mao Tsé-toung et Chou En-lai un accord aux termes duquel l’USAAF va baser au Yunnan (sur deux grands terrains et plusieurs petits) un certain nombre de bombardiers moyens et de chasseurs. Les Américains prévoient d’envoyer, au maximum, une quarantaine de bombardiers B-25, une vingtaine de chasseurs à long rayon d’action P-38 pour les escorter et une trentaine de P-40 pour la défense des terrains. Cet accord ne concerne pas la ROCAF (seuls quelques CB-17 de transport chinois seront utilisés pour le ravitaillement des avions américains).
Officiellement, le KMT est heureux de cette coopération contre les Japonais, mais en réalité, il est furieux – l’accord s’est en effet conclu malgré les protestations véhémentes de Tchang Kai-chek, car il ouvre une ligne de communications dont vont profiter les Rouges. Il est vrai que Tchang n’a pas été tenu au courant de certains objectifs de l’opération, car les Américains savent parfaitement que le KMT est farci d’agents communistes.
L’intention de l’état-major US n’est pas d’obtenir des résultats directs, d’autant plus que les difficultés d’approvisionnement en carburant (celui-ci doit être acheminé par avion) n’autoriseront que des attaques épisodiques contre les forces japonaises dans la région de Nanchang, occupée depuis peu, qui sont la cible affichée de l’opération. Mais les terrains du Yunnan pourront aussi servir de relais pour les bombardiers en route vers le Japon. Et surtout, les activités des B-25 et des P-38 basés sur place devraient attirer l’attention de l’Armée Impériale et la distraire du déploiement de forces qui se prépare dans le sud, région bien plus importante pour la grande stratégie alliée.

Attention à la confusion entre Yan'an, la base communiste dans le centre-nord de la Chine, et la province méridionale du Yunnan.
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MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 01:42    Sujet du message: Répondre en citant

J'étais sûr qu'il y aurait des trucs de ce genre... Embarassed

Merci beaucoup, Hendryk. Very Happy
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MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 06:45    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
J'étais sûr qu'il y aurait des trucs de ce genre... Embarassed

Merci beaucoup, Hendryk. Very Happy

Pas de quoi.

Comme tu t'en souviens, on avait précédemment soulevé la question de la translitération à utiliser pour les noms et toponymes chinois. Je sais que ça ne fait pas l'unanimité, mais je reste pour ma part persuadé qu'à part certaines exceptions d'usage (va pour Tchang Kai-chek, par exemple, puisque le grand public y est habitué) il serait préférable de tout mettre en pinyin. C'est le système officiel de translitération depuis maintenant un demi-siècle; un lecteur qui voudrait suivre les événements de la guerre sino-japonaise sur un atlas aura du mal à s'y retrouver avec des toponymes translitérés en Wade-Giles ou autre. Ainsi de "Juchang" et "Cha-Heje": ce sont des toponymes que l'on cherchera en vain, aussi bien sur une carte que sur internet.
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MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 08:03    Sujet du message: Répondre en citant

N'hésite pas à m'indiquer d'autres corrections.
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MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 12:42    Sujet du message: Répondre en citant

9 juillet
Opération Pedestal (épilogue)
Londres
– Dans un discours devant la Chambre des Communes, Winston Churchill loue hautement « le courage et la ténacité des marins alliés, qui ont permis au convoi Pedestal d’atteindre Singapour et ont infligé à l’ennemi une sérieuse défaite. » Ce discours est complété quelques heures plus tard par une déclaration du chef d’état-major de la Marine Nationale, l’amiral Ollive, sur Radio-Alger, qui fait l’éloge de « l’alliance fraternelle qui unit désormais marins anglais et français ».
Mais l’impact de Pedestal va de beaucoup dépasser celui de son strict résultat militaire, à dire vrai assez faible. L’opération a en effet prouvé à tous ceux qui auraient eu l’audace d’en douter que l’Empire Britannique n’avait pas laissé tomber Singapour, que l’Empire mettrait tout en œuvre pour lui venir en aide ou pour libérer l’île-forteresse, et que, de la même façon, l’Empire soutiendrait et porterait secours à toute autre de ses composantes qui en éprouverait le besoin. En un mot, que faire confiance à l’Empire restait un bon placement.
………
Singapour – Toute la journée, l’aviation japonaise s’est efforcée de retrouver d’éventuels survivants du convoi Pedestal dans Keppel Harbour. Les avions de Kondo ont fini par découvrir et par écraser sous les bombes le cargo Denbeighshire, mais ce n’était déjà plus qu’une coquille vide, entièrement déchargée de toute sa cargaison (comme, autant que possible, le Glenorchny l’avait été sur la côte nord-ouest de Singapour et le Breconshire sur la côte ouest du Johore).
Et les Japonais n’ont pas trouvé les derniers escorteurs. Dès la veille au soir, le Sabre, le Scimitar et les vedettes canonnières SGB-3 et SGB-4 ont osé prendre le chemin du retour, emmenant le plus possible des membres d’équipage rescapés de leurs jumeaux coulés – tous volontaires, car le coup était risqué. Peut-être parce que les Japonais ne s’attendaient pas à pareil coup d’audace, les quatre bâtiments ont rejoint à l’aube la protection des chasseurs basés à Sabang, après une remontée à grande vitesse et sans mauvaise rencontre le Détroit de Malacca. Apparemment lancés sous une bonne étoile, tous verront la fin de la guerre…
Quant aux onze vedettes Fairmile, soigneusement camouflées dans des abris, elles restent à Singapour. Elles vont donner aux défenseurs de l’île-forteresse une “force navale” respectable face aux canonnières japonaises lors des escarmouches navales qui vont se multiplier sur les côtes du Johore jusqu’à la phase finale de la bataille.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille de Templeton’s Crossing

La journée des hommes du 49e est entrecoupée par les harcèlements ou les attaques en règle des Japonais. Mais le bruit de la lutte que livre le 39e, les fusées qui s’élèvent de ses positions et les tirs des mortiers et du 25 livres qui leur répondent forment comme un fond de décor immuable.

Opération D
Océan Indien
– Depuis qu’il a cessé de tenter de diriger par radio ses quatre équipiers, le sous-marin amiral I-9 a de nouveau connu des succès. En deux semaines, il a coulé quatre cargos alliés : le Queen Victoria (4 937 GRT, 28 juin), l’Express (6 736 GRT, 30 juin), la Nymphe (4 504 GRT, 6 juillet) et l’Hartismere (5 498 GRT, 8 juillet). Cependant, devant le renforcement visible des défenses ennemies et la baisse de ses réserves de carburant, le contre-amiral Ishizaki, considérant que sa mission est terminée, ordonne à son escadre de rejoindre un point de rendez-vous.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de Brisbane – La bataille du GP-19 (Opération Oni, Phase 3c)
01h00
– Grâce aux coordonnées transmises par son hydravion, l’I-31 repère le convoi et commence à le pister, sans grande difficulté grâce à sa vitesse très supérieure en surface. Mais surtout, il signale sa position et son cap aux autres sous-marins engagés.
Les I-5 et I-6 convergent vers l’I-31, tout en transmettant à leurs équipiers respectifs de les suivre. Le plan est que tout le monde soit en position d’attaquer le convoi au début de la nuit suivante.
06h30-18h30 – Toute la journée, l’I-31 s’efforce de rester avec le convoi, profitant de sa vitesse et de la brume hivernale. Cependant, il est aperçu à trois reprises dans la matinée par les deux Anson de couverture, qui le signalent au commandant de l’escorte, le capitaine Charles Brown, sur le Moresby. Un hydravion Saro Lerwick vient renforcer la couverture et trois bombardiers Douglas A-24 hollandais interviennent. A 13h00, ils attaquent l’I-31 et le ratent, mais le sous-marin, obligé de plonger, perd le contact.
Plus important encore : les échanges de messages radios entre les sous-marins japonais sont détectés par les écoutes australiennes. A Brisbane, le Centre de Renseignements Opérationnels Combinés (Combined Operational Intelligence Centre, COIC), comprenant que d’autres submersibles ennemis sont dans le secteur, autorise le QG de contrôle de zone (Area Control HQ) à fournir une couverture nocturne continue, grâce à six Botha, dont quatre venus de Victoria, pendant que deux Beaufort, un Manchester et deux Wellington sont en alerte à dix minutes. De plus, le GP-19 bénéficie d’un rare privilège : deux escorteurs supplémentaires, le mouilleur de mines HrMs Oranje et la corvette HMS Hollyhock lui sont envoyés. Ils arrivent en fin de journée. Et le Hollyhock, escorteur expérimenté, est équipé d’un radar !
Au crépuscule, deux Botha prennent le relais des Anson.
20h30 – Dès la tombée de la nuit, l’I-31 a refait surface. Navigant à toute vitesse, il rattrape le convoi, le retrouve et le signale.
21h05 – Neuf nautiques en arrière du convoi, l’I-31 est attaqué par un Botha. Deux charges manquent de peu le grand sous-marin, qui plonge en catastrophe et ne subit que de légers dommages.
22h00-22h30 – La 27e Division (I-5 et Ro-61, Ro-62, Ro-63) arrive en ordre dispersé par tribord avant du convoi. Le commandant du Ro-61, le déjà fameux CC Hideo Yamamoto, a pris l’initiative de choisir son propre cap d’attaque et ses collègues des Ro-62 et Ro-63 l’ont imité. La bataille du GP-19 commence avec le repérage du Ro-62 par un Botha, qui attaque immédiatement, attirant le feu de plusieurs autres sous-marins. L’avion réussit à encadrer le Ro-62, mais il utilise de vieilles bombes de 100 livres et le sous-marin ne subit que de légers dommages. Décidément malchanceux, le Botha survole l’I-5 à très basse altitude et reçoit du grand sous-marin une rafale de 25 mm. Gravement touché, l’appareil se traîne jusqu’à la côte et se pose sur l’eau devant Coffs Harbour (tout l’équipage sera récupéré sain et sauf). Il a cependant eu le temps de signaler l’action au Moresby, qui se trouve à 12 000 mètres environ et fait immédiatement appel aux avions en alerte. L’escorteur a vu les tirs de DCA et tire des obus éclairants. Pour ne pas être en reste, l’I-5 expédie lui aussi des obus éclairants, qui illuminent le convoi, puis il entame avec le Moresby un duel d’artillerie intermittent, dans lequel les deux 5,5 pouces du sous-marin prennent vite l’avantage sur le 4 pouces de l’escorteur. Sur la passerelle de l’Australien, le second, Scott Clement, s’inquiète devant la hauteur des gerbes japonaises : « Charles ! dit-il au commandant, c’est un croiseur léger qui nous tire dessus, ce n’est pas possible ! » Brown n’est pas convaincu : « Nous serions déjà au fond si c’était un croiseur, Scotty ! Ce salopard doit être un gros sous-marin, mais ce qui m’inquiète, c’est que les grosses bêtes sont souvent accompagnées de petites ! »
Brown a raison. Dans l’obscurité, les trois Ro se sont approchés du convoi et le Hollyhock, venant prendre la place du Moresby en tête du convoi, est stupéfait de découvrir sur son écran radar plusieurs échos très suspects. La corvette a à peine le temps de donner l’alarme que la vigie tribord signale deux torpilles. Le Hollyhock abat brutalement sur tribord, évite les torpilles et se précipite furieusement sur l’écho le plus proche, qui ne tarde pas à apparaître en visuel. C’est le Ro-62, qui plonge en hâte. La corvette lui expédie une salve de grenades ASM, puis prend le temps de le repérer à l’Asdic avant de recommencer à grenader.
22h30-23h00 – Après la quatrième attaque du Hollyhock, le Ro-62 a une voie d’eau à l’arrière et se retrouve à 80 mètres de profondeur, 15 mètres plus bas que sa profondeur opérationnelle maximale de sécurité. Craignant de succomber au cinquième grenadage, le commandant du sous-marin ordonne de faire surface. Le Ro-62 émerge brutalement, pour se retrouver avec stupéfaction et soulagement sur une mer qui semble déserte. L’équipage saute de joie, persuadé, après avoir échappé à l’attaque du Botha et au grenadage, que la chance est cette nuit-là avec leur navire. Malgré la voie d’eau, le sous-marin repart en direction du convoi.
Si le Hollyhock a lâché prise, c’est pour répondre à un appel à l’aide du HMAS Doomba. A son poste sur le flanc tribord du convoi, celui-ci a aperçu « plusieurs sous-marins en surface, s’approchant en formation, cap au 270 ! » C’est la 33e Division, l’I-6 précédant très réglementairement les Ro-64, Ro-65 et Ro-67 en ligne de file. Les Japonais sont encore loin de la technique allemande d’attaque en meute ! Au moment où le Doomba ouvre le feu, les Ro-64 et Ro-65 plongent, laissant le Ro-67 et l’I-6 soutenir un bref combat au canon contre l’escorteur australien. Le commandant de l’I-6 est tué par un obus du Doomba, qui tente d’éperonner son adversaire, mais le rate.
A ce moment, le Moresby, comprenant d’après les messages du Hollyhock et du Doomba qu’il a affaire à de nombreux adversaires, ordonne au convoi de se rapprocher de la côte. Dans la confusion, l’Armidale et le Castlemaine se retrouvent au milieu des cargos et le premier manque heurter l’un des transports. Alors que le Hollyhock et l’Oranje s’empressent de venir aider le Doomba, ce dernier a un contact Asdic et attaque sans résultat mais, dans la foulée, évite une torpille.
Le changement de cap du convoi fait qu’il se présente de flanc aux Ro-61 et Ro-63, qui en profitent. Le Grec Peleus (4 695 GRT, Nereus Steam Navigation, 9,5 nœuds, chargé d’aliments en boîte et de matériaux de construction) est frappé par une torpille du Ro-61 et prend feu. Le vieux vapeur yougoslave Bosanka (3 456 GRT, Dubrovacka Plovidba Ackionarsko Drustvo, chargé de fer-blanc et de matériel pour voie ferrée) est éventré par une torpille du Ro-63 et coule immédiatement.
23h00-23h30 – La plus grande confusion règne. L’arrivée des avions de Coffs Harbour et de Newcastle ne fait qu’y ajouter. Le Manchester attaque par erreur l’Oranje et un Beaufort est perdu après avoir attaqué (et raté) l’I-6, quand il heurte le mât du vapeur australien Corio. Les Japonais tirent de nombreuses torpilles, mais le seul autre cargo touché est l’Australien Goulburn (2 367 GRT, Huddart-Parker, chargé de farine et de tissus) ; navigant en queue du convoi, il est rattrapé par le Ro-67, resté en surface, qui le coule de deux torpilles.
23h30-24h00 – Soudain, tout se calme. Au nord, le Moresby, endommagé à l’arrière par un obus de 5,5 pouces, a décroché. Quant à l’I-5, dont l’ardeur a été quelque peu refroidie par deux obus du Moresby, il a rappelé ses trois sous-marins « pour réorganiser l’attaque. » L’I-6 a fait de même à l’est.
(D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)


10 juillet
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Un détachement de la 24e Flottille Aérienne de la Marine Impériale japonaise commence à se déployer sur le terrain de Tenaru.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille de Templeton’s Crossing

En début de matinée, peu après avoir repoussé deux nouvelles attaques nocturnes, les hommes du 49e voient monter des positions du 39e une fusée Very blanche. Suivie par une fusée d’une autre couleur qui correspond à un secteur des retranchements, la fusée blanche demande à l’artillerie de tirer sur les positions mêmes du 39e. Le bataillon commence à être englouti. D’autres fusées blanches suivront dans la journée, associées à d’autres couleurs indiquant d’autres secteurs…
Les hommes du 49e n’ont guère le temps d’y penser. Certes, leurs positions ne sont pas la cible de l’artillerie ennemie ; elles ne reçoivent qu’une pluie de petits projectiles tirés par des lance-grenades, ou mini-mortiers (knee-mortars). Mais les Japonais lancent contre elles une attaque toutes les deux heures environ, et ce harcèlement rageur ne s’arrête pas avec la tombée de la nuit, pas plus que la pluie froide et continue, qui imprègne le sol sans parvenir à laver le sang. Car si ces attaques sont plus ou moins prolongées, toutes s’achèvent au corps à corps, et des luttes désespérées mettent aux prises des hommes qui s’affrontent à coups de baïonnette, de couteau, de massue, de pierre, de poing… de dents…

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de Brisbane – La bataille du GP-19 (Opération Oni, Phase 3c)
00h00-01h00
– L’I-31, revenant du sud, tombe sur le Peleus en flammes et l’achève au canon. Les autres sous-marins, qui ont du mal à s’orienter, ne font que de timides tentatives.
01h00-02h00 – Le Ro-62, qui s’apprête à repartir à l’attaque, est attaqué par un Wellington, guidé par le radar du Hollyhock. Quatre bombes de 500 livres l’encadrent et la coque du petit bâtiment, fragilisée sans doute par les dégâts subis lors des attaques du Botha et surtout du Hollyhock, n’y résiste pas. Fait rare, huit hommes vont échapper au naufrage ; ils seront retrouvés et faits prisonniers le lendemain.
Au même moment, le Ro-67 lance une salve de quatre torpilles vers ce qu’il croit être un croiseur (!) mais n’est en réalité que le petit Armidale. Une torpille frappe la corvette, qui coule en quelques minutes. Charles Brown, sur le Moresby, réagit en ordonnant au convoi d’effectuer un 180°, pendant que les avions parachutent des fusées éclairantes. Avions et escorteurs repoussent plusieurs autres attaques, mais dans la confusion, le Ro-61 et le Ro-65 pénètrent le fragile écran. Le Ro-61 place une torpille sur le Queen Anne (Dunlop & sons, 4 937 GRT, chargement militaire), qui stoppe mais ne coule pas, à la grande frustration du capitaine Yamamoto. Le Ro-65 attaque deux navires à très courte distance et les touche tous les deux, mais ses torpilles n’explosent pas, n’ayant sans doute pas eu le temps de s’armer !
Alors que d’autres attaques sont repoussées, le CC Yamamoto s’acharne sur le Queen Anne, en panne mais que le Hollyhock tente de protéger. Le Ro-61 finit par placer une nouvelle torpille sur le cargo, qui coule, pendant que le Hollyhock contre-attaque, mais ne peut que secouer Yamamoto et ses hommes, qui réussiront à s’échapper vers 04h00.
02h00-03h00 – De nouvelles attaques sont repoussées. A 02h20, le Castlemaine force un sous-marin à plonger et demande de l’aide. Le Moresby s’empresse et obtient vite un contact Asdic solide. Il dirige deux attaques du Castlemaine et en effectue une lui-même. Après celle-ci, le Ro-63 jaillit à la surface, la proue pointée vers le haut et le Castlemaine se rue aussitôt en avant pour l’éperonner, bien que le capitaine Charles Brown, sur le Moresby, tente de l’en empêcher par radio. La corvette défonce le flanc du sous-marin, qui sombre très rapidement avec tout son équipage, mais elle subit elle-même des dommages assez importants. Brown est furieux : « Scotty ! ordonne-t-il à son second. Signale à cette bande de gamins qu’ils viennent d’endommager la propriété du peuple d’Australie et de Sa Majesté George VI en éperonnant un sous-marin ennemi qui était déjà à l’agonie. Dis-leur d’aller se mettre à l’abri tant que leur bateau flotte encore ! »
03h00-04h00 – Les submersibles japonais restants commencent à se replier pour s’éloigner avant le jour de la côte, qui n’est plus qu’à cinq nautiques. L’I-6 repère alors le Castlemaine endommagé, qui se traîne à huit nœuds. Il ouvre le feu de son 5,5 pouces et touche par trois fois la corvette. Celle-ci brûle mais, par bonheur, l’incendie dégage tant de fumée que le sous-marin perd de vue l’escorteur et, croyant l’avoir coulé, s’éloigne vers le large. Le Castlemaine parvient néanmoins à trébucher jusqu’à Coffs Harbour et à s’y échouer. Il sera réparé.
Enfin le jour se lève, permettant aux survivants du convoi de rejoindre à Brisbane sans autres ennuis. La bataille du GP-19 est terminée.
(D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)


11 juillet
La guerre du Pacifique
Opération Pedestal (épilogue)
Singapour
– Les survivants des navires coulés lors de l’opération Pedestal qui n’ont pu trouver place sur les quatre escorteurs repartis la veille commencent à être évacués par les vols nocturnes des hydravions de la “Singapore Airlines”. Dès cette nuit, les deux Short classe “G”, trois des quatre PB2Y-2 du Sqn 119 et les appareils de la Flottille S-45 (deux LeO H-470 et l’unique Laté 611) emmènent des dizaines d’hommes. Parmi eux, des marins du Lynx, qui conservent précieusement la casquette de l’amiral Bérenger. C’est sur cette casquette tachée de sang que seront agrafés les insignes de l’Ordre du Bain lors de la cérémonie qui aura lieu à Londres en 1943 pour le premier anniversaire de Pedestal (elle est aujourd’hui exposée au Musée de la Marine, place du Trocadéro, à Paris).

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda – Bataille de Templeton’s Crossing

A l’aube, il semble d’abord que rien ne doive changer, que la journée du 11 va reproduire celle du 10, comme dans un cauchemar sans fin. Puis, en fin de matinée, le lugubre fracas de la bataille s’affaiblit dans la direction où agonise le 39e Bataillon du Queensland, et le cauchemar empire.
Mais peu après, vers midi, les premiers soldats du 2/9e Bataillon de l’AIF entrent en trébuchant dans Templeton’s Crossing. Ils viennent de parcourir en cinq jours cinquante kilomètres à vol d’oiseau à travers le terrain le plus difficile au monde, en traversant des lignes de crête sans nombre, le tout alors qu’ils sont à peine acclimatés. En dépit de cette épreuve, ce qu’ils découvrent à Templeton’s Crossing les sidère. Sous la pluie, dans la boue, moins de 450 hommes émaciés, malades et blessés pour la plupart (250 fantassins et 200 artilleurs et autres), les accueillent avec des cris de joie . Tous, artilleurs compris, brandissent leur fusil, et tous ont mis baïonnette au canon.
Le lieutenant-colonel Morgan, du 2/9e, est vite mis au courant. Des bruits de combat viennent encore du côté des bunkers du 39e, et les officiers du 49e savent qu’entre leurs propres positions et ces bunkers, les Japonais n’ont pas pris la peine d’établir une véritable ligne de défense – seulement une série de camps où ils se rassemblent. Le premier de ces camps est à 150 mètres.
Un autre bataillon de la 18e Brigade de l’AIF n’est plus qu’à sept ou huit km, donc Myola ne craint sans doute plus rien. De toute façon, il n’est pas question d’attendre ces renforts, car les hommes du 49e veulent désespérément aller secourir le 39e. Si désespérément qu’ils ne laissent pas le choix au Lt-colonel Morgan : l’AIF fera ce qu’elle voudra, mais si elle ne bouge pas, le 49e attaquera seul. Morgan n’a besoin que d’un seul regard aux combattants squelettiques qui se préparent fiévreusement. Il se tourne vers ses hommes : « Sac à terre, les gars. Et baïonnette au canon. On va aider les gars de l’AMF, ils l’ont bien mérité. » Malgré la fatigue, tous l’acclament.
Les attaquants progressent par bonds, couverts par les mortiers et les mitrailleuses. La surprise est complète pour les Japonais, car la pluie incessante a masqué l’arrivée du 2/9e et ils n’envisageaient tout simplement pas l’arrivée de troupes fraîches – ou de quoi que ce soit d’ailleurs. Comme un de leurs officiers l’avait écrit dans son journal personnel : « Nous sommes peut-être en Enfer, enfermés seuls avec l’ennemi dans ces montagnes, loin des états-majors, loin de toute intervention extérieure, condamnés à marcher inlassablement sous la pluie, sans pouvoir espérer d’autre rédemption que celle de tuer ou d’être tué. » Des mots que, sans doute, les Australiens auraient pu reprendre à leur compte – jusqu’à l’arrivée des renforts.
Le combat est d’emblée très violent. Après avoir enlevé deux nids de mitrailleuse, une quarantaine d’hommes du 49e, apercevant le premier camp japonais, se redressent et chargent. Cela déclenche, non une charge générale, mais une série d’attaques de petits groupes cherchant le combat au contact. Après deux heures d’une lutte féroce et acharnée, les Japonais ont reculé de 800 mètres. Soudain, vers 15h00, ils craquent et beaucoup s’enfuient. La fureur de l’attaque australienne redouble et le rythme de leur avance s’accroît, tandis que l’opposition faiblit.
Vers 16h00, les premiers hommes du 49e parviennent sur les positions que le 39e avait occupées. Le terrain est couvert de cadavres japonais et australiens. L’artillerie du 49e a fait un terrible massacre chez les attaquants, mais presque toutes les positions du 39e ont été prises d’assaut, et les signes des corps à corps les plus sauvages sont partout.
Puis, aussi inespéré que cela paraisse devant pareil carnage, les secours découvrent deux petits bunkers, à la limite sud de la position, encore tenus par des hommes du 39e. En tout trente-deux hommes, tous blessés, commandés par un sergent que le Lt-colonel Morgan nomme immédiatement lieutenant. « Pourquoi n’avez-vous pas creusé de fossés autour de vos bunkers ? » demande Morgan. Réponse : « Nous l’avons fait, Sir. C’est juste qu’ils sont pleins de Japs, maintenant. » D’après les survivants, seule leur copieuse provision de grenades leur a permis de tenir aussi longtemps. Sur six mille, il leur en reste soixante-dix.
Les Japonais décrochent, laissant les Australiens enterrer les morts – et découvrir le sort atroce des rares Australiens assez malchanceux pour être tombés vivants aux mains de l’ennemi. Ces découvertes seront responsables de la pure sauvagerie de la suite de la campagne. En effet, ces quelques prisonniers ont été torturés à mort – puis mangés. Cette histoire va se répandre comme une traînée de poudre. A moins d’un ordre formel, il sera dès lors très rare que des soldats australiens considèrent que les lois de la guerre s’appliquent à leurs adversaires japonais et qu’il soit opportun de faire le moindre prisonnier.
« Le corps du Lt-colonel Owen fut découvert dans les décombres de son bunker de commandement. Comme tout son état-major, il était tombé en combattant au corps à corps. Le journal du bataillon fut retrouvé sur lui. Il y formulait des recommandations pour l’attribution de cinq Victoria Cross (toutes posthumes) et de nombreuses autres décorations (presque toutes posthumes). Ces recommandations furent satisfaites, et Owen eut droit à la sixième “VC”, faisant de Templeton’s Crossing presque l’égal de Lone Pine (en 1915, aux Dardanelles), où l’AIF avait gagné sept Victoria Cross.
Sur les 550 hommes qui avaient quitté Buna avec Owen, on n’en comptait plus que 80 lorsque les restes du 39e furent rassemblés à l’hôpital de Port Moresby. Le 49e était passé de 550 hommes à 250, et aucun des survivants n’était considéré en état de combattre. Les deux bataillons furent considérés comme formant à eux seuls la 30e Brigade, car ce qu’ils avaient accompli dépassait à tel point ce qu’avait pu faire le 53e que ce bataillon ne fut plus jamais associé à la Brigade.
Enfin, de ce jour, toute tentative d’utiliser avec mépris – voire d’utiliser tout court – le terme “Chocolate soldier” (ou “Choco”) devint le plus sûr moyen de déclencher une bagarre, y compris entre membres de l’AIF. Seuls les hommes de la 18e Brigade de l’AIF avaient encore le droit de prononcer ces mots, mais ils ne le faisaient qu’avec affection, de façon laudative. »
(B. Marcus, Les Forces armées australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)
………
Le front se stabilise à cet endroit pendant quelques semaines, entre les sommets des monts Owen Stanley, pratiquement sur la ligne de partage des eaux. Les deux camps s’occupent d’acheminer leurs renforts et d’améliorer leur logistique.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 16:49    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Le 49e était passé de 550 hommes à 250, et aucun des survivants n’était considéré en état de combattre. Les deux bataillons furent considérés comme formant à eux seuls la 30e Brigade, car ce qu’ils avaient accompli dépassait à tel point ce qu’avait pu faire le 53e que ce bataillon ne fut plus jamais associé à la Brigade.

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MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 18:08    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
Casus Frankie a écrit:
Le 49e était passé de 550 hommes à 250, et aucun des survivants n’était considéré en état de combattre. Les deux bataillons furent considérés comme formant à eux seuls la 30e Brigade, car ce qu’ils avaient accompli dépassait à tel point ce qu’avait pu faire le 53e que ce bataillon ne fut plus jamais associé à la Brigade.


OK, OK, noté.
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MessagePosté le: Mer Déc 05, 2012 15:00    Sujet du message: Répondre en citant

12 juillet
Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Après la bataille du GP-19 (Opération Oni, Phase 3c)

« La Marine Impériale prétendit avoir coulé « un croiseur léger, un destroyer et neuf grands transports » au prix de deux sous-marins. La Royal Australian Navy, elle, avait perdu quatre cargos et une corvette (plus une autre corvette gravement endommagée), mais croyait avoir détruit trois ou quatre sous-marins.
A Tokyo, l’état-major conclut que les attaques en meute “à l’allemande” pouvaient sans doute être efficaces, mais seulement dans des circonstances très particulières, contre des cibles mal défendues. Les défenseurs de la Doctrine japonaise originale furent en effet prompts à souligner la forte dépense de torpilles sur des objectifs “secondaires” (des cargos) et les pertes subies, affirmant que la Marine Impériale ne pouvait gaspiller ainsi ses sous-marins.
A Brisbane, le COIC estima qu’il s’agissait d’une victoire qui récompensait la pratique des convois doubles : six petits escorteurs avaient en effet tenu tête, estimait-on avec une surprenante exactitude, à une dizaine de sous-marins (dont, si l’on en croyait Radio Tokyo, celui du fameux capitaine Hideo Yamamoto, déjà bien connu de l’équipage du Moresby). Ce n’était pas une mauvaise évaluation, même si les pertes subies par le convoi étaient très lourdes. Le résultat de cette dure bataille améliora considérablement le moral des forces d’escorte de la Côte Orientale. Si de nombreux défauts de l’entraînement ASM de la RAN furent identifiés, “HMAS Rushcutter” (l’école ASM australienne) nota avec satisfaction les premiers signes sérieux montrant la formation de groupes d’escorteurs vétérans. Le Doomba et le Moresby s’étaient remarquablement bien partagé le travail. Rushcutter put constater que la combinaison de leur expérience et de l’entraînement effectué avec les sous-marins Type S américains avait très nettement amélioré leurs capacités. »
(D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Les quatre colonnes encerclées dans Po-Yang, Juihung et Yuchien sont dégagées par les 13e et 34e DI qui se replient. Anami parvient ainsi à regrouper 45 000 hommes environ.
Ces forces espèrent retraverser le lac Po-Yang, mais les attaques aériennes “chinoises” ont été fatales à une grande partie des petits bateaux utilisés par les Japonais, contre lesquels le canon de 37 mm des P-39 s’est montré redoutablement efficace.

Sacrifices
En huit jours à peine, des sacrifices immenses ont été consentis par les forces alliées. Celui des Australiens de Templeton’s Crossing répond à celui des Anglais et des Français de l’opération Pedestal et à celui du général MacArthur et de ses combattants affamés, Américains et Philippins, de Corregidor… Mais aussi à celui des Chinois du Kiangsi ou des Soviétiques du Marat et de toutes les unités de l’Armée Rouge jetées sur la route des troupes d’élite de la Wehrmacht. Et chaque jour se poursuit le sacrifice, dans les pays occupés par les forces de l’Axe, de Résistants armés parfois de leur seule volonté.
Les Alliés ont souffert des pertes immenses, mais ils ont démontré qu’ils pouvaient rendre coup pour coup, et que leur refus de subir était intact – ce refus manifesté de la façon la plus éclatante deux ans plus tôt par la France préférant l’exil à la soumission.



13 juillet
Opération D
Océan Indien
– La 8e Escadre de sous-marins japonais se retrouve en pleine mer. Là, le contre-amiral Ishizaki apprend que ses cinq navires ont coulé 21 transports en tout. Outre les victoires que nous avons déjà signalées, l’I-16 a coulé l’Eknaren (5 243 GRT, 1er juillet), l’I-18 a coulé l’Alchiba (4 427 GRT, 9 juillet), l’I-20 a coulé le Goviken (4 854 GRT, 30 juin) et le Steaua Romana (5 311 GRT, 30 juin).
Mais Ishizaki est beaucoup moins satisfait de découvrir que l’I-30 est en perdition. Depuis plusieurs jours, les dommages qu’il a subis se sont aggravés et son commandant ne peut que regretter l’absence des croiseurs auxiliaires prévus par le plan originel, qui auraient pu l’aider à réparer. Le sous-marin est incapable de plonger sans courir de gros risques, or le ciel est de plus en plus souvent parcouru par des avions ennemis. La moins mauvaise solution est de saborder l’I-30 et d’embarquer son équipage sur les quatre autres sous-marins.


14 juillet
La bataille de Singapour – III
Penang
– L’hydravion LeO H-246 n°1 (ex F-AREL) est gravement endommagé par un bombardement japonais pendant le débarquement d’approvisionnements destinés à la garnison de l’île. Il est irréparable.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Alors que l’armée japonaise commence à progresser le long de la vallée de Markham, la situation du ravitaillement de la Force Kanga devient critique. La RAAF ne dispose que de très peu d’avions de transport, et seules des rotations de Lockheed Lodestar hollandais permettent à la Force Kanga de poursuivre ses opérations d’observation dans la région de Markham et de Wau.
Des bombardiers hollandais B-23 et des Blenheim de la RAAF attaquent Lae à plusieurs reprises sans obtenir de résultat notable, mais leurs actions sont bonnes pour le moral allié et commencent à apprendre quelques dures leçons aux aviateurs alliés sur les opérations aériennes au-dessus de la Nouvelle-Guinée. Si un seul avion (un B-23) est abattu par les Japonais, quatre autres sont perdus en raison des mauvaises conditions météorologiques.

Campagne du Pacifique Sud
Guadalcanal
– Le détachement de la 24e Flottille Aérienne basé à Tenaru, maintenant au complet, est sur le point de commencer ses opérations offensives. Il compte 24 G4M1 et 33 A6M2, auxquels s’ajoutent 15 A6M2-N et 12 E13A1 à l’hydrobase de Tulagi.


15 juillet
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Nouméa
– « Ma convalescence à Nouméa me permit, si j’ose dire, de voir comment la puissance américaine pouvait se ridiculiser – en grand, comme tout ce que font les Etats-Unis. Nos alliés avaient entassé plus de cent avions sur le petit terrain de La Tontouta : 38 P-39, 27 B-17, 18 F4F-3 et 10 B-26, plus quelques avions légers et 6 Hudson néo-zélandais. Tout ça sans aucune patrouille de protection, puisqu’il y avait un radar ! Pourtant, sur les porte-avions, il y a aussi un radar, et ça ne nous empêche pas d’organiser une CAP.
Bref : 18 G4M1 s’en vinrent tranquillement du terrain de Tenaru, sur Guadalcanal. Volant à basse altitude, ils approchèrent par le nord-est, masqués par l’arête montagneuse de la Nouvelle-Calédonie, qui n’est pas surnommée le Rocher pour rien. Ils débouchèrent sur La Tontouta sans avoir été annoncés, et toutes leurs bombes firent mouche – rien d’étonnant : il aurait été plus difficile de rater les avions que de les atteindre, surtout les B-17, presque imbriqués les uns dans les autres. Bilan : 19 B-17, 15 P-39, 3 F4F, 4 B-26 et 3 Hudson démolis.
Pour ajouter l’insulte à la blessure, les 12 P-39 lancés aux trousses des bombardiers ne purent même pas les rattraper : ils étaient du modèle P-400, non équipés d’oxygène, et comme les G4M1 s’enfuirent en grimpant, ils durent les laisser filer.
Seule consolation, les 22 PBY stationnés sur le port échappèrent à la catastrophe.
Le commandant de la base, un colonel de l’USAAF, fut limogé – c’était bien le moins.
Chez nous, le contre-amiral Thierry d’Argenlieu fut lui aussi très critiqué, par le chef d’état-major de la Marine, l’amiral Ollive, et par le chef du département tactique de l’Armée de l’Air, le général Valin, parce qu’il n’avait pas suffisamment amélioré la défense anti-aérienne locale. D’Argenlieu se défendit en expliquant qu’il n’avait aucune autorité effective sur les unités de l’USAAF et ne disposait pas d’assez de forces sous son commandement personnel pour mettre en place un système de défense efficace. Le général Valin fit le voyage de Nouméa à la fin du mois de juillet, à la tête d’une commission d’enquête qui donna quitus à D’Argenlieu, mais souligna le manque d’une véritable coordination tactique entre les forces françaises et du Commonwealth d’une part, les forces américaines d’autre part. A mots couverts – à peine couverts – la commission rejeta largement sur l’état-major américain la responsabilité de ce problème, qui empêchait les Américains, sur le Théâtre Pacifique du moins, de profiter de l’expérience accumulée par les Français et les Britanniques pendant deux années sanglantes. » (Au-dessus des Sept Mers – Souvenirs d’un Marin du Ciel, par le contre-amiral Yvon Lagadec, Editions France-Empire)

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi – Retranchées entre les monts Lu Shan et un lac situé à l’ouest de Juchang, les dernières troupes de la 11e Armée japonaises parviennent à stopper les forces du général Yueh à 5 km de la ville.
Au bout de dix jours de lutte, des escadrilles japonaises rappelées de toute la Chine du Sud réussissent à reprendre la maîtrise du ciel du Kiangsi, mais il est trop tard pour permettre aux forces isolées à l’est du lac Po-Yag de le retraverser.


16 juillet
La campagne des Philippines
Baie de Manille
– Les forts Frank et Hugues sont pris d’assaut par les troupes japonaises. Seul Fort Drum bloque encore l’entrée dans la baie.

La campagne du Pacifique Sud
Nouvelle-Zélande
– Le deuxième échelon de la 1ère Division de Marines (1er et 11e Marines), arrivé le 13, commence à s’entraîner près d’Auckland pour préparer l’opération Watchtower.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Les Japonais jouent leur dernier atout. La Marine Impériale débarque dix mille hommes à Wenchow et cette force avance bientôt vers l’intérieur des terres, désorganisant les arrières de la 3e Zone de Guerre.


17 juillet
Campagne du Pacifique Sud
Guadalcanal
– Huit B-17 venus des Fidji attaquent Tenaru. Mais l’aviation de la Marine impériale s’attend à cette contre-attaque, les opérateurs du radar la guettent et une patrouille a été mise en place, au cas où la machine tomberait en panne – ce qui n’est pas le cas, une fois n’est pas coutume. Les Américains sont repérés à temps pour poster en bonne position quinze A6M2.
Les pilotes japonais sont emmenés par le fameux Saburo Sakai. Après une série de passes, les Zéro réussissent à abattre deux des quadrimoteurs et à endommager la plupart des six autres, mais ils perdent eux même deux avions, plus deux qui ne rentrent à Tenaru que par miracle et seront irréparables. Le bombardement, très imprécis, ne donne aucun résultat.
La plupart des membres d’équipage des B-17 peuvent se parachuter et sont récupérés. Ils seront envoyés à Rabaul comme prisonniers de la Marine, et non de l’Armée (distinguo dont les prisonniers ne réalisent sans doute pas l’intérêt vital pour eux !).
Après ce nouvel échec, il n’y a plus dans la région qu’une quinzaine de B-17 disponibles.
« De concert avec les gens de la RAAF, l’Armée de l’Air critiqua vivement les procédures et tactiques employées par l’USAAF. Le radar japonais avait été détecté des semaines plus tôt par nos PBY-5 et les bombardiers australiens, nous savions même qu’en fait de radar japonais, il était probablement allemand. Et une formation de huit avions sans escorte était trop petite pour espérer se défendre efficacement. Mais comme Churchill l’a très bien résumé, « les Américains trouvent toujours la bonne solution, après avoir essayé toutes les autres » – j’ajouterai : au niveau de l’état-major, car au niveau des hommes, que j’ai bien connus, il en va souvent tout autrement !
Sans attendre que les huiles de l’USAAF se décident à faire quelque chose d’utile, l’officier commandant la RAAF dans le secteur, après en avoir discuté avec celui commandant l’Armée de l’Air, demanda l’envoi d’une unité anglaise spécialisée dans ce qu’on n’appelait pas encore les contre-mesures électroniques, afin de régler le problème de ce radar germano-nippon. » (Y. Lagadec, op. cit.)
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MessagePosté le: Jeu Déc 06, 2012 12:13    Sujet du message: Répondre en citant

18 juillet
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Guadalcanal
– Cinquante mètres sous l’eau, au large de la côte nord de Guadalcanal, le second du Tonnant soupira et se détendit. Au loin grondaient les grenades du chasseur de sous-marins japonais qui avait forcé le Tonnant à plonger, mais si le navire ennemi était acharné, il poursuivait une chimère. « Finalement, demanda l’officier au capitaine de corvette Léon Bourdin, commandant du Tonnant (et ex-second du Centaure), pouvez-vous me dire pourquoi nous avons expédié pendant un quart d’heure deux douzaines d’obus de 100 mm au milieu d’une nuit noire, sans la moindre chance de toucher l’aérodrome de Tenaru ? » Bourdin fit la moue. « Pour consoler les Américains des problèmes qu’ils ont eus ces derniers jours avec les avions basés là-bas, je suppose. Histoire qu’on puisse dire que Guadalcanal a reçu quelques kilos d’explosifs. Et puis, nous avons quand même dû réveiller leurs pilotes au milieu de la nuit ! » (Soldats des Profondeurs – Les sous-marins de la Marine Nationale dans la guerre, par le commandant Henri Vuilliez, Paris, 1962)

Nouméa – Deux cargos rapides français débarquent à Nouméa les avions réclamés par le vice-amiral Muselier, puis par le contre-amiral d’Argenlieu. Les réserves de l’Armée de l’Air ont fourni 24 Hawk-87 (P-40E) qui formeront la flottille AC-20 de l’Aéronavale (dont les pilotes sont pour la plupart ceux de l’ancienne AC-1). Vingt DB-73 M1/2 constituent la flottille AB-8 d’attaque et de chasse à long rayon d’action (la variante M2 est armée de quatre canons de 20 mm).


19 juillet
La bataille de Singapour – III
Johore
– Devant l’arrivée de nouveaux renforts japonais, le Commandement général de Malaisie diffuse une instruction opérationnelle très secrète (voir appendice 2) stipulant : « Il a été décidé que les troupes du Johore seront repliées par étapes sur l’île de Singapour. »
Les trois Forces du IIIe Corps Indien, qui font face à sept divisions japonaises (Division de la Garde Impériale à l’est, 9e, 27e et 56e Divisions au centre, 5e, 18e et 33e Divisions à l’ouest) vont se replier jusqu’à Singapour selon un calendrier précis. Le repli commencera dans la nuit du 19 au 20 et devra s’achever dans la nuit du 24 au 25. Les troupes du Commonwealth conserveront cependant un pied en Malaisie, dans la région de Pengerang, à la pointe sud-est du Johore.

Campagne d’Indochine
Annam
– L’Annam est la région dont l’occupation pose le plus de problèmes aux Japonais. A peine conquise, elle est passée en état de rébellion ouverte. Les troupes d’occupation ne tiennent réellement que les villes. Les routes sont trop dangereuses ; pire : un tronçon de chemin de fer autour de la petite ville de Tam-Quam a été remis en service par les Vietnamiens « rebelles », qui s’en servent pour déplacer leurs troupes le long de la côte. Les coups de mains se multiplient et sont de plus en plus audacieux. C’est intolérable ! Pour éviter les aléas d’un long parcours par voie de terre, la Marine Impériale débarque à proximité de Tam-Quam quelques troupes chargées d’anéantir l’embryon de réseau ferroviaire rebelle ; ce sera la bataille du Chemin de Fer de l’Annam.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de Brisbane, 09h30 (opération Oni, phase 3c)
– L’I-5 aperçoit un convoi par le travers de l’île Moreton. Il ne réussit pas à s’approcher à moins de 6 000 mètres et tire à cette distance quatre torpilles, qui sont aperçues par un Botha d’escorte. Celui-ci donne l’alerte et les transports évitent les torpilles. L’I-5, pourchassé douze heures durant, parvient à se sauver, mais ni lui, ni le Ro-61, ni l’I-31 n’auront plus rien à se mettre sous la dent avant de devoir rentrer.
(D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)


20 juillet
Campagne d’Indochine
Tam-Quam (Annam), 08h00
– L’infanterie de marine japonaise arrive par le nord-ouest, formée en trois colonnes avançant par deux routes et le long de la voie ferrée. Il s’agit de troupes disparates : les plus solides viennent de la 1ère rikusentai (SNLF) de Sasebo, mais elles sont renforcées par des éléments mis sur pied à Haiphong, beaucoup moins aguerris. Leur objectif est la gare de Tam-Quam, où se trouvent stockées des locomotives et du matériel d’entretien des voies ferrées. Toutefois, les lieux sont défendus. La 2e Compagnie de Volontaires Annamites est retranchée dans la partie du village au sud de la voie ferrée. La 1ère Compagnie s’est dissimulée dans un bosquet s’étendant entre le village et la mer. Un groupement d’armes lourdes improvisé, comprenant deux sections de mortiers légers et une de mortiers lourds, est établi sur une colline au sud-ouest, près de la mer. De là, les officiers de la section de commandement ont une excellente vue de la plaine côtière et ne tardent guère à repérer les Japonais. Ceux-ci ne prennent pas la peine de se dissimuler, le commandant Minamoto préfère avancer le plus rapidement possible.
08h20 – La première colonne japonaise, venue le long de la voie ferrée, atteint Tam-Quam au nord de la gare et se retrouve sous le feu de la moitié des mortiers franco-annamites, l’autre se déchaînant sur la route principale. La 2e Compagnie ouvre le feu à partir des maisons de Tam-Quam.
08h50 – Les Japonais attaquent la partie du village au sud de la voie ferrée, tandis que les deux autres colonnes, arrivant par les routes, contournent la partie nord du village, abandonnée, pour attaquer par l’est. La 2e Compagnie de Volontaires, inférieure en nombre et en qualité, encaisse de lourdes pertes malgré le soutien des mortiers.
09h00 – Les sections lourdes japonaises (mitrailleuses lourdes et mortiers) se sont installées dans les rizières à l’ouest de Tam-Quam et commencent à ouvrir le feu sur le village. L’effet est dévastateur, mais les mortiers viets ripostent immédiatement, infligeant des pertes importantes aux Japonais qui sont à découvert.
09h10 – Des Mitsubishi A5M “Claude”, appelés par le commandant Minamoto, attaquent la colline. Les chasseurs mitraillent les servants des mortiers et lâchent quelques petites bombes sans faire beaucoup de dégâts, mais laissent une belle pagaille en partant.
Dans le village, la situation des Viets est devenue catastrophique, leurs pertes s’accumulent et les Japonais ont commencé à nettoyer les premières maisons tandis que leurs mortiers et mitrailleuses “traitent” les maisons les plus au sud.
09h20 – La 1ère Compagnie de Volontaires Annamites, jusqu’alors restée cachée dans les bosquets au sud de Tam-Quam, charge furieusement l’aile gauche japonaise. Les fusiliers marins improvisés (il s’agit des éléments organisés à Haiphong) sont pris par surprise. Les mitrailleuses se détournent du village et fauchent les premiers rangs des attaquants, mais les Annamites arrivent au contact et bousculent leurs adversaires à la baïonnette.
09h30 – Pour éviter l’anéantissement de son aile gauche, le commandant Minamoto concentre le tir de ses mortiers de ce côté, tandis qu’un nouveau groupe d’A5M fait un passage au-dessus des Viets qui chargent. Cependant, les Japonais reculent avec de lourdes pertes.
09h50 – Si sur leur gauche, les Japonais sont dans une situation périlleuse, au centre, les Viets abandonnent le village, sévèrement étrillés. Les troupes d’élite de Sasebo, n’ayant plus rien à craindre de leur côté, viennent soutenir l’unité de Haiphong. L’affrontement tourne à une mêlée sanglante, mais les Japonais peuvent rétablir la situation un instant compromise.
10h00 – Les Viets prennent conscience que la partie est perdue pour aujourd’hui et décident de se replier en se dispersant. La 2e Compagnie décroche vers l’ouest tandis que la 1ère s’enfuit vers l’est, accompagnée des sections de mortiers. Mais les Japonais rattrapent les fuyards, leurs infligent des pertes supplémentaires et la fuite se transforme en déroute.
10h20 – Le commandant Minamoto suspend la poursuite.
Dans l’après-midi, les Japonais reçoivent une tonne de munitions et d’explosifs par parachutage.

La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi
– Les forces de la 13e Armée japonaise lancent une série d’attaques vers l’ouest pour dégager la 11e Armée du général Anami.


21 juillet
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Raid sur Sydney
– Six G4M1, surchargés d’essence, avec un mitrailleur en moins pour économiser du poids et 600 kg de bombes seulement, décollent de Tenaru (Guadalcanal) pour l’une des attaques les plus hardies de la guerre. Deux font demi-tour sur ennuis de moteur, mais les quatre autres volent vers Sydney jusqu’à l’extrême limite de leur endurance. Ils arrivent au-dessus du grand port peu après le lever du soleil. Ils sont bien sûr détectés, mais, venant du nord, sont pris pour des avions alliés arrivant de Brisbane. Les quatre avions attaquent donc comme à l’entraînement, deux le chantier naval de Cockatoo et deux la base navale de Garden Island.
Sur Garden Island, deux ateliers sont incendiés et la centrale électrique gravement endommagée, car le réservoir de carburant creusé à même le roc derrière la centrale est touché (il brûlera pendant deux jours). Sur l’île de Cockatoo, c’est pire. L’une des grappes de bombes fait de gros dégâts aux ateliers de métallurgie et ouvre un trou béant dans le quai des croiseurs. L’autre tombe sur et autour du croiseur HMAS Hobart, amarré au quai Sutherland : la superstructure avant est atteinte et la chaudière avant est détruite par un incendie . Sur le quai, des ateliers de peinture et de menuiserie sont touchés et prennent feu, et les incendies ne seront contrôlés qu’au bout de plusieurs heures.
A cette heure matinale, il n’y a que quelques Boomerang en vol d’entraînement au-dessus de la ville. Un seul des pilotes a une certaine expérience. Il aperçoit les bombardiers, les identifie, réussit à mettre son petit chasseur en position de tir et abat l’un des G4M1 juste après qu’il ait largué ses bombes, puis se pose à Bankstown. En flammes, le G4M1 s’écrase dans les faubourgs de Sydney, à Manly, détruisant plusieurs maisons. Quatre membres d’équipages ont sauté en parachute (ce qui est très inhabituel pour des Japonais au-dessus d’un territoire ennemi) et sont capturés sans difficulté.
Les trois autres avions parviennent à rentrer à Tenaru, où ils se posent avec des réservoirs à peu près à sec.
………
Pendant ce temps, douze autres G4M1, par groupes de quatre, ont ratissé l’océan à la recherche de navires alliés, mais sans succès.

Croydon (Angleterre) – Le D.H. 91 n°11 (Second series) du Transport Squadron 271 décolle pour Le Caire, via Casablanca et Benghazi. Le long courrier en bois est l’un des dix appareils de communication à long rayon d’action que la RAF s’est hâtée d’acheter en juillet 1940, pour assurer le maintien aisé de ses relations avec l’Afrique du Nord. A son bord, 500 kg de matériel électronique et deux spécialistes du radar… et du brouillage, dont la destination finale est bien plus lointaine que Le Caire.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Piste de Kokoda
– Les Japonais stoppés net devant Myola depuis le 11 juillet, les Australiens bénéficient d’un moment pour reprendre souffle. Ils l’utilisent au mieux.
« Le Brigadier Wootten, comme beaucoup d’officiers et de soldats de l’Australian Imperial Force (AIF), avait jusqu’alors considéré avec mépris les “Chocolate soldiers” de l’Australian Militia Force (AMF). Mais quand, le 11 juillet 1942, sa 18e Brigade (de la 7e Division) eut atteint Templeton’s Crossing au terme d’une terrible marche forcée, qu’elle eut porté secours au 49e Bataillon de la 30e Brigade AMF et découvert les ultimes survivants du 39e Bataillon, il changea complètement d’avis sur les capacités combatives de l’AMF (comme sur celles des Japonais d’ailleurs). » (B. Marcus, Les Forces Armées Australiennes dans la Deuxième Guerre Mondiale)
Wooten concentre deux de ses trois bataillons (2/9 et 2/10) devant Templeton’s Crossing, avec le 2/12 en réserve trois km en arrière, là où la Piste traverse Eora Creek. Pendant qu’ils montent la garde, tout ce qu’on peut trouver d’avions de transport disponibles en Nouvelle-Guinée se hâte d’accumuler du matériel à Myola.
« L’un des rares Ju 52 survivants des mines d’or de Wau valut dans cette tâche son pesant de métal précieux. La plus grande partie du toit de son fuselage avait en effet été enlevée pour lui permettre d’emporter du matériel d’excavation de Lae à Wau. Mais pour débarquer le matériel ainsi transporté, il fallait une grue – et à Myola, point d’engin de ce genre. L’atelier de Yeap Chooi Yeong, à Port Moresby, réussit alors à fabriquer une grue fort ingénieuse, qui fut transportée en pièces détachées jusqu’à Myola. Une fois remontée, elle permit de décharger de volumineux objets du Ju 52 “décapoté”, et d’abord quatre camions américains à quatre roues motrices, dépouillés de tout sauf de l’essentiel, les fameux “camions squelettes de Myola” – rien d’autre qu’un châssis, un moteur et un train de roues (le siège du conducteur était en bois découpé sur place, comme le plateau du camion). Grue et camions libérèrent plus de 800 hommes, qui n’avaient plus à jouer les porteurs entre les terrains et les dépôts de Myola. Du coup, Wootten allait pouvoir prendre l’offensive dès le 1er août, tout en améliorant peu à peu la situation de ses approvisionnements. » (B. Marcus, op. cit.)
La clé de la logistique australienne est le transport aérien, dont l’épine dorsale est, et restera pendant des mois, la Force Aérienne des Indes Néerlandaises (NEIAF). « L’écho donné par la presse au rôle essentiel de la NEIAF fut un baume pour le moral des forces hollandaises exilées en Australie, car il s’agissait visiblement d’une précieuse contribution à la guerre contre les Japonais. Par ailleurs, le travail des équipages des Lodestar attira l’attention de Lockheed, car les Hollandais adressèrent à la firme une série de recommandations destinées à améliorer l’utilisation de la machine en milieu tropical. Celles-ci en disent long sur les épouvantables conditions de vol et la façon sauvage dont les machines étaient utilisées. De petites choses révèlent crûment la nature de la campagne, comme la demande de pneus beaucoup plus résistants, d’amortisseurs plus puissants… ainsi que d’une légère cambrure du plancher de cabine et de la suppression du petit rebord de la porte arrière du fuselage – afin de pouvoir plus facilement nettoyer le sang des blessés ! Les ouvriers de la chaîne d’assemblage de Lockheed, ayant entendu parler de ces requêtes, créèrent un insigne spécial pour les équipages de la NEIAF, l’insigne “NEIAF High Jungle Lodestar Warrior”, à la grande joie des équipages hollandais. Ces derniers y avaient droit après vingt trajets Myola-Port Moresby avec des blessés ou des malades. En quelques semaines, il devint complètement impossible pour un homme portant l’un de ces insignes durement gagnés (appelés “Myola Patches” par les Australiens) de payer de sa poche une bière, où qu’il soit, en présence d’un membre de l’AMF ou de l’AIF. » (B. Marcus, op. cit.)

Campagne d’Indochine
Tam-Quam (Annam)
– A l’aube, les Japonais détruisent à l’explosif la voie ferrée et tout le matériel roulant qu’ils ont trouvé : six locomotives et vingt wagons. Ils quittent ensuite Tam-Quam, non sans avoir massacré tout ce qui vivait encore, détruit les maisons et brûlé les champs, selon la directive des « Trois Tout » (tout tuer, tout brûler, tout détruire).


22 juillet
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Pacifique Sud-Ouest
– Les G4M1 de Tenaru, armés de torpilles, recommencent à chasser le trafic naval allié.
Quatre appareils aperçoivent le cargo USS Hercules (ex-Exporter, 6 736 GRT), qui navigue seul, et le coulent à 100 nautiques des Fidji.
Quatre autres repèrent un convoi allié en route pour Nouméa, 120 nautiques à l’est de Tana. Le navire-hôpital USS Solace, le transport de troupes AP-54 USS Hermitage (ex-Conte Biancamano, 23 255 GRT, avec 2 800 soldats de l’US Army) et deux cargos sont escortés par trois DMS américains et un croiseur auxiliaire français, dont aucun n’est bien pourvu en DCA. Les G4M1 attaquent l’Hermitage et le touchent de deux torpilles. Le navire sombre en 36 minutes, emportant avec lui plus de 300 hommes. Seul bon point : la présence du Solace permet de soigner efficacement les nombreux blessés. Deux des bombardiers sont endommagés par la DCA. L’un d’eux rentre sans ennui à Tenaru, mais l’autre brise son train gauche à l’atterrissage, fait un cheval de bois et se casse en deux.
La menace représentée par l’aérodrome de Tenaru pour le trafic naval allié est maintenant évidente. Cependant, un seul B-17 va attaquer Tenaru, de nuit. Les bombes touchent le terrain, mais ne font que quelques trous, vite réparés. C’est tout ce que les Alliés peuvent faire – pour le moment. Il est vrai que la faiblesse de cette réaction conforte les Japonais dans leur supposition que les Alliés ne pourront faire mieux avant plusieurs mois…

Le Caire – Le D.H. 91 n°11 se pose en fin de journée sur le terrain du Caire-Ouest. Son précieux chargement est transporté en camion jusqu’à Alexandrie, où l’attend le Golden Horn (RAF X-8273), l’un des deux hydravions Short de classe G opérant auparavant de Port-Blair. Le gros appareil doit emmener hommes et matériel à Sydney par Aden, les îles Chagos et Fremantle. Il embarque aussi trois officiers français de haut rang, dont le général Martial Valin, qui forment la commission d’enquête en route pour Nouméa.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de la côte est de l’Australie, 23h00 (opération Oni, phase 3c) – Le Ro-64 aperçoit un petit convoi de trois charbonniers côtiers et deux petits escorteurs au large de Catherine Hill Bay, près de Newcastle. Il se rapproche du convoi en surface et lance trois torpilles. Le Betty Williams (800 GRT) est touché par une torpille et coule immédiatement. Le coupable est obligé de plonger par les patrouilleurs d’escorte, qui grenadent, mais il n’est pas endommagé et s’échappe.
(D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

Campagne d’Indochine
Annam
– Après deux jours d’une marche épuisante, sans cesse harcelée par des embuscades montées par les survivants des Volontaires de l’Annam, l’infanterie de la Marine Impériale parvient en territoire effectivement contrôlé par les Japonais. C’est la fin de la bataille du Chemin de Fer de l’Annam.

Bonnes manières diplomatiques en temps de guerre
Lourenço Marques
– Arrivée du Japonais Asama Maru, avec à son bord plus de 800 Occidentaux (en grande majorité américains) en provenance du Japon, de l’Asie du Sud Est et des Philippines et de l’Italien Conte Verde, avec 600 Occidentaux embarqués à Shangai. En fin de journée, le Gripsholm entre dans le port. Les consuls allemand et italien ont préparé une réception pour les civils japonais.


23 juillet
La campagne du Pacifique Sud-Ouest
Pacifique Sud-Ouest
– Deux groupes de quatre G4M1 rôdent dans le secteur des Fidji, en restant au moins à 150 nautiques des îles. L’un d’eux repère et coule le pétrolier britannique San Adolfo (Eagle Oil Tanker Co., 7 365 GRT).
Un G4M1 isolé coule le caboteur Proserpine (850 GRT) au large des Nouvelles-Hébrides.
………
Guadalcanal – Six Manchester de la RAAF bombardent Tenaru de nuit. L’attaque est peu efficace, mais désorganise un peu l’activité des équipes au sol.
………
Nouméa – Après des efforts frénétiques, les avions de l’AC20 et de l’AB8 sont considérés opérationnels. Les P-40E de l’AC20 mettent en place des patrouilles de protection du port de Nouméa et des terrains voisins. Les avions de l’AB8 doivent couvrir les voies maritimes menacées par les bombardiers japonais.

Opération D
Batavia
– Les quatre sous-marins restants de la 8e escadre rentrent au port. Malgré la perte de l’I-30, le bilan en termes de tonnage coulé (95 000 GRT environ) n’est pas mauvais, et un peu supérieur, par sous-marin, à celui de l’opération C (33 000 GRT coulées pour deux bâtiments). Mais l’opération est un échec en ce qu’elle a démontré l’incapacité d’un sous-marin amiral à jouer le rôle prévu. L’I-9 n’a pu utiliser sa radio sans être obligé de plonger par des avions ennemis dans les heures qui suivaient, tandis que la mer était désertée autour de sa position.
Par ailleurs, les transports alliés naviguant isolément se sont faits de plus en plus rares. Les convois, de plus en plus nombreux, étaient escortés et souvent survolés par des avions, ce qui empêchait les sous-marins d’aller en surface trouver une position de tir favorable dans la journée. La nuit, les convois étaient plus difficiles à repérer et les sous-marins n’étaient nullement immunisés contre le repérage par les escorteurs. Enfin, les tentatives de lancer des torpilles à longue distance n’ont en général donné aucun résultat.
Toutes ces constatations vont semer un doute profond à l’état-major de la Sixième Flotte. Les sous-marins amiraux s’avèrent inutilisables dans leur rôle prévu et même l’action anti-transports recommandée par les Allemands (mais qui continue d’être considérée par la Marine Impériale comme une mission secondaire) se heurte à des obstacles qui apparaissent rédhibitoires.

Bonnes manières diplomatiques en temps de guerre
Lourenço Marques
– L’échange se passe sans incident. Le Gripsholm repart ensuite en direction de New York (en passant par Rio). L’Asama Maru repart en direction de Yokohama (en passant par Saigon). Un mois plus tard, ils seront arrivés sans incident à destination .


24 juillet
Campagne du Pacifique Sud-Ouest
Brisbane
– La ville est bombardée de nuit par huit G4M1 venus de Tenaru. Les dommages sont légers, mais quinze civils sont tués. L’émotion est grande, et le gouvernement australien proteste auprès de l’amiral Nimitz, réclamant que les forces alliées protègent le pays. Nimitz répond diplomatiquement que ses forces mettront tout en œuvre pour préserver l’Australie de nouvelles incursions japonaises « dans les meilleurs délais ».
………
Pacifique Sud-Ouest – Un groupe de quatre G4M1 repère et coule à la bombe le transport de l’US Navy AP-17 Harry Lee (ex-Exochorda, 9 359 GRT), naviguant sans escorte au sud-est des Fidji.
………
Guadalcanal – Un B-17 de l’USAAF, deux Whitley de la RAAF et quatre Manchester de la RAAF attaquent Tenaru de nuit. Mais les Japonais ont allumé des feux près de Lasi Point, à l’est de Lunga Point, pour tromper les bombardiers, et les bombes ratent leur cible.

Campagne de Nouvelle-Guinée
Salamaua
– Le cargo rapide Saigon Maru amène des renforts et deux péniches de débarquement. Le transport est attaqué par deux B-23 hollandais et trois Blenheim de la RAAF (dont un est abattu). Les pilotes rapportent avoir incendié le navire, mais celui-ci n’a été que légèrement endommagé et il peut rentrer à Rabaul.

Opération Oni, ou le “siège” de l’Australie
Au large de la côte est de l’Australie, 20h3
0 (opération Oni, phase 3c) – Malgré un temps très médiocre et une mer agitée, l’I-6 attaque l’Edgemoor (7 038 GRT, US Maritime Commission, allant de San Diego à Melbourne avec du matériel militaire) au large de l’île de Gabo. Il tire quatre torpilles à moins de 3 500 mètres et obtient un coup au but, mais le cargo ne coule pas et se dirige vers la côte. L’I-6 le poursuit sur une route parallèle pour tenter de le dépasser, malgré les tirs du canon de 4 pouces installé sur l’Edgemoor, qui force le sous-marin à s’écarter un peu.
23h10 – L’I-6, qui a réussi à dépasser sa proie, tire deux nouvelles torpilles à 1 200 mètres. L’une touche, stoppant l’Edgemoor, mais aucun signe ne montre qu’il soit en train de couler. L’I-6 tire alors deux torpilles de ses tubes de poupe, qui touchent toutes les deux ; le cargo se casse en deux et sombre rapidement.
23h50 – Un Botha, arrivant comme les carabiniers, attaque l’I-6, mais le sous-marin n’est pas endommagé et s’échappe en plongée.
(D’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)
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Hendryk



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MessagePosté le: Jeu Déc 06, 2012 15:20    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Bonnes manières diplomatiques en temps de guerre
Lourenço Marques
– Arrivée du Japonais Asama Maru, avec à son bord plus de 800 Occidentaux (en grande majorité américains) en provenance du Japon, de l’Asie du Sud Est et des Philippines et de l’Italien Conte Verde, avec 600 Occidentaux embarqués à Shangai.

Petite coquille: Shanghai s'écrit avec deux h.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Déc 06, 2012 16:26    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Hendryk, là c'est vraiment une coquille.

Je pense que les auteurs concernés voient à présent peu à peu leurs nouveaux éléments ajoutés apparaître au fil de la Chrono.
En août, les différences par rapport à l'ancienne Chrono seront de plus en plus nettes.
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patrikev



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MessagePosté le: Jeu Déc 06, 2012 21:13    Sujet du message: Répondre en citant

16 juillet
(...)
La guerre sino-japonaise
Campagne de Chekiang et Kiangsi – Les Japonais jouent leur dernier atout. La Marine Impériale débarque dix mille hommes à Wenchow et cette force avance bientôt vers l’intérieur des terres, désorganisant les arrières de la 3e Zone de Guerre.


Wenchow (transcription anglaise Wade), ce serait plutôt Wen-tcheou (École française d'Extrême-Orient) ou Wenzhou (Pinyin). Bon, la transcription des noms chinois est encore plus désespérante que celle des noms d'Europe de l'Est.
_________________
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- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
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